Hello! Oui, je sais le chapitre a mis beaucoup de temps à être sorti, les stages, les vacances... la flemmingite. La vie quoi. Enfin, il est là! Bonne lecture!
.
.
L'assaut est lancé.
La volonté d'attaquer et de lancer l'assaut est comme une impulsion, une volonté qui lui est propre mais Megara ne s'y trompe pas. Au fond, cela n'est toujours qu'un ordre qu'elle ne peut défier, un ordre qui n'est perçu par aucun sens connu de l'homme. Alice a ordonné et sa volonté est faite.
Megara prend appui sur le fond sablonneux du canal et se propulse vers la lumière du soleil. Elle aperçoit d'autres silhouettes crevées la surface de l'eau le long du canal dont elle sort. Elle reporte cependant rapidement son regard sur le paysage. A plus d'un titre, Atlantide est une cité magnifique. Les bâtiments sont tous fait de pierres, leur architecture est d'une impressionnante complexité. Ce sont des pionniers dans ce domaine et Megara sait que nombre de villes s'en sont inspirés. Mais ici, toutes les bâtisses sont bien plus belles et hautes, de larges allées dallées, des jardins entretenus… Féérique. Au loin, délimitant les frontières de la cité, se dressent de gigantesques statues. Elles sont marquées de runes qui permettent à ces géants de pierres de générer une demi-sphère de protection au-dessus d'Atlantide. Voir un tel déploiement d'énergie magique est stupéfiant et Megara songe qu'il est dommage que la protection ne soit qu'en surface et ne continue pas sous l'eau. Oui, dommage qu'une erreur aussi stupide soit la seule raison qui les mène à leur fin.
Cette observation ne lui prend que quelques secondes et elle est rappelée à l'ordre. Pas besoin qu'il soit clairement formulé pour que Megara comprenne ce qu'on attend d'elle. TUES.
Avant même d'y avoir réfléchis, sa peau se déchirent. Sa mâchoire se referme sur la gorge d'un atlante figé de surprise alors que même que sa transformation prend fin. Après avoir arraché sa trachée d'un geste brusque, elle brise la nuque d'un second.
Elle a le temps d'en tuer une bonne dizaine de façon aussi expéditif, sans attaque ou souffrance superflu, avant qu'une ligne de feu lui traverse le flanc. D'un bond, Megara s'écarte et observe avec empressement son environnement. Des rayons de magie se sont mis à jaillir de toutes parts. Les atlantes contre-attaquent. Mais au sol, les atlantes qui les emploient ont peu de réussites. Les loups sont trop rapides et trop nombreux. Et trop d'Atlantes sont morts dans les premiers instants de l'assaut pour que ceux qui restent puissent se défendre convenablement. Ils n'ont pas le temps de viser et, quand il lance leur magie, ils ont rarement l'occasion d'avoir une seconde chance. Ils sont simplement submergés.
Non, comprend Megara, aucun d'eux ne l'a touché. La menace, la véritable résistance vient des autres. Ceux que personne n'a pensé à attaquer lors de leur assaut surprise et qui ont suffisamment de recule pour viser.
Megara ne pensait pas cela possible. En haut, dans le ciel, zigzaguent en tous sens des créatures de pierres : poissons, serpents et autres. Ils sont alimentés par la magie comme les géants censés protéger Atlantide. Elle voit dans la pierre des veines bleutées pulsées toute cette énergie. Les gemmes de magie, comprend-t-elle. Elle en a entendu parler évidemment. Les gemmes et les cristaux magiques sont des sources concentrées de magie qui ne peuvent être utilisés que par des êtres eux-mêmes doués de magie.
Megara acquiesce intérieurement aux paroles d'Elsa : les atlantes ont peu à voir avec les Hommes du commun. Et une réalité amère s'impose à elle. Les atlantes ont toute cette magie, toute cette énergie et ils l'utilisent pour quoi ? Pour voleter dans le ciel comme des oiseaux ? Gagner du temps pour aller voir un ami à l'autre bout de la ville ? Se cacher derrière un mur de magie brillante ?
Avec toute cette magie, ils auraient pu agir, véritablement agir contre les vampires. Empêcher les transformations forcées, empêcher les multiples morts par exsanguination. Empêcher Alice de conquérir le Nord. Mais ils avaient choisi le confort de l'inaction, plutôt que les risques de la confrontation. Et à présent que l'heure des comptes avait sonné, le prix à payer pour leur paresse allait être élevé.
Megara sent son corps se rétracter sur lui-même, un sentiment aussi désagréable que lorsqu'elle se transformait en loup. Bien qu'une part de son énergie et de sa puissance semble soudain lui manquer, l'ivresse du vol compensait largement celle du pouvoir. A tirs d'ailes, Megara prend de l'altitude. Silhouette trop petite et rapide pour attirer l'attention, elle calque facilement sa vitesse sur celle d'une créature de pierres et de son pilote. Elle attend que la femme charge son sort et au moment où celui va être lancé, Megara reprend forme humaine sur la machine et dans le dos de la femme. Avec une vitesse qui aurait rendu fière Elsa, ses mains agrippent celles de la femme et redirige le sort sur un autre de ses étranges véhicules volants. Elle n'est cependant pas assez précise et le sort éventre un bâtiment de pierres. La femme se débat et avec un soupir, Megara ne prends même pas la peine de la tuer, elle la pousse juste du véhicule. Elle peut entendre son cri de terreur avant que le sol ne la rattrape. Ça n'a pas d'importance. Megara est déjà derrière un autre pilote. Cette fois le sort qu'elle redirige de force, fait exploser un poisson de pierre à quelques mètres. Ce second pilote finit comme le premier. Quand son véhicule de pierre vient le rejoindre au sol, Megara en a déjà fait chuter deux autres. Quatre si on compte ceux abattu par des sorts redirigés.
Partout à Atlantide, les créatures de pierre chutent du ciel telle une pluie de météorites. Les pilotes en tombent, vivant ou mort, pour finir pareillement : une tâche de sang sur la pierre, finissant piétinés car, en bas, les loups continuent à chasser.
.
Megara se laisse aller contre une façade encore debout. Elle n'est pas fatiguée à proprement parlé, mais son énergie est bien entamé. Nue sur un balcon, elle laisse un doigt glissé sur les blessures magiques qui parcourent son corps. Elles font mal. Cela lui rappelle son humanité. Pourtant elle est consciente qu'elle aussi est un Monstre. Parce qu'elle a été en colère contre son inaction, elle a attaqué Atlantide. Bien sûr l'ordre d'Alice le voulait aussi, mais cela restait un ordre contre ses principes et sa volonté profonde. Mais dans les airs, tout avait été de son propre fait.
Elle avait participé corps et âme à la destruction d'Atlantide. Des anneaux extérieurs de la cité à ceux où elle se tient, les vampires ont vaincu. Ceux qui ont survécu –la plupart pour ainsi dire- ont la peau rougis par le soleil, le sang et leurs propres blessures. Ils déambulent en bas, achevant les blesser en buvant jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Megara lutte contre elle-même pour ne pas les rejoindre.
Elle préfère reporter son attention vers les anneaux intérieurs et le palais d'Atlantide. Là-bas, la magie fuse encore. Les cris et les explosions s'entendent. Une tour de pierre s'effondre de moitié comme tranché en son milieu. Megara se demande quelle magie peut cela.
Alice ne lance plus d'ordres depuis un moment, brièvement Megara se demande s'il y a une chance qu'elle ait pu être vaincue. Mais ne ressentirait-elle pas quelques choses alors ? Quoiqu'il en soit, rien ne l'oblige à aller plus au loin à l'intérieur des terres d'Atlantide si ce n'est sa curiosité. Un nouveau bâtiment vient en effet de s'effondrer comme une fleur qu'on aurait coupée à sa base. A la vitesse à laquelle les hauts bâtiments s'effondrent, Megara comprend que ce n'est pas seulement les atlantes qu'ils font disparaitre mais leur culture dans son entier.
Remonter les anneaux vers le centre est plus difficile qu'elle ne s'y attend. Le sang est partout et Megara sent ses crocs paraitre contre sa volonté. Elle a soif et les rues en sont recouvertes. Ses pieds nus produisent un bruit de succion à chacun de ses pas. Cette sensation particulière lui est désagréable et elle se demande pourquoi elle a choisi de déambuler nue dans les rues cataclysmiques d'Atlantide plutôt que de les survoler. Peut-être parce qu'elle songe à la manière dont elle a agis quand elle était sous cette forme. Après un nouveau tremblement du sol –indication de l'effondrement d'un autre bâtiment- Megara se transforme finalement.
Elle survole un champ de bataille. Les loups sont couverts de sang et les atlantes se battent vaillamment. Une femme notamment retient son attention. Aucun des Loups ne s'approchent trop de cette dernière. Dans son dos, se tiennent deux enfants. Les siens sans le moindre doute. Elle ignore depuis combien de temps, la femme les protège mais Megara se sent impressionnée. Jusqu'à ce qu'un loup fasse fi de la retenue des autres. Il bondit, en réaction un mur de flamme se dresse. Il le traverse sans hésitation et avant que la femme ne comprenne ce qui vient d'arriver, il attrape par ses vêtements l'un des enfants qu'il projette violemment contre un mur. A Megara, le craquement de ses os est assourdissant. Il finit au sol, brisé mais étonnamment encore vivant. C'est cruel, songe Megara, car le loup se détourne de cet enfant paralysé. Si aucun autre vampire ne le tue, sa mort sera longue et douloureuse.
Le second enfant se met à hurler, mais la mère est incapable de se détourner des autres Loups qui s'avancent sur eux. Sait-elle seulement ce qui est arrivé à sa progéniture ?
Le cri de l'enfant se coupe net, la gigantesque mâchoire du Loup s'est refermée sur sa tête. Megara se détourne soudainement, la bile au bord des lèvres. C'est comme un fruit trop mûr en train d'éclater. Elle chasse cette image, parce que la vision de ce mélange de sang, de cervelle et d'os dégoulinant entre les crocs lui sont insupportables.
Le cri d'horreur et de rage qui fait échos à cette boucherie est celle de la mère. Des sorts de feu éclatent sur ce loup et Megara le voit disparaitre sous les flammes. C'est une bonne chose, considère Megara.
Pour avoir attaqué le meurtrier de ses enfants, la femme a cessé sa défense face aux autres loups et elle s'écroule sous le nombre et les crocs affutés. Ses cris résonneront à jamais dans les souvenirs de Megara. Mais c'est la vision qui suit qui la marquera plus encore. Des flammes, le premier loup ressort. Ses yeux luisent à travers la fumée, son poil rougis de sang brûle par endroit mais il ne semble guère sans soucier alors qu'il ressort d'un pas lest, mâchoire découverte et poitrine grondante. C'est une créature de cauchemar devant laquelle se reculent ses compagnons. Et puis Megara la voit. La Folie. Elle brille dans le regard de la créature libre et sauvage. Si les Loups s'écartent, c'est parce qu'Elsa pourrait se déchainer sur n'importe qui. Du ciel où elle se trouve, Megara elle-même ressent la crainte de l'approcher.
Elle foule le sol, sans se soucier que ce soit de la pierre, du sang ou le corps même de la femme qu'elle piétine. Elle se dirige vers sa prochaine proie et nul ne l'en empêchera. Megara ne peut s'empêcher de la suivre comme un papillon attiré par une flamme.
Sa proie suivante est un homme. Lui aussi a vu ce qu'il vient de se passer, la rage déforme ses traits et il lance sa magie à une vitesse affolante alors qu'Elsa a bondit droit devant elle. Elle ne pourra éviter les sorts dans sa direction et puis… c'est comme si elle disparaissait. Une fumée noire épaisse qui tourbillonne autour du sort et de l'homme pour se reformer derrière ce dernier.
Megara ignore comment cela est possible, mais Elsa est bel et bien réapparue dans le dos de l'atlante et sa mâchoire s'est refermée sur son bras. Megara entend l'os craquer sous la pression de la mâchoire. Elsa s'arc-boute et tire. L'homme hurle, sa main libre frappant le loup et tentant de forcer l'étau qu'est sa mâchoire. Peine perdue, avec un dernier mouvement saccadé, le bras vient. Elsa aurait pu le tuer si facilement. Mais non, elle préfère torturer avant d'exécuter.
Quand elle s'en prend à sa jambe, l'homme comprend qu'il ne s'en sortira pas vivant que ce Loup lui arrachera ses membres un par un. Le sort qu'il parvient tant bien que mal a formé dans sa main intacte est destiné à sa propre personne. Pour partir et cesser ses souffrances. Elsa jappe de mécontentement.
La suite est une succession de scènes similaires. Quand elle tombe sur un groupe de résistants, elle tue ou rend incapable d'agir les premiers membres dudit groupe avant de jouer avec ceux qui restent. Eventrer, déchirer, arracher. Megara n'a croisé aucune autre créature aussi mortelle et vicieuse que celle-ci. Les enfants ne trouvent pas plus grâce à ses yeux que les adultes.
Elle traque une jeune enfant, lorsqu'un loup arrivant d'une rue adjacente la devance. Il vient de lui épargner bien de souffrances. Elsa semble cependant le prendre comme un affront tout personnel et avant même que Megara ne comprenne ce qu'il vient de se passer, Elsa attaque le loup. Elle lui arrache une oreille, déchire ses flancs, lui brise les pattes et d'un coup de griffe lui crève les yeux. Elle le laisse finalement au sol. Megara n'a aucune certitude sur la possibilité qu'il puisse guérir.
Puis Elsa retourne vers le corps de l'enfant, le museau contre le sol. Elle renifle le petit corps avec une sorte de douceur qui étonne Megara, puis comme avec timidité, sa langue lape le visage défiguré. Puis après un long hurlement de détresse, le loup fait place à l'homme. Elle porte les mêmes vêtements qu'au matin. Cela semble une éternité à Megara.
Elsa porte le petit corps contre elle et le berce. Megara ne l'a jamais vu ainsi. On dirait une autre personne. L'arrogance, la puissance et, plus incroyable encore, la folie semblent l'avoir quittée. Quand finalement, ses crocs sortent et percent la jugulaire de l'enfant mort, Megara grimace. Les vampires sont bien des choses mais boire le sang d'un mort ne se fait pas.
Pourtant, c'est bien la première fois qu'Elsa semble… douce. Lorsqu'elle a fini de boire, elle dépose le frêle corps au sol, en recouvre le haut de sa veste et cherchant autour d'elle, repère un bâtiment partiellement détruit dont une partie de la structure en bois brûle en un grand feu. Elle reprend finalement le corps, et le dépose avec déférence dans ce bûcher funéraire improvisé.
Sa peau est toujours tâchée de sang mais nulle blessure ou brûlure n'est encore présente. La folie a quitté son regard remplacé par une froide colère et un semblant d'incrédulité ou d'incompréhension. Elle revient vers le loup aveugle au sol. En chemin, elle ramasse l'épée d'un atlante. Sans une seconde pensée, elle plante l'épée dans le cœur du Loup. La lame a beau ne pas être en argent, le cœur une fois touché le loup disparait en une nuée de cendres.
Elsa reprend sa route, elle n'a plus nul intérêt cette fois envers les survivants toujours en lutte pour leur survie. D'un pas résolu, elle se dirige vers le palais encore intact. Elle penche parfois la tête comme à l'écoute de la voix d'un être invisible. Peut-être Megara s'est-elle trompée et que la folie est toujours là après tout.
Quand elle arrive finalement aux portes du palais, celles-ci sont déjà grandes ouvertes. La guerre ne s'est pas arrêtée aux rues.
Elsa y pénètre sans ralentir. Elle sait exactement où elle va, comprend Megara. Elle a dû étudier les plans pour s'y diriger ainsi : première à gauche, troisième à droite, troisième à droite, cinquième à gauche. De-ci, de-là, il y a des traces de sang, parfois un corps, mais elle pourrait presque croire qu'ici la guerre n'a pas frappé.
D'un coup de pied, elle ouvre finalement une porte. Megara toujours sous l'apparence d'une petite chauve-souris s'y glisse à sa suite de justesse, car Elsa prend soin de la refermer derrière elle.
Megara se fond dans les ténèbres, au niveau des poutres apparentes. En bas, elle découvre la salle. De pierres brutes, il s'y tient une longue table. Personne n'y siège évidemment. Au fond, quelques marches mènent, à un assortiment de coussin où se tient un vieil homme à la peau tannée et à la longue barbe blanche. Ses vêtements sont simples, une toge de tissu brodé qui s'accorde aux tatouages de lignes bleues qui marquent son visage. Ses yeux sont blancs, il parait aveugle pourtant il fixe Elsa. Trois hommes, torse nu, portant des tatouages similaires dressent devant Elsa des sceptres munis de gemmes, prêt à lancer plus de sorts qu'Elsa pourrait probablement en supporter. De la main, l'homme sur les coussins fait pourtant signe de ne rien en faire. Pendant un moment, tout semble figé.
« Vous êtes Kahekim Nedakh ?
-KaShekim, corrige la voix rauque. »
Un sourire sardonique plisse les lèvres d'Elsa.
« Veuillez m'excuser Roi Kashekim, ricane-t-elle.
-Je m'attendais à ce que vous veniez pour me tuer. Mais pas à ce qu'il n'envoie qu'une personne.
-Mais Alice n'en a rien à faire de tuer le roi d'Atlantide, répond-t-elle simplement. Après tout, tu ne peux être roi sans peuple et sans cité, n'est-ce pas ? Et Alice est en train de tout te prendre.
-Vous allez pousser ce monde à sa perte, reprend le roi, véritablement peiné.
-Tout cela est pourtant de ton fait. »
Le vieil homme plisse les yeux en direction d'Elsa, car autant celle-ci peut être narquoise, elle semble réellement pensée à ce qu'elle vient de dire.
« Notre volonté à rester en paix ne justifie en rien votre décision de nous attaquer et de détruire l'humanité. »
Elsa a un petit rire et d'un geste de la main indique de ne plus parler de ça. Elle déambule dans la salle comme si elle était chez elle. Les gardes la suivent de leur sceptre, mais Elsa se laisse simplement choir sur un des oreillers entourant la table de la salle.
« Parlons d'autre chose.
-Vous êtes là pour parler ? s'étonne Kashekim. »
Sa voix est lente, profonde et rauque. Si on peut juger quelqu'un par sa voix, l'homme semble être sage et juste.
« Bien sûr, nous autres vampires sommes des êtres doués d'intelligence. Certains d'entre nous peuvent même être d'agréable conversation.
-Je doute qu'une quelconque conversation puisse résoudre ce qui se joue aujourd'hui.
-Non évidemment, rien ne peut résoudre ce qui se passe en ce moment.
-Alors quoi, tonne un des gardes à l'accent marqué, vous voulez nous conter le mal que vous avez fait à nos concitoyens ? »
Le regard qu'Elsa lui envoie détient une foule d'avertissement que l'homme doit comprendre car il recule inconsciemment d'un pas.
« Ce serait un sujet de conversation possible mais non. J'ai une idée déjà précise de ce dont nous pourrions discuter. »
A nouveau, Elsa incline la tête comme à l'écoute d'un murmure. Kashekim note lui aussi l'étrange comportement mais se tient cois.
« Avant d'être roi, vous étiez un médecin à cette cours, affirme soudain Elsa.
-J'étais un Mage-Soigneur en effet.
-Un Mage soigneur, répète Elsa d'une voix plate. Et quel soin ! Vous êtes doué de Magie, vous allongez votre propre vie, guérissez des blessures qui conduiraient la plupart à la mort, mais ce don est réservé aux atlantes, n'est-ce pas ? A votre petite élite sur ce caillou en plein milieu des flots !
-J'ignore ce qu'on a pu vous dire, répond-t-il en choisissant soigneusement ses mots. »
Il a compris qu'Elsa ne joue plus. Megara se concentre d'autant plus sur la conversation. Ici vient l'affaire personnel, la raison qui a rendu Elsa si impliqué dans cet assaut.
« Nous avons toujours accueillis les blessés et les malades et les avons soigné. Toujours. Et exception faite des conflits qui ont pu être mené sur Atlantide, jamais nous n'avons usé de notre magie pour attaquer qui que ce soit. »
La mâchoire d'Elsa se serre.
« J'ai entendu les rumeurs qui courent chez vous autres les vampires, reprend Kashekim. On nous accuse d'avoir tué un des membres de votre famille royale : les Arendelles. Un assaut que nous n'avons jamais mené. »
Megara voit la tension d'Elsa sur la manière dont ses épaules et ses bras se contractent. Mais le signe que la Folie est absente pour le moment est qu'elle ne lui saute pas à la gorge.
« Pourquoi devrais-je vous croire ?
-Parce que je n'ai plus rien à perdre et que je sais que je ne sortirais pas de cette salle en vie.
-Vous auriez pu placer tant de sorts ici.
-Pour être le seul atlante survivant ? Non, explique le vieil homme. Je mourrais avec ma cité. Mais je veux mourir en sachant qu'au moins un de vous sait que nous n'avons jamais été les premiers à vous attaquer. »
A l'étonnement de Megara, Elsa acquiesce.
« Je vous crois. Ce n'est pas de ça que je vous accuse. »
Elsa semble calme, presque sereine. Comme si elle menait là une conversation qu'elle avait attendu toute sa vie.
« Savez-vous qui je suis Kashekim ? »
Le vieil homme acquiesce.
« Un moment je vous ai pris pour Alice. Mais vous êtes celle que l'on appelle Cheshire ou Elsa.
-En effet. C'est les noms qu'Alice et sa sœur Anna m'ont donné. »
Le roi ne prend pas la parole.
« Vous vous demandez pourquoi je vous dis ça.
-Je me demande quel est le nom que vos parents vous ont donné, réplique-t-il.
-Je me le demande aussi. Parfois. Mais même Eux l'ignore.
-Eux ? demande l'homme, dubitatif.
-Les Esprits. Vous savez qu'ils existent, n'est-ce pas ? Les êtres magiques se reconnaissent les uns les autres.
-Ils vous parlent ? Ils le font rarement, s'étonne Kashekim. Ils ne sont pas tout à fait dans notre monde.
-Et pourtant ils en savent tant. Ils en disent peu en effet, mais ils sont toujours là autour de nous. »
Elsa inspire, ferme les yeux et penche la tête. Megara sait enfin ce qu'elle fait, elle pense entendre les esprits.
« C'est grâce à Eux que je savais que je devais vous parler. Vous avez connus mes parents. Ils font partis de ses gens venus vous demander de l'aide.
-Beaucoup en ont demandé.
-Vous devriez vous en souvenir cependant. Puisqu'à vous croire vous soignez tout le monde et qu'ils n'ont pourtant pas eu cette honneur. »
Cette fois-ci Kashekim semble perplexe.
« Il y a des états trop proche de la mort pour que je puisse les guérir, et je ne peux faire revenir les morts à la vie. »
Elsa aboie un rire qui fait frissonner Megara.
« J'ignore leur nom de famille. Mais ils se nommaient Adgar et Idhun. Ma mère était enceinte lorsqu'ils sont venus vous voir. »
Kashekim semble se plonger dans ses pensées.
« Vous savez vivre des siècles mais vous n'êtes pas capable de vous souvenir d'eux ? grogne Elsa.
-C'était il y a si longtemps. Votre race n'existait pas encore, commente-t-il en ouvrant les yeux. J'étais jeune alors. Et vos parents étaient en effet venus me voir. La grossesse de votre mère était avancée mais ils étaient inquiets car l'enfant avait quasiment cessé de bouger. Une sage-femme leur avait dit que l'enfant était mort et qu'il fallait provoquer l'accouchement pour que la santé de la mère ne décline pas. Ils sont venus ici espérant un autre pronostic je pense. Mais la sage-femme connaissait son métier. J'ai proposé de provoquer la grossesse et d'apaiser les souffrances de la mère par magie. Mais ils ont refusé et malgré tous mes conseils ont préféré partir à la recherche d'un autre Mage pouvant les aider. Je vous l'ais dis, je ne peux ramener les morts à la vie.
-Sauf que c'était un mensonge. L'enfant vivait encore. »
Kashekim se redresse en inspirant profondément.
« Je ne vois pas comment vous pourriez savoir une telle chose.
-Je croyais que vous n'aviez plus rien à perdre puisque vous comptiez mourir avec votre cité. Alors allez-y maintenant : la vérité.
-L'enfant était en vie, oui, admet Kashekim. Mais lui permettre d'aller à terme aurait mis la santé de la mère en jeu et l'enfant qui serait né… »
Kashekim grimace.
« Aurait été une charge pour sa famille. Je n'ai pas eu besoin de l'ausculter longtemps pour savoir que l'enfant était difforme, qu'il tuerait la mère à sa naissance si cela allait jusque-là. Jamais cet enfant n'allait marcher ou parler. Son état était au-dessus de toutes mes compétences.
-Votre travail était de les aider pas de leur mentir, cracha Elsa.
-Ils auraient ruiné leur vie en poursuivant-
-L'enfant bougeait peu mais il bougeait encore. Ils ont compris que vous mentiez ! Ils ont considéré que vous ne vouliez pas les aider ! La vérité leur aurait sauvé la vie à la place ils sont allés jusqu'à voir l'Homme des Ombres.
-Facilier ? s'écria Kashekim avec effroi. Mais alors tu es- »
Elsa bondit, considérant visiblement que la conversation n'a plus lieu d'être. Les gardes n'ont pas le temps de réagir, mais une forme svelte sauta des poutres où elle se tenait pour intercepter Elsa. Megara n'avait même pas noté la présence de cette personne. Elsa a cependant dû le pressentir car à nouveau elle se dissipe en fumée se reformant dans le dos de ce qui s'avérait être une attaquante, un bras autour de son cou, l'autre bloquant le bras de la femme dans son dos.
« Kida ! s'écria Kashekim avec effroi. »
Mais déjà, les crocs d'Elsa pénètrent le cou de la femme avant de la laisser retomber au sol.
« Tes mensonges m'ont enlevé mes parents, alors je te prends ta fille. »
Et…
Et les souvenirs se fanent. Lentement, la réalité passée de Megara se dissocie de la réalité présente d'Anna. Anna avait tant essayé de nier ce qu'était Elsa, pourtant elle ne pouvait plus ignorer sa cruauté. L'image du loup sortant des flammes après avoir écrasé le crâne d'un enfant l'avait autant marqué que Megara. C'était comme un cauchemar dont elle ne pouvait se défaire. Les vampires étaient des monstres et Elsa en faisait clairement partie.
Anna avait observé le vampire alité et l'avait haïe. Haïe pour lui avoir volé son cœur et l'avoir brisée ainsi. Après avoir été engloutie par les souvenirs si nets et puissants de Megara, elle s'était empressée de nettoyer sa bouche du sang noir ingéré pour les obtenir. Le goût était aussi amer que les souvenirs qu'il lui avait offerts. Elle s'était ensuite précipitée à l'extérieur, passant devant une Megara hilare qui avait visiblement eu assez de temps pour accepter les événements d'Atlantide comme un drame comique sans guère d'importance aujourd'hui. Une brève flambée de jalousie lui avait rappelé pourquoi elle avait cédé à l'idée absurde d'ingérer le sang de cette femme. Mais la façon dont Elsa se comportait avec Anna n'était pas représentatif de qui elle était. Et Anna ne pouvait pas accepter les actes ignobles qu'elle avait commis envers les autres. Cela était difficile à accepter quand elle-même n'avait pas grand-chose à lui reprocher. Difficile à accepter quand les rêves de ses vies antérieurs ne lui rappelaient qu'un amour qui avait traversé les siècles. C'était d'autant plus déchirant d'en venir à haïr un être aimé.
