Chapitre 20

Je m'écroule par terre avec un soupir éreinté. Des gouttes de sueurs perlent le long de mes cheveux et les plaquent sur mon visage. J'attrape une serviette et me la met sur la tête, rampant de quelques mètres sur ma gauche pour atteindre l'ombre d'un pin.

Je passe ma main droite dans ma barbe que je n'ai toujours pas tailler, puis rabat mes cheveux en arrière, qui eux-aussi commencent à être long.

-Déjà fatigué ? Me lance Aaron au loin, un marteau et une boîte de clous dans les mains.

-Je m'accorde une pause, ça fait une semaine qu'on est dessus non-stop, je l'ai bien mérité, je rétorque en baillant longuement.

-Profite-en, c'est pas encore fini ! Sourit-il avant de repartir rejoindre les quelques pensionnaires toujours attelés à leur tâche.

La reconstruction des bâtiments de la Colonie détruits pendant l'attaque progresse bien.

Autrement dit, tous les pensionnaires sont de corvée.

Heureusement, à part quelques fils d'Arès et d'Hypnos grognons, tous le font de bon coeur. Ca leur permet de se concentrer sur autre chose que tous les morts et blessés.

Ils essaient de fuir la réalité, mais c'est compréhensible. Qui de censé ne le ferait pas ?

Je m'allonge contre l'arbre, et prends quelques secondes supplémentaires pour contempler le jeu des rayons de lumières qui passent à travers les branches, comme une danse douce, portée par le vent, qui se reflète sur le sol vert en une mosaïque noir et blanche.

Mes paupières se ferment petit à petit, et je me laisse emportée sans lutter.


Zoé me fait face, l'épée au poing. L'Arène est vide, silencieuse et sombre. Le ciel au-dessus parait lointain et flou. Un légère brise soulève les cheveux de mon amie, dévoilant un regard brûlant d'une haine froide.

Sous mes yeux ébahis, son visage se métamorphose. Halley, Adaline, Alizéa, Diana, ma mère, d'autres que je crois reconnaître brièvement mais dont les noms ne me reviennent pas. Seul ses yeux restent identiques.

-Sais-tu qui tu es, mon ange ? Demande t-elle soudain, son visage continuant son incessante transformation.

Mes lèvres sont scellés, je ne peux ouvrir la bouche. Ma langue effleure des fils de fers qui traversent ma peau, et je me rends compte avec effroi que j'ai la bouche cousue.

-Qui es-tu privé de parole ? Continue la silhouette de Zoé, s'avançant pas à pas. Une simple enveloppe vide d'idées et d'intérêts. Que pourrais-tu faire ? Que pourrais bien changer quelqu'un qui n'est même pas ?

Je la regarde sans comprendre, mon coeur battant la chamade.

-Tu ne sais même pas qui sont ces gens autour de toi, alors comment pourrait-tu te connaître toi-même ? Tes erreurs te conduiront à ta perte, et tu emporteras nombre de tes amis dans ta chute.

Une montée de colère m'emplit le ventre, mais je ne peux toujours pas protester.

-Ne te débats pas, petit ange. Ton destin est scellé, ta vie est déjà écrite à l'avance, comme celle de tous les demi-dieux. Quand tu te retrouveras en face de ta destination finale, tu comprendras enfin.

Un sourire désolé et amusé se dessine sur les lèvres de la figure de Zoé, puis elle disparaît en même temps que le décors autour de nous.


Un jet d'eau me trempe de la tête au pied, me tirant au passage de mon sommeil.

-Une vraie feignasse, j'hallucine, lance Zoé en roulant des yeux.

-Je venais de m'endormir ! Je proteste en crachotant.

-Ca fait trois heures que tu dors, c'est l'heure du dîner, rétorque t-elle en me tournant le dos avant de partir d'un pas rapide.

-C'est gentil d'être venu me réveiller, je grommelle avant de trottiner pour la rattraper.

Nous traversons de nombreux chantiers de fortunes, ou s'emmêlent planche de bois, brique, sac de ciment et divers instruments. Nous aurions pu faire appel à des cyclopes envoyés par l'Olympe, mais Monsieur D a dit, je cite : ''Ca vous forgera le caractère ! Rien de mieux que des travaux manuels pour s'endurcir.''

Et bien sûr, il passait ses journées à siroter un Coca Light et à glander à la Grande Maison, qui avait été miraculeusement épargnée par les flammes.

Enfin bon ...

Je marche donc côte à côte avec Zoé, gravissant les quelques marches menant au self.

Elle fait mine de ne pas être touchée, et évite le sujet quand on lui en parle, mais je sais que son petit carnage improvisé lors de l'attaque la travaille.

Quoi ? Vous me trouvez dur sur les mots ?

C'est ce qu'elle a fait, un carnage. Il n'y a pas d'autres expressions qui me vienne en tête.

Le point positif si on peut dire, c'est qu'elle a l'air de passé plus de temps avec Adaline. Je les vois souvent ensemble, et pendant ces rares fois, Zoé arrive à sourire.

-Dit Zoé ... je commence.

-Oublie.

-Quoi ? Je proteste en me tournant vers elle.

-On ne parlera pas de l'attaque, laisse tomber. J'en ai marre que les gens me questionnent sur la réunion d'urgence. Ca restera entre les conseillers, point.

-Je m'en fou de ça, c'est pas mon problème, je rétorque sur un ton dur. Je voulais savoir comment tu avais fais pour créé ta propre tempête perso.

Elle s'arrête net. Nous sommes à quelques dizaines de mètres du réfectoire ou s'agite les pensionnaires en train de souper. Elle me lance un regard dubitatif, avant de me prendre par le bras et de m'attirer un peu plus loin.

-Tu es toujours pas au courant après tout ce temps passé ici ? Personne ne t'as rien dit ?

-Qu'est-ce qu'on m'a pas dit ? Et ne t'avise pas de changer de sujet ! Je fais en la voyant prendre une inspiration ennuyé.

-Ecoute, j'ai pas envie que tu me vois différemment parce que ...

-Parce que quoi ?

-Mes parents sont assez célèbres à la Colonie. Leur réputation m'a suivit. Tu sais ce que c'est d'avoir les attentes des gens sur tes épaules ? Leurs regards envieux ou impressionnés à chaque fois que tu les croises ? Tu imagines le regard de certains quand ils savent que ... que je suis proche avec Adaline ?

Je fronce les sourcils, sans réellement comprendre son insinuation.

-Qu'est-ce que Adaline a fait de mal ?

Elle roule des yeux, exaspérée. Je déteste quand elle fait ça.

-Adaline a rien fait, crétin. Je parle du fait que je préfères les filles, c'est mal vu.

-Je le sais déjà ça. Tu m'expliques en quoi c'est mal ?

Elle me regarde un moment dans les yeux, perplexe. Un petit sourire satisfait se dessine sur ses lèvres.

-On a beau dire ce qu'on veut, tu as quand même des bons côtés Zack, déclare t-elle.

-C'était censé être un compliment ça ? Je demande en me grattant l'arrière de le tête.

Elle me balance un coup dans l'épaule.

-Oui, ''Faucheur'', profite-en, ça se reproduira pas souvent.

-Tu as changé de sujet, je rétorque en souriant. On parlait de tes parents. De comment tu avais contrôlé l'eau, tous ça, tu te rappelles ?

Elle soupire longuement, regardant autour d'elle en cherchant ses mots.

-Oui, je te disais ... commence t-elle.

-Qui est ton parent divin ? Je le connais peut-être ?

-Percy Jackson et Annabeth Chase. Ce sont mes parents. Je suis la fille des deux demi-dieux les plus connus du millénaire, me déclare t-elle sur ton posé, comme si elle m'annonçait qu'elle allait faire les courses.

Je reste un instant pantois, à la regarder dans les yeux, perplexe.

-Et tu me dis ça maintenant ? Comme ça ? Tu aurais pu attendre qu'on vive une aventure palpitante, un combat épique contre un monstre énorme, et à l'issu de celui-ci tu m'aurais avoué ça dans un moment dramatique, je sais pas.

-On est pas dans une série ou un bouquin qui veut en faire des caisses sur le drama, Zack, réplique t-elle avec un regard exaspéré. C'est la réalité ici.

Je roule des yeux avant de lui lancer un grand sourire.

-Faut y mettre un peu du tiens ! Et quel est le rapport avec tes pouvoirs ? Tes parents sont spéciaux ou quoi ?

-Mon père est le fils de Poséidon, le dieu de la Mer. J'ai hérité de ses pouvoirs.

-C'est carrément la classe, je dis lentement, les yeux écarquillés.

Elle pouffe doucement, et ça me fait du bien de la voir sourire un peu.

-Et ta mère alors ? Je questionne, plus sérieux.

-Fille d'Athéna.

-Tu as pas hérité de son intelligence apparemment, je la taquine avec un clin d'oeil.

J'écope directement d'une droite dans l'épaule.

-T'es sûre que t'as pas du sang d'Arès ? T'es plutôt violente comme fille.

-Tais-toi, dit-elle. On va manger.

Et elle part en direction du réfectoire sans un regard en arrière. Je cours à sa suite pour la rattraper.

J'arrive à sa hauteur et passe un bras sur ses épaules avec un grand sourire.

-Boude pas, je l'embête encore un peu. Tu es un peu comme une célébrité dans ce monde en faite ?

Elle soupire longuement avant de secouer la tête.

-On peux dire ça. Même si les gens me laissent tranquille, j'ai toujours le droit à des regards remplis d'attentes, on compte sur moi pour régler les situations difficiles ou prendre des décisions. Je n'aime pas ça. Je ne veux pas que la réputation de mes parents me suive. Je suis normale ... ou du moins, normale ici, ajoute t-elle après un temps de réflexion.

-Qu'est-ce que c'est la normalité, après tout ? Je l'interroge avec un clin d'oeil.

Elle ne répond pas et semble perdu dans ses pensées un instant, puis elle s'arrête soudainement. Je me rends soudain compte que nous sommes arrivés au réféctoire, et que de nombreuses têtes se tournent vers nous tandis que j'ai toujours mon bras sur l'épaule de Zoé.

-Tu crois qu'ils vont commencées à douter de ta sexualité maintenant ? Je murmure à l'oreille de Zoé.

Elle rit et se dégage avant d'aller rejoindre la table de Poséïdon. Je la vois tout le temps à celle des Athéna, mais apparemment, elle a envie d'être seule aujourd'hui. Je hausse les épaules et me dirige vers celle des Apollon. Je n'ai pas vraiment le droit d'y aller, il y a des règles, mais puisqu'on ne s'est pas qui est mon parent divin, et que je fais flipper la moitié de la Colonie, on ne me dit rien. Tant mieux d'ailleurs. J'ai seulement le droit aux regards récalcitrants de Dionysos, mais ça aussi, je m'en fou.

Je vais donc m'asseoir à côté de Aaron qui me lance un grand sourire entrecoupé de morceaux de salades, avant de moi-même commander à manger aux nymphes qui passent en coup de vent remplir les assiettes de nos plats préférés.


-Et tu te souviens du jour ou Clément a plongé dans le lac à poil avant de se rendre compte qu'une colonie de vacances d'enfants se baignait pas loin ? Demande Halley, les larmes aux yeux, peinant à articuler tandis qu'elle rit de bon coeur.

-Le plus drôle, c'était la sortie ! Je l'ai jamais vu aussi rouge de toute ma vie ! J'enchérit sur le même ton, peinant à reprendre ma respiration.

Un silence s'installe entrecoupé par des petits rires qui fusent, tandis que je prends un morceau de gâteau en contemplant les Aphrodite et les Déméter faire une course de canöé sur le lac.

-Ils me manquent ces deux enfoirés tu sais ? Je fais en lui jetant un coup d'oeil.

-Moi aussi ... et les filles surtout, on peux même pas parler par sms ou Skype, tout ça ne marche pas ici, grogne Halley en prenant à son tour un morceau de gâteau.

-Tu n'as jamais tenté de sortir pour aller sur internet ou utiliser ton téléphone ?

-J'ai jamais osé, ils sont plutôt strict avec les règles depuis quelques années. Apparemment, Percy Jackson et ses amis auraient tellement causés de soucis en s'échappant de la Colonie que les limites sont biens gardées maintenant.

Je hoche la tête sans un mot, et note cette information dans un coin de ma tête.

Encore une belle journée de plus à la Colonie. Ca fait maintenant deux semaines que l'attaque est passée. Les conversations à son propos ont commencées à disparaître petit à petit, les gens essaient de passer à autre chose. Mais tout cela sonne faux. Je vois bien dans les regards et les comportements des gens une certaine tension.

Officiellement, on ne sait toujours pas d'où sont venus tout ces monstres, ni qui a organisé l'attaque.

La thèse d'une brèche dans la barrière magique a été évoquée, mais c'est hautement improbable.

En revanche, j'ai entendu de temps à autre les conseillers échanger des chuchotements affolés. Mais si c'est grave, ils n'ont pas considéré comme important d'en informer le reste de la Colonie, ce qui peut expliquer en partie la tension qui règne ici.

Personne n'aime rester dans l'ignorance, et encore moins dans l'insécurité.

-Toujours pas de nouvelles informations pour l'attaque ? Je questionne doucement, sachant le sujet sensible.

-Les jumelles ne veulent rien nous dire, en tout cas. Elles n'ont jamais vraiment fait leur boulot de conseillères de notre bungalow, mais là c'est pire, on dirait qu'elle en ont carrément plus rien à faire de nous.

-Ca ne m'étonne même pas ... je grogne.

-Je comprendrais jamais ce que tu as contre elle, tu ne leur a jamais parlé, dit-elle en fronçant les sourcils.

-Le feeling ne passe pas bien, je rétorque, vous connaissez ça les filles non ? C'est pas vous qui jugez n'importe qui d'un simple regard sans même leur parler ?

Elle rit doucement, puis soupire, vaincue.

-Je t'accorde ce point. Mais évite les remarques du genre ''vous, les filles ...'', ça fait macho.

-Mais je suis un macho Halley.

-Un macho avec autant d'amies filles ? J'aurai plutôt opter pour un gay, à la limite.

-Si seulement ... je réplique avec un sourire charmeur, en la regardant dans les yeux.

Elle croise mon regard et roule des yeux, exaspérée.

-Ca marche plus depuis des années ce genre de regard, Zack.

-Ca marchait pourtant bien, avant.

-Avant.

-T'es vachement dure d'un coup, j'ai touché un point sensible ?

-On change de sujet, Zack.

-Okay, je me tais, je ris en retournant la tête vers la course de canöé.

Les Aphrodites sont en train de gagner, et franchissent la ligne d'arrivée avec des cris de joies. D'ici, je vois une bande de filles et de gars tous plus beaux les uns que les autres enlevés leurs vêtements de la Colonie et plonger dans le lac, sous les regards renfrognés des Déméter.

Je ris tout seul, et Halley me lance un regard mauvais.

-Les mecs ... murmure t-elle en levant les yeux au ciel.

Je lui fais un clin d'oeil, et m'avance pour m'allonger dans l'herbe.

-T'as conscience que j'ai l'impression que tu ne fais que dormir ? Tu fais quoi la nuit ? Demande Halley en me regardant.

-Si tu savais ... je réplique avec un clin d'oeil avant d'appuyer ma tête sur mes bras croisés.

-Depuis quand tu joues les mecs lourds toi ?

-Je rigole Halley, détends-toi, je souris en m'installant mieux.

J'entends un soupir et je la sens s'allonger à côté de moi. Nos bras se touchent.

Pour être honnête avec vous, je continue mon entraînement dans l'Arène chaque nuit. En presque un mois, j'ai réussi à maîtrisé la faux au-delà de mes espérances. C'est comme si ... comme si cette arme était faite pour moi.

Je ne suis pas idiot, il m'arrive de réfléchir. Je sais bien que tout ces signes, la marque de Thanatos apparue l'autre jour dans l'Arène, mon maniement quasiment instinctif de la faux, mes rêves étranges, mes crises de colère, tout ça est lié. Mais je ne veux pas y penser.

Et c'est moi qui parlait des gens qui fuient la réalité, hein ?

Je suis partisan d'une certaine façon de penser : tout arrive en tant voulu.

Alors autant profiter de l'instant, de ma tranquilité, et si jamais les événements doivent s'accélérer ... Et bien, je serai prêt.


-Tu en as mis du temps aujourd'hui, me lance une voix boudeuse sur ma droite.

Je retiens un petit sourire, et me dirige vers le petit buisson ou je cache ma faux.

Une jolie fille à la longue chevelure, plus petite que moi, une robe bleue moulante en haut et fluide en bas me fait face, jouant avec un sac à l'imprimé camouflage militaire long de presque trois mètres.

-Fais attention à ne pas te blesser avec ça, ça coupe, je réplique en lui prenant doucement le sac des mains.

Elle ne le lâche pas et m'oblige à regarder ses yeux verts bleus, qui me rappelle ceux de Zoé. En plus beau, peut-être.

-Tu veux venir ? Je demande innocemment.

-Tu connais déjà la réponse, idiot.

Elle lâche le sac et se dirige vers l'Arène, me distançant déjà. Je la suis des yeux, amusé, avant qu'elle ne se retourne et me balance avec un regard plein de sous-entendus :

-Tu fais quoi ? Tu admires la vue ? On se dépêche.

Et elle repart au même pas. J'enfile rapidement le sac en travers de mes épaules, et trottine pour la rattraper.

La lune est cachée à intervalles régulières par des nuages épais, mais aucun vent ne souffle et l'air ambiant est juste bon. L'Arène a été légèrement touchée lors de l'attaque : quelques piliers ont perdus de gros morceaux de marbre, et une partie du toit en bois et toile a brûlé et s'est écroulé. Mais sinon, rien de grave, le tout tient encore debout.

Je sors précautionneusement du sac le manche noir ébène terminée par une lame de fer stygien encore plus sombre, aux reflets argentés. Je vois un peu plus loin Alizéa grimper sur le muret qui sépare le centre de l'arène des gradins, et sortir un crayon de papier et un calepin de je ne sais où, avant de prendre une mine patiente.

-J'attends plus que toi, crie-elle.

-Tu permets que je m'échauffe, je rétorque en riant.

J'effectue quelques mouvements rotatifs et pas sur le côté, pour chauffer mes muscles et articulations.

Puis, petit à petit, je tends mes muscles, je fais des gestes plus techniques, plus exigeants physiquement.

L'air siffle tandis que ma lame le tranche à toute vitesse.

Je travaille mon jeu de jambe et mon centre de gravité, essayant de ne pas être déséquilibré par le poids de ma faux qui se mouve avec fluidité entre mes mains.

Je dois réussir ce soir. Je suis prêt. Je vais y arriver.

Je me concentre un instant, et effectue une rotation sur moi-même pour donner de la force centrifuge à mon arme, avant de faucher l'air avec force.

Rien ne se passe, sauf que j'ai l'air d'un idiot. Je pousse un grognement, et retourne à ma position de départ.

Je ferme les yeux un instant, me remémorisant les gestes a effectué, bien que je les connaissent déjà par coeur.

Je fais un pas en avant et fais tournoyer ma faux au-dessus de moi, puis un pas sur le droite et je tourne sur moi-même. Je continue ainsi en donnant petit à petit de la vitesse à ma faux tout en gardant l'équilibre. Je me tends soudain, et effectue de nouveau une rotation sur moi-même en projetant ma faux dans un mouvement horizontal contrôlé.

L'air siffle avec véhémence, puis semble se déchirer, et une onde de choc invisible fauche quasiment instantanément les mannequins présent à une vingtaine de mètres de moi.

Je m'immobilise, pétrifié, et je baisse les yeux vers ma faux.

Qu'est-ce qu'il vient de se passer ?

-Alizéa, tu as vu ce que j'ai vu ? Je demande doucement sans lâcher ma faux du regard.

-Hein ? Quoi ? J'ai presque terminé, attends.

Je lève les yeux vers elle, et la vois sauter du mur avec une mine satisfaite.

Elle se dirige vers moi avec un petit sourire, et me tends son calepin.

Sur le dessin, on voit un homme aux cheveux longs figés dans les airs, la posture dynamique, un genoux fléchi et l'autre jambe tendus sur le côté, une faux immense et sombre tournoyant autour de sa tête. Les ombres sont réalistes, d'un précision exemplaire.

Je regarde l'oeuvre d'Alizéa avec de yeux émerveillés.

-On dirait que des centaines d'années à dessiner n'ont pas été sans résultats, je chuchote doucement.

Elle ne réponds rien, et quand je lève les yeux, je vois ses joues teintés d'un léger bleu.

Nos regards se croisent et le sien se durcit soudain.

-Qu'est-ce que tu crois ? J'avais du temps à perdre. Etre la nymphe du ruisseau de la Colonie est un boulot chiant à mourir pendant le reste de l'année.

-Heureusement que tu m'as rencontré alors, je glisse subtilement.

-Heureusement que toi, tu m'as rencontré, qu'est-ce que tu ferais ici, sans moi, livré à toi-même ?

-Je m'entraînerai ? Je rétorque, me grattant le menton innocemment.

-J'aurai dû te laisser souffrir avec ton bras l'autre fois, ca t'aurait appris le respect.

Je grimace au souvenir de l'os sortant de mon bras.

-Merci encore, pour ce coup là. J'ai été vraiment con.

-Ca change de d'habitude ?

Je lui lance un regard exaspéré, mais elle me tends son dessin avec un grand sourire.

-Quoi ? Qu'est ce qu'il y a ?

-Je te le donne.

-Tu m'offres ton dessin ? Wow, on m'avait pas offert de dessin depuis le CP ! Merci Ali' !

-Tout compte fait, vu que tu es si ingrat, je vais plutôt le déchirer ou le jeter dans le lac.

-Non non surtout pas il est super joli !

-Trop tard.

Elle prends le dessin entre ses deux mains et se prépare à le déchirer en deux. Je tente d'attraper ses mains mais elle lèvent le dessin au-dessus de sa tête.

Je réussis à prendre ses deux poignets entre mes mains et à la bloquer dans son geste.

Je me rends soudain compte que nos corps sont très proches, et que je sens son souffle sur mon cou.

-Ne fais pas de bêtises, je murmure, mes mains bloquant toujours ses poignets.

-Qu'est-ce que tu me donnes en échange ? Rétorque t-elle sur le même ton.

-Ma gratitude ?

-Ca ne me semble pas suffisant ...

Nos regards se croisent, et je la vois fermer les yeux avant d'approcher doucement son visage du mien. Je sens la tension dans ses poignets se relâcher, et son souffle sur mes lèvres tandis que le peu d'espace qui restaient entre nous disparaît.

Soudain, à la dernière seconde, je prends le dessin de ses mains et m'éloigne d'un pas. Elle manque de tomber en avant et je la rattrape de ma main libre.

-Espèce de ...

-Merci pour le dessin, je fais en déposant un baiser rapide sur sa joue. Je vais l'accrocher dans ma chambre.

-Crétin, fait-elle en tentant de m'envoyer une baffe.

Je l'esquive sans difficulté en riant.

-Tu as encore du boulot pour être assez rapide.

Un jet d'eau venu de nul part m'arrive en pleine tête et calme mon rire.

-Heyhrrh, je proteste, la bouche pleine d'eau.

-Je m'en vais.

-T'as failli abîmer le dessin ! Je crie en m'essuyant le visage.

-C'est pas mon soucis.

Et elle disparaît dans un nuage de brouillard.

Je suis pris d'un soudain sentiment de culpabilité, vite remplacé par l'amusement de la situation.

Je secoue la tête, puis jette un coup d'oeil au dessin. Mon sourire s'agrandit encore plus.


Une éclat de lumière sur ma gauche attire mon attention tandis que je me promène sur le bord de la plage. La lune brille toujours dans la nuit chaude, aucune brise ne souffle. Tout est calme.

Je m'avance à pas précautionneux tandis que j'entends une voix s'élevée entre deux dunes, de là d'ou vient la source de la lumière.

-... se doutent de rien, Any, arrête de t'inquiéter pour rien, tu me stress.

-Mais si ...

-Arrête. Tout s'est bien passé, point.

Je m'agenouille et m'approche doucement. Le bruit de mes pas est attisé par le sable, mais je reste prudent. Je jette un coup d'oeil discret pour voir un feu de camp aux flammes faibles, et autour de celui-ci : les jumelles d'Hécate, Any et Sharlène.

Un léger frisson me parcours, et je me fige en entendant la suite de leur discussion.

-Le nouveau n'a pas posé autant de problèmes que prévu, finalement, déclare Any.

-Non, il a même été calme. A part sa petite aventure avec les chiens des Enfers, il s'est fait discret. Peut-être que notre avertissement à son arrivée lui a servi de leçon, fait Sharlène sur un ton satisfait.

-C'est dommage, il avait l'air mignon pourtant, boude Any.

-Tu trouves tous les gars mignons, soupire Sharlène.

-Même pas vrai. Au moins, moi je ne suis pas amoureux d'une fille à qui je ne veux pas l'avouer depuis des années.

-Tais-toi. On arrête de parler de ça. Concentre-toi sur les préparatifs.

Un grognement de protestation s'ensuit, mais Any ne dit rien.

De quels préparatifs parle t-elle ?

J'hésite à jeter un autre coup d'oeil pour voir ce qu'elles font, mais de mauvais souvenirs me reviennent en mémoire et m'empechent d'avancer.

En tout cas, je suis sûr d'une chose. Deux filles d'Hécate qui font un feu sur la plage au beau milieu de la nuit, il y a pas plus suspect.

Je prends mon courage à deux mains, et décide de regarder rapidement malgré mon appréhension.

Je n'ai que le temps de voir Sharlène jeter des objets inconnus dans le feu avant que Any se lève d'un coup et regarde dans ma direction.

-Quoi ? Fait Sharlène.

-Il m'a semblé voir ...

Mon coeur s'emballe. C'est impossible qu'elle m'ait vu. Ne bouge pas Zack. Reste immobile.

-Il y a personne qui se trimballe dans la Colonie à cette heure, les harpies les auraient déjà dévorés, ils n'ont pas de sort d'invisibilité, eux.

Any continue de regarder dans ma direction en se dévissant la tête, hésitant à se lever.

-Pourtant, je suis sûr que ...

-Ca y est ! J'ai fini, dit soudain Sharlène. On peut rentrer.

-C'est pas trop tôt ! Fait Any avec un soupir de soulagement, détachant totalement son attention de moi. J'ai tellement sommeil.

-T'es toujours en train de te plaindre, soupire Sharlène. Allez, on sera bientôt parti de toute façon, tu pourras te reposer autant que tu veux.

Un souffle de vent balaie les flammes, et les filles se lèvent toutes les deux, partant dans la direction opposée à ma position. Je cligne des yeux une seconde, et toute trace de leur feu de camp improvisé a disparu. C'est comme si je venais d'avoir une hallucination.

Je secoue la tête.

Oui, c'est sûrement ça. J'ai dû rêver, encore une fois.

Je lâche un soupir de soulagement avant de m'asseoir dans le sable, face à la mer peu agitée.

Il fallait que je vois ça, évidemment. Je ne pouvais pas me promener tranquillement sur la plage, non.

Mais ...

Peut-être que ce n'était pas une vision, après tout ? Et si c'était réel ?

Mais alors, pourquoi parlaient-elles de moi ?

Ou plutôt :

En quoi aurai-je été un problème ? Qu'est ce qu'elle préparent ?

Je secoue la tête, me vidant l'esprit.

Ce n'est pas ton problème Zack, oublie.

Je reste quelques minutes sur la plage, à regarder les vagues s'écraser sur le sable fin, me vidant petit à petit l'esprit.

Les minutes se transforment en heures, et bientôt le soleil pointe à l'horizon.

Mon t-shirt encore sale de l'entraînement colle à ma peau, mon jogging est plein de sable et je ne vous raconte pas l'état de mes tennis.

Je décide d'enlever mon t-shirt et mes chaussures, puis pars faire un jogging matinal le long de la plage, tandis que la Colonie commence petit à petit à s'animer.


Je suis assis sur un rocher, couvert de sueur. Je contemple pensivement les vagues s'écrasé sur la rive. J'ai pris l'habitude de faire ça quand j'ai besoin de calme pour réfléchir. Cet endroit est relaxant, absent de touristes ou autres gens de passage. C'est que du bonheur.

Pourtant, un pression à l'arrière du crâne, un noeud dans l'estomac, un pressentiment qui me tracasse depuis des semaines semble se réalisé soudain quand j'entends un cri horrifié monté de la Colonie.

Et étrangement, je sais ce qu'il s'est passé. Mon visage se fige, et je retourne à mes pensées en ignorant le deuxième cri qui s'élève en cette nouvelle belle journée ensoleillée.


Salut les gens, voilà pour le vingtième chapitre.

Alex, je suis toujours content que tu apprécies le chapitre. Je ne vais pas lésiner sur le gore et la violence, ou du moins, je ne vois pas pourquoi je le ferai, on parle quand même d'un monde ou des adolescents fils de dieux tout-puissants affrontent des monstres à coup d'épées et de boucliers, donc j'essaie de retranscrire ma vision de celui-ci !

yoOyOo, effectivement, la faux a toute les raisons de t'intriguer, mais je n'en dis pas plus. En revanche, j'aime bien ton point de vue sur la perte de contrôle de Zoé ! Je suis aussi content que tu aimes les scènes entre Adaline et Zoé, ou encore entre Zack et Alizéa, je prends moi même plus de plaisir à les écrire que j'aurai imaginé.

Et bienvenue à toi, Little Lazuly, ça me fait plaisir que tu prennes aussi le temps de laisser une review !

Tu commences fort, tu devines directement un élément de l'histoire. Et je vois aussi que le personnage de Alizéa plaît à tout le monde, donc j'en suis heureux. Pour ce qui est des incises, c'est une ( mauvaise ? ) habitude que j'ai pris je pense, j'espère que ce n'est pas trop choquant. Et oui, aussi, j'avais commencé à écrire au passé/ présent car je comptais faire raconter par Zack sa rencontre avec Zoé jusqu'à son arrivée à la Colonie ou il reprendrait le récit au présent mais j'ai du m'embrouillé un peu je suppose, en espérant que ce ne soit pas trop choquant non plus.

Pour répondre à ta question, j'ai lu les Percy Jackson, les Héros de l'Olympe, les Kane Chronicles ( que j'ai littéralement adoré, Riordan aurait du en faire plus de 3 à mon avis ), mais je n'ai pas encore touché aux Travaux d'Apollon ou encore à Magnus Chase, peut-être je les lirais un de ces jours, mais du coup je pense que je vais rester dans l'univers PJ/HdL'O sans toucher aux autres !

J'apprécie le compliment sur l'histoire, content que ça te plaise. J'ai vu qu'il y avait peu de fictions récentes ''Action/Aventure'' de PJ en français et j'ai voulu me lancer, je regrette pas du tout. Si tu comprends l'anglais et à le courage de lire, je te conseille ''The Queen's Champion'' de Anaklusmos14 que j'ai trouvé plutôt sympa.

Voilà, je crois que j'ai répondu à vos messages. Vous êtes géniaux, changez pas !

A la prochaine !