Chapitre 20 :
Il n'eut pas le temps de réagir qu'il vit son pote courir vers la sortie, vers leur voiture, le visage baigné de larmes, le dos vouté, le regard fuyant ; lui, l'appelant de toutes ses forces, Kévin n'entendant rien, noyé dans les mots prononcés par son mari.
Yann : J'ai Honte de toi !
Les mains tremblantes, la clef insérée dans le contact, il s'engouffra dans la circulation, sans un regard en arrière pour son ami qui arrivait, essoufflé, là où la voiture était garée quelques secondes plutôt.
Alex mit ses mains sur les genoux, reprenant son souffle, regardant toujours la voiture s'éloigner à grande vitesse. Il avait beau courir vite, derrière une voiture lancée à toute vitesse, il ne faisait pas le poids. Où était donc Superman quand il avait besoin de lui ? Sans doute en train d'essayer son nouveau costume, sculptant ses abdos, alors qu'Alex allait devoir revêtir sa panoplie de pote-ami-condescendant-psychologue à l'écoute- et aller parler au Capitaine. Car tenter de suivre Kévin dans cet état était une cause perdue d'avance, et pour savoir quoi dire à son ami lorsqu'il le retrouverait à l'appartement, il fallait qu'il comprenne.
Il se dirigea de nouveau vers l'hôpital, puis vers la chambre de Yann. Il s'arrêta devant la porte, prenant une profonde inspiration dans le but de pouvoir rester calme. Condescendant et à l'écoute, pas du tout son genre, pourtant il fallait qu'il s'y attèle. Et vite !
Il poussa la porte et entra sans demander la permission. A la vue de la tête du Capitaine, il se demanda si son idée était des plus ingénieuses.
Yann : Tire-toi je veux pas te voir
Ok… Ça allait donner grave.
Alex : Si je te dis, Hé salut comment ça va ? Pas trop mal ? Tu récupères bien ?
Yann : Tu comptes me gonfler longtemps comme ça ?
Alex : Ouais ! Paraît que c'est une des choses que je fais le mieux.
Yann : Putain c'est pas possible.
Il prononça ces derniers mots pour lui-même, entre rage et fureur, rabattant sa tête dans l'oreiller, ferma les yeux, soufflant désespérément, essayant d'évacuer toute la tension accumulées ces dernières minutes.
Alex s'approcha du lit, prenant place dans une chaise, laissant la distance nécessaire de sécurité adéquate. Juste au cas où… Courageux mais pas téméraire, surtout face à un Capitaine pareil.
Yann : Mais c'est pas vrai, il va pas me foutre la paix ou quoi ?
Alex : Tu sais que je suis là et que je t'entends ?
Le regard que lui porta Yann lui fit regretter immédiatement d'être rentré. Mais bon, il y était, autant qu'il y reste !
Alex : Qu'est-ce qui se passe ?
Yann : C'est parti….
Il enserra sa tête entre ses mains, ne voulant pas aborder le sujet.
Alex : je viens de voir Kévin partir à vitesse éclaire, pleurant comme une fontaine, alors j'aimerai comprendre.
Yann : Y'a rien à comprendre. Je lui ai juste dit le fond de ma pensée. C'est tout !
Alex : C'est tout ! C'est TOUT ? Putain mais ce mec t'aime comme un dingue, bordel ! Si je pouvais tomber sur une personne qui m'apporte la moitié de ce mon pote t'apporte, je la chérirai plutôt que de l'envoyer chier.
Yann : il m'aime ? Il m'AIME ? C'est la meilleure. Quelle belle preuve d'amour que de mentir à son mari durant des mois, de l'envoyer à l'hosto, de le prendre pour le dernier des cons ! J'en reviens toujours pas. Comment a-t-il pu ? Tu vas pas me dire que tu admets qu'il t'ait menti durant tout ce temps.
Alex : A vrai dire, il m'en a parlé.
Yann : QUOI ?
Sous le coup de la surprise et de la rage grandissante, Yann se releva d'un bond avant de pousser un petit gémissement et de se rallonger, portant une main protectrice sur son flanc droit.
Yann : putain, t'étais au courant ? J'y crois pas. Il met ses amis au courant, mais son mari, quedal ! Bravo le mariage, putain de confiance à la con. Passe-moi le téléphone.
Alex : Hein ? Pourquoi
Yann : Que j'appelle un avocat ! Passe-moi ce bon dieu de téléphone Moreno
Ca y'est, le mantra sur le « rester calme et à l'écoute » venait d'échapper à Alex. Il se releva d'un bond.
Alex : Berthier, tu vas te calmer cinq minutes et m'écouter. Putain, déjà une c'est pas SES amis qui étaient au courant, juste MOI ! De deux, tu crois pas qu'il morfle assez comme ça ? Je viens de passer trois jours chez vous à essayer de le faire manger, dormir et réagir. Il est rongé par la culpabilité, ça te suffit pas ? Ton mec arrive ici avec la tronche de Mercredi dans la famille Adam's et toi tu le remarques même pas ?
Le mariage c'est peut-être l'honnêteté comme tu dis, quoique ca mériterait un sérieux débat, mais c'est aussi et avant tout de l'attention. T'as fait attention à lui durant ton mois de convalescence ? Il me semble pas, non. Tous ses malaises, c'est moi qui ait dû faire avec durant le mois ou monsieur était tellement accaparé par sa petite personne qu'il n'a pas fait gaffe à son mari ! Alors oui il me l'a dit, parce que ça devenait dur de gérer ça tout seul, surtout en intervention, parce que son mari s'en fichait pas mal de ce qu'il pouvait se passer à ce moment-là.
Yann : Mais de quoi tu te mêles ? Je ne l'ai jamais négligé, j'ai toujours pris soin de lui ! Peut-être qu'à un certain moment, je me suis un peu éloigné de lui, mais merde, j'avais aussi besoin de prendre soin de moi. Je reconnais que je n'ai pas été tendre avec lui, mais au grand jamais je ne lui ai menti MOI ! Je suis toujours resté entier, et il savait parfaitement mon caractère avant de dire oui ! Alors ne viens surtout pas me faire la morale, car avec son honnêteté à deux balles, il peut se carrer ses états d'âme là ou je pense !
Alex : je vois. Donc je suppose que vu l'état dans lequel il est sorti d'ici, tu lui as balancé la phrase type du : Tout est fini entre nous ?
Yann : Si c'est le cas, je ne vois absolument pas en quoi ça te concerne !
Alex : Ca me concerne parce que ce mec est mon pote, parce que je m'inquiète pour lui, parce qu'il est dans un état pas possible depuis que t'es ici, parce qu'il t'AIME bordel !
Yann : Drôle de façon de me le prouver tiens !
Alex : Roooo mais c'est pas possible d'être aussi buté nom d'un chien. Oses me dire que tu ne lui as jamais menti !
Un blanc s'installa entre eux, leurs regards ne se lâchant pas, avant que Yann soupire.
Alex : C'est bien ce qu'il me semblait.
Yann : Jamais comme ça, jamais sur un truc aussi important ! Il m'a envoyé à l'hosto bordel !
Alex : Et toi tu viens juste de le briser. Mais c'est vrai que c'est un petit détail.
Yann : Pourquoi j'ai l'impression d'avoir le droit à une séance conjugale avec un psy ? Tu crois pas que t'es mal placé pour me dire ce que je dois faire ? Non mais c'est dingue quand même, c'est lui qui fait une connerie et c'est moi le coupable ?
Alex : Mets-toi à sa place deux minutes : si on t'annonçait du jour au lendemain que t'étais malade, que tu devais quitter le job que tu adores, tu réagirais comment, hein ? Tu crois sincèrement, connaissant le caractère de ton mec, que ça n'a pas été dur pour lui de te cacher tout ça, de mentir à tout le monde ?
Yann secoua la tête.
Yann : Je ne reviendrai pas sur ma décision, un point c'est tout.
Alex se dirigea vers la porte, mais se retourna.
Alex : En attendant, tu portes toujours ton alliance !
Puis il sortit, laissant un Yann en grandes réflexions, fixant cette bague qui représentait tant à ses yeux. Preuve de son engagement, de ses vœux, de ses promesses, preuve de son amour.
