Veto (Je m'oppose)

Chapitre Dix-Neuvième ;

J'avais le vertige devant la distance qui me séparait de Kilian, devant l'écart qu'il avait mis entre nous. J'avais du mal à croire qu'il était réellement là, qu'il était revenu. Ses traits, ses yeux, son sourire, et sa voix avaient tellement occupé d'espace dans ma tête, l'avaient tellement martelé que le voir après tout ce qu'il s'était passé m'avait asséné un coup mental assez incroyable. Surtout si on rajoutait ce détachement et ce désintéressement total dont il faisait preuve à mon égard. Il n'y avait pas que la surprise qui m'avait prise dans ses filets, il y avait aussi ce sentiment de révolte de n'avoir le droit qu'à ce genre de réponse – si on pouvait appeler ça une réponse.

Mais parallèlement je me sentais aussi libre et légère. L'impression que les lèvres de Lilith n'avaient toujours pas décoller des miennes était lancinante. C'était comme si elle était toujours à mes côtés, comme si sa douceur me possédait toujours et pourtant je l'avais abandonné sur le toit du bâtiment.

Je me félicitai mentalement : on ne pouvait pas faire plus contradictoire.

J'essayais de concentrer mon attention sur ce qu'il se passait sous mes yeux quand je fus enfin frappée par l'échos des paroles de Kilian. Venait-il réellement de dire qu'il savait où étaient les Crachvies ? Je me rapprochais lentement des autres qui avaient l'air tout aussi perdus que moi. Incompréhension et flottement m'enchaînèrent rapidement, m'empêchant de fuir. Souhaitant, même, me voir affronter l'appréhension et l'excitation qui m'avaient littéralement sauté à la gorge. Et plus les secondes s'enfuyaient, plus je me perdais.

' Comment tu - ' Alice fut coupée par Lilith qui entrait à son tour dans la pièce, visiblement elle n'avait rien entendu vu le brusque arrêt sur image qu'elle venait de faire devant nos têtes.

' Qu'est-ce qu'il se passe ? '

' Kilian sait où sont les Crachvies ' Dire que j'étais gênée ou troublée serait un euphémisme, j'avais l'impression que mon cerveau venait juste de lâcher l'affaire. Comment pouvoir ressentir tellement de choses contraires à la fois ? Comment, même, toutes les aligner les unes après les autres ?

' Tu as tes plans ? ' Lui demanda Kilian, me laissant totalement abasourdie. Les choses m'échappaient de plus en plus. J'étais totalement écartée, abandonnée, mise sur le côté, et il venait de parler à Lilith en empruntant une voix, qui plus est, dénuée de tout ressentiment ? Il prenait sur lui pour réagir correctement envers elle, et moi, je n'avais pas le droit à cet effort de sa part ?

Il fallait que je me calme, après tout, je ne pouvais pas vraiment m'énerver, n'est-ce pas ? C'était de ma faute s'il réagissait comme ça. Je savais comment il était certes, mais j'avais la nette impression d'avoir le droit au Kilian de Poudlard qui ne prenait jamais sur lui et qui ne trouvait rien de mieux à faire que de tout rejeter sur les autres. Alors que les autres avaient le droit au « vrai » Kilian.

' Quelle province ? '

' Celle-ci et l'adjacente ' Lilith s'exécuta et les cartes/plans/ou je ne sais quoi d'autre étaient rapidement déroulés sur la table. Kilian s'y pencha un instant ' Tu as les schémas ? Ils sont, normalement, entre cette zone-ci et cette zone-là. Le type parlait de 5 à 7 kilomètres au Nord de Kabala '

' 5 à 7 kilomètres, ça couvre un bon bout de terre ' Fit Nathan

' Ca dépends ' Enchérit l'Auror ' Comment se fait-il qu'un « type » sache quoi que ce soit ? '

' Il a entre-aperçu ma baguette et m'a pris pour « l'un des leurs ». Il était littéralement sur-excité, il ne faisait que de répéter des trucs sans sens du genre : « Ah ! Si seulement j'avais les moyens !/ Donc ça a marché ? Ca a marché ? Ils ont les même, eux, à ce qu'on dit !/ C'est toujours au Nord de Kabala, non ? Il me l'avait dit cet idiot : à 5 à 7 kilomètres de Kabala, il y a un petit bâtiment, je les ai vu ! Qu'il me répétait, oh, j'aurai dû l'écouter !/ Oh ! Normalement ils t'attendent dans un tout petit bar du centre-ville mais quand tu sais où ils se cachent, eh ! T'as bien envie de sortir ! Mais ils font peur, oh oui, qu'est-ce qu'il font peur ! » '

' Il était bourré ' M'indignais-je ' Et toi aussi t'as bu ! T'empestes l'alcool ! ' Il m'ignora littéralement et, la colère commençant à monter de plus en plus, j'allai m'asseoir sur le canapé. M'exilant cette fois-ci volontairement.

Je n'arrivais pas à y croire. On aurait dit que tout le monde avait oublié. Qu'il ne s'était jamais rien passé ici. La tension était palpable bien sûr, mais l'excitation des « troupes » l'était encore plus et la dominait. Je soufflai. Il fallait que je respire, me répétant inlassablement que c'était Kilian. Qu'il n'aurait probablement jamais pu réagir autrement à mon égard. Après tout, il avait bien l'habitude de ne choisir que la facilité, non ?

Mais alors pourquoi, par Merlin, ne la prenait-il pas face aux autres ?

' Kilian ' Commença Alice en me laissant un regard ' Est-ce qu'on peut être sûrs des informations que - '

' Bien sûr. J'ai peut-être bu mais j'étais lucide '

' Ok ' Fit Lilith en prenant une plume ' Donc ils ont des éléments au centre-ville et leur planque est au Nord de la ville. C'est sûrement là-bas que sont les otages '

' Mais pourquoi des Crachvies attendraient-ils des Moldus dans un bar ? ' Enchaîna Nathan.

' Ils aiment jouer avec eux. Peut-être qu'il ne s'agit que d'un plateau de jeu en plus. Je ne doute pas de leur capacité pour les manipuler dans tous les sens possibles '

' Mais le Moldu n'aurait pas les moyens pour faire quoi exactement ? '

' Participer au jeu ? '

' Peu importe ' Coupa Kilian ' On s'en fout sérieusement. On leur demandera une fois qu'on les aura sous la main '

Au fur et à mesure que leur discussion s'étalait, devenant stratégie, suppositions puis hypothèses, la colère devenait de plus en plus récurrente chez moi. Ils étaient en train d'éliminer des zones par un système que je n'avais pas le moins du monde compris – à vrai dire, je n'avais que du mal à me concentrer réellement sur la discussion et à comprendre quoi que ce soit. Et puis de toute façon, je n'avais même pas l'impression qu'elle me concernait, cette discussion.

' Il y a un rassemblement de bâtiments là '

' Une espèce de zone industrialisée. Sûrement de l'exploitation minière ici d'ailleurs '

' C'est plutôt parfait, non ? Je vois mal un bâtiment s'élever seul dans une région, trop peu discret. Surtout qu'apparemment les trouver n'a pas été une mince affaire d'après le type '

' Ouais. Il doit y avoir quelques petites habitations à côté, pour les ouvriers '

' C'est sûrement assez rustre … Je me verrais mal cacher des otages dans des maisons en terre crue, personnellement '

' C'est donc dans un des bâtiments '

' Un petit, d'après le type '

Je n'en pouvais plus. Ils réagissaient tellement naturellement l'un envers l'autre et moi qui n'existais plus. J'avais l'impression d'avoir juste disparue de la surface de la terre. Cette fois-ci j'explosai complètement quand ils se mirent à sourire ' Alors cette « pute » elle a le droit aux regards, à la parole, aux sourires et moi je n'ai le droit qu'à une non-existence totale ? '

Les regards s'étaient rapidement tournés vers moi. Hormis celui de l'intéressé. Je rageais intérieurement. Je m'étais trompée : je n'explosais pas, non, j'implosais. Comment pouvait-il m'ignorer ? D'accord, je savais bien que d'une certaine manière je l'avais cherché, comme on dit. Mais qu'est-ce que je devais faire ? Rester en retrait, c'est ça ? Rester en retrait pour qu'il n'ai pas à me regarder ? Prendre sur moi pour que lui n'ai pas à prendre sur lui ? J'étais peut-être un monstre qui méritait cela, oui, mais je n'en étais pas un qui méritait qu'il fasse un effort pour les autres alors qu'il m'abandonnait totalement.

Le regard d'Alice s'éclata contre Kilian et il souffla finalement ' Quoi ? C'est ce qu'elle est ! '

' Ok ' Commença Lilith en s'asseyant brusquementaprès m'avoir lancé un regard ' Vas-y. Insulte-moi. Défoule-toi qu'on en finisse. Tu arrêtera peut-être de lui faire du mal '

' Je lui fais du mal ? C'est toi qui lui fais du mal. Tu entends ? Toi. De toute façon, tu ne fais que ça autour de toi. Le mal. Tu détruis tout ce que tu touche, tout ce qu'il y a autour de toi. Tu n'es qu'un putain de monstre. Mais tu sais quoi Lilith ? Une femme ne peut pas aimer une femme comme un homme peut aimer une femme. Tu détruis pour rien. Et quand elle s'en rendra compte, quand elle constatera que tout ce qui a été détruit ne l'a été que pour rien, elle te haïra. Elle te haïra comme jamais elle n'aura haït. Et tu aura gagner Lilith, tu aura détruit pour détruire. Ton existence n'est qu'un putain de poison ! '

Elle ne l'avait pas lâché du regard, n'avait pas esquissé le moindre mouvement. Elle était restée tranquillement assise, encaissant sans avoir montrer un seul instant ne serait-ce qu'une trace de colère ou de tristesse. Ca avait été carrément impressionnant. Je dirais même déstabilisant : Kilian en avait été totalement dérouté ' Bien. Maintenant on peut passer aux choses concrètes. On devrait aller repéré les lieux pour le BISDMMM ce soir ' Qu'elle asséna de sa voix parfaitement contrôlée.


Kilian était finalement reparti, ne voulant pas rester avec nous plus que nécessaire. Il avait été décidé que nous irions faire un petit tour dans la zone en question dès ce soir, histoire de pouvoir en finir le plus vite possible, et qu'il nous rejoindrait plus tard, juste avant de partir.

J'étais petit à petit sorti de mon état de choc, de cet espèce d'état d'esprit complètement volatile, extérieur à la scène, passif. J'étais toujours en colère contre Kilian même si la tristesse s'était rajoutée au programme, mais après tout, je ne pouvais pas attendre grand chose de lui. Alice avait raison. Je le connaissais.

Il n'empêche que ses paroles tournaient en boucle dans mon esprit. Il avait été si horrible, si méconnaissable – il savait faire mal mais de là à cracher quelque chose de ce genre … C'était plutôt révoltant. Surtout que ça n'avait été qu'un tissus de mensonges. C'était moi qui détruisait dans l'histoire, moi qui était venue vers elle. Pas l'inverse. Et Lilith n'avait rien dit, elle avait juste subit sans dire un seul mot.

Elle récupéra finalement ses affaires et sans jeter un seul regard à qui que ce soit, alla s'enfermer dans sa chambre. Je me sentais tellement mal, elle souffrait elle aussi, personne ne le voyait, tout le monde s'enfichait, et se prenait toujours tout dans la figure. J'aurai aimé pouvoir faire quelque chose, la prendre dans mes bras, lui dire que jamais je ne la haïrai, mais au moment où je me décidai enfin à me lever, Nathan posa une main sur mon bras.

' Ce n'est pas une bonne idée Eyrin. Il faut la laisser seule ' Je soufflai, acquiesçant, et me laissai tombée sur la chaise. J'étais tellement impuissante.

' Eyrin … ' Souffla Alice

' Je fais souffrir tout le monde '

' Et elle détruit la vie de tout le monde. Vous êtes faites l'une pour l'autre ' Je relevai brutalement les yeux vers Matt qui s'enfonça soudainement dans sa chaise comme s'il voulait se fondre en elle ' C'est censé vouloir dire quoi ? '

' Que je suis désolé '


Elle n'était ré-apparue que deux heures plus tard. Deux heures pendant lesquelles la peur avait largement eut le temps de s'emparer de moi. Avais-je déjà mentionner le fait que je n'étais pas le moins du monde courageuse ? M'enfoncer dans la Forêt Interdite m'avait fait balisé comme pas possible, alors se dire que dans quelques heures je serai plus que très proche des Crachvies, de ces véritables monstres qui avaient tuer tant de personnes … J'avais le cœur qui essayait de s'enfuir inutilement – bien que j'eus songé un instant de l'aider à percer ma poitrine avec le premier objet coupant que je trouverai, même des dents auraient fait l'affaire. Mais malheureusement ma cage thoracique était de toute évidence une très bonne prison.

' On va juste vérifier les lieux, les bâtiments. Si possible, le nombre de Crachvies, leur emplacements s'ils sont regroupés. Bref, on repère juste, en aucun cas nous n'intervenons ' Qu'elle commença doucement

' Si ils nous repèrent ? '

' Si tu peux Transplaner, tu Transplane. Mais pas ici. Dans un endroit quelconque sans aucune importance, ne sait-on jamais s'il arrive à t'attraper au vol '

' Et sinon ? '

' Tu cours ' Sourit-elle. Je du faire une tête assez étrange car elle s'enquit ' Ils ne nous verront pas. Ne vous inquiétez pas. Et puis même, nous avons la surprise avec nous. Vous n'aurez qu'à profiter de leur désorganisation '

' Ce n'était pas toi qui disait qu'ils savaient gérer la pression ? '

' Les Crachvies en général, oui. Mais gérer des relations et gérer un état de crise « militaire », c'est différent. Ce sera la première fois qu'ils seront attaqués sur leur propre territoire. Peut-être ne sont-il pas préparés '

' Maman, papa et l'abruti qui me sert de frère. Je vous aime ' Souffla Alice, me faisant malgré tout éclater de rire.


Nous avions repéré le bâtiment en question assez facilement, il n'était pas très énorme, plus petit encore que celui que nous utilisions. Mais c'était le seul qui était véritablement fermé : nous avions cassé le cadenas, mais la porte refusait toujours de s'ouvrir. Il y avait plus que probablement un Collaporta sur la porte. Autrement dit, c'étaient des Sorciers.

' Il n'y a aucune lumière à l'intérieur '

' Ouais bah les méchants ils ont pas toujours des endroits lugubres et sombres comme QG ? '

' Pas faux ' Rit doucement Alice avant de se prendre mon coude dans les côtes.

' Bah vas-y, met même des enseignes lumineuses avec de grosses flèches « L'ennemi est juste là », histoire de leur faciliter la tâche ! '

' Désolée ' Souffla t-elle

' Les filles … ' S'exaspéra Nathan

' Euh, Lilith, tu fais quoi là ? ' Demandais-je soudainement en la voyant s'approcher de la porte. Elle ne me répondit pas et les autres se tournèrent à leur tour vers elle. Ne me dîtes pas, par Merlin, qu'elle allait réellement faire ce que je crois ?

' Arrêtes tes conneries Lily, tu l'as dis toi-même - ' Commença Nathan

' Ethan est là-dedans ! '

' Les Crachvies aussi sont là-dedans ! '

' Il n'y en a aucun, j'ai vérifié ' Un crac sonore témoigna brusquement de l'ouverture de la porte, elle l'entrouvrit légèrement, sa baguette à la main ' Vérifier ? T'as regardé par les fenêtres ? Ne me fais pas rire '

' Non, Hominum Revelio est pratique de temps en temps ' Qu'elle glissa avec un sourire en s'infiltrant par l'ouverture.

' Lilith putain ! ' Je m'engageai à mon tour à l'intérieur. Va falloir qu'on m'explique, un jour, comment quelqu'un d'aussi téméraire a pu être envoyé à Serpentard ! Et comment aussi, par la même occasion, je trouvais le moyen de ne faire qu'exactement la même chose qu'elle. Je n'étais décidément pas croyable.

J'atterris dans une pièce plus que sombre. Il faisait littéralement noir ' Lilith ? ' Je n'arrivais à distinguer les choses qu'à deux mètres de moi maximum, il y avait des espèces de tas de cartons en tout genre. On aurait dit un hangar de marchandises.

J'hésitai un instant. Elle avait dit qu'il n'y avait personne. Cela voulait-il dire que je pouvais faire de la lumière sans courir le risque d'être repérée ? Je préférai ne rien risquer et continuais de marcher sans savoir le moins du monde où j'allais. Inutile de vous faire un dessin de mon cœur à ce moment précis. Je flippais comme j'ai rarement flipper dans ma vie – d'ailleurs, je ne crois pas avoir eut un jour l'occasion d'utiliser ce mot.

' Lilith ? Je vais t'arracher la tête, sérieusement ! ' C'était rassurant de se parler à soi même dans ce genre de situation, je m'en donnais plutôt à cœur joie ' Mais qu'est-ce que je peux être conne moi aussi '

Je sursautai brusquement quand un bruit aigu retentit. Je regardai autour de moi, alerte, la peur me tiraillant les entrailles, avant de souffler, soulagée de voir que ce n'était que Lilith qui venait de s'engouffrer dans une porte qu'elle avait trouvé au fond de la pièce. Je me mis une claque mentale. Il n'y avait pas de quoi être soulagée, Merlin sait ce qu'elle allait trouver au sous-sol. Surtout que je ne pensais pas que le sortilège de révélation avait un champ d'action assez grand pour couvrir le sous-sol.

Je soufflai et me dirigeai vers la porte, l'ouvrant avec une appréhension qui me faisait presque trembler. Ma main se resserra sur ma baguette, on aurait pu croire même qu'elle essayait de la rompre, et je commençai la descente des marches. Je ne voyais pas grand chose, il y avait de la lumière en bas mais l'escalier avait l'air d'être énormément long. Je corrige : il y avait plusieurs lumières. Rouge, bleu … Des sortilèges.

Je dévalai littéralement les marches qui restaient et tombai nez-à-nez avec une petite salle exiguë mais pourtant blindée de caisses en tout genre. Je restais quelques peu tapis dans l'ombre, me planquant derrière une pile de caisses et essayais d'apercevoir ce qu'il se passait réellement avant de me jeter dans la « bataille ». Les sortilèges avait cessé un cours instant avant de reprendre brutalement. Ils me permirent au moins de repérer les personnes présentes. Il y avait quelqu'un au bout de la salle à droite, quelqu'un d'autre semblait être à l'opposé – au bout, à gauche -, et visiblement, quelqu'un se trouvait au milieu de la salle, caché parmi le beau bordel qui régnait. C'était probablement Lilith. Je soufflai, inspirai et me lançai discrètement. Je longeais ce que je pouvais longer, essayant de toujours être couverte. Au bout de quelques petites minutes, je pu enfin apercevoir clairement Lilith et le Crachvie qui était du côté droit. Mais avant même de lever ma baguette, ce fut mes yeux qui se levèrent d'eux même – un pressentiment qui m'avait violemment pris dans ses filets. Le plafond !

' LILITH ! ' Elle se retourna surprise mais ne bougea pas d'un centimètre, un bruit fracassant retentit brusquement et je n'eus le temps que de l'écarter sur le côté que le plafond s'écroula.


Par Merlin, qu'est-ce mon crâne était lourd. J'avais l'impression qu'un Gobelin me le fracassait avec une pioche en criant « Révolution ! Révolution ! » ou alors il pensait sûrement qu'en le réduisant en un tas de poussière, il y trouverait peut-être de l'or ! Bref, mon crâne était littéralement assiégé et je commençais à avoir une sensation de vertige. Ne me dîtes pas que ce fichu Gobelin m'a balancé dans le vide en me confondant avec un satané Dragon ?

' Eyrin ? Eyrin ! ' Je reconnus la voix de Lilith et ouvrit difficilement les yeux. Je n'eus pas le temps de prendre ne serait-ce qu'un petit filet d'oxygène qu'elle s'empara avidement de mes lèvres.

' Wow ' Soufflai-je en rompant finalement le baiser ' Je crois que je vais te sauver la vie plus souvent ' Je la sentis sourire contre mes lèvres

' Idiote. Tu vas bien ? ' J'acquiesçai lentement ' Enfin si le Gobelin qui fracasse mon crâne se met en grève, je ne serai pas contre non plus '

' Et ta jambe ? '

' De quoi ma jam- ' Je lâchai sans m'en rendre vraiment compte un gémissement de douleur alors que j'essayais de bouger ma jambe – ne comprenant pas pourquoi elle me parlait de jambe alors que je n'avais mal nul part.

Elle serra ma main et j'essayai de me relever doucement, pour au moins tenter d'apercevoir ce qu'avait cette foutue jambe ' Elle est coincée entre deux morceaux du plafond ' Qu'elle fit finalement

' Reste couchée Eyrin ' La voix de Kilian me paraissait si lointaine que j'eus la vague impression de rêver ' Ce n'est probablement rien. Par contre il va falloir qu'on ôte la pierre. Tu aura sûrement très … très mal ' Je grimaçai d'avance, Lilith accentua la pression sur ma main ' Mais tu ne dois surtout pas bouger ' Reprit Kilian ' Il faut que tu reste calme, histoire que je puisse voir le plus rapidement possible ce que tu as '

J'hochai lentement la tête, pas du tout sûre de moi. Mais après tout, je n'allais pas finir ma vie ic- Je gémis à nouveau, bon d'accord, je venais littéralement de crier ' Ca va ? ' Je ne savais même plus qui me parlait, je sentis juste les doigts fins de Lilith venir éteindre les quelques larmes qui s'échappaient malgré moi. Kilian et Nathan relâchèrent la pierre un peu plus loin et j'entendis Alice et Matt courir vers nous

' Par Merlin Eyrin ! ' Je ne comprenais rien à ce qu'il se passait. Je sentais juste Lilith se raidir de plus en plus en regardant ma jambe. Je crois que je préférais moi même ne pas voir le spectacle.

' Ok. Tu es prête ? '

' Non '

' Un, deux, trois ' Si avant j'avais crié, je venais d'hurler. Je n'ai jamais eu aussi mal de toute ma vie. La douleur avait été vive sur le coup mais s'était très rapidement apaisée. J'inspirai.

' Ca devrait aller. Quand tu rentrera, il va tout de même falloir passer à Sainte Mangouste histoire de vérifier que tu n'as rien d'autre. Mais tu peux te lever, ne force juste pas trop sur cette jambe pour le moment '

Je ne desserrai pas la main de Lilith et elle me prit dans ses bras.

' Si la prochaine fois tu pouvais essayer de te noyer au lieu de finir en mille morceaux sous le plafond, ce serait plus convenable. Parce que quand même, un baiser contre deux immenses souffrances, je trouve pas ça très jus- ' Je me taisais alors qu'elle posait à nouveau ses lèvres sur les miennes. Peu m'importait la présence des autres, je m'abandonnais complètement.

' Y'a quelqu'un ? ' Je m'écartai brutalement, la voix était étouffée.

' Les Crachvies ? ' M'inquiétai-je

' Ils sont morts dans l'écroulement '

' … Morts ? ' Je ne sais pas pourquoi des frissons m'avaient parcouru à l'entente de ce mot mais je me relevai rapidement, faisant tout de même attention à ma jambe et n'eus qu'à peine le temps de me débarrasser de toute la poussière qui recouvrait mes vêtements qu'Alice se jeta sur moi.

La voix se fit à nouveau entendre, elle avait l'air de venir de derrière l'un des murs. Lilith avait dû faire la même constatation puisqu'elle s'était levée, baguette en main, et venait de simplement faire exploser le mur à l'aide d'un sortilège que je ne connaissais même pas.

' Putain Lily ' Râla Nathan en proie à un nuage de poussière.

' Faites attention, peut-être qu'il en reste encore ' Souffla t-elle pour toute réponse avant de s'engager à l'intérieur de ce qui semblait être à présent un couloir. Il y avait d'autres pièces cachées ?

' Ca va aller ? ' Me demanda Alice, j'hochai la tête. C'était le calme avant la tempête ' Au faite Eyrin … Ne me refais plus jamais un coup pareil ou c'est moi qui vais te faire manger le plafond ! '

J'éclatai de rire et elle me lança un regard noir avant de s'engouffrer à son tour dans le couloir. La première salle semblait être un espèce de bureau, il était complètement vide. La deuxième semblait extrêmement longue. J'allais y faire un tour quand la voix d'Ethan fit sursauter un peu près tout le monde ' Lily ? '

Elle provenait du fond du couloir, l'Auror s'y précipita. La troisième salle était condamnée, et Lilith avait dû exécuter plusieurs fois de suite son sortilège pour qu'elle ne s'éclate. La salle aurait pu être un espèce d'immense studio, où plusieurs lits étaient disposés. Il y avait de quoi faire vivre plusieurs personnes sans présence de lumière du soleil.

Trois personnes assaillirent Alice, Nathan et Matt à peine avaient-ils franchis le seuil de ce qu'il restait la porte. La pression s'envola d'un coup unique.

' Ca va aller, c'est finit '

Il y eut tellement de choses échangées que je n'ai pu comprendre que deux trois bribes de chaque conversations. Ils pleuraient, remerciaient, étaient littéralement perdus et se laissaient aller. Je ne pu m'empêcher de sourire doucement mais jetai un œil à Lilith quand je remarquai que son frère n'était pas parmi eux.

' Où est Ethan ? ' Demanda t-elle finalement. Une jeune fille se détacha doucement d'Alice, séchant ses larmes ' Dans la pièce noire. Il a encore essayé de nous sortir de là '

' C'est où ? '

Elle se leva doucement, sorti dans le couloir et passa lentement sa main sur le mur opposé. Au bout d'un moment elle s'arrêta ' Ici '

' Ethan ? '

' Lily ? '

' Ecarte-toi du mur ! ' Le mur s'éclata à nouveau en de nombreux morceaux, la pièce avait l'air extrêmement étroite et la poussière qui virevoltait n'aidait pas vraiment à voir quoi que ce soit. Puis Ethan surgit brusquement et fonça tout droit dans les bras de sa sœur. J'avais l'impression qu'un poids énorme s'enlevait de mon cœur, ayant encore du mal à réellement réaliser que tout était vraiment finit. Qu'on l'avait fait, finalement.

' Je savais que tu viendrais. Je le savais '

' J'arrive pas à croire qu'à 21 ans tu n'as toujours pas compris qu'il ne faut pas accepter de bonbons des inconnus '

' Ils avaient des Fizwizbiz, je n'ai pas pu résister '

' Ethan … ' Qu'elle pleurait doucement. Alice me tira en arrière et nous rejoignons les autres, laissant les deux à leur retrouvailles. Kilian était en train de s'assurer que tout le monde allait bien et les trois semblaient être en train d'essayer de s'en remettre.

C'était étrange, comme impression. Cette sensation d'être légère, tranquille, soulagée, et pourtant ressentir cette tension qui était palpable à travers toute la pièce. Ca remuait les entrailles.

' Qu'est-ce qu'ils vous ont fait ? ' Demanda Alice de la manière la plus douce dont elle était sûrement capable.

' Rien ' Répondit une blonde

' Rien ? ' Répétai-je

' Au début, ils venaient juste nous donner à manger. Nous ne savions rien. Ils ne voulaient rien nous dire. Puis au fur et à mesure, ils venaient nous donner plus de choses – on a eut le droit à certains jeux pour le « divertissement » -, ils parlaient de temps en temps avec nous, sans pour autant nous révéler quoi que ce soit.

' Ils nous parlaient de ce qu'il se passait dans le monde ' Enchérit le seul mec présent ' Mais je crois que ce n'était pas les mêmes que ceux du début. La seule chose qu'ils nous faisaient, c'était des prises de sang '

' Des prises de sang ? '

Ils hochèrent la tête. C'était quoi cette histoire ? Ca n'avait pas de sens, les Crachvies n'allaient quand même pas vérifier leur état de santé, si ? ' On en reparlera quand vous serez un peu plus reposé ' Fit Matt en lançant un regard noir à Alice

Elle souffla et m'embarqua avec elle dans le couloir ' Tu fais quoi ? '

' On va fouiller un peu, viens ' Je la suivis jusqu'à la deuxième salle. Elle était effectivement très longue. Sur tout un côté du mur, il y avait d'énormes armoires métalliques. En face, il y avait des dispositifs étranges. J'étais persuadée qu'il s'agissait de matériel de laboratoire Moldu, je croyais les avoir déjà vu à Uppsala, quand ma mère avait été à l'hôpital. Je n'eus pas le temps de me poser plus de questions qu'Alice se mit à fouiller dans les différents bureaux qui jonchaient la salle. Je l'imitai, ne sachant pas quoi chercher précisément. Les documents étaient nombreux, lettres, rapports, notes personnelles. Rien n'était trié, tout était sans dessus-dessous. J'étais visiblement tombée sur la liste des courses d'un des Crachvies quand Alice lâcha totalement ahurie ' Par Merlin … Putain j'y crois pas '

' Alice ? '

' Oh putain, oh putain, oh putain '

Je laissai tomber la liste des courses et m'approchai d'elle. Elle commençait sérieusement à m'inquiéter ' Ok 'Lice, donne-moi ça ' Fis-je en lui arrachant le papier qu'elle tenait en main. Les autres arrivaient à leur tour dans la salle, visiblement alertés par la crise d'Alice qui perdurait – elle ne tenait même plus debout et avait du se tenir au bureau.

' Qu'est-ce qu'il se passe ? ' Demanda Lilith

Je déglutis doucement, lançai un regard à Alice qui était au bord de l'implosion et finit par lire ce qui était visiblement une lettre – bien que rien que la vue de l'écriture manuscrite me donnait à elle seule des frissons.

' Ce ne sont pas les Crachvies ' Lâchai-je finalement, les mains tremblantes.


Boumbadaboum, personne ne pourra dire que je n'ai pas laissé d'indices :D

(Et j'avais oublié de le préciser dans le dernier chapitre : chronologiquement on est vers avril/mai ce qui correspond à l'automne dans l'hémisphère sud)