28.

Bien qu'il pleuve averse, Torko ne perdait pas une minute de sa dernière sortie du jour.

Le molosse avait retrouvé son maître, le duplex et toutes ses petites habitudes ! S'il était à la retraite, il avait récupéré une bonne forme physique et beaucoup d'allant, bien que le soir, il traîne davantage à suivre son maître.

Sous son parapluie, le haut col de sa longue veste relevé, Aldéran n'avait eu aucun itinéraire précis dans le Parc, éclairé presque comme en plein jour et encore fréquenté par d'acharnés promeneurs, autres propriétaires chiens ainsi que quelques joggeurs irréductibles !

Aldéran n'était également pas mécontent d'être revenu dans la galactopole, dans son quartier où il aurait quasiment pu se balader les yeux fermés !

Le jeune homme se retourna, apercevant Torko qui après avoir quitté le cani-site s'était immobilisé près d'un buisson, en une pose qui ne ramenait à rien des cours de la Brigade Canine !

- Cesse de réfléchir, aboya-t-il. Viens, Torko, un tel déluge commence à pénétrer mes pauvres os !

Le molosse eut un faible grognement, mais ne remua pas d'un muscle.

- Torko, au pied ! siffla Aldéran en claquant des doigts.

Mais, pour la première fois de sa vie, le chien n'obéit pas, poussant un aboiement, curieusement assez bas, l'échine légèrement courbée… comme un pont.

- Que surplombes-tu donc, Torko ? Que… protèges-tu… ?

Comprenant que l'animal ne rechignait pas sans raison, Aldéran revint vers lui. La queue du molosse battit à tout rompre tandis que de sa patte arrière gauche, il semblait désigner quelque chose sous lui !


Sitôt le code bancaire composé et la transaction réglée, le Livreur se retira.

Aldéran revint dans la cuisine, disposant une partie des objets reçus dans un coin, avant de s'approcher d'une bassine en plastique qu'il avait prudemment couverte d'une planche à découper !

- J'avais raison de me méfier, fit-il, ses narines s'emplissant d'une odeur forte et piquante !

Elevant le chaton blanc par la peau du cou, il le passa sous l'eau pour le rincer de l'urine dont il était souillé, avant de le sécher !

Il déposa le petit animal sur le comptoir de la cuisine, devant une nouvelle portion d'aliment mou en sauce sur lequel il se jeta en affamé, sous l'œil très protecteur de Torko qui ne perdait pas un geste de son maître !

- Et voici le seul endroit où je t'autorise à vider ta vessie et à effectuer d'autres dépôts ! ajouta Aldéran en lui faisant prendre contact avec la litière – ce qui était plus clair pour le chaton sourd - qui tout comme le bac et les gamelles venaient de lui être apportés.

Depuis le canapé, Aldéran observait le chaton, lové dans un panier à sa taille, repu, bien sec, profondément endormi, Torko allongé sur le flanc tout près de lui !

« Qu'est-ce que je bien pouvoir faire de toi… ! ? J'avoue ne jamais avoir été trop chat… Torko suffit largement à mon bonheur, d'autant plus qu'il est désormais un chien de compagnie à temps plein ! Ah, peut-être que… ».

Mais il y réfléchirait encore et passerait à l'action le lendemain et bâillant à s'en décrocher la mâchoire, le jeune homme gagna l'étage de son appartement pour se coucher.


Skyrone fronça les sourcils à la vue de la petite caisse de transport que son cadet avait posée.

- Torko a fait un jeune, ou quoi ? !

- Si c'était le cas, je me poserais de sérieuses questions quant à l'hérédité et du mélange des espèces ! rit Aldéran. Je crois que ce cadeau va faire plaisir à ta petite Valysse.

- Un chaton ! Oui, elle scie sa mère et moi pour avoir un animal… Mais, elle est encore si petite…

- Cela fait des mois, ce n'est pas une lubie, un caprice. Ta fille aînée, enfin compte tenu de ses trois ans, désire sincèrement un animal familier ! J'ai récupéré ce petit truc à mon retour, le week-end dernier. Si tu ne l'accueilles, je le conduis au premier Refuge sur ma route !

- Les menaces habituelles de ton cœur de pierre, rit Skyrone. Je n'en crois pas un mot ! Il est très mignon, ce chaton…

- Il te faudra lui donner un nom…

- Non, ce sera à Valysse de le faire ! fit son aîné.

29.

Soreyn sourit.

- Entre, Aldéran ! Ca me fait plaisir, tu n'étais plus venu depuis ma pendaison de crémaillère ! Merci pour les bouteilles !

- J'ignore ce que les autres ont prévu d'apporter, mais j'ai tâché de prendre en compte toutes les possibilités !

- C'est très gentil, à vous tous, assura le plus jeune membre de l'Unité Anaconda. Je commençais à m'en sortir, financièrement parlant, et puis j'ai eu cette idée folle d'un appartement double pour mes grands-parents et moi, avec l'emprunt allant avec… !

- C'était généreux et délicat de ta part, assura Aldéran en prenant place dans le salon. Ils t'ont élevé en lieu et place de tes parents démissionnaires, tu leur rends cet amour, à ta manière. C'est une belle manière.

Aldéran se racla la gorge.

- Avec notre paie de chômage technique, tu t'en sors ?

- Je n'ai jamais demandé la moindre aide de toute ma vie, comme mes grands-parents… Mais je sais que tu parlais du cœur, merci, Aldie, mais je ne peux accepter !

- Je m'en doutais. Et, de mon côté, je devais te poser la question ! Mais vu qu'il y en a encore pour des mois, n'hésite pas un instant à venir me trouver, te confier car ce n'est pas toujours d'argent dont on a besoin.


Un à un, les autres membres de l'Unité étaient venus à l'appartement de Soreyn – Jelka apportant l'entrée, Darys et Yélyne le plat principal et Talvérya le dessert.

Le procès de Tansguylle approchant également, Kaéryane ne s'était plus senti la force de travailler sous les ordres de celui que sa sœur cadette avait tenté de tuer en dissimulant l'acte en tentative de suicide !

Kaéryane avait quitté l'Unité, le Bureau AZ-37, et le Colonel Melgon Doufert avait donc dû lui trouver une remplaçante.

Avant son départ pour l'espace, Aldéran n'avait pas eu l'occasion de croiser sa nouvelle agente et là il découvrait une grande et longiligne créature à la peau très pâle, à la chevelure de jais tombant jusqu'aux chevilles, les yeux en amande aux prunelles d'un bleu glace.

- Talvérya ?

- Talvérya Musguelle, Lieutenant-Colonel Skendromme !

- De quelle origine êtes-vous ?

- Cela n'a plus d'importance… Ma planète n'existe plus depuis des décennies, mon peuple s'est dispersé et les survivants se sont installés là où ils le pouvaient. Je suis juste sous vos ordres ! Mon entier dossier vous a été transmis, je suis très secrète quant à ma vie privée…

- Je comprends, j'accepte. Bienvenue dans l'équipe !

Aldéran esquissa une grimace mi figue mi raisin.

- J'espère que vous, vous n'avez aucune sœur susceptible de vouloir me trucider ?

- LC ! protesta la très belle Talvérya !

Après être venus courtoisement saluer les invités de Soreyn, ses grands-parents s'étaient retirés dans leur appartement.

Jelka, Yélyne, Talvérya et Darys, étaient passés à tour de rôle en cuisine afin de réchauffer les plats préparés et empaquetés.

Et les amis et équipiers de l'Unité d'Intervention s'étaient régalé les papilles tout en passant une agréable soirée !


De retour à son studio meublé, Talvérya avait activé un des nombreux fichiers cachés du plus puissant de ses ordinateurs portables.

- Reine Sylvarande, j'ai accroché le contact avec le fils de celui qui a humilié votre mère ! Je demeure au plus près, afin d'agir le moment venu !

- Je compte sur toi… Tu as un rôle tellement important à jouer, Talvérya ! répondit une sylvidre au teint plus rosé que ses semblables et à la superbe crinière couleur de caramel ! Cet Aldéran est, à son insu, un terrible obstacle, surtout avec les armes à sa disposition… Je ne referai pas les erreurs de notre plus grande Reine : la légendaire Sylvidra… ma mère !