Chapitre 20

Ania, qui s'était tranquillement endormie, fut brusquement tirée des bras de Morphée par un grand bruit de chute. Il était trois heures de l'après-midi, Mrs Hudson était sortie faire des courses, le docteur Watson était au travail…

« Sherlock ? C'est toi ? appela-t-elle. »

Pas de réponse. Ania se leva, savoura un instant de se sentir debout, car elle ne pouvait remarcher que depuis peu. Elle alla dans le salon, et à peine entrée, elle sursauta.

« Sherlock ?! »

Le détective semblait n'avoir eu la force que d'ouvrir la porte. Il était étendu dans son prolongement, inerte. Ania, saisit d'une peur soudaine, se précipita vers lui et l'examina attentivement. Il ne semblait pourtant pas blessé, son pouls était normal… Elle le secoua sans ménagement, mais il ne remua pas. Elle le tira alors jusqu'au canapé, le balança dessus, repartit chercher une couverture et l'étendit sur lui. Puis elle saisit le téléphone et appela le docteur Watson.

« Docteur ? C'est Ania. Non, non, je n'ai pas de problème. Par contre c'est Sherlock…

-Qu'est-ce qu'il a fait encore? fit la voix ennuyée de Watson.

-Disons qu'il s'est… euh…brusquement endormi…

-Comment cela ?

-J'ai entendu un bruit de chute, je suis entrée dans le salon, et il semble que Sherlock ait fait trois pas et se soit écroulé au milieu de ses livres.

-Mais il est peut-être blessé ?

-Non, j'ai vérifié. Il dort, c'est tout. C'est normal ?

-Je serais tenté de dire oui. Cela doit bien faire trois ou quatre jours qu'il travaille sur une affaire top-secrète, et entre le moment où je vais me coucher, vers minuit, et le moment où je descends prendre mon petit-déjeuner, on dirait qu'il ne bouge pas de son bureau. J'ai plusieurs fois tenté de lui faire comprendre qu'un être humain a besoin de dormir, mais je commence à avoir de sérieux doute sur le fait que Sherlock soit un véritable être humain, fit Watson en riant.

-Ah. Donc c'est normal. Merci, je vais m'occuper de lui. À ce soir, docteur. »

Ania se planta devant le canapé, et contempla un moment Sherlock qui dormait profondément. Il avait l'air tellement calme qu'on avait du mal à l'imaginer plongé des jours durant dans un état d'hyperactivité et de concentration complet.

« Je suppose qu'il faut bien qu'il compense de temps en temps, songea Ania. »

Puis elle retroussa ses manches, empoigna le détective et commença à le traîner à travers tout l'appartement. Arrivée dans la chambre, elle laissa Sherlock sur la descente de lit pendant qu'elle déblayait ses parvint à débarrasser Sherlock de sa veste et de ses chaussures, et à le hisser sur le lit. Après avoir rabattu les couvertures sur lui, elle tira les rideaux, ramassa un de ses livres et sortit de la chambre en fermant la porte. Elle s'installa à la cuisine, au milieu des bocaux où grandissaient les cultures de bactéries de Sherlock. Après avoir vérifié que la théière ne contenait rien de suspect, elle se prépara du thé et se prépara à savourer un bon livre.

Pendant deux heures, on n'entendit que le bruit des pages et la lente respiration de Sherlock endormi. Puis Ania sentit qu'on entrait dans l'appartement, sans bruit. Prudente, elle passa la tête par la porte de la cuisine, et s'exclama, ravie :

« Molly ! »

Son amie, une pile de dossiers à la main, ouvrit des yeux surpris.

« Ania ?! Que fais-tu là ?

-Sherlock ne t'a rien dit ? Rien expliqué ? Pas grave, mais c'est une longue histoire, je te la raconterais une autre fois. Qu'est-ce que c'est que tout ça ?demanda Ania en désignant la pile de dossiers.

-Sherlock en a besoin. J'ignore pourquoi. Il n'est pas là ?

-Si, mais…Il dort.

-Ah bon ? Ça lui arrive ? »

Les deux amies discutèrent jusqu'au retour du docteur Watson, où Molly réalisa soudain qu'elle devait retourner travailler.

« Si cela ne te dérange pas, je te laisse les dossiers pour Sherlock.

-Bien sûr, pas de problème. Je lui donnerais.

-Merci beaucoup. »