Chapitre tristounet mais ça va aller mieux par la suite. J'espère que votre rentrée s'est bien passée!
Les yeux de Ron continuèrent à fixer la grille en tentant de ne pas se laisser décontenancer par tous ces bruits bizarres, qu'il pouvait entendre. Il n'y avait rien d'effrayant à être ici après tout… Même le frêle soleil de ce matin de juillet était là pour l'accompagner.
Il leva son regard vers les quelques branches qui se battaient entre eux au dessus de sa tête et avança d'un pas décidé. Sa main rencontra le fer froid de la grille, il la poussa et fut surpris en découvrant qu'elle ne grinçait pas.
Il s'était mis tellement de stéréotypes en tête concernant ce genre de lieu, que ça l'inquiétait presque de ne pas voir apparaître une horde de corbeaux. Mais finalement, ce cimetière n'était pas si morose… de grands arbres fleuris, des tombes bien entretenues, et même des noms pour chaque allée.
Mais ces noms, il n'en avait pas besoin, il ne savait que trop bien, vers où se diriger.
Ce n'était que la seconde fois qu'il mettait ses pieds dans ce cimetière. Incapable avant ça de faire son deuil. Là où certain avait besoin de se retrouver devant la tombe pour se recueillir, lui avait fuit cette solution.
Ses pieds faisaient crisser les maigres cailloux, et résonnaient dans le cimetière qu'il avait cru vide. Seulement, lorsqu'il passa la dernière allée, qu'il tourna à gauche après le dernier chêne et qu'il se retrouva à côté du mur qui délimitait le lieu, il entendit le froissement d'un vêtement et se retourna.
Un vieil homme était là, agenouillé devant une tombe. Il tenait un outil dont il se servait pour retirer la mousse qui avait tendance à se déposer sur la vieille pierre. L'homme regarda Ron, lui sourit, et vînt se lever pour lui serrer la main.
- Bonjour ! Je ne m'attendais pas à voir quelqu'un de si bonne heure. Je suis toujours tout seul normalement.
Ron lui affligea un maigre sourire. Que pouvait-il bien lui répondre ? Lui aussi aurait préféré être tout seul. D'autant plus que de cet endroit, il la voyait. Il la voyait depuis huit ans qu'il n'était pas venu.
- Je ne vous ai jamais vu ici, poursuivit l'homme.
- Parce que je ne suis venu qu'une fois.
- Ce doit être tout récent alors, dit-il en détournant la tête vers la tombe en face de laquelle il se trouvait quelques secondes auparavant.
- Ca fait huit ans.
Pourquoi avait-il dit ça ? Après tout, ce parfait inconnu n'avait pas besoin de tout connaître de sa vie non ? Sans doute… sans doute avait-il besoin de s'entendre blâmer, s'entendre dire qu'il était totalement indigne. Bien sûr qu'il aurait dû venir il y a longtemps, mais il le savait, il était inutile de le lui rappeler.
- Une victime de la Grande Guerre, alors ? Ma femme et mon fils cadet se trouvent là. Ils ont perdus la vie quelques jours avant la victoire de Potter. Depuis, je viens tous les jours.
- Je suis navré.
Sa voix ne résonnait pas de la plus grande des sincérités, mais qu'aurait-il pu lui dire d'autre ? Il n'avait pas été doué à l'époque pour réconforter sa propre sœur, ça n'était pas pour l'être avec un inconnu.
- Vous savez, je ne suis pas à plaindre. Nous avons été heureux… Regardez toutes ces tombes, il y a des familles entières qui ont été décimées. Parfois toute une fratrie… Mettez-vous à la place d'une mère qui perd tous ses enfants…
Ron frissonna. Cette phrase lui rappelait trop bien ce qu'il avait pu penser à l'époque. Oui s'était mieux ainsi. Elle ne s'en serait pas remise.
- Et puis, voyez tous ces orphelins… la guerre continue à faire ses victimes. Tous ses enfants dont les parents ont été touchés par, Merlin seul sait quelle substance. Et ceux qui subissent encore les effets de l'endoloris… Vous savez, la guerre n'est pas belle à voir mais l'après guerre n'est pas non plus des plus rutilantes.
Une nouvelle fois, Ron se contenta de hocher la tête. Puis, il fut presque soulagé de voir l'homme s'accroupir de nouveau devant la tombe de sa famille. Il répondit au signe de la main qu'il lui fit, et se dirigea vers la dernière des pierres tombales.
Il s'était préparé plus d'une fois à ce moment là, et il savait que, plus que tout autre chose, ce qui lui ferait le plus mal allait être la vue d'un nom suivit des deux dates.
Seulement lui, il n'avait pas qu'une seule de ces visions à supporter.
Il sentit une boule se former dans le fond de sa gorge, lorsque ses yeux croisèrent son nom de famille proprement gravé dans la pierre. Instinctivement, ses doigts parcoururent le granit parcourant un à un chacun des cinq prénoms inscrit ici à jamais.
A chacun d'eux, des souvenirs venaient le frapper de plein fouet. Huit années de souvenirs refoulés qui revenaient avec force.
Bien sûr, il n'avait jamais oublié ses parents, comment l'aurait-il pu ? Simplement, plus les années passaient, moins il arrivait à distinguer le parfum de sa mère, le son de la voix de son père. Plus les années passées, plus cela lui faisait mal de penser qu'il commençait à oublier.
Il n'avait pas non plus oublié ses frères… Percy… il ne s'était jamais réellement entendu avec Percy mais il était de sa fratrie au même titre que tous les autres. Comme les autres, il lui avait totalement pardonné son affront. Comme les autres, il aurait tout fait pour le préserver de la mort.
Et puis… et puis il ne pouvait oublier qu'il avait été le frangin, le testeur, le cobaye de ses jumeaux de frères. Ce fait lui collait à la peau. Il ne pouvait faire un pas dans un magasin de sucrerie sans y voir apparaître les prénoms de Fred et George. Finalement, ils avaient gagné leur pari, ils s'étaient fait une renommée. Seulement voilà, ils n'étaient plus là pour la savourer.
Ils n'étaient plus là depuis ce jour où des mangemorts avaient attaqué le Terrier.
Il se surprit à s'accroupir de la même manière que le grand-père. Sans cacher les larmes venant ruisseler sur sa joue. Il savait pourquoi il était parti si loin de son pays. Pour essayer d'oublier, seulement, il devait se rendre à l'évidence : non seulement il ne le voulait pas et en plus, ça n'avait pas réellement marché.
Les souvenirs d'enfance, sont ceux auxquelles l'homme se rattache avec le plus de hargne.
