Allez, vu que c'est noël, vous avez droit à ce petit chapitre-cadeau-de-noël écrit des yeux de Mike ! =)
Encore joyeux noël à tous, et bonne lecture ! ^^
Je m'éveille enveloppé d'une douce odeur. Ce n'est pas celle, muscée, du parfum que je met chaque jour. Ce n'est pas non plus l'odeur âpre de l'infâme déodorant dont Kevin s'asperge tous les matins. Non. Celle-ci est différente. Fruitée, légère, aérienne. J'entrouvre à peine les yeux et tourne la tête pour me retrouver noyé dans un flot de mèches brunes. La douce odeur provient d'ici, et, en plissant un peu les yeux, j'aperçois des traits fins, perdus dans une sombre auréole. Au milieu de ce hâlo, deux yeux clos et ourlés d'une fine dentelle de cils bougent au doux rythme de sa poitrine, qui se soulève lentement et à intervalles réguliers. Alors que j'esquisse un mouvement, deux étincelles d'or éclairent son visage. Il faut quelques secondes à Amy pour émerger et lentement paillonner des cils.
-Mike ?
Bredouille-t-elle dans un bâillement, incrédule. J'esquisse un léger sourire, avant de murmurer :
-Lui-même.
C'est au tour d'Amy de sourire, avant de détourner la tête pour s'étirer paresseusement. Son visage se tord dans une grimace typique des réveils difficiles, avant que se tête se passe de l'appui-tête à la vitre, dont elle se décolle rapidement, sans doute à cause de la chaleur.
-On est bientôt arrivés ?
Demande-t-elle dans un bâillement bien mal réprimé. Son air ensommeillé ne la fait ressembler en rien à celle qui me faisait face lors des précédentes scènes que nous avons du tourner. Celle qui chambre John à chaque remarque qu'il lui fait. J'ai face à moi un petit être perdu, naviguant entre la réalité et le rêve et cherchant le chemin pour rejoindre l'un ou l'autre. Certainement le même qu'elle devait arborer lorsque John l'a retrouvée, il y a quelques semaines.
Je me demande si elle s'en souvient. Si elle se rappelle des confidences qu'elle m'a faites hier. De tout ce qu'elle m'a dit, avant de littéralement fondre en larmes. Face au fait qu'elle n'y ait pas le moins du monde fait allusion ce matin, j'en doute sérieusement. Certainement que sa mémoire a rayé toute seule cette partie de la soirée. Ce que je comprends parfaitement.
Lorsque John nous a parlé du fait qu'une amie de longue date allait venir participer aux Slammys, chacun de nous a intérieurement tiqué. La compagnie dans laquelle nous sommes nous soude les uns aux autres, crée des liens avec des personnes que nous ne soupçonnions pas comme étant appréciables, change un peu chacun d'entre nous. Il faut dire que nous vivons continuellement ensemble. On apprend à se faire confiance, on a pas le choix, c'est un peu être lâchés dans une arène avec d'autres personnes inconnues pour lutter face à un ennemi de taille : la vie. Certes, il y a la joie, les sourires, les moments que nous vivons et dont nous nous rappellerons toute notre vie, le soutient des fans. Mais il y a aussi le revers de la médaille. L'éloignement. La distance. Lorsque j'ai été engagé dans la compagnie, au tout début, lorsque je ne faisais ni tournée ni grands shows, je sortais avec une prénommée Bettany. Jolie, intelligente, sympathique. Tout à rapidement sombré au cauchemar. Elle comme moi avons commencé à nous haïr, faute de pouvoir se voir. Tout s'est terminé d'une matière si terrible que j'évite généralement d'y songer. De vivre en petit communauté comme nous le faisons vous change à un point inimaginable.
De savoir que l'un de nous avait réussi à renouer avec son passé à fait peur à plus d'un de nos collègue. Certains l'acceptaient, certes. Mais au fond de nous, tout le monde était profondément jaloux, et inquiet de savoir comment cette personne allait réagir. Chaque nouvelle intrusion dans notre cercle fermé est comme un caillou jeté à la surface de l'eau. On ne sait jamais quelle sera la portée des changements occasionnés. Le moindre contact est capable de bouleverser l'équilibre.
De ce que m'a raconté Amy hier, lorsque John l'a retrouvée, elle avait déjà été réduite à l'état d'ombre. De déchet humain. Il l'avait visiblement simplement croisé dans une boutique. « Je n'ai même pas réfléchis au fait de savoir de qui il pouvait bien s'agir. Mêmes des années après, lorsque j'ai entendu son « Amy ? C'est bien toi ? », j'ai tout de suite su que c'était lui. » M'a-t-elle lâchée, des étoiles dans les yeux Je crois que John et elle possèdent un lien encore plus fort que l'amitié, ou qu'un lien fraternel. C'est fusionnel, comme si il était une partie d'elle et elle une partie de lui. « Quelques minutes après seulement, je me demandais déjà comment j'avais fait pour tenir toutes ces années sans lui, sans ressentir le manque qu'était sa présence. »
Lorsque j'ai rencontré Amy pour la première fois, elle n'avait visiblement pas été prévenue de notre arrivée, à Kevin et moi, ou alors, elle jouait étonnamment bien la comédie. Mais derrière son air surpris, j'ai tout de suite repéré la joie de vivre qui émanait d'elle. Comme si être ici, sur ce ring, s'avérait être le bout du monde. J'ai au départ pensé à l'adrénaline, celle qui se déclenche et se diffuse en vous lorsque vous faites un pas sous les projecteurs. Puis, au fils du temps, j'ai compris que ce n'était pas uniquement ça. Que cette joie de vivre était continuelle. Qu'elle aimait la vie.
C'est certainement pour cette raison que, lorsqu'elle est revenue au restaurant ce soir là, avec les yeux rougis de larmes, les mains qui tremblent et un simple prétexte de fatigue, j'ai tiqué en me demandant ce qui avait pu terrasser en quelques minutes cette jeune femme rayonnante. Certainement ce qui m'a amené à rentrer moi aussi à l'hôtel. Comprendre. Je voulais comprendre ce qui lui arrivait. La première version qu'elle m'avait livrée ce soir là m'avait Heurté. Heurté du fait que, derrière un aussi joli sourire, on puisse avoir encaissé ce que la vie peut vous offrir de plus lourd. La seconde m'avait parue encore plus terrible.
Voir Amy fondre en larmes, s'effondrer à la simple mention d'un nom, d'un fait, de la terreur qu'elle nourrissait vis-à-vis de son passé, tout ça m'avait frappé, comme une claque, et je m'étais étonné de ne pas avoir retrouvé sur ma joue la marque rouge et encore brûlante que la vie appose parfois.
-Tout va bien ?
Amy me fixe, de ses deux grands yeux dorés, dans lesquels la lueur que j'aime tant y voir s'est rallumée. L'image sombre de ce petit être recroquevillée sur elle-même, agrippée à mon épaule comme on s'accroche à une bouée de sauvetage s'estompe pour laisser place à un visage souriant.
-Oui oui, ça va… J'étais juste … Ailleurs !
Un simple hochement de tête et elle se lève, s'excuse et me demande de la laisser passer. Alors qu'elle enjambe mes genoux et que je me contorsionne pour lui laisser suffisamment d'espace, je n'ai qu'une envie, folle, brève, de l'attirer contre moi. De lui retenir le poignet, lui demander de rester un peu, histoire que je puisse encore être baigné de sa douce odeur. L'espace d'un instant, j'espère qu'une turbulence fera tanguer l'avion à cet instant précis, mais rien n'y fait, et j'observe discrètement la silhouette d'Amy disparaître entre les rangées de sièges. Je profite de son absence pour me relever à mon tour et retirer ma veste, qui me tient bien trop chaud à l'heure actuelle. Une hôtesse de l'air passe à cet instant, et je lui commande quelque chose à boire avant que ma voisine ne revienne. Lorsque Amy revient, elle est accueillie par deux immenses verres de limonade dans lesquelles le liquide danse au rythme du vol de l'appareil.
-Oh ! Merci beaucoup !
Lâche-t-elle dans un sourire, avant de repasser à nouveau pour se laisser tomber dans son siège et de boire d'une traite son verre, au fond duquel trône une rondelle de citron. Du coin de l'œil, je l'observe coller sa joue contre la fenêtre.
-Ca va ?
M'enquis-je, me rappelant soudainement des vannes que lui lançait Melina la dernière fois concernant son mal de l'air. Amy s'octroie quelques secondes avant d'hocher vivement la tête, mais je devine sans grande difficulté qu'elle fait actuellement tout pour contenir son mal de l'air.
-Je suis juste pressée que le vol se termine…
-Ah ?
-Pas toi ?
-Non, l'avion n'est pas quelques chose qui me dérange…
Mentis-je dans un léger sourire, évitant soigneusement de lui déclarer de but en blanc que je n'ai juste pas envie qu'elle s'éloigne. Que je veux juste qu'elle reste encore un peu.
-Tu veux redormir un peu ?
M'empressé-je de lui demander, soucieux de la voir pâlir à vue d'œil en regardant par le hublot. Ma remarque semble la faire réfléchir, du moins avant qu'elle ne nie lentement.
-Non, c'est bon. Quelqu'un qui dort n'est pas d'une compagnie très agréable …
Lâche-t-elle dans un discret sourire, et je ne peux m'empêcher de sourire à mon tour. De sourire idiotement, mais d'un sourire lourds de sous-entendus, exactement comme celui que j'ai lâché à Kevin lorsqu'un fois dans notre chambre, après ce fameux soir où Amy et moi avions tant discuté à l'hôtel, il m'avait demandé si j'étais rentré à cause d'un vrai mal de tête où s'il y avait une autre raison cachée là-dessous.
-Merci.
La voix féminine qui raisonne à mon oreille m'arrache un léger sursaut, alors que je lâche mes pensées pour revenir à la réalité. J'interroge silencieusement Amy du regard, alors que celle-ci semble déterminée.
-De ?
-De m'avoir laissée venir chez toi hier.
-Tu m'as déjà remercié une bonne dizaine de fois.
-Oui, mais ça ne sera jamais assez. Tu n'imagines pas à quel point ça m'a fait plaisir.
« Je pense que si … Bien au contraire… » Les mots meurent sur mes lèvres, alors que je me contente d'esquisser un léger sourire.
-Tout le plaisir était pour moi. C'est toujours agréable d'être avec une amie, surtout quant on doit passer noël tout seul …
« Et surtout quand cette amie, c'est toi. »
