Bon alors, un petit changement de programme. J'ai réalisé que ma fin était beaucoup trop précipitée et finalement je vais allonger un peut cette histoire, mais normalement elle ne devrait quand même pas dépasser le 30 chapitres (et il y aura quand même un lemon, il va juste venir un peu plus tard ^^). Je vous tiendrai au courant!
Pas grand-chose à dire de ce chapitre, sinon que Kaidoh est trop chou (comme toujours mais bon xD)! Bonne lecture!
Le choc n'était toujours pas passé.
Mercredi matin, le soleil illuminait le ciel sans aucun nuage. En habits pour courir, Kaidoh tentait de réfléchir, mais, alors que, pour une fois, il en avait la volonté, c'était la capacité qui lui manquait. Son cerveau n'arrivait à se concentrer sur rien, rien du tout.
Cette nuit-là, il avait étrangement bien dormi; plus étonnant, il avait bien mangé ce matin. Il se sentait en superbe forme, plus qu'il ne l'avait été depuis un mois, voire plus. Pourtant, son cerveau était dans la brume : tout ce qu'il savait, c'était qu'il était amoureux.
Le choc était d'autant plus intense que, bien franchement, il avait eu tous les indices en main pour le comprendre et, malgré tout, il ne l'avait pas fait. C'était... perturbant, il n'y avait pas d'autres mots.
Cette partie de la nouvelle le choquait tellement qu'il n'arrivait plus à se choquer qu'il s'agissait d'Inui, ni que c'était un garçon comme lui. C'était, disons-le, le moindre de ses soucis. D'ailleurs, il sentait qu'il l'avait déjà accepté depuis longtemps, inconsciemment.
Quand Kaidoh arriva pour la pratique, il vit de loin Momoshiro qui donnait un coup de poing à Inui. Son sac se retrouva sur le sol et il se précipita vers les courts. Il n'entendit rien de ce que la stupide pêche cria et préféra lui prendre le bras pour l'arrêter. Il lui lança le regard le plus assassin qu'il possédait et l'autre s'assagit immédiatement.
Le serpent voulut aider son senpai à se relever, mais celui-ci le fit par lui-même. Ils se fixèrent un long moment et Kaidoh réussit enfin à demander :
- Senpai... ça va?
Après avoir hoché la tête, Inui ajouta :
- Et toi, Kaidoh? On m'a raconté un peu ce qu'il s'était passé hier...
Honteux, le serpent baissa le regard et tenta de trouver un autre sujet. La première chose qui lui vint en tête fut une question :
- Pourquoi?
Il sentit qu'on se rapprochait et entendit la voix de l'autre :
- Pourquoi quoi?
Kaidoh découvrit en même temps que son senpai ce qu'il voulait dire exactement :
- Pourquoi tu veux plus qu'on joue en double? Je vais faire mon possible pour maitriser le Boomerang, je vais faire tous les entrainements que tu me donneras, je ferai tout pour pas être un poids...
Ça prenait le ton de la complainte et le serpent préféra enfin se taire. Il redoutait ce que l'autre lui dirait, mais, étrangement, il avait moins peur qu'avant et ne savait pas pourquoi. Ce que répondit Inui le prit totalement par surprise :
- Tu veux encore de moi, Kaidoh?
En sursautant, le plus jeune ne put s'empêcher de demander :
- Pourquoi je voudrais pas?
La réponse lui parut énigmatique :
- Bonne question.
Kaidoh ne savait pas quoi penser; d'ailleurs, à ce stade, il ne savait pas penser du tout. Il fixa un long moment le visage de son senpai pour tenter de comprendre, mais son cerveau refusait de l'aider. Finalement, Oishi, qu'il avait complètement oublié, se racla la gorge et intervint :
- Je suis content que vous vous soyez réconciliés, mais nous sommes encore là...
Eiji, que Kaidoh irait tuer plus tard, exigea :
- Un bisou, un bisou!
Instantanément, le serpent se sentit rougir et siffla pour cacher son embarras. Il vola des coups d'œil à son senpai qui le fixait, les joues un peu rouges aussi – c'était la première fois qu'il le voyait rougir ainsi. Il sentit son cœur prendre un rythme effréné et se souvint de ce que Momo lui avait dit : il aimait Inui.
Le reste de l'équipe vint briser le moment et l'entrainement s'entama sans que quiconque cherche à éclaircir les choses. Kaidoh fut reconnaissant du calme que lui apportèrent les exercices et se prit à réfléchir à une problématique toute différente : que devait-il faire à partir de maintenant? Soit, il aimait son senpai, c'était plutôt évident. Cependant, qu'en faire au juste?
Déjà, voulait-il être avec lui? Certes, il voulait être proche de lui, mais jusqu'à quel point?
Il délaissa ces pensées troublantes et se demanda plutôt ce que ressentait son senpai. Ses actions se contredisaient et il n'arrivait pas à en déduire une explication. Certains points le menaient à penser que ses sentiments étaient peut-être réciproques; d'autres, en contrepartie, l'amenaient plutôt à penser le contraire. Il n'arrivait pas à se décider.
Kaidoh passa le reste de la journée dans un état qu'il n'aurait pas pu qualifier : à un moment, il était submergé par un bonheur intense et, l'instant d'après, il était dans une profonde déprime. Ce ne fut pas long que ses sautes commencèrent à le fatiguer et il en ressortit frustré.
Néanmoins, quand arriva l'entrainement de l'après-midi, il était d'une belle humeur. Revoir son senpai lui donna des papillons dans l'estomac et il se sentit beaucoup plus léger. Ils n'eurent pas de discussions transcendantes, mais ne s'évitèrent pas non plus, de sorte qu'il put enfin dire que tout était à peu près normal.
Il restait beaucoup de choses qu'ils n'avaient pas expliquées, mais Kaidoh supposait que ça viendrait avec le temps. Inui finirait par le questionner, et alors il pourrait aussi lui demander des éclaircissements, et tout rentrerait dans l'ordre.
L'entrainement se termina sur cette note et Kaidoh partit se changer. Quand il sortit des vestiaires, Inui l'attendait, et le serpent se décida à le suivre. Le plus jeune se sentit transporté de joie quand il réalisa qu'ils allaient de nouveau à la rivière : il retrouvait à la fois son senpai et son lieu d'entrainement préféré!
Évidemment, tout ne pouvait pas être aussi simple. En chemin, Inui lui demanda, sans prévenir :
- Au fait, le nouvel endroit que tu as trouvé, où se situe-t-il?
L'affolement s'empara de Kaidoh et il tenta de réfléchir à toute vitesse. Quelle excuse inventer? Que pouvait-il dire pour que son senpai ne lui en veuille pas? Finalement, comme il ne trouva rien, il répondit tout simplement, sur le ton le plus désolé qu'il pouvait faire :
- Désolé, senpai, j'ai... j'ai menti.
Pas très longtemps après, alors que le serpent pensait l'avoir fâché, Inui s'arrêta et finit par ajouter, sur un ton résigné :
- Qu'est-ce qui s'est passé au juste? Comment en sommes-nous arrivés là?
Kaidoh s'arrêta un pas après lui. Il ne savait pas exactement de quoi il parlait et préféra se taire. Il n'en réfléchit pas moins et finit par se demander, pour la première fois, si Inui n'était pas aussi perdu que lui dans leur relation – ça expliquerait bien des choses d'ailleurs. Néanmoins, à peine émettait-il cette hypothèse qu'il la rejeta : Inui était trop intelligent pour ça.
Ils se remirent en marche sans émettre le moindre son et Kaidoh profita du reste du voyage pour regarder en coin son ainé. Ils atteignirent trop rapidement à son gout la rivière et s'installèrent sur la pente. Ce n'était pas dans leurs habitudes, mais le serpent supposait que l'autre voulait lui parler. D'ailleurs, il attendit un bon moment avant que son senpai daigne lui demander :
- Kaidoh, à quoi tu penses?
S'il avait répondu la première chose qui lui vint en tête, ç'aurait été «à toi», mais, heureusement, il se retint juste à temps en sifflant et répondit plutôt :
- À rien.
Inui eut un tout petit rire, à peine perceptible, et précisa :
- Je ne parlais pas de maintenant en particulier. Je voulais plutôt dire en général.
Kaidoh ne savait pas quoi répondre; d'ailleurs, il n'était pas certain de bien comprendre la question. C'est pourquoi il releva la tête vers le plus vieux et lui demanda :
- Et toi, senpai?
Le probabiliste replaça ses lunettes – il avait tendance à le faire quand on lui posait une question qui demandait réflexion – et finit par lui répondre de son habituelle voix :
- Je réfléchis en probabilités et j'essaie de tirer le meilleur partie de toutes les situations en prenant compte de toutes les variables. Je réfléchis donc à toutes mes informations et tirent des conclusions.
Décidément, le kouhai avait bien fait de ne jamais tenter de comprendre son senpai : c'était impossible pour lui de seulement imaginer réfléchir ainsi. Leurs façons de penser étaient si différentes qu'il en ressentit un léger vertige; néanmoins, il trouva le courage de lui confier, en fixant ses mains sous la gêne, la honte ou il ne savait tout à fait quoi :
- J'aime pas réfléchir. Je réfléchis toujours malgré moi.
Il sentit tout de suite qu'il avait piqué l'intérêt du plus vieux, parce que celui-ci lui répéta ce qu'il venait de dire :
- Tu réfléchis à quoi malgré toi?
Le serpent joua nerveusement avec ses doigts et chercha comment exprimer ce qu'il ressentait. Il n'avait jamais été bon avec les mots et il ne comprenait même pas ce qu'il devait expliquer. Ce ne fut qu'au bout de plusieurs minutes qu'il put répondre, en s'empêtrant dans ses mots et dans ses idées :
- À un peu tout... j'essaie pas de comprendre, je fais juste... je sais pas. Je m'imagine des trucs. Je... je pense à ce que les autres pensent, j'essaie de comprendre leurs actions, les miennes aussi, mais je fais pas confiance à ce que je découvre, du coup ça sert à rien. C'est pour ça que je déteste ça.
Un silence s'installa et Kaidoh crut un moment avoir rebuté son senpai. Son hypothèse s'infirma quand il sentit la main d'Inui attraper la sienne et qu'il l'entendit lui dire, presque au creux de l'oreille :
- De moi, tu en penses quoi?
Il aurait dû y avoir une limite à l'incapacité de réfléchir et, pourtant, Kaidoh se retrouva en deçà de tout ce qu'il avait déjà vécu. C'est sans pouvoir se contrôler qu'il répondit instinctivement :
- Trop de choses...
Il crut mourir quand l'autre se rapprocha encore un peu et continua sur le même ton si grave qu'il l'entendait à peine plus qu'un murmure :
- Moi, je pense à toi. Sans arrêt. Le pire, c'est que je ne te comprends toujours pas... tu mets mon cerveau en échec.
Kaidoh enregistra la phrase, mais n'arriva pas à l'interpréter. Il se sentit rougir plus que jamais et son cœur décida de battre à un rythme impossible. Il ne réagit pas quand le plus vieux posa une main sur sa joue, mais répondit immédiatement au baiser qui vint juste après.
Il n'était plus question de quiproquos, d'hésitations; son senpai l'embrassait volontairement et Kaidoh n'aurait rien fait pour l'en empêcher, au contraire. Il se laissa aller un peu plus dans l'étreinte du plus vieux et prit appui sur son épaule. C'était un moment qu'il attendait depuis si longtemps, sans le réaliser tout à fait.
Franchement, c'était cent fois mieux que tous les rêves qu'il avait faits.
Ils se délaissèrent au bout d'un bon moment. Ils restèrent tout de même proches, si près que Kaidoh pouvait enfin voir les yeux d'Inui : ils étaient verts, comme les siens. Et ils s'enfonçaient jusqu'au plus profond de son âme, semblaient l'analyser plus que jamais. Le serpent se sentait à la fois vulnérable et en sécurité, même si c'était contradictoire.
Tout d'un coup, le plus jeune redescendit enfin sur terre. Il se releva rapidement et marcha en se prenant les pieds partout. Il était si embarrassé par ce qu'ils venaient de faire qu'il n'arrivait à rien accomplir correctement. Ses lacets lui firent des misères quand il tenta de les défaire, la fermeture éclair de son sac se rit de lui et il faillit glisser à plusieurs reprises dans la rivière.
Lorsqu'enfin il fut capable de s'entrainer, il regarda en direction de son senpai. Celui-ci le fixait et récoltait ses précieuses données. Quand ils eurent fini, il lui apprit que les dommages qu'il avait subis les derniers jours étaient minimes et qu'avec un bon entrainement et de bonnes habitudes de vie, il serait en forme pour le tournoi du Kantou.
Kaidoh avait hâte : ils joueraient enfin en double dans un match officiel. Inui avait de toute évidence abandonné l'idée de se séparer. Il n'avait plus qu'à s'arranger pour maitriser le Boomerang et tout irait pour le mieux.
