Voici le chapitre XX !

Je profite de l'occasion pour vous annoncer que mon dernier roman "PIRATE", vient de sortir ! Vous pouvez en lire le début sur Amazon ou dans la rubrique "l'univers Claude Neix" sur le site : www (point) cristina-rodriguez (point) net

Bonne lecture et bons baisers de Claude Neix !


XX : À chacun sa peur

par Claude Neix

Corrections et documentation : Shiva Rajah

o-o-o

Plains ceux qui ont peur
car ils créent leurs propres terreurs...

S. King

À l'extérieur du manoir, Barret rangeait ses affaires et son matériel dans son camion.

— Tout va bien se passer, assura Cid. Nous veillerons sur elle, ne t'en fais pas.

Le chef d'AVALANCHE ne paraissait pas tout à fait rassuré.

— T'en as de bonnes ! Tu laisserais ta gosse dans la même maison qu'eux sans te poser de questions, toi ? Réponds franchement.

Le pilote le regarda droit dans les yeux.

— Oui.

— T'as pas de gosses, aussi ! Comment tu peux savoir ?

— Oh, merde, Barret ! Tu deviens carrément parano. Regarde-les...

Il désigna discrètement la fille adoptive du géant du menton.

Marlène était accroupie un peu plus loin, aux côtés de Yazoo, qui opérait quelques réglages sur sa moto. Elle posait mille questions, auxquelles le jeune homme répondait patiemment avec la douceur qui paraissait lui être habituelle.

— Marlène semble fascinée par nos trois amis, nota le pilote avec humour.

Barret sourit en voyant la petite fille minauder près du frère de Sephiroth.

— Moi, à son âge, j'étais amoureux de ma prof de maths ! Une "vraie femme mûre" de 23 ans !

Cid grimaça.

— La mienne en avait cinquante, du poil sous les bras et de la moustache...

Son ami lui asséna une claque dans le dos et partit d'un rire tonitruant.

— Je te confie ma fille. Veille sur elle ou t'auras affaire à moi !

— Allez, arrête de t'en faire et deale-nous ce putain de terrain du mieux que tu peux. Un nouveau champ d'éoliennes au sud du continent serait vraiment une bénédiction pour tout le monde.

— Je vais faire du mieux que je peux mais je crois qu'on ne nous a pas tout dit sur les nappes phréatiques présentes dans le coin. Je préfère faire des sondages supplémentaires.

— Tu l'as dit à Rufus ? Il en pense quoi ?

— Comme moi : que deux précautions valent mieux qu'une. Bien, je crois que c'est bon ! dit-il en bouclant la porte arrière du camion. Marlène ! appela-t-il en agitant la main. Je m'en vais !

La fillette, vêtue d'un blouson rembourré et d'un pantalon épais glissé dans des bottes fourrées, bondit sur ses pieds et vint en courant vers lui.

Comme à chaque fois qu'il devait se séparer d'elle, Barret sentit un terrible pincement au coeur.

Il se baissa pour lui tendre les bras et la petite s'y précipita.

— Fais-moi un gros câlin, princesse.

— Tu reviens vite, dis ?

— Promis, ma puce ! Trois ou quatre jours, tout au plus.

Cid observait discrètement Yazoo, qui suivait la scène avec une expression à la fois fascinée et curieuse, devant très certainement se demander ce qu'on ressentait dans les bras d'un père, ou d'une mère.

— Je t'appellerai ce soir, après le dîner, O.K., princesse ? Et sois bien sage durant mon absence, d'accord ?

Le moteur de la moto se fit entendre et l'incarné de Sephiroth passa à quelques pas du trio, en direction de la grille du manoir.

— Attends ! lui cria la petite. Tu m'emmènes avec toi faire un tour ?

Yazoo freina et, ne sachant comment il devait réagir, lança un regard embarrassé aux deux hommes.

— Dis donc, demi-portion ! le secourut Cid en ébouriffant les cheveux de la petite. Tu pourrais au moins lui demander son avis !

Marlène, nullement décontenancée, se tourna vers l'incarné et demanda avec un aplomb déconcertant :

— Ça te dérange, de m'emmener avec toi faire un tour ?

Yazoo secoua aimablement la tête et Barret éclata de rire.

— L'art et là manière de s'imposer dans une négociation ! Ah ! Ah ! Bravo, ma fille, tu as bien retenu les leçons de ton vieux père !

Sans laisser le temps à Barret d'esquisser ne serait-ce qu'un début de protestation, Cid la souleva pour l'asseoir sur la moto, derrière le jeune homme.

— Allez hop ! En selle !

— Accroche-toi bien à lui, ma puce, ne put s'empêcher d'intervenir Barret, mi-figue, mi-raisin, en lançant au pilote un regard assassin que Yazoo ne vit pas.

Cid y répondit par un clin d'oeil espiègle.

— Mais... protesta la fillette. Loz, il me fait asseoir devant !

— Quand es-tu montée à moto avec Loz ? s'étonna son père.

Marlène haussa les épaules.

— Y'a deux ans, quand il est venu me chercher à l'église et qu'il s'est battu avec Tifa. Lui, il m'a fait monter devant ! Et même que j'ai passé une vitesse, ajouta-t-elle pour faire bonne mesure - en évitant toutefois de préciser que ça s'était produit lorsque sa main avait dérapé sur le guidon.

Yazoo blêmit, plus embarrassé que jamais, mais la petite avait dit ça avec un tel naturel, comme si elle parlait du temps qu'il faisait, et une telle fierté que Cid partit d'un terrible fou-rire.

— Le prochain pédopsychiatre qui me culpabilise et me conseille de changer de job en me bassinant avec des risques de "séquelles de traumatismes enfantins", je lui fais avaler ses diplômes... ronchonna le chef d'AVALANCHE, faisant redoubler l'hilarité du pilote.

Rassuré par leur réaction, Yazoo se tourna vers Marlène et tordit le nez en une moue qui amusait beaucoup Kadaj, lorsqu'il était enfant.

— Tu sais, fit-il, malicieux, j'ai peur de ne pas tenir longtemps en équilibre sur le guidon, les bras tendus. Je n'ai pas les gros muscles de Loz, moi. Mais si tu tiens absolument à finir comme une galette entre moi et le carénage...

La fillette grimaça et éclata de rire.

— Nan !

— C'est bien ce que je pensais. Alors accroche-toi.

Lorsqu'il sentit les petits bras se refermer fermement autour de sa taille, il remit le contact et démarra.

— Soyez prudents ! cria Barret. Ne roulez pas trop vite !

Cid lui tapa sur l'épaule et ricana, facétieux.

— Tu vois quand tu veux !

oxo

Dans le laboratoire, Kadaj avait plaqué les mains sur la paroi de verre de la cuve où flottait Sephiroth et le fixait comme s'il espérait que cela fasse ouvrir les yeux à son frère.

— Pourquoi ne guérit-il pas ? demanda-t-il à Shalua.

— Oh, mais il guérit, chaton. Il faut lui laisser le temps, voilà tout.

L'incarné sourit.

Jamais personne ne l'avait affublé de ce genre de sobriquet mais, chez la jeune femme, c'était apparemment une manie incurable. Il avait aussi tâté du "poussin", à l'occasion, "baby" et "mon grand" étant plutôt réservés à Yazoo et à Loz.

— Pourquoi un programmeur XG1 est-il branché sur son contrôleur mako avec seulement quatre flux transitoires ? s'étonna encore Kadaj en décodant les données qui s'affichaient à l'écran à une vitesse affolante.

Shelke leva le nez de son ordinateur.

— Tu comprends ce genre de protocole ? demanda-t-elle, éberluée.

La jeune fille ne connaissait qu'une poignée d'ingénieurs capables de se dépatouiller – et encore à peu près – avec les calculs ultra-complexes de ce type de protocole de combinaisons chimiques. Elle-même s'y perdait mais c'est vrai que ce n'était pas du tout son champ de travail habituel.

L'incarné acquiesça.

— XG, YG, MG, BG et T3. Je les ai appris à... Enfin, là-bas, termina-t-il avec un serrement douloureux à l'estomac.

Shalua se leva, aussi surprise que sa soeur, pour lui poser la main sur l'épaule.

Elle ne pouvait certes pas lui faire oublier ses horribles souvenirs mais peut-être tenait-elle la solution pour qu'il n'ait plus à en rougir, tout en accélérant la guérison de Sephiroth !

— Tu te sentirais capable de mettre à contribution ce que tu as appris là-bas pour nous aider à reprogrammer ce fichu contrôleur ?

Le visage de Kadaj parut s'illuminer et il hocha vigoureusement la tête, trop heureux de pouvoir influer positivement sur l'état de son aîné et, accessoirement, de s'occuper les mains et l'esprit.

— Bien sûr. Mais, pour ça, j'aurais besoin des codes sécurisés et d'un accès aux bases la Shinra, ajouta-t-il, tout enthousiasme soudain envolé, sachant très bien qu'on ne lui accorderait jamais ce genre d'autorisation.

Shalua échangea un regard avec sa soeur, qui hocha la tête, et décocha aussitôt son téléphone pour composer un numéro préprogrammé.

— Monsieur Shinra ? Ici, Shalua. Pouvez-vous descendre au laboratoire, une minute ? Non, rien de grave mais nous allons avoir besoin d'un passe de niveau 7. Non, monsieur, le mien n'est que de niveau 6. Pour le programmeur XG1. Kadaj, monsieur. Oui, monsieur, absolument. À tout de suite.

Elle raccrocha et afficha un sourire rayonnant.

— Il descend.

Kadaj écarquilla les yeux, n'osant y croire et, le coeur battant, plaqua à nouveau les mains sur la cuve de Sephiroth.

— Tu sortiras bientôt de là, grand frère, je te le promets...

oxo

Tifa sortit de la chambre de Denzel, laissant le garçonnet finir la sieste, et descendit dans parc du manoir pour s'aérer un peu.

Entre le pauvre Reno et le petit qui avait pris froid, elle n'avait pas encore mis le pied dehors de la journée, jouant les infirmières en compagnie de Rude et de Yuffie depuis le petit déjeuner.

L'astre solaire perçait timidement à travers les nuages bas de la fin d'après-midi et elle présenta le visage à ses rayons en souriant de plaisir.

La température était un peu remontée par rapport à la veille et, si on restait au soleil, on pouvait se passer d'un lourd manteau, ce qu'elle fit, trop heureuse de sentir l'air pur sur son visage et ses bras, sur lesquels elle avait relevé les manches de son pull.

Le parc du manoir était un ravissement pour les yeux et l'odorat et elle flâna un long moment dans les allées, sentant une fleur d'hiver ou cueillant une branche de gui.

Elle emprunta une allée de graviers roses qui menait à la chapelle gothique de la propriété et remarqua que la porte était entrouverte.

La jeune femme poussa doucement la porte ornée d'arabesques.

Si l'extérieur de la petite église était ravissant, l'intérieur était un enchantement !

L'endroit respirait la sérénité et la paix, tout en dorures légères et dentelle de pierre percée de vitraux multicolores.

Quelques bouquets de gui artistiquement assemblés et noués de rubans avaient été déposés au pied de certaines statues et leur douce odeur sucrée à peine perceptible, mêlée à celle de la cire et de l'encens, chatouillait l'odorat de Tifa comme une caresse.

Minute... Sucrée ? Depuis quand le gui a-t-il une odeur sucrée ? Réalisa-t-elle comme si on venait de lui asséner un coup en pleine la poitrine.

Le coeur battant, elle retint sa respiration, pivota très lentement en direction de l'autel et... le vit.

Assis sur le premier banc, lui tournant le dos, un pied sur l'assise et le menton dans le poing posé sur son genou replié, Loz, paraissait fixer la statue de la déesse, qui tenait son enfant dans ses bras.

La première réaction de Tifa fut de s'enfuir sans demander son reste, certaine qu'il n'avait pas dû l'entendre et encore moins la voir, mais elle se ravisa, maudissant son comportement puéril.

Prenant son courage à deux mains, elle remonta l'allée centrale jusqu'au premier rang des bancs, le coeur cognant si fort contre ses côtes qu'elle se demandait comment faisait Loz pour ne pas l'entendre.

Elle s'arrêta à son niveau – sans oser toutefois prendre place à ses côtés – et lui adressa un petit salut de la main depuis l'allée.

— Bonsoir ! fit-elle timidement d'une voix étranglée.

Loz tourna les yeux vers elle l'espace d'un dixième de seconde à peine mais ce fut largement suffisant pour qu'elle voit qu'il avait pleuré.

— Salut... murmura-t-il d'une voix blanche, sans même bouger un cil.

Elle le dévisagea, déconcertée, et s'approcha d'un pas.

Imaginer un grand gaillard comme lui la larme à l'oeil lui aurait paru impossible quelques secondes plus tôt.

— Est-ce que... Est-ce que ça va ? demanda-t-elle.

Il fit un curieux petit bruit avec le bout de sa langue sur ses incisives — Tss — et sourit avec amertume.

— Mieux que lui, en tous cas, fit-il en désignant du menton le pied de l'autel.

Tifa baissa les yeux et vit une petite masse visqueuse, grouillante, grise et velue. Un rat mort.

— Quelle horreur... grimaça la jeune femme en pinçant le nez de dégoût.

Loz laissa échapper un petit ricanement désagréable.

— Ouais... C'est aussi ce que je me suis dit en voyant la vidéo.

La jeune femme sentit un coup au coeur en comprenant qu'il comparait le dégoûtant spectacle qu'offraient les larves se tordant dans de rat à demi décomposé à sa propre naissance.

— Non, Loz, fit-elle d'une voix douce en s'asseyant sur le bord du banc. Toi et tes frères n'avez rien d'insectes répugnants. Loin de là.

C'était la première fois que Tifa l'appelait par son nom et elle en ressentit une étrange gêne.

Surpris par le compliment, il se tourna à demi vers elle et fronça les sourcils, ironique.

Elle esquiva son regard, incapable de soutenir l'intensité de ses yeux félins.

— On est destinés à ce croiser dans ce genre d'endroit, on dirait, fit-il remarquer en embrassant la chapelle d'un geste ample.

Celle-ci sourit malgré elle.

— Il faut croire, oui, répondit-elle sur le même ton léger. J'avais rarement rencontré un adversaire aussi fort avant ce jour-là.

— Toi aussi, tu sais te battre, dit-il, approbateur. La Shinra ?

— Non, mon père. C'était un maître de combat très réputé.

— Était ?

— Il est mort. Il y a plusieurs années, déjà, ajouta-t-elle pour couper court.

Ce n'était ni le moment ni l'endroit pour amener Sephiroth sur le tapis.

— Oh...

Il fit craquer ses phalanges, visiblement mal à l'aise.

Loz n'avait pas l'habitude de parler avec des gens et cela se voyait dans son attitude et chacun de ses gestes. Il avait avant tout été dressé pour se battre, et se réaliser dans l'action.

— Tu sais... commença Tifa, son sang battant le tambour contre ses tempes. Il y a une question que j'ai envie de te poser depuis que Vincent nous a montré les vidéos du labo. (Le jeune homme parut se contracter un peu sur le banc et une très légère teinte rosée colora ses joues.) Oh ! Il n'y avait rien de choquant ou de trop... intime, pas du tout ! le rassura-t-elle, imaginant parfaitement les raisons de son malaise. On ne nous a montré que des extraits retraçant les grandes lignes de la... enfin, de vos... du projet.

Loz parut s'amuser de sa gaucherie et elle toussota.

— Qu'est-ce que tu veux savoir ? demanda-t-il.

Tifa prit son courage à deux mains pour se tourner carrément vers lui mais sa question mourut sur ses lèvres...

Il fixait toujours l'autel, le regard perdu dans un monde intérieur auquel elle n'avait pas accès.

En arrière-plan, le soleil se couchait derrière le grand vitrail dans une débauche d'ors et de pourpres et le profil de médaille de l'incarné se découpait dans la douce lumière irisée.

Et le parfum de sa peau, qui l'enveloppait comme une aura... Mon Dieu, ce parfum !

— Alors ? s'enquit-il en tournant soudain la tête vers elle.

— Hein ? bredouilla-t-elle, décontenancée.

— Qu'est-ce que tu voulais savoir ?

— Oui, pardon. Pourquoi tu ne m'as pas tuée, là-bas, à Midgar ? laissa-t-elle échapper nerveusement sans autre cérémonie, encore troublée par la vision ensorceleuse.

Loz écarquilla les yeux, un sourire narquois sur les lèvres

— C'est un reproche ? Je peux y remédier, si tu veux.

Elle rougit en réalisant le double sens de la tournure employée.

— Non, c'était juste une question ! fit-elle en souriant malgré elle. Je t'ai vu, dans les vidéos. Ta puissance est incroyable. Tu aurais pu me casser en deux d'une chiquenaude, si tu l'avais voulu, mais tu ne l'as pas fait. Pourquoi ?

Il reprit son sérieux et hocha la tête.

— Je te l'ai dit : tu sais te battre.

— Oh... Tu m'as donc épargnée par respect ? C'est très... élégant, merci.

— Non, la détrompa-t-il avec une candeur invraisemblable. C'est rare, de trouver un adversaire valable à qui me mesurer et je voulais en profiter. Et je ne tue pas les femmes, de toute façon. Elles sont plus faibles. C'est lâche.

Tifa se raidit, ne sachant si elle devait se sentir insultée ou s'il plaisantait mais un regard dans ses grands yeux mako la convainquit qu'il disait tout simplement la vérité nue, telle qu'il la ressentait, sans malice ni mépris.

Elle éclata de rire, ce qui parut le décontenancer un peu.

— Oh, Loz ! Tu es d'une honnêteté désarmante... Droit au but et délicat comme un coup de poing ! Ah ! Ah ! Ah !

Il plissa le front, un rien boudeur, et détourna à nouveau le regard vers l'autel.

— Je ne sais pas faire de grandes phrases sophistiquées, comme Kadaj, murmura-t-il d'une voix à peine audible. On ne m'a pas appris. C'était pas utile, pour ce qu'on me demandait...

Tifa sentit un petit pincement lui contracter la poitrine et se mordit la lèvre.

— Eh ? fit-elle en le poussant doucement du bout de l'index. C'était pas un reproche.

Il tordit le nez.

— Pas grave. J'ai l'habitude.

Son regard retomba sur le rat mort.

Tifa vit sa pomme d'Adam monter et descendre et l'éclat de ses yeux mako s'intensifia, menaçant de déborder à nouveau.

— Tu... commença-t-elle, ne sachant comment elle devrait réagir s'il se mettait à pleurer devant elle. Ça n'a pas dû être facile de... D'entendre tout ce que Vincent et Aerith avaient à vous dire. Enfin, j'imagine. (Elle l'entendit déglutir avec difficulté mais il ne dit rien) Tu as envie d'en parler ?

Il secoua la tête et s'essuya les yeux avant qu'ils ne coulent.

— Je ne sais pas parler comme vous autres, je te l'ai dit.

Sa tension et sa détresse étaient si évidentes que Tifa en avait la gorge serrée.

Elle sentait une foule de sentiments tournoyer en lui mais il était incapable de les exprimer et cela le faisait souffrir horriblement.

Au laboratoire, il pouvait encore évacuer ses angoisses et ses appréhensions par l'action, en s'entraînant, en se défoulant jusqu'à l'épuisement mais ici, au manoir ?

À moins que...

Une idée folle lui traversa l'esprit et elle se lança sans réfléchir, avant de manquer de courage.

— Alors comme ça, d'après toi, les femmes sont faibles ? demanda-t-elle, soudain taquine.

Surpris par changement brutal de ton et de sujet, Loz tourna la tête vers elle.

— Hein ?

— Tu as dit que les femmes étaient faibles.

— Physiquement, oui. Plus que moi, en tout cas.

Tifa prit ses gants en cuir dans la poche arrière de son pantalon et commença à les enfiler.

— Alors, fit-elle en se levant, tu ne craindras sûrement pas de te prendre une dérouillée si une "faible femme" te demande une revanche dans les règles, mhh ?

L'expression de Loz changea du tout au tout et sa bouche sensuelle s'étira en un sourire plein d'assurance.

— Tu veux te battre ? Contre moi ? Maintenant ?

La jeune femme recula de quelques pas pour le laisser sortir dans l'allée et se mit en garde.

— À la loyale, décréta-t-elle. Pas d'arme ou de pseudo-téléportation, cette fois ! Juste toi et moi, nos pieds et nos poings.

— J'ai pas besoin de ma griffe, pour te faire mordre la poussière, ma toute belle.

— Je te trouve bien sûr de toi, "mon tout beau" !

Il assura ses appuis et se mit en garde à son tour.

Bon sang ! Elle ne se souvenait plus qu'il était aussi grand, une fois debout près d'elle...

— Tu peux encore changer d'avis, la brocarda-t-il en remarquant sa pâleur soudaine.

— T'en fais pas pour moi ! se récria-t-elle, vexée. Prépare-toi plutôt à ravaler ce petit sourire suffisant.

Il rit de plus belle.

— Tu veux que je m'attache un bras dans le dos ? Ça te laisserait peut-être une chance...

Piquée au vif, la colère la gagna et elle lui fit signe d'approcher avec un rictus agressif.

— Arrête de te vanter et viens plutôt me montrer ce que tu as dans le pantalon. À supposer, bien sûr, qu'il contienne quelque chose... ajouta-t-elle, venimeuse, avec un clin d'oeil insolent.

Le sourire de Loz s'effaça aussitôt et son visage se contracta en un masque menaçant.

Lorsque son poing jaillit et qu'elle l'évita de justesse, Tifa sut qu'elle était allée trop loin dans la provocation. Son adversaire était fou de rage...

...à suivre

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