Il reste un épilogue les enfants. (épiligue Audéarde.^^)
Chapitre 20 :
Jack regretta aussitôt que Carter ne soit pas monté dans le bus. Au moins, elle aurait été à l'abri. Aussi discrètement que possible, il vérifia que Bower n'avait pas de compagnons. Il n'en voyait pas, mais cela ne voulait pas dire qu'ils n'étaient pas là, dissimulés dans un coin d'ombre.
Ils étaient mal.
L'arme de Jack était coincée dans son dos et celle de Carter était dans la poche avant de son sac. Il ne pouvait pas dégainer. S'il le faisait, celui qui les tenait maintenant en joue tirerait sans une seconde d'hésitation. Il resta donc là, les bras écartés, maigre rempart entre l'homme dérangé qui avait un temps été son bras droit et la femme qu'il aimait.
« Je t'ai appris à couvrir tes arrières, il me semble… »
Jack espérait que le sarcasme pousserait Bower à se dévoiler. S'il avait des hommes planqués quelque part, Carter et lui étaient foutus. S'il était seul, alors, il y avait une petite chance. Et il soupçonnait que l'ancien Black Ops était assez fou pour avoir choisi de les affronter en solo.
« C'est entre toi et moi, Jack… Et je n'ai besoin de personne d'autre. »
Le Colonel masqua de son mieux son soulagement. C'était bien qu'il soit dans cet état d'esprit là. Derrière lui, il sentit Carter bouger. Agrippant instinctivement son poignet, il l'obligea à rester là où elle était. Son corps était un bouclier bien illusoire mais il lui assurait néanmoins une protection. Ignorant le grognement réprobateur de la jeune femme, il se concentra sur son ancien second.
« Exactement, Bower. C'est entre toi et moi… Carter n'a rien à voir là dedans, alors laisse la partir. »
Quelles étaient les chances pour qu'il accepte ? Il ne s'attendait pas au mouvement vif dans son dos. Avant qu'il ait eu le temps de réagir, Carter était à découvert.
« Non. »
Bower leva un sourcil et abaissa légèrement son arme, visiblement amusé par la scène qu'il avait sous les yeux.
Elle s'était emparée de l'arme de son supérieur et braquait maintenant leur ennemi. La mâchoire de Jack se contracta à lui faire mal. C'était précisément ce contre quoi Maybourne l'avait mis en garde. C'était exactement la raison pour laquelle il avait eu peur de laisser s'épanouir ce qui le liait à Carter.
Elle était pratiquement entre eux, à quelques centimètres devant Jack et, s'il la savait parfaitement capable de tirer avant Bower, il doutait également qu'elle le fasse. De là où il était, il voyait nettement la tension dans ses épaules, la subtile hésitation de ses doigts crispés à la fois sur la crosse de l'arme et sur la gâchette… Si lui les voyait, il était évident que Ryan pouvait les voir aussi.
« De toute façon, » ironisa le criminel, absolument pas décontenancé par ce qui venait de se passer. « elle vaut trop cher pour que je sois généreux avec elle. »
L'homme grimaça, faussement pensif, avant de dévisager Jack avec un sourire torve. « On m'a demandé de la ramener vivante, ceci-dit… Personne ne m'a jamais précisé l'état dans lequel elle devait être à la livraison. »
S'abstenant de répondre, le Colonel jeta un regard discret à Carter. Il savait qu'elle n'allait pas apprécier d'être traitée comme une marchandise et risquait –au vu de ce qui s'était passé ces dernières semaines- de péter les plombs. A vrai dire, il était étonné qu'elle ne se soit pas encore mise à hurler. Au lieu de ça, elle semblait attendre calmement qu'il lui donne un ordre. Chose qu'elle n'avait pas fait depuis… Longtemps.
« Si tu étais intelligent, Bower, tu éviterais d'insulter le Major… Elle a la gâchette facile. »
Et des soudaines tendances pacifistes… Mais mieux valait ne pas le préciser.
Une mimique amusée se peignit sur le visage de Bower.
« Tu parierais ta vie sur elle, Jack ? Littéralement ? »
Le militaire étudia une seconde le visage de sa subordonnée, pas parce qu'il hésitait. Non… Il était certain de ses capacités. Mais elle, elle ne l'était pas. Négligemment, il haussa les épaules.
« Bien sûr. »
Le regard de Carter ne quitta pas leur adversaire, mais il vit une expression inquiète se peindre sur son visage. L'angoisse se fit plus présente en lui. Il fallait qu'il la rassure.
« Je te l'ai déjà dit, Bower, c'est la meilleure. »
La posture de la jeune femme se redressa. Jack sourit. Elle prenait confiance en elle.
« Alors, tu n'aurais rien contre un petit jeu, n'est ce pas ? »
Redescendant sur terre, Jack fronça les sourcils. Qu'est ce que ce tordu avait en tête ?
« Un petit jeu de rapidité. » précisa-t-il dans un rictus.
Le Colonel fronça les sourcils et ouvrit la bouche. L'action se passa en un quart de seconde et il comprit trop tard ce qu'il voulait faire. Il le vit lever son arme, voulut crier à Carter de faire attention mais, avant qu'il ait eu le temps de réagir, c'était fini.
Il observa, incrédule, l'homme se tortiller impuissamment sur le sol. Jack écarquilla les yeux. Elle n'avait rien touché de vital. Elle s'était contentée de lui tirer sur la main pour qu'il lâche son arme. Ca dénotait soit une adresse incomparable, soit une stupidité prononcée. Peu enclin à critiquer Carter, il choisit l'adresse. Sans laisser le temps à Bower de se remettre, il ramassa son flingue et le menaça avec.
« Tu vas m'achever, Jack ? » gémit son ancien second.
Aussitôt, la main de Carter était posée sur son bras et elle le suppliait du regard. Pas besoin qu'elle parle pour qu'il comprenne ce qu'elle demandait. Mais il n'était pas sûr de pouvoir faire ça. Il n'était pas sûr que laisser partir Bower soit très sage. D'un autre côté, tuer un homme sans défense ne lui plaisait pas trop. Ceci dit, sa conscience s'y plierait volontiers si ça leur permettait de finir tranquillement leur vie.
« Tu ne peux pas faire ça, Jack… Pas comme ça… » plaida Carter.
De façon incongrue, Bower éclata d'un rire douloureux. Il était toujours couché sur le sol, tenant contre sa poitrine sa main abimée.
« Tu sais que ce ne sera jamais fini, n'est ce pas, Jack ? Je te suivrai. Partout. Et je la tuerai. Je la tuerai et ça t'arrachera le cœur. »
Il y avait tant de haine dans son intonation qu'il en croyait chaque mot. Déterminé, il visa la tête. C'était le plus rapide, le moins douloureux. La pitié, les sentiments en général, étaient ce qui le séparait de Bower.
« Jack ! S'il te plait ! »
Le Colonel grogna. « Carter, pour l'amour du Ciel ! Je suis ravi que tu te sois découvert des tendances pacifiques mais si tu ne me laisses pas faire ça, on ne sera jamais tranquille ! »
« C'est ce qu'il veut ! Regarde-le ! Si tu fais ça, ça nous hantera toute notre vie ! Ca nous détruira ! » rétorqua-t-elle avec colère.
Il faillit répliquer qu'il préférait être tout plutôt que mort mais il se rendit compte que c'était faux. Ce qu'il avait avec Carter était plus précieux que tout… plus précieux que sa vie. S'il tuait Bower maintenant, son souvenir planerait entre eux, les diviserait. Il soupira.
« Fais chier ! » cria-t-il, sans s'adresser à quelqu'un en particulier.
Leur agresseur ricana. « T'es foutu, Jack. Quoi que tu fasses, tu vas la perdre… Tu verras ce que ça fait de perdre ce à quoi on tient le plus… »
La main de Carter, toujours posée sur son bras, remonta jusqu'à son épaule.
« Il a tort, » souffla-t-elle. « tu ne me perdras pas. Jamais. »
« Ecoutez-moi bien, Carter. Écoutez-moi bien, parce que ce que je ne veux plus jamais avoir à vous expliquer ça. »
Il observa la douleur dans son regard et attrapa son menton pour qu'elle le regarde. Il était peut-être un peu brusque, mais il était important qu'elle comprenne ça.
« Ces cinq dernières années, j'ai partagé avec vous les bons et les mauvais jours. Je vous ai vu si heureuse que vous vous mettiez à chantonner. Je vous ai vu si saoule que vous n'étiez même pas capable d'enfiler votre veste. Je vous ai vu si triste que vous refusiez de quitter votre lit. Je vous ai vu si malade que vous ne pouviez pas vous lever. J'ai vu tout ça et je n'ai jamais quitté vos côtés. »
Elle frissonna sous l'intensité de sa voix. Chaque mot était martelé, ciselé, de sorte que son impact soit maximal.
« J'ai vu le meilleur et le pire de Samantha Carter et je suis toujours là. Je serai toujours là. Parce que c'est ma place. Parce qu'il n'y a aucun autre endroit dans cet univers où je préfèrerais être plutôt qu'avec vous. Vous n'avez pas le droit de douter de mes sentiments, Carter. Doutez de moi si vous voulez, mais pas de mes sentiments. Est-ce que c'est clair maintenant ? »
Jetant un regard rapide à Carter, il lui sourit. « Je sais. » Il haussa les épaules. « Mais ça n'est pas pour ça que je vais le laisser partir pour qu'il nous courre après. »
Se dégageant gentiment de la main de la jeune femme, il remit Bower en joue. Celui-ci se tortilla aussitôt sur le sol, essayant de se relever. Apparemment, sa provocation n'allait pas aussi loin que la mise en application réelle de la menace de mort.
« Elle ne te le pardonnera pas si tu me tues, Jack ! »
Carter leva les yeux au ciel devant la tentative désespérée et recula. Jack comprit qu'elle se rangeait à son avis. Quoi qu'il décide, elle l'acceptait. Un plan se dessinait dans la tête du militaire. Tuer Bower lui répugnait mais il ne devait pas être en état de les rattraper. Il savait qu'avec Ryan hors du tableau pour un moment, leurs ennuis étaient finis. Ils pourraient disparaître. Personne ne les retrouverait. Malheureusement, Bower avait raison quand il disait qu'il était son meilleur second. Après Carter et Kowalski, il avait probablement été l'officier le plus compétent sous ses ordres.
« J'aimerais que tu te rappelles d'une chose, Bower… Dans le cas improbable où tu aurais encore un sens de l'honneur, sache que tu lui dois la vie. »
Il fit un signe de tête vers la jeune femme mais, avant que l'homme ait pu suivre son regard, il avait tiré. La balle l'atteignit à l'épaule droite. Les deux suivantes se fichèrent respectivement dans les deux genoux.
Sans plus se préoccuper de l'homme désormais inconscient, il se tourna vers Carter.
« Il survivra. » déclara-t-il simplement.
Elle hocha la tête et lui sourit, un peu gênée. « Désolée… »
Rangeant son arme dans son jean et l'incitant à faire de même, il commença à se diriger vers la sortie du parking, Carter à ses côtés.
« Arrête de t'excuser, Carter. C'est fini maintenant. »
Retourner au motel était exclu. Il y avait surement des agents du NID dans le coin et traîner par ici aurait été tenter le diable. Néanmoins, Jack se sentait confiant. Dénicher une voiture serait simple. Echapper aux incapables qu'avait envoyé Kinsey, un jeu d'enfant. Et il pouvait commencer une nouvelle vie avec Carter.
Mu par une pulsion, il attrapa la main de la jeune femme.
« Tout va aller mieux, maintenant. » déclara-t-il.
Carter se contenta d'un sourire confiant pour toute réponse.
