Chapitre 20
Arrivé dans la pièce, il ferma la porte et s'approcha. Son amant lui tournait le dos, les mains posées sur la table. Il enserra sa taille et se colla contre lui, déposant un baiser léger dans son cou.
L'immortel se retourna dans ses bras et le serra contre lui. Le jeune homme remarqua les larmes qui coulaient sur ses joues mais ne dit rien, se contentant de prendre ses lèvres. Le Capitaine répondit au baiser, s'accrochant au jeune homme comme si sa vie en dépendait. Lorsqu'ils se séparèrent, Ianto passa sa main sur son visage et lui sourit.
– Je t'aime, fit-il, ne l'oublie pas. Je sais que ta décision n'a pas été facile à prendre, mais je te soutiens quoi que tu veuilles faire.
Jack acquiesça sans rien dire, il avait tellement eu peur de perdre cet homme qui était maintenant sa raison de vivre !
Après un moment, Ianto lui proposa un café et le leader accepta, relâchant son étreinte. Le Gallois le laissa pour aller préparer la boisson, rassurant au passage sa collègue qui s'inquiétait.
– Comment va-t-il ? demanda-t-elle en prenant sa tasse.
– Ce n'est pas facile, mais je pense que lorsque Meugan aura quitté la base, ça ira mieux. Il a eu peur et ça se comprend !
– Oui, je suis d'accord, mais crois-tu qu'il fallait en arriver là ?
– C'est sa décision et je ne m'y opposerai pas. Si vous n'aviez pas trouvé l'antidote, soit je serai toujours sous l'emprise de cette drogue, soit je serai mort.
– Oui, évidemment !
– Bon, je te laisse, je vais lui porter son café, après, je dois monter faire un peu de ménage à l'office, la semaine prochaine, on va rouvrir et je voudrais que tout soit en ordre.
Il quitta la jeune femme et se rendit dans la cuisine. Une fois la boisson prête, il monta voir le Capitaine et posa sa tasse devant lui avant de sortir silencieusement.
Il passa deux heures bien remplies à ranger, nettoyer, classer tout ce qui n'était pas à sa place et lorsqu'il eut terminé, il laissa son regard embraser la pièce avec un petit sourire satisfait. Content de son travail, il hocha la tête et rejoignit l'équipe avec le repas que le livreur venait de déposer.
Le plat de leur prisonnier fut rehaussé d'une dose de drogue et il le porta aux cellules, accompagné par le Capitaine.
En les voyant arriver, Meugan les défia du regard puis tapa du poing sur la vitre.
– Que m'avez-vous fait ?
– La même chose que ce que vous avez fait subi à mon ami, répondit l'immortel.
– Ce n'est pas possible, je ne dors pas, si j'avais vraiment eu la drogue, je serai en train de dormir.
– Oh ! Et nous priver de vos sautes d'humeur ! Cela aurait été vraiment dommage, je vous ai dit que nous avions un très bon médecin, il a trouvé comment contrer le somnifère !
– Vous n'aurez plus l'occasion de m'en injecter d'autres, je vous le garantis.
– Ce n'était pas dans mon intention, je voulais que vous sachiez ce que Ianto avait ressenti lorsqu'il était sous l'emprise du produit. C'est vrai que lui pouvait se satisfaire agréablement compte tenu du contexte !
– Et vous allez me laisser comme ça ? Vous savez combien de temps agit cette drogue ?
– Non et j'avoue que ce n'est pas mon problème. J'ai encore quelques petites choses à régler et je reviens m'occuper de vous ! fit le Capitaine en attrapant Ianto par le bras pour le faire sortir de la zone. Soyez sage et je vous ferai peut-être une surprise, finit-il avec un sourire coquin.
Il laissa le chimiste s'imaginer des choses toutes plus agréables les unes que les autres qui n'eurent comme seul effet que de réveiller son envie. En arrivant devant l'écran de la CCTV, Jack sourit en voyant sa réaction et se frotta les mains.
– Bon et si maintenant on allait manger. J'ai une faim de loup !
– Tout est prêt, fit Ianto, allez vous installer, je prépare la machine et j'arrive.
Owen et Tosh se dirigèrent vers la salle et le Capitaine suivit le Gallois. Il l'observa un moment avant de s'approcher.
– Il y a quelque chose qui ne va pas ? s'enquit-il en l'enlaçant.
– Non, pas vraiment, si ce n'est que je ne pensais pas que tu serais heureux de faire du mal !
– Comment ça ! fit l'immortel en le tournant vers lui. Que veux-tu dire ?
– Je ne sais pas trop, tu me fais un peu peur je dirais, tu sembles vraiment beaucoup apprécier ce que tu fais subir à Meugan.
– Évidemment ! Et je trouve même que ce n'est pas encore assez !
Le Capitaine parlait durement et le Gallois recula de quelques pas. Jack remarqua son inquiétude et lui saisit le poignet pour l'attirer à lui.
– Ianto, il aurait pu te tuer, tu t'en rends compte au moins !
– Oui, mais est-ce une raison de prolonger la punition ?
– Oui ! Maintenant, si tu veux que j'arrête, je le peux encore, il n'a eu que deux doses. Il aura sans doute quelques soucis durant plusieurs jours, mais cela passera. Par contre, si je continue, tout se terminera par sa mort !
Ianto ouvrit la bouche, mais la referma, bien sûr son amant avait raison, mais une balle dans la tête aurait été plus rapide !
– Ianto, veux-tu que j'arrête ? insista l'immortel.
Le Gallois se perdit dans son regard, il y lut tout l'amour que son amant lui portait et aussi toute la douleur qu'il avait encore au souvenir de ce que le chimiste lui avait fait subir.
– Non, je te laisse faire, dit-il en s'approchant.
Ils se regardèrent longuement et Jack passa sa main derrière sa nuque puis l'attira à lui pour l'embrasser.
– Tu sais, j'ai vraiment très faim, fit l'immortel en rompant le baiser.
– Tout est prêt et Owen et Tosh doivent nous attendre.
– Pas de problème, allons manger le plat de résistance, je m'occuperai du dessert un peu plus tard, fit-il en faisant sourire le Gallois.
Lorsqu'ils arrivèrent dans la salle, leurs collègues discutaient à voix basse et se tournèrent vers eux. Tosh sourit en voyant l'air radieux du jeune homme et le remercia lorsqu'il lui tendit sa pizza.
– Vous auriez dû commencer ! fit-il, ce n'est plus très chaud maintenant.
– Pas grave, répondit-elle. Ça va toi ?
– Oui, bien sûr !
Ils commencèrent à manger tout en discutant puis Ianto dévisagea le médecin sans rien dire. Celui-ci croisa son regard insistant et baissa les yeux avant de les relever.
– Quoi ! finit-il par lâcher.
– Tu comptais nous le dire dans combien de temps ?
– Dire quoi ?
– Ne fais pas l'innocent !
Jack les regardait l'un après l'autre, ne comprenant pas la raison de cet échange et Tosh semblait se tasser pour disparaître de la surface de la Terre, glissant sa main sur ses doigts dans l'espoir insensé de cacher ce que le Gallois venait de remarquer.
– Owen, insista-t-il.
– Ianto, que se passe-t-il ? s'enquit le Capitaine.
– Demande-le-lui !
– Alors ! Que nous caches-tu ? insista le leader.
Le médecin glissa un regard vers la jeune femme qui ne savait plus où se mettre puis fixa à nouveau les deux hommes. Ah ! Ianto et sa perspicacité naturelle !
– Alors !
– Bon, ça va ! lança Owen. Je viens de demander la main de Tosh, finit-il en rougissant.
Ianto sourit et Jack ouvrit la bouche sans parler, visiblement pris de court par la nouvelle.
– Oh ! Mais c'est une bonne chose, non ! fit-il en regardant le couple. Mes félicitations, j'avoue que je ne m'y attendais pas, mais je vous souhaite tout le bonheur possible. Comment l'as-tu su ? demanda-t-il en se tournant vers Ianto.
– J'ai vu briller sa bague. Tosh n'en porte jamais.
– Eh bien ! On peut dire que tu as l'œil !
– C'est le propre de tout bon majordome, Monsieur, fit-il avec un sourire devant le sourcil levé de son leader.
– Et vous comptez vous marier quand ?
– Jack, elle vient tout juste d'accepter, laisse-nous le temps d'y penser !
– Ok, mettons que je n'ai rien dit. On sera invité ? lança-t-il avec une petite moue. J'adore les mariages !
– Évidemment, la question ne se pose même pas ! fit Tosh visiblement remise de ses émotions.
– Bien, je vais chercher le café, dit Ianto en se levant.
– Je t'accompagne, réagit la jeune femme en l'imitant.
Bras dessus, bras dessous, ils quittèrent la pièce en riant comme deux collégiens. Owen et le leader restèrent dans la salle et le médecin prit son courage à deux mains.
– Jack, je voudrais te demander quelque chose !
– Pas de conseil sur le mariage ! Tu n'as aucune chance que je puisse t'aider !
– Non, ce n'est pas ça. J'aurais voulu te demander si tu accepterais d'être mon témoin !
Il se figea devant le regard du Capitaine, lisant la surprise sur son visage.
– Tu n'es pas obligé de me répondre maintenant, prends le temps de réfléchir.
– Non, c'est inutile, j'accepte volontiers. Cela me fera plaisir.
– Merci beaucoup, j'avoue que j'angoissais un peu !
– Et pourquoi ?
– Et bien ! Dans la mesure où je ne doutais pas de la réponse de Ianto, la tienne m'inquiétait un peu !
– Pourquoi ? Il a déjà accepté ? s'enquit l'immortel.
– Je ne pense pas qu'il refuserait ce plaisir à Tosh !
– Comment ça ?
– Elle est sûrement en train de le lui demander, fit-il au moment où les deux jeunes gens revenaient.
– Alors ! lança le Capitaine à l'attention de son amant.
– Alors quoi ?
– On passe devant M. le Maire tous les deux ? lança-t-il sans se rendre compte de l'ambiguïté de sa phrase.
Ianto eut un coup au cœur devant cette demande inattendue et Tosh attrapa le plateau avant qu'il ne lui échappe des mains. Jack se précipita en voyant sa réaction et l'incita à s'asseoir.
– Tu vas bien ?
– Oui, c'est juste un étourdissement.
– Owen, examine-le, je voudrais m'assurer que ce n'est pas une rechute.
Visiblement, le Capitaine était soucieux et le Gallois tenta de le rassurer, mais rien n'y fit tant que le médecin ne se fut pas assuré de son bon état de santé.
– Je pense que ce n'est qu'un peu de fatigue, tu t'es pas mal démené ce matin, tu devrais te reposer un peu.
– D'accord.
Tosh l'embrassa sur la joue et sourit à Owen. Il serra la main du Gallois et le remercia sous le regard interrogateur du leader.
– Que se passe-t-il ?
– Ianto sera le témoin de Tosh, fit le médecin avec un grand sourire. Nos deux amis auprès de nous pour cette belle journée, que demander de plus ?
Lorsqu'ils eurent fini leur café, chacun repartit à ses occupations. Le jeune homme termina de ranger la salle puis s'occupa de la cuisine et enfin, de la machine. Ses pensées étaient tournées vers le bonheur qu'il avait ressenti lorsque Tosh lui avait demandé d'être son témoin et son émoi lorsque l'immortel lui avait proposé de passer à la mairie, ne se rendant pas compte de la manière dont il avait dit ces mots que le Gallois espérait entendre.
Effectivement, Ianto aurait voulu unir sa vie à celle de son Capitaine, mais comment le lui faire comprendre. Il l'aimait plus que tout et il ne manquait plus que cela pour que son bonheur soit parfait.
L'après-midi avait été consacrée à diverses activités et tout à ses pensées, il prépara le repas pour leur prisonnier, ajouta la dose de drogue ainsi que son amant lui avait demandé et se dirigea vers les cellules, sans même attendre le Capitaine. Quand il arriva devant la vitre, il constata que Meugan était couché sur le sol et semblait inconscient. Il s'approcha et posa le plateau pour ouvrir la porte. Il ne pouvait pas le laisser dans cet état malgré tout le mal qu'il lui avait fait. Il se pencha sur lui et au moment où il ne s'y attendait pas, l'homme lui saisit le poignet et le fit tomber à terre.
– Elle m'a bien chauffé ton amie, alors tu vas en subir les conséquences, souffla-t-il à l'oreille du Gallois qui tentait de se défendre.
Mais pourquoi n'avait-il pas attendu que Jack l'accompagne ? Maintenant, il était dans une bien mauvaise posture, il ne lui restait plus qu'à espérer que l'immortel se rendrait rapidement compte de son absence.
– Je ne pense pas que ce soit une solution, tenta-t-il.
– Non, mais à défaut de la belle Japonaise, je pourrai me soulager ! Ariana te trouvait à son goût et j'avoue que moi aussi, fit-il en posant un baiser dans son cou après l'avoir relevé pour le bloquer contre la couchette.
À force de se démener, le Gallois réussit à lui échapper et se releva mais l'homme se projeta sur lui et il cogna durement le mur, s'assommant à moitié.
Dans son bureau, Jack releva la tête, il avait une soude angoisse qui lui nouait l'estomac. Il quitta la pièce et regarda dans la salle centrale.
– Owen, tu sais où est Ianto ?
– Non, je ne l'ai pas vu depuis un moment, il est peut-être aux archives.
L'immortel alluma la CCTV et visita les salles l'une après l'autre. Le médecin, monté le rejoindre, regardait par-dessus son épaule. Quant ils en vinrent aux cellules, le cœur du Capitaine rata un battement et il dévala les marches pour se rendre dans les voûtes. Lorsqu'il y arriva, il se précipita sur la porte qu'il ouvrit à la volée au moment où Meugan allait violer Ianto qui était sans connaissance. D'un violent coup de poing, il l'envoya contre le mur et sortit son arme. Il se pencha sur le Gallois et s'assura qu'il était toujours vivant.
– Vous avez fait l'erreur de votre vie, siffla l'immortel. Vous n'auriez pas dû poser vos sales pattes sur lui.
– C'est de votre faute, vous saviez très bien ce que faisait cette drogue !
– Oh ! Oui, mais vous ignorez combien de doses vous en avez déjà eu ! lança Jack en le fixant.
– Quoi !
L'immortel tourna les yeux une seconde pour constater que le plateau était à l'extérieur, le chimiste ne l'avait pas encore consommé. C'est cet instant que choisit l'homme pour se ruer sur l'immortel qui perdit son arme sous le choc. S'en suivit une bagarre proprement violente, le Capitaine se laissant dominer par la rage de tuer.
Owen entra à ce moment, réussit à sortir le Gallois et lui remonta boxer et pantalon à l'instant où Tosh passait la porte. Dans la cellule, Meugan avait réussi à se saisir du pistolet et le pointait sur Jack qui le regardait, les yeux flamboyants.
– Tuez-moi, allez-y, de toute façon, vous ne vous en sortirez pas !
– C'est ce que vous croyez ! Une fois que vous serez mort, je m'occuperai d'elle, dit-il en montrant Tosh du menton et ensuite, de votre petit copain.
Owen se déplaça pour se mettre devant la jeune femme qui avait entendu les paroles et commençait à avoir peur. S'il tuait Jack, il n'y aurait plus que Owen pour la protéger et elle ne pensait pas que cela suffirait au vu de l'excitation du prisonnier.
L'immortel s'avança jusqu'à toucher le canon, il n'avait aucune envie que cet homme s'en sorte. Finalement, Ianto avait raison, une balle dans la tête était bien plus simple. Le doigt crispé sur la gâchette, Meugan ne comprenait pas la réaction de son geôlier, il ne semblait pas avoir peur de mourir et cela le déstabilisa. Le Capitaine s'en aperçut et se saisit de l'arme. Dans la lutte, le coup partit et Jack baissa les yeux sur la tache qui s'agrandissait sur sa chemise. Lorsqu'il tomba, il entraîna le chimiste avec lui. Quand celui-ci se releva, il tourna les yeux vers Tosh et s'avança vers elle, mais il fut stoppé par la balle que Owen venait de tirer. L'air hébété, il passa sa main sur sa poitrine et regarda sa paume maculée de sang avant de lentement s'effondrer sur le sol. Le médecin récupéra le pistolet et enjamba le corps pour aller voir le Capitaine.
Celui-ci reprit connaissance quelques secondes après et vit le médecin penché sur lui.
– Ianto, souffla-t-il en se relevant.
– Il va bien, ne t'en fais pas, tu es arrivé à temps. Par contre, j'ai dû le descendre, fit-il en montrant le corps étendu.
– Ce n'est pas un problème, j'aurais dû le faire bien avant, répondit l'immortel. Ok, je vais le remonter, fit-il en prenant son amant dans ses bras. Si tu veux bien mettre celui-là dans la cellule, je viendrai m'en occuper plus tard.
– D'accord, vas-y, on te rejoint.
L'immortel remonta dans la salle centrale et déposa le Gallois sur le canapé. Assis près de lui, il attendit le retour de ses collègues. Quand Owen arriva, le Capitaine laissa sa place et alla faire du café. Il en porta une tasse à la jeune femme qui était visiblement secouée par ce qu'il venait de se passer et avait du mal à retenir ses larmes. Il la prit dans ses bras et la réconforta de quelques mots.
– Ça ira, fit le médecin, il aura une belle bosse, mais rien de bien méchant.
– Très bien, je vais le laisser ici en attendant qu'il reprenne connaissance, ensuite, je l'accompagnerai chez lui.
– Tu as encore besoin de nous ?
– Non Owen, vous pouvez partir. Tâchez de passer une bonne soirée, oubliez tout ça. D'accord Tosh, fit-il en s'approchant.
Elle le regarda, les yeux humides et acquiesça. Le médecin récupéra ses affaires et ils quittèrent la base. Jack recouvrit Ianto d'un plaid et descendit dans les voûtes pour s'occuper de faire disparaître le corps puis nourrit les pensionnaires et Myfanwy avant de redescendre la zone informatique.
En arrivant, il s'arrêta brusquement, le canapé était inoccupé et le Gallois n'était pas visible. Rapidement, il fit le tour de la cuisine et du bureau, descendant même dans sa chambre pour trouver la salle de bain vide. Il remonta et alluma la CCTV puis ses yeux tombèrent sur une enveloppe sur laquelle son prénom était écrit de la main du jeune homme.
À suivre…
