CHAPITRE XX

Les choses continuèrent comme elles avaient commencé et les petites anicroches se multiplièrent tout le long de leur parcours, qui lui firent perdre de vue, son désir de rappeler Don. Quand enfin, ils posèrent leurs sacs dans l'adorable petit chalet qui allait être le leur durant les sept jours suivants, il se rendit compte qu'il était désormais trop tard pour appeler : ici pas de téléphone ! Juste un poste émetteur en cas d'urgence…

Il haussa les épaules : après tout, ça n'avait pas grande importance. Don comprendrait bien dans quel état d'esprit il se trouvait au moment du départ et il ne lui en voudrait pas. Et puis, même s'il lui en voulait, de toute façon…

Il décida de ne plus penser à tout ce qui l'avait contrarié depuis leur départ et de se concentrer sur ce qui semblait maintenant, enfin, se dérouler selon ses plans : Amita et lui, perdus en pleine nature, rien que tous les deux pour une longue semaine ! Il se tourna vers elle, le sourire aux lèvres.

- Alors, professeur Ramanujan ? Le coin vous plaît ?

- C'est superbe Charlie ! Vraiment superbe ! Et ce chalet me plaît beaucoup. Je vais enfin pouvoir m'occuper de toi sans te partager avec personne.

- Tu comptes vraiment t'occuper de moi ?

- Et comment ! Par contre, ajouta-t-elle, l'air mutin, quelque chose me chagrine.

- Quoi ? s'inquiéta-t-il aussitôt.

- Je ne vois pas le moindre poste de télévision. Qu'allons-nous donc pouvoir faire durant les sept longues soirées qui vont se succéder, isolés de tout, loin de la ville et de ses tentations ?

- Je ne sais pas… Tu n'as pas une petite idée ?

- Et bien… peut-être.

Lequel des deux fit le premier un pas vers l'autre ? Sans doute se rejoignirent-ils dans le même temps et leurs lèvres se soudèrent en un baiser voluptueux qui alluma instantanément le désir en eux. Leurs mains s'attaquèrent fébrilement aux boutons, fermetures éclairs et autres agrafes qui fermaient les vêtements et ils furent très vite nus, alternant caresses et baisers, se laissant emporter par une vague de sensualité irrépressible. Enlacés, ils tombèrent sur le grand lit qui occupait le centre de la chambre et Charlie laissa sa bouche errer sur le corps d'Amita qui gémit sous les sensations qu'il éveillait en elle. Elle répondit à ses caresses avec ardeur, l'excitant à son tour des mains et de la bouche jusqu'à ce qu'elle sente contre elle son sexe rigide. Une nouvelle flambée de désir s'alluma en elle et elle écarta les jambes en lui disant :

- Viens, prends-moi.

Elle n'eut pas besoin de répéter son invite. Déjà, il était en elle et elle geignit lorsqu'il commença à aller et venir tout en douceur d'abord puis de plus en plus vite tandis que leurs mains et leurs bouches continuaient de s'activer pour décupler leurs sensation. Ils accélérèrent le rythme, haletant à l'unisson, en proie à une jouissance de plus en plus dévastatrice jusqu'à l'orgasme final qui les laissa tous les deux vidés et heureux de leur accord parfait.

- Reste encore un peu, murmura-t-elle lorsqu'elle le sentit sur le point de se désengager.

Ils adoraient rester ainsi enlacés, juste après l'amour, comme pour prolonger encore ce moment d'intimité où, l'espace d'un moment torride, ils n'avaient plus formé qu'un corps. Il la serra contre lui et s'émerveilla, une fois encore, de sa beauté et de sa sensualité. Il lui semblait qu'il ne serait jamais rassasié d'elle. Sa main se mit à courir sur son dos, puis descendit doucement sur les fesses douces et il sentit le désir se rallumer en lui tandis qu'elle se laissait envahir par de douces ondes de plaisir qui insinuaient chaque fibre de sa chair. Elle se mit à onduler doucement des hanches, pour masser sa verge, toujours en elle, et lui redonner de la vigueur. Il ne tarda pas à être de nouveau en érection et il recommença son délicieux mouvement de va et vient tandis qu'elle l'encourageait de la voix et des gestes, éveillant en lui un plaisir qui confinait à la souffrance et qui explosa dans un cri après quelques minutes de jouissance intense.

*****

Ce moment de plaisir n'était que le prélude d'autres instants tout aussi exquis qui les réunirent durant les vingt-quatre heures qui suivirent. Ici, ils se sentaient libres de s'aimer sans avoir à se demander si quelqu'un n'allait pas venir les déranger au moment crucial, ou sans être gênés si des cris leur échappaient au paroxysme du plaisir : personne ne pouvait les entendre. Libérés de ces petits désagréments qui entravaient parfois leurs étreintes, il leur semblait que leur entente n'avait jamais été aussi profonde, que leur plaisir n'avait jamais été aussi parfait.

Le bonheur, ce devait être ça, songeait le mathématicien au crépuscule du deuxième jour. Ils s'étaient aimés un peu plus tôt et Amita reposait, nue, sous ses yeux. Il ne se lassait pas d'admirer les courbes de son corps parfait, s'émerveillant qu'elle puisse être à lui. Jamais il n'aurait cru pouvoir un jour posséder une telle femme : pour lui, elles étaient l'apanage de son superbe grand frère. Lorsqu'il était étudiant, il lui semblait qu'il n'aurait jamais droit qu'à des adolescentes boutonneuses, à des fortes en thèmes disgracieuses qui ne voyaient en lui que le génial Charles Eppes et qui s'extasiaient niaisement devant son génie, sans jamais regarder l'homme. Avec Amita rien de semblable, leur entente physique ne le cédait en rien à leur entente intellectuelle.

Il avançait lentement la main vers elle, lorsque le monde vint se rappeler cruellement à eux.