Honneur et dignité

Tandis que le capitaine Kuchiki et Omi discutaient, le cortège atteignit l'entrée du manoir Kenishi. Il passa un large portail et pénétra dans une vaste cour pavée, entourée d'immenses bâtiments à l'aspect solennel. La litière traversa la cour tout droit, s'immobilisa et toucha le sol. Le capitaine en descendit, aidant la jeune femme à sortir. Devant eux se dressait une porte monumentale aux battants de bois sculptés. Ils passèrent le seuil et entrèrent dans un vaste hall, de style un peu sévère, mais fortement décoré pour l'occasion, tandis qu'un serviteur annonçait leur arrivée.

La salle était emplie d'une foule de personnages distingués arborant des tenues toutes plus somptueuses les unes que les autres, et bavardant en toute quiétude. A l'entrée de Kuchiki Byakuya et Uragami Omi, les conversations s'arrêtèrent ou se réduisirent à un murmure. Omi sentit tous les regards converger vers eux, quelques-uns juste curieux, beaucoup stupéfaits et certains malveillants. La jeune femme raidit la nuque et garda les yeux fixés au fond de la salle, où le maître de maison et son épouse accueillaient leurs invités. Elle traversa la salle aux côtés du capitaine d'un pas digne, la tête droite, ignorant les regards et les murmures qui les suivaient.

Le chef de clan les salua avec bonhomie et remercia avec amabilité le capitaine Kuchiki pour le cadeau qu'il lui offrit, un manuscrit rare. En revanche, son épouse se montra tout juste polie avec Kuchiki Byakuya et glaciale avec Omi.

Ayant rempli ses devoirs envers le maître de maison en lui présentant ses respects, le capitaine Kuchiki fit le tour de la salle pour saluer les personnes les plus importantes, Omi se tenant toujours à ses côtés. Il commença par les principaux chefs de clan. Ceux-ci furent très froids avec le capitaine, et profitèrent du fait qu'ils ne connaissaient pas sa compagne pour l'ignorer complètement. Certains allèrent même jusqu'à tourner le dos au couple et s'absorbèrent dans leur conversation, feignant de ne pas le voir pour ne pas avoir à le saluer.

C'est seulement à ce moment qu'Omi mesura l'ampleur du scandale causé par leur prétendue liaison : il en fallait beaucoup pour pousser ces gens à insulter de la sorte le chef du puissant clan Kuchiki. Celui-ci ignora complètement ces derniers, mais son regard prit des reflets d'acier. Le chef du clan Kyōraku fut le seul à se montrer aimable avec le couple, mais Omi avait l'impression que c'était dû à un défaut de son éducation qui l'empêchait d'être désagréable avec quiconque.

Parmi les flots de soie bariolée des vêtements de cérémonie apparaissaient quelques sombres uniformes de shinigamis. Le capitaine Soi Fon faisait partie des invités de la réception. Kuchiki Byakuya alla saluer cette dernière et échangea avec elle quelques propos anodins sur leur travail. Soi Fon profita de ce qu'elle n'était pas observée pour adresser un imperceptible signe de tête à Omi, qui s'en sentit réconfortée.

Tandis que les deux capitaines discutaient, la jeune femme reconnut parmi les invités proches l'un des deux conjurés venus la visiter, le petit bonhomme. Celui-ci conversait avec un vieillard barbu à la raideur sévère et aux allures de lettré, envers qui il semblait faire preuve de la déférence la plus obséquieuse. Le conspirateur feignait d'ignorer la jeune femme avec une application qui aurait éveillé les soupçons de n'importe qui, si la moitié de la salle n'était pas en train de faire de même.

La jeune femme vit s'approche du petit groupe qu'elle formait avec Soi Fon et Kuchiki Byakuya deux autres capitaines de division. Le premier était un homme aux longs cheveux blancs, l'air contrarié. Il portait l'uniforme classique. Le second avait agrémenté le sien d'un haori rose à fleurs et d'un chapeau de paille. Sa tenue était en total décalage avec la solennité et l'élégance de la réception. Le second capitaine porta la main à son chapeau qu'il souleva légèrement, et aborda Kuchiki Byakuya d'un ton familier.

-Byakuya, tu nous présentes ? demanda-t-il nonchalamment. Je ne crois pas connaître cette charmante dame.

-Capitaine Kyōraku, capitaine Ukitake, permettez-moi de vous présenter la princesse Uragami Omi, fit poliment Kuchiki Byakuya.

Un éclair de compréhension traversa le regard du capitaine Kyōraku, aussitôt remplacée par l'expression insouciante qui semblait lui être habituelle. L'autre capitaine conservait son air mécontent, mais Omi comprit rapidement que sa contrariété était en fait dirigée contre le capitaine Kuchiki.

-Byakuya, demanda-t-il d'un ton ferme, est-ce que je peux te parler à part ?

Le capitaine Kuchiki se tourna vers sa compagne qui acquiesça d'un signe de tête. Les trois hommes s'éloignèrent, observés à distance par la jeune femme. Omi soupçonnait qu'elle était le sujet de leur conversation, mais elle était trop loin pour saisir le sens de leur discussion. Celle-ci semblait animée. A en juger par les expressions des trois capitaines, Ukitake semblait reprocher quelque chose à Kuchiki Byakuya qui écoutait d'un air impassible pendant que Kyōraku tentait de calmer le premier.