Chapitre 19 : Give me a reason

C'était une nuit claire et douce. Une légère brise soufflait sur l'académie, faisant frémir les feuilles dont les bruissements berçaient les élèves. Le ciel était dégagé, offrant une magnifique vue sur la multitude d'étoiles qui le parsemait. Tsuki ressentait un bien-être rare, une chaleur agréable l'envahir. Elle profitait toujours de ces instants tranquilles où son anxiété permanente s'effaçait, laissant place à des sentiments plus positifs. Il n'y avait aucun doute sur la cause de cette sérénité : un certain jeune homme aux cheveux couleur de Lune. Curieux, comme la simple présence du garçon avait un effet apaisant sur elle. L'adolescente se retourna vers son compagnon, admirant avec adoration la manière avec laquelle il semblait faire corps avec la nuit. Sa peau pâle et ses cheveux d'argent reflétaient la Lune et semblaient briller dans les ténèbres nocturnes, mettant en valeur ses traits angéliques, ses yeux envoûtant, semblables à deux pierres précieuses dans lesquelles on pouvait lire des émotions uniques. Son uniforme donnait une certaine élégance à sa silhouette -bien que cette impression fût accompagnée d'un air rebelle créé par la visible réticence du garçon à mettre ses vêtements comme il se devait- et mettait en avant son corps musclé et fin, dont on distinguait les contours grâce à la coupe du costume. Le tout formait une vision séduisante et mystérieuse qui plaisait fortement à la fille. Tsuki ne comprenait toujours pas pourquoi le jeune homme n'était pas populaire... pourquoi personne n'avait encore cherché à creuser sous sa carapace. Derrière la façade brusque et presque violente se cachait un véritable trésor, elle le savait, mais parfois l'impression lui venait qu'elle était la seule à en avoir conscience. Si seulement d'autres qu'elle voyait les autres côtés de celui qu'elle aimait un peu plus chaque jour … Les événements du matin même lui revinrent, formant un léger sourire sur son visage.

La pluie, bien que vraisemblablement calmée, frappait toujours le toit des écuries lorsqu'une paire d'yeux bleu océan s'ouvrit. Tsuki se sentait enveloppée d'une chaleur confortable, dans laquelle elle se blottit encore plus avec un petit soupir de contentement. Après quelques secondes de semi-coma, elle finit par regagner un semblant de conscience, se rendant compte que la douce tiédeur contre laquelle elle était pressée bougeait légèrement. En lui prêtant plus d'attention, les boum boum réguliers d'un cœur résonnèrent dans ses oreilles. Le rouge lui monta aux joues tandis que les événements de la veille et ce qu'ils impliquaient lui revinrent : elle était dans les écuries, et la personne à ses côtés n'était autre que Zéro ! Ce dernier était visiblement encore prisonnier des bras de Morphée, sa tête appuyée contre le haut de la sienne, son bras inconsciemment enroulé autour de sa taille. Elle rougit de nouveau, avant de tenter de se déplacer afin de mieux voir le garçon. Au bout de quelques mouvements hautement surveillés, calculés pour ne pas le réveiller, Tsuki parvint à reposer la tête de son compagnon sur son épaule et se redressa. Elle ne put retenir un sourire devant la beauté presque enfantine du visage paisible du chargé de discipline. Sans même pouvoir se retenir, elle fit glisser ses doigts le long de sa joue, appréciant la douceur de sa peau pâle. C'était probablement le plus beau réveil qu'elle avait eu depuis bien longtemps. La jeune femme profita du sommeil de celui qu'elle aimait pour l'observer avec plus d'attention. De longs cils clairs, de la même couleur que ses cheveux, frôlaient sa joue, son nez était long et fin, ses sourcils taillés parfaitement, sa bouche juste assez pulpeuse pour être atrocement désirable... Il formait la personnification du mot « angélique », si on enlevait son tatouage et ses piercings. « Un ange rebelle, pensa-t-elle avec amusement. Si on devait le décrire, ce serait sûrement comme ça. » Un geignement se fit entendre, indiquant le réveil du jeune homme, qui eut le réflexe de se blottir contre elle. Elle rougit, encore, mais eut la bonne réaction de le supprimer avant qu'il ne se réveille. Une paire d'yeux améthystes s'ouvrit, emplis d'une torpeur bienfaitrice. Zéro tenta -et échoua- de supprimer un bâillement alors qu'il se redressait, le tout en clignant les yeux d'un air fatigué. Jusqu'à ce qu'il se rende compte de la personne sur laquelle il avait vraisemblablement dormi.

« Qu-Quoi ? Tsuki … ? »

La jeune femme devait l'avouer, non seulement elle adorait que son prénom s'échappe de ces lèvres exquises qu'étaient celle du garçon, mais si en plus il prenait forme d'une voix ensommeillée et surprise... Aaaah ! C'était juste trop mignon ! Elle rougit. L'impression lui venait qu'elle ressemblait à toutes les groupies fans de la classe de nuit... Et ce n'était pas pour lui plaire.

« Bonjour, Zéro, finit-elle par répondre. Bien dormi ? »

« Hmm. Toi ? »

« Yep. »

Tsuki regarda son compagnon avec délectation alors qu'il s'étirait, observant la peau douce ,sous laquelle se contractaient des muscles parfaits, alors que le pull de son ami se soulevait. Elle était tant obnubilée par le jeune homme qu'elle entendit à peine sa question.

« Il est quelle heure ? »

S'en suivit un regard affolé.

« Oh, oh... »

Puis ce fut la débandade. Un peu plus tard dans la matinée, c'est-à-dire à dix heures et demi, on vit deux des chargés de discipline arriver dans la salle de cours, les cheveux en bataille et les vêtements complètement mal mis.

Un éclat de rire s'échappa d'entre ses lèvres au souvenir de la matinée. Ce que ç'avait pu être drôle, tout de même ! Et puis, elle devait bien admettre que se réveiller au côté d'un garçon pareil n'avait rien de désagréable... loin de là.

« Quelque chose te fait rire ? »

La voix légèrement boudeuse de son ami résonna dans ses oreilles. Elle laissa échapper un nouvel éclat de rire avant de répondre :

« Oui ! J'étais en train de penser à ce matin, quand on a dû courir jusqu'à nos dortoirs en glissant à moitié dans la boue pour nous changer. »

Un petit sourire éclaira le visage de Zéro, lui aussi amusé par le souvenir.

« C'est de ta faute, si ç'avait été moi, j'aurais marché. »

« Oui, et on se serait pris quatre heures de colle au lieu de deux ! »

Ils se lancèrent un regard joueur avant de se concentrer sur leur chemin, éclairé par la lumière tamisée de la Lune. Tout était calme et beau, simple et attrayant. Tsuki fut prise d'une forte envie de glisser sa main dans celle, plus grande, de son compagnon. Elle savait que c'était impossible, que ça le serait probablement toujours, mais elle ne pouvait s'empêcher de vouloir se rapprocher du jeune homme. Une pointe de tristesse la gagna, mais elle tenta de l'ignorer.

« Je pense qu'on a fait le tour. »

Elle hocha de la tête distraitement avant d'envoyer un « bonne nuit » presque inaudible.

« 'Nuit. »

Le lendemain matin était d'une monotonie confondante mais rassurante. L'académie se réveillait tranquillement, et on entendait les élèves discuter dans les couloirs. Tsuki venait de finir de se préparer et marchait vers la chambre de Yuuki et Yori en baillant. Là, elle retrouva ses deux amies en train de discuter en souriant. Elles se saluèrent avant de se mettre en route vers le bâtiment principal. Cela aurait dû être un matin d'une monotonie confondante mais rassurante. Cela aurait dû être simple mais joyeux. Mais -parce que pour une raison, il y avait toujours un mais- ce ne fut pas le cas. Les trois filles étaient en train de marcher paisiblement vers leur salle de classe quand elles tombèrent sur un spectacle des plus troublants et révoltants. Un garçon de la Day Class était en train d'agresser un autre élève, beaucoup plus chétif que lui, le plaquant sauvagement contre un mur en l'insultant de tout les noms. Yuuki, écœurée par cette scène, se précipita vers les deux jeunes hommes.

« Lâche-le immédiatement ! »

Cela eut pour effet de gagner l'attention de l'agresseur en herbe, qui se retourna vers l'adolescente et la tua du regard. Malheureusement pour lui, ladite adolescente avait passé les quatre dernières années de sa vie à endurer des yeux bien pires que ceux-là, et ne broncha même pas. Probablement frustré d'avoir si lamentablement échoué, le gaillard s'avança vers elle d'un air menaçant, laissant sa précédente victime glisser sur le sol en toussant et en tremblant. Tsuki décida que c'était le moment d'agir. Elle se glissa entre son amie et la racaille d'un air déterminé.

« Tu vas m'accompagner bien gentiment chez le direc- »

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'elle sentait un coup fulgurant qui résonna dans son crâne, l'envoyant valser sur le côté. Elle s'effondra sur le sol, sa vision rendue floue par la puissance de l'impact. Sans même avoir eu le temps de se reprendre en main, la jeune femme fut soulevée par son avant-bras. Mauvais. C'était vraiment mauvais. Une vague de peur la submergea, alors que les souvenirs de ses trois mois de calvaire lui revenaient. Sauf que cette fois, son bourreau n'était pas une fille, mais un jeune homme pour le moins imposant. Ce dernier se préparait à lui envoyer un nouveau coup afin de « lui apprendre la leçon ». Elle ferma les yeux, attendant avec angoisse la douleur qui n'aurait su tarder... Rien ne vint. Ses paupières s'ouvrirent au moment même où elle rencontrait le sol, son agresseur l'ayant lâchée et ses jambes ne la supportant plus vraiment. Devant elle se tenait un Zéro vraiment, vraiment en colère. Même de dernière lui, elle sentait la rage incontrôlable qui émanait du chargé de discipline. Celui-ci, les yeux emplis d'une fureur encore jamais vue, fixait le délinquant. Si le regard avait pu tuer, il ne faisait nul doute que le vaurien eût été transformé en une pile de cendres fumante. Kiriyu avait stoppé son coup d'un mouvement rapide et fluide qu'il n'avait même pas vu venir et tenait son poing dans une étreinte si forte qu'elle en était douloureuse. Il semblait user de toute sa maîtrise de lui-même pour ne pas le frapper jusqu'à ce que mort s'en suive.

« Qu'est-ce que tu penses être en train de faire... ? »

Tous les élèves de l'académie avait l'habitude d'entendre le chargé de discipline leur crier dessus. Or, il parlait en cet instant d'une voix dangereusement basse, presque gutturale qui témoignait d'une colère tout juste contrôlée. L'attroupement d'adolescents qui s'était rassemblé autour de la scène depuis le début de la scène avait triplé de volume. C'était la première fois depuis le début de l'école qu'un élève humain dépassait tant les bornes et qu'on voyait Kiriyu pris d'une rage pareille. Le délinquant lui-même avait fortement pâlit, ne s'étant pas douté une seconde que le chargé de discipline pouvait être encore plus effrayant qu'il ne l'était déjà d'ordinaire. Il se mit à trembler un peu lorsque le jeune homme aux cheveux argentés se rapprocha de lui les laissant à seulement quelques centimètres d'écart, lui donnant une vue sur ses yeux brûlant de colère.

« Réponds-moi. Qu'est-ce que tu penses être en train de faire ?! »

La voix du garçon était entre un murmure et un hurlement, chaque mot teinté d'une fureur indescriptible. L'agresseur, qui quelques instants auparavant se pavanait en pensant qu'il était le roi du monde et que personne ne pouvait le vaincre, était devenu muet, ses cordes vocales refusant de fonctionner. Eût-il été en dehors des terrains et des règles de l'académie, il était persuadé qu'il aurait déjà été transféré à l'hôpital avec des blessures dont il aurait mis des mois à se remettre. Il émanait de Zéro une furie et une puissance phénoménales. Pour un peu, on eût dit qu'il ne semblait même plus humain tant la rage marquait son visage. Une poigne de fer s'empara du col de l'élève, le forçant à avancer en suivant le chargé de discipline. Il fut ainsi traîné pendant une dizaine de mètres avant que Kiriyu ne se lasse et le lâche après lui avoir donné l'impulsion suffisante pour faire quelques pas de plus en titubant. Ce dernier prit une dernière fois la parole, encore profondément marqué par une colère dont personne n'avait envie d'être la cible :

« Marche. Jusqu'au bureau du directeur. Et si tu tentes de me faire un coup foireux je ne donne pas cher de ta peau. »

Il se retourna vers Yuuki : « Occupe-toi d'elle et de l'autre, je te les laisse. »

Puis les deux jeune hommes disparurent au coin du mur. La tension, qui avait été presque palpable quelques secondes auparavant, se dissipa quelque peu, laissant place à des murmures de plus en plus nombreux. Tout le monde s'accordait sur trois choses : Kiriyu avait été extrêmement effrayant, néanmoins il avait eu raison et l'autre méritait d'être sévèrement puni. Tsuki, toujours assise par terre, ne savait pas trop quoi faire. Sa tête tournait tellement qu'elle avait à peine pu suivre la tournure des événements. Le visage inquiet de Yuuki s'imposa à elle.

« Tsuki ! Ça va ? Tu peux te lever ? »

Sa voix alarmée l'aida à se ressaisir quelque peu. Elle haussa les épaules, ne connaissant aucune des réponses. Sans prévenir, à moins qu'elle eût juste été tellement dans les nuages qu'elle n'avait rien entendu, un bras se glissa autour de sa taille alors que le sien se plaçait autour des épaules de son amie. Elle fut traînée/tirée jusqu'à l'infirmerie. La jeune femme ne savait pas trop ce qu'elle faisait, et c'était vraiment inquiétant. Ses oreilles sifflaient, et ses battements de cœur résonnaient dans son crâne comme autant de coups de marteau. Une profonde angoisse s'était emparée d'elle et refusait de partir, emprisonnant son cœur dans un entonnoir. Elle avait mal, elle avait peur, et elle ne comprenait rien de ce qu'il se passait autour d'elle. Au prix d'efforts de concentration presque surhumains, elle finit par assimiler qu'elle devait se reposer et qu'il était hors de question qu'elle aille en cours. Des bribes de phrase lui firent saisir qu'elle avait eu un mauvais coup sur la tête, ou quelque chose du genre. Mais bientôt plus rien n'avait d'importance que le lit dans lequel elle était, et elle fut heureuse de se retrouver enveloppée dans les ténèbres du sommeil.

« Comment va-t-elle ? »

« Et bien, ça aurait pu être bien pire. Ce vaurien lui a donné un sacré coup dans la tempe, et avec la puissance de l'impact, elle a de la chance de pas avoir de dommages cérébraux. Ce genre de coup peut être fatal dans une bagarre. Enfin bon, heureusement, avec le repos qu'elle a eut aujourd'hui tout sera rentré dans l'ordre d'ici ce soir. Dans les prochains jours elle va sûrement avoir de gros maux de tête, mais ça passera vite. »

« Hn. Merci. »

« De rien, Kiriyu-kun. »

Tsuki se réveilla au son de plusieurs voix qui s'élevaient dans l'infirmerie. Elle se redressa doucement, regrettant aussitôt son geste. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser. Sa tempe droite la lançait atrocement, et elle ne put retenir un gémissement de douleur. Deux mais vinrent appuyer sur ses épaules, l'obligeant doucement à se recoucher. Se concentrant sur son environnement, elle découvrit Zéro et l'infirmière. La colère de son ami avait visiblement été remplacée par une forte inquiétude, celle-ci se lisant clairement dans ses yeux.

L'infirmière lui expliqua qu'elle avait pris un fort coup dans la tempe droite qui entraînerait des maux de tête pour les deux prochains jours, douleurs contre lesquelles elle reçut des médicaments. Les deux adolescents finirent par se retrouver seuls dans l'infirmerie, la soignante étant partie chercher des produits ou parler au directeur.

« Comment tu vas ? »

La voix de son compagnon était hésitante, inquiète, presque inaudible. Le connaissant, Tsuki se doutait qu'il devait s'être fait un sang-d'encre pour rien. Enfin, peut-être pas pour rien, étant donné que le coup de tout à l'heure eût pu la tuer, mais bon...

« Je vais bien, Zéro. Mis à part le fait que j'ai l'impression que ma tête va imploser, bien sûr. Merci de m'avoir sauvée. »

Elle lui envoya un sourire qui disait « arrête de t'inquiéter, tout va bien ». Elle était reconnaissante au jeune homme d'avoir sauvé sa peau, et sentait une chaleur bienfaitrice s'installer dans sa poitrine lorsqu'elle repensait à la colère noire dans laquelle il avait été en voyant ce que l'autre élève voulait lui faire. Soudain, une question germa dans son esprit.

« Dis-moi... Il est quelle heure ? »

« Tu as dormi toute la journée, répondit-il. Il est dix-huit heures trente. »

« … QUOI ?! »

Une semaine avait passé depuis « l'incident ». Le mal de tête de Tsuki était passé plus rapidement que prévu, et elle ne sentait désormais plus rien. Le délinquant responsable de son problème avait été suspendu pendant une semaine -et avait eu la peur de sa vie-. En bref, tout était redevenu normal. Néanmoins, la jeune chargée de discipline était inquiète. Cela faisait facilement trois semaines que Zéro n'avait pas bu de sang, et il avait été blessé entre temps. Elle suspectait que le jeune homme se batte encore contre lui-même dans le but de ne « pas lui faire de mal ». Cela la révoltait, le point auquel son ami refusait de prendre soin de lui. Elle avait parfois envie de lui frapper le crâne jusqu'à ce que l'idée rentre dedans, mais après avoir enduré les maux de tête qui s'en suivaient, elle optait toujours pour garder son calme.

« Jinsei ! Je vous ai posé une question ! »

« Hein ? »

Et deux heures de colle, deux. Tsuki hésita un instant à se taper la tête contre la table, mais opta pour la négative. La perspective de repasser deux jours à l'infirmerie en compagnie des murs blancs ne l'enchantait guère. Et puis, d'autres choses l'occupaient qu'une nouvelle tentative de suicide. Zéro était d'une pâleur maladive depuis le début de la journée, et ne dormait pas en cours, ce qui voulait dire que quelque chose le perturbait. Son intuition disait à la jeune femme qu'elle savait exactement quoi, d'ailleurs. Néanmoins elle ne pouvait rien faire d'autre que d'attendre que les cours se finissent. Il ne restait plus que deux heures avant la fin de la matinée... Elle espérait juste que le garçon tiendrait le coup jusque là.

Mais ce n'était pas comme si c'était contrôlable. Elle s'en rendit compte bien trop vite à son goût.

Une demi-heure passa avant que la crise ne commence. Tsuki comprit ce qu'il se passait au moment où tout le corps de son ami se crispa à l'unisson. L'une des mains du jeune homme serrait son pantalon de toutes ses forces, comme pour dissiper la douleur qui venait de l'assaillir. Dans une tentative désespérée de soulager celui qu'elle aimait, l'adolescente posa sa main sur la sienne et entama de petits massages circulaires. Sous les mèches qui cachaient les trois quarts de son visage baissé, Zéro envoya à son amie un regard rouge sang qui appelait à l'aide sans le vouloir. La chargée de discipline leva la main et prit la parole sans en attendre la permission:

« Kiriyu ne se sent pas bien, je l'emmène à l'infirmerie. »

N'attendant pas plus une quelconque permission -qu'elle n'avait pas demandé, d'ailleurs- elle se leva, posant doucement sa main dans le dos du vampire. Courage. Tu peux le faire. Une fois dehors tu pourras te soulager. Au prix de ce qui sembla être -était- un effort surhumain, le garçon se leva et sortit le plus vite que ses jambes endolories le lui permirent, suivi de près par Tsuki, qui échangea un regard entendu avec Yuuki. La brune dut courir après son ami, qui se précipitait vers les toilettes. Au diable les règles de bonne conduite, elle rentra elle aussi dans la pièce réservée aux élèves masculins. Le spectacle qu'elle y découvrit lui brisa le cœur. Penché au dessus d'un des lavabos, le jeune homme recrachait douloureusement les Blood Tablets qu'il avait tenté d'ingurgiter. Elle se dépêcha de se rapprocher de lui, massant délicatement son dos tendu au delà de l'imaginable en murmurant des mots apaisants. Cette scène la renvoyait à ce qu'il s'était passé dans les écuries quelques semaines auparavant. La fille se souvenait de la réaction plus ou moins positive qu'elle avait reçu en faisant ces gestes, et n'hésita pas une seconde à les reproduire. Elle accompagna Zéro au sol lorsque ses jambes l'abandonnèrent, le serrant dans ses bras doucement. La respiration erratique de son compagnon résonnait dans ses oreilles alors qu'elle tentait désespérément de détendre ses muscles atrocement tendus que les convulsions n'arrangeaient guère.

« C'est bon, Zéro. Mords. Il n'y a aucun problème. C'est normal, il n'y a pas de mal à ça. N'hésite pas, tout va bien. Je le veux, d'accord ? Je te le demande. Fais le pour moi, si tu ne veux pas le faire pour toi. »

Le jeune vampire résista encore quelque instants, mais la douceur et la sincérité des mots que lui soufflaient son amie étaient trop tentantes... Il mordit.