Titre: Ce qu'on n'apprend pas dans l'Histoire de Poudlard
Auteur: Mimoo
Rating: T
Disclaimer: Personnages, monde, etc. tout est à J.K Rowling
Genre: Humour/Romance
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Hello !
Mh, je dois avouer que je m'attendais pas à autant de menaces de mort xD Je vais arrêter de m'excuser pour chaque retard, ça fait perdre du temps ^^'' Mais je m'excuse quand même de ne pas avoir répondu à vos commentaires concernant le 19ème chapitre. C'était soit le chapitre, soit les réponses et le chapitre 20 dans six jours, et ce, pour les mêmes raisons que cet important retard de parution, voir mon homepage pour de plus amples informations. Aujourd'hui je poste en quatrième vitesse, lors de la parution du prochain chapitre je ferais en sorte de rattraper tout ce que j'ai pu gâcher ces derniers temps de silence radio.
Je remercie tous mes anonymes, tous mes lecteurs fidèles qui m'ont rabroué à raison, toutes les personnes qui continuent à me mettre en fav ou en alerte et surtout : je vous aime xD Rangez les armes à feu, voilà le chapitre ^^''
P.S : Ce chapitre n'a pas pu profiter des soins de mon béta-lecteur qui a rallongé un voyage... Aussi désolée pour les fautes -_- Je ré-éditerai.
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Chapitre 20 : Pertes de contrôle
''I'll see it through'' - Texas
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Ginny !
Alerte rouge-orange-turquoise-verte-jaune-tout ce que tu veux !
Fred a disparu de l'appartement et après avoir vérifié dans tous les bars où il a l'habitude d'aller, j'ai un très mauvais pressentiment. Par pitié, dis-moi que Hermione est dans son dortoir, bien au chaud sous sa couette, et pas partie Morgane-sait-où ! Je crois que cet imbécile est à Poudlard...
George
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Ron avait juré de faire la peau à Viktor Krum -comment, il ne savait pas encore-, Harry promettait de devenir le meilleur attrapeur du monde pour lui faire les pieds -encore fallait-il qu'il parvienne à vaincre Voldemort avant-, Seamus -après trois jurons irlandais- s'était engagé à trouvé des harpies qu'il enverrait directement en Bulgarie, Neville avait bégayé qu'il ajouterait les pires plantes du monde magique au colis -si lui-même ne se faisait pas dévorer par ces mêmes plantes-, et finalement Ginny avait lancé une myriade de rumeurs sur Krum dans l'école -qui parviendraient rapidement à l'extérieur grâce à toutes les commères de Poudlard-. En revanche, aucun de ses amis n'avaient eu la décence de la ramener sur Terre.
De par ce fait, Hermione se retrouvait face à ses propres choix, à nouveau sans possibilité de marche à suivre dans un bouquin ou auprès de conseils. Elle détestait l'amour, l'adolescence, les hormones, tout ce qui avait pu la pousser à accepter de revoir Fred maintenant que ce n'était pas dans une situation tragiquement pathétique. En un seul message, elle lui avait donné un feu vert qui n'avait pas lieu d'être quand elle voyait à quel point elle souffrait encore en pensant au rouquin. Et en une seule autre réponse, Fred avait ruiné tous ses espoirs de ne plus, justement, se faire d'espoirs. La désillusion allait être pire que la première fois lorsqu'il lui assénerait qu'il était heureux de voir qu'elle avait réussi à l'oublier si vite ou qu'il allait se fiancer.
Peut-être exagérait-elle, peut-être pas. Après tout, qu'est-ce qui pouvait bien pousser Fred à débarquer à Poudlard pour la énième fois désormais ? Lorsqu'il avait parlé de feu vert, elle avait compris que le jour où elle le lui donnerait, ce serait dans la perspective de recroiser son chemin par hasard. Pas parce qu'il voulait la voir. Alors s'il voulait la voir, c'était certainement pour lui annoncer quelque chose.
Fiançailles avec Alicia pourquoi pas. Bon... vu l'expérience précédente il aurait au moins l'intelligence de ne pas lui re-proposer de jouer avec lui, enfin... Il aurait cette intelligence n'est-ce pas ?
Hermione inspira profondément, fortement déçue que Seamus et Ron -les derniers à avoir croisé sa route- n'aient fait que la rassurer en disant que Fred voulait certainement savoir si elle allait mieux depuis l'épisode au sommet de la tour d'Astronomie. Avant toute cette histoire avec Viktor ils lui auraient interdit de se rendre à ce rendez-vous jugé trop dangereux par elle-même. Ron aurait piqué une colère digne d'un troll des montagnes et Seamus lui aurait conseillé de rester vigilante et de ne surtout pas rester trop longtemps avec Fred. Au lieu de quoi ils la jetaient tous dans la gueule du loup maintenant qu'à leurs yeux, le démon était Krum et seulement Krum. Même Ginny avait certifié qu'elle devait absolument le rejoindre.
Si avec ça elle n'arrivait pas à se faire de faux-espoirs, alors là elle n'y comprenait plus rien. Elle était fichue, tout simplement fichue, et Fred n'allait faire qu'une bouchée d'elle. Tout était encore une fois trop rapide pour elle et la jeune fille ne suivait plus le rythme. Il n'y avait que son cœur pour le suivre. Son organe battait même encore plus vite si c'était possible, à mesure qu'elle avançait dans le couloir sombre.
La cape de Harry sur le dos, sa baguette dans une main et la Carte du Maraudeur dans l'autre, Hermione marcha à petits pas jusqu'à la Salle sur Demande en priant pour ne pas tomber sur Pansy et Padma Patil qui étaient en ronde pour la soirée. Si ses notes avaient -selon les professeurs- miraculeusement redoré son blason après une remontée spectaculaire, McGonagall avait refusé de lui rendre son insigne jusqu'à ce qu'elle soit sûre que sa meilleure élève était bien redevenue elle-même. Si encore cette ronde avait été confiée à Ernie et Hannah, elle aurait pu s'en tirer, mais si elle tombait sur Parkinson elle était foutue. En plus en semaine... Pourquoi personne ne la retenait jamais quand elle était sur le point de commettre une bévue ? C'était bien beau de lui faire la morale après, mais avant hein ? La prévention, personne connaissait ?
Hermione soupira en s'arrêtant devant le mur où la porte de la Salle sur Demande devait se matérialiser et passa trois fois devant, les yeux fixés sur la tapisserie de Barnabas le Follet en demandant à retrouver Fred. Elle était un peu en retard, il devait forcément s'y trouver depuis un moment déjà. Comme pour le lui confirmer la porte fit son apparition et après s'être assurée une dernière fois qu'elle n'était pas suivie, la jeune fille entra d'un pas plus vif.
« Méfait accompli », chuchota-t-elle en tapotant la Carte de la pointe de sa baguette puis elle rangea le tout avant de se débarrasser de la cape qui lui donnait trop chaud.
Elle osa enfin lever la tête du sol pour observer la pièce et blêmit violemment en voyant Fred étendu au beau milieu d'une marée de coussins multicolores. Le fait qu'il n'ait pas bougé à son arrivée lui laissa un instant croire qu'il s'était assoupi et Hermione dû se faire violence pour ne pas repartir en prenant ses jambes à son cou. Elle déposa ses affaires dans un coin de la pièce en prenant soin de garder sa baguette sur elle -savait-on jamais-, s'avança avec hésitation jusqu'à un premier coussin moelleux et plus gros qu'elle, et finit par ôter ses chaussures. Suite à quoi elle escalada les mini-monts duveteux pour s'allonger non loin de Fred sans pouvoir le regarder.
La tentation était pourtant grande. Il était là, à sa merci, alors qu'elle n'avait pas pu le détailler depuis un long moment, et l'envie de se rapprocher de lui jusqu'à en sentir son souffle sur son visage lui traversa l'esprit une bonne dizaine de fois.
« C'est marrant les coussins... J'ai juste demandé un endroit reposant et paf ! Coussins... »
Hermione tressaillit légèrement à l'entente de la voix grave, se redressa sur ses coudes pour regarder son homologue et le vit faire de même. Un sourire amusé la heurta de plein fouet, de même qu'un regard profond qui vint se planter dans le sien. Les épis en joyeux bordel -ne rivalisant quand même pas encore avec ceux de Harry- avaient encore poussé et se frayaient un chemin sur le front, allant jusqu'à taquiner le haut du nez aquilin. Elle était à un bon mètre de lui néanmoins son parfum habituel à base de basilic et d'après-rasage la couvait doucement et elle aurait aimé venir se blottir contre son ancien maître de jeu comme elle l'avait fait à Londres.
Fred bailla avec retenue, s'installa en tailleur et fit la moue en calculant la distance entre eux.
« Approche ! »
Sa main s'agita dans sa direction. Hermione retint un rire en se rappelant que son oncle avait la même mimique quand il alpaguait un chat dans la rue. Sauf qu'à la place du « approche » il s'agissait d'un « minou-minou »... Elle brava ses propres tremblements pour se décaler vers lui et imita sa posture, face à lui, se laissant observer de tous les côtés bien qu'être ainsi scrutée soit plus que dérangeant.
« Tu... Tu voulais me parler ? »
Fred sortit de sa transe visuelle sur un petit mouvement de tête et son sourire s'amenuisa un bref instant.
George allait le tuer. Et Ginny, Ron également quand ils apprendraient tous qu'il avait violé tous les interdits -que lui-même avait fixé- en demandant à voir la brune. Cette dernière ne lui avait pas dit qu'elle pouvait le revoir, que ça ne lui faisait plus rien, au vu de son regard et de sa gêne il devinait qu'elle était incroyablement mal à l'aise, mais il ne pouvait pas supporter de rester à la boutique et continuer son travail alors que George ricanait en se moquant de lui à coup de « tu as oublié Alicia, vieux, faudra t'y faire » ou de « merci 'Mione de nous l'avoir ré-rendu totalement stupide ». Si au départ il parvenait sans difficulté à beugler qu'il était loin d'avoir mis Alicia et ses sentiments pour elle de côté, maintenant l'incertitude le prenait aux tripes.
Et si George avait raison ?
En tout cas, la seule façon à ses yeux de le savoir, c'était de venir auprès de Hermione qui comprenait toujours tout sur tout et qui était la seule à pouvoir l'aider. Il n'était pas assez idiot pour lui déclarer de but en blanc qu'il se demandait s'il ressentait quelque chose pour elle, aussi comment faire pour qu'elle l'aide sans se faire d'illusions ? Il était hors de question qu'en rentrant chez lui, il laisse l'impression à la jeune fille qu'elle avait peut-être une chance avec lui. Ce n'était pas vraiment le cas. Ou du moins son affection pour elle ne rivalisait pas avec celle qu'il avait eu -ou qu'il avait toujours, impossible à savoir- pour 'Licia.
« Mh... Je me demandais juste comment tu allais », annonça-t-il donc après mûres réflexions.
Ce qui n'était qu'un demi-mensonge. Elle l'avait remercié mais personne par la suite ne lui avait dit si elle était de nouveau la Hermione pleine de vie qu'elle était avant.
Hermione inclina la tête sur le côté, sourcils froncés. Elle voyait bien que quelque chose clochait, qu'il n'était pas vraiment sincère dans sa demande -pas totalement du reste- mais elle avait appris depuis longtemps que Fred n'était pas quelqu'un qu'on devait brusquer pour obtenir sa vérité. Il finirait bien par admettre ce qui le tracassait. Ainsi donc il n'allait rien lui annoncer, mais il avait un problème. Dans un soupir la jeune fille se questionna : était-il possible que Fred ne soit pas synonyme de problème un jour ?
« Ça va, assura-t-elle d'un ton qui se voulait détaché. Et toi ?
-Je vais toujours bien. »
Il lui décocha un clin d'œil qui la fit irrémédiablement rougir et Hermione se détourna quand son cœur se compressa dans sa poitrine.
« Heureux sont les simples d'esprit, j'avais oublié.
-Je ne suis pas simple d'esprit, grimaça Fred, offusqué.
-C'est une citation, sourit gentiment la brune qui lui concéda un nouveau coup d'œil plus tranquille. Ce n'est pas vraiment péjoratif.
-Une citation ? »
Elle étendit une jambe qui ne manqua pas de percuter le genou du rouquin et la rétracta aussitôt en toussotant. Au sommet de la Tour, après leur petite partie de cache-cache improvisée, elle s'était sentie plutôt bien et à l'aise, mais ce soir le moindre des gestes de Fred allait indubitablement la mettre dans tous ses états. Sans aucun doute à cause des espoirs qui la ranimaient.
« Oui... C'est un truc religieux, moldu. Mon grand-père me le disait souvent. « Heureux sont les simples d'esprits car le royaume de je-sais-plus-quoi leur appartient », bredouilla-t-elle en s'obstinant à fixer le plafond.
-En clair vaut mieux être idiot dans la vie », bouda Fred qui s'empara d'un coussin plus petit que les autres et le posa sur ses jambes.
Hermione baissa un peu les yeux, lui tira la langue et tritura un pan de son gilet.
« En clair comme tu dis, mieux vaut vivre sans se compliquer la tâche, l'esprit en paix. C'est ce que ça veut dire. Les gens qui ne se compliquent pas la vie, qui vivent sans se créer de problèmes inutiles ni en créer à d'autres... Ceux-là vivent heureux. Et les seules personnes capables d'une telle chose sont les simples d'esprits. Je les envie. »
Elle le laissa méditer ces paroles en se rappelant celles de son grand-père qui l'amenait -contre son gré- à la messe tous les dimanches. Jamais elle n'aurait cru avoir l'occasion de parler de ce que lui-même lui disait à quelqu'un d'autre. Elle revoyait tous les sermons, les discussions entre son aïeul coincé dans sa spiritualité et elle, beaucoup plus terre-à-terre. Déjà dix ans et la petite Hermione Granger vouait un culte sans précédent aux sciences. Son grand-père en était désespéré alors qu'Edlyn appuyait l'avis de leur petite-fille avec fierté. Le simple fait de se remémorer les longs week-end passés auprès d'eux suffit à lui flanquer un coup au moral qui parvint à annihiler son malaise d'être à côté de Fred.
Ce dernier aurait voulu dire qu'il était, dans ce cas, content d'être un peu idiot mais les mots refusèrent de passer la barrière de ses lèvres. Il était peut-être un peu stupide mais alors stupidement compliqué. Ce qui était pire. Il n'aurait jamais l'esprit reposé puisqu'il se posait toujours des milliers de questions sur son propre fonctionnement et n'arrivait à aucune réponse satisfaisante. Hermione affirmerait, si elle pouvait lire dans ses pensées, qu'il ne pouvait donc pas être un simple d'esprit, c'était l'anarchie dans sa tête. Aujourd'hui encore son cerveau militait, scindé par deux opinions différentes.
Opinion a) Il commençait à oublier Alicia au profit de Hermione -absurde.
Opinion b) Il avait réussi l'exploit d'aimer deux filles en même temps -absurde.
Quand il le lui avait répété, George avait ri en parlant d'une troisième option qui combinait les deux idées. Ce qui lui apparaissait encore plus absurde. Hermione lui offrait la sécurité, rien de plus, rien de moins, et il était effectivement tenté de prendre la main qu'elle lui tendait depuis sept mois pour ne plus jamais avoir à flancher. Elle ne dirait jamais adieu, ne claquerait certainement pas la porte derrière elle et ferait passer le bonheur des autres avant le sien. Par conséquent il serait nettement plus en sécurité près d'elle qu'en compagnie d'Alicia. Son cœur, serait en sécurité.
Si tant était qu'il ait vraiment oublié son ex, et c'était une autre histoire, une boucle infernale de "si".
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Georgie,
Pas d'inquiétude, nous avons la situation bien en main et je savais déjà que Fred allait passer, il a contacté 'Mione hier. Je ne pense pas qu'il faille paniquer, si ce que Ron (et tous les autres) et moi est avéré, alors c'est une trèèès bonne idée qu'ils se revoient.
Et puis ça fera toujours un chapitre de plus dans « Les imbécillités de Fred Weasley » au pire...
Passe une bonne soirée !
Gin'
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Silence, silence et encore silence. Hermione était d'accord pour écouter ses confidences et l'aider dans la mesure du possible mais pour ce faire il faudrait que Fred cesse de tergiverser mentalement et se rende compte qu'il n'était pas tout seul dans cette salle. Depuis bientôt une heure, le jeune homme restait prostré avec son coussin sous le menton et les yeux dans le vague et elle avait cours demain, il n'était pas question de s'y rendre après avoir passé une nuit blanche. Même si le silence qui les enveloppait commençait à la bercer et avait fini par la laisser calme et sereine, presque heureuse d'être à côté de lui.
La jeune fille se racla la gorge, les paupières de Fred papillonnèrent et il en revint à elle -et à lui par la même occasion-. Elle se pencha vers lui, inquisitrice.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Fred sourcilla et soupira, encore hésitant quant à ce qu'il devait lui dire ou ne pas lui dire. Il finit par rouvrir la bouche et se redressa légèrement.
« Je suis un peu perdu, admit-il d'une voix agacée. Je crois, mais je n'en suis pas sûr, que j'ai fini par ne plus ressentir grand-chose pour Alicia.
-Oh... »
Il la vit gigoter et se mordre la lèvre. Ne restait plus qu'à espérer qu'elle n'imagine pas prendre la place de l'ancienne poursuiveuse de Gryffondor dans le cœur du jeune homme... Il l'avait brisée une fois, ce n'était pas pour le faire une deuxième fois en élaborant des théories sur des sentiments qu'il n'arrivait plus à cerner.
« Je ne pense pas, décréta-t-elle pourtant après avoir ramené ses genoux contre sa poitrine et Fred ouvrit de grands yeux. Enfin je ne suis pas toi, donc je ne peux que spéculer, mais je pense que c'est l'éloignement qui te fait croire ça. Regarde... Imagine-toi qu'Alicia vienne te voir ce soir, quelle serait ta réaction ? »
Fred s'exécuta, eut un sourire un peu niais et ricana en se renfrognant. Il ne rêvait que de ça...
Hermione s'affaissa sur le matelas de coussins, abattue. L'espace d'une seconde elle avait espéré qu'il réponde que ça ne lui faisait absolument rien et qu'il aurait une réaction des plus amicales au cas où Alicia refasse effectivement apparition dans sa vie. Elle aurait dû s'y attendre pourtant. Si Alicia revenait, les espoirs de Fred reviendraient le titiller, tout comme elle quand elle avait reçu son message de rendez-vous.
Hermione détestait les triangles amoureux.
Elle s'obligea à sourire, moqueuse, l'observa alors qu'il semblait débattre à nouveau intérieurement et leva les yeux au ciel.
« Tu m'as fait venir pour ça, non mais franchement, grinça-t-elle avec un regard goguenard qu'il avisa et encaissa en faisant la moue.
-Si tu veux on peut faire autre chose. »
Ce disant, pour se venger, il haussa les sourcils de manière suggestive en désignant le tapis d'oreillers et Hermione sentit les battements de son cœur devenir irréguliers, ses mains moites et ses joues plus rouges que son écharpe aux couleurs de sa maison. Fred eut un nouveau rire, mutin, et se ravit de la voir perdre son rictus narquois et trop hautain.
« Il me semble que je devais te laver, non ? »
Normalement elle aurait dû se vexer ou encore repenser à Viktor et éprouver un fort sentiment de honte ou de tristesse, au lieu de quoi elle se surprit à aimer l'idée qu'il proposait avec sarcasme et dut se gifler mentalement d'être aussi stupide. Leur jeu était terminé depuis longtemps, il n'avait pas le droit de rire d'elle alors qu'il savait qu'elle l'aimait. Quant à elle, elle ne devait même pas y songer.
Hermione récupéra un coussin, le brandit et le balança à la figure de Fred avant de perdre la tête.
Le jeune homme bascula en arrière sous la force d'un impact qu'il n'avait pas vu venir et grogna en s'étalant lamentablement dans la marée de tissus rembourrés.
« Traîtresse ! »
La brune éclata de rire quand il releva une tête ébouriffée, puis manqua s'étrangler lorsque le coussin qu'il tenait toujours vola jusqu'à elle. Elle l'évita de justesse, se leva pour ne pas perdre l'équilibre et jaugea Fred qui s'apprêtait à lui en jeter un autre. Brutal retour en enfance. Il ne manquait plus qu'elle se dandine en chantant « tu m'auras pas » pour qu'elle revive les rares instants d'insouciance qu'elle avait vécu avec ses cousins du même âge, bien des années plus tôt. Un autre souvenir s'ajouta aux cris d'enfants et elle se rappela que la dernière fois que Fred et elle avaient chahuté de la sorte, c'était dans cette même salle, sur le sol de pierre. Ce qui s'était soldé par un bécotage dans les règles.
Par moments elle regrettait vraiment d'avoir mis fin à leur contrat.
Tellement prise dans ses pensées, la jeune fille ne vit que trop tard l'objet qui se dirigeait vers elle et se prit donc un coussin mauve à la tempe. Tout comme Fred, elle se sentit partir en arrière et un rire accueillit sa chute. Hermione se débarrassa du pouf, voulu se remettre sur pieds mais son agresseur profita de son instant d'égarement pour la rejoindre, lui enserrer la taille et la plaquer sur le côté.
« Vainqueur par K.O miss Granger », pouffa Fred à deux centimètre de son visage une fois qu'il l'eut immobilisée sous son poids.
Hermione lui fit une grimace, une petite voix lui indiqua que leur position était strictement la même que la dernière fois dont elle s'était souvenue plus tôt et elle ne put s'empêcher de rire à son tour, le cœur beaucoup plus léger qu'avant.
« Ça c'est ce que vous croyez monsieur Weasley », argua-t-elle avant de lui donner un coup de coude et parvenir grâce à ses jambes à le retourner comme un pancake.
Elle aurait dû le laisser s'écraser tout seul sur le dos. Elle aurait dû mais son corps préféra agir de lui-même et elle vint s'asseoir sur l'abdomen du jeune homme en arborant une expression satisfaite et triomphante.
« Alors, c'est qui qui gagne maintenant ? », se gaussa-t-elle sans aucune gêne alors que Fred avait vraisemblablement du mal à respirer sous son poids.
Un poids plume, certes, mais un poids quand même et son souffle s'était coupé quand elle s'était installée.
« Je vais mourir, assura-t-il à la fois amusé et suffocant.
-Alors meurs en silence, asséna Hermione en retour.
-Tu.. Tu es cruelle ! »
Elle confirma d'un hochement de tête, finit par avoir pitié de lui et se recula sur son bassin en le laissant inspirer une bonne bouffée d'oxygène. Quelques secondes passèrent, au cours desquelles ils se jaugèrent en souriant, puis Fred passa son bras droit sous sa nuque et se contenta d'un rictus taquin quand Hermione le questionna en silence sur son absence de réaction alors qu'il aurait dû répliquer encore une fois ou lui clouer le bec d'une boutade gentillette.
« Pourquoi tu souris comme ça ?, intima-t-elle de façon orale puisqu'il ne daigna pas lui répondre.
-Je me disais juste que tu avais de l'audace ces derniers temps. »
Et qu'il aurait aimé avoir le droit de se redresser pour l'embrasser.
« D'abord tu risques ta vie en montant sur un muret qui est, soulignons-le, à près de vingt mètres du sol. Ensuite tu te promènes sans autorisation dans les couloirs après le couvre-feu et maintenant tu te permets de me faire des attouchements mal intentionnés. Je n'aurais jamais cru ça de toi. »
Il termina en laissant pendre un bout de langue hors de sa bouche et Hermione resta perplexe un court instant. Elle voyait de quoi il parlait en mentionnant le muret de la Tour d'Astronomie, la promenade pour venir le rejoindre en plein milieu de la nuit -et même si ce n'était pas la première fois, merci Harry et Ron- mais pour les attouchements... Elle finit par comprendre qu'il évoquait leur situation, notamment du fait qu'elle se soit inconsciemment aventurée à le chevaucher et se perdit dans le rouge de ses joues. Sans pour autant bouger.
Fred cessa de tirer puérilement la langue, fit appel à toute sa force mentale pour ne pas céder à ses pulsions du moment et déglutit discrètement en affichant toujours l'impassibilité la plus complète. Il aurait beaucoup aimé pouvoir enlever la boucle qui cachait l'œil gauche de la brune, lui caresser la pommette ou encore passer sa main dans la nuque fine. Ces simples envies lui rappelèrent sa présence à Poudlard et son cerveau divisé par deux idées. Il ne s'expliqua pas le souhait soudain de rester ainsi jusqu'à l'aube qui le prit à la gorge, juste avec elle alors qu'il aurait dû être en train de l'imaginer nue et pas simplement blottie contre lui. Désirer quelqu'un était une chose, vouloir rester près de ce quelqu'un en était une autre.
Fondamentalement différente.
« Mal intentionnés ? Tu as vraiment atteint des sommets de perversion et d'idées mal placées », professa Hermione en feignant un faux dédain.
Il s'octroya la permission de paraître totalement innocent avant de reprendre son sérieux.
« Pourquoi ? »
Le murmure était à peine audible pourtant il parvint aux oreilles de la brune qui sourcilla, étonnée.
« Pourquoi quoi ? », s'enquit-elle d'une voix curieuse.
Fred hasarda ses yeux sur le plafond, les ramena sur le visage angélique et secoua la tête. Il ne pouvait définitivement pas lui demander pourquoi est-ce qu'il voulait lui prendre la main, pourquoi il n'arrivait même pas à envisager quelque chose de sexuel avec elle parce qu'il aurait bien trop peur de lui faire du mal, pourquoi il n'arrivait pas à respirer quand elle ne lui accordait pas toute son attention et pourquoi, bordel, ne pouvait-il pas savoir s'il aimait toujours Alicia, s'il avait tourné la page ou si en fait, il était en train de tomber amoureux de Hermione et de la vie qu'elle pouvait lui offrir.
« Non, rien. Et n'insiste pas », ajouta-t-il dès qu'il la vit s'apprêter à rétorquer.
La jeune fille lui obéit, bien qu'un peu interdite. Elle croisa les bras sur sa poitrine, le contempla tandis qu'il se remettait à fixer le plafond et inclina lentement la tête à mesure qu'elle se demandait ce qui pouvait bien lui arriver. Il aimait encore Alicia, elle le lui avait prouvé. D'accord, ça ne devait pas le rendre heureux vu ce qu'il s'était passé entre eux, mais il aurait tout de même dû être allégé d'un poids en sachant qu'il s'était tourmenté pour rien. Était-il triste ? Déçu de ne pas avoir réussi à se défendre contre ses propres sentiments ? Ou bien est-ce qu'il souffrait, tout simplement ? Si tel était le cas, elle ne pourrait pas le supporter. Pas plus que de perdre tout espoir encore une fois.
Hermione détacha ses bras et déposa avec une certaine crainte ses mains de part et d'autre du visage du rouquin. Ce dernier ne remarqua son rapprochement qu'une fois la brune juste au-dessus de lui. Leurs nez pouvaient presque se toucher et Fred sentit ses joues s'empourprer. Allons bon...
« Je vais finir par croire que tu es sur le point de te suicider si tu continues à paraître aussi déprimé. »
Tentative d'allégresse : Réussie.
Fred retrouva son sourire. Ses yeux s'éparpillèrent sur l'ensemble de la frimousse de son amie, s'arrêtèrent sur les lèvres entrouvertes et remontèrent jusqu'aux iris joliment marrons. A cause du peu de lumière, ses pupilles étaient dilatées, seul un anneau ambré permettait de connaître la véritable couleur des yeux de Hermione. Un ange. Encore une fois : pourquoi ?
Ledit ange frissonna légèrement, le camoufla sous une respiration et referma ses paupières en suppliant Merlin d'arrêter le massacre. Si elle ne pouvait pas le toucher, si elle n'avait pas le droit de rester avec lui parce que ça devait la briser, elle ne voulait pas continuer à être regardée comme la huitième merveille du monde. En revenant vers lui le lendemain de sa perte de conscience avec Viktor, elle avait eu le malheur de laisser son cœur se rouvrir à la possibilité d'un quelque chose. Lorsque Fred l'avait retrouvée sur le toit, son maudit organe s'était à nouveau fissuré de tous les côtés -dans le cas où il aurait été rafistolé peu avant-. Et maintenant que Fred avait l'air d'avoir pris en maturité, qu'il était là pour elle, c'était encore pire.
Par tous les saints moldus et mages sorciers, pitié. Le mieux aurait été que Voldemort fasse irruption dans la pièce pour la tuer. Il n'y aurait alors plus rien à ressentir, à examiner, à faire ou ne pas faire, à rêver, à croire, à oublier, à casser. Ce n'était pas Fred qui allait se suicider si ça continuait, mais bel et bien elle. Toutefois, elle aurait aimé mettre fin à ses jours après l'avoir embrassé une dernière fois. L'avoir rien qu'à elle une dernière fois. Qu'il ne pense et ne vive qu'à travers elle, une dernière fois. Comme pendant qu'ils jouaient. Au moins en ce temps-là elle n'avait pas besoin d'imploser pour savoir si elle pouvait ou non réduire la distance physique entre eux.
Au moment où Hermione rouvrit les yeux, Fred avala sa salive avec difficulté. Il était peut-être temps de partir maintenant, de fuir serait un terme plus adéquat. Avant qu'il ne dise quelque chose ou ne fasse quelque chose d'inconsidéré comme la serrer contre lui sans aucune raison particulière pour cet élan d'affection.
« Je dois... »
Si rapide que le jeune homme n'eut même pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait, Hermione plaqua sa bouche contre la sienne.
C'était irréfléchi et totalement inconscient de sa part, mais elle n'avait plus envie de peser le pour et le contre, de faire une liste de « non » et « oui ». Les conséquences viendraient plus tard et elle se confronterait à elles plus tard, quand elle aurait rattrapé les quelques mois sans Fred près d'elle. La dernière fois que son cerveau avait frôlé la surchauffe, elle s'était précipitée dans les bras de Viktor en croyant tout contrôler. La solution, au final, était peut-être de se laisser aller au gré de ses envies.
Au pire il y avait Ginny, et le suicide.
C'était contradictoire. Tout était contradictoire dans sa tête et ses neurones grillaient un par un avant d'avoir su lui donner une réponse parce que retrouver le goût des lèvres de Hermione valait tout l'or que les Malefoy possédaient. Une petite voix, sûrement sa foutue conscience, lui intima d'arrêter ça immédiatement, de ne pas répondre au baiser, de ne pas poser sa main sur la hanche féminine, ni de retirer l'autre de sous sa tête pour aller caresser une nuque qui n'aurait jamais dû être si près de lui. Et tout ce que lui prohibait cette petite voix, Fred le faisait.
Hermione cessa de supporter son poids sur ses mains et se laissa retomber sur lui sans rompre leur contact buccal. Elle se revit des mois plus tôt, dans la chambre des jumeaux au Terrier, puis à nouveau dans la Salle sur Demande, se surprit à sourire contre la bouche du frère de Ginny en pensant qu'effectivement, elle n'avait jamais été aussi audacieuse, et ses paumes se faufilèrent sous la chemise pour parcourir la peau d'un torse qu'elle avait déjà appris à connaître par cœur. Hermione avait tellement peur que Fred l'abandonne ou ne la regarde plus jamais parce qu'elle avait arrêté leur jeu que ledit cœur menaçait d'exploser à tout moment.
Toutes ses idées passées avaient déjà volées en éclat. Il ne l'aimait pas. Très bien. Elle était un jeu, une conquête potentielle. Très bien. Elle était masochiste. Super. Mieux valait être une proie et malade mentale que de devoir se séparer de lui comme ça. Dès que Fred n'était plus dans les parages de toute façon sa vie partait en cacahuètes. Pour preuve : Krum, encore et toujours. Si ses sentiments pour lui n'étaient pas réciproques et qu'elle devait jouer avec lui, alors tant pis. Elle pouvait bien s'en accommoder. Et dans un sens cela représentait à l'exactitude même la relation entre Alicia et Fred, sauf qu'ici elle avait le rôle du jeune Weasley et lui celui de son ex.
Ron et son « plan cul » iraient se faire voir ailleurs.
Hermione se sentit tirée en arrière, ou plutôt repoussée, et elle se retrouva sur le dos, Fred toujours aussi proche d'elle. Il s'attaquait déjà à son cou maintenant qu'il reprenait ses prédispositions à la domination et elle se laissa faire avec une délectation certaine alors que ses cheveux se disséminaient sur les coussins de couleur. Un rire s'échappa de sa gorge lorsque les épis roux chatouillèrent le haut de sa clavicule et Fred se recula, en appui sur ses coudes, juste pour lui tirer encore la langue comme si cette mimique excusait tous leurs débordements et lui adresser le sourire le plus beau qu'elle ne lui ait jamais vu -et pourtant elle en avait mémorisé, des sourires de lui-.
« Je ne vais pas me suicider, mais tout ça va finir par me rendre totalement taré », proclama-t-il suite à cette petite pause dans leur étreinte.
Sa voix était chantante, à l'opposée de celle qu'il avait eu depuis qu'ils s'étaient retrouvés dans la salle. Hermione se félicita d'avoir réussi à lui enlever son expression sombre et bouleversée. Elle ne put cependant pas s'empêcher de rougir et de paraître un peu gênée. Que voulait-il dire par « taré » au juste ?
« Merlin m'a chargé de te rendre dingue, tu comprends. »
Fred arqua un sourcil moqueur. Il doutait fortement qu'elle saisisse de quoi il parlait.
« Bon, d'accord, je ne vois pas quel pourrait être ton problème et je ne pense pas en être la cause, admit Hermione en levant les yeux au ciel après ce petit coup d'œil rieur.
-C'est mieux comme ça, crois-moi..., grimaça le propriétaire du coup d'œil susnommé.
-Est-ce que c'est lié à ton « Pourquoi » ? »
Hermione attendit une réaction qui ne se fit pas attendre, Fred soupira, l'air faussement désespéré -ou peut-être pas si faussement justement- et secoua la tête en se penchant sur elle. Comme elle l'avait imaginé depuis qu'elle était entrée dans la pièce, son souffle balaya sa joue puis son oreille et sa voix s'éleva, plus douce, plus grave et plus chaude :
« Tu es bien trop intelligente pour moi... »
Avec une certaine douleur, familière, tellement familière, Hermione eut une dernière pensée avant de ramener le visage de Fred au sien et d'entremêler ses jambes aux siennes.
Si j'étais vraiment intelligente, je ne serais pas là, je ne serais jamais tombée amoureuse de toi.
.
.
Parvati et Lavande restèrent bouche grande ouverte, suspendues aux lèvres de leur camarade. Cette dernière étouffa un rire amusé de les voir si attentives, empressées de connaître une suite... qui n'existait que dans les rêves de Hermione puisqu'après l'avoir ré-embrassée tant et plus, lui avoir dit qu'il était tard et qu'il n'aurait pas dû faire ça, Fred était reparti dès qu'elle avait franchi la porte de la Salle sur Demande. A ce souvenir, un grand vide se creusa dans sa poitrine et la jeune fille eut l'impression de couler, de sombrer dans un puits sans fond. Peut-être qu'ils avaient effectivement dépassé quelques limites cette nuit, mais elle avait cru mourir quand il s'était séparé d'elle.
Lavande se ressaisit la première. Elle battit des paupières dans le vide, s'agita sur son lit et souffla :
« Et ensuite ? Qu'est-ce que vous avez fait ensuite ?
-Tu veux vraiment le savoir ? », s'amusa Hermione bien que le cœur y soit moins tout d'un coup.
Ses deux amies acquiescèrent vigoureusement.
« Eh bien... Rien. »
Parvati se laissa tomber en arrière, gémissante de frustration, et Lavande soupira, déçue.
« Mais pourquoi ? C'était l'ambiance idéale, romantique, et Fred avait l'air... Mais pourquoi ? », répéta la jeune hindoue depuis son matelas et Lavande approuva ses pensées en faisant mine d'être au bord des larmes.
Hermione haussa ses épaules, incapable de répondre. Elle-même ne savait pas pourquoi tout s'était si brutalement arrêté. Jamais elle ne s'était sentie aussi proche de lui, dans tous les sens du terme, et pourtant le petit nuage sur lequel elle était avait disparu, emportant leur conversation, leurs caresses et leurs baisers avec lui. Comme à chaque fois au final... Sauf que là, c'était à contrecœur pour tous les deux, elle avait bien vu la résignation dans les yeux de Fred quand il avait déploré l'heure tardive et le fait qu'il y ait la boutique à ouvrir tôt le matin tout comme Hermione devait avoir cours dans la matinée.
L'adolescente interrompit ses pensées en voyant Parvati se redresser en sourcillant, apparemment soucieuse. Lavande, qui connaissait sa meilleure amie sur le bout des doigts, lui accorda toute son attention à l'instar de Hermione et le silence laissa place à l'éclat calme et doux de la sixième année :
« Si c'est lui qui a mis fin à ça, c'était peut-être parce qu'il avait peur de toi, suggéra-t-elle.
-Peur ? De moi ?, reprit Hermione, franchement déconcertée et dubitative.
-Oui, peur. Que tu le repousses encore, ou bien de te faire du mal après ce qu'il s'est passé avec Krum...
-Tiens d'ailleurs, c'est un bon coup cui-ci ? », s'interrogea Lavande sans aucune gêne.
Hermione se perdit dans des teintes de rouge qu'elle ne se connaissait pas et elle se pinça les lèvres, dans l'impossibilité à nouveau de formuler une réponse à cette demande. Après tout, elle n'avait aucun point de comparaison. Elle aurait pu en avoir un, si Fred ne s'était pas fait la malle dès qu'elle avait remis son pull -qu'il lui avait ôté soit dit en passant- et était sortie... Ce qui la ramenait à la théorie de Parvati, qui n'était pas pour lui plaire. Que Harry, Ron, Seamus et tous les autres se montrent attentionnés et l'étouffent presque, elle pouvait le concevoir, mais c'était dans une perspective totalement différente et Fred n'était pas du genre à prêter crédit à ce genre de choses. Lui savait qu'elle était forte, non ? Sinon il ne serait pas venu ici sans avoir eu son aval. Et en admettant qu'il ait craint un instant de la blesser -ridicule- c'était elle qui avait lancé les hostilités, il aurait dû se rendre compte qu'elle n'était plus aussi fragile qu'il ne l'aurait pensé alors.
Ou bien il n'avait pas eu envie d'aller plus loin avec elle en sachant qu'elle l'aimait. Mais dans ce cas, là encore, pourquoi répondre à son baiser impromptu ? Ce n'était franchement pas son style. Qu'il puisse avoir changé après le second rejet d'Alicia, d'accord, mais quand même. Et si, en réalité, cela ne venait pas de lui mais d'elle ? Si désormais elle ne l'attirait même plus parce que de un, elle l'aimait justement, et de deux, elle avait fait l'amour avec Viktor ? Si maintenant, il la trouvait laide de l'intérieur comme de l'extérieur ? C'était vrai qu'elle n'avait pas vraiment fait attention à elle ces derniers temps, plus que d'habitude.
La jeune fille s'observa sous tous les angles, suspicieuse, et ses deux condisciples la regardèrent se tortiller sur ses draps, incrédules.
« Tu sais quoi ? »
Hermione soupira, termina sa propre analyse et leva des yeux perdus vers Lavande. Cette dernière bondit hors de son lit, s'approcha de la fenêtre et réfléchit un instant avant de revenir vers elle. Sans son consentement et en ignorant l'exclamation offusquée de son amie, la blondinette fouilla les poches de son uniforme jusqu'à trouver le Coqtable qu'elle balança sans retenue sur les genoux de la brune. Parvati se frappa le front en chuchotant un « mais bien sûr » comme si les agissements de Lavande étaient évidents. Néanmoins elles étaient bien, et ce depuis toujours, les seules à savoir à quoi elles jouaient en présence d'un tiers.
« Redonnes lui un rendez-vous, ordonna placidement Lavande qui croisa les bras sur son haut de pyjama.
-A moins que tu ne lui demandes juste pourquoi vous n'êtes pas restés ensemble plus longtemps », proposa Parvati en dardant un regard confiant sur son amie.
Ladite amie écarquilla les yeux et secoua vigoureusement la tête.
Le revoir, si vite ? Pire : lui demander des comptes ? Mais elles étaient folles ! Fred était venu pour parler parce qu'il n'allait pas bien à l'origine, pas pour lui faire une demande en mariage. Leur relation n'en était toujours pas une à ce qu'elle sache. De plus, et sans vouloir les offenser, ce n'était certainement pas elles qui allaient savoir ce qu'il fallait faire dans ce genre de situation. Parvati et Lavande parvenaient toujours à leurs fins parce qu'elles avançaient d'un pas assuré dans la vie et qu'elles s'attaquaient aux garçons qui craquaient déjà sur elles. Depuis qu'elle n'était plus aux côtés de Fred, Hermione devait également avouer que toute trace d'audace en elle s'était évaporée.
Ginny. Celle qu'il lui fallait, c'était Ginny. Ginny cernait son frère mieux que personne, avait goûté à la joie d'un amour refoulé et avait des conseils nettement plus sécuritaires. A la limite elle pouvait peut-être s'intéresser à l'avis de Seamus -il ressemblait beaucoup à Fred mine de rien...- ou Harry. Pas Ron, toujours pas Ron, jamais, hors de question. Neville se rallierait à n'importe quelle opinion sans vraiment en avoir une à proposer. Oui. Il lui manquait Ginny et ses questionnements intérieurs pouvaient bien attendre quelques heures jusqu'au matin.
Le bruit d'une langue qui claque, signe d'irritation, la ramena aux deux jeunes filles qui lui faisaient face et Hermione se remit à hocher négativement la tête.
« Je ne vois pas ce qui te dérange, râla Lavande, boudeuse.
-C'est comme pour la lettre au début, tu n'as rien à perdre, non ?, renchérit Parvati qui commençait également à s'énerver -chose suffisamment étonnante pour que Hermione s'en inquiète-.
-Si, répliqua celle-ci. Fred est vraiment un ami maintenant, et si je veux être sûre de pouvoir profiter d'un moment comme celui-là encore une fois, je n'ai pas intérêt à envoyer un autre message rempli de sentiments. Déjà qu'il est rentré chez lui en ayant l'air de regretter ce qu'on avait fait... », termina-t-elle en baissant la tête.
Lavande et Parvati échangèrent une œillade désolée.
Puis, à l'instant où Lavande allait s'excuser de s'être laissée emporter alors que ça ne la regardait pas, à l'instant où Parvati comptait dire que Hermione était le seul maître du jeu cette fois, le Coqtable que la brune détenait dans les mains se mit violemment à vibrer et, terrifiée, Hermione le jeta loin d'elle dans un immense sursaut et un petit cri d'horreur. Heureusement le petit appareil fut rattrapé par Lavande et Parvati éclata de rire devant l'expression faciale de leur compagne de chambre.
« Quand on parle du loup, commenta Lavande en souriant, le téléphone au creux de sa paume.
-Qu'est-ce qu'il dit ? », continua de rire Parvati et Hermione pressentit le pire.
Lavande ouvrit le message dont l'enveloppe se matérialisa dans les airs. Les deux commères de Gryffondor se penchèrent avidement dessus et une même grimace s'accrocha à leurs traits. Le cœur de Hermione eut un soubresaut assez douloureux et le silence s'éternisa. Longtemps. Trop longtemps.
« Il dit qu'il avait un rendez-vous, que c'était pour ça qu'il ne pouvait pas rester, murmura finalement Parvati, sombrement, et leur camarade baissa la tête.
-Il dit aussi que tu devrais vraiment penser à changer de coupe, rajouta sa meilleure amie.
-Ah, et qu'il va épouser George aussi. »
Hermione releva les yeux, atterrée, et soupira à la fois de soulagement et de consternation alors que ces idiotes se remettaient à rire de plus bel. Lavande se calma en première et revint vers elle pour lui tendre le petit engin. Avant que le message ne se soit dissous dans les airs, Hermione s'empressa de le ranimer et scruta le parchemin, les doigts tremblants. Sensation ô combien familière qui, elle, ne lui avait pas manquée.
De: Fred
A: Hermione
J'espère que tu ne dors pas déjà, au pire tu liras ceci demain, de toute façon ce n'est pas bien important.
En fait, je voulais juste m'excuser... Je n'aurais pas dû partir aussi vite tout à l'heure -genre celui qui fuit alors que c'est ton rôle-. C'est justement parce que c'était ton rôle que j'ai eu un peu peur. Tu comprends, je m'attendais à ce que tu me lance ton fameux « non » à la figure et si tu ne me l'avais pas dit à ce moment-là j'aurais été incapable, moi, de m'arrêter. Maintenant, en y réfléchissant je suis en train de me demander si en fait tu allais dire non ou pas... Et comme je suis toujours aussi vantard et prétentieux, j'ose croire que tu n'aurais pas refusé, pas vrai ? Et dans ce cas, je suis non seulement frustré mais en plus très embarrassé par rapport à toi. Bon, évidemment, je ne sais pas si ça aurait été une très très bonne idée c't'histoire, mais (comment tourner ça de façon non-déplacée ?) on va dire que ça ne m'aurait pas dérangé, parce que bon sang 'Mione tu...
Enfin bref. J'ai encore l'air con, hein ? Je sais.
Franchement désolé, c'est en rentrant que je me suis rendu compte que mon départ précipité pouvait passer pour, euh, je ne sais pas trop quoi, mais ça ne se faisait pas. Du moins pas sans explications. Et en parlant d'explications, en ce qui concerne mon « pourquoi » et « taré », je ne sais pas comment t'expliquer. J'aime Alicia, tu me l'as fait comprendre et je le savais de toute façon, mais c'est plus que confus dans ma tête.
Passons tu veux bien ? Je m'excuse de t'avoir laissée en plan, « Gomen »*
Fred
« Hermione... Désolée de te dire ça, mais tu as l'air très bête avec ce sourire niais... »
Suite au piaillement de Parvati qui se moquait ouvertement d'elle, Hermione tenta de reprendre le contrôle des muscles de son visage et se racla la gorge pour éviter de se mettre à crier de façon similaire à Ron quand il voyait un balai de Quidditch. Elle se mordit la lèvre pour ce faire, toucha le message pour qu'il s'efface et inspira profondément. Fred avait bien eu peur. Il lui avait envoyé des explications. Il était désolé. Il était a-do-ra-ble... Et elle allait finir par saigner si elle continuait à mutiler sa pauvre lèvre. Même le passage concernant Alicia ne l'atteignait pas.
Était-il possible de retomber amoureux ? Tous ces nouveaux espoirs, qui s'avéreraient encore une fois non fondés évidemment, mais qui l'enveloppaient toute entière, tout ce qu'il s'était passé depuis Krum. Le petit nuage se reforma sous elle et Hermione aurait aimé se sentir aussi bien jusqu'à la fin de sa vie. Oui, il avait eu envie de rester avec elle -envie d'elle serait plus approprié-, oui, il était sur la même longueur d'onde qu'elle pour l'instant et il ne l'avait pas repoussée parce qu'elle s'était enlaidie ou à cause des sentiments qu'elle avait pour lui. C'était stupide de ressentir tout ça, pathétique et affligeant comme disaient Nott et Zabini, mais c'était foutument Merlinesque.
« Alors, que vas-tu lui répondre ? »
PAF. La bulle de bonheur venait d'éclater.
Hermione recommença à paniquer et elle ouvrit la bouche sans produire le moindre son. Répondre ? Que devait-elle répondre à ce genre de message ? Ou plutôt que pouvait-elle dire ou pas pour lui souscrire une réponse ni trop osée, ni trop niaise, ni trop détachée ? Devait-elle vraiment répondre au fond ? La jeune fille se tourna vers Parvati en espérant qu'elle ait une idée.
« Moi je sais ! », claironna Lavande.
Et avant que ses amies n'aient pu l'en empêcher, la petite blonde se précipita sur le Coqtable laissé à l'abandon, s'en empara en ricanant et fila dans la salle de bain en s'y enfermant à l'aide de tous les sorts qu'elle connaissait. Hermione manqua s'évanouir et Parvati se rua à la suite de sa meilleure amie, frappant à la porte qui étouffait le rire diabolique de Lavande, furieuse.
« LAV' !, tempêta-t-elle pendant que Hermione la rejoignait à grandes enjambées. Lav' si jamais tu oses répondre à Fred, je te tue ! Ce ne sont pas tes histoires !
-Peut-être, répondit ladite Lav' de l'autre côté, Mais Hermy n'aura pas le cran de répondre. Je te parie même qu'elle laissera ce message sans réponse. »
Hermione vit rouge. La pire pipelette et audacieuse des filles de son école venait de lui piquer son seul moyen de communication avec Fred -un hibou était trop lent- et non contente de ça, comptait envoyer un coqmail. Ne manquait plus que ça...
« Lavande !, désespéra-t-elle en se mettant à tambouriner à la porte avec le soutien de Parvati.
-Non mais j'y crois pas... Lav' sors d'ici tout de suite !
-Lavande ! »
.
.
Le silence et le noir le plus complet. Pour une fois il était bien, là, et ne comptait pas se sortir de son monde tout de suite. Qu'est-ce qui lui était passé par la tête nom d'un véracrasse ?
Fred passa et repassa ses mains dans ses cheveux, assis au comptoir de la boutique plongée dans l'obscurité la plus totale et son Coqtable sous les yeux. En l'espace de quelques heures il s'était fait passer pour un goujat, puis pour un demeuré, et maintenant il envoyait un message qui ne ferait qu'attiser les espoirs de Hermione le concernant. Et ce alors qu'il ne pouvait rien lui promettre. Ni de se tenir à carreau la prochaine fois qu'il la verrait parce qu'il aurait trop envie de l'embrasser encore, et encore, et encore, jusqu'à manquer d'air. Ni de pouvoir lui renvoyer un jour ses sentiments dans toute leur splendeur. A la limite il pouvait promettre de faire des efforts et d'essayer, mais quoi de plus ?
Et franchement, mais quel idiot !
Bien sûr que ça ne l'aurait pas dérangé de la toucher et de ne l'avoir rien qu'à lui pour une nuit, mais pourquoi avait-il fallu qu'il le lui écrive ? Avec un peu de recul il se rendait compte que ça aurait été la pire chose à faire. Hermione se remettait tout juste de son expérience avec Viktor et lui débarquait avec un grand sourire et l'embrassait de toutes ses forces. Elle allait croire qu'il se fichait complètement de savoir qu'elle l'aimait du moment qu'il avait l'opportunité de coucher avec quelqu'un. Pire, il passait pour une Alicia... Il allait la briser, lui faire plus de mal qu'à n'importe qui alors qu'elle ne le méritait pas.
« Bon sang Fred, qu'est-ce que tu fais debout à cette heure-ci ? »
Le jeune homme sursauta et aperçut la lumière au bout de la baguette magique de son jumeau. George était encore endormi, les yeux mi-clos et la démarche gauche, pourtant il descendit rapidement l'escalier menant à leur appartement et soupira en se plantant devant Fred, énervé d'avoir été réveillé par des grognements provenant du rez-de-chaussée.
« Et où est-ce que tu étais passé ? », gronda-t-il fermement en dardant sa baguette sur le nez de son double.
Celui-ci aligna plusieurs grimaces, se détourna et finit par se cogner le front contre le comptoir en priant Morgane pour qu'elle le sorte de ce cauchemar. Un coup, deux coups, George anticipa le troisième et interposa sa main entre la tête de son frère et la table.
« Gred, qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que t'as fait ? »
Fred laissa son visage s'aplatir sur la paume salvatrice et le pan de bois.
« Une connerie, encore et toujours, une connerie, pesta-t-il contre lui-même.
-Accouche !
-J'ai envoyé un truc qui fallait pas à 'Mione après l'avoir vue à Poudlard tout à l'heure... »
George bailla, leva les yeux au plafond et retira sa menotte sans aucun scrupule pour Fred dont le nez s'écrasa assez fortement sur le comptoir. Il récupéra le Coqtable posé près d'eux, en fouilla la mémoire et ses sourcils se froncèrent au fur et à mesure qu'il lisait enfin la source des troubles de son jumeau qui les empêchait tous deux de profiter d'une bonne nuit de sommeil.
« Tu...Tu l'as encore touchée ! Non mais je rêve ! Fred bordel ! »
L'interpellé releva à peine la tête, défait.
« Pour ta gouverne, tu apprendras que c'est 'Mione qui m'a embrassé la première et non l'inverse. Et comme tu l'auras compris je suis parti avant de faire une plus grosse connerie, railla-t-il froidement en brandissant sa main droite en signe de bonne foi.
-Tu te rends compte qu'avec ce que tu lui as écrit, elle va croire que tu te fous complètement de ce qu'elle peut ressentir ?
-Franchement, tu crois que je serais en train de dépérir ici si je ne le savais pas ? J'ai pas réfléchi, c'est tout. »
George lui frappa légèrement l'arrière du crane.
« C'est déjà bien assez, et le jour où tu réfléchiras n'est visiblement pas prêt de se profiler à l'horizon, claqua-t-il.
-Je... »
Leur attention se porta alors sur le téléphone qui ne cessait de trembler entre les doigts de George et ce dernier resta pantois, presque autant que Fred. Hermione avait répondu... Impossible. Ou alors il s'agissait d'insultes ou d'un « fous moi la paix ». Pour cette raison, George préféra lui-même ouvrir le petit message et ne pas en laisser la première lecture à Fred qui paraissait prêt à régurgiter son dîner, livide.
De: Hermione
A: Fred
Pour commencer, non je ne dors pas.
Difficile à vrai dire de m'endormir après cette soirée... Je ne sais pas trop quoi en penser du reste. Évidemment je suis heureuse de savoir que tu n'es pas parti par plaisir, mais en même temps je continuerai à t'en vouloir un petit moment encore. Et puis je suis vexée... Comment ça, mon rôle c'est de fuir ? Je plaisante, je sais très bien de quoi tu veux parler et je suis moi aussi désolée de ne pas avoir su dire non. Sur le coup la question ne se posait pas pour moi, j'aurai aimé aller plus loin et visiblement toi aussi. C'est juste dommage. Même si c'était irréfléchi.
Tu n'as pas à être embarrassé, ce serait plutôt à moi de l'être. Après tout c'est quand même moi qui me suis jetée sur toi. Désolée. Ça ne se faisait pas non plus, surtout que tu venais juste de me dire (disons de te rendre compte) que tu aimais encore Alicia. Ce qui, je l'avoue, m'a un peu blessé. Tu n'est pas sensé dire ce genre de chose à la fille qui est amoureuse de toi tu sais ? Et je plaisante déjà moins...
J'aimerais d'ailleurs comprendre ce que tu entends pas « confus » ? Est-ce que tu as un problème ? J'espère qu'il n'y a rien de grave et surtout que tu me répondras honnêtement.
H.
La première interrogation de George ne fut pas de savoir ce qu'il s'était exactement passé entre son frère et leur amie, mais bel et bien de comprendre comment cet imbécile lui servant de moitié avait bien pu faire pour se mettre Hermione dans la poche. Suffisamment pour qu'elle réponde aussi poliment et avec un léger soupçon d'aplomb qu'il ne lui connaissait pas. Sans compter qu'à sa mémoire, c'était la première fois que Hermione disait franchement « je suis amoureuse de toi » à Fred. Lequel le fixait d'un œil apeuré, craintif quant à cette fameuse réponse. Elle avouait qu'elle était blessée, elle s'excusait -preuve que pour une fois Fred n'était pas le seul fautif dans l'histoire- et en plus de ça lui demandait s'il allait bien.
C'était définitivement trop étrange pour lui... Mais il était également inutile pour lui de rester là, puisque son frère gérait si bien la crise -si on escomptait le potentiel ménage qu'il se remettrait assurément à faire bientôt-.
George lui rendit le téléphone que Fred serra dans ses mains avec appréhension, se massa la tempe en maugréant contre les comportements de ses proches qui restaient indéfinissables à ses yeux et débarrassa le plancher en pensant à Verity qui l'attendait dans sa chambre. Au moins avec la jeune assistante, il n'y avait eu aucun problème d'entente, de compréhension ou de triangle bizarroïde et amoureux. Il n'aurait qu'à revenir le lendemain pour plus de détails et savoir si Fred avait, ou non, répondu à Hermione. Pour le moment il voulait rêver et oublier cet idiot incapable de savoir s'il aimait deux femmes ou s'il en avait oublié une, ou encore s'il ressentait quoique ce soit pour l'une d'elles.
.
.
« Excusez-moi ! »
Le minuscule professeur Flitwick se retourna dans le couloir et, une pile de parchemins dans les mains, leva la tête pour interroger du regard son élève la plus douée. Hermione s'arrêta près de lui, haletante d'avoir couru sur tout l'étage pour le rattraper -petit mais rapide l'enseignant...-. Elle cacha derrière son dos la lettre que Nott lui avait remise et sourit poliment, sachant que s'il y avait bien quelqu'un pour l'aider, c'était bien son professeur de sortilèges.
« Oui, miss Granger ?, couina ce dernier, immobile.
-Est-ce que vous sauriez où est le professeur Dumbledore ? Il n'est ni à son bureau ni dans la Grande Salle », interrogea doucement la jeune fille d'un ton qu'elle savait parfait pour soutirer toutes les informations possibles à un adulte.
Flitwick parut pensif, laissa passer une petite seconde de silence et haussa une épaule en affichant une petite moue.
« Je suis désolé, miss. S'il n'est pas dans son bureau à cette heure, c'est qu'il est forcément parti en-dehors de Poudlard.
-Oh... Très bien, merci professeur. »
Il opina avant de repartir à petits pas en direction de son bureau.
Hermione se mordilla la lèvre, réfléchissant à l'endroit où pourrait être le directeur de l'école s'il n'était pas parti. Harry lui avait dit qu'il se promenait parfois dans le château et il rendait souvent visite à Hagrid pendant la journée, quand personne n'avait besoin de lui. La jeune fille se décida donc à d'abord aller voir le garde-chasse et hâta sa marche en sachant que les cours n'allaient pas tarder à reprendre et que Rogue ne lui accorderait aucun retard possible. Ne lui resterait donc plus que la pause en fin d'après-midi pour parvenir à coincer Dumbledore entre deux salles de cours. Elle avait bien pensé à lui transmettre le message de Théodore pendant les repas mais elle s'était déjà montrée très indiscrète en allant récupérer Nott pour une raison similaire et elle n'avait aucune excuse à formuler qui expliquerait pourquoi ce besoin urgent de voir le directeur.
Ses cheveux bruns battant son dos et ses épaules, Hermione s'empressa de quitter la cour, foula la pelouse du parc et se dirigea en frissonnant vers la cabane de Hagrid.
Le temps de s'y rendre, elle repensa immanquablement aux trois jours qui avaient précédé et elle sentit son estomac se contorsionner étrangement comme à chaque fois qu'elle se souvenait de l'expression faciale de Lavande au sortir de la salle de bain. Cette garce avait réussi à effacer le coqmail envoyé à Fred. Impossible de savoir ce qu'il s'était dit mais ce ne devait pas voler très haut ni être très honorable puisque Fred ne lui avait jamais répondu... Parvati et elle avaient eu beau promettre milles et une morts, assurer qu'elles la renieraient en tant qu'amie jusqu'à la fin de leurs jours, Lavande n'avait pas craché le morceau. Elle avait même déclaré que Hermione la remercierait plus tard.
Mais quand ? Quand Fred lui rirait au nez parce qu'il trouvait le dernier messager hilarant ? Ou pire, quand il lui enverrait une lettre disant qu'elle avait intérêt à se tenir loin de lui ? Hermione, pour l'avoir ressenti plus d'une fois cette année, n'aimait vraiment pas l'impuissance et ne pas savoir ce qu'il se passait la déroutait totalement. Lavande avait, en plus, réussi à se faire pardonner en faisant ses yeux de chien battu et Hermione n'arrivait plus à lui en vouloir. C'était le monde à l'envers... Quoiqu'elle pouvait peut-être tirer les vers du nez de la blonde en usant d'un atout considérable : Seamus Finnigan. Option à envisager si Fred ne donnait pas signe de vie avant la fin de la semaine.
Pour l'heure Hermione frappa à la porte de la cabane et aussitôt un jappement familier vint rebondir à ses oreilles.
« Tais-toi Crockdur ! »
Hagrid apparut bientôt dans l'embrasure et un grand sourire illumina ses traits rudes. Hermione le lui retourna, jeta un coup d'œil à l'intérieur et sentit le désespoir se rabattre sur ses épaules. Mettre la main sur Théo n'avait pas été facile mais trouver Dumbledore seul était encore pire. A force de le voir intervenir quand Harry dépassait les limites de l'imprudence, elle avait imaginé que le directeur était assez proche d'eux -c'est à dire Harry, Ron et elle- et qu'elle finirait bien par le voir en train de parler avec Harry. Vraisemblablement, non. Dumbledore était comme la fumée. Présent aux repas, apparaissant avant tout le monde, disparaissant avant tout le monde.
« Comment vas-tu Hermione ?, lui fit le demi-géant d'un ton bourru qu'elle connaissait bien à présent.
-Bonjour Hagrid. Je vais bien merci. Excusez-moi de vous déranger à cette heure... En fait je cherchais le professeur Dumbledore. Vous ne sauriez pas où il pourrait être par hasard ? »
Le garde-chasse parut sincèrement étonné qu'on lui demande ça. Il gratta sa barbe volumineuse, secoua la tête et recommença à sourire.
« Désolé. Je crois bien avoir entendu le professeur McGonagall parler d'une... mission (Il avait dit ça d'un ton très bas) mais je ne l'ai pas vu depuis un moment. »
Hermione ferma les yeux, fataliste, et les rouvrit pour le remercier.
« Merci... Bon eh bien j'y retourne. Bonne journée ! »
Hagrid lui adressa un petit signe de main, la regarda partir et finit par rentrer, la laissant seule avec son irritation grimpante. Merlin s'arrangeait toujours pour qu'elle soit assaillie par les problèmes quand elle avait besoin de faire quelque chose d'important. Quand il s'agissait de chercher Théo, il y avait les problèmes Fred, Ginny -et Harry-, les études. Désormais il restait encore Fred, les études, et Lavande. Elle n'avait toujours pas récupéré son insigne de préfète entre autre et cette fois-ci les examens de fin d'année se rapprochaient de plus en plus.
Hermione regagna le château, morose, et rangea la lettre dans son sac avant de se diriger d'un pas de condamné vers sa salle de Défense Contre les Forces du Mal. Fichue existence, fichue vie. Grand ras le bol général et un important besoin de se distraire.
Et pour la première fois de la journée Merlin sembla décidé à lui adoucir l'existence.
Parvenue dans les dernières dans la salle de cours, Hermione vit d'abord Harry et Ron lui faire un sourire désolé, occupant une table où il n'y avait plus de place pour elle. Elle garda pour elle une réflexion qui n'avait pas lieu d'être, tourna sur elle-même en quête d'un bureau et finit par rayonner en tombant sur la personne qu'il lui fallait. Seamus avait été délaissé par Dean -comme souvent- et bougonnait seul à sa table, contemplant d'un œil noir son meilleur ami bombant le torse pour faire rire Parvati à quelques pas. L'irlandais la remarqua à peine quand elle s'approcha et ne lui accorda vraiment d'attention qu'une fois Hermione assise sur la chaise libre près de lui, essoufflée et fatiguée.
« Salut...
-Salut, marmonna-t-il distraitement.
-Dean ne te parle toujours pas ? »
Seamus accepta enfin de se détacher de la vue de son meilleur ami et posa son menton dans sa paume, énervé mais pas assez pour ignorer une amie.
« Pire, j'ai essayé d'en discuter avec lui... Il m'a dit que si j'étais gay on aurait quelques problèmes pour continuer à se côtoyer... »
Hermione resta pantoise, haussa un sourcil et se mit à rire sous cape, amusée par les yeux remplis de rage de son camarade. Elle le comprenait parfaitement, elle n'aurait pas supporté de devoir s'éloigner de Harry et Ron trop longtemps et Dean et Seamus s'étaient « séparés » depuis plusieurs mois déjà, plus qu'il n'en fallait.
« Tu devrais peut-être l'ignorer toi aussi. Ça marche bien le coup du Tu me suis, je te fuis. Tu me fuis, je te suis », proposa-t-elle et les yeux clairs de Seamus brillèrent de malice.
C'était lui qui lui avait expliqué l'adage bien qu'elle en ait déjà entendu parler grâce à Parvati et Lavande. Si ça marchait en amour, pourquoi pas en amitié ? Dean était obnubilé par Parvati, certes, mais si Seamus arrêtait d'essayer de le croiser pour avoir une conversation entre ami comme avant, il finirait pas être contrarié. Il était doux, mais quelque peu possessif et impulsif -d'où les grandioses et fracassantes disputes entre Seamus et lui-.
Le petit blond se balança en arrière sur sa chaise, croisa les mains sous sa nuque et acquiesça pour lui-même.
« T'as raison...
-J'ai toujours raison », contra Hermione non sans provoquer la grimace de son ami.
En règle générale, elle avait toujours raison. Sauf quand il s'agissait de Fred. Là évidemment, elle avait un peu de mal. Et aussi quand il fallait s'analyser. Là aussi, quelques difficultés étaient décelées. Pour autant elle n'était pas la meilleure élève de sa promotion pour rien et comptait bien continuer sur cette voie. Une porte qui claque lui arracha brusquement un sursaut et les pieds de la chaise de Seamus se rabattirent violemment sur le sol de la salle de classe. Au vu du silence qui s'installa dès lors, Hermione devinait que Severus Rogue venait d'entrer et que l'enfer recommençait à s'ouvrir sous ses pieds.
Cette impression persista d'avantage encore en cours d'Arithmancie où elle s'aperçut qu'elle n'arrivait pas à rester concentrer et l'acheva lorsqu'elle sortit d'Histoire de la magie après avoir failli s'endormir sous le monologue spectral du professeur Binns.
La jeune fille rejoignit ses amis dans la Grande Salle avec l'envie flagrante de se, comme disaient les moldus de son espèce, tirer une balle dans la tête. Quatre devoirs supplémentaires pour la semaine prochaine, Dumbledore encore introuvable et pourtant présent quand elle s'installa entre Harry et Seamus pour dîner, Lavande qui lui souriait de toutes ses dents dès qu'elle avait le malheur de croiser son regard et les, justement, regards insistants de Blaise Zabini et Théodore Nott de l'autre côté de la salle. Le duo de serpents était assis face à elle et si elle se penchait un peu, elle pouvait les voir se parler et lui jeter des coups d'œil par intermittence.
Alors quoi ? Tout le monde allait recommencer à se liguer contre elle ?
Non, elle n'avait pas pu remettre la lettre à Dumbledore. Croyaient-ils que ce soit plus aisé pour elle qu'une autre ? Non, elle n'avait pas faim Harry, merci. Oui, Ron, le prochain match il faudrait qu'il assure. Ginny, elle t'aimait bien, mais là elle était crevée et avait besoin de dormir, non pas de t'écouter lui dire que Parvati avait pris du poids. Et finalement...
« Arrête de me fixer comme ça Lavande ! »
La jeune fille, prise sur le fait, s'étira paisiblement alors que tous leurs amis se tenaient attentifs à ce qu'elles se diraient. Hermione attrapa rageusement sa fourchette et piqua un morceau de viande dans son assiette avant de l'enfourner sans cesser de fustiger Lavande près de Harry.
« Tu as l'air embêtée », diagnostiqua Luna à ses côtés -que fichait-elle d'ailleurs à la table des gryffondors ?- et ce fut sans doute la goutte d'eau qui fit déborder le vase.
Hermione reposa ses couverts, prit son sac et quitta la salle avant d'avoir commis un meurtre. Était-ce trop dur pour eux de la laisser un peu tranquille ? Lui offrir un peu d'oxygène et arrêter de lui poser des questions, de l'embêter alors qu'elle n'arrivait pas à réfléchir correctement ?
Apparemment oui puisqu'à peine fut-elle arrivée aux grands escaliers du hall que des pas résonnèrent et qu'une main se posa sur son épaule. Hermione souffla un nuage d'exaspération, fit volte-face en espérant pouvoir dire au malotru qui l'importunait de dégager sa paume de là avant qu'elle ne lui lance un doloris à la figure mais se calma instantanément devant le sourire moqueur qu'afficha Théodore Nott en lui faisant face.
« On est contrarié Granger ? », argua le jeune garçon sans bouger.
Comment faisait-il pour la réduire au silence à chaque fois qu'il la croisait, bonne question. Hermione préféra ne plus penser à rien et soutint son œillade narquoise sans sourciller, toujours aussi perplexe dès qu'elle le voyait s'adresser à elle.
« Qu'est-ce qu'il y a ? », rumina-t-elle et les yeux sombres se plissèrent pour la scruter.
Elle connaissait ce regard, il voulait dire problème ou encore déroute. A tous les coups il allait lui sortir la seule chose à laquelle elle ne s'attendait pas venant de lui et elle serait tellement désarçonnée qu'elle finirait par rester silencieuse, rire ou partir. En attendant il arborait une grimace similaire à celle qu'il avait eu la dernière fois qu'elle lui avait parlé, quand Blaise et lui s'étaient combattus verbalement. Cette seule pensée la dérida totalement et elle réprima à peine un petit rire.
« En fait, j'ai fait un pari avec Zab' », annonça Théodore après l'avoir bien examinée.
Hermione eut un mouvement de recul, méfiante, mais le serpentard secoua la tête et sa main toujours posée sur l'épaule féminine raffermit sa prise, l'obligeant à revenir vers lui.
« Tu as intérêt à te laisser faire parce que si je perds je n'ai plus une seule noise... »
La brune tenta à nouveau de se dérober mais Théodore anticipa sa fuite, se rapprocha d'un coup et fondit sur elle à la vitesse d'un éclair de feu.
Génial. Après l'avoir embrassée pour énerver Fred qui l'avait agacé, voilà donc qu'elle se pliait au baiser toujours aussi brutal et fougueux d'un type qui avait fait un pari avec son meilleur ami... Que personne, et surtout pas Ron, ne vienne lui dire après ça qu'elle avait une vie merveilleuse si on occultait les ennuis engendrés par Harry, par Fred, par Ron lui-même, par Lavande, par tout le monde en fait. Elle maudissait ses parents de l'avoir conçue...
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Peut-être. Sans doute. Non. Oui. Peut-être. Pas. Peut-être pas. Ou bien oui. Non. Un peu. Sans doute un peu. Juste un peu. Un tout petit peu. Très petit peu. Finalement non. Absurde oui. Sans doute. Certain. Non. Mais non bon sang !
« Au plaisir ! »
George regarda en riant son frère masquer ses doutes et ses questions existentielles sous un magnifique sourire resplendissant de fausse joie et décida que sa journée était finie. Il remonta à pas de loup dans leur appartement, laissant à Fred le soin de reconduire leurs derniers clients à la porte, nettoyer la boutique et réfléchir au calme à toutes les pensées qui lui pesaient sur le cœur et la conscience.
Son jumeau soupira une fois la porte fermée sur une jeune femme acariâtre, se tourna vers deux gamins et leurs parents qui observaient les produits pour enfants et s'assura qu'ils n'avaient pas besoin d'eux avant de ranger un étal qui avait subi l'attaque d'une bande de gobelins maugréant et gesticulant. Fred se passa une main sur le front, éreinté et prêt à débourser tout ce qu'il avait pour ne serait-ce qu'une seconde de répit. Il sourit furtivement à un homme qui quittait la boutique sans rien avoir acheté, termina sa tâche et retrouva l'abri du comptoir en mettant de côté les images de son frère et Verity en position compromettante. Bien qu'il se jure à chaque fois qu'il irait s'installer ailleurs au prochain coup de fatigue, Fred préférait tout de même se réfugier derrière le pan de bois branlant plutôt que sur une chaise.
Et de toute façon il n'avait même plus la force de penser à George... George qui avait disparu d'ailleurs. Traître.
« Au revoir ! »
Fred leva les yeux, ressortit son sourire lumineux pour la petite famille qui partait finalement et rejeta la tête en arrière une fois seul dans le magasin.
Malheureusement son cerveau ne se permit pas de rester en pause, lui, et s'empressa de lui rappeler contre quoi ou plutôt contre qui il se battait quelques minutes plus tôt. Hermione. Toujours. Depuis qu'elle lui avait envoyé ce message surprenant qu'il n'avait cessé de relire à la recherche d'un indice sur la conduite à adopter, il n'arrivait vraiment plus à éclaircir ses idées. Tout était encore partagé là-dedans, entre Alicia et la jeune étudiante, pourtant il avait l'impression que la balance penchait de plus en plus vers l'amie de Ron maintenant qu'il l'avait revue dans la Salle sur Demande.
La question n'était plus de savoir si George avait raison ou tort, mais bien de se demander s'il n'avait pas été plus aveugle qu'il ne l'aurait dû ces derniers temps. Maintenant, il ne voyait plus du même œil toutes ces fois où il l'avait croisée, touchée ou simplement contemplée. Il en arrivait même à s'interroger sur le début de tous ces déboires. Est-ce qu'il avait commencé à la remarquer le jour où elle était arrivée au Terrier avec ses parents ? Était-ce après, plus vers le début de leur jeu ? Ou encore à Noël, quand il était allé la chercher chez sa grand-mère et qu'il l'avait vue pleurer, qu'il l'avait vue aussi fragile et qu'il avait voulu la protéger ?
Il y avait aussi la possibilité qu'il l'ait vue différemment lors de leur rupture de contrat. A ce moment-là il se souvenait de sa déception, de ses craintes de lui faire du mal. S'il mettait tout à plat, Fred pouvait donc presque assurer qu'il avait remarqué Hermione au nouvel an, qu'il avait commencé à la considérer comme sienne dans le hall face à Finnigan et Nott, qu'il s'était pris d'une vraie admiration pour elle lors de l'incident devant la Salle sur Demande, qu'il avait ressenti plus qu'une simple affection fraternelle lorsqu'elle lui avait sous-entendu qu'elle l'aimait, qu'il s'était mis à dépendre d'elle -comme de toutes les personnes qu'il aimait- juste après, et qu'enfin... Qu'enfin il avait amorcé un pas vers les sentiments quand Viktor avait osé la toucher.
Honnêtement, la pilule était dure à avaler. Dans toute cette ascension vers quelque chose, à cheval entre l'amitié et l'amour, quand exactement s'était-il éloigné d'Alicia ? Et pourquoi il ne s'en était pas rendu compte plus tôt ? Était-il seulement possible de tomber amoureux d'une fille aussi vite alors qu'il avait pris un an avant de vraiment ressentir cette... cette chose... pour Alicia ?
En admettant qu'il était... non, il ne le dirait pas. En admettant que Hermione soit plus importante qu'il ne le croyait à ses yeux, que devait-il faire à présent ? George rirait et lui conseillerait de le lui dire, tout simplement. Mais George n'avait jamais subi d'échec cuisant alors il n'était pas très avisé sur le sujet et Hermione n'était pas Verity. Elle n'était pas Alicia non plus, forte mais pas autant. Elle était romantique aussi, ce qu'il n'était pas et ne serait jamais. Elle attendait beaucoup de choses d'une relation, il le savait, ce genre de choses que lui ne pouvait pas lui apporter. Hermione allait se briser... Rien ne ressortirait de bon pour elle dans cette histoire.
Le « Pourquoi » était là, imposant et Fred en avait peur. Un ange, ça n'aimait pas un taré -même si le taré l'était par la faute de l'ange-. Hermione avait déjà tellement encaissé qu'il se voyait mal lui asséner le coup de grâce, ce qu'il ferait assurément et sans le vouloir.
Cependant et dans un même temps, il y avait cette chose qui lui réchauffait le cœur dès qu'il pensait à elle -fréquemment donc-. Hermione c'était l'assurance d'une vie plus facile, c'était aussi les sourires, la douceur et la tendresse sous les boutades pleines d'esprit et la tonne de bouquins qui allait de pair avec son prénom. Pour qu'il en soit venu, de toute manière, à aimer ses ongles rongés c'était qu'il était déjà plus que dépendant à la jeune fille. Renoncer à elle parce qu'il avait peur, c'était aller à contre-sens de tout ce qu'il s'était toujours fixé. Après avoir perdu contre Alicia, avoir promis à son frère et à lui-même qu'il réussirait à s'en remettre et à affronter ce qu'il redoutait le plus un jour ou l'autre, Fred n'avait pas envie de reculer.
Pas de peut-être. Pas de sans doute. Pas de non. C'était oui. Et puis même, signe qui ne trompait pas : la seule fois où il s'était pris la tête de la sorte, ça avait été pour son premier amour.
Libéré d'un poids qu'il n'aurait pas cru si pesant, Fred céda à une hilarité un peu folle et éclata de rire dans le silence de la salle. Un rire qui s'évanouit toutefois assez vite puisque la terreur de ce qu'il comptait faire revint l'engloutir tout entier et il s'affaissa sur son tabouret, regardant sans le voir une plume à encre magique. D'un geste nerveux il récupéra son Coqtable dans la poche de son jean, inspira profondément et tapa un court message en se crispant avant d'appuyer sur la touche d'envoi. Envoyer ? Ne pas envoyer ? Hermione le pensait névrosé -il l'était- et ne le croirait peut-être pas... Lui-même avait du mal à le croire.
Non, il n'écrirait pas... Pas ça en tout cas. Puis, toujours emporté par cette folie douce et amère, Fred s'amusa à taper un message encore plus court, plus clair, et franchement pathétique. Un de ces messages stupides qu'on envoie quand on est débilement romantique -désolé Hermione- ou qu'on est une fille en fait. Le jeune homme leva les yeux au ciel, sourit aux quatre mots qu'ils venaient de rédiger, imagina un instant appuyer sur la touche d'envoi et son pouce prit le chemin de ladite touche dans un geste inconscient.
Et son doigt resta là, en suspens, alors qu'il repartait dans de grandes réflexions.
Erreur.
« Yo ! »
Le jeune homme bondit hors de sa chaise, atterrit sur le plancher des vaches et releva lentement le nez alors qu'un rire reconnaissable entre milles jaillissait d'entre les lèvres fines de la dernière personne qu'il s'était attendu à voir ici. Fred sentit son cœur faire une violente embardée. Il rabaissa la tête, ouvrit de grands yeux et constata que dans son sursaut il venait d'envoyer son message à Hermione. Aussi rapidement qu'il n'était tombé, le rouquin se redressa et ses cils battirent vivement sans qu'il n'arrive à comprendre ce qu'il se passait.
« A... Alicia ? »
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De: Fred
A: Hermione
Je t'aime aussi.
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A suivre...
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* Gomen : Désolé
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Dois-je m'attendre à m'en prendre à nouveau plein la figure ? XD
Oui hein... Bref... On a fait un grand pas, très grand, trop grand peut-être, dans c't'histoire de « tarés » et finalement, c'est toujours aussi mal barré.
En gros, Théo embrasse Hermione, Fred aime Hermione, et Alicia réapparaît (et tout le monde il est content ! Ah... non ? ~.~)
Prochain chapitre : Blaise a encore frappé ; Alicia, elle, n'a pas frappé pour entrer ; Ginny sort de ses gonds ; Rita Skeeter et ses petits papiers ; Jalousie & Ainsi soit-il...
