Titre : Vent d'Est

Auteur : Mokoshna

Manga : Naruto

Crédits : Naruto est la propriété de Masashi Kishimoto.

Avertissements : AU, Yaoi, Yuri, Het. En outre, étant donné la différence d'éducation de certains et suite aux événements qui ont suivi le départ de Naruto, des personnages peuvent paraître OOC.

Blabla de l'auteur : Bon, ça a été long, mais voici enfin la suite de cette fic qui est loin d'être finie. C'est long, très long, et je n'ai pas le temps de décrire les moindres éléments de cet univers et même de l'histoire dans cette fic-même, alors ce sera pour les compléments comme « Le souffle de l'hiver » qui raconte les événements qui ont amené Shikamaru et Neji à être le Paladin Blanc et Ivan-tsarévitch. Un jour peut-être, j'écrirais la fic sur la rencontre entre Kakashi et Iruka. Si j'ai le temps. Et j'attends toujours le duo dynamique de Berylia.


Chapitre 18 :

Humain

La Filinésie n'avait guère changé depuis la dernière fois que Naruto y avait mis les pattes. Une végétation luxuriante, une faune étrange assez consciente de sa place pour s'écarter au passage d'un dieu, des relents de magie jusque dans l'air et l'eau, voilà ce qui composait le pays de la sorcière Sarasvati. Un pays immuable, agité seulement par le souffle des dieux qui foulaient quelquefois son sol. Le dernier séjour de Naruto remontait à très loin, au temps où il n'était encore qu'un jeune dieu animé seulement par la faim. À l'époque, il venait de succéder au dernier Kyûbi, son père ; la faim l'avait poussé à chercher ses compagnons de chasse pour accomplir ce pour quoi il était né. C'était dans ce pays qu'il avait rencontré pour la première fois Yu.

Et voilà qu'il revenait là ! Yu était décidément un grand romantique. Naruto ricana. Que d'histoires partagées, que de haines et de rivalités ! C'était Yu lui-même qui l'avait vaincu et enfermé dans ce pays inconnu, ce lieu sombre et froid dans lequel il avait dormi si longtemps, loin de tout. C'était Yu qui l'avait réveillé, par caprice ou par choix personnel ; Yu qui lui avait permis de récupérer une partie de sa mémoire alors que l'humain Naruto la lui avait scellée. Que signifiait tout cela ? Yu était à la base de tout, mais Naruto était loin de lui faire confiance, et avec de surcroît les souvenirs de Naruto Uzumaki, le second, qui se superposaient à ce qu'il savait...

— Par où me diriger ? La mer, le ciel, tout est si beau, tout est si... familier.

Familier, et différent à la fois, car nombre d'années humaines s'étaient écoulées depuis son dernier réveil. Naruto se demanda si les habitants de Konoha se remettraient à l'attaquer en le revoyant. Il était le Kyûbi, leur ennemi. Des détails lui revenaient du village : les quartiers commerçants, l'Académie qu'il n'avait que superficiellement visité avec Kakashi, l'échoppe de ramen, cet aliment délicieux qu'il avait savouré aux côtés de Sasuke. Que de souvenirs ! Et qu'ils étaient vifs dans son esprit, comme s'il les avait vécus seulement quelques instants auparavant !

— Par là, se dit-il en regardant la mer qui se trouvait encore assez loin. Elle brille assez.

Il commença à marcher, doucement tout d'abord, car il n'était pas si pressé. Puis il s'arrêta, surpris, en s'apercevant qu'il n'avançait pas aussi vite qu'il l'aurait souhaité. Petit pas après petit pas, le chemin était long quand on n'avait que deux pattes pas très grandes. Naruto rit un peu, surpris par tant de limitations. Les humains étaient si fragiles, si faibles ! Que lui restait-il sous cette forme ? Une force à peine suffisante pour abattre un arbre, une agilité restreinte, le pas d'un petit animal. Les êtres qui reconnaissaient sa présence s'enfuyaient à son approche, mais qui sait s'il ne s'en trouvait pas parmi eux qui seraient assez hardis pour le défier, lui l'Éventreur de Nuées à la patte si peu sûre ces temps-ci ?

Un craquement léger de branche se fit entendre, pas très loin. Quelqu'un qui voulait signaler sa présence en faisant du bruit, quelqu'un de connu. Yu ? Naruto sourit et pressa le pas. Il savait qu'il ne lui échapperait pas, il était trop désavantagé pour cela, mais cela ne signifiait pas qu'il se rendrait sans lutter, n'est-ce pas ? D'autant plus qu'il avait senti au loin, assez fort pour qu'on le remarque, une force peu commune, un être qui n'était pas si éloigné de ce qu'il était lui. Yu avait-il d'autres complices ou était-ce un autre ennemi ? En tous les cas, Naruto était curieux. Un nouvel adversaire, ça ne se refusait pas.

Petits pas après petits pas, il arriva enfin au bord de cette mer si belle. Au-dessus d'une falaise entre forêt et océan, surplombant les vagues qui allaient s'écraser sur la roche, il contempla longuement ce paysage singulier qui lui faisait quelquefois, mais pas trop souvent, regretter le fait qu'il n'avait qu'une vision globale des choses en temps normal. Comment prendre le temps et le plaisir d'admirer un coucher de soleil dans la mer comme il le faisait en ce moment, si sa taille dépassait celle des montagnes et si sa notion du temps était moins vive du fait de son existence même ? Bleue infinie était cette mer, aussi claire que du cristal d'Ankor, belle, si belle quand les reflets oranges du soleil allaient y mourir. Loin, très loin, se découpait une silhouette de terre : le Japonin, pays maudit où lui et les siens avaient été enfermés. Le pays que Yu avait choisi pour sien.

— Je sais que tu es là, fit-il à l'ombre qui se profilait dans son dos.

La forêt auparavant silencieuse fut prise d'un frisson. Alors, émergeant des fourrés, calme et impassible, apparut l'homme qui l'avait délivré, lui le Kyûbi à qui un humain un peu trop fier avait imposé cette prison de chair. Pas très grand, brun avec des yeux rouges d'une exceptionnelle beauté, le dénommé Itachi Uchiha s'approcha de lui et mit un genou à terre en signe de soumission.

— Je ne suis pas là en tant qu'ennemi, dit-il de sa voix glacée.

— C'est Yu qui t'envoie ? Ou es-tu venu de ton propre accord, humain ?

Les yeux d'Itachi pétillèrent de haine, ce qui amusa fort Naruto. Les hommes de Yu se permettaient donc ce genre de sentiments ? Bien entendu, il en avait eu, des ennemis, Yu, mais il ne les gardait pas souvent si près de lui, pas comme ça en tout cas...

— Tu as la même odeur que lui, dit-il, goguenard. Je m'en étais déjà aperçu mais je n'ai pas eu le temps de m'y attarder.

— C'est parce que nous sommes de la même famille.

Cet aveu parut coûter à Itachi. Il baissa les yeux, furieux, pour s'incliner davantage.

— Il n'est pas là, ton coéquipier ? demanda Naruto, intrigué. Celui qui avait des affinités avec Kamohoali ?

— Kisame est parti devant. À l'heure qu'il est, il doit déjà être au pays du Feu.

— Ah bon ?

Même s'il ne le montrait pas, il était évident pour Naruto qu'Itachi était nerveux. Voulait-il attendre le moment propice pour l'attaquer ? Il ne pouvait sentir aucune aura hostile, mais un bon combattant était capable de cacher son animosité jusqu'à la dernière seconde pour surprendre son adversaire. Naruto avait rencontré trop de guerriers de valeur pour ignorer cela.

— Je suis venu à vous, humble et sans mauvaises intentions, pour déposer ma misérable existence entre vos pattes.

De plus en plus curieux. Cet homme voulait l'utiliser, mais dans quel but ?

— Pourquoi ? Pourquoi maintenant, et pas lorsque tu m'as réveillé avec ton compagnon ?

— Vous étiez trop instable.

— Tu as pourtant pu m'enfermer de nouveau.

— J'ai attendu la bonne occasion, mais c'était quitte ou double. Nous avions été informés de la présence d'un autre Dieu-de-Faim dans Konoha, c'est pourquoi j'ai pensé à vous laisser vous affronter pour pouvoir vous récupérer ensuite.

— Tu croyais que j'aurais été assez affaibli par le combat ?

— Quelque chose du genre.

Quel toupet il avait, cet Itachi, d'avouer tout haut cette partie de son plan ! Pourtant, Naruto ne put s'empêcher d'être intéressé. Tout comme ce qui s'était passé à Konoha, il jouait le tout pour le tout : soit il offensait gravement son interlocuteur et risquait donc de périr dans d'atroces circonstances, soit il arrivait à ses fins et se liait avec le Kyûbi lui-même. Un vrai coup de roulette russianne.

— T'es barge, dit-il en se souvenant du vocabulaire utilisé par Shikamaru. Un vrai détraqué.

Itachi esquissa une torsion des lèvres : un sourire, mais si ténu qu'il paraissait feint. Naruto eut envie de lui arracher la bouche mais se retint : s'il lui enlevait tout moyen de parler, il ne pourrait pas connaître le fin mot de l'histoire.

— J'ai faim, dit-il avec une grimace. J'ai envie de chair fraîche.

— Je m'en charge, répondit Itachi avec un empressement incongru. Je suis à votre service, demandez et je ferai en sorte de vous satisfaire.

— Apporte-moi à manger. Et lorsque je serai repu, tu me raconteras.

Itachi s'inclina bien bas.

o-o-o

Vivre une vie d'exil n'était pas facile quand on n'avait que dix ans et un bébé sur les bras ; mais ce n'était guère mieux à vingt-cinq. Iruka se demanda s'il en serait ainsi toute sa vie : serait-il condamné à fuir ce qu'il considérait comme sa patrie pour se rendre ailleurs ? Devrait-il à jamais faire le trajet entre le Japonin et Anglica ?

Franchir les frontières franche-terroises n'avait pas été si difficile avec l'aide de Shino et Ino, les envoyés officiels du tsareï Nicolas II ; il lui suffisait de rester dans le coin le plus sombre de leur carrosse et de se taire lors des passages obligés aux postes-frontières. Ino sortait alors le grand jeu : fière et hautaine, elle affichait son mépris pour les petites gens comme personne, au point de faire croire à l'observateur le plus fin qu'elle était effectivement issue de noblesse russianne. Ce devait être un élément de poids lors des missions d'espionnage. Entre ses talents d'actrice et le côté méticuleux de Shino qui le poussait à voir la moindre faille dans le comportement de son interlocuteur (sans parler de son côté effrayant propre aux Aburame), il ne leur fallut guère longtemps pour se retrouver sur le territoire russian. Direction : Maskva, où les attendait le dernier membre de leur équipe, un dénommé Shikamaru Nara.

Blanche n'était pas là, et pour cause : elle avait encore une mission à accomplir au pays. C'était le cœur lourd qu'elle avait laissé partir son fils, mais ce qu'ils devaient accomplir passait avant leurs retrouvailles. Blanche devait faire croire aux deux factions, Franche-Terre et Anglica, qu'Iruka continuait sa mission à ses côtés alors qu'elle menait l'enquête seule ; quant à Shino, il devait raccompagner Iruka au pays et l'aider à enfermer de nouveau le Kyûbi.

— Comment est le dernier membre de votre équipe ? demanda Iruka pour passer le temps, car le trajet sur les terres russiannes était monotone et long.

Ce fut Ino qui lui répondit, car Shino était plongé depuis quelques jours dans une sorte de léthargie du fait de ses affinités avec ses insectes. Il n'y était nullement obligé mais il s'était senti un peu coupable de manger les réserves presque à lui seul ; il avait donc ralenti son biorythme afin de consommer le moins possible de nourriture et de chaleur.

— C'est le type le plus paresseux que je connaisse, fit-elle avec une moue dubitative. Mais c'est aussi le plus intelligent. On est amis d'enfance.

— Si c'est un Nara, je veux bien te croire, sourit Iruka. Mon père était ami avec un Nara. Il me disait souvent que ce sont des génies mais aussi des traînes-savates.

— Ouais, c'est tout à fait Shikamaru. Mais faut pas s'y fier : c'est aussi quelqu'un de sûr qui accomplit sa mission comme il faut, même s'il se traîne, et on peut lui faire confiance pour tout faire pour ramener ses coéquipier en vie. J'ai même entendu dire qu'il avait affronté seul un membre de l'Akatsuki et qu'il en est sorti vivant. C'était un peu avant notre examen chûnin.

— L'Akatsuki ? fit Iruka, curieux. Qu'est-ce que c'est ?

— Ah c'est vrai, tu n'es pas au courant de ce qui s'est passé chez nous. L'Akatsuki est une organisation de criminels qui est apparue ces dernières années. On dit qu'elle a surgi de nulle part, mais une fois qu'ils se sont fait connaître plus personne n'a pu les ignorer.

— Ils sont si forts ?

— Assez, oui. Classe S et tout. Je ne connais pas les détails parce que je suis loin d'être à ce niveau-là, mais notre Hokage lui-même a de sérieux soucis, à ce qu'on dit.

Iruka se rembrunit. Aborder le sujet du Hokage lui était douloureux, car il devait alors se souvenir que le Sandaime était mort. Cet homme bon avait fait partie intégrale de son enfance à Konoha ; ne plus le savoir de ce monde le rendait nerveux, car quelque part, cela remettait en question la vie qu'il avait menée jusque-là. Que d'années perdues à Anglica, années où il aurait pu revenir au pays et présenter Naruto à sa patrie légitime ! Au lieu de cela, il y avait eu le gâchis avec l'Ange Céleste, les jours d'angoisse, et ce retour précipité à Konoha...

— Oh, fit soudain Ino, j'allais oublier : quand on verra Shikamaru, ne t'étonne pas de son apparence.

— Pourquoi ? sourit Iruka. Il est débraillé ?

— Je crois pas, non. On le lui permettrait pas, je pense. Avec son statut et tout ça...

— Son statut ?

— Oui, il est arrivé un incident très curieux quand on a ramené Nicolas chez lui. Les cheveux et les yeux de Shikamaru sont devenus blancs du jour au lendemain, c'était très étrange. D'après les Russians, il s'agit de la marque de leur déesse locale, une dénommée Baba Yaga. Je ne suis pas sûre des détails, mais elle aurait choisi Shikamaru comme son fils.

Iruka ouvrit des yeux ronds.

— Le Paladin Blanc ?

— Tu connais cette histoire ?

— Vaguement. Il s'agit d'une légende russianne. À chaque fois que le pays traverse des temps de trouble, Baba Yaga désigne parmi les hommes son fils, celui qui rendra sa justice et remettra l'ordre dans le monde. Mais comme le poids de son pouvoir est trop grand, un Ivan-tsarévitch l'accompagne et lui tient la main.

— Qui ?

— Je l'ignore. Un roi, selon l'histoire. Il assiste le Paladin Blanc dans sa guerre contre Baba Yaga et lorsque c'est fini, il...

— Il ?

Iruka hésita. Raconter une légende était une chose ; mais quand celle-ci concernait de près quelqu'un de votre entourage, c'était plus dur. Ino attendait sa réponse, curieuse. Il soupira. Mentir maintenant sur ça était ridicule.

— Ce n'est qu'une légende, mais on m'a dit qu'Ivan-tsarévitch est censé tuer de ses mains le Paladin Blanc.

Comme prévu, Ino fut indignée.

— Hein ? Mais pourquoi ? C'est idiot !

— C'est une sorte de... mesure de sécurité, d'après ce que j'ai compris. Le Paladin Blanc a accès à un immense pouvoir ; si l'envie lui en prend, il pourrait conquérir le monde, car il dispose de l'appui de Baba Yaga. C'est pourquoi dans la légende, Ivan-tsarévitch le décapite avant de le pleurer mille jours et mille nuits. C'est une histoire tragique, mais elle fait tellement partie de la culture russianne que le moindre petit enfant la connaît.

— Et toi, comment tu la connais ? demanda Ino, visiblement dégoûtée.

Iruka eut un sourire gêné.

— Un homme me l'a raconté un jour, pour passer le temps.

Il garda pour lui ce qui s'était passé par la suite. Il est des secrets qu'il vaut mieux garder pour soi, et sa rencontre avec cet homme qui s'était fait appeler l'Épouvantail en valait bien un autre.

Ino se tut. Elle resta ainsi pensive durant le reste du trajet.

o-o-o

Itachi Uchiha était un homme courageux autant que fou, selon l'avis de Naruto. C'était pas mal, pour un humain aussi jeune. Naruto ne l'aimait pas, mais il y avait quelque chose en lui qui l'attirait, comme une aura pernicieuse qui lui rappelait le plus fourbe des démons qu'il avait jamais croisés sur sa route. Bien entendu, la ressemblance étonnante qu'il partageait avec son petit frère Sasuke n'y était pas pour rien : cela le rendait plus intriguant encore. C'était déconcertant, mais pas désagréable.

— Tu dis donc que tu veux tuer cet homme ? C'est hardi. Hardi et inconcevable. Qu'espères-tu lui faire, enfant ? Cet être a traversé les siècles et a affronté les plus grands dieux de ce monde. Et toi, tu voudrais lui ôter la vie ? En quel honneur ?

— Il a ruiné ma vie et celle de mon frère, répondit simplement Itachi, sans lever les yeux. Je n'aurai de cesse jusqu'à ce que j'aie réussi à l'éradiquer de la surface de cette terre.

— Et tu comptes faire cela en sollicitant mon aide ? C'est un pari risqué. Qu'est-ce qui te dit que je ne vais pas te tuer sur-le-champ pour cela ?

— Je connais votre histoire. Il est votre ennemi.

— La connais-tu vraiment ? fit Naruto, amusé. Que sais-tu de la dernière guerre ? Des relations que j'ai eues avec Yu ? Avec son Paladin Blanc ?

Qu'elle semblait loin, cette époque, et pourtant Naruto s'en souvenait comme si cela s'était passé la veille. Le Paladin Blanc et son fidèle Ivan-tsarévitch, destinés à le combattre au nom de Baba Yaga la vieille, Baba Yaga la sorcière du Nord. Chacun avait choisi sa faction à la création de ce monde et devait s'y tenir ; de ce fait, Naruto avait complaisamment levé sa patte pour l'abattre sur ses ennemis, sans remord et sans chagrin.

— C'était un être magnifique, soupira-t-il, plongé dans ses souvenirs. Un seigneur de l'Est dont le père était un dieu du vent. Son Paladin Blanc était un simple paysan que la vieille avait choisi parmi des millions de pauvres bougres, comme elle en a l'habitude. C'était un être plutôt quelconque, même avec ses cheveux et ses yeux blancs, pas comme Yu. Sais-tu comment on l'avait appelé ? Vent d'Est. À cause de ses affinités avec cet élément. Son père et lui étaient très proches, tu vois, au point qu'il le destinait à sa succession une fois la guerre finie. C'était le bon temps.

Itachi se taisait et le laissait parler, les yeux rivés sur le sol. Quel être froid ! Pas comme Yu à l'époque, ça non. Yu avait été un être fier et imprévisible, une créature changeante comme le vent qu'il aimait tant. Il fut un temps où Naruto, ou plutôt le Kyûbi, avait tenu sa vie entre ses pattes immenses. Un temps où leur bataille avait failli s'achever sur la victoire des Dieux-de-Faim et la destruction de ce monde. Un temps révolu.

— Je ne suis pas là pour raviver des souvenirs passés, dit Itachi, aussi calme qu'un lac pris dans la glace.

— Il y a bien longtemps que sa vie m'appartient, dit Naruto sans se démonter. Ou plus exactement, sa mort.

— Je sais. C'est pour cela que je suis ici.

Itachi se saisit d'un pan de son pantalon et doucement, le baisa.

— Je suis prêt à vous donner ce monde sur un plateau, si seulement vous me permettez de le tuer.

— Es-tu sérieux ? C'est un prix assez élevé pour la vie d'un seul homme.

— Peu importe. Je connais la légende. Ce monde renaîtra de ces cendres encore meilleur.

— Tout ça pour se corrompre encore avec le temps, ajouta Naruto sur un ton jovial. C'est ainsi que cela a toujours été. Je me demande quelquefois pourquoi nous perdons notre temps. Tant qu'il y aura des humains, ce monde est condamné à disparaître. Mais je ne me plains pas. Ça me donne une source de nourriture et surtout, une raison d'exister.

En y repensant bien, ce que Naruto venait de dire avait du sens, du moins autant que possible au vu des circonstances. À quoi bon lutter contre sa nature ? Il était le Kyûbi, le Chasseur de soleils. Ce n'était pas l'avis d'un humain ou deux qui pourrait le changer.

Pourtant... pourtant, ce n'était pas pareil. Naruto pouvait encore se souvenir d'une époque où, enfant apeuré qui craignait l'obscurité, il allait se réfugier dans la chambre d'Iruka. Son tuteur le prenait alors dans ses bras, le berçait et lui racontait de douces histoires sur ses voyages et lui parlait avec ferveur de son amour pour sa patrie, pour l'humanité. Ces souvenirs soulevaient des émotions étranges en Naruto : tendresse, nostalgie, émerveillement, le tout mêlé au point de vue infiniment plus sarcastique du Kyûbi, en sa haine pour cette humanité corrompue, sa faim sans cesse grandissante.

Dans ces moments-là, le petit garçon que Naruto n'avait jamais vraiment cessé d'être réclamait la présence de ces personnes qui avaient compté dans sa vie, ne serait-ce qu'un instant : son oncle à présent décédé, Iruka, ses amis d'Anglica, mais aussi Kakashi qui lui avait servi de maître un court temps, et Sasuke...

— Tu as un petit frère. Pourquoi ne pas l'avoir pris avec toi pour accomplir ta vengeance ?

Itachi sembla hésiter. Puis, d'une voix lente :

— Il était bien jeune quand je suis parti, il n'aurait pas compris. Il valait mieux pour lui qu'il reste en sécurité dans notre village.

— Vraiment ?

Était-ce vraiment la seule raison ? Naruto en doutait, mais il n'arrivait pas à cerner ce personnage singulier qu'était Itachi Uchiha.

— La nuit approche, dit Itachi. J'ai besoin de connaître votre réponse.

Naruto regarda vers l'horizon. Quelque chose approchait ; il pouvait le sentir. Deux personnes, non, trois, par la mer. Itachi ne s'en inquiétait pas le moins du monde. La présence surgit soudain de l'eau, bondit devant Naruto qui ne fit pas un pas pour fuir, car que pouvait-il craindre d'un être aussi familier que celui-ci ?

— Je t'ai trouvé, murmura Sasuke qui avait les yeux rivés sur Itachi. Mon frère.

o-o-o

Shino se réveilla sans prévenir, suite à un rêve perturbant qu'il avait fait. Dans ce rêve, le monde se faisait engloutir par un insecte géant qui le recrachait sous forme de déjections. De ces restes putrides, naissait une espèce imparfaite, sujette à l'erreur et au mal, l'humanité. Une espèce vraiment pathétique : faible de nature, aussi bien physiquement que mentalement, elle recréait sans cesse les mêmes gestes qui la faisait plonger dans l'infortune. Pourtant, l'insecte ne s'en débarrassait pas ; au contraire, il semblait se réjouir de voir ces êtres se débattre dans leurs propres défauts, comme un enfant se réjouirait de voir une fourmilière périr sous l'assaut d'une inondation. Shino se mit à haïr ces créatures misérables, au point de vouloir achever leurs souffrances à l'instant. L'insecte tourna alors ces centaines d'yeux vers lui, et l'espace d'un instant, Shino se sentit envahi par une étrange sensation, comme s'il était sur le point de rôtir...

— Shino ?

La voix lointaine d'Ino le tira de sa torpeur, et il fut tout à fait conscient.

— Qu'est-ce que tu as ? fit-elle, inquiète. Tu as fait un cauchemar ?

Shino secoua la tête, encore perturbé par son rêve. Quand il fut tout à fait assis, il s'aperçut qu'ils se trouvaient encore sur le chemin de Maskva. La nuit était tombée et seule la lumière de la lune les éclairait un tant soit peu. Dans un coin, roulé dans d'épaisses couvertures, Iruka dormait d'un sommeil paisible.

— Je t'ai réveillée ? fit-il à voix basse pour éviter de déranger le dormeur. Désolé.

— Je ne dormais pas de toute façon, dit Ino.

En l'observant plus attentivement, Shino vit que de lourdes cernes à peine dissimulés par un maquillage furtif lui creusaient les paupières. Il leva la main, doucement, et lui caressa la joue. Ino se laissa faire.

— Tu es épuisée, chuchota-t-il. Pourquoi ne dors-tu pas ?

Ino baissa les yeux.

— Je n'y arrive pas. Pas encore. Trop de choses à penser.

Elle paraissait si triste, si différente de l'image futile qu'elle se plaisait à projeter, que Shino eut envie de la prendre dans ses bras, juste pour pouvoir lui murmurer que tout irait bien. Il se retint pourtant, car il savait qu'il n'aurait pas pu la lâcher avant la fin du trajet.

— J'aime vraiment ce monde, continua Ino. Ma famille, mes amis, même ces imbéciles de Francs-Terrois qui rendent la vie impossible aux Anglicans. J'aime cette humanité décadente qui s'amuse à entrer en guerre pour un oui ou pour un non. Et...

Elle baissa les yeux, rougit.

— Je crois que je t'aime, Shino. Pourtant...

— Pourtant ?

Ino hésita puis sourit, doucement.

— Rien. Nous allons arriver à Maskva dans quelques jours. Tu crois que Shikamaru s'est déjà fait à sa vie de cour ?

Imperceptiblement, elle se dégagea de la proximité de Shino pour retrouver sa place habituelle près de la fenêtre. Shino eut l'impression d'avoir reçu un coup dans l'estomac. Pourquoi avait-elle ainsi rompu leur intimité ?

— Ino...

— Nous sommes des ninja, murmura Ino, à moitié pour lui et à moitié pour elle-même. Nous faisons ce qui est nécessaire pour le bien de notre village.

— Que veux-tu dire ?

Ino lui fit un sourire énigmatique.

— Repose-toi, dit-elle. Le chemin est encore long.

Et sans plus lui adresser le moindre regard, elle retourna à son observation du paysage.

o-o-o

La confrontation ne se fit pas attendre : d'un bond souple, Sasuke fut sur Itachi et voulut lui trancher la gorge avec son kunai. Naruto n'intervint pas. Au lieu de cela, il détailla le reste des arrivants, sans se presser.

L'homme à la peau bleue devait être Kisame, le compagnon d'Itachi. Il portait le même uniforme et son apparence laissait penser qu'il descendait effectivement de Kamohoali, le dieu-requin aux dents de corail. Quant à la fille, elle était tout ce qu'il y a de plus dérisoire : les cheveux roses, la pose peu sûre, elle s'accrochait à Kisame comme si elle craignait de se faire emporter par une bourrasque. Cela ne semblait pas le déranger le moins du monde.

— Sasuke ! cria-t-elle. Arrête !

Ni Sasuke ni Itachi ne l'écoutèrent. Itachi se poussa juste assez pour esquiver l'attaque de son frère, puis il disparut tout à fait de leur champ de vision pendant une seconde. La seconde suivante, Sasuke était à terre, son propre kunai sur sa gorge.

— Tu es encore bien naïf, dit Itachi sans s'émouvoir. Crois-tu vraiment faire le poids ?

Quelque chose brilla dans les yeux de Sasuke, et Naruto vit des virgules noires danser dans un océan de rouge. Itachi se contenta de ricaner.

— Tu es pathétique.

Soudain, Sasuke cessa de se débattre. Itachi le lâcha tout en gardant un œil sur lui, mais Sasuke ne s'en souciait plus : il tremblait de tous ses membres. Il se mit à pleurer en silence.

— Assez, gémit-il d'une voix plus aiguë, j'en ai assez... Je ne veux pas disparaître ! Je ne veux pas qu'on m'oublie...

— La ferme, reprit-il tout de suite après d'une voix agressive, j'en ai assez de tes jérémiades !

— Sakura, aide-moi !

La fille au cheveux roses sursauta à l'entente de son nom, mais ne bougea pas. Kisame la serra un peu plus contre lui.

— Sakura ! s'écria Sasuke, les yeux inondés de larmes.

— Fous-moi la paix ! grogna-t-il aussitôt. Je ne suis pas une femmelette !

Même Itachi semblait dépassé, pourtant il ne fit pas un geste pour tenter d'arrêter son frère. Cela agaça sensiblement Naruto. Sasuke parut alors s'apercevoir de sa présence puisqu'il rampa péniblement vers lui pour lui attraper le bas du pantalon, en une pantomime grotesque qui rappelait le geste de son frère un peu plus tôt.

— Aide-moi, Naruto ! s'écria-t-il. C'est moi, Sachiko !

Naruto fit le seule chose raisonnable : il leva la main, et pas trop fort pour ne pas lui briser le cou, il asséna une baffe retentissante sur la joue de Sasuke. Celui-ci fut tellement surpris qu'il le lâcha aussitôt pour tenir sa joue douloureuse.

— Arrête ton char, grommela Naruto, peu enclin à la compassion à cause de ses soucis personnels. À quoi tu joues, Sasuke ?

Sasuke baissa les yeux, abasourdi.

— Je suis Sachiko...

— Sachiko, Sasuke, c'est quoi la différence ? Tu es toujours toi, non ?

— C'est faux ! Je suis...

— Oh, ça va, tu ne vas pas me dire que toi aussi tu as des problèmes d'identité. Comme si ce n'était pas suffisant avec Yu et moi !

— Toi ?

Sasuke plissa les yeux, sans comprendre. Tous les souvenirs que Naruto avait partagés avec lui revinrent tous en même temps : le trajet vers Konoha, leurs disputes, les bons moments, mais aussi l'étrange sentiment qui l'envahissait quand il s'arrêtait un moment pour observer le profil de son ami. Naruto éclata de rire, ce qui acheva de semer la confusion au milieu de l'assemblée.

— C'est ridicule, fit-il entre deux rires. Je suis... je suis...

Un seul regard vers Sasuke suffit à l'assurer que son ami était redevenu normal. Les yeux agrandis par la surprise, Sachiko-Sasuke ne pensait plus à la vengeance ni au besoin de reconnaissance. Il regardait simplement Naruto, attendant, non sans appréhension, les prochains mots qu'il allait prononcer. Naruto tomba à ses côtés et se mit à fixer le ciel qui s'assombrissait.

— J'ai faim, dit-il en fermant les yeux.

o-o-o

L'insecte était encore là, répugnant de laideur. Shino ne s'en formalisa pas : depuis le temps qu'il les fréquentait, qu'il les abritait dans son corps, il avait bien appris à les respecter au-delà de leur simple apparence.

De longues pattes crochues, un corps épais qui lui rappelait celui d'un ver, un vrai cloporte. La tête se détendit, ondula pour laisser place à un visage humain que Shino ne connaissait pas, celle d'un homme d'une vingtaine d'années, aux yeux d'un blanc éclatant et dont le front était cerclé de mèches blanches. L'homme lui sourit, sans malice, avant de lui tendre une patte, puis deux. Shino ne fit pas un geste en sa direction. Au fond de lui, il avait peur de cet être hybride qui n'était ni humain, ni insecte malgré son apparence.

— N'aie pas peur, mon enfant, fit la créature d'une vois gutturale. Je ne vais pas te manger.

Elle éclata d'un rire hystérique. Shino ne pouvait plus bouger. Il essaya au moins de se repérer dans l'espace, mais rien à faire : autour de la créature et de lui, il n'y avait que les ténèbres à perte de vue. Un point lumineux apparut pourtant entre eux deux, grossit jusqu'à former une grosse boule bleue : la Terre, s'il en croyait la forme des continents.

— Elle a l'air délicieuse, n'est-ce pas ? continua la créature. Mon nom est...

Mais Shino n'entendit pas son nom, pas plus qu'il ne vit ses lèvres bouger. Ses mains tremblaient, ses genoux tremblaient, et il ne pouvait pas bouger.

— Ce n'est pas grave, dit la créature, un jour tu entendras mon nom. Un jour tu mangeras ma chair et broieras mes pattes.

— Je ne comprends pas, réussit à croasser Shino.

Il se réveilla de nouveau en sursaut. Cette fois, c'était Iruka qui était penché sur lui, le regard empli de crainte. Shino se dégagea des couvertures qui l'empêtraient.

— Je vais bien, dit-il précipitamment.

— Tu es sûr ? Nous pourrions...

— Oui !

Iruka ne se fâcha pas, mais il continua de garder un œil sur Shino. Celui-ci remarqua enfin que le carrosse s'était arrêté. Ino n'était plus là.

— Nous sommes arrivés, dit Iruka. Comme tu ne te réveillais pas et que tu n'avais pas l'air bien, Ino a préféré aller chercher Shikamaru.

Shino hocha la tête, encore trop sonné pour répondre en détail. La porte de la calèche s'ouvrit alors, laissant passer un flot de lumière aveuglant du fait de la présence de la neige tout autour. Iruka ouvrit des yeux ronds en voyant le jeune homme aux cheveux et aux yeux blancs qui se trouvait à l'entrée. Shino, quant à lui, fut pris de nausée : cette vision de blanc lui rappelait son rêve, cette créature au visage de Paladin Blanc qui lui avait tendu les pattes.

— Cool, tout le monde est là ! s'écria une voix ravie de l'extérieur. On va pouvoir lutter contre les forces du mal !

Avec une surprise non feinte, Shino vit que deux autres hommes s'étaient joints à eux, deux hommes qu'il connaissait : Neji Hyûga et Lee Rock, des membres éminents de leur armée. Que faisaient-ils si loin de Konoha ? Et pourquoi Ino était-elle aussi pâle ?

— Mauvaises nouvelles, fit-elle dans un souffle. Nous sommes en retard. Le Kyûbi a attaqué Konoha.

o-o-o

Naruto se réveilla dans un lit inconnu, allongé aux côtés de Sasuke. La chambre dans laquelle ils se trouvaient était très impersonnelle, mais avait un certain charme que le papier peint élimé et les meubles usés n'expliquaient pas. Peut-être était-ce dû au paysage qu'il voyait à la fenêtre : une forêt touffue, un pan de montagne escarpé planté de pins, le soleil éclairant l'ensemble de manière généreuse. Au loin, on pouvait entendre les bruits habituels de la vie en société, marchands et bedeaux, gens affairés au travail, toute une ville en ébullition qui saluait une nouvelle journée. Il se massa les tempes, étira son corps trop étroit et alla à la recherche d'indices sur sa présence en ces lieux.

— Tu es réveillé, fit une voix douce et féminine.

La jeune fille, Sakura, se tenait à son chevet, les mains croisées sur les genoux. Elle semblait nerveuse.

— Je m'appelle Sakura Haruna, fit-elle d'emblée en s'inclinant bien bas, je suis...

— Je sais qui tu es, l'interrompit Naruto. Je me souviens de toi.

— Oh.

Les yeux de Sakura s'attardèrent sur Sasuke.

— Il s'est évanoui juste après toi, dit-elle. Il ne s'est pas réveillé depuis.

— Longtemps ?

— Juste une journée, mais ça me paraît bien plus long.

— Que fais-tu là ? demanda Naruto, curieux. Sasuke, je peux comprendre, mais qu'est-ce qu'une enfant comme toi fait ici ?

Si Sakura se sentit insultée par sa remarque, elle ne le fit pas savoir. Sa pose était bien trop humble pour être naturelle ; elle avait dû la travailler un sacré bout de temps pour aboutir à un tel résultat. Elle était jolie dans son genre, comme une fleur fragile qu'on aurait peur de froisser. Naruto la trouva intéressante, dans un sens assez différent d'Itachi.

— J'ai suivi Sasuke par ordre de mon maître, fit-elle dans un souffle. Et aussi pour le protéger.

— Tu me dis la vérité ?

— Je crois... je crois qu'il serait idiot de te mentir.

Sur cet aspect, elle ne différait en rien d'Itachi : ils avaient bien trop de respect ou de crainte envers lui pour essayer de le duper directement. Naruto éclata d'un rire franc.

— Il en a, des amis, ce Sasuke. J'espère qu'il s'en rend au moins compte. Je voulais lui poser la question, mais je crois que c'est inutile maintenant. Je sais très bien ce que je suis.

Sakura garda un silence gêné. Puis :

— N'y a-t-il aucun moyen de vous faire changer d'avis ? Je sais que je n'ai aucune influence sur vous, mais s'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour vous convaincre de ne pas détruire ce monde...

— Tiens, tu me vouvoies maintenant ? C'est nouveau.

Sakura recula, surprise par sa propre audace. Le joli yukata rose et blanc qu'elle portait se souleva assez pour laisser voir un bout de genou. Elle devint écarlate.

— C'est normal, je ne voulais pas vous offenser. Vous êtes...

— Le Kyûbi, le Chasseur de soleils, le dernier des Neuf Dieux-de-Faim. Je suppose que tu as essayé de me tuer dans mon sommeil ?

Le corps de Sakura fut agité de tremblements violents.

— Tu n'y arriveras pas, fit Naruto en baillant. Si une simple humaine pouvait tuer un dieu dans son sommeil, même si celui-ci est enfermé dans un corps humain, ça se saurait.

— Vous n'êtes pas humain, fit Sakura dans un souffle.

— C'est vrai. Je ne fais qu'emprunter cette apparence, et encore pas de mon plein gré. Connais-tu mon histoire ?

— Je... Kisame me l'a racontée. Le Yondaime vous a enfermé dans son propre corps en vous sacrifiant son âme.

— Il était exquis. Ça m'a coûté bien cher, bien c'était un repas somptueux, je ne peux pas le nier.

— Vous êtes un monstre !

Naruto éclata de rire.

— Dit la fille qui a tout l'air de s'être alliée avec des criminels de classe S !

— C'est un moindre mal, si on pense à ce que vous et ce Madara avez fait ! Vous êtes... vous êtes...

— Qu'en sais-tu, enfant ? l'interrompit Naruto avec douceur, ce qui le surprit lui-même. Que sais-tu de ce que nous sommes et de ce que nous devons faire ?

— Je...

Pauvre petite fille tremblante ! Naruto eut pitié d'elle, un peu, rien qu'un peu. Il ricana : ainsi, il redevenait humain, petit à petit. Sans le népenthès pour lui effacer la mémoire, sans la présence de Yu pour lui rappeler sa nature, il redevenait Naruto Uzumaki, le jeune garçon de quinze ans qui voulait plus que tout être pilote en grandissant. Comme tout paraissait plus compliqué et à la fois étonnamment plus simple à l'échelle humaine ! Tous ces sentiments étaient fatigants, mais il n'arrivait pas à les regretter vraiment. La présence de Sasuke à ses côtés n'arrangeait rien : son souffle, ses gestes, lentement, lui arrachaient des sursauts dans la poitrine, chauds et doux.

— Où sont les deux guignols ? demanda-t-il pour tenter d'oublier.

— Ils sont partis après nous avoir laissés dans ce village, répondit Sakura. Itachi a dit qu'il allait vous laisser réfléchir. Il voulait aussi que Sasuke se rétablisse.

— Je vois.

— Cet homme... c'était vraiment le frère de Sasuke ? Celui qui a massacré sa famille ?

Naruto haussa les épaules.

— Qui sait ? Ça les regarde. Si Sasuke veut en parler, soit, mais je ne vais pas l'embêter s'il n'en a pas envie.

Sakura serra les poings mais ne dit rien. Naruto l'ignora : Sasuke venait de bouger dans son sommeil. Déjà, il s'étirait et ouvrait les yeux.

— Bonjour, dit-il avec un sourire divin, l'esprit visiblement encore embrumé.

Naruto sentit son cœur battre la chamade.

À suivre...


Teaser :

Naruto avait l'impression de se retrouver dans un rêve. Sasuke, aussi émerveillé que lui, lui souriait de toutes ses dents, sans se soucier des regards suspicieux que leur lançaient les employés de l'hôtel et celui, plus alarmant, de Sakura. C'était très étrange : comme s'il s'était réveillé dans une autre dimension, un autre espace-temps. Ils n'étaient pas main dans la main, mais c'était juste, et cela faisait comme une brûlure dans le ventre de Naruto rien que d'y penser. Ils passèrent ainsi plusieurs heures presque les yeux dans les yeux, aussi innocents que deux enfants à leur naissance. Puis ils se ressaisirent peu à peu, et leur douce bulle dut bien fondre face à la réalité qui s'imposait.

Une journée ne s'était pas passée que Sasuke décida de repartir. Il avait encore une vengeance à accomplir, même si celle-ci était plus ténue et ne l'obsédait plus autant qu'avant. Mais avant tout, il voulait comprendre. Comprendre ce qui était passé par la tête de son frère lorsqu'il s'était attaqué à sa famille tout en épargnant son petit frère, comprendre pourquoi Kakashi lui avait apposé cette marque, pourquoi Konoha semblait être devenue folle avec l'arrivée de Naruto. Comprendre pourquoi Naruto ne l'avait pas encore tué, et que ses ancêtres le pardonnent, pourquoi lui-même n'avait pas la force d'essayer de le tuer alors qu'il représentait une telle menace pour l'humanité.

Merci de votre fidélité et à bientôt dans le Chapitre 19 : « Moments de transition » !