Posté le : 14 Mai 2011. Ce samedi matin, épreuve de mathématiques appliquées. J'ai adoré, huhu.


Note de remerciement : Ahum ? Merci pour toutes les reviews encore une fois. Franchement, je ne m'attends vraiment pas à tout ça. Surtout que cette fic est un énorme délire post-noctem. Je vous prépare des cadeaux ci et là pour vous remercier de tout... Des lemons, des surprises, des choses que vous disirez voir ou plutôt, lire. En plus, j'ai réparé mon notebook tout à l'heure donc ça va être chouette pour reprendre l'écriture. Oh, et pour celles et ceux voulant effleurer l'icône que je suis, n'hésitez pas à essayer d'instaurer le dialogue. x)'

SI LA VIE A UN SENS, JE VOUDRAI QU'ELLE AILLE VERS MOI.

Post-it : Vous avez vu mes loupiots ? J'ai écrit un loooooooooooong chapitre ! Vous ne pouvez pas me taper, haha.

Mot de la Bêta - EveJHoang : Les 22 Commandements de la Taverne du Graal, article I : « Gloire à Mel ! » (véridique U_U) [Dairy : Ce n'était pas plutôt "Gloire à l'Hydromel" ?]

Disclaimer spécial à Gilles Leroy, grand auteur français que j'admire énormément. Ici, vous trouverez des citations issues de son roman récompensé par le Prix Goncourt en 2007, Alabama Song. Il s'agit d'une autobiographie fictive de la sulfureuse Zelda Fitzgerald, personnage emblématique des années trente. Elle est son mari, Francis Scott Fitzgerald ont rencontré, durant leurs nombreux voyages en Europe et aux Etats-Unis, des artistes qui changeront le monde culturel auxquels ils appartiennent. Ernest Hemingway, auteur que j'affectionne, a été choisi pour comparaison au point de vue de Zelda Fitzgerald, évoqué un peu plus bas. J'espère que vous saurez apprécier ce jeu de miroir entre ces deux personnages controversés du monde culturel franco-américain des années 30.

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~ Je vous souhaite une excellente lecture & excellent week-end. Je m'excuse de ne pas répondre aux reviews. Je finissais mes derniers partiels plus ma vie à deux mornilles qui me bouffait un peu niveau organisation. Et quand j'avais du repos, je jouais un peu aux Sims quoi x)'. Donc bon... Je vous remercie bien évidemment de votre soutient constant et j'espère que vous continuerez de me reviewer. Bisous.


Baba O'Riley

Single 20 : « Alabama Song (Whisky Bar) »


"Alabama Song" - The Doors. 1967. Piste de 3 min 20. Forains. Festifs. Envoûtant. Manège mélodique. On monte dans les aigus puis on redescend vers les graves. On se saoule avec la voix de Jim Morrison.

We now must say goodbye
We've lost our good old mama
And must have whiskey, oh, you know why
Oh, moon of Alabama
We now must say goodbye
We've lost our good old mama
And must have whiskey, oh, you know why
Well, show me the way
To the next little girl
Oh, don't ask why

« Aucune récompense éternelle ne viendra nous pardonner d'avoir gâché l'aube », Jim Morrison - chanteur du groupe.

« Je me suis souvenu de la chanson Alabama Song chantée par les Doors puis par David Bowie. Une chanson un peu bluesy sortie d'un opéra de Bertolt Brecht datant des années 1930. Historiquement, elle colle parfaitement avec le livre », Gilles Leroy.

« Il existe des landes humides et moites comme l'Alabama qui enivrent, inspirent et transcendent des générations entières. C'était une époque où l'on pouvait rêver, comme Zelda Sayre, de sortir d'un trou perdu avec une bague au doigt et d'y retourner vingt ans après, les pieds sur le bûcher. C'était les fanfreluches, le boom, les vanités. C'était une époque où les scatophiles chiaient des diamants à ne plus savoir quoi en faire. », F.M. (sans prétention aucune)

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Harry relisait pour la quatrième fois une revue concernant les couleurs en peinture, certain d'avoir une interrogation portant sur ce sujet dans la semaine. Son professeur de technique avait lourdement insisté. Harry était dans la plus grande bibliothèque de Londres en compagnie de Ron et d'Hermione, fraîchement rentrés de leur voyage en amoureux.

Ron était aux côtés d'Harry, essayant de percer les bulles d'esthétisme dans la prose d'Oscar Wilde, tandis qu'Hermione était penchée au-dessus d'un énorme grimoire poussiéreux concernant les premiers cadastres dans les environs. Elle le referma brusquement, l'air ennuyé, et s'en alla rejoindre les hautes étagères du département de l'urbanisme.

Ron eut un air désapprobateur et chuchota à l'oreille de Harry :

- Elle est sur les nerfs.

- J'ai cru voir ça, répondit-il sans lever le nez de sa revue.

- Quand on était en Normandie, elle n'arrêtait pas de feuilleter ses fiches de cours dès que j'avais le dos tourné ! Ce concours lui monte à la tête. Et je ne vois pas pourquoi - avec son quotient intellectuel, elle pourrait tout faire. Nous, nous sommes obligés de travailler d'arrache-pied alors qu'elle y arrive en un claquement de doigt ! Toi, tu as un peu plus de chance que moi : tu as de bonnes intuitions.

- Hermione sait qu'elle va le réussir. Ce n'est pas le concours qui la tracasse. C'est de dépasser ses limites à chaque fois qui lui monte la tête. Elle veut voir jusqu'où elle peut aller. Laisse-la faire. Ça la rassure de réussir. Ça lui permet de se dire "Je ne contrôle pas les hauts et les bas de la vie, mais la connaissance acquise restera telle quelle". C'est important pour elle.

- Je sais. C'est pour ça que je ne dis rien. Tu sais, je suis content que tu reprennes tes études. Et tu ne dis pas ça à Hermione ! Pendant des mois, je t'ai soutenu dans les conversations, ça risquerait de jeter le discrédit sur mes opinions.

- De toue façon, Ron, ton opinion se trouve généralement du même côté que ta bite, souffla Harry en tournant une page.

- Qu'est-ce que tu insinues, là ?

- Que la plupart du temps, quand Hermione dit quelque chose, tu suis son avis de peur de créer un nouveau conflit et de ne pas pouvoir baiser avant la prochaine lune rousse. Donc, excuse-moi, tu n'es pas du genre à te défendre sauvagement quand il s'agit de tes opinions.

- Donc, elle me tient par les couilles ? résuma Ron en un balbutiement à peine audible.

- Je n'aurais pas mieux dit.

Ron grommela quelque chose et retourna dans sa contemplation des lignes peintes de noir par Oscar Wilde.

Harry dissimula un fin sourire derrière sa double page et reprit son sérieux. Il sortit un bloc-notes de son sac à dos et fit une fiche récapitulative des informations qu'il avait apprises dans la journée. Il l'ajouta dans son petit classeur et le feuilleta longuement pour assimiler toutes les choses qu'il avait ratées durant le premier semestre, pouvant retomber.

Il remuait les lèvres sans sortir le moindre son, en relisant ses fiches à une vitesse incroyable. Il s'était fait des schémas, des croquis, des organigrammes et - sa méthode favorite - le Mind Mapping, qui consistait à ne placer que des mots-clefs sur une feuille et le relier à d'autre tel une arborescence d'informations. Il surligna le thème en orange fluo :

Ekphrasis.

- C'est quoi ce mot ? croassa Ron en se penchant par-dessus son épaule.

- Le thème de mon devoir à rendre pour la semaine prochaine. On doit présenter une ekphrasis devant nos enseignants référents.

- Ce mot existe sérieusement ? Je pensais que c'était ton nouveau surnom dans le monde des graffitis.

- Le rayonnage sur les dictionnaires est un peu plus loin derrière toi, lança sèchement Harry en replongeant dans ses notes.

Ron se leva et revint un instant après avec un énorme syllabaire. Il le lut et le repoussa, l'air découragé.

- Ton mot a plusieurs sens.

- C'est le principe d'un dictionnaire, lança Harry en fouillant dans sa trousse.

- Non, je veux dire qu'il y a évolution sémantique : dans l'Antiquité, une ekphrasis n'était pas la même chose que de nos jours...

- Comme beaucoup d'autres mots. Peut-être que dans cent ans, être particulièrement débile deviendra un compliment.

- Je rêve ou tu étais sarcastique ? s'indigna Ron.

- Pince-toi, on verra bien.

Harry eut un léger rire, fier de son petit effet et reprit :

- Ekphrasis est une erreur d'interprétation des textes antiques, donc, de nos jours une ekphrasis est une représentation d'une œuvre d'art sous une autre forme - pour faire court et simple.

- Et qu'est-ce que tu comptes faire à ce propos ? demanda son meilleur ami, la tête réfugiée entre ses bras croisés sur la table de la bibliothèque.

- J'ai une légère idée. J'ai trouvé quatre à cinq façons différentes d'exploiter l'ekphrasis - en général, c'est deux. Donc, c'est Alabama Song qui est une mélodie de Brecht, reprise par The Doors puis David Bowie. Récemment, le fils de Mel - Remus - m'a mit sur le coup d'un livre qui s'appellerait de la même façon et qui reprendrait l'ambiance générale. Avec tout ça, je compte taguer sur cet ekphrasis et montrer la vidéo pour mon projet.

- Pas con, Potter, félicita Ron avec un clin d'œil.

Harry ne put s'empêcher de se dandiner sur sa chaise, bombant le torse.

- Moi qui croyais que ton cerveau en avait prit un coup à force d'être secoué comme un prunier par tous tes amants, continua son meilleur ami.

- Je ne suis pas comme toi : je ne réfléchis pas avec ma queue.

Ron leva les yeux au ciel.

- Harry, tu la fais à qui tu veux mais pas à moi.

L'étudiant en art contemporain afficha une moue innocente qui le fit éclater de rire et attira les foudres de quelques voisins de table. Ron se cacha subitement derrière son roman, les oreilles rouges.

- Je vous laisse deux minutes et voilà que vous attirez l'attention sur vous, réprimanda Hermione en arrivant derrière eux, faisant alors sursauter son petit-ami.

- Tu l'as vue arriver, toi ? demanda-t-il à Harry. Depuis quand elle est là ?

- Les livres sont mes oreilles et mes yeux, proféra Hermione d'un air inquiétant en s'asseyant à leur table. Vous parliez de quoi ?

- Comme d'habitude, de Harry.

- En même temps, je suis le sujet le plus intéressant que vous connaissiez, formula le concerné.

- Je rêve ou tu deviens sarcastique ? chuchota Hermione, éberluée.

- Je lui ai fait exactement la même remarque ! s'écria Ron en baissant la voix d'une octave. A force de côtoyer Lithium, il déteint sur lui : un peu comme les couleurs dans la machine à laver.

- Ron, ce n'était vraiment pas le moment de me rappeler que tu as fait dégorger du orange sur mon pull beige en cachemire, proféra-t-elle. Quoiqu'il en soit, Harry, je vois que tu as apprit ta leçon à ses côtés. Tu sais, ce mec-là n'est pas un exemple. Il est brillant à sa manière, inspirant, je te l'accorde, mais… sa mentalité, derrière, ce n'est pas la plus belle chose à voir. L'imiter ne le fera pas revenir.

- C'est un artiste, comme moi, se défendit Harry. Nous avons beaucoup en commun.

- Mais vous ne parlez pas de la même manière et ça ne sera jamais le cas, raisonna Hermione. On te préfère au naturel, même si cela implique que tu sois un peu lourd à la détente et très bébé capricieux pour un jeune homme de ton âge. On t'a connu comme ça. Pas la peine d'essayer de changer en prenant l'attitude d'un autre…

- En parlant du loup, murmura Ron en fixant un point par-dessus l'épaule d'Hermione.

Cette dernière se retourna discrètement et vit Draco, encore un peu plus pâle que d'ordinaire et les cheveux ébouriffés, marcher en compagnie d'un autre jeune homme, sortant du rayonnage concernant la neurologie.

- C'est qui ce bolide ? demanda-t-elle en un chuchotis.

- Cédric Diggory, déglutit Harry. Il pourrait être mannequin. Il est trop bien foutu, se lamenta-t-il. J'ai pris deux kilos depuis mon séjour à l'hôpital.

- Si tu savais tous les kilos que je prends chaque mois, rapporta son meilleur ami d'un air sombre.

- Ecoutez, les garçons, je ne traîne pas avec vous pour vous entendre parler régime, colporta Hermione, agacée. Et Harry, ce n'est parce que Draco sort avec un canon que tu dois baisser les bras. Regarde, Cyrano par exemple.

- Ou Ugly Betty ! renchérit son meilleur ami. Enfin, pas que je te trouve particulièrement repoussant mais… rien n'est impossible, d'accord ?

- Ugly Betty et Cyrano de Bergerac ne sont pas comparables, Ron, trancha Hermione.

- Je me sentirais un peu mieux dans mes baskets quand mes cheveux auront complètement repoussé. Je n'aurais jamais dû essayer de modifier la coiffure que m'avait faite Woodrow. Mais, tu vois, quand je les vois comme ça, Draco et lui, je me dis qu'ils vont terriblement bien ensemble. Ils sont si beaux, si parfaits, ils respirent l'intelligence… moi, à côté, je suis une terre stérile de toute culture. Tu savais qu'avant, je pensais que le point G était une étoile faisant partie d'une constellation éloignée ? Et que Frankenstein avait réellement existé ? Et j'ai découvert récemment que Molière n'était pas un plan cul de Draco. Tu vois, je ne pourrais jamais tenir la conversation avec lui. Il sait trop de choses pour moi.

- J'ai exactement cette impression en sortant avec Hermione. C'est effrayant !

- Ronald Bilius Weasley ! Tu es censé me soutenir ! s'emporta sa petite-amie. Bon, Harry, tu vas te lever et aller leur dire bonjour.

Ce dernier eut un rire froid et retourna à ses révisions.

- Ouais, c'est ça, pour qu'ils se paient ma tête encore une fois. Cédric devait bien se marrer en me voyant, la première fois. Il savait que j'étais la pute attitrée de son copain et que lui, par contre, était irremplaçable.

- Personne n'est irremplaçable : fourre-toi bien ça dans le crâne ! menaça son amie. Maintenant tu rentres le ventre, bombes le torse et roules du cul jusqu'à lui. Si j'ai bien apprit quelque chose en étant une femme, c'est qu'on obtient plus facilement les choses que l'on désire en usant de ses atouts naturels.

Harry haussa des épaules et prit une feuille pour recopier au propre son nouvel emploi du temps. Hermione et Ron jugèrent bon de changer de sujet et parlèrent des courses qu'ils devraient faire le soir, en rentrant, débattant s'il était mieux de se rendre en épicerie ou au supermarché.

Temps ou argent ?

- Je te dis que les poires au sirop, c'est au rayon dessert ! s'était écrié Hermione qui avait tracé sur une feuille blanche un plan du supermarché.

- Non, c'est avec les autres boîtes de conserve, un peu plus loin, près des haricots verts en boîte.

- N'importe quoi, Ron, tu te trompes complètement. Quand nous y sommes allés la dernière fois, les poires au sirop étaient ici, près du rayon des gâteaux. Même que tu avais fait un caprice pour de la brioche fourrée au chocolat qui n'entrait pas dans le budget !

Dans ces moments-là, Harry décrochait et rêvassait, le nez en l'air.

Cette-fois ci, il s'était imaginé une scénette où il était un vengeur masqué et taillait un C pour Cocu au niveau du postérieur de Cédric Diggory. Il étouffa un gloussement et se permit de sourire, traçant des C sur une page blanche de son cahier.

Tout à coup, la bande son de Zorro défila dans son esprit et il se mit à fredonner en dodelinant de la tête. Puis il arrivait sur son cheval noir dans une hacienda et allait enlever la fils-fille du gouverneur, Draco travesti dans une robe rouge à pois blanc qui hurlait… qui hurlait comment ? pensa soudainement Harry en cessant de griffonner.

Ah, oui ! Comme la femme de Popeye !

Il le balancerait sur son épaule comme tous les machos et lui taperait les fesses au passage, avec un léger sourire en coin.

Diable qu'il avait un beau cul…

- Harry ? Tu atterris ? demanda Ron en claquant des doigts devant ses yeux.

- Ou-oui, j'étais…

- Cette fois tu étais encore déguisé en Alice aux Pays des Merveilles ?

- Je ne préfère même pas savoir à quoi ressembleraient ces merveilles, prononça une voix cynique derrière le dos de Ron.

Celui-ci se retourna légèrement sur sa chaise et leva les yeux vers Draco.

Ce dernier contourna la table et s'approcha d'Harry. Il sortit un chéquier de la poche intérieure de sa veste et inscrivit un montant dessus, avant de le lui tendre.

- Je ne suis pas pute à ce point, répliqua Harry, sans jeter un coup d'œil au chèque.

- Oh, rassures-toi, tu ne vaux pas autant. C'est une avance pour ton travail. Tu sais, la fresque murale dans mon salon. Je t'ai déjà acheté le matériel nécessaire. Tu n'auras rien à débourser. Je t'attendrais demain à dix heures précises. Inutile de te dire que les retards seront considérés comme des malus sur ta paye.

- Tu crois réellement que j'ai encore envie de travailler pour toi ?

- Beaucoup de personnes importantes passent chez moi. Lorsqu'elles verront ton travail, tu es sûr de trouver de quoi rebondir avant même de sortir de ton école d'art. Pense au moins à ça. Si travailler pour moi te dérange tant que ça, tu n'as qu'à me rendre le chèque et faire du bénévolat.

Harry plia le chèque et le rangea dans la poche arrière de son jean et entraîna Draco au bout d'une longue allée de la bibliothèque, passant outre le regard curieux de Cédric, qui les épiait au loin.

Une fois à des mètres de la salle d'étude, Harry lâcha le morceau :

- Tu es allé porter plainte pour notre agression ?

- Les flics sont venus sur mon lit de mort, oui, pourquoi ?

- J'ai fait des recherches. Je crois que ça peut nous mener quelque part.

- Des recherches ?

- Sur nos agresseurs ! Tu crois que les flics en ont quelques choses à faire que deux pédés se soient fait péter la gueule en sortant d'un bar ? Ils ont d'autres bites à fouetter si tu veux mon avis. Alors je vais prendre les choses en main.

- De quoi tu parles ? Tu comptes te venger ? reprit Draco. Parce que si c'est le cas, je voudrais bien t'aider, mais je n'arrive même pas à marcher plus vite qu'un grand-père avec des hémorroïdes.

- Non, on va les livrer à la police. Je vais me rendre au bar devant lequel on les a aperçus et demander un Max.

- Tu… tu es sérieux ?

- Pourquoi ? Toi, tu n'aurais pas les couilles de le faire ?

- C'est un bar de skins extrémistes.

- Je vais me raser le crâne et mettre des lentilles marrons, c'est passe partout et ça ne coûte pas cher. Bill a quelques vêtements qui appartiennent à leur communauté. Je l'ai suffisamment entendu parler de ça pour savoir quoi faire une fois là-bas. J'ai une affaire à régler avec eux. Pas toi ?

- C'est trop tôt, Harry. Je ne peux pas t'aider. Comment veux-tu que je t'accompagne là-bas alors que je suis branché six heures par jour à une machine qui me lave mon sang ? Si tu veux, je te prête mon python pour la soirée, mais je ne peux rien faire d'autre dans cet état… tu peux me traiter de lâche, mais je connais mes limites.

- Je ne comptais pas sur toi pour y aller de toute manière. Bill va m'aider. Blaise aussi.

- Les skins n'aiment pas les noirs.

- Je sais. Je vais en jouer. Blaise ne supportera pas les remarques racistes et il leur pétera la gueule.

- Harry, on n'est pas dans les X-men. Un coup de filet, ça ne se monte pas sur un coup de tête.

- Tu veux que je me taise, peut-être ? Tu veux que je fasse comme toutes ses tafioles qui encaissent sans rien dire ? J'ai envie de leur dire en face mes quatre vérités. Je ne vais pas me laisser marcher sur les pieds par cinq homophobes mal baisés.

Draco détourna le visage, contemplant la reliure d'un énorme livre un moment.

- Qui d'autre ?

- Tonks, elle est flic et prend notre cause à cœur. Woodrow aussi, elle a longtemps fait de la boxe et elle m'a promit de leur arracher la queue à la main et de les faire frire pour en faire des hot dog. Et un ami de Mel aussi, Sirius. Il adore les descentes.

- Un quadragénaire, une lesbienne, une flic, un skin de contrefaçon et deux pédés. Les X-men quoi, résuma Draco avec un sourire sarcastique. Bon, écoute, te lance pas là-dedans. C'est leur quartier, ils sont plus forts là-bas. Attire-les en-dehors si tu veux les écraser.

- Tu pourrais être notre stratège, proposa Harry en le regardant droit dans les yeux. Tu ne seras pas sur le terrain mais là pour nous donner les idées, la voiture prête à démarrer dehors.

- De une, nous ne sommes pas dans un film. De deux, je ne peux toujours pas conduire. De trois, Blaise prendrait trois places à lui tout seul.

- Avec ou sans toi, je le ferais, Draco. J'irais dans ce bar.

Son amant lui envoya un regard glacial.

- Il n'y a qu'une seule chose que j'approuve dans ton plan. Rase-toi le crâne. T'es affreux comme ça, dit-il en s'éloignant.

Harry soupira et s'appuya contre une étagère.


La tête déposée sur le torse nu de Lee, Harry réfléchissait à la dernière conversation qu'il avait eue avec Draco, à la bibliothèque nationale.

Il avait doublement joué sa pute : il ne s'était pas rendu chez lui pour travailler et avait gardé le chèque. Ses doigts se baladèrent sur le buste de son amant. Lee et lui s'étaient réconciliés sur l'oreiller après la petite représentation théâtrale faite au Baba O'Riley.

Même si ce n'était pas aussi orgasmique qu'avec Draco, Harry passait du bon temps avec lui. Lee ne le forçait jamais à faire quoi que ce soit - en même temps, il avait très peu de limites concernant le sexe.

Lee l'avait à peu près pris par tous les trous possibles et imaginables, et dans tous les sens.

- J'ai une courbature au bras, grogna Lee en le déplaçant légèrement.

- Que devrais-je dire pour ma part ?

- Toi, tu es habitué, fit-il remarquer. Mais si tu veux, je peux être plus doux…

- Non, je n'aime pas particulièrement les hypocrites disant qu'ils font passer le plaisir de leur partenaire avant le leur.

- Tu rigoles ? Bien sûr que ça existe ! Tu ne connais pas ça, toi ?

- Non, répondit Harry en se mettant sur le côté. Je ne connais pas ça.

La chambre de Lee était un mausolée dédié à Bob Marley.

Il y avait un immense drapeau de la Jamaïque en tête de lit et tout un tas d'objets ayant un lien plus ou moins direct avec le martyr du reggae. Les doigts de Lee s'égarèrent sur son épaule et il y déposa un bref baiser.

- Et ça t'énerve de ne pas le connaître ? Lithium n'a jamais fait passer ton plaisir avant le sien ?

- Lui et moi, nous ne faisons pas attention à ce genre de détails. Tout était fait dans la précipitation. On ne s'est jamais posé quelque part, dans un lit, pour baiser ou… forniquer.

- Wow, j'ai une longueur d'avance sur lui dans ce cas, s'enorgueillit Lee tandis que son sourire s'élargissait. Il est comment au lit ? Acrobatique ? Endurant ?

- J'en garde un souvenir très flou, coupa Harry. Ce qui est important c'est que je sois ici, et que j'ai su profiter de l'instant.

- J'ai croisé ton ex, Blaise.

- Ah bon ?

- Je vais déménager, je traînais du côté de chez Luna, dans la rue où il y a plein d'agents immobiliers. Il fumait devant son entreprise. Je peux te dire que dans le coin, c'était la seule qui avait de la gueule. Plein aux As, ton ex !

- Ouais, je profitais pas mal d'un point de vue financier. Il payait tout. Il me faisait de beaux cadeaux. Mais ça ne faisait pas tout. On s'engueulait beaucoup et on était parfaitement incompatible au niveau personnalité.

Lee appuya sa tête au creux de sa main, le fixant de ses yeux malicieux.

- Et Bill ?

- Bill c'était juste une histoire de cul d'une journée. C'était vraiment super de le faire avec lui mais… je ne recommencerais pas. Lui non plus. Il est casé avec Théodore, maintenant.

- Tout le monde est en couple maintenant, constata-t-il. Même Lithium. Tu sais ce qui le ferait enrager ?

- Quoi ?

- Que son copain ait, lui aussi, un mec qui soit… vraiment bandant. Lithium aura moins confiance en son sex-appeal, et ça sera pas mal pour son ego. Il en prendrait un coup. J'ai vraiment envie de le remettre à sa place, ce con.

Harry ne répondit rien.

- Lithium se croit réellement tout permis, continua Lee, plaçant son bras moins endoloris derrière sa nuque. Je savais que c'était un gars pourri-gâté mais pas à ce point. Il t'a jeté comme une merde le plus naturellement du monde. Il n'a de respect pour personne.

- Je ne m'attendais pas à ce qu'il ait le coup de foudre.

- Honnêtement, moi non plus. Mais il y a une façon de faire les choses.

- Tu crois vraiment que Draco ait suivit des cours de bonnes manières amoureuses ? Et puis, tu sais, ça ne fait rien : j'essaie de l'oublier un peu.

- Oublier un mec qui vient chez toi pratiquement tous les jours ? Et encore, tu as de la chance, on va dire. Il passe plus de temps à l'hôpital maintenant qu'il est sous dialyse.

- J'ai peur pour lui.

- Je croyais que tu t'en foutais ?

- La preuve que non. Lee… Lee, je crois que je suis en train de me servir de toi pour l'oublier. C'est moche, hein ?

- Harry, on ne va pas se marier. Tu ne m'appartiens pas non plus. Je suis d'un naturel jaloux mais… je peux comprendre ce que tu vis à l'instant. Vaut mieux coucher pour oublier que de se droguer ou de boire. Y'a moins de risque de tomber accro.

- Oui, c'est vrai, je suis déjà accro au sexe. Je ne vois pas pourquoi l'Organisation Mondiale de la Santé ne veut pas reconnaître les sex'addict. Ça devient un problème grave.

Lee s'entortilla sous la couverture, collant son corps à celui d'Harry.

- Alors, pour le moment, je suis ta drogue ? sourit-il contre sa peau. Une drogue douce ou dure ?

- Là, mmh, bien dure.

Harry captura ses lèvres dans un baiser tout en passant son bras autour de son cou.

Son amant, alors que le baiser s'intensifiait, se retrouva au-dessus de lui à mouvoir son corps en imitant l'acte sexuel. Dans une invitation qui se passait de mot, Harry écarta davantage les cuisses et Lee se glissa entre en un frôlement de draps.

Ils se regardèrent un moment avant de reprendre leur abrazo. Le portable de Lee sonna à la mélodie de Sunday Morning des Velvet Underground et cela ajouta un peu de féérie à cet instant.

Leurs nez se frôlèrent et Harry gémit alors que les doigts de Lee partaient à une nouvelle exploration de sa peau. Sans le quitter des yeux, Lee déposa plusieurs baisers le long de son torse et appuya un moment au niveau du nombril avant d'effleurer son sexe du bout de ses lèvres avant de revenir à sa bouche.

La main de Harry trouva sa verge tendue et il la caressa voluptueusement tandis que leurs langues s'enroulaient l'une autour de l'autre. Lee poussa un râle d'impatience et dégagea la main de Harry avant de s'enfoncer en lui après avoir enfilé un préservatif. Harry ne le lâchait pas du regard, se mordant les lèvres afin de s'empêcher de gémir bruyamment.

Lee était incroyable durant l'acte. Il avait une façon de le pénétrer particulière et se retenait de chanter son plaisir en fermant les yeux, transporté sur une autre planète. Harry sentait le cataclysme arriver : tendu comme une corde. Il sursauta presque, ne s'attendant pas à un plaisir aussi fort.

Harry se tordit sous lui et laissa exploser le son à la barrière de ses lèvres. Ça montait par salve et il se répandait en de longs jets de moins en moins réguliers. Ses gémissements de plaisir furent remplacés par un début de fou rire tandis que sa main passait sur son ventre souillé. Lee leva un sourcil interrogateur et se retira.

- Qu'est-ce qu'il y a de drôle, là-dedans ?

- Je pensais au jour où j'ai réussi à convaincre mon cousin que le sperme était une boisson hyper-nutritive. Ne me demandes pas pourquoi j'y pensais, c'est venu tout seul.

Lee sourit et jeta le préservatif. Subitement on toqua à la porte et la mère de Lee leur parla à travers la porte :

- Les garçons, vous voulez prendre le thé ?

- Putain que non, Maman ! cria Lee, visiblement gêné.

- Bon, si vous changez d'avis, on est en bas, dans le salon.

Harry pouffa et s'assit en tailleur après avoir trouvé un calepin dans son sac à dos.

- Tu fais quoi ? demanda Lee, inquisiteur.

- Je travaille sur mon projet d'ekphrasis. Il me reste quatre jours et ça me rend un peu anxieux.

- Tu as choisi quoi comme thème ?

- Alabama Song.

- Je vois... tu veux que je t'aide ?

- Eh bien, oui, tu peux m'aider. Ecrire un petit poème de ton cru sur le thème serait pas mal. La poésie, c'est ton truc après tout. Tiens, note ça juste ici.

Lee s'allongea sur le ventre et mordilla pensivement son stylo avant de s'attaquer à son poème.

Il commença à écrire un ou deux mots puis les raya. Un nouveau moment en suspend, puis il compta sur ses doigts le nombre de syllabes et fronça des sourcils. Il déposa sa main à plat sur la feuille et commença à écrire des mots en vrac puis réussi à en extraire quelque chose au bout d'un quart d'heure durant lequel Harry rédigeait une liste de matériel à acheter pour son tag.

- Tiens.

- Déjà ? Il est court ton poème.

- C'est un haïku : trois vers - cinq, sept et encore cinq syllabes.

Harry lut :

Ekphrasis sucrée,

Une sucette acidulée

Alabama Song.

- Tu pensais à quelque chose en particulier avec "sucette acidulée" ? devina Harry avec une moue taquine.

- Eh bien, j'ai le droit de m'inspirer un peu de mon vécu.

- Mais pourquoi sucrée ?

- L'Alabama a toujours été réputé pour ses plats riches et sucrés. Inculte.

- Lee, tu devrais savoir que la seule chose encore vierge chez moi, c'est mon cerveau.

Lee eut un petit rire et lui rendit son stylo.

- C'est parce que tu n'as pas d'estime pour toi-même que tu couches si facilement ?

- Qu-quoi ?

- Quand je t'ai fait des avances, tu aurais pu dire non mais tu ne l'as pas fait. Pourquoi ?

- Parce que… j'en avais envie, voilà tout.

- Envie ? Juste… envie ? Tu sais, moi aussi parfois, j'ai envie de quelqu'un, mais je ne passe pas à l'action pour autant.

- Oh, tu aurais préféré que je repousse tes avances et que…

- Je n'ai pas dit ça, tempéra Lee en déposant sa main sur son ventre. Je te demande simplement pourquoi tu dis oui sans réfléchir, comme ça.

- C'est parce que je ne réfléchis pas que je dis tout le temps oui. Si je prenais le temps de peser le pour et le contre, je ne serai pas ici, tu sais. Si je prenais quelques secondes pour jauger le type en face de moi, me demander s'il traîne une saloperie avec lui, s'il est bien intentionné ou non… eh bien, je ne serai pas tel quel, évidemment. Quand je suis dans les bras d'un mec, je suis moi et j'existe. Ça peut paraître pathétique comme raisonnement, mais je ne vois pas dans quel domaine je serai doué hormis celui-ci.

- Tu fais de beaux graffitis.

- Tu n'en as pas vu un seul, grogna Harry en commençant à quitter le lit.

- Chiotte, jura-t-il.

Harry enfila son sous-vêtement ainsi que son jean et finit de se rhabiller dans un coin de la pièce.

- Je retourne au Baba pour travailler. Mel m'a promit de me mettre des livres de côté.

Il déposa un baiser sur ses lèvres avant de s'éclipser, son sac à dos sur l'épaule. Une fois dehors, il mit son walkman et fredonna quelques notes de Crystal Ship. Lee habitait plus près du Baba O'Riley que Luna. Il pouvait donc s'y rendre à pied sans aucun problème.

Dix minutes plus tard, tout au plus, Harry se retrouva dans l'impasse menant au Baba.

Devant la maison de Janet Glowshouse, une table remplie de prospectus avait été installée. Elle servait de la limonade à des personnes venues pour signer une énième pétition pour la destruction du Baba O'Riley.

Tout à coup, Harry fit demi-tour, et prit le stylo traînant sur la table. Janet arbora un sourire et prononça doucereusement :

- Oh, je vois que vous n'êtes pas un cas si désespéré pour revenir à la raison.

Harry écrivit en grosses lettres, couvrant toutes les signatures : "ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE". Il planta son regard dans celui de sa voisine puis lui souhaita une excellente journée avant de rejoindre son domicile.

Il déposa sa veste sur le porte-manteau en forme de patte d'autruche. Luna était assise sur le sofa, à grignoter des cup-cakes bleus. Woodrow et Bill avaient mit la cuisine sans dessus-dessous.

- Ah, Harry ! Tu arrives au moment le plus opportun, s'exclama-t-elle en remuant énergiquement le contenu d'un saladier transparent. On a besoin de main d'œuvre pour les échantillons de cup-cakes. J'essaie une nouvelle recette : les gâteaux multicolores. On pensait faire le drapeau gay à l'intérieur et sur le nappage. Cool, non ?

- Super cool, renchérit Harry. Pourquoi Luna ne vous aide pas ?

- Oh, eh bien, j'ai préféré lui donner le rôle de goûteuse officielle. Elle ne sait pas reconnaître le sucre du sel, dit-elle un peu plus bas. Elle est moins dangereuse en-dehors de la cuisine. J'ai réquisitionné Bill parce qu'il est bien meilleur en cuisine qu'il n'y paraît. Tu viens ?

- Ouais, je vais mettre mon tee-shirt le plus dégueulasse et venir me bourrer de saccharose avec vous. Mais je ne resterai pas longtemps : je dois avancer mon projet.

- Pas de problème, on t'attend, prononça-t-elle après avoir sucé son index couvert de pâte sucrée.

Harry monta les escaliers en colimaçon et entendit, depuis sa chambre, Woodrow hurler à Luna d'arrêter de prendre les gâteaux pour des Schtroumpfs doués d'une sensibilité.

Il revint avec des vêtements usés jusqu'à la corde et apprit sur le tas à réaliser la recette de Woodrow. Cette dernière était un véritable tyran en cuisine et n'hésitait pas à taper Bill ou lui avec la cuillère en bois dès qu'il faisait un écart.

Vingt minutes passèrent et une fournée passa au four.

Harry dut faire une pause dans son travail pour accueillir quelques visiteurs au Baba O'Riley qui n'avaient pas encore tous leurs repères. Il répondit également au téléphone où une commande de livres non réédités devait arriver en début de soirée.

Luna était accroupie près de la table basse, à faire parler les cup-cakes bleus entre eux - comme si elle jouait à la poupée. Harry retourna dans la cuisine et aida Woodrow, qui était seule depuis que Bill avait prit sa pause cigarette.

- Toi, tu as baisé, diagnostiqua-t-elle avec un petit sourire. Ne mens pas à Tatie Woody, je l'ai vu sur ton visage. C'était qui ?

- Un mec.

- Merci, je sais que c'est un mec : le jour où tu vires lesbienne, je veux être la première au courant.

Harry esquissa un sourire tandis qu'il actionnait le batteur.

- Lee.

- Lee ? Lee Jordan ? Lee, le type qui est un fanatique de Baudelaire, de Poe et Saint John Perse ? Notre Lee ? Le type qui adore le tam-tam et Bob Marley ? Celui qui tient plus à ses rastas qu'à sa propre queue ? Celui qui…

- Oui, ce Lee là ! cria presque Harry.

- Wow, on en apprend tous les jours. C'est bizarre… je ne vous vois pas du tout baiser tous les deux, annonça Woodrow d'un air songeur. C'est difficile de penser que tous les deux, vous avez… beuh ! La vilaine image mentale ! Passe-moi de l'eau de javel sur les yeux.

- C'est toi qui voulais savoir, fit remarquer Harry en ajoutant violemment une poignée de farine. Et pour ta gouverne, c'était bien !

Woodrow frissonna de la tête aux pieds et alla chercher le colorant alimentaire.

Tout à coup, Mel entra en catastrophe dans la cuisine, son vieux manteau encore sur ses épaules et les yeux un peu fous.

- J'étais au cybercafé dans la rue d'à côté, croassa-t-il. J'ai reçu un mail.

- Eh bien, Mel qui reçoit un message électronique, vous avez payé la personne, hein ? nargua Woodrow.

- Saches, petite impertinente, que même si je ne suis pas un grand geek, j'ai des contacts virtuels. Dis, Harry, tu es bon en orthographe ?

- Mmh, plutôt, oui, pourquoi ?

- Ma bêta m'a lâché ! geignit Mel. Elle m'a envoyé un mail tout à l'heure en disant que…

- Du calme, une bêta, c'est quoi d'abord ? demanda Woodrow en baissant légèrement le thermostat du four. Et pourquoi vous a-t-elle lâché ?

- Sache qu'hormis le Baba O'Riley, le seul truc encore excitant dans ma vie, c'est les fanfictions. J'écris des histoires sur le net et je me fais passer pour une jeune fille de dix-neuf ans déjantée. Et si ma bêta ne veut plus me suivre, c'est parce qu'elle estime qu'une relation sexuelle entre Gimli et Legolas est un pur blasphème.

Harry fut prit d'un fou rire : c'était trop pour lui.

- Du coup, mes lecteurs attendent le prochain chapitre ! Mais moi, je suis nul en orthographe et je ne me vois pas demander à Remus de corriger ça même s'il est professeur de littérature. Vous imaginez, vous, si vos parents vous demandaient de corriger de la prose érotique entre un nain et un elfe ?

- En effet, il y a de quoi être perturbé, admit Woodrow.

- Donc je dois me coltiner le sale boulot ? devina Harry en s'essuyant le coin des yeux avec un torchon.

- Oh, Harry, ne joue pas ta fine bouche : tout le monde sait que tu fantasmes sévère sur Legolas, surtout depuis que tu as vu Lucius déguisé en elfe ! Bon, tiens, j'ai mon chapitre sur ma clef USB et je l'attends corrigé !

- Vous savez que depuis des mois, j'utilise la wifi de Mrs Glowshouse ? Elle n'a aucune protection, cette vieille mégère.

- C'est vrai ? s'étonna Mel. C'est bien mon p'tit.

Mel retourna dans le hall et s'assit derrière son comptoir, son casque audio de viking sur les oreilles.

- Bon sang, chuchota Woodrow en se penchant vers Harry. Mel écrit des fanfictions ! On aurait dû lui demander son pseudo pour aller se marrer devant ! T'imagine une soirée fics à pouffer comme des dingues avec Bill et Luny ? Tu crois qu'on pourrait lui laisser des commentaires ? Mon Dieu, Harry, il faut que tu dégottes son pseudonyme ! s'écria-t-elle à demi-voix en le secouant par son tee-shirt.

- Je vais faire tout mon possible.

- Que se passe-t-il, demanda Bill sentant le tabac fraîchement consumé.

- Oh, tu ne sais pas la nouvelle ! s'exclama Woodrow, hystérique.

Harry roula des yeux, et rendit son tablier pour aller lire le livre que lui avait conseillé Remus pour son projet d'ekphrasis.

Il se cala sur le sofa, assis en tailleur et reprit sa lecture à la page 92. Il entendit Luna babiller des choses aux oreilles inexistantes de ses cup-cakes avant de les dévorer tout cru. Harry était tellement habitué à la voir dans son "état normal" qu'il en était vacciné. Il se focalisa sur la plume de Gilles Leroy.

Une demi-heure plus tard, la clochette du Baba O'Riley annonça l'arrivée d'un nouveau visiteur. Harry ne leva pas le nez de son livre et sentit la place à ses côtés s'affaisser.

- Tu lis Alabama Song ? demanda la voix de Remus.

L'étudiant en art le regarda enfin et lui accorda un léger sourire.

- Oui, j'aime vraiment. Mais je ne sais pas quel passage choisir. Ils sont tous tellement intéressants…

- Moi, il y en a un que j'adore parce qu'il est très contesté. Et c'est une question qui pourrait t'intéresser : Ernest Hemingway et Scott Fitzgerald entretenaient-ils une relation suivie ?

- Qu-quoi ? Tous les deux ? Ensemble ? Je n'y crois pas, pouffa Harry. C'est insensé. Je ne les vois pas du tout faire ça…

- Comme toi avec Lee, renchérit Woodrow en se laissant tomber à la dernière place du sofa, caressant pensivement la chevelure blonde de Luna.

- Tu pouvais pas te la fermer ? jura Harry.

- Quoi qu'il en soit, reprit Remus, j'aime bien comparer les points de vue. Regarde, lis ce passage et je vais trouver le point de vue contraire de Hemingway. Mon père doit bien garder Paris est une fête quelques part…

Harry lut :


Alabama Song, Chapitre "Retour au pays", Ecrire 1932, écrit par Gilles Leroy (Les crochets sont des précisions apportées par moi)

« Lewis [nom changé par l'auteur, il s'agit ici d'Ernest, plus particulièrement Ernest Hemingway] se vante d'avoir dès l'enfance porté en permanence un couteau sur lui "afin de tuer les homosexuels". Est-ce un homme sain, cela ? Il ne supporte pas de désirer Scott [F. Scott Fitzgerald], aussi il va le liquider. Méthodiquement. Il a déjà commencé. De Gertrude [plus précisément Gertrude Stein, artiste-peintre femme], quand il eut comprit qu'elle couchait avec Alice Tolkas [écrivaine] (il était long à la détente, tout le monde invité rue de Fleurus [endroit fréquenté par l'élite culturelle à Paris] avait compris depuis des lustres), lorsqu'il découvrit qu'elle était une lesbienne affirmée, il s'est mis à en dire tant de mal que ça en était à vomir car il devait tout à cette femme, qui avait été son professeur, sa conseillère, sa bienfaitrice et son mécène. Mais les hommes comme Lewis, c'est pas la peine de leur trouver une humanité. Un type qui ouvre sa chemise jusqu'au nombril afin qu'on profite bien de sa moumoute d'orang-outan, faut pas en attendre grand-chose. [...] « Je sais ce que j'ai vu, répétais-je, j'ai de très bons yeux », ce qui était encore la vérité à cette époque. O'Connor [ici Hemingway] était à genoux, la tête entre les cuisses de mon mari. La pièce était dans la pénombre, mais la lumière du projecteur éclairait assez la scène et je puis vous assurer que c'était bien ce qu'ils faisaient. »


Harry leva un regard éberlué vers Remus qui s'asseyait à nouveau avec un vieil exemplaire du volume de Hemingway.

- Alors, c'est vrai ? Il lui a taillé une pipe ? interrogea-t-il.

- Ne sois pas si crédule, dit Remus. Lis plutôt la version d'un des principaux concernés.


Paris est une fête, Chapitre "Une question de taille", écrit par Ernest Hemingway (Les crochets dans le récit sont pour écourter le passage)

« Bien plus tard, après que Zelda eut traversé ce qu'on appela alors sa première dépression nerveuse, il arriva que nous nous trouvions à Paris au même moment, et Scott m'invita à déjeuner chez Michaud, au coin de la rue Jacob et de la rue des Saints-Pères. Il me dit qu'il avait une question très grave à me poser, que c'était ce qui lui importait le plus au monde et que je devais lui donner une réponse absolument sincère. Je dis que je ferais de mon mieux. [...] Il dit : "Tu sais que je n'ai couché avec personne d'autre que Zelda" "Je ne savais pas" "Je croyais te l'avoir dit", "Non, tu m'as dit des tas de choses, mais pas ça" "C'est à ce propos que je dois te poser une question" "Bon. Vas-y" "Zelda m'a dit qu'étant donné la façon dont je suis bâti, je ne pourrai jamais rendre aucune femme heureuse [...] elle m'a dit que c'était une question de taille" "Passons au cabinet [...] Tu es tout à fait normal. Zelda est folle". »


- Donc… il s'est passé quoi, au juste ? Ils ont vraiment eut des rapports intimes ou elle était réellement timbrée et c'est une hallucination ? Et pourquoi aurait-elle dit ça ? C'est…

- Bizarre ? Tous les trois, Scott Fitzgerald, Zelda Sayre, et Ernest Hemingway ont une vie hors du commun - extraordinaire dans le sens littéral du terme. Le destin a voulu qu'ils soient réunis d'une manière ou d'une autre, comme des atomes crochus. Idem pour la fabuleuse Gertrude Stein qui a découvert Picasso, entre autres. Pour te faire l'histoire raccourcie, Zelda a toujours été un peu délurée : fille du gouverneur d'Alabama, elle rêvait d'une vie de paillettes et pleines de surprises. Elle a attiré le regard de Scott. On dit qu'il l'a vu, pour la première fois, danser sur une table en soulevant sa robe. Je pense que l'un comme l'autre ont su tirer profit de leur relation : elle l'inspirait, il lui faisait accéder à un monde dont elle avait toujours rêvé. Ils s'aimaient à leur manière. Puis, ils sont partis à Lyon. Ça s'est mal passé - un adultère. Puis ils sont remontés vers Paris en plein boum de la "Génération Perdue" dans les années trente. Ils ont connu Hemingway grâce à Madame Stein. Zelda l'a détesté. Hemingway la trouvait belle mais terrifiante. Tu vois, Harry, quand on tombe amoureux de quelqu'un de fou, on a tendance à participer et à encourager sa folie. C'est ce qu'il s'est produit. Scott a laissé faire. Puis un jour il n'en pouvait plus. Il s'est réfugié dans son amitié avec Hemingway. Ils sortaient de plus en plus ensemble, laissant Zelda avec ses idées noires et son alcool. Elle s'est sentie seule, délaissée et a commencé à le jalouser, j'imagine. A partir de là, où est la limite entre le fantasme et la réalité ? Peu de gens le savent. Et, pour être honnête, c'est une histoire un peu trouble. Bizarre. Tu n'as rien remarqué ?

- Eh bien, je me demandais comment s'était possible qu'elle... qu'elle puisse être au courant de ça. Parce qu'Hemingway dit dans son autobiographie qu'ils étaient seuls, dans un restaurant. Et elle, dit qu'ils étaient dans un hôtel ou... on ne sait où. Alors elle était là où pas ? Et si c'était la première fois que Hemingway voyait le sexe de Scott, pourquoi…

- Elle les aurait vus par la suite ? Cela signifierait qu'à partir de là, ils ont recommencé. Mais c'est peu tangible : Zelda, à l'époque, commençait déjà à avoir quelques troubles mentaux. Toutefois, il faut tout nuancer : il paraîtrait qu'on est jugé sa maladie mentale excessivement, qu'elle n'était que bipolaire. Dans ce cas, elle avait encore toute sa tête à l'époque.

- Peut-être qu'elle a inventé ça pour jeter le discrédit sur Hemingway et son mari, supposa Harry. A l'époque, il y avait de quoi détruire une carrière, non ?

- C'est une histoire de point de vue. Moi, ce qui m'aurait intéressé, c'est l'avis de Madame Stein. Elle les avait tous sous le nez : elle devait savoir, à mon avis.

- Je ne pense pas qu'ils auraient montré quoi que ce soit devant tout le monde si seulement cela avait été le cas, rétorqua Harry en fermant le livre. J'imagine que, oui, Hemingway a vu le sexe de Fitzgerald mais… ça n'est pas allé plus loin.

- Tu penses ou tu préfères imaginer que c'est le cas ?

La question de Remus n'eut aucune réponse puisque Bill apporta des cup-cakes multicolores.

Ils les dégustèrent en écoutant quelques notes de Chopin s'échappant de la vieille radio à cadran. Mel passa près du sofa et ébouriffa les cheveux d'un châtain terne de son fils. Harry plaça des marques-pages dans les extraits sélectionnés des deux romans et imagina, le regard perdu, ce qu'il pourrait bien dessiner pour son graffiti.

Peu après avoir finit son deuxième gâteau, quelqu'un entra dans le living-room. Woodrow lui fit un coup de coude en prononçant :

- Je crois que ce jeune homme veut te parler.

Harry sursauta en voyant Cédric. Mel le jaugea méchamment en repartant vers son comptoir. Cédric fourra ses mains dans ses poches et lança :

- Je t'ai attendu pour ton graffiti. Draco aussi. Si tu ne veux pas faire le travail, le minimum que tu puisses faire c'est de rendre le chèque.

- Que Draco vienne pour le récupérer, lança froidement Harry.

- Il est branché six heures par jour à une foutue machine ! Et crois-moi, quand il rentre de l'hôpital, te courir après est bien le cadet de ses soucis.

- Oh, j'ai cru l'avoir remarqué.

- Tu ne peux pas savoir à quel point cette fresque murale compte pour lui. Cela signifie qu'il pourra de nouveau un jour faire des tours de magie sans se préoccuper de si cela sera le dernier ou non !

- N'essaies pas de me prendre par les sentiments, trancha Harry en rassemblant brusquement ses affaires.

- Tu as une dette envers Draco ! s'était écrié Cédric en haussant la voix.

- Une dette ? répéta lentement Harry en faisant volte-face. Si je n'avais rien fait ce soir-là, il serait mort, alors, je t'en prie, tais-toi.

- Espèce de…

- STOP ! hurla Bill. On arrête ce cinéma. Mettez vos différents de côté, je ne veux plus entendre parler de vos histoires de pacotilles. Si Harry a un problème avec Draco, ils le règleront comme des grands. Tu n'as pas besoin de faire l'intermédiaire. Vous n'allez pas nous foutre en l'air l'ambiance. Je vous ferais dire que demain, c'est la Gay Pride.

A suivre


Prochain chapitre, la Gay Pride ! Je vous retrouve dans une semaine avec votre déguisement. Dix mille mots de délires. Huhu.