Bonjour
Voici le 20ème chapitre et on arrive déjà à la moitié de cette histoire. Il y aura une suite pour info. Je suis en train de l'écrire.
Merci encore mille fois à toutes les personnes qui me lisent et m'écrivent. Et comme toujours merci à Elyrine qui me corrige et me conseille.
Bonne lecture et à jeudi
Sydney8201
Musique du chapitre :
Peacemaker de Green Day
Chapitre 20 : Evasion
« Parfois, il faut savoir reconnaître quand on est face à un adversaire qui est plus fort que nous. Si on n'a aucune chance de vaincre, il n'est pas lâche de fuir. C'est même la chose la plus raisonnable à faire. Je sais que c'est contre-nature pour toi, Dean. Je sais que tu n'aimes pas l'idée qu'on puisse te dominer dans un domaine ou dans un autre. Mais si tu veux vivre... si tu veux survivre, tu devras apprendre à faire profil bas et à partir quand tu n'as pas d'autre option. J'espère que tu sauras te montrer raisonnable. Que ton orgueil ne te conduira pas à ta perte. Rester en vie est devenu notre seul objectif. Nous n'avons plus rien à prouver. Tu n'as plus rien à prouver. Alors fuis si c'est nécessaire, Dean. S'il te plaît. »
Journal de Sam Winchester. 25 juin 2016
Castiel avait réussi à rejoindre le dépôt d'armes sans se faire repérer. Il avait croisé quelques personnes sur le chemin, mais aucune n'avait réellement prêté attention à lui. Il était important qu'il passe totalement inaperçu. Important qu'on ne se doute de rien.
Il priait pour que Gabriel ait la même chance que lui, de son côté. Il détestait l'idée de son frère prenant des risques sans qu'il soit là pour l'aider, mais ils avaient dû se séparer pour gagner du temps. Et parce qu'ensemble, ils auraient eu plus de difficultés à passer inaperçus.
Quand il arriva finalement au dépôt d'armes, il n'y avait aucun garde à l'entrée. L'homme qui l'avait surpris un peu plus tôt n'était visiblement plus là. Mais Castiel savait bien qu'ils pouvaient être à l'intérieur. Et s'ils surveillaient les armes, le jeune homme se ferait repérer. Il ne pouvait toutefois pas renoncer. Ils avaient besoin d'armes pour combattre Gordon. Il était déjà plus fort et plus entraîné que Gabriel et lui. S'ils l'affrontaient les mains vides, ils n'avaient définitivement aucune chance.
Il avait fait la promesse à son frère de ne pas prendre de risques inconsidérés. Il savait d'ores et déjà qu'il ne serait pas capable de la tenir. Il ne ressortirait pas du bâtiment sans avoir pu récupérer au moins deux revolvers. Et peu importait ce que cela lui coûterait. Il se battrait si c'était nécessaire. Il était convaincu que Dean en aurait fait autant à sa place.
Il ne devait surtout pas trop penser au jeune homme. Car à chaque fois qu'il laissa son esprit s'aventurer sur ce chemin, il l'imaginait mort ou blessé et vulnérable. Et il se détestait alors de ne pas l'avoir écouté. D'avoir insisté pour suivre Gordon quand il était évident qu'il ne leur voulait pas du bien. Il aurait dû deviner que cela se finirait ainsi. Il avait mis Dean en danger parce qu'il s'était accroché à un espoir stupide. Il avait refusé d'entendre ses avertissements. Il s'était montré stupide. Et il ne pourrait jamais se le pardonner si cela coûtait la vie à son compagnon.
Mais il était inutile de s'inquiéter sans savoir. Il devait avant tout rester concentré sur sa mission.
Il poussa la porte du bâtiment et tendit l'oreille. Il n'entendait aucun bruit. Cela ne signifiait pas pour autant que le bâtiment était vide. Il pénétra à l'intérieur et referma la porte le plus silencieusement possible. Il se retrouva dans le même couloir que quelques minutes plus tôt. Il n'avait aucune idée de l'endroit où les armes se trouvaient. Il observa une seconde la porte par laquelle il avait entendu les hommes parler. Il était trop dangereux de s'aventurer là. Il se dirigea donc vers une autre porte.
Après avoir pris une grande inspiration, il la poussa et tendit à nouveau l'oreille. Aucun bruit. La pièce semblait vide. Castiel y entra doucement en restant sur ses gardes. Il fut déçu de constater qu'il n'y avait qu'un petit bureau dans un coin et un canapé le long du mur. C'était visiblement une sorte de salle de repos. Toutefois, il la fouilla rapidement au cas où. Mais il n'y trouva rien de plus que quelques documents sans importance et des paquets entiers de café.
Jurant entre ses dents, Castiel fit demi-tour. Il lui restait deux portes dans le hall. Il choisit à nouveau de ne pas tenter sa chance dans la pièce où les hommes se trouvaient. Avec un peu de chance, les armes se trouvaient dans l'autre.
Quand il poussa la porte, un bruit à sa droite le fit sursauter. Il se colla aussitôt contre le mur et regarda autour de lui. Il n'y avait personne dans le hall. Mais il y avait de toute évidence quelqu'un dans le bâtiment. Si on le trouvait là, il n'aurait aucune excuse à fournir. Il était convaincu qu'on ne lui pardonnerait pas son intrusion. Ils l'attacheraient très certainement et attendraient ensuite le retour de Gordon. Castiel serait alors à la merci de ce psychopathe. Il osait à peine imaginer ce qu'il avait en tête le concernant.
Le jeune homme attendit quelques secondes pour s'assurer que personne n'allait sortir de la pièce dont il avait ouvert la porte avant de se décider à y pénétrer. Il regarda ensuite longuement autour de lui. L'endroit était sombre et il n'y avait aucune fenêtre. Il était difficile de voir ce qu'il contenait. Mais la pièce était bien plus grande que celle qui servait de salle de repos. C'était déjà une bonne chose. Il avança doucement jusqu'au milieu de la pièce. Il y avait des cartons à sa droite. Des caisses en bois à sa gauche. Il opta pour ces dernières, convaincu qu'elles étaient idéales pour entreposer des armes. Il souleva le couvercle de la première et jura une nouvelle fois entre ses dents en réalisant qu'elle ne contenait que des munitions. Il vérifia les autres mais ne trouva rien d'autre.
Castiel ne s'y connaissait absolument pas en matière d'armes à feu. Il n'avait aucune idée des munitions adéquates pour les armes qu'il trouverait ensuite. Il devait pourtant en prendre quelques boîtes. Il en attrapa une et lut ce qui était inscrit dessus. Il sa maudit alors de ne pas avoir pris le temps de questionner Dean sur le sujet. Quand ils étaient encore au centre commercial, c'était Gabriel qui s'occupait des munitions. C'était lui qui aurait dû venir. Car Castiel avait beau lire les indications sur les boîtes – huit millimètres, neuf millimètres, Glock, Magnum, semi-automatique – cela ne lui en disait guère plus sur ce qu'il devait prendre.
Pendant une seconde, il resta immobile à observer toutes les boîtes. Il ne pouvait pas continuer à perdre du temps ici. C'était trop risqué. Il se passa la main sur le visage puis tenta de se souvenir du peu de fois où Gabriel avait abordé le sujet avec lui.
Son frère préférait de loin les revolvers aux fusils. Il les trouvait plus facile à manier et plus pratiques à transporter. Il lui semblait se souvenir qu'il avait opté pour un pistolet avec un chargeur et non pas un barillet. Ils étaient plus faciles à recharger. Gabriel avait également plaisanté sur le nom de son arme. Smith et quelque chose. Castiel était convaincu qu'il y avait deux noms. Il croyait également se souvenir qu'il avait parlé d'un automatique.
Castiel avait le cœur qui battait trop vite et trop fort et il avait du mal à se concentrer. Il fouilla à nouveau dans sa mémoire. Gabriel avait beaucoup plaisanté sur les dégâts qu'une aussi petite arme pouvait faire. Il aurait dû plus prêter attention à ce qu'il lui disait. Mais son frère parlait beaucoup et il était souvent difficile de faire le tri entre ce qui était utile et ce qui ne l'était pas.
Il ne devait surtout pas paniquer. Il avait déjà quelques informations essentielles. Il cherchait des munitions pour un Smith et quelque chose. Un automatique. Un chargeur complet et pas uniquement des munitions seules. Il devait absolument se souvenir de la taille.
« C'est fou, Cassie, non ? Tu crois qu'on parle de huit millimètres juste parce que c'est la taille de la cartouche ou est-ce que c'est la taille du trou qu'elle laisse en atteignant sa cible ? » avait plaisanté Gabriel en chargeant son arme.
Castiel sourit en se souvenant de cette phrase. A cet instant précis, si Gabriel avait été là, il l'aurait pris dans ses bras. Son frère pouvait être agaçant parfois à plaisanter de tout et de rien. Mais dans ce cas précis, sa remarque avait probablement sauvé la vie de Dean.
Il prit plusieurs boîtes contenant des chargeurs de 8 millimètres. Il les rangea dans les poches de son pantalon avant de refermer les caisses.
Il se dirigea ensuite vers les cartons. Mais ils ne contenaient rien d'intéressant. Il soupira. Il aurait dû s'en douter. Les armes se trouvaient dans la pièce où il avait entendu les hommes parler. Ils étaient probablement chargés de les surveiller. C'était logique. Mais cela lui compliquait considérablement la tâche. Il prit quelques secondes pour réfléchir. S'il voulait accéder aux armes, il devait créer une diversion. Il jeta un coup d'œil autour de lui en quête de quelque chose pour y parvenir.
Il commençait à désespérer quand ses yeux se posèrent sur plusieurs fusées de détresse. Elles étaient posées sur une table. Castiel en prit deux avant de ressortir de la salle. Il traversa rapidement le hall puis sortit du bâtiment. Il le contourna jusqu'à se trouver près de la barrière qui les séparait de l'extérieur. Il prit ensuite une grande inspiration et en alluma une. Il la jeta un peu plus loin puis alluma la seconde et la lança à son tour. Il recula ensuite jusqu'à se retrouver devant la porte du bâtiment.
Il attendit une seconde. Personne ne sortit du bâtiment. Il allait devoir les forcer à aller voir ce qui se passait. Et espérer que cela les occupe au moins quelques minutes. Il se passa une main dans les cheveux pour se décoiffer puis cracha dans sa paume pour s'humidifier le visage. Il devait donner l'impression d'être paniqué et d'avoir couru jusque-là. Il hocha ensuite la tête puis ouvrit la porte du bâtiment avec fracas. Presque aussitôt, deux hommes sortirent de la pièce dans laquelle se trouvaient les armes. Ils avaient des fusils et étaient vêtus de treillis militaires. Des soldats. Castiel se courba alors en deux et appuya ses mains sur ses genoux en faisant semblant d'être totalement essoufflé.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda l'un des deux soldats.
Castiel se redressa doucement.
- On m'a demandé de vous avertir... il y a une brèche et... ils... quelqu'un a jeté deux fusées de détresse depuis l'extérieur... c'est... je pense qu'on est attaqués.
Les deux soldats se regardèrent alors une seconde.
- Pourquoi n'ont-ils pas déclenché l'alerte ? Demanda l'un d'eux.
Castiel ne savait rien du protocole en matière d'intrusion par des contaminés ou des humains. Il espérait juste être un suffisamment bon acteur pour se montrer crédible. Il haussa les épaules.
- Je ne sais pas... je n'ai pas posé la question. J'ai juste couru et... je crois qu'il y a des blessés.
Il savait bien que son mensonge ne pourrait pas durer bien longtemps. Il n'y avait aucun coup de feu. Aucun bruit à l'extérieur. Les soldats comprendraient vite qu'il n'y avait aucun danger. Mais il n'avait besoin que de quelques minutes seul dans le bâtiment. Il pria pour que les deux soldats se sentent tout de même obligés d'aller vérifier ce qu'il disait.
- Écoutez... je ne sais pas quoi vous dire de plus... juste... il y a des enfants ici... et s'ils... s'il vous plaît, vous devez les aider.
Pendant une seconde, il fut convaincu que les deux soldats avaient vu clair dans son jeu. Il continua toutefois à soutenir leur regard. Il respirait le plus bruyamment possible afin d'être crédible. Après un long moment d'hésitation, le plus jeune des deux soldats hocha la tête.
- Ok, on va vérifier. Toi, tu restes là et tu nous attends.
Castiel acquiesça. C'était tout ce qu'il demandait. Bien sûr, il espérait ne plus être là à leur retour. Il regarda les deux soldats quitter le bâtiment. Dès que la porte fut refermée derrière eux, il courut dans la pièce dont ils étaient sortis et laissa échapper un long soupir de soulagement en constatant qu'il y avait effectivement des armes tout autour de lui.
Il ignora les fusils et prit la direction des revolvers. Il n'avait pas le droit à l'erreur. S'il ne prenait pas les bonnes armes, ils étaient fichus.
Heureusement pour lui, la marque était inscrite juste au-dessus de la crosse. Et il était également précisé les millimètres adéquats. Il sourit en mettant la main sur deux Smith & Wesson huit millimètres qui ressemblaient en tout point à ceux que Gabriel et lui avaient eu avant de rejoindre le camp. Il les glissa dans la ceinture de son pantalon après avoir hésité à les charger.
Il prit ensuite la direction de la sortie. Il avait à peine poussé la porte qui donnait sur l'extérieur quand il entendit un homme crier depuis l'arrière du bâtiment.
- Le fils de pute !
C'était très certainement dirigé contre lui. Il n'attendit toutefois pas d'en avoir la confirmation et prit aussitôt ses jambes à son cou. Il savait que les deux soldats se lanceraient presque aussitôt à sa poursuite. Il devait absolument prendre de l'avance sur eux. Et prier pour que Gabriel ait une voiture à son arrivée au portail. S'il devait attendre même quelques secondes, il se ferait avoir. Et il osait à peine imaginer les conséquences que cela aurait sur son frère et lui.
Il avait les muscles qui le brûlaient et de la sueur qui lui coulait sur le front et dans le dos. Chaque inspiration était douloureuse et son cœur semblait sur le point d'exploser.
Les gens se retournaient sur son passage. Il espérait qu'aucun ne tenterait de l'arrêter. Il pouvait toujours les menacer avec une arme. Mais puisqu'il n'avait pas pris le temps de les charger, il ne pourrait pas faire grand-chose de plus.
Il accéléra donc le rythme sans se soucier des regards sur lui. Il opta pour le chemin le plus court. Bien sûr, cela impliquait qu'il remonte la rue principale. Et c'était évidemment un pari risqué. Mais il n'avait pas vraiment d'autre choix.
Il était presque arrivé au portail quand une main lui saisit le bras, l'arrêtant net et manquant de le faire basculer. Il tourna aussitôt le visage vers la personne qui l'avait arrêté et sentit son cœur s'accélérer en reconnaissant le soldat qui l'avait surpris à l'extérieur du dépôt d'armes un peu plus tôt dans la journée.
- Où est-ce que tu vas comme ça ?
Castiel avait deux options. Il pouvait refuser de répondre et se défaire du soldat pour prendre la fuite. Ou il pouvait inventer une histoire crédible. Bien sûr, s'il prenait le temps de parler, il risquait de voir débarquer les deux autres soldats à ses trousses. Et s'il s'enfuyait, il était fort probable qu'il se fasse tirer dessus. Les deux options présentaient des risques.
- Mon frère a fait un malaise et... je dois absolument aller voir s'il va bien. Il est... il est épileptique.
C'était la première chose à laquelle il avait pensée. Il espérait que cela suffirait à convaincre le soldat.
- Où est-ce qu'il se trouve ?
- Sur son lieu de travail... je... il a besoin de moi.
Le soldat finit par hocher la tête et par lui relâcher. De toute évidence, il le trouvait suffisamment crédible. Castiel n'avait de toute façon aucune difficulté à jouer la panique. Il était réellement terrifié. Il adressa un petit sourire au soldat pour lui signifier qu'il lui était reconnaissant avant de repartir en courant.
Il avait conscience d'être passé à côté de la catastrophe. Il n'aurait probablement pas la même chance une seconde fois.
Il rejoignit le portail quelques minutes plus tôt. Gabriel n'était pas encore là. Et il n'y avait aucune voiture dans les environs. Castiel sentit la panique l'envahir complètement. Il était à bout de souffle et il avait mal de partout. Et son frère avait visiblement échoué. Il se passa une main dans les cheveux alors que les sanglots lui montaient dans la gorge.
C'était la fin. Il allait mourir. Dean allait mourir. Et Gabriel subirait sans doute le même sort pour l'avoir aidé. Ils avaient survécus à l'apocalypse et à plusieurs hordes de contaminés pour être tués par quelques soldats. Parce qu'ils avaient été trop stupides ou trop naïfs pour se montrer prudents. Tout était de sa faute. Il avait échoué. Il avait été incapable de venir en aide à Dean. Incapable de réussir là où son compagnon n'aurait probablement eu aucune difficulté à triompher. Il était nul.
- Cassie ?
Castiel se retourna d'un bond en reconnaissant la voix de son frère. Gabriel était là. Il était en vie et il avait visiblement des clefs de voiture dans les mains. Il courut aussitôt dans sa direction et se jeta dans ses bras.
- Ok, ok, je suis content de voir que tu vas bien mais tu ne crois pas qu'on a plus important à faire que de se faire un câlin ?
Castiel rit une seconde dans le cou de son frère avant de reculer. Gabriel avait raison. Ils ne pouvaient pas se permettre de gaspiller plus de temps.
- J'ai les clefs. Mais ils n'ouvriront jamais le portail pour nous laisser sortir. C'est contre le règlement.
Castiel n'avait même pas pensé à ça. Il avait été trop concentré sur le fait de récupérer des armes et une voiture pour songer à quoi que ce soit d'autre. Mais c'était un problème. Et il n'avait aucune solution. Il sentit la panique le gagner à nouveau, le soulagement de revoir Gabriel s'évanouissant presque aussitôt.
« Réfléchis Castiel, réfléchis » s'ordonna-t-il mentalement.
Il sentit une main se poser sur son épaule et sursauta malgré lui.
- Hé, petit frère, reste avec moi, d'accord ? Et laisse-moi finir avant de paniquer inutilement. Ils n'ouvriront pas le portail pour nous, mais ils l'ouvriront pour le convoi qui doit arriver d'une minute à l'autre. Katie m'en a parlé juste avant que tu ne nous interrompes. Une partie des soldats est partie récupérer des vivres et ils ont contacté le camp par radio ce matin. Ils seront là d'ici peu. C'est notre seule chance.
Castiel avait envie de prendre son frère dans les bras à nouveau. Mais il se retint.
- J'ai les armes, expliqua-t-il alors. Mais je doute qu'on dispose de beaucoup de temps. J'ai dû créer une diversion, mais ils ont compris que je mentais avant que je ne quitte le bâtiment. Ils seront probablement là d'une seconde à...
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Derrière lui, il entendit des cris puis des bruits de pas. On courait dans leur direction. Il n'eut pas besoin de se retourner pour savoir ce dont il s'agissait. Il attrapa Gabriel par le bras.
- Où est la voiture ? Demanda-t-il.
- Cas, ils...
- Gabe, où est la voiture ? Ils vont nous tuer si on ne fait rien.
Gabriel hocha alors la tête puis se mit en route.
- Arrêtez-les ! Cria quelqu'un derrière eux.
Castiel sortit alors une arme de sa ceinture. Elle n'était pas chargée, mais personne ne le savait à part lui. Il continua toutefois à courir derrière son frère sans chercher à menacer qui que ce soit. Il n'aurait recours à son arme que s'il n'avait plus d'autre choix. Quelques personnes les regardèrent passer, visiblement surprises par ce qui se passait. Les soldats criaient toujours dans leur dos. Mais pour le moment, personne ne semblait enclin à les arrêter.
Gabriel s'arrêta finalement devant une voiture. Il s'installa derrière le volant alors que Castiel prenait place à côté de lui. Il allait fermer la portière quand un homme s'interposa et tenta de l'attraper par le bras. Castiel brandit aussitôt son arme dans sa direction.
- N'y pense même pas, lança-t-il.
Il fut surpris de voir que son bras ne tremblait pas. Et visiblement, son ton était suffisamment menaçant pour convaincre son assaillant. Ce dernier recula aussitôt d'un pas et le laissa fermer la portière. Mais ils avaient perdu quelques secondes supplémentaires et les soldats étaient à présent suffisamment proches pour leur tirer dessus. Gabriel démarra le moteur sans attendre et la voiture s'élança sur la rue principale.
Le portail n'était toujours pas ouvert et ils n'avaient nulle part où aller. Castiel était conscient qu'ils se trouvaient dans une situation désespérée. Mais il n'était pas encore prêt à baisser les bras. Gabriel non plus. Il roulait en direction du portail, visiblement convaincu qu'il finirait par s'ouvrir.
Ils entendirent un coup de feu au moment où ils approchaient. Castiel se baissa par réflexe. Un second de feu fit exploser le pare-brise arrière de la voiture. A ce rythme là, ils allaient se faire tuer.
Gabriel fit tourner la voiture pour l'éloigner de la source des coups de feu. Plusieurs soldats leur barraient le passage. L'un d'eux avait un énorme fusil dans les mains.
- Cassie, souffla Gabriel, qui semblait à présent paniqué.
- Fonce-leur dessus, exigea son frère sans hésiter.
Il était prêt à tout. Il n'aimait pas l'idée de tuer des gens mais il n'avait pas le choix. C'était tuer ou être tué. Et il devait absolument aider Dean. Gabriel accéléra et quand la voiture fut à leur hauteur, les soldats se jetèrent sur les côtés pour l'éviter. Castiel laissa échapper un soupir de soulagement. Bien sûr, ils n'étaient pas sortis de l'auberge pour autant. Ils n'étaient toujours pas sortis du camp et ils ne pouvaient pas continuer à tourner en rond. Ils allaient finir par être arrêtés. Et probablement exécutés. Castiel devait trouver une solution. Mais il ne parvenait pas à réfléchir.
Gabriel avait fait un nouveau demi-tour et avait dirigé la voiture loin du portail pour échapper aux tirs des gardes en place.
Pendant une seconde, Castiel se surprit à prier pour qu'on leur vienne en aide. Ce n'était pas quelque chose qu'il faisait souvent. Il était difficile de garder la foi quand on vous privait de vos parents durant votre enfance. Dieu ne pouvait pas être aussi cruel. Et Castiel refusait de croire qu'il puisse exister une puissance supérieure capable de fermer les yeux ainsi sur la souffrance des Ses créations. Mais à cet instant précis, il voulait croire qu'il existait quelqu'un quelque part capable de leur venir en aide. Quelqu'un qui veillait sur eux. C'était tout ce qu'il lui restait. Il était à court d'idée.
De nouveaux coups de feu résonnèrent autour d'eux. Visiblement, les soldats avaient du mal à viser une cible mouvante. Castiel savait que ça ne durerait pas. Ils finiraient par obtenir ce qu'ils voulaient. Gabriel était un bon conducteur mais il n'avait jamais rien vécu de tel.
Après un nouveau demi-tour, la voiture s'élança cette fois en direction du portail. Castiel tourna aussitôt le visage vers Gabriel. Il semblait déterminé. Et il semblait également avoir une idée en tête.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Autour d'eux, les gens criaient et couraient dans tous les sens. C'était la panique complète au camp. Castiel s'en voulait de leur faire aussi peur. Ce n'était pas son plan de départ. Il n'avait rien contre les gens qui vivaient au camp. Il aurait voulu pouvoir fuir sans causer autant de problèmes.
- Ils vont nous tuer, à ce rythme, et franchement, je refuse de les laisser faire sans me battre.
Castiel reporta son attention sur le portail qui approchait rapidement. Il serra son arme contre lui alors que les balles continuaient de voler autour d'eux. Il en entendait quelques unes heurter la carrosserie.
- Selon toi, à quel point ce portail est-il solide ?
Castiel écarquilla les yeux en réalisant ce que son frère avait en tête. Bien sûr, il savait que c'était probablement leur seule chance. Il n'en était pas moins terrifié. Et il ressentait le besoin de le faire savoir à son frère.
- C'est du suicide, commenta-t-il sans répondre à la question posée.
Gabriel sourit. A cet instant précis, il paraissait un peu fou. Il avait les cheveux qui pointaient dans toutes les directions sur la tête, un sourire terrifiant sur les lèvres et les yeux grands ouverts. Si Castiel ne l'avait pas connu, il lui aurait probablement fait peur.
- Peut-être, mais on va le faire. Pour Dean …
- Pour Dean, confirma Castiel en hochant la tête.
Il ferma ensuite les yeux alors que la voiture était proche du portail. Il était convaincu qu'ils ne réussiraient pas. Et il ne voulait pas voir le choc. Il ne voulait pas voir le moment où la voiture heurterait le portail, les tuant certainement sur le coup. Il se raccrocha aux dernières images qu'il avait de Dean. A leur dernière conversation. A ce qui avait suivi. A la façon dont Dean avait semblé prendre du plaisir. Aux sons qu'il faisait quand il était sur le point de jouir. Il aurait pu se sentir coupable de ne pas penser à son frère au moment où il allait mourir. Ou à Anna. A ses parents et à tous les gens, proches ou non, qu'ils avaient vu mourir depuis le début de ce calvaire. Il ne l'était toutefois pas. Parce qu'il faisait cela pour Dean. Il allait mourir pour tenter de le sauver et il avait besoin de penser à lui avant la fin.
Le temps sembla alors se suspendre. Il n'aurait pas su dire combien de minutes s'écoulèrent. Mais quand il ne ressentit aucun choc, il finit par ouvrir les yeux.
- Gabe ? Demanda-t-il.
Son frère explosa alors de rire à côté de lui. Une nouvelle fois, cela lui donnait l'image de quelqu'un qui avait perdu la tête. Qui était totalement délirant. Mais quand Castiel jeta un coup d'œil par le pare-brise, il comprit ce qui le mettait dans cet état.
Car alors qu'ils étaient devant le portail, ce dernier s'ouvrit lentement, leur laissant la voie libre. De l'autre côté, une camionnette était stationnée, les soldats à l'intérieur, visiblement surpris par la tournure des événements.
- Fermez le portail. Ne les laissez pas sortir, cria quelqu'un depuis la tour à la droite du portail.
Mais c'était trop tard. Castiel n'en revenait pas de la chance qu'ils avaient. Quelques secondes plus tôt, il était convaincu qu'ils allaient mourir. Et il l'avait accepté. Mais un instant avant l'impact qui leur aurait été fatal, le convoi qui revenait du ravitaillement avait actionné le mécanisme d'ouverture du portail. Et il leur offrait une porte de sortie. Il leur offrait une chance.
Gabriel la saisit sans hésiter. Il riait toujours au moment où il évita soigneusement la camionnette à l'extérieur. Les soldats sortirent du véhicule pour leur tirer dessus mais ils étaient suffisamment loin pour devenir impossible à viser quand ils passèrent outre leur surprise. Castiel éclata de rire à son tour.
- On dirait bien que la chance nous sourit, pour une fois, commenta Gabriel après quelques secondes.
Il roulait vite, sans doute pour mettre le plus de distance possible entre lui et le camp avant que les soldats ne partent à leur poursuite. Castiel hocha la tête lentement avant de se passer une main tremblante sur le visage. Il avait encore du mal à réaliser ce qui venait de se passer. Il avait été tellement sûr de mourir qu'il avait des difficultés à admettre qu'il était bel et bien vivant.
Il était toutefois important qu'il retrouve son calme et ait les idées claires. Ils n'en étaient qu'au début. Ils avaient réussi la première étape de leur plan mais ils avaient encore beaucoup à faire. Le plus difficile serait de trouver Dean. Ils n'avaient aucune expérience pour traquer quelqu'un. Et Castiel n'avait aucune idée de la façon dont ils devaient s'y prendre.
- Et maintenant ? Finit-il par demander.
Il espérait que son frère saurait quoi faire. A cet instant précis, il avait l'esprit totalement vide et il ne parvenait plus à réfléchir. Il avait besoin de son grand frère. Besoin qu'il le guide et lui dise quoi faire comme à chaque fois qu'il s'était senti perdu dans le passé. C'était différent, bien sûr. Il n'était plus question d'interrogations sur sa sexualité, sur une opportunité de travail ou sur son emménagement loin de sa famille. Il était question de sauver Dean. Mais il comptait sur Gabriel pour l'aider à nouveau. Comme il l'avait fait à chaque fois. Castiel savait qu'il avait de la chance d'avoir un grand frère. Il doutait d'avoir pu en faire autant si les rôles étaient inversés. Il se demandait souvent comme Gabriel et Dean étaient ainsi capables de trouver les bons mots, les bonnes idées sans jamais avoir eux-mêmes quelqu'un vers qui se tourner. C'était en partie ce qui les avait rapprochés. Dean le lui avait dit ouvertement. Il avait un temps vu Gabriel comme un grand frère. Et il était convaincu que Gabriel, bien qu'il soit plus âgé que Dean, avait eu la même sensation.
- Maintenant, on trouve ton petit ami et on lui sauve la vie.
Castiel sentit son cœur s'emballer en entendant Gabriel décrire Dean ainsi. Ils ne formaient pas un couple. Mais l'idée était plaisante. Il ne devait toutefois pas se laisser déconcentrer.
- Comment ? On n'a aucune idée de l'endroit où il se trouve et... Gordon a de l'avance sur nous. Ils... ils vont nous traquer et nous trouver, et...
Castiel pouvait sentir qu'il était sur le point de paniquer. Il savait que l'adrénaline de leur évasion l'avait aidé à tenir bon jusque-là. Mais maintenant que la pression retombait, il était totalement perdu et mort de peur. Il aurait aimé pouvoir garder le contrôle, mais il était évident qu'il en était à présent totalement incapable.
- Ok, Cassie, j'ai besoin que tu te calmes, d'accord ? Tu vas respirer profondément et compter jusqu'à cent dans ta tête. Quand tu auras repris le contrôle, je t'exposerai mon plan, ça marche ?
Castiel ne put s'empêcher de se demander si son frère ne cherchait pas uniquement à gagner du temps pour trouver un plan. Mais puisqu'il était à deux doigts d'hyperventiler et de perdre connaissance, il fit ce que Gabriel lui demandait. C'était une technique qu'ils avaient souvent employée avec Anna pour lui éviter une crise de panique. Et c'était efficace. Quand Castiel atteignit cent dans sa tête, il avait retrouvé une respiration normale et son cœur ne battait plus aussi vite et aussi fort. Il prit une dernière grande inspiration qu'il conserva quelques secondes dans ses poumons avant d'expirer lentement par le nez. Il se tourna ensuite vers Gabriel.
- Je t'écoute.
Gabriel hocha la tête puis retira une de ses mains du volant pour la poser sur le genou de son frère. C'était un contact destiné à le rassurer. A lui rappeler si nécessaire qu'il n'était pas seul. Castiel recouvrit la main de Gabriel avec la sienne.
- Tout d'abord, je ne suis pas sûr qu'ils vont se lancer à notre recherche. Je sais qu'ils ne doivent pas être très contents de notre fuite mais nous ne représentons pas vraiment un danger pour eux et ils ne prendront pas de risques inconsidérés pour nous retrouver. Je pense que de ce côté, on est plutôt tranquilles.
Castiel hocha la tête parce que c'était logique. Ils n'avaient pas volé grand chose et les soldats ne courraient pas le risque de se faire tuer pour récupérer deux armes et une vieille voiture. De surcroît, la plupart semblaient dégoûtés par Castiel. Ils étaient probablement soulagés de le savoir loin de leurs enfants. Gabriel avait sans doute raison. Ils ne seraient pas poursuivis.
- Concernant Dean, je sais qu'il est en danger et je suis conscient que Gordon a une belle avance sur nous mais... tu connais Dean aussi bien que moi. Il est parfaitement capable de se défendre seul. Et il a Red avec lui. Il ne se laissera pas avoir. Il est bien plus fort que ça.
Une nouvelle fois, Castiel acquiesça. Il avait confiance en les capacités de leur ancien compagnon. Il le savait capable de se défendre et suffisamment intelligent pour ne pas prendre de risque inconsidéré. Il avait survécu seul jusque-là. Il en était parfaitement capable jusqu'à ce qu'ils le retrouvent.
- Et bien sûr, il est évident qu'il sera difficile pour nous de mettre la main sur lui parce qu'il va probablement se cacher. Mais on en sait suffisamment pour commencer à chercher. On sait qu'il choisit toujours les routes secondaires. Inutile de commencer par les routes principales. On sait ensuite qu'il ne quittera pas la Californie. Ça restreint considérablement notre champ de recherche. Et en faisant un rapide calcul entre le temps depuis lequel il est parti et la vitesse à laquelle il roule... en prenant en compte les quelques arrêts qu'il fera, on peut facilement délimiter un périmètre de recherche.
Castiel était sidéré par ce qu'il entendait. Son frère semblait avoir pensé à tout. Il ne l'avait jamais vu comme ça. N'avait jamais imaginé qu'il serait ainsi capable de réagir avec calme et aplomb dans une situation aussi désespérée.
- Bien sûr, on ne sait pas dans quel sens il est parti. C'est là tout le problème. Il ne t'a pas donné le moindre indice sur la direction qu'il allait prendre ? Il ne t'a pas parlé d'un endroit où il envisageait de se rendre ?
Castiel prit quelques secondes pour réfléchir. Dean ne lui avait rien dit de tel. Il avait simplement parlé de son désir de rester en Californie. Il n'avait donné aucun détail. Ne semblait même pas savoir lui-même où il souhaitait se rendre. Castiel fouilla alors un peu plus dans sa mémoire. Il devait bien y avoir quelque chose que le jeune homme lui avait dit et qui lui permettrait de se faire une idée. Quelque chose. Un détail. Il se tourna brusquement vers son frère quand il réalisa quelque chose.
- Palo Alto, s'écria-t-il alors.
Gabriel sursaute et donna un coup de volant qui manqua de les envoyer dans le bas-côté. Il prit le temps de redresser le véhicule avant de prendre la parole.
- Tu crois que c'est là qu'il est allé ?
Castiel secoua aussitôt la tête. Non, il était convaincu que Dean ne s'y trouvait pas. Il était même absolument certain qu'il allait éviter cette ville à tout prix. Il se souvenait d'avoir deviné une tension chez le jeune homme quand ils avaient croisé un panneau indiquant qu'ils s'en approchaient peu avant leur arrivée à Sacramento. Il n'y avait pas vraiment prêté attention sur le moment, mais il était à présent évident que ça avait de l'importance. Il réfléchit à nouveau durant quelques secondes. Il savait que Palo Alto était surtout connu pour son campus. Stanford était une des universités les plus cotées du pays. Dean avait très certainement perdu un frère. Un petit frère puisqu'il avait assuré n'avoir jamais eu d'aîné. Il était possible que son frère ait étudié à Palo Alto et que s'y rendre soit trop douloureux pour lui. Il sourit malgré lui.
- Non, bien au contraire... je crois... non, je sais, que c'est l'endroit qu'il va chercher à éviter... et par là, j'entends qu'il ne sera certainement pas en état de croiser ne serait-ce qu'un panneau annonçant le nombre de kilomètres qui le séparent de cette ville et il... je pense qu'il est parti au nord.
Gabriel ne semblait pas bien suivre son raisonnement. C'était normal, sans doute. Il n'avait pas passé autant de temps à observer Dean que son frère. Il ne pouvait pas avoir remarqué son malaise au moment où ils avaient passé les panneaux indiquant leur proximité avec Palo Alto.
- Ok, je veux bien te suivre sur ce coup, mais... j'aimerais assez que tu m'expliques ton raisonnement.
Castiel se passa une main sur le visage. Il n'en revenait pas de ne pas avoir compris avant. De ne pas avoir percé Dean à jour au moment même où ils étaient encore sur la route. Tout lui paraissait désormais tellement évident qu'il avait la sensation d'avoir été idiot jusque-là.
- Ok, je sais que tu n'as sans doute pas perdu autant de temps que moi à étudier Dean et... je suppose que tu n'as pas dû remarquer, mais... il est évident qu'il était tendu... plus encore que d'habitude au moment où on a croisé les panneaux indiquant Palo Alto et... on est tous les deux d'accord sur le fait qu'il a probablement perdu un frère... son petit frère peu de temps après l'apocalypse.
- Sans doute que j'aurais remarqué ça si j'avais autant envie que toi de percer le mystère Dean Winchester... ou si cherchais par tous les moyens à le convaincre d'écarter les cuisses pour moi.
Ce n'était pas méchant. Castiel ne fut pas vexé par la vulgarité des propos de son frère. Il n'avait jamais eu aucun mal à parler de sexe. Et il n'était pas gêné à l'idée que son frère puisse coucher avec des hommes. C'était sa façon à lui de chercher à le détendre. D'agir comme il aurait agi si la situation n'avait pas été désespérée. Il voulait donner un sentiment de normalité à son frère. Et cela fonctionnait à merveille.
- Ah ah, très drôle Gabe... mais c'est sérieux, tu sais. Je veux dire... en sachant tout ça, il n'est pas difficile d'en déduire que le frère de Dean... celui qui est mort... étudiait probablement à Stanford. Et vivait sans nul doute à Palo Alto. Je veux dire, ça colle avec l'âge de Dean, non ? Et le peu de choses qu'on sait et... enfin, je sais qu'il se sentait triste de nous laisser derrière lui et je suppose qu'il n'était pas en état de... d'affronter ça seul. Du moins pas juste après être parti. Ce qui ne lui laisse guère d'options que de rouler au nord.
- Il a parlé de revoir l'océan l'autre jour, ajouta Gabriel en souriant.
Castiel hocha la tête. Il était presque sûr de lui, à présent.
- Il est évident qu'il va mettre un maximum de distances entre lui et Los Angeles et qu'ensuite, il rejoindra la côte. Et puisqu'on sait qu'il ne prendra pas de routes principales, je suppose que notre champ de recherche est suffisamment réduit pour avoir de bonnes chances de le retrouver, non ?
Gabriel acquiesça à son tour. Il dirigea ensuite la voiture à droite à l'intersection devant eux puis accéléra sensiblement. Ils ne dirent rien pendant de longues secondes. Castiel était perdu dans ses pensées. Il sursauta quand son frère se racla la gorge pour attirer son attention.
- Si son frère étudiait à Stanford, il devait être sacrément doué. C'est une université plutôt réputée.
- Une des meilleures, confirma Castiel avec un sourire.
- Pas étonnant que Dean soit aussi fier de lui.
Castiel fronça alors les sourcils. Il ne comprenait pas comment son frère pouvait savoir que Dean était fier de son frère. Il était convaincu qu'ils n'en avaient jamais parlé ensemble. Le jeune homme refusait catégoriquement d'aborder le sujet.
- Comment peux-tu le savoir ? Demanda-t-il alors.
Gabriel haussa les épaules en accélérant sensiblement.
- C'est quelque chose que je peux comprendre... c'est... parfois, quand il était silencieux pendant un long moment... il avait ce regard... et je savais... je savais qu'il pensait à lui. Ne me demande pas comment je peux en être aussi sûr. C'est un truc de grand frère et... je pouvais lire dans ses yeux l'amour qu'il avait pour lui... le chagrin de l'avoir perdu et... la fierté qu'il avait pour lui. C'est exactement ce à quoi je ressemble quand je pense à vous... à toi ou à Anna. Je te l'ai dit... c'est un truc de grand frère.
Castiel fut touché de l'entendre et surpris de voir que son frère avait visiblement mieux cerné Dean que lui. Ce n'était toutefois pas aussi surprenant quand il prenait le temps d'y réfléchir. Ils se ressemblaient beaucoup, tous les deux. Ils avaient vécu la même chose. Dean avait perdu son petit frère et Gabriel sa petite sœur. C'était quelque chose qui les liait forcément. Même s'ils n'en avaient jamais parlé ouvertement.
- Hé Cas... tu sais qu'on va le retrouver, hein ?
Castiel hocha la tête, même s'il n'avait pas la même confiance que Gabriel en leur réussite. Il ne voulait pas faire de la peine à son frère en lui disant le contraire. Il avait envie de croire. Il avait besoin de rester optimiste. Et Gabriel était parfait pour ça.
- Il sera probablement furieux d'apprendre que nous avons pris tous ces risques pour lui. Il nous fera la morale jusqu'à accepter qu'il n'a pas d'autre choix que de composer avec nous.
Castiel sourit alors. Il pouvait déjà entendre Dean leur hurler dessus. Leur dire qu'il n'avait pas besoin d'eux. Tout en les remerciant silencieusement d'avoir tout fait pour le retrouver. Il ne savait pas encore ce qu'ils feraient ensuite. S'ils reprendraient la route avec lui. Et pour combien de temps. Il ne savait pas s'il existait un autre endroit comme Sacramento. Il l'espérait. Et il espérait également que Dean serait enfin prêt à abandonner la route pour s'installer avec eux quand il trouverait un tel endroit. Il avait pu affronter une séparation. Il doutait d'être capable de revivre la même chose. Et surtout pas après avoir eu peur pour Dean. Après s'être senti aussi impuissant. Il aurait besoin de garder le jeune homme auprès de lui pour veiller à ce que rien ne lui arrive. Mais il était trop tôt pour penser à ces choses. Trop tôt pour faire des plans pour l'avenir. Ils devaient avant tout retrouver Dean et se débarrasser de Gordon. Ils envisageraient le reste ensuite.
« Une chose à la fois. » pensa-t-il alors en soupirant. « Une chose à la fois. ».
