Chapitre 20 : Un choix de Destin ~ Partie 1 ~

« Levez-vous, Sire Mordred, Chevalier de Camelot. »

Merlin regarda Mordred se lever, entouré par les applaudissements des chevaliers et des nobles présents. Le jeune homme avait l'air si fier de recevoir cet honneur, et le sourire sur son visage lorsqu'il se tourna pour faire face à l'audience était sans aucun doute sincère. Mordred était heureux d'être là, et heureux de jurer allégeance à Arthur et d'en penser chaque mot, et pas seulement... mais le même sens instinctif qui disait à un sorcier qu'un autre pratiquant la magie partageait ses valeurs, brillait intensément dans le cœur de Merlin.

Mordred n'était pas un ennemi, et voulait vraiment protéger Arthur, alors pourquoi était-il montré comme le tueur d'Arthur dans cette vision ?

Il regarda jusqu'à ce qu'il soit temps pour Mordred de sortir du Grand Hall, et attendit à l'extérieur l'occasion de lui parler. Lorsqu'elle vint, Merlin sortit des ombres où il s'était caché.

« Attends, permets-moi de t'aider. »

Mordred se tendit, une pointe de méfiance dans son expression, tandis que Merlin l'aidait à enlever sa cape et à la mettre de côté.

« Merci. »

Merlin plia la cape et la posa sur la table proche.

« Tu sais, avec le retour de la magie, les choses vont être très différentes à Camelot. Tu seras respecté pour tes dons, et tu n'auras pas à te cacher par honte, mais quand même... Je veux te demander quelque chose. »

« Bien sûr, demande ce que tu veux. »

Merlin lui fit face, solennel.

« Tu étais là-bas avec Morgane, et elle te promettrait la même chose, être respecté pour tes pouvoirs et vivre librement. Elle t'a sauvé la vie autant qu'Arthur, plus en fait, alors pourquoi as-tu choisi de t'allier avec lui plutôt qu'elle ? »

Mordred fronça les sourcils, mais sa réponse était résolue.

« Parce qu'Arthur a raison. L'amour qui nous lie est plus important que le pouvoir que nous avons... Morgane a oublié cela, dans sa haine et son désir de vengeance. Oui, elle pourrait m'offrir les mêmes libertés, mais à quel prix ? »

Merlin sourit à cela, rassuré, et posa une main sur l'épaule de Mordred.

« Bien dit. »

Il soupira, et rendit la cape pliée à Mordred.

« Eh bien, je ferais mieux de me mettre au travail. En tant que Premier Conseiller d'Arthur, et administrateur de toutes les affaires magiques, je vais avoir beaucoup de travail à faire dans les prochains jours. A plus tard. »

Merlin se retourna et s'éloigna, un regard sur la réflexion d'une fenêtre révélant que derrière lui Mordred arborait un léger froncement de sourcils. Quoi que leur magie leur dise, qu'ils partageaient leur loyauté envers Arthur, la tension des événements du passé était toujours là.

Merlin se força à oublier ses inquiétudes quant à Mordred, alors qu'il se rendait à l'étude d'Arthur pour finir la copie du Code Myrddin que le roi et lui signeraient à la réunion du Conseil plus tard dans la journée. Cette réunion allait sans aucun doute être longue, avec de nombreuses objections à prendre en compte, mais ils ne pouvaient pas empêcher ça.

Le reste de la journée se déroula comme il s'y était attendu, la réunion du Conseil étant suivie par d'autres heures dans l'étude d'Arthur pour écrire les nombreux messages qui devaient être envoyés. Contacter Fyren, pour lui apprendre les nouvelles, était la partie la plus facile grâce au miroir enchanté d'Iunia, sa Sorcière de la Cour. Mais envoyer un message aux Cathas, à plusieurs Grands Prêtres et sorciers indépendants, et à tous les nombreux Clans de Druides qui lui avaient juré allégeance, allait nécessiter à Merlin plusieurs jours.

Au final il n'en avait fait qu'une poignée avant que la Grande Cloche sonne, et à ce moment Merlin sut qu'il ferait tout aussi bien d'aller au lit et de finir dans la matinée. Mais rien n'est aussi simple lorsqu'on a tant de choses en tête.

Merlin s'agita et se retourna dans son lit, incapable de dormir malgré cette nuit paisible. Une partie de lui souhaitait que ça soit parce qu'il était excité en attendant le lendemain et l'annonce publique d'Arthur sur la légalisation de la magie, mais il savait quelle était la vraie raison.

Qu'en dépit du sens de l'honneur clair de Mordred, et la vraie raison de sa loyauté envers Arthur, il craignait toujours le futur qui pouvait subvenir parce qu'il était là. Une partie de Merlin voulait se charger de Mordred, l'éloigner de Camelot au minimum, mais cette partie était retenue par ses expériences passées. Le futur lui avait été montré une fois auparavant, et il l'avait provoqué en essayant de l'empêcher.

Merlin ouvrit les yeux et fixa le plafond. Devait-il dire à Arthur ce qu'il avait vu, ou est-ce que cela provoquerait les mêmes événements qui rendraient cette vision réelle ? S'il y avait une chose que Merlin avait appris de l'incident avec Morgane, c'était qu'essayer de changer le futur par la force était définitivement une mauvaise idée.

Il resta où il était pendant plusieurs minutes, réfléchissant au dilemme sans obtenir de réponse. Mais une chose lui revenait en tête, ce que la Diamair avait dit. 'Mais, si tu veux chercher à en savoir plus sur le sort destiné d'Arthur, et de celui que tu connais sous le nom de Mordred, alors tu dois te rendre à l'endroit que tu crains depuis que tu y es entré pour la première fois. Seulement là-bas pourras-tu trouver celui qui peux te donner la réponse'.Merlin savait dans son cœur ce que la Diamair avait voulu dire... S'il voulait des réponses quant au futur, il devait les chercher dans la Cave de Cristal.

Merlin renonça à essayer de dormir. S'il devait aller à la Cave, alors maintenant était aussi bien qu'un autre moment. Il faudrait seulement une heure pour que Friou le porte à la Vallée des Rois Déchus, et de là Merlin était certain que sa magie pourrait le guider jusqu'au lieu qu'il cherchait.

Après avoir quitté Camelot, une appréhension agitée le saisit à l'estomac lorsque la vallée fut visible, et ça devint un frisson tandis qu'il se rapprochait de la Cave de Cristal. Lorsque Friou et lui atterrirent devant l'entrée, elle essaya de le suivre à l'intérieur. Mais il l'arrêta avec une main et un mot calme, avant d'entrer seul.

Merlin garda les yeux baissés lorsqu'il émergea dans les grottes, évitant que son regard se pose sur la multitude de cristaux avant d'avoir formulé sa demande. Au final il dut fermer les yeux et s'arrêter près de la sortie, avant de lever la tête et de parler, sa voix faisant écho dans la cave.

« Je suis ici pour demander conseil ! Dans le passé, on m'a dit que c'était le destin d'un certain garçon d'être celui qui tuera le Roi Présent et à Venir, et depuis on m'a montré Arthur mourant de sa main. J'ai besoin- »

Il s'arrêta, prenant une profonde inspiration et se corrigeant.

« Je veux savoir si cela est vrai, et j'accepte que ce que vous me montrez soit quelque chose qui ne pourra jamais être changé. Je suis prêt à porter le fardeau du savoir, peu importe à quel point il peut être douloureux... Maintenant, s'il vous plaît, montrez-moi le destin qui se produira si je peux arrêter cet événement. Montrez-moi le véritable jour où Arthur est censé rencontrer sa mort. »

Merlin ouvrit les yeux alors que les échos se taisaient, essayant de ne pas trembler tandis qu'il attendait. Puis il se força à ne pas fuir, lorsqu'un des cristaux proches sembla attirer son regard et le bloquer. Il déglutit convulsivement lorsqu'il fut poussé en avant jusqu'à ce que son visage ne soit qu'à quelques centimètres du joyau, et regarda la scène qui se déroula à l'intérieur.

C'était un champ de bataille, sous un ciel rouge sang, et il le reconnut instantanément. C'était le même champ de bataille qu'il avait vu en apercevant les visions de Morgane 'd'Emrys', et au milieu se tenait Arthur... Mais pas l'Arthur qu'il connaissait en ce moment.

Le roi se tourna pour regarder la plaine ensanglantée, Excalibur serrée dans sa main, et il fronça les sourcils par-dessus sa barbe parsemée de gris. Il avait l'air peut-être aussi vieux qu'Uther lorsqu'il était mort, ce qui signifiait que cet événement se déroulait au moins vingt ans dans le futur. Cela amena à Merlin un moment de soulagement, de savoir que son ami était destiné à vivre encore de nombreuses années, tant que son protecteur pouvait empêcher que sa vie se termine avant ce moment. Mais alors Merlin retint un halètement lorsqu'une autre silhouette beaucoup plus vieille mais toujours familière traversa la plaine pour se diriger vers Arthur. C'était Mordred, courant vers lui... puis quelque chose d'inexplicable se produisit.

Merlin frissonna, grimaçant à la douleur dans sa tête lorsque l'image du futur se sépara en deux scènes qui se chevauchaient.

Dans la première, Mordred sourit à Arthur d'un air méprisant, lui rappela que son protecteur n'était pas là pour le sauver, avant de le tuer sans merci... Mais dans la deuxième, Arthur se précipita au secours de Mordred tandis qu'il se tournait pour faire face à la bande de guerriers qui le poursuivaient et voulaient le tuer.

Arthur et Mordred furent rapidement cernés, se tenant dos-à-dos contre un ennemi apparemment impossible à battre. Et pourtant entre les talents d'Arthur avec Excalibur et le travail de Mordred avec la magie, les choses tournaient en leur faveur. Lorsque le nombre diminua, les deux alliés se séparèrent pour se donner de l'espace. Chacun absorbé dans son propre combat, se retournant, l'épée prête à trancher dès qu'un ennemi tentait de les saisir par derrière. Et puis le moment tragique où un faux pas fit qu'Arthur trébucha dans le dos de Mordred, et que l'homme plus jeune se tourna par réflexe pour poignarder ce qu'il pensait être un ennemi.

Dans la première, Mordred rit d'un air victorieux au-dessus du roi mort. Seulement pour se retourner lorsqu'un cri de déni déchira l'air, et les nuages au-dessus rugirent de furie tandis que Merlin courait au secours de son roi. Mais il pouvait déjà sentir qu'Arthur était mort, et sa rage ne connut pas de limites lorsqu'il fit exploser et disparaître Mordred.

Dans la deuxième, les yeux de Mordred s'élargirent de réalisation horrifiée, et il lâcha l'épée enfoncée dans le torse d'Arthur pour le rattraper tandis qu'il tombait. La magie envoya voler les ennemis restants loin d'eux, tandis que Merlin se voyait à nouveau courir aider ses amis. Il regarda sa version future s'agenouiller pour saisir la tête du roi, pendant qu'Arthur murmurait un pardon à Mordred. Là où le Roi Présent et à Venir mourait dans leurs bras, sous une pluie de larmes des deux sorciers en deuil... Là où Mordred posa une main sur l'épaule de Merlin, comprenant enfin le fardeau qu'il avait porté pendant si longtemps.

'Alors c'est cela que tu as vu il y a tant d'années... Et cette douleur, ici et maintenant, est le prix que je paye pour la joie, la lumière et l'espoir que tu m'as offerts... Et que j'ai choisi d'embrasser.'

Merlin leva la tête, ses yeux indiquant qu'il connaissait déjà la réponse à cette question.

'Est-ce que ça en valait la peine ? Est-ce que la culpabilité et le chagrin que tu ressens pour ce que tu as fait en valait la peine ? Alors que si tu avais choisi l'autre chemin devant toi, tu célébrerais cet événement au lieu de le regretter ?'

Mordred acquiesça, sachant des derniers mots du roi qu'Arthur ne lui reprochait pas cette fin.

'Oui. Les années d'amitié que j'ai partagées avec toi et Arthur, sont ce qui valent le coup d'avoir mal.'

Merlin ne put retenir le gémissement de douleur qui s'échappa de sa gorge lorsque la vision le libéra, et il s'écroula sur le sol de la cave où il resta étendu, tremblant. Des larmes brouillèrent sa vision, changeant les cristaux qui l'entouraient en un chaos de lumière déchiré qu'il ne distingua pas, et il les laissa couler tandis qu'il sanglotait.

Une main vint se poser sur son épaule, chaude et rassurante, et pendant un instant Merlin crut que c'était Arthur, jusqu'à ce qu'il se souvienne qu'il était venu à la Cave de Cristal seul.

Merlin sursauta sous ce toucher, rampant sur le sol avant de se retourner pour faire face à l'individu derrière lui. Mais ce qu'il vit était très loin de ce à quoi il aurait pu s'attendre, parce que l'homme en robes qui le regardait... était lui-même. Lui-même en vieil homme, âgé et empli de sagesse.

« Q-qui êtes-vous ? Est-ce que c'est une duperie ? »

Le Merlin plus vieux sourit, légèrement amusé.

« Oh, comme je me souviens de ce que c'était, lorsque j'étais assis où tu l'es en ce moment, et lorsque j'étais celui qui écoutait ces mots au lieu d'être celui qui les prononce. »

Il s'avança, et tendit une main, offrant de remettre son autre lui sur ses pieds.

« Ceci n'est pas une duperie ; je suis toi, et tu es moi... La première fois que tu es venu dans cette cave, tu as rencontré l'écho de Taliesin, un homme qui était mort depuis des siècles. Aujourd'hui tu me rencontres moi, l'écho de toi-même venant de nombreuses années dans le futur, et je ne me souviens que trop bien du conflit et des doutes qui m'ont poussé à venir ici il y a tant d'années. Le retour de Mordred, et l'avertissement du vates... Le désir brûlant d'obtenir des réponses, peu importe à quel point c'est douloureux, et le tourment de voir Arthur mourir non pas une fois, mais deux fois dans deux futurs qui se chevauchent et qui n'ont pas encore été décidés. »

Les yeux de Merlin s'élargirent, son visage toujours humides des larmes de son tourment.

« Tu sais ce que j'ai vu ? »

Son autre lui se pencha et attrapa sa main, le remettant sur ses pieds, et il y avait du chagrin dans les yeux de l'écho.

« Je m'en souviens bien, à quel point cela faisait mal... et aussi à quel point ça faisait mal de voir l'un de ces sorts prédestinés se dérouler devant moi lorsque le jour vint. »

Il hocha la tête, voyant la question surprise dans les yeux de Merlin.

« Oui, dans le temps dont je parle, Arthur est mort, mais il est mort sans regrets et en ayant accompli son destin... et avant que tu demandes lequel de ces sorts s'est produit, je ne peux pas te le dire. Je ne suis ici que dans un seul et unique but. »

Merlin recula d'un pas, ne sachant pas s'il devait être dérouté ou simplement ébahi.

« Et quel est ce but ? »

Son autre lui se redressa, solennel et sérieux.

« Je sais que dans ce crâne épais qu'est le tien, tu suspectes maintenant la signification de l'avertissement du vates. L'image qu'il t'a montré, est ce qui se produira si tu agis stupidement et sans réfléchir contre Mordred. Si tu l'attaques, ou si tu essayes de l'éloigner de Camelot, il frappera Arthur pour se venger. Tu déclencherais un cycle sans fin, où Mordred s'attaque répétitivement à Arthur encore et encore et encore... Tu pourras déjouer chaque tentative, pour un moment, mais au final un temps viendra où tu ne seras pas là pour le sauver. Il mourra, son destin inaccompli, et ton destin échouera également. Le conflit et l'obscurité balaieraient alors les terres, et détruiraient tout ce à quoi tu tiens. »

Merlin inclina la tête, les poings serrés à l'idée de ce futur, tremblant de refus de laisser cela arriver un jour. Il leva à nouveau la tête, pour fixer son lui plus vieux d'un regard résolu.

« Alors que dois-je faire. C'est pour ça que tu es là, n'est-ce-pas ? Pour me le dire ? »

Son lui plus vieux rit, secouant la tête devant la jeune détermination de Merlin.

« Je ne suis pas ici pour te dire quoi faire, mon moi bien plus jeune et moins expérimenté. Je suis ici pour te dire la véritable signification de ce que tu viens de voir, et le choix qui est face à toi. Je sais déjà ce que tu choisiras, mais en même temps tu dois prendre la décision toi-même. Te le dire signifierait qu'une leçon importante ne serait pas apprise, et tu dois l'apprendre. »

Merlin relaxa sa posture tendue, prenant une profonde inspiration et la relâchant.

« Alors dis-moi, qu'est-ce que ça signifiait ? Quels sont mes choix ? »

Son lui plus vieux alla toucher deux cristaux, invoquant une paire d'images. Toutes deux représentaient Mordred, et étaient apparemment identiques.

« Comme la Cave de Cristal te l'a montré, la mort d'Arthur des mains de Mordred est inévitable, et pourtant les deux manières dont cette mort pourrait survenir ne pourraient être plus différentes en esprit. Mordred est un outil du destin, tout comme Morgane, et c'est une partie de leur destin de créer les événements qui vous forgent, Arthur et toi, pour vous faire devenir les légendes que vous serez un jour. Mais tout comme ils aident à te forger, tu es celui qui finit par les forger. En tant qu'Emrys, tu es le pivot autour duquel des dizaines de destins tournent, et tu es celui dont les actions envoient chaque individu le long d'une route particulière jusqu'à leur destination prévue. »

Merlin le fixa, fronçant les sourcils.

« Que veux-tu dire ? »

Son lui plus vieux soupira, solennel.

« Ne te souviens-tu pas de la façon dont tes choix ont forgé Morgane ? La décision de lui cacher ta magie, et donc de la laisser se sentir isolée et plus tard vulnérable à l'influence de Morgause. La décision de l'empoisonner, et donc de changer la façon dont elle te voyait, d'amitié en profonde haine... Avec chaque bataille que tu mènes contre elle, avec chaque défaite que tu lui infliges, tu forges Morgane et la transformes un peu plus en la sorcière sombre qu'elle est devenue. Bien sûr, la plupart de ses décisions sont prises par elle-même, mais tu es quand même celui qui l'a mise involontairement sur ce chemin. »

Merlin grinça des dents de culpabilité, et son lui plus vieux renifla.

« Oh, arrête de te sentir désolé envers toi-même. Tu es un outil du destin aussi, et cela ne peut être empêché. L'Ancienne Magie veut que la balance soit restaurée, et malheureusement les choses tendent à empirer avant de s'améliorer. Comme un feu balayant une forêt malade, brûlant ce qui est mort pour que de nouvelles plantes puissent fleurir à la place. Ce n'est pas toujours beau, ni agréable, mais c'est une partie du cycle de la vie. »

Merlin le fixa pour ces mots prononcés d'un air railleur, avançant d'un pas.

« Et si je ne veux pas être un outil du destin ?! »

Le vieux magicien devant lui se tut, et sur un signe de sa main les deux images de Mordred devinrent plus petites et révélèrent un peu plus ce qui l'entourait.

« Tu n'as pas le choix, si tu veux qu'Arthur vive et réussisse... Ceci est la leçon que tu dois apprendre aujourd'hui, parce que ce n'est qu'en l'acceptant et en l'embrassant, que tu peux être celui qui transformera Mordred en l'homme que tu veux qu'il soit. »

Les images, jusqu'à maintenant immobiles, commencèrent à bouger, et les deux silhouettes de Mordred marchèrent dans un champ ouvert vers un endroit où Merlin se vit lui-même en train d'attendre. Dans la première image, Merlin se vit lever son bâton pour se préparer à se battre, et l'expression de Mordred fut déformée par la rage avant que tous deux entament une bataille féroce. Mais dans la seconde image, Merlin se vit sourire et tendre une main, et Mordred l'accepta avec un sourire similaire, tous deux en paix avec l'autre et peut-être même amis.

Merlin avança d'un pas en direction des images, tendant la main pour les toucher. La signification des mots de son lui plus vieux commença seulement à lui apparaître.

« Être en guerre avec Mordred, ou être son ami. Le futur où Mordred tue Arthur par accident... Je suis celui qui a le pouvoir de faire en sorte que ce soit ce futur qui se produise ? »

Le vieux Merlin acquiesça.

« En effet, mais je te préviens... Être en guerre avec Mordred est de loin le chemin le plus facile à prendre, car tu as déjà gagné son ressentiment. Pour l'envoyer sur le chemin de la lumière, tu dois te battre de tout ton cœur pour réparer ce qui a été brisé ; sa foi en Emrys, et ce pourquoi tu te bats. Il te trahira bien pour Morgane, que ce soit une fois ou plusieurs, et c'est une chose à laquelle tu devras faire face et que tu devras pardonner... Mais si tu peux l'endurer, et maintenir ta foi en lui, alors tu gagneras son pardon pour les erreurs de ton passé. Et une fois que tu auras cela, son lien de loyauté envers toi sera tel que sa gratitude envers Morgane ne pourra jamais le briser. Tu l'auras forgé pour devenir une force du bien au lieu d'une force du mal. Tout ce qu'il te reste à décider, c'est si tu vas prendre le chemin le plus facile et le laisser sombrer dans l'obscurité, où si tu te crois suffisamment fort pour le sauver de lui-même. »

Merlin était juste à côté des cristaux maintenant, son regard fixé sur celui où il voyait Mordred et lui-même rire tandis qu'ils marchaient vers les tours de Camelot à distance. Voulait-il sauver Mordred, contrairement à la façon dont il n'avait pas sauvé Morgane ? Etait-il prêt à supporter les fardeaux de douleur et de trahison pour le ramener de l'obscurité ? C'était lui qui avait fait naître la haine de Mordred, le jour où il avait brisé la foi en lui d'un jeune homme en reprenant le Cristal de Neatid. Accepterait-il sa responsabilité, et travaillerait-il pour se racheter ?

Merlin referma ses mains sur le cristal contenant ce futur brillant, ses mots doux.

« Je veux le sauver. Je veux qu'il ait ce futur, pour qu'il puisse connaître la joie de l'amitié au lieu de l'amertume de la vengeance... Je dois juste savoir comment. »

Il se retourna pour demander à son lui plus vieux, seulement pour découvrir que le vieil homme avait disparu.

« Attends ! J'ai encore besoin de réponses ! »

Un vieux rire fit écho autour de lui.

'Comment est quelque chose que tu devras découvrir par toi-même... Mais pour moi cette conversation dans le temps doit maintenant se terminer, car j'attends très bientôt à ma porte une visiteuse du nom de Katia. Une jeune femme des plus remarquables, qui est une fervente adepte et croyante de la magie comme on n'aurait jamais espéré en voir... et très têtue aussi... Souviens-toi de ce jour Merlin, lorsque tu attendras le moment de faire passer ce message à ton toi plus jeune. Mais ne te tracasses pas à te demander quand ce jour viendra, car tu sauras le reconnaître le moment venu.'

Les mots laissèrent place au silence, laissant à nouveau Merlin seul dans la cave. Après un moment passé à marmonner des insultes dans sa barbe, il sortit et rejoignit Friou qui l'attendait, tous deux s'élevant dans le ciel nocturne.