20.
- Je n'aime pas du tout le fait que tu sois là, grinça Albator à l'adresse de Quelgann.
- Je demeure un papillon de mauvais augure, je ne peux le nier, admit le Thanatos. Je suis en effet le seigneur de ces lieux. Je vous signale aussi que c'est vous qui m'avez fait venir !
- Nous en sommes à ce point ? souffla Alguérande. Pouchy n'a pas réussi à nous ramener ?
- Si, il l'a fait. Mais vos blessures sont sérieuses au possible. Comme ils disent dans votre monde : le pronostic vital est engagé. Décidément, avant vous deux, aucun Humain ne m'avait tant sollicité, pour ensuite m'échapper !
- Si tu crois que ça nous amuse d'être trop souvent aux portes de la mort, aboya Alguérande. Umielron est un sacré morceau. Rien à voir avec le poulpe de trente centimètres qui trottinait au sol quand ses Fantassins me sont tombé dessus ! Même le dragon que j'étais n'a pu lui faire grand mal !
- Quel dragon ? s'étrangla Albator.
- Je crains que tu ne le voies, cette fois. Pouchy ne veut pas mais je me vois mal affronter Umielron sans le faire sous la projection de mes pleins pouvoirs… grommela Alguérande.
- Vaut mieux toi que moi, remarqua son père. Je n'ai été bon qu'à me faire fusiller par ces lances ! D'ailleurs, je ne comprends pas. Si cet Umielron voulait en finir avec toi, pourquoi t'avoir gardé en vie plus de vingt-quatre heures ?
- Pouchy a développé ses pouvoirs bien au-delà des miens. Sa force paisible est plus puissante que mon énergie de combat ! A partir du moment où Pouch' est arrivé, je ne présentais plus aucun intérêt pour Umielron. Tu n'avais peut-être aucune chance face à lui, papa, mais sans toi, Quelgann m'aurait déjà emporté !
- Est-ce que je te suis plus utile dans ce monde entre vie et mort ? interrogea Albator.
- Aucune idée. Quelgann.
- Umielron répartit son énergie au travers de ses Fantassins. En les faisant disparaître, son niveau de puissance tombera considérablement, expliqua le Thanatos. Ce sera à toi de le faire, Albator. Tes armes devraient venir à bout de l'obélisque de verre qui donne naissance aux Fantassins.
- Très bien, je m'en charge. Tout ce qui m'importe c'est qu'ensuite Algie et moi retrouvions notre monde !
- Ça, ce n'est pas de mon ressort, avoua Quelgann. Vos vies ne tiennent vraiment plus qu'à un fil !
- Je ne te laisserai pas Alguérande !
- Heu, papa, de nous deux c'est toi qui es le plus amoché, glissa Alguérande.
- Je vous emmène au Sanctuaire sous-marin d'Umielron, conclut le Thanatos.
Rentrant dans la salle de jeux, Madaryne sourit à Alveyron qui trottinait vers elle.
- Mon grand chéri !
- Je me suis bien occupé d'Oralys et des jumelles ! assura le garçonnet en se faisant câliner.
- Je sais, je te les avais confiés, mon amour. Ils ont tous été sages ?
- Charmants, répondit la nounou.
- Je les ai rassurés, reprit Alveyron en serrant très fort la main de sa mère.
Le garçonnet leva sur elle son regard vert.
- Je n'arrive plus à communiquer avec papa, se lamenta-t-il.
- Tu es si petit, Alfie. Et ton papa va mal.
- Il est inquiet, poursuivit le garçonnet. Il a très peur pour papy ! Je ne peux pas les aider…
- Ce n'est pas à toi de le faire, insista Madaryne. Tu veux que je le dise à ton parrain ?
Avec vigueur, Alveyron secoua négativement la tête.
- Oncle Pouchy ne peut rien. Le papillon noir est entre papa et lui.
- Un papillon noir ? tiqua la jeune femme.
- Un Thanatos. Papa et Algie le connaissent très bien, lança Pouchy en rejoignant sa belle-sœur et son filleul. C'est lui qui leur permet de se déplacer entre les mondes qui composent l'Antichambre.
- L'antichambre… de quoi ? souffla Madaryne.
- Je crois que tu le devines parfaitement, lâcha Pouchy, du bout des lèvres. Pour l'instant, le Thanatos les retient de notre côté, mais si l'affrontement contre Umielron tournait à leur désavantage, il devrait les garder avec lui.
- C'est bien ce que je redoutais d'entendre, gémit Madaryne qui avait mis ses mains sur les oreilles d'Alveyron.
Pouchy eut un petit sourire triste.
- C'était inutile, Mady. Alveyron et ses cadets sont comme des éponges, ils perçoivent tout de leur père !
- Tu restes ?
- Terswhine et moi ne bougeront pas tant qu'Algie et papa ne seront pas tirés d'affaire ! Tu me laisses jouer avec les enfants, dégager des ondes apaisantes, ça je peux !
- Merci, sourit Madaryne, soulagée, pour un moment.
