Ce chapitre ne fait pas vraiment avancer l'histoire. Mais, selon moi, il est essentiel et je devais le 'caser' avant de continuer. Donc j'espère que vous l'apprécierez.

Pour info, pendant l'écriture de ce chapitre, j'avais en fond sonore "nine million bicycles" de Katie Melua que je vous conseille et qui colle parfaitement au chapitre, à mon avis.

*

Chapitre 19

*

Nous étions allongés sur ce lit qui ne m'apparaissait plus aussi inutile maintenant. Dehors le jour commençait à décliner, et Jasper me tenait étroitement contre lui. Sa chemise gisait par terre, et je n'avais de cesse de l'admirer. Nos deux corps enroulés en une arabesque compliquée semblaient ne jamais vouloir se quitter. Ma tête reposait contre son cœur et sa main me caressait tendrement la joue. Comme toujours lorsque j'étais dans ses bras, j'avais perdu la notion du temps et de l'espace. Je ne savais plus depuis combien de temps j'étais dans cette position. Je ne me souciais même plus des récents évènements qui nous avaient menés chez les Cullen. Par la large baie vitrée, on pouvait admirer la forêt de Forks. Mais ce paysage ne m'intéressait pas pour le moment, seul comptait l'être qui me tenait fermement contre lui. D'un geste naturel, je levais la tête vers lui pour admirer ses traits si parfaits. Du bout des doigts j'effleurais ensuite chaque partie de son visage que je connaissais pourtant parfaitement. Comme pour le redécouvrir, je traçais lentement le contour de ses lèvres, de ses yeux, de son nez aquilin. Il me laissa faire, sans bouger tel une statue grecque. Mon examen terminé, je poussais un soupir qu'il perçut immédiatement.

- Qu'y-a-t-il ? Me demanda-t-il soudainement inquiet.

- Hum… rien. Je me demandais juste si tu savais à quel point je t'aime.

- Certainement pas autant que moi, je t'aime.

Mon attention se porta alors sur les longues cicatrices qui ornaient le visage de mon amour, vestiges de son passé. La tendresse et le bien-être que j'avais ressentis auparavant laissèrent place à une franche curiosité. Sentant mon changement d'humeur, il se releva légèrement sans desserrer notre étreinte.

- Tu ne m'as jamais parlé de ça… Lui dis-je en pointant du bout du doigt les marques parcourant son torse.

- Parce que tu ne m'as jamais rien demandé. Répondit-il aussitôt.

- Je ne savais pas si tu étais prêt à en parler alors.

Il planta ensuite son regard dans le mien, m'envoûtant comme lui seul savait le faire. Il me prît alors la main.

- Alice, mon cœur, Il n'y a rien que je veuille te cacher. Mais je ne savais pas que ça t'intéressais.

- Je veux tout savoir sur toi. Après tout, nous allons nous marier, non ? Mais nous n'avons jamais parlé de nos passés. Je sais à peine les grandes lignes de ta vie avant notre rencontre.

- C'est peut-être parce que ma vie a commencé quand je t'ais rencontré.

- Tu es mignon, mais n'esquive pas la question s'il-te-plaît.

Il était très doué pour ça, pour me faire perdre le fil de mes pensées. Malheureusement pour moi, ses déclarations avaient toujours l'effet escompté et je fondais toujours. Je devais vraiment me concentrer pour ne pas tomber directement dans ses bras. Il me sourît.

- Très bien. Alors pose-moi tes questions.

- D'abord comment t'es tu fait ces marques ?

Je n'avais jamais vraiment prêté attention aux balafres parcourant son visage et son corps tout entier. Jasper était parfait, avec ou sans ces blessures il était mien. Cela ne changeait rien. Je n'avais jamais ressenti le besoin d'en connaître l'origine jusqu'à présent. La curiosité me démangeait maintenant. Comprenant parfaitement les sentiments qui m'animaient, il commença alors son récit.

- Ces marques témoignent des nombreux combats auxquels j'ai participé en tant que vampire, mais aussi en tant qu'humain. Avant d'être transformé, comme tu le sais, j'officiais en tant que major dans l'armée confédéré dans les années 1860. J'ai été vite promu grâce à mon charisme et à mon habileté aux combats. Toutefois, cette même habileté ne m'a pas évité quelques petites blessures comme tu peux le voir.

'Petites' n'aurait pas été le mot que j'aurais choisit. Une entaille profonde partant de son épaule droite et barrant sa poitrine jusqu'au côté gauche de son flanc, me saisit soudain par sa réalité. Jasper avait souffert. Horriblement. Et cette évidence fût pour moi un choc. Encore une fois, mes sentiments vacillèrent de la curiosité maladive à l'effroi.

- Ne t'inquiète pas. Je n'ai rien oublié de cette période mais cela s'est passé il y a des années.

Cette piètre tentative dans le but de m'apaiser ne changea pas mon humeur. Bien que choquée, je voulais savoir. Il continua alors.

- Ces blessures me rappelle donc ma vie passé en tant qu'officier de l'armée. Mais d'autres sont le fruit de ma trop longue entente avec Maria, celle qui m'a créé. Lorsque je l'ais rejointe, elle avait en tête de monter une armée pour étendre son territoire. Nous vivions dans une ambiance de compétition de chaque instant. La violence était chose courante. Nous n'avions pas un moment de répit, toujours à nous entraîner, toujours à combattre dans le but de devenir meilleur. Nous n'étions jamais assez bien pour elle, il fallait toujours se surpasser. Et quand nous le faisions, elle nous récompensait d'une manière sordide et dont je ne suis pas fier. C'est une époque de ma vie que j'aurais préféré évité.

Il stoppa un instant son récit, transporté dans un souvenir auquel je n'avais pas accès. Ensuite, avec une grimace sur le visage, il poursuivit.

- J'ai donc eu ces marques-ci en affrontant d'autres vampires nouveau-nés comme moi.

Jasper parlait de ses blessures de guerre comme on parlait d'un sujet quelconque. Son ton détaché ne fit pourtant pas illusion. Je savais que se remémorer cette partie de sa vie était particulièrement difficile. Mais j'avais l'idiote impression que partager son histoire avec moi, le ferait le sentir mieux.

- Et que s'est-il passé avec cette femme, Maria ?

- Mes vertus de combattant ont joué en ma faveur et je me suis vite distingué des autres. Elle m'a pris sous son aile et à fait de moi son favori. J'étais à la tête de ses troupes. Nous avons ainsi vaincu plusieurs autres clans. J'étais fort et rapide, mais mes assaillants aussi ce qui m'a donc valu plusieurs souvenirs de leurs part.

Jasper s'arrêta un moment, jaugeant s'il fallait m'en dire plus ou pas. Je repassais dans ma tête ce qu'il venait de dire. Je n'avais jamais eu conscience que son passé en tant que soldat, humain ou pas, avait pu être si douloureux. Et je ne savais pas comment réagir face à ces révélations.

- Cette existence m'a vite lassé. La violence constante était d'autant plus difficile pour moi avec mon don. Et avec l'arrivée de Peter, puis de Charlotte, les choses ont changées. Je les ais laissé partir librement et Maria m'en a voulu. Mais je ne pouvais pas leurs faire de mal, quoiqu'en dise Maria. Ils étaient mes amis et les sentiments qui les liaient étaient trop forts pour que j'ose les briser… Presqu'aussi fort que ceux qui nous unissent tous les deux.

Longtemps il me scruta ensuite sans dire un mot. Je connaissais maintenant l'origine de ses blessures. Mais je n'arrivais toujours pas à concevoir qu'il ait pu souffrir un jour. Cela m'était intolérable. Jasper m'était toujours apparu comme un être tendre, doux et affectueux. Je savais aussi qu'il était fort et courageux, mais je n'aurais jamais pu concevoir cette partie de sa vie.

Je blottis mon visage contre son épaule, seule réponse que je pouvais lui donner à l'instant.

- Merci, dis-je ensuite, simplement.

- Tu vois, je ne t'avais pas menti en te disant que tu m'avais sauvé. Avant toi, mon existence n'était pas grand-chose.

C'est alors que tout naturellement, il posa tendrement ses lèvres sur les miennes. L'amour que reflétait ce baiser me conforta dans mon idée : Jasper était mien et peu importe son passé.

- Et toi, alors ?

- Quoi, moi ?

- Parle-moi de ton passé, avant que l'on se rencontre.

- Oh tu sais, j'ai erré de ville en ville sans but précis…

Je ne voulais pas lui dire la vérité. Je ne voulais pas lui avouer que j'avais ôté la vie à une enfant. Je ne voulais pas non plus qu'il sache que j'avais failli mettre fin à mes jours, et encore moins qu'il ait conscience de ce que j'avais subit.

Mais son don extraordinaire l'aidant, il comprit aussitôt mon trouble.

- Si tu ne veux pas me le dire, je comprends.

Ce n'était pas ça, je ne voulais pas lui cacher mon passé et avoir ce genre de secret entre nous. Je désirais plus que tout partager avec lui toute cette période, mais j'avais peur. Peur de sa réaction, peut de son incompréhension ou peut-être même peur de rendre tout cela réel si j'en parlais à quelqu'un.

- Je… hum… je voudrais… te le dire… mais je ne peux pas. Excuse-moi.

- Ce n'est rien. Ne t'inquiète pas pour ça.

- Si… enfin je veux dire, je t'ais demandé de te livrer et moi… je ne suis même pas capable de …

- Chut !! m'interrompît-il.

Il me serra alors plus fort contre lui. J'enfouis une nouvelle fois mon visage contre son torse, comme pour tenter de dissimuler le sentiment de culpabilité qui m'assaillait à cet instant.

- Tu ne me dois rien. J'ai partagé tout ça avec toi parce que j'en avais besoin. Mais toi si tu ne te sens pas prête, ce n'est pas grave.

- Merci…

Décidément mes réponses étaient plus que dérisoires. C'est à peine si j'arrivais à aligner deux mots. Au moins, mon 'merci' était sorti sans trop de dégâts et de trémolo dans ma voix.

- Toutefois…

Jasper hésita avant de continuer.

- Je me dis que ça te soulagerait certainement d'en parler, quoiqu'il ait pu t'arriver. Alors… quand tu seras prête, n'hésite pas à venir m'en parler.

- Bien sûr, tu seras le premier à être au courant.

Je réajustais ma position dans ses bras avant de lui chuchoter au creux de l'oreille que je l'aimais. Je pris alors son visage entre mes mais et entreprît d'embrasser son cou, en remontant jusqu'à sa mâchoire.

L'atmosphère changea d'un coup.

Comme si la conversation qui venait de se dérouler était la plus normale du monde. Son haleine tiède sur ma bouche me fît perdre pieds. Tout d'un coup, je ne me souciais plus de rien.

Peut-être était-ce encore un moyen détourné de Jasper de me changer les idées…

Mes jambes ne mirent pas longtemps à l'encercler tandis que je me positionnais au dessus de lui. Sa langue força la frêle barrière de mes lèvres, au moment où mes mains vinrent à nouveau caresser son visage. D'une main, il agrippa ma nuque pour mieux me retenir contre lui. De l'autre, il remonta lentement le long de ma cuisse, effleurant ma peau sous le tissu. Le désir apparut aussitôt et mon envie de sentir Jasper sur chaque partie de mon corps monta en flèche. Mon corps se cambra automatiquement sous le poids de ses caresses et un râle de plaisir s'échappa de mes lèvres. Je relevais doucement le visage pour mieux planter mes yeux dans celui de mon partenaire. L'habituel or liquide y était plus incandescent que jamais. Sans cesser notre échange, mes mains lâchèrent son visage pour s'intéresser à son torse nu sous mes doigts. J'étais persuadée que je ne me rassasierais jamais de le voir ainsi. Sa peau d'albâtre étincelait même dans l'obscurité du crépuscule et mes lèvres trouvèrent derechef le chemin vers lui. Je n'avais de cesse de tracer encore et encore les contours si parfaits de son buste, lorsqu'il m'attira vers lui pour m'embrasser.

- Je pourrais m'y habituer, tu sais.

Pourquoi parlait-il dans un moment pareil ? Sa voix était à mon sens la plus belle des mélodies, certes. Mais là, j'avais autre chose en tête, comme par exemple sentir sa peau contre la mienne, toujours et encore. Mais apparemment, lui préférait discuter.

- Hum…

Mes lèvres reprirent d'assaut les siennes et je ne lui laissais pas le temps de répondre à ma remarque peu loquace. Il souleva doucement mon visage et brisa par la même occasion notre baiser.

- Alice… sois sage. Me dit-il avec une petite moue.

- Tu ne vas pas me dire que c'est encore ce fichu accord, non ?

- Ça… mais aussi la présence de cinq vampires en bas qui peuvent tout entendre.

Ah… il marquait un point là. Je n'avais pas réfléchi aux inconvénients de la vie en communauté. Jasper et moi n'étions plus seuls désormais. Et il fallait bien respecter quelques petites règles. Mais, d'un autre côté, la douceur de la peau nue de Jasper semblait m'appeler à venir la caresser. Sans hésitations, je cédais à la tentation et replongeais picorer son buste saillant de petits baisers. Qu'importe ceux qui nous entendraient, j'avais d'autres préoccupations en tête. Sans cesser de l'embrasser, mes mains trouvèrent d'elles-mêmes la direction des boutons de son pantalon. Un à un, mes doigts descendirent doucement. Ils s'approchèrent dangereusement de cette part de paradis tendue vers moi, lorsque Jasper emprisonna mes mains.

Avec un regard sévère il me remît sur le lit à ses côtés, et en un quart de seconde tous ses vêtements étaient sur lui.

- Jasper….

Ma voix était montée dans les aigues. A cet instant, elle ressemblait étrangement à celle d'un enfant à qui on a enlevé son bonbon. Les deux situations n'étaient pas si éloignées que ça, en fait. Il se radoucît immédiatement.

- Tu sais combien ça m'est difficile de tenir quand tu me regardes comme ça.

- Alors ne tient pas… Lui dis-je avec un sourire malicieux.

- Alice, je t'en pris. On ne peut pas. Et d'ailleurs, Nous avons fait un pacte tous les deux.

Encore, ce pacte de malheur. J'aurais mieux fait de me mordre la langue au lieu d'avoir une idée aussi stupide. On en avait déjà parlé et Jasper n'était pas du genre à revenir sur une décision. Son passé de soldat mettait en avant certains principes qu'il avait gardé depuis lors, ce qui n'arrangeait pas mes affaires. Mon amour était profondément intègre et consciencieux, et c'était bien la première fois que je le regrettais. Il avait pris sa décision et mes jérémiades ne serviraient à rien. Je décidais donc de me lever pour éviter de céder au fruit défendu encore une fois. Mais son bras m'attrapa au vol et me ramena à lui.

- Je ne sais pas si je vais tenir bien longtemps comme ça, tu sais. Lui dis-je alors, emprisonnée par l'étau de ses bras.

Et c'était vrai. Cette chasteté forcée était plus que pénible à tenir lorsqu'on avait sous les yeux constamment un dieu grec en puissance.

- Alors il faut qu'on organise au plus vite notre mariage. Dit-il en embrassant mes cheveux.

J'avais repris ma place initiale prés de son cœur. Après tout, mieux valait ça que rien du tout. Et à dire vrai, cette position n'était pas si mal.

- Serait-ce un défi ? Parce que tu sais, je suis capable de mettre en place une cérémonie d'enfer en seulement deux jours.

- Vraiment ? Ce ne serait pas pour me déplaire. Mais tu es sûre que tu trouveras LA robe de tes rêves, l'endroit idéal et la décoration parfaite en si peu de temps ?

Il n'avait pas tort non plus, là. Il me fallait beaucoup plus de temps. Un mariage n'était pas à prendre à la légère, surtout pas le nôtre. Je ne pus lui répondre que par un grognement à peine audible.

- Pour moi aussi, c'est compliqué. Mais je pense que ça vaux la peine, non ?

Je n'étais pas si sûre que, pour lui, la tâche était aussi ardue que pour moi. Mais j'aimais à le penser. Sentir qu'il me désirait était une part de notre relation à laquelle je n'avais pas vraiment réfléchi avant. Mais le fait de savoir que mon corps lui manquait, et qu'il était aussi mal à l'aise que moi dans cette situation n'était pas si désagréable. C'était même réconfortant.

Après tous ces efforts, la nuit de noce ne pouvait qu'être exceptionnelle.

- Bien sûr que ça en vaux la peine. Mais tout ça, c'est… très contraignant.

Il se mît alors à rire à ma réplique. Il se moquait de moi, quel mufle ! Je relevais une nouvelle fois la tête dans le but de lui asséner une réplique cinglante. Mais mes yeux croisèrent les siens. Et le temps s'arrêta, comme toujours.