Oui je sais, j'ai trop tardé. À défaut d'avoir des excuses valables à vous offrir, je publie ce tout nouveau chapitre.

Merci aux à toutes celles qui prennent le temps de commenter. Vous êtes des amours. Bonne lecture. Miriamme

Vingtième partie

-mais non, vous n'y êtes pas du tout, s'emporta William une fois que Max eut répondu à l'interrogation de son patron en déclinant l'ensemble des motifs qui l'avait incité à le soupçonner. Trop en colère pour reprendre immédiatement la parole, le jeune médecin s'éloigna sensiblement du groupe, gonfla ses poumons à deux reprises, secoua vigoureusement sa chevelure puis trouva le courage de poursuivre, tout ce que avez besoin de savoir messieurs, c'est que si vos recherches ont été vaines jusqu'à maintenant c'est tout simplement parce qu'il n'y a rien à trouver.

-Et je maintiens MOI que vous êtes nécessairement mêlé à cette histoire, s'obstina Max.

-Ce que tu es de mauvaise foi, s'insurgea Élisabeth avant de hausser son index dans sa direction et l'apostropher, si tu sais quelque chose dis-le maintenant ou tais-toi. On s'en portera tous mieux.

-Elle a raison Max, convint le directeur, le toisant encore plus sévèrement qu'à l'accoutumée. Allez-y, docteur Darcy, poursuivez, convia-t-il finalement William, une fois qu'il eut la conviction que son agent n'interviendrait plus.

-Si ça peut vous être utile, je pourrais vous donner accès à tous mes dossiers, leur offrit alors William.

-Ce n'est pas la peine, rétorqua le directeur, incapable de cacher sa déception, nous avons déjà eu l'occasion – grâce à Élisabeth – de passer tous vos papiers au peigne fin. Sans rien trouver, malheureusement.

Cette révélation, lâchée de manière insouciante, engendra le blêmissement de l'un et le rougissement de l'autre.

-Ça alors! intervint alors celui qui s'était fait clore le bec un peu plus tôt, mais qui n'avait aucunement renoncé à jouir de la déconfiture du jeune médecin, Élisabeth ne vous a pas parlé du rôle qu'elle a joué dans cette affaire?

Comprenant qu'il lui revenait d'intervenir afin d'éviter que la situation se dégrade davantage, le directeur ramassa le jeune agent par le coude puis l'entraîna vers la cuisine.

-Tu me feras signe quand vous serez prêts à reprendre cette discussion. Max et moi avons plusieurs coups de fil à passer, annonça le directeur juste avant de refermer la porte derrière eux.

-Qu'a voulu dire votre collègue? Et de quel rôle parlait-il?

-C'est juste que… déglutit-elle péniblement avant de trouver le courage de poursuivre, ça fait un bon moment déjà que je travaille pour eux…

-Qu'en est-il du travail qui vous attendait en Europe? De ce départ que vous ne pouviez différer? Souleva tout d'abord William la contemplant maintenant avec un mélange de perplexité et scepticisme.

Figée par la honte bien davantage qu'intimidée, Élisabeth garda les lèvres serrées.

- Vous n'êtes jamais montée à bord de cet avion, c'est ça? Revint-il à la charge par la suite.

-En effet, acquiesça-t-elle à voix basse, tendue, pressentant ce qui allait suivre, anticipant douloureusement sa prochaine question.

-Ça alors… ça fait si longtemps que ça que vous travaillez pour ces hommes? Vérifia-t-il alors tout en haussant légèrement le menton afin de dénouer sa cravate.

-Il serait plus juste de dire que j'ai collaboré avec eux, nuança-t-elle, consciente que le plus gros lapin, celui qu'elle hésitait encore à sortir du chapeau, risquait fort de lui coûter cher.

-J'aimerais bien maintenant…

« Eh voilà…. » Grimaça-t-elle pour se préparer à l'inévitable.

-Que vous m'expliquiez comment, en tant que collaboratrice….

« Collaboratrice, complice, menteuse, espionne… » Broda-t-elle mentalement autour du thème, estimant mériter toutes les déclinaisons du mensonge.

-Vous êtes arrivée à mettre la main sur l'ensemble des dossiers de ma clinique?

Explosant devant ses yeux tel un feu d'artifice, le MAT engendré par sa question se déversa en milliers d'étincelles puis fit du trampoline dans le creux de son oreille tant et aussi longtemps qu'elle n'eut pas rassemblé suffisamment de courage pour y répondre.

-C'est votre assistante qui nous les apportait, osa-t-elle prendre un dernier détour par lâcheté au moins autant que parce qu'elle se souciait réellement de la pâleur de son compagnon.

-Mon assistante? bredouilla-t-il avant de chanceler puis se laisser choir dans le fauteuil qui était juste derrière lui.

Se faisant violence pour résister à la tentation d'aller poser sa main sur son front afin d'en vérifier la température, la jeune femme garda tout de même les yeux braqués sur lui, le surveillant de près tandis qu'il détachait le premier bouton de sa chemise, tirait encore davantage sur sa cravate, prenait un grand respire puis lançait, êtes-vous en train de me dire que Gabrielle Lebel travaille également pour la GRC?

-C'est un peu plus complexe que ça, décida-t-elle de rester dans le vague.

-Que voulez-vous dire? La pressa-t-il de nouveau.

Se dressant alors sur le bout de ses orteils, Élisabeth secoua la tête de manière aussi gracieuse que si elle possédait une longue chevelure puis monta vers lui en adoptant la démarche chaloupée du personnage qu'elle s'était créé.

Le contemplant maintenant les yeux mi-clos, un sourire affable sur les lèvres, elle laissa la voix de son assistante lui révéler le reste, Docteur Darcy, puisque votre rendez-vous de deux heures n'est pas encore arrivé, je vous envoie celui de deux heures trente.

Toujours aussi livide, bien que désormais parfaitement immobile, William sembla tout à coup avoir du mal à respirer. S'arrachant à son fauteuil avant même que la jeune femme songe à venir à son secours, celui-ci se dressa sur ses deux pieds, tangua jusqu'à la fenêtre, l'entrouvrit puis prit le temps d'inhaler quelques bonnes bouffées d'air avant de reprendre la parole.

-Je… je n'arrive pas à y croire. Comment se fait-il que je n'aie rien vu? Et vous? Comment avez-vous pu me mentir pendant si longtemps? Et pas seulement à moi d'ailleurs. Vous avez menti à tout le monde. Même à Jenny, exposa-t-il, à bout de souffle.

-Comme si j'avais le monopole du mensonge, la piqua-t-elle à son tour.

-Je ne vous ai jamais menti, moi, protesta-t-il avec aigreur.

-Peut-être pas directement, non. Vous avez raison. Mais par omission, certainement, nuança-t-elle.

-Éclairez-moi, je vous en prie, l'invita-t-il d'un ton sarcastique.

-Vous auriez dû me dire que vous étiez déjà fiancé avant de coucher avec moi, s'épancha-t-elle un peu crûment.

-Où êtes-vous allée chercher cela? s'énerva-t-il à son tour. J'ai toujours été sincère avec vous. Ne vous ai-je pas répété à plusieurs reprises que Caroline ne m'intéressait pas. Ce n'est pas de ma faute si… poursuivit-il sa plaidoirie tout en se dirigeant lentement vers le fauteuil qu'il avait délaissé un peu plus tôt.

-Ce n'est pas de Caroline qu'il s'agit, haussa-t-elle brusquement le ton.

-Mais de qui parlez-vous alors? L'agressa-t-il pour souligner son incompréhension.

-Je vous parle de celle qui est justement devenue votre épouse quelques années plus tard. Anne Debourg.

-Vous déraisonnez, grimaça-t-il, Anne et moi n'étions pas fiancés au moment où nous avons… hésita-t-il à peine quelques secondes avant de lancer, où nous nous sommes connus intimement…

-La prochaine fois que vous entraînez une femme dans votre chambre, prenez donc le temps de vérifier ce qui se trouve sur votre table de chevet, savoura-t-elle l'air tout d'abord hagard puis finalement horrifié qui s'additionnèrent sur son visage.

Toutefois, puisque ni la honte ni la culpabilité ne succédèrent aux deux autres émotions, Élisabeth comprit que la conclusion à laquelle elle était arrivée ce jour-là en apercevant le faire-part et sur laquelle elle s'était appuyée par la suite pour prendre ses distances avec lui n'avait qu'un seul et unique commanditaire à savoir Catherine DeBourg.

Pendant que l'un secouait la tête pour de se débarrasser de la colère qui s'incrustait et que l'autre se couvrait honteusement le visage de ses deux mains, chacun maudissait le même visage.

Se ressaisissant le premier, William Darcy échappa un grognement sourd puis franchit d'un pas décidé la distance qui le séparait de la jeune femme afin de la saisir par les épaules, allez-vous enfin me dire ce qu'il en est?

Incapable d'assumer l'éclair qui lui traversa l'abdomen à l'instant où les mains du jeune médecin se posèrent sur elle, Élisabeth se dégagea si brusquement qu'elle perdit l'équilibre et se retrouva de nouveau contre lui.

-Lâchez-moi, tenta-t-elle de se dégager à nouveau.

-Que croyez-vous encore? La maintint-il solidement avant de préciser que j'allais vous embrasser? Voyez donc plutôt ceci. Relâchant aussitôt sa prise pour la faire doucement pivoter sur elle-même, celui-ci lui donna l'occasion d'apercevoir la table basse qu'elle avait failli heurter. Vos réflexes n'ont pas changé. Vous êtes encore et toujours bourrée de préjugés à mon égard, mentionna-t-il d'un ton méprisant.

La relâchant totalement pour lui permettre de prendre ses distances, il l'observa du coin de l'œil tandis qu'elle haussait les sourcils puis, convint de la nécessité d'être plus explicite, ne venez-vous pas à l'instant de me repousser sous les prémisses que j'allais vous embrasser de la même manière que vous avez pris la fuite autrefois convaincue que j'étais le type d'homme à coucher avec une femme tout en étant fiancé avec une autre.

-Et que dire de cet orgueil qui vous caractérise. Ne vient-il pas de se tapir à l'instant dans le plaisir que vous avez pris à m'humilier?

Le voyant encaisser le tout en bombant le torse et serrant les lèvres, Élisabeth en profita pour renchérir, apprenez pour votre gouverne que mon allégation concernant vos fiançailles avec Anne DeBourg repose sur des faits. Vous ne vous en souvenez peut-être pas, mais il y avait un faire-part sur votre table de chevet ce jour-là. Je l'ai tenu dans mes mains.

Le voyant rouler des yeux puis perdre ce qui lui restait de contenance, Élisabeth se vautra dans le silence en même temps que dans son fauteuil puis jugea bon de garder les yeux clos. Lorsque l'ombre de son ancien amant jouxta la sienne, faisant naître sur son épiderme, des millions de petits frissons familiers, Élisabeth comprit que celui-ci venait de s'écraser dans le fauteuil à ses côtés puis se raidit, telle l'accusée en attente de son verdict.

À peine parvint-elle à gober quelques mots au passage, l'oreille bloquée par un flot sanguin trop abondant. Déplaçant puis mélangeant ensemble plusieurs locutions jusqu'à ce que celles-ci soient porteuses de sens, Élisabeth parvint tout de même à comprendre que son compagnon lui reprochait d'avoir douté de lui. De ne pas lui avoir fait suffisamment confiance pour venir lui en parler directement.

-Comme si faire l'amour n'était pas une preuve d'affection suffisante, décoda-t-elle douloureusement. Combien de fois aurait-il fallu que nous le fassions pour que cela compte? Une fois, deux fois, trois fois? S'acharnait-il à jeter contre le portique de sa conscience en déroute.

-Assez! Réussit-elle finalement à émerger, pressée d'en finir avec ces accusations mensongères. N'est-il pas parfaitement normal d'être habité par le doute au début d'une relation? Et puis ne dit-on pas qu'il suffit d'un mot, un geste, une pensée ou encore un objet même banal pour nourrir le doute et ternir les promesses d'un amant?

Après avoir émis un sifflement admiratif, William répéta la dernière partie de sa tirade avec l'intention évidente de la ridiculiser.

-« Ternir les promesses d'un amant ». Vous ne m'épargnerez donc rien. Pas même les clichés.

-Et que dire de celui qui cache souvent sous le couvert de l'humour, devisa-t-elle, à demi vengée par la grimace qu'il esquissa alors.

Se penchant vers lui pour profiter du spectacle qu'il lui offrait, ainsi blessé dans son orgueil, Élisabeth posa délibérément son index sur son torse bombé puis revint à la charge, retenez bien ceci William Darcy. Bien avant la découverte de ce maudit faire-part, vous aviez déjà à votre actif une panoplie de faits jouant en votre défaveur par exemple ce qui s'était passé, la veille au soir, autour du feu. Chacun a pu vous voir flirter ouvertement avec Caroline.

Fermant ensuite rapidement les yeux le temps de chasser la vision du corps de la sœur de Charles allongée contre William sur la chaise longue, Élisabeth se figea un instant plus tard lorsqu'elle sentit le souffle chaud de son compagnon tout près de son oreille.

-Un homme éconduit ne se comporte que très rarement rationnellement, l'étonna-t-il alors.

-Voilà que vous formulez vos propres clichés, souleva-t-elle le visage maintenant écrasé contre le poitrail de son compagnon, aussi troublée par la proximité qu'il venait d'initier que soulagée de pouvoir soustraire son visage rosissant à son examen attentif.

-Petite idiote, échappa-t-il d'un ton étonnement moqueur.

Anticipant ensuite le mouvement de recul de la jeune femme, celui-ci la retint par les épaules au moment opportun puis en profita pour poursuivre son explication, si vous m'aviez confié vos craintes dès l'instant où vous avez découvert ce maudit faire-part, j'aurais pu vous dire ce qu'il en était. Vous auriez su immédiatement qui était derrière tout ça. C'est ma tante qui l'a déposé sur ma table de chevet, à mon insu et surtout sans mon consentement.

Réalisant alors qu'il avait tout à fait raison et que tout s'était joué à l'instant même où elle avait décidé de ne pas lui faire confiance, Élisabeth sentit un poids immense s'abattre sur ses épaules, éclata en sanglots puis se couvrit le visage de ses deux mains.

-C'est bon. Laissez vous aller, Élisabeth, l'encouragea-t-il sans jamais cesser de lui caresser les cheveux. Je ne veux pas mieux que vous, sachez-le. Si vous saviez tout ce que j'ai compris alors que j'étais caché dans votre cuisine. En nous cherchant sans cesse querelle au fil des années, chacun de nous a servi les intérêts de ma tante. Mais bon voilà. Vous avez soulevé un point majeur, l'heure n'est plus aux récriminations, mais à la recherche de solution. C'est à Jenny qu'il nous faut penser et dès maintenant. Qu'en pensez-vous?

-Vous avez parfaitement raison, releva-t-elle lentement la tête, s'épongeant délicatement les yeux avec le dos de ses mains, permettez-moi maintenant de faire revenir mes deux collègues. Il nous reste plusieurs points à éclaircir avec vous.

-Je vous en prie.

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-le seul élément qui serait susceptible de me nuire… est entre les mains de ma tante, leur confia finalement William une fois qu'ils furent de nouveau tous réunis.

-Oh, rétorquèrent les deux autres hommes presque à l'unisson.

-Si je vous donne ma parole que rien de ce qui sera dit dans cette pièce ne sera retenu contre vous, accepterez-vous de nous en parler davantage? s'enquit ensuite respectueusement le directeur de l'ORG, la main déjà posée sur la petite enregistreuse que Max avait apportée, n'attendant qu'un signe de la part du jeune médecin pour la faire disparaître.

-Ce n'est pas une bonne idée, patron, s'opposa aussitôt Max.

-T'as quelque chose de mieux à proposer? L'apostropha alors Matias, ne laissant que peu de doute sur ce qu'il pensait de son comportement. Choisissant ensuite d'englober la jeune femme dans son champ de vision, le directeur mentionna, je vous rappelle que nous ne disposons plus que de quelques semaines pour faire une percée majeure dans cette affaire à défaut de quoi notre groupe sera démantelé.

-Rien ne vous oblige à collaborer William? précisa tout de même Élisabeth, après avoir perçu son hésitation.

-Je sais. Mais bon voilà, ma décision est prise, s'engagea-t-il.

Levant les yeux vers le directeur du programme, le jeune médecin hocha la tête en guise d'assentiment puis surveilla attentivement Max tandis que celui-ci rangeait l'enregistreuse dans sa mallette. Se dressant ensuite sur ses deux pieds, William marcha jusqu'à la fenêtre, jeta un dernier regard lourd de sens en direction d'Élisabeth puis s'installa de dos afin de commencer son récit.

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-certaines difficultés insurmontables m'ayant définitivement détourné de celle qui, selon moi, m'était destinée, utilisant alors la fenêtre comme rétroviseur, celui-ci s'intéressa de près à la réaction de chacun de ses auditeurs, mais plus particulièrement à celle dont il était question. L'espoir qui l'avait tout d'abord étreint en constatant que la jeune femme était aussi troublée que lui fut bien vite détrôné par la jalousie qu'il éprouva à l'égard de celui qui, depuis le début de cette rencontre, se posait en rival et qui, à l'instant même, et tel le chien marquant son territoire, en profitait pour poser une main possessive sur l'épaule d'Élisabeth trop heureux de recueillir un sourire qui, tout en étant chargé de tristesse n'en était pas moins reconnaissant.

Toute la hargne que le jeune médecin portait encore en lui se déversa alors en bloc, l'amenant à relater non seulement le début de la maladie de son épouse, mais également l'ensemble des démarches qu'il avait entreprises par la suite dans le but non pas de la guérir puisqu'il ne pouvait en être question, mais à tout le moins tenter de la soulager.

-Puis, alors qu'Anne et moi venions tout juste de nous résigner à laisser les choses suivre leur cours, faute de trouver un donneur compatible, Catherine a profité de l'une des rares fois où j'ai quitté le chevet de mon épouse pour fait un saut à notre appartement et faire pression sur moi afin que j'accepte de remettre une somme colossale à un individu qui était entré en contact avec elle et qui affirmait avoir trouvé un donneur dont les cellules souches étaient compatibles avec les siennes. L'épais silence qui régnait dans la pièce depuis que William avait pris la parole eut tout le temps de s'installer puis même de s'épaissir tant les trois autres étaient captivés. -Je me garderai bien de vous faire croire que j'ai longtemps hésité puisque c'est faux. À l'instant même où Catherine m'a fait cette proposition, tout ce qui a pesé dans la balance nonobstant la culpabilité qui me rongeait et dont je vous épargne ici la description, c'est le cri du cœur de cette mère éplorée qui me sommait de faire ce qu'il fallait pour sauver sa fille bien aimée.

-On parle tout de même ici d'un réseau illégal de trafic d'org…

-Tais-toi Max, le somma le directeur.

-Pas la peine de le faire taire, intervint alors le jeune médecin. Cet homme a bien le droit de s'insurger ainsi. Après tout, il dit tout haut ce que je me suis dit moi-même à cet instant alors qu'en moi se chamaillaient deux promesses diamétralement opposées faites chacune sous serments. En tant qu'époux tout d'abord, n'avais-je pas juré devant Dieu et les hommes de veiller au bien-être de mon épouse? Et en tant que médecin ensuite, ne m'étais-je engagé via le serment d'Hippocrate à ne transgresser aucune règle?

-Pourquoi avoir cédé alors? renchérit Max usant cette fois d'un ton beaucoup plus respectueux.

Lorsque le reflet du jeune médecin s'arrima pour la seconde fois au regard de la jeune femme par-devers le carreau de la fenêtre, celle-ci s'efforça tout autant à ne pas rompre le contact qu'à ne pas éveiller l'attention de Max.

-Si j'avais pu deviner au moment où j'ai signé cet accord, tout le mal qui en découlerait – et je ne parle pas uniquement ici de la mort de mon épouse, mais de l'odieux chantage dont j'ai été victime par la suite parce que j'ai refusé de continuer dans cette voie. C'est plutôt ironique quand même… de penser que c'est justement celle qui a dû me supplier pour que j'accepte de faire ce qu'il fallait pour sauver son enfant, qui par la suite, s'est mise à exercer un odieux chantage sur ma personne afin de me forcer à m'impliquer dans ce type de commerce.

-Vous l'avez donc fait, lança le directeur comme une évidence.

-Bien sûr que non. Je l'ai fait pour Anne bien sûr, avec le résultat que l'on connaît. Mais j'ai refusé de récidiver. Dès que j'en ai eu l'occasion, je suis rentré à Montréal, croyant à tort que ma tante me laisserait tranquille. Mais c'était mal la connaître. Je n'étais pas aussitôt rentré à Montréal puis réinstallé dans mon poste qu'elle débarquait à nouveau dans mon bureau, brandissant sous mon nez, la preuve de cette transaction, sur laquelle figurait non pas sa signature, mais la mienne.

Se déclarant elle-même victime de chantage, Catherine me priait maintenant de l'aider à mettre sur pied ici même au Québec, un commerce illégal de trafic d'organes. Nous nous sommes donc brouillés à cette époque, ne nous fréquentant qu'au travail, lorsque cela était absolument nécessaire. Jusqu'à ce que… s'arrêta-t-il brusquement se racler la gorge.

-Jusqu'à ce qu'un bon matin, elle fasse de nouveau irruption dans mon bureau pour me prier de la remplacer à la tête de l'hôpital, se déclarant trop occupée par son petit commerce pour continuer à mener les deux choses de front. Utilisant le même procédé que la dernière fois, c'est-à-dire en me menaçant de rendre public le document m'incriminant, elle s'assurait de mon silence tout en me plaçant à la barre de l'hôpital alors que je n'en avais jamais eu l'ambition.

Se détournant entièrement pour faire face aux trois autres, William riva son regard sur Élisabeth, prit une grande inspiration puis reprit la parole, mais elle ne s'est pas arrêtée là, malheureusement. Car quelques jours après le séjour à l'hôpital de Jenny, celui-là même qui m'avait valu d'apprendre qu'elle était ma fille, Catherine a essayé de me convaincre d'entamer les procédures légales nécessaires pour obtenir la garde entière de cette enfant.

Le choc causé par cette révélation l'ayant fait bondir de son siège, Élisabeth marcha en direction de la cuisine puis se mit en quête d'un prétexte qui lui permettrait de se soustraire à l'examen attentif de ses deux collègues tout en lui évitant de se justifier.

-Je prendrais bien un verre d'eau, réclama subitement le jeune médecin, dans le but évident de venir en aide à la jeune femme.

-Oui, bien sûr. Lui sourit-elle avec reconnaissance. Je m'en occupe tout de suite et j'en apporte pour tout le monde.

-Cette preuve dont vous parlez… ce document sur lequel votre signature apparaît… entendit-elle Matias bredouiller pendant qu'elle s'activait dans l'autre pièce, existe-t-il en plusieurs exemplaires?

-Difficile à dire. Ma tante a beau m'avoir assuré qu'elle possédait l'unique copie qui existe. Comme elle est tout sauf digne de confiance…

-Et qu'elle ne l'a jamais été, échappa Élisabeth au moment où elle revint avec un plateau sur lequel reposait un pichet d'eau rempli de glaçons et quatre verres.

-Vous êtes effectivement bien mal placé pour nous aider, conclut le directeur juste avant d'accepter le verre d'eau que lui tendait la jeune femme.

-Et moi, je comprends mieux pourquoi Catherine Debourg affirmait être en mesure de le faire fléchir en cas de problème… mentionna Élisabeth, faisant référence à l'échange qu'elle avait surpris entre la tante de William et Caroline Bingley juste avant leur rencontre avec la moufette.

-Si elle plonge, il est clair que vous vous noierez avec elle, broda Max à son tour, les yeux rivés sur l'eau qu'il faisait tournoyer dans son propre verre.

-Belle métaphore, ironisa le jeune médecin.

-Si seulement nous pouvions mettre la main sur cette preuve, soupira Élisabeth à son tour.

-Avez-vous eu l'occasion de fouiller chez elle? J'ai cru comprendre que sa nouvelle maison jouxtait votre résidence, suggéra Matias.

-Bien sûr. Mon papier ne s'y trouvait pas évidemment, grimaça-t-il, par contre, j'ai mis la main sur plusieurs documents qui pourraient éventuellement être utilisés contre elle.

-Vous avez donc en votre possession tout ce qu'il faut pour la faire tomber, sans être capable de vous en servir, résuma le directeur.

-C'est exactement cela, répondit le jeune homme d'un ton plus que résigné.

-Vous serait-il possible de nous donner accès à sa demeure? Vérifia le directeur après quelques secondes d'hésitation.

-Bien sûr, mais je m'en voudrais de vous faire perdre votre temps, souleva William.

-Votre tante possède-t-elle un coffre-fort à l'intérieur de sa résidence? s'enquit Max en fronçant les sourcils.

-Pas que je sache, non, répondit le jeune médecin après avoir réfléchi pendant quelques secondes.

-Qu'est-ce qu'on fait pour Jenny? Ramena Élisabeth en s'adressant prioritairement à William. Georgianna et elle doivent rentrer dimanche soir, n'est-ce pas? Une fois que le médecin eut acquiescé, la jeune femme se détourna pour s'adresser spécifiquement à son patron. Dois-je vous rappeler que Catherine DeBourg a formulé des menaces de mort la concernant. William était là. Il a été témoin de la scène.

-Un témoin qui est en bonne voie de se transformer en accusé, ironisa Max avant de réagir à regard noir de sa partenaire puis rétorquer, mais quoi… c'est vrai!

-Il vaudrait sans doute mieux que Jenny retourne vivre avec vous pendant quelque temps, suggéra le jeune médecin.

-Hum, échappa spontanément Élisabeth avant d'ajouter, je doute sincèrement que ça arrête votre tante. Elle sait où je demeure et n'a jamais hésité à venir ici pour me menacer.

-En ce qui me concerne, j'estime qu'il vaut mieux que cette enfant reste avec le docteur Darcy, trancha le directeur avec conviction. Toutefois, reprit-il après traversé la pièce d'un bout à l'autre au moins une fois et avoir levé les yeux vers le plafond pour mieux réfléchir, j'estime que votre tante est mûre pour un deuxième électrochoc. Partant du principe qu'une personne déstabilisée est une personne susceptible de faire une erreur, je vous laisse deviner ce que j'ai en tête…

-Vous ne souhaitez tout de même pas que j'aille vivre avec le docteur Darcy? s'enquit Élisabeth juste après avoir lorgné en direction de William et s'être rembrunie en découvrant son air sombre et sa posture fermée.

-Bingo! C'est exactement ce que vous allez faire. Nous devons offrir à cette dame son pire cauchemar autrement, tous nos efforts tomberont à l'eau.

-Mais, cela va nuire à mon travail de manière considérable, souleva Élisabeth, de plus en plus préoccupée par le mutisme de William.

-Il était plus que temps que Gabrielle Lebel quitte son poste, régla-t-il du revers de la main, maintenant que le docteur Darcy a été mis au parfum, elle ne nous est plus utile.

-Suis-je le seul à me soucier de Jenny? De croire que tout cela pourrait la troubler? se décida enfin à intervenir William.

-William a raison, elle doit être protégée et tenue à l'écart de cette histoire, renchérit la jeune femme.

-Personnellement, je m' oppose à cette idée, s'interposa Max sans vraiment surprendre personne.

Haussant rapidement la main pour réclamer la parole, le directeur ramassa son verre d'eau en avala une bonne gorgée puis lâcha, considérant qu'il nous faudra installer une sorte de permanence chez lui, de même qu'un système de surveillance audio et visuel, je décrète que la décision devrait être prise par le docteur Darcy?

-Moi?

-Oui, vous.

-Très bien. Je veux bien essayer la cohabitation…. Mais à une condition?

-Laquelle? Vérifia le directeur en fronçant les sourcils.

-Il est hors de question que cet homme s'approche de ma demeure, provoqua-t-il une petite commotion en désignant Max.

…À suivre…

Avez-vous des idées de meurtres? Envers moi ou Catherine DeBourg? Miriamme.