L'homme et la bête
B-b-bonjour… ? /sort la tête de derrière le mur/ Euh… bonsoir, en fait… Je… je suis désolée… ce fut trèèèèèèès long et trèèèèèèès laborieux… Mille excuses pour cette année, je suis sur les rotules !
Ahah… J'espère qu'à force, l'histoire ne perd pas trop de son intérêt à vos yeux (je comprendrais, de toute façon, ça fait si longtemps). Croyez-moi, je me coupe en quatre pour trouver le temps d'écrire ! .
Mais bref ! Je ne vais pas m'apitoyer sur mon sort, y a pire dans la vie !
Je fais donc un post éclair qui, j'espère, saura se faire apprécier ! En tout cas, vous me manquez, mes petits loups ! Mine de rien, ça fait du bien de communiquer avec fanfiction, on a l'impression de s'être créé un p'tit réseau et tout ! XD (on dirait que je parle de complot mais… euh… voilà quoi !)
Du coup, pour rappel : dans le chapitre précédent, Francis a pris la décision de mettre un terme aux agissements de la Nordic's, s'est tapé Emil, a fait semblant de se taper Lukas, et va donc mettre son plan à exécution ici !
Alors, y a énormément d'événements, je trouve, dans ce chapitre, preuve que mon cerveau a vraiment envie d'avancer la fic XD Et pourtant, le chapitre n'est pas aussi long que les précédents (mais je me dis que toutes les infos qui s'y trouvent compensent un peu sa longueur).
Voilà donc la suite, que je vous balance juste après les remerciements habituels :
Mimichan :
Ne me parle pas d'Eclipse, s'il-te-plait, mon cœur fait un bond à chaque fois (je savais que tu voulais ma mort ! T'as de la chance d'être géniale ! Sinon, je t'aurais réduite au silence pour avoir osée me créer autant de trouble !) Toi, c'est la moman qui t'as fait de la peine, à ce que je vois. En même temps, c'est ty pas triste de perdre sa famille comme ça ? T.T Mon pauvre Francis, je suis une méchante auteure ! Pardon ! Merci beaucoup pour ton commentaire ! Je suis toujours aux anges quand tu m'en envoies !
Asahi :
Francis qui se tape Matthias ? Excellente idée, j'y avais pas pensé ! Merci ! /part en courant, l'ordi à la main ouvert sur Word, en riant comme un lutin/ Je rigole, je rigole ! Tu me connais depuis le temps ! Frukienne dans l'âme maggle ! Que veux-tu que je fasse des Nordiques dans ce tableau déjà parfait ? Pffff :0 Arthur, toujours là pour 'nettoyer' XD tu m'as tué tellement que c'est vrai ! Je te nourrirais un peu de mon délictueux Fruk, patience, ma mignonne ! Bon, merci d'avoir pris le temps de m'insul-de me reviewer ! C'est sympa ! :D Du coup, biz' et démerde-toi avec ça ! /part en courant/
Mademoiselle-otaku :
Aww… Désolée que ça ne t'ait pas plu ! Je ne sais pas si tu liras ces lignes (ce serait normal que tu n'y parviennes jamais XP) mais au moins, merci d'avoir pris le soin de me décrire ce qui te gênait. Après, j'ai une vision des 2P qui me semble différente de ce que j'ai fait d'Arthur et de Francis ici, mais c'est le problème des 2P : rien n'est défini. Bref ! Merci et pardon ! Bonne continuation, ma belle ! Kiss' !
Voilà qui conclut tout ça !
Merci à tous ceux qui lisent, qui commentent, qui commentent pas, qui se touchent sur mes fics, qui… /bzzz bzzz à l'oreillette/ Quoi, ma gueule ?
Bref !
Bonne lecture !
Chapitre XX :
Francis s'était réveillé seul, comme il s'y était attendu. Bien sûr, Lukas avait fui au réveil en se rendant compte de ce qu'il avait fait la veille – qu'il croyait – en prenant mille précautions pour ne pas réveiller l'hôte. La place vide était froide, Arthur était parti lui aussi en emportant sa chaleur, pour ne pas se faire repérer par leur proie. C'était un peu triste de se réveiller seul après ce genre de soirée compliquée, il y avait quelque chose de rassurant dans le fait d'ouvrir les yeux sur un visage, de sentir un souffle doux nous caresser le nez. Mais peu importait, car Francis était maintenant habitué à la solitude. Et surtout, il n'avait pas la possibilité de se payer un luxe tel que de s'inquiéter de sa couche vide, un plan plus urgent l'appelait : venger les jumeaux Vargas et rendre la société des Nordic inoffensive. Il en allait de l'avenir de sa société et, fatalement, de sa réussite.
Aucune pitié.
Avec un peu de chance, Lukas ne tarderait pas à être découvert par son actuel amant – le fameux Mathias, cerveau de cette mascarade honteuse –, ce qui causerait forcément une grosse embrouille dans leur couple. Délicieux retournement de situation pour la salope de Nordic's Corporation qui, jusque-là, devait se sentir en position de force avec cet avantage aussi malin qu'infâme qu'avoir un espion chez les concurrents. Espion victime de chantage, qui plus est.
Mais ça n'allait pas se terminer là-dessus. Francis avait de quoi renverser la tendance de manière définitive sans subir de contrecoup gênant. Il devait la jouer fine, livré à lui-même. Quoiqu'Arthur le couvrait de loin, c'était déjà une bonne chose.
Difficilement, il trouva la force de se lever de son lit pour mettre en place la suite de son projet. Dans la salle de bain, il avisa son reflet fatigué et ses cernes disgracieuses, conscient qu'il approchait de ses limites. Un bon café serré lui ferait le plus grand bien. Mais avant tout, il passa à la douche et s'occupa de s'habiller avec un vieux costume gris de son père, celui qu'il ne mettait jamais car lui reprochant de trop le vieillir. Pour l'heure, c'était parfait et, une fois prêt, il sortit d'un sac de course acheté il y a peu, ce qui ressemblait à un kit de maquillage professionnel. Il attrapa un tube sombre et entreprit de frotter son crâne avec, à sec comme conseillait le produit, puis attendit une demi-heure que la mousse soit absorbée par sa chevelure en maquillant ses traits au millimètre prêt. Grâce à un jeu d'ombre et à la finesse de son matériel, il parvint à s'inventer des rides et un teint un peu plus olivâtre qui, associés à ses cheveux désormais teints en gris, le faisaient sans problème passer pour un senior en fin de carrière. Pour finir son déguisement, il sortit une fausse barbe blanche d'environ huit mini mètres de son sac, juste de quoi cacher les traits fins de son visage. Un peu à la hâte, il raccourcit ses mèches de quelques centimètres pour être sûr que personne ne le reconnaisse. De toute façon, son dernier passage chez le coiffeur commençait à remonter, il était temps qu'il se coupe quelques centimètres.
Le déguisement était parfait, même lui ne se reconnaissait pas.
Se déguiser en vieil homme était une sorte de garantie pour qu'on ne le fasse pas chier. Les seniors imposent le respect par leur âge et leur expérience. De fait, il est souvent de coutume dans les entreprises très hiérarchisées de ne pas commettre l'affront de les empêcher de pénétrer le bâtiment pour réclamer leurs papiers. Question de respect des anciens. Ainsi, même si personne ne le connaissait, paré comme il l'était, personne ne lui demanderait de décliner son identité. Du moment qu'il avait un badge, tout allait bien.
Et heureusement, il avait celui d'Emil.
Son plan – quelque peu osé et risqué – en tête, il attrapa son attaché-case et sortit de chez lui après s'être avalé un café court d'une traite, se dirigeant vers les locaux de la Nordic's avec une boule au ventre. Certes, il devait agir pour libérer les jumeaux de leur piège, mais il avait toujours cette dernière réserve au fond de lui, qui lui chuchotait qu'il avait participé à mettre en tension les membres d'une famille et potentiellement détruit un couple. Même si le couple était composé de deux salauds agissants par pur égoïsme et la famille, de deux frères qui avaient déjà du mal à s'entendre sans son concours, il restait l'élément perturbateur de l'histoire, celui qui avait forcé les évènements à se dérégler. Ce n'était pas vraiment une fierté pour lui. Sa mère lui avait toujours dit…
Sa mère… ?
Sa mère ne voulait plus de lui, qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire de se souvenir de ses conseils ? Il avait échoué à être son petit ange. La vie lui avait volé sa pureté, il avait été contraint de se battre contre tous. Pour ses enfants, pour sa famille, pour ses amis. Il avait l'impression d'agir pour des nobles causes mais de ne jamais faire les bons choix malgré tout.
Cette vie lui pesait.
Pourtant, son désir était simple. Il ne voulait rien d'autre que ses enfants.
Et Arthur.
Mais Arthur, il n'avait déjà. Qui sait pour combien de temps, mais il l'avait. C'était pour cette raison que sa vie fonctionnait encore malgré sa déchéance, il s'était trouvé un pilier. Un pilier qu'il ne voulait pas perdre. Le problème, c'était que Francis n'était bon qu'à perdre tout ce qu'il possédait, alors comment s'assurer qu'Arthur reste avec lui ? Il ne fallait pas le lasser. Francis devait continuer à lui plaire, à lui donner envie, de comprendre ses états d'âmes, de les supporter. Il devait être le confident de son amant et lui prouver qu'il avait bien fait de le choisir.
C'était assez stressant de vivre avec le risque permanent de se retrouver seul du jour au lendemain.
Approchant à vive allure de son point d'arrivée, il se prit au jeu et vouta légèrement son dos pour parfaire l'illusion. Une jeune fille s'était même levée pour lui laisser sa place, dans le bus. Rassurant. Il descendit au bon arrêt et se laissa glisser calmement vers le bâtiment. Pour ne pas être suspect, il devait croire à son mensonge. A compté de maintenant, il faisait partie de la Nordic's, il n'était pas un intrus, il n'était pas louche, tout était normal.
A l'accueil, on lui sourit poliment et le laissa passer sans aucune suspicion. Intérieurement, Francis jubilait de son plan machiavélique mais contint son sourire victorieux. Plus une entreprise est grande, moins l'on est à même de reconnaitre chaque travailleur. Il passait crème dans cette masse mouvante qui vivait à pas pressé pour faire fonctionner ce système économique.
Des honnêtes travailleurs.
Pas comme lui.
Nostalgique, il se laissa glisser jusqu'à l'ascenseur et passa son badge devant le petit boitier noir devant les portes blindées. Un clignotant vert lui indiqua qu'il pouvait passer. Chaque badge avait un ou quelques étages qui lui étaient propres, empêchant les différents services de trop entrer en contact et de se gêner. En ce qui concernait le badge, d'Emil, il lui donnait accès à tous les étages, preuve qu'il avait effectivement un rôle précieux dans l'entreprise. De source sûre, Francis savait où se trouvait le bureau de Matthias – dernier étage, couloir de droite, au fond.
S'étant réveillé tard à cause de son surplus de fatigue, la journée était déjà bien avancée. Tant mieux car son plan était de faire profil bas jusqu'à ce soir avant de passer à l'action. Il y avait pour l'heure trop de témoins.
Discrètement, il passa aux toilettes sans croiser trop de monde et s'enferma dans une cabine en soupirant. La première partie se passait relativement bien, malgré son angoisse d'être pris la main dans le sac. Tout ce qu'il avait à faire, c'était de tenir jusqu'à ce soir pour avoir les mains libres. Facile. Enfin… ce serait sans doute épuisant mentalement. Rester enfermer dans une cabine de toilette, sans rien faire, à vaincre la tentation de marcher pour se dégourdir les jambes… ça pouvait vite devenir pesant. Francis commençait tout juste à se découvrir une claustrophobie à cause de toutes ces sensations d'étouffement qui assaillaient sa vie.
Courage, mon vieux, s'encouragea-t-il. Tu agis pour aider Feliciano. C'est noble, c'est bien, c'est juste.
La justice.
Quelle belle connerie de sa part que d'y croire encore dans sa situation. La justice ne pouvait rien face au mensonge, son ex-femme le lui avait prouvé avec délectation. Ici, Francis ne faisait désormais plus appel qu'à sa propre conception de la justice, une conception basée sur le 'œil pour œil, dent pour dent'. Etait-ce de ça que se nourrissait maintenant sa vie ? De vengeance ? Quelle tristesse.
Finalement, ce déguisement de vieillard, c'était lui. C'était l'usure de son esprit transposé sur sa peau. Il s'était attribué des rides, les rides de l'angoisse, celle d'un homme s'étant rongé les ongles toute sa vie, une barbe négligée, celle de la lassitude du quotidien, le manque d'envie, la perte de son amour-propre, des cheveux gris, débarrassés de leur vitalité, de leur beauté, un cheveu lourd et terne.
Il s'assit au sol, chancelant.
Si seulement tout cela pouvait prendre fin…
Où se trouvait son bonheur ? Comment se débarrasser des chaînes qui entravaient sa liberté ? Il n'avait pas de solution. Il était trop faible pour faire quoi que ce soit.
Il fut sorti de sa rêverie quand deux voix masculines entrèrent dans les toilettes, juste devant sa porte. L'une parlait souvent en monosyllabe et l'autre avec une teinte infiniment inquiète.
« Je ne sais vraiment pas ce qu'il se passe en ce moment… D'abord Emil, maintenant Lukas… Pourquoi ne nous répondent-ils plus ?
_ M'lade ?
_ Emil est du genre résistant, je le vois mal choper quelque chose au point d'être bloqué à la maison… Surtout que lorsque ça devient trop grave, il n'hésite pas à consulter… Puis, même ! Il nous aurait prévenu ! Là, c'est silence radio ! Je n'aime pas ça, Berwald.
_ T'inquièt' trop.
_ Et Lukas ? Comment tu expliques qu'un type aussi sérieux nous raccroche au nez ?
_ Sont p't'être fâchés.
_ Ce qui ne les dispense pas de venir bosser.
_ … N'aura qu'à leur rend'e visite c'soir.
_ On ira voir Emil alors. Je pense que Matthias va se charger de Lukas. Il a passé la matinée à essayer de le joindre en vain, je pense que ça va tourner en dispute. Tu sais bien que Matthias ne supporte pas d'être laissé derrière alors que son compagnon ne va pas bien. Bon sang, j'ai l'impression étrange que tout autour de nous dérape…
_ T'en f'pas, Tino. Tout va s'arranger ».
Ledit Tino sembla se passer de l'eau sur le visage, comme pour reprendre ses esprits. Il s'agissait donc sans nul doute du cercle proche de Matthias et Lukas. Tino et Berwald ? Francis décida de noter leurs deux noms dans un coin de sa tête, sait-on jamais. Surtout ce Tino qui avait l'air particulièrement avenant. Et d'expérience, Francis savait que les gens avenants étaient singulièrement dangereux, surtout car, au nom de leurs affection pour leurs proches, ils pouvaient mettre leur nez absolument partout. Mieux valait les éviter. Francis ne se sentait pas d'affronter deux imprévus alors qu'il avait déjà un plan préparé aux petits oignons.
Cela dit, cette perspicacité chez Tino était admirable. Il connaissait si bien ses proches qu'il pouvait déceler précisément s'il y avait anguille sous roche. Quant au Berwald, c'était difficile de définir sa personnalité de ce bref échange mais son attitude avait l'air tout aussi protectrice envers Tino, vu qu'il essayait comme il pouvait de le rassurer. Ça faisait un peu vieux couple.
Cette petite discussion rassura Francis sur son plan, puisqu'il avait maintenant la certitude qu'aucun trouble-fête ne viendrait s'opposer à lui, Lukas et Emil étant hors-course. Il attendit tranquillement que les deux hommes s'en aillent avant de s'asseoir sur le sol fraichement lavé de sa cabine pour sortir quelques documents de son sac. A force de plans, de vengeances, de découvertes, il en était arrivé à prendre un peu de retard dans son travail. Du coup, pour éviter de perdre trop de temps, il avait décidé de prendre quelques dossiers avec lui pour passer le temps – et accessoirement oublier qu'il s'était séquestré dans une pauvre latrine toute triste. Il fallait optimiser la moindre seconde de son temps, surtout à son niveau. Arthur pouvait le couvrir mais ne pouvait pas assurer ses fonctions. De toute façon, ce n'était pas ce que voulait Francis, il n'aimait pas passer pour un assisté.
Il signa quelques documents et réorganisa le plan de travail de son équipe pour optimiser la rendue d'un dossier important. Cela lui prit pas mal de temps mais la bonne nouvelle était qu'il ne risquait pas d'être dérangé dans sa situation. Aucun coup de fil, aucun coup à la porte, rien que de la paix. Un ou deux déprimés qui venaient se rafraîchir, à l'occasion, mais sans plus.
Il était sorti autour de 20h30 pour vérifier combien d'individus continuaient à travailler et, manque de chance, le bureau du patron était toujours allumé. Nerveux, Francis était rentré dans sa cabine pour reprendre son travail, jusqu'à ce que minuit sonne, heure à laquelle il décida de sortir à nouveau de sa tanière.
Cette fois-ci, tous les couloirs étaient éteints, donnant une aura funeste aux locaux. Chez Braginsky, il y avait infiniment plus de fenêtres, d'espaces ouverts, de larges couloirs. Chez les Nordic's, les locaux étaient optimisés pour faire de la place et multiplier le nombre de bureaux. L'effet en devenait oppressant, et davantage dans la rigide obscurité de la nuit. Pour seule lumière, Francis alluma la torche de son téléphone, ne souhaitant pas se risquer à allumer pour éviter de rameuter qui que ce soit.
Il aurait aimé s'éclairer à la douce lumière de la lune mais sa meilleure amie, aussi puissante soit-elle, ne pouvait creuser les murs du bâtiment pour illuminer ses yeux. Encore une fois, il était seul, livré à lui-même, dans des situations où il n'aurait pas cru se retrouver un jour. Non, vraiment, que faisait-il là ?
Francis arriva à la porte close du bureau, dont le propriétaire était déjà parti, et prit une minute pour écouter si un quelconque bruit venait d'avant ou d'arrière. Rien. Il était bel et bien seul.
De sa poche de veston fut sortie une aiguille rigide qui se fit clé de serrure, forçant le verrou à lui céder après cinq ou six essais angoissants. Une sueur froide roulait à tempo régulier dans sa nuque, jusqu'à ce que, le bureau ouvert, il ne se précipite à l'intérieur pour se protéger de l'effrayant couloir. Maintenant enfermé en huit-clos dans cette pièce terne, il avait moins peur d'être pris sur le fait, même si son cœur continuait de lui matraquer la cage thoracique avec vigueur.
Oh putain, j'y suis… j'y suis, merde…
Fébrile, il s'approcha de l'espace de travail et prit place au bureau, juste devant l'ordinateur éteint qui dominait les dossiers empilés à la hâte. Toujours dans une pénombre effrayante, il alluma l'unité centrale et gardant la porte à l'œil. La bonne nouvelle était que derrière lui apparaissait enfin la lune, réconfortant la pièce de sa douce lumière blanche. Pas le temps de s'extasier, l'ordinateur était allumé et Francis voulait vite se débarrasser de cette corvée. Il se heurta comme prévu à une demande de mot de passe mais, fort heureusement, il avait réussi à soutirer une petite machine des mains d'Antonio – dont il ne se servait plus depuis qu'il avait raccroché avec ces histoires de piratage informatique – et qui allait l'aider à briser les défenses de l'ordinateur. Par voie USB, il brancha l'outil, faisant apparaitre deux ou trois fenêtres remplies de chiffres étranges. Antonio lui avait donné quelques notes pour l'aiguiller, se doutant vaguement de ce dont il était question. Il avait accepté uniquement parce qu'il devait se faire pardonner auprès de Francis, mais celui-ci avait malgré tout refusé de lui faire part de son plan. Question de sécurité.
En quelques clics, il parvint à son but, comprenant du même coup le danger de cette machine et de tout ce qui touchait au piratage, de près ou de loin. Entrer ainsi dans l'intimité de quelqu'un, c'était un sacré pouvoir. Et plus simple qu'il n'y paraissait.
Il soupira, las et fatigué. Ses nuits devenaient complètement décousues depuis quelques temps, cela risquait de jouer sur son efficacité.
Le reste de la mission était terriblement facile. Antonio l'avait mis en garde contre l'objet qu'il s'apprêtait à utiliser, et pour que l'Espagnol soit inquiet, il en fallait beaucoup.
Francis sortit une clé USB noire et la brancha. L'onglet des documents apparut avec, en son sein, un seul dossier nommé « búfalo » qu'il copia sur le bureau de la machine. A peine cela fait, il perdit totalement le contrôle du clavier et de la souris. Les dossiers, normalement jaunes prirent une teinte rouge et tremblèrent, comme si les pixels étaient devenus fous, le fond d'écran s'effaça pour devenir plus sombre que la nuit. Peu à peu, les dossiers se mirent à disparaitre, l'ordinateur grésilla comme s'il luttait contre la mort, mais ne parvint pas à arrêter cette maladie qui supprimait ses cellules, ses organes, son essence. Même la corbeille se fit avalée dans le néant, bientôt suivi des raccourcis vers Word, Excel, Internet. Le réseau fut coupé, l'horloge en bas de l'écran s'estompa avec la date, l'icône d'aide également. Et lorsque le buffle eut foncé droit dans tous les dossiers, les eut transpercés de sa force dévastatrice, il ne resta plus qu'un écran noir, allumé mais noir, avec en son centre, le virus « búfalo » qui trônait fièrement avant de, lentement, s'autodétruire pour ne laisser aucune trace.
Francis eut des sueurs froides.
Ce virus dévastateur avait été créé par son meilleur ami. Cela avait été le travail de sa jeunesse, un but ultime dans sa vie. Et le résultat faisait peur. Heureusement qu'Antonio avait raccroché avec cette activité hautement illégale. Un génie de l'informatique comme lui aurait pu provoquer des catastrophes terribles s'il avait continué dans cette voie.
Francis avait un peu de mal à pleinement réaliser qu'il venait de tuer un ordinateur aussi rapidement. Quand il avait demandé un virus à son meilleur ami, il ne s'était pas attendu à ce qu'il lui confie LE virus le plus violent de sa création. Surtout qu'il ne s'installait pas par piratage mais directement par clé USB, pour une efficacité maximale. Quelque fut le bouclier ou l'anti-virus de l'ordinateur, il n'avait pas pu arrêter la course folle du buffle.
Méticuleux, Francis retira la clé USB pour la cacher dans sa poche. Maintenant que le sacro-saint PC du big boss était HS, il n'y avait plus aucune preuve de la culpabilité d'Antonio. Il était sûr à 97% que le dossier compromettant avec les preuves que l'Espagnol était un ancien pirate n'avait été présent que sur cet ordinateur. Quelque chose d'aussi sensible ne se baladait pas dans une poche ou dans un ordinateur de loisir. Celui de ce bureau étant supposé être le mieux protégé, c'était le choix logique pour protéger toute information dangereuse.
Cela fait, il prit un mouchoir pour frotter le clavier, ôtant toutes ses éventuelles empreintes digitales, puis fit de même sur la poignée de porte qu'il referma avec mille précautions. Ce fut un soulagement de retrouver la lumière forte de l'ascenseur, bien qu'elle le fût au point de lui brûler la rétine. La fatigue devait jouer. Son reflet était toujours méconnaissable, lui donnant de plus en plus l'impression de ne pas être lui-même.
Pour plus de discrétion, il passa par le parking, se doutant que l'entrée au rez-de-chaussée devait être fermée jusqu'au matin. Or, au sous-sol, il devait y avoir un escalier de secours vers l'extérieur, et où il n'y avait aucun risque pour lui de faire de mauvaises rencontres.
Lorsque la fraicheur salvatrice de la nuit lui fouetta à nouveau les joues, il se sentit revivre et inspira à plein poumon. Mission réussie.
0*O*o*O*0
Mission trop réussie.
Eh merde…
Ils étaient le lendemain, autour de 9h30, dans le bureau d'Arthur. Ce dernier avait allumé le téléviseur en face des canapés. En temps normal, il ne fallait l'activer que lorsque des clients le réclamaient, pour leur offrir tout le luxe possible. Arthur n'était pas très branché télévision (admirez le jeu de mot) mais il avait voulu constater les dégâts de leur plan, accompagné de son complice tant aimé.
Et les conséquences étaient plus larges que ce à quoi ils s'étaient attendus.
Une jeune journaliste récapitula la situation avec un air grave :
« Evénement choc de la journée. L'intégralité des outils informatiques de la Nordic's Corp se sont découverts hors d'usage, mettant à mal l'un des principaux leaders économiques du pays. Selon les premières analyses, cette situation serait l'œuvre d'un virus informatique particulièrement invasif. Tout de suite, le témoignage d'Aymeric Chineko, spécialiste informatique : »
Francis et Arthur eurent un regard neutre, attendant la suite sans rien dire, sans démonstration d'émotions, sans jugement.
« Ecoutez, c'est un virus d'un genre nouveau qui en est à l'œuvre. Il a été installé sur un ordinateur unique, puis s'est baladé dans le réseau de l'entreprise.
_ Comment est-ce possible ?
_ Tous les ordinateurs du bâtiment sont reliés entre eux, créant une faille où le virus s'est insinué. Vraisemblablement, il a été programmé pour visiter tous les réseaux auxquels il a accès et les détruire sur son passage, comme un taureau ».
« Un buffle, précisa Francis ».
« Dans ce cas, il est certain que l'incident est criminel. J'ignore encore comment ce virus en est arrivé à cet ordinateur, mais il y a une main humaine derrière. S'étant autodétruit, je ne peux pas juger du poids de ce virus, mais il me semble particulièrement imposant. Je me demande s'il est réellement possible de fixer un monstre pareil par piratage. La solution la plus évidente à l'heure actuelle est que quelqu'un l'a directement implanté sur l'ordinateur.
_ Une taupe dans la Nordic's ? demanda la journaliste, éberluée.
_ Par exemple.
_ Et quelles sont les conséquences à l'heure actuelle de ce sabotage ?
_ L'entreprise n'a plus accès à ses dossiers, à ses archives et à ses listes de clientèle. Les dégâts vont être considérables pour la pérennité de l'entreprise, tant économiquement et socialement. Leur relation avec les clients va s'en détériorer par manque de confiance. Je ne m'avancerais pas pour l'instant mais nul doute que la Nordic's a beaucoup perdu aujourd'hui ».
Arthur baissa le son de la télévision et alla s'asseoir au bord de son bureau, bras croisés, l'air de réfléchir intensément. Francis, pas plus réactif, se posa dans le canapé en posant ses coudes sur ses genoux, tête baissée sur la table basse.
« Bon… on peut dire qu'on a réussi, rassura l'Anglais. Même si le dossier sur Carriedo n'y avait pas été, les dégâts sont tels que cette histoire doit être le cadet de leurs soucis à présent. De toute façon, une taupe ne leur sert plus à rien maintenant qu'ils ont tous perdus. Les Vargas peuvent dormir en paix.
_ Je commence à regretter.
_ Il ne faut pas. Tu ne pouvais pas laisser un de tes amis dans cette situation. C'est noble de ta part d'avoir cherché une solution. Pense que nos concurrents n'ont pas eu le courage de se battre loyalement contre nous, c'est une vengeance méritée.
_ Je ne sais pas… Je ne pensais pas que l'ensemble de leur réseau serait attaqué par le buffle.
_ Carriedo a créé un monstre d'efficacité. Tant pis, nous ferons avec. De toute façon, ce qui est fait est fait et je refuse que tu te rendes malade avec cette histoire.
_ Sois un peu plus empathique, Arthur… Il y aura peut-être des licenciements…
_ Vu le fric que se font les patrons, cela ferait scandale. Ils ont les moyens de se refaire. Ça leur prendra du temps, mais ils y arriveront. Il est inutile de s'apitoyer sur leur sort ».
Francis n'osa pas poursuivre la conversation sur cette pente. Arthur et lui avaient des conceptions très divergentes du bien commun et de l'amour d'autrui, du fait de leur enfance respective. L'un avait été conditionné pour rendre service, compatir, aimer, protéger – surprotéger, étouffer – et l'autre avait goûté à une déception constante de sa propre vie, marquée par une relative insatisfaction de ses liens avec les autres et un sens très critique de la vie.
Partant de ce consulat, c'était assez compliqué pour eux de comprendre l'empathie ou l'indifférence de l'autre à l'égard de leurs camarades, chacun étant un extrême. Finalement, Arthur et Francis étaient les deux faces d'une même pièce, incapables de se modérer ou de vivre avec parcimonie. Ce devait être pour ça qu'ils s'affectionnaient autant. A force de se côtoyer, peut-être un jour en viendraient-ils à réguler leur comportement et à quitter cet état d'extrême qui leur pourrissait tant la vie.
« Mais qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? s'inquiéta Francis.
_ Continuer comme si de rien n'était. Tout ira bien, le mensonge tiendra.
_ Je ne vois pas pourquoi il tiendrait…
_ Il tiendra car nous sommes deux à le partager. Tu n'es plus seul, Francis ».
Arthur l'avait rejoint sur le canapé pour le prendre dans ses bras. Il savait que ses mots provoquaient quelque chose chez son partenaire. Loin d'être stupide, il avait depuis longtemps compris que l'une des pires angoisses de son amant était de se retrouver isoler. Sans mère, sans sœur, sans enfants, il n'était désormais plus que l'ombre de lui-même. L'Anglais sentait le danger derrière cette situation. Il ne savait pas en quoi précisément, ni ce qui pourrait advenir d'une dégradation plus brutale de tout ce merdier, mais une chose était claire : il ne voulait pas voir ça arriver.
Un léger baiser de réconfort fut échangé, calmant les craintes de Francis et lui rappelant qu'il n'était pas encore complètement seul dans ce monde. Décidemment, Arthur était la pépite de sa vie. Celui-ci se lova plus franchement contre lui, s'humidifiant les lèvres de temps à autre pour couvrir les mots qu'il aurait dû lâché ce jour-là. Il savait bien qu'il aurait dû faire preuve de plus d'honnêteté, de soutenir encore davantage son partenaire effondré, mais sur le coup, il avait pris peur devant ses propres pensées, comme si le fantôme de son enfance le poursuivait pour le forcer à se taire et à endurer en silence.
Pourtant, il devait parler.
Il le devait.
« Francis…
_ Oui ?
_ Tu sais… je… »
Le dire.
Il fallait parler avant qu'il ne soit trop tard.
Trop tard ? Pourquoi 'trop tard' ? D'où venait cette crainte infondée qui vrombissait en lui ? Pourquoi ce mauvais pressentiment qui rongeait ses nerfs ?
« Au sujet de nous… »
C'était ridicule. Il n'y avait aucun problème. Arthur n'avait pas à dire quoi que ce soit sous un coup de pression venu de nulle part. Francis avait beau être un peu déprimé, tout allait bien pour l'instant. Les Vargas étaient vengés et leur secret bien gardé. Sur le plan personnel, Francis pouvait toujours se racheter un jour, il y avait espoir.
La fin de ce cauchemar approchait, il le sentait.
« Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit le Français ».
Tout allait bien.
« Non, rien. Je voulais juste te dire que je suis là, quoiqu'il arrive ».
Voilà. Tout allait bien.
« Merci… »
Francis lui offrit ses lèvres sans se rendre compte de toute l'affection qu'il envoyait par ses gestes doux. Il était rassuré que ce sentiment soi réciproque. Tant qu'Arthur était là, tout irait bien.
« Je vais retourner travailler ».
Francis se redressa, un fin sourire glissant sur ses traits tirés. Ce moment de tendresse lui avait fait le plus grand bien mais il fallait revenir à la réalité. Après avoir accumulé autant de retard, le boulot allait être long. Mais ça lui faisait désormais un problème de moins à régler, ce qui, dans sa situation, n'était pas un luxe.
Un dernier baiser plus tard, il était de retour à son bureau, le cœur plus léger, les épaules détendues. Arthur avait dit de ne pas s'en faire, alors il ne s'en ferait pas. Tout ce qu'on lui demandait, c'était de travailler. Bientôt, très bientôt, il arrivera au terme de ses problèmes.
En attendant ! Café et travail !
Il sirota sa tasse et commença à pianoter sur son clavier pour perfectionner un dossier, la volonté remise à neuf. Quelle chance pour lui que de gérer une équipe si compétente ! Cela lui facilitait grandement la vie ! D'ailleurs, il se demandait quel mensonge Arthur avait bien pu leur servir pour justifier son absence de la veille. Conférence ? Interview ? Les choix étaient larges.
Son téléphone sonna.
« Francis Bonnefoy, je vous écoute.
_ Lovino Vargas de la compta ».
Oh…
S'il s'était attendu à ça…
« Je vous ai envoyé les documents pour le dossier MSDT, comme me l'avait demandé monsieur Kirkland hier. On y a fichu toutes les références possibles, le budget, les résultats, et j'en passe des meilleurs. C'était juste pour vous tenir informé.
_ Merci bien, je vais jeter un œil à tout ça.
_ Merci à vous. Pour tout ».
Après cette discrète marque de politesse, l'Italien raccrocha pour ne pas attirer les soupçons. Ce devait être la seule technique qu'il avait trouvé pour remercier son sauveur sans risquer d'être entendu. Brave garçon. Un peu de reconnaissance faisait du bien, Francis était flatté qu'on prenne le soin d'apprécier ses efforts, surtout quand ces derniers mettaient à mal ses principes. Il avait l'impression de ne pas avoir fait tout ça pour rien.
Le téléphone sonna à nouveau.
« Vargas ? décrocha Francis.
_ Non, c'est moi ».
Son père.
Oh merde !
« Papa ? »
Ça y est, en une misérable seconde, tout le stress de Francis venait de refaire surface.
Sa mère devait être rentrée à la maison maintenant. Et bien sûr, elle n'avait rien pu cacher à son mari qui allait désormais jouer son rôle de papa protecteur envers sa fille chérie. Francis allait encore prendre cher et, franchement, depuis ce qu'il avait fait à sa mère, il n'avait plus envie d'être disputé par qui que ce soit. Il avait merdé, bien sûr, mais pas la peine de remuer le couteau dans la plaie !
Il appréhenda fortement la suite de la discussion.
« Je suis désolé, je…, commença-t-il.
_ Pas la peine de nous perdre en excuses inutiles ».
Il allait se faire tuer ! Il allait se faire tuer !
« Ecoute, mon fils. Ça va bientôt faire une semaine, c'est plus possible, comme situation !
_ Je… Je ne sais pas quoi faire… Je te jure que j'ai tout fait, papa… »
Il avait essayé de convaincre Lucile de revenir, de lui rappeler que dans son état de santé, vivre seule était dangereux, de lui faire comprendre que tout lui retomberait dessus à terme, mais rien à faire, sa sœur était bouchée comme personne.
« Je ne veux rien savoir, dis-lui de revenir.
_ Mais… je…
_ Ecoute, je sais que c'est rassurant d'avoir sa mère à ses côtés dans ta situation mais j'ai besoin d'elle ici. Je te rappelle que l'entreprise marche grâce à ses connaissances avant tout. Je veux bien gérer tout ça, mais à force, je risque de faire une erreur qui nous coutera cher. Donc, s'il-te-plait, résonne ta mère et dis-lui de rentrer ».
Francis bloqua.
« Pardon ? »
Sa mère ?
Mais… sa mère était partie. Elle était rentrée, n'est-ce pas ?
« Tu me fais une blague ?
_ Une blague ? Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle là-dedans ! Ta mère est encore partie sans son chargeur de téléphone, je trouve ça plus dramatique que comique !
_ Mais maman est rentré…
_ Quoi ? Bien sûr que non, enfin ! C'est toi qui me fait une blague, là ! »
Ils firent tous deux silence en comprenant qu'il y avait un gros problème dans cette histoire. Francis avait pourtant été persuadé que sa mère n'avait pu que rentrer chez elle après l'incident du week-end dernier. Que pourrait-elle faire d'autre ?
Oh non !
« Elle cherche Lucile !
_ Comment ça ? Ta sœur n'est pas avec toi ? Qu'est-ce qu'il se passe, ici ?
_ On s'est disputé le week-end dernier… Maman ne veut plus me voir…. Oh non… Elle cherche Lucile dans tout Paris depuis une semaine…Sans téléphone ? Oh mon dieu, c'est pas vrai…
_ Calme-toi, Francis, je t'entends mal. Tu… »
Le fils raccrocha et lâcha son téléphone.
Non seulement la fille mais maintenant la mère était en roue libre dans la nature, l'une sans certitude qu'elle prenait ses médicaments et l'autre sans aucun moyen de communication, l'une cherchant l'autre et l'autre fuyant l'une. Et tout ça à cause de lui. Francis était à cheval entre l'agacement total et l'inquiétude absolue. Sachant que sa mère lui avait fait comprendre que c'était la guerre froide entre eux, il n'avait aucun droit sur cette histoire.
De toute façon, à bien y réfléchir, c'était leur problème à toutes les deux, pas le sien. Sa sœur avait voulu partir. Très bien. Maintenant, c'était à son tour de gérer leur mère. Et connaissant cette dernière, elle ne laisserait pas tomber de sitôt sa quête. Bien fait pour Lucile, elle devait apprendre à assumer ses responsabilités. Partir sans mot dire du jour au lendemain se payait forcément un jour. Francis avait payé ses mensonges, Lucile payerait sa lâcheté.
Et puis, même si Francis avait souhaité intervenir, qu'aurait-il fait ?
Sa sœur ne lui avait jamais dit où elle vivait et elle ne répondait plus à ses appels. Quant à Aodrena, elle devait s'être trouvé un hôtel dans Paris, dieu sait où. Même s'il se lançait à leur recherche, il n'aurait aucune chance de les retrouver. Surtout qu'il devait être sur liste rouge au Conservatoire de musique – seul lieu où il aurait pu espérer prévenir Lucile de l'arrivée imminente de leur maman.
Mais même en se disant tout cela, il craignait tout de même qu'il leur arrivât malheur. Une mauvaise rencontre est si vite arrivée. Et si sa mère se perdait ? Se faisait kidnapper ?
Peut-être devrait-il prévenir la police…
Non. S'il faisait ça, elles ne lui pardonneraient jamais. De quoi tu te mêles, les imaginait-il dire. Tu ne fais plus partie de la famille. Tu as menti. Inutiles de t'inquiéter maintenant, c'était avant qu'il fallait réagir. Et autres vérités douloureuses.
Donc, sa mère et sa sœur avaient disparues et il n'avait juste pas le droit de les retrouver…
Peut-être devrait-il passer un coup de téléphone à cet homme qu'il avait rencontré au théâtre… Oui, mais n'était-ce pas une meilleure idée que de laisser Aodrena trouver Lucile ? Si cette dernière était prévenue, ne chercherait-elle pas justement à brouiller les pistes pour ne pas être découverte et préserver cette autonomie si chère à ses yeux ? Et plus vite on lui mettra le grappin dessus, plus vite cette histoire se finira.
Ça allait encore être un sacré coup dans son moral. Attendre sans savoir si les deux femmes s'étaient rejointes, avec l'angoisse persistante qu'il leur arriverait quelque chose pendant cette chasse à l'homme, c'était assez angoissant pour un être aussi sensible que lui. Si seulement les choses pouvaient se simplifier un peu…
Je dois faire comme si de rien n'était.
Parce que, dans le fond, il s'agissait de deux femmes adultes qui avait fait le choix de disparaitre pour un but précis. Ce n'était pas comme s'il était dans l'ignorance totale et qu'il pouvait se permettre d'hypothétiser une éventuelle prise d'otage. Plus il y pensait, plus il se trouvait illégitime de toute angoisse. Jusqu'à quel point pouvait-il se considérer comme encore membre de la famille ? Car c'était de là que naissait son malaise. S'il devenait étranger à sa famille, il n'avait plus aucun droit sur quoique ce soit s'y opérant. Et dans ce cas, son inquiétude était infondée.
Mais ça le gênait. C'était sa famille, malgré tout.
Je fais quoi, dans ce cas ?
La torture était totale.
Puisqu'il fallait à tout prix faire un choix, il décida de ne pas trop s'en occuper pour l'instant. Le travail passait avant tout, il perdait trop de temps à papillonner d'un problème à un autre et en perdait de vue ses objectifs principaux. Travail, argent, rien d'autre.
0*O*o*O*0
Les choses reprirent leur rythme. Le travail allait de bon train, les jumeaux Vargas n'étaient plus contactés par la Nordic's, Francis et Arthur avaient chacun repris leur masque. Quelques semaines s'étaient écoulées depuis la fin de cette histoire de taupe, Francis n'avait de nouvelle ni d'Emil, ni de son père, et encore moins de sa mère ou de sa sœur. Mais peu lui importait, il avait tourné la page. Si on ne voulait plus de lui, il n'allait pas se battre seul contre tous.
Ce matin-là, il s'était réveillé dans un autre lit que le sien. Les draps avaient au moins le mérite d'être chauds, et d'ailleurs, une odeur très agréable glissait dans les airs, une odeur de plantes brûlées, de l'encens peut-être. Il inspira, détendu.
C'était la chambre d'Amélia, qui l'avait appelé la veille, visiblement déprimée, en réclamant du réconfort. Francis avait cette simple fonction dans la vie de la jeune femme : lui offrir de la tendresse quand elle souffrait à cause de la pression. Par une heureuse 'coïncidence' à peine suspecte, Arthur avait choisi pile poil ce jour pour dormir au travail. Fichu Anglais comploteur, ironisa le Français en s'étirant dans le lit. Il n'était qu'un bouche-trou pour l'Américaine, il le savait pertinemment, et c'était parfait ainsi. Peu importe qu'il prête son corps pour le bonheur de quelqu'un d'autre, tant qu'on lui laissait ses sentiments.
La jeune femme était à son bureau, pas loin du lit, et s'était redressée en l'entendant remuer. Ses yeux bleus brillaient de colère mais firent l'effort de se radoucir en voyant l'amant s'asseoir sous les draps suants.
« Tu as bien dormi ?
_ Mieux que toi, visiblement.
_ Laisse tomber, ma mère veut ma mort, se plaignit-elle.
_ Pourquoi ne t'enfuis-tu pas ? proposa-t-il. Ce serait le meilleur moyen de lui faire un doigt magistral et de goûter à une totale liberté.
_ T'en as de ces idées…
_ Une bonne idée !
_ On voit que tu ne connais pas ma mère. Elle retournerait le ciel et la terre si je faisais ça. Rien que pour 'laver l'affront' que j'aurais fait à la famille. Je ne peux pas passer ma vie à fuir, ce serait éreintant. Et puis… fuir seule ne m'enchante pas… »
Elle posa sa tête sur sa paume, fixant un rayon de soleil à travers le rideau maladroitement tirée. Francis remarqua qu'elle lui avait empruntée sa chemise pour se couvrir.
« Il n'y a personne dont tu sois un minimum attaché ? Une personne que tu aimes ou qui pourrais t'aimer au point de tout lâcher ? »
Elle le regarda de travers, comme s'il lui parlait une langue étrangère.
« Ne fais pas semblant de ne pas comprendre, soupira-t-il.
_ Francis… ce n'est pas aussi simple.
_ Je n'ai jamais dit le contraire. Penses-y juste.
_ Mmh… De toute façon, ça ne règlerait pas le problème de ma mère alors peu importe. Je devrais peut-être l'assassiner ? »
Elle plaisantait.
Ce fut lui qui la regarda de travers.
« Juste une question, madame Kirkland… qui est votre deuxième amant ?
_ Oh~ ! Alors tu as remarqué ? »
Cette situation ne l'étonna même plus. Francis songeait que quelque mois auparavant, il aurait gonflé les joues en apprenant que sa maîtresse – le femme de son amant – voyait quelqu'un d'autre. Ce triangle devenait bizarre. Et pourtant, à l'heure actuelle, il s'en fichait complètement. Il s'en fichait parce qu'il était enfin rentré dans la mécanique Kirkland. Tu es mon amant et c'est tout. Pas de sentiments. Du coup, plus rien ne le choquait.
« Je ne te dirais pas qui il est.
_ Pourquoi ?
_ Parce que c'est plus drôle comme ça !
_ Tu m'en vois ravi…
_ Mais je peux te dire un petit détail… »
Elle avait un sourire espiègle au visage ! Alerte ! Le détail allait être violent !
« Il est croque-mort, rit-elle ».
Francis tomba à la renverse dans son lit.
Une belle et jeune femme, mannequin, mariée à un nanti très bien placé dans la société, partageant sans le savoir l'amant dudit mari, s'était amourachée d'un croque-mort. Bien sûr, tout va bien, c'est normal. Ne cherchons pas. De toute façon, la profession n'avait pas dû jouer grand-chose quand ces deux-là s'étaient rencontrés. Mais c'était en effet un bien curieux détail.
De toute façon, je m'en fiche, conclut-il.
« Bon, assez parlé de moi, sourit-elle en reprenant sa joie de vive. Tu n'as rien de croustillant pour moi ?
_ Dispute familiale, et sinon : RAS. Ma vie est redevenue à peu près stable, même si j'attends encore la suite de mon procès.
_ Ah ! Maintenant que tu m'y fais penser ! Ta femme est passée dans une interview réservée à la gente féminine, il y a peu. J'ai cru halluciner quand j'ai lu les délires qu'elle a raconté aux journalistes ! cracha-t-elle avec dédain, puis voyant qu'il était pendu à ses lèvres : Elle s'est victimisée comme personne pour s'attirer la sympathie des féministes, à coup de 'je serais forte pour mes enfants…', 'ils ont besoin d'une mère courageuse', 'cet homme ne me soumettra pas', et autres simagrées m'ayant fait recracher mon soda. Elle n'est absolument pas gênée, cette garce ! »
En effet… elle passe à la vitesse supérieure…, conclut Francis. Se sent-elle en danger ? A-t-elle peur d'être percée à jour ? A force de mensonges, elle doit être en train de s'effriter.
Francis n'était donc pas le seul à atteindre ses limites ! C'était rassurant ! La faiblesse de son ex-femme lui donna un coup d'adrénaline, il reprenait espoir. Il lui faudrait contacter cette jeune fille qui était venue à sa rencontre l'autre soir. Erika, la nourrice des petits. Une alliée inespérée dans cette histoire !
Se faisant un bref résumé de sa vie, Francis se demandait s'il n'avait pas été quelque part fatalement nécessaire qu'il sacrifie sa famille pour en arriver à cette stabilité. Il ne s'était jamais senti aussi près du but. Tout ça parce qu'il vivait maintenant sans la crainte que sa mère ne découvre ses mensonges, avec un allié fidèle en la personne d'Arthur, et une confiance en soi démultipliée. Francis y croyait, il pouvait gagner. Encore un dernier effort.
Bientôt.
Voilà ! Fin du chapitre ! Non, ce n'est pas encore la fin, même si on s'en rapproche de plus en plus (je n'ai pas d'estimation puisque je n'ai toujours pas retrouvé mon plan XD mais je sais à peu près ce que je dois foutre et où, donc disons que je peux interpréter qu'on avance à grand pas. Cette fic m'aura sucée mon énergie vitale ! J'espère au moins que vous suivez toujours cette honteuse mascarade ! XD
Bref !
Je vous lâche ici, il se fait tard pour moi !
Biz' !
