Cette fois, le rêve n'était pas tant que ça un cauchemar. J'y étais presque habitué, en tout cas. Je me tenais dans un vaste monde blanc, sans source de lumière ou d'ombres. C'était un peu aveuglant. J'essayai d'utiliser un bras—curieusement sans son plâtre et en bon état—pour protéger mes yeux, mais ça n'eut aucun effet. Alors je plissai les yeux à la place, regardant autour de moi à la recherche de la source de cet autre étrange rêve.

Je le trouvai à ma droite, ses petites pattes pliées devant la bande rouge traversant son ventre.

"Momartik," l'appelai-je. Le fantôme hocha la tête en réponse. "Est-ce toi qui produit tous ces rêves bizarres?"

Oui, répondit-il d'une voix haute et féminine. Il—elle—flotta un peu plus près, maintenant une distance raisonnable. Je n'étais pas près de me plaindre.

"Tu me donnes intentionnellement des cauchemars?" demandai-je d'un ton critique, arquant un sourcil. Je n'étais pas très content d'avoir des fantômes renverser des flammes sur moi, ou d'être emprisonné dans de la glace. Le Momartik secoua la tête, secouant du gel dans l'air.

C'était un effet secondaire accidentel. Je n'ai pas l'habitude de m'infiltrer dans les rêves des gens, admit-elle.

"Pourquoi est-ce que tu rentres dans mes rêves en premier lieu? Qu'est-ce que tu me veux?"

Le Momartik me regarda de ces yeux de glaces, scintillant de larmes. Tu dois aider mon dresseur, dit-elle doucement.

"Pourquoi moi?"

Tu es le seul à en être capable.

"Mais pourquoi moi? Pourquoi ne pas envahir les rêves d'Hanna et la faire supplier son riche père d'aider ton dresseur?" J'avais peut-être l'air sans cœur, mais j'avais aussi peur du Momartik. C'était non seulement un spectre, mais un spectre qui m'avait presque et à répétition donné de l'hypothermie juste en étant proche. Sans mentionner les cauchemars. Et puis, ce n'était pas mon Pokémon. Je n'avais pas à l'aider.

L'humaine n'est pas assez gentille pour aider. Elle n'est pas très... altruiste, dit-elle délicatement, jouant avec ses doigts.

Je fronçai les sourcils, mais reconnu qu'elle avait raison. Hanna n'était vraiment pas du genre à aider les gens. "Tu sais... Même si je voulais aider-n'espère pas trop, je ne suis pas en train de dire que c'est le cas—je ne le pourrais pas. Je suis coincé à Frimapic. Tu dois t'en être rendue compte."

Frimapic n'est pas si terrible. C'est joli et froid.

"Oui, je sais que c'est froid." Je croisai les bras, profitant de pouvoir en être capable. Ce n'était pas facile avec un plâtre. "Je ne peux aider personne là où je suis."

Le Blizzaroi sera bientôt hors d'état de nuire. Je m'occuperai d'un chemin hors de la ville, dit vivement le Momartik, plissant les yeux. Je sursautai et reculai d'un pas. Elle soupira un nuage de cristaux et baissa la tête avec un, Je suis désolée de te faire peur.

"C-C'est pas grave," mentis-je. "Comment vas-tu nous sortir de Frimapic?"

L'humaine n'est peut-être pas capable de m'aider dans ma quête, mais elle sera peut-être capable de t'aider dans la tienne, répondit-elle avec indifférence.

Je décidai de laisser tomber le sujet. "...Comment tu fais pour entre dans mes rêves?"

Je suis un spectre.

"Ce n'est pas très précis."

Je connais Dévorêve. C'est pour ça que tu avais des cauchemars d'abord; ton esprit essayait de me rejeter. Au passage, je n'ai pas apprécié de me faire repousser il y a deux nuits.

"Je n'ai pas apprécié de me faire attaquer par des monstres!" rétorquai-je chaudement, me hérissant. On échangea un regard noir, aucun d'entre nous prêt à concéder.

Je me réveillai après avoir été frappé par un courant d'air froid. Je frissonnai, réalisant que j'étais couvert de glace. À la place de chercher le Momartik, je m'enterrai profondément dans mon sac de couchage et tentai de replonger dans le sommeil. Un sommeil normal.

-.-.-

Le matin suivant, Hanna racontait son idée à qui voulait l'entendre avec excitation. "Une fois que le temps s'éclaire un peu, je sais comment sortir de Frimapic! Il y a un passeur, pas vrai? Juste au sud de la ville. Normalement il emmène les dresseurs à genre, la Zone de Combat. Mais je suis sûre que pour le bon prix, il nous déposerait à Rivamar à la place! N'avez-vous pas de la chance que j'y aie pensé?! Maintenant on peut tous partir d'ici!"

Je ne pris pas la peine de la corriger.

J'étais toujours de mauvaise humeur après avoir entendu la demande du Momartik, et je n'étais toujours pas vraiment sûr de vouloir l'aider. Je ne savais pas qui était son dresseur, ou même dans quel genre d'ennui il ou elle était. Je ne voulais pas me retrouver mêlé à quelque chose que je ne pouvais pas gérer. C'était assez dur d'être dresseur. Je n'avais pas besoin d'être un héros en plus de ça.

Vers midi durant notre troisième jour ici, l'électricité revint. Les Pokémon électriques fatigués, qui avaient dû alimenter les générateurs se secours, s'endormirent avec plaisir tandis que les Pokémon feu reprirent le flambeau, faisant fondre la neige pour nous créer un chemin. Si l'électricité était de retour, c'était raisonnable d'avancer que le temps s'était éclairé, non?

"Allez, Des!" Seulement, l'excitation de la liberté eut l'air de complètement passer au-dessus de mon Chamallot. Il bâilla et agita une oreille, avant de retourner dormir. "Allez! Il faut qu'on aide les autres à sortir. Tu ne veux pas d'air frais? Et du soleil?"

"Cha," marmonna-t-il au travers de ses pattes.

"Quel Pokémon. Il ne t'écoute même pas," fit Rena en passant, paradant fièrement avec ce qui ressemblait à un poulet humanoïde rouge. "Viens, Amber. On peut aider les paresseux à sortir."

Je la fusillai du regard alors qu'ils s'éloignaient. Puis, retournant à mon Chamallot, recommençai mes supplications. "Allez, Piédestal! Tu ne vas pas la laisser s'en sortir comme ça, si? Elle a dit qu'on était paresseux!"

"Cha." On aurait dit qu'il était d'accord avec elle.

"Tu es horrible avec moi. Je suis sûr que Carlita nous aiderait.

Sur ces mots, il leva la tête et mit le feu à mon plâtre d'une Flammèche.

-.-.-

Dans la journée, Hanna s'était échappée à l'extérieur, rendue au port, et avait garanti un marché avec l'un des passeurs. Ça lui couterait une quantité d'argent passée sous silence, mais elle parvint à garantir la traversée pour ceux du Centre qui voulaient partir. Étonnamment, tout le monde ne se jeta pas dessus. Certains dresseurs étaient apparemment ici volontairement; ils avaient des choses à faire, genre défier Gladys. Cependant, durant le repas, environ la moitié du Centre accepta de partir en bateau.

"C'est des spaghetti. Ton plat préféré. Je le sais." Je tins la fourchette tout près de Des, le tentant, mais il ne fit que détourner la tête. Je fronçai les sourcils et l'avalai à la place. "Qu'est-ce qui ne va pas? Pourquoi t'es d'aussi mauvaise humeur?"

"Chamallot," grommela-t-il.

"Mange juste un peu de spaghetti, et sois heureux. On peut reprendre notre voyage pour le troisième badge une fois qu'on est de retour au pays des sains d'esprit. Tu ne veux pas battre plus de Champions d'Arène?" demandai-je, essayant de l'appâter avec une boule de viande en même temps. C'était même ma dernière. Des pivota pour me tourner le dos.

"Qu'est-ce qui ne va pas avec Des?" demanda curieusement Hanna.

"Giii?" ajouta Isabella, inquiète, levant la tête avec la bouche barbouillée de sauce. Je me tournai, et vit que Des l'ignorait même elle. Il y avait définitivement un problème.

"Hey, tu peux surveiller Carlita une seconde? Mets-la juste à côté d'Alexander et elle ne se rendra même pas compte qu'on est partis." Hanna acquiesça, et nous observa avec attention alors que je forçai Des à sortir du lobby. Il résista tant qu'il put, et même s'il était gros, j'étais le plus fort. (À peine.) Une fois dans le couloir menant aux chambres, je me tournai vers lui. "Qu'est-ce qui ne va pas, Des?"

"Cha," répondit-il nonchalamment, tournant la tête.

"Ne me 'cha' pas. Dis-moi ce qui ne va pas." Je m'accroupis à sa hauteur, et tendis la main pour l'empêcher de tourner la tête. Maintenant il était obligé de me regarder. Des plissa les yeux, et donna un coup de tête à mon plâtre, le déplaçant.

"Mallot," dit-il dans la chose la plus proche d'un grondement que j'aie jamais entendue venant de lui.

"Tu es en colère?"

Après une courte réflexion, il hocha la tête.

"Contre moi?" Non. "Contre Hanna?" Encore non. "Carlita?" Et encore non. Je ne pouvais pas vraiment lui demander contre qui il était en colère, mais j'étais à court de suspects. "Hm... tu es colère contre quelqu'un dans ce Centre?"

Piédestal acquiesça, les oreilles pendant un peu. Je penchai la tête, confus par son comportement.

"C'est un humain?"

Il secoua la tête.

"Alors c'est un Pokémon." Oui. "Un à Hanna?" La pensée de lui étant en colère contre Isabella était risible, mais bon, il l'ignorait, après tout... Des secoua vivement la tête, le regard noir. Je m'excusai d'un sourire. Définitivement pas Isabella. "Un à Devon?"

"Cha", grommela-t-il avec une autre secousse de sa tête jaune.

"À Rena?"

Encore non. Je commençai à être frustré, sérieusement à court de Pokémon qu'il connaissait. Peut-être que lui et le Pokémon d'un autre dresseur s'étaient bagarrés, et je n'avais pas remarqué? C'était possible, mais peu probable. Peut-être avec les autres types feu? Mais non—il était énervé depuis avant que la fonte ne commence et que les Pokémon feu ne sortent. C'était juste le moment où je l'avais remarqué.

Je me redressai et soupirai, utilisant ma main valide pour repousser mes cheveux. "Tu es impossible, Des. Contre qui? Attends—le Momartik?"

"Cha," soupira-t-il, secouant encore une fois la tête. Je reniflai, sourcils froncés. Je pensai avoir trouvé avec le spectre.

"Est-ce que je connais le Pokémon?"

"Chamallot," répondit-il platement. Je ne parlais peut-être pas son langage, mais je pense que "évidemment" est universel.

"Des! J'ai cité tous les Pokémon qu'on connait tous les deux! À moins que tu n'en veuilles à Pokémon qu'on a combattu il y a longtemps, il n'est pas dans le Centre!" éclatai-je, gesticulant sauvagement. Je perdis presque l'équilibre quand mon bras plâtré décida que puisqu'il était plus lourd que mon autre bras, il se devait de faire équipe avec la gravité et l'élan pour essayer de me battre.

"Chamallot," dit Des d'une toute petite voix, frappant ma jambe de sa tête. "...Cha." Il leva la tête avec la même expression vide que d'habitude, mais maintenant je le connaissais assez pour y lire la réponse.

"...Oh. Oh." Je m'agenouillai près de lui, sans savoir comment prendre cette réponse. Il s'en voulait à lui-même? Pourquoi? (Je ne pouvais pas le demander, cependant, sauf si je voulais passer une autre heure à deviner.) Je tendis la main et repoussai ses mèches en arrière, le grattant derrière les oreilles. Il émit un son mécontent, mais ne se retira pas. "Des... pourquoi es-tu en colère contre toi-même? Tu n'as rien fait de mal."

"Chamallot, cha-chaa!" rétorqua-t-il d'un ton maussade, fusillant le sol du regard.

Je ne savais pas ce que ça signifiait, mais si mon starter était si bouleversé à cause de quelque chose, je sentais que c'était mon devoir de faire quelque chose. Je continuai de gratter ses oreilles pour essayer de l'apaiser, songeant à ce qui s'était passé ces derniers jours. Qu'est-ce qui avait pu le mettre en détresse à ce point?

On avait commencé sur la Route 217, mais c'était lui qui se battait le plus, et il avait l'air fier de son avantage de type. Ce n'était pas ça. Il avait eu l'air d'apprécier la dame qui nous avait accueillis chez elle, et il n'en voulait pas au Momartik. Les seuls autres gros évènements se concentraient autour de ce Blizzaroi.

Et ça me frappa.

Ça me frappa comme tant de choses m'avaient déjà frappé: comme le Blizzaroi m'avait frappé, comme le sol me frappait régulièrement, comme les arbres et les buissons et les portes et les murs me frappaient régulièrement. C'était soudain et ça faisait mal.

Des s'en voulait parce que c'était lui qui avait l'avantage sur les types glace. C'était lui qui avait perdu connaissance. C'était lui qui avaient laissé à Isabella et deux types plante la tâche de protéger les dresseurs. C'était lui qui n'avait pas fait fuir le Blizzaroi.

Ce n'était pas lui qui avait évolué.

"Oh, Des. Tu finiras par évoluer. C'est pas grave. C'est pas de ta faute. On va tous bien, et tu évolueras et deviendras encore plus génial assez vite. On va sortir de Frimapic et aller à Rivamar et je ne sais pas comment, mais on aura le reste des badges, et on sera une super équipe. Et alors si Carlita a évolué en premier? On est une équipe. C'est pas grave de se reposer sur elle de temps en temps, okay?"

Je l'enlaçai, peut-être pour la première fois. En tout cas, je savais que c'était la première fois que je l'enlaçai si sincèrement.