CHAPITRE 20

Le reste du vol se passa dans le plus grand calme. Les uns dormaient, les autres boudaient. Et sans qu'ils n'aient le temps de s'en rendre compte, ils étaient déjà arrivés. Les plus jeunes sortirent les premiers. Cuddy resta avec son amant et l'aida à regagner la sortie. Une fois sur la terre ferme, elle sentit son excitation et son anxiété grandir. Plus elle avançait dans le grand couloir, plus ses pas lui semblaient lourds. Sa fille lui avait manqué. Terriblement. Elle avait besoin de la voir, de la serrer, de l'embrasser. De s'assurer que tout s'était bien passé. Elle avait totalement confiance en Wilson, mais une part d'elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.

C'est à ce moment-là qu'elle la vit. Sa petite puce, son ange. Elle lâcha le bras de House pour pouvoir marcher plus vite, se retrouver enfin auprès d'elle. Wilson se tourna, le sourire aux lèvres, montrant au bébé sa Maman. La petite fille s'agita, tendant ses tout petits bras vers elle. Elle sourit simplement à sa « nounou » et prit l'enfant dans ses bras. La levant au ciel, au dessus de sa tête puis la ramenant, d'un geste doux, contre sa poitrine. Elle couvrit son visage de baisers, lui murmurant ça et là mots doux et surnoms affectueux. Elle posa son front contre celui de sa fille, caressant son nez avec le sien dans un tendre bisou d'esquimau. Pendant tout ce temps, la fillette n'avait cessé de rire, emplissant le hall de ce petit son strident, mais tellement adorable. Elles restèrent un moment comme ça, appréciant leurs retrouvailles. Rachel avait levé ses mains et caressait, touchait semblerait plus juste, les joues de sa mère. Lisa ferma les yeux, profitant de l'instant, de la douceur du moment.

Il n'avait pas perdu une miette de l'échange. De l'instant où elle avait lâché sa main au moment où elle avait dévoré le visage de sa fille de baisers. Bizarrement, il se surprit à penser qu'il n'avait jamais rien vu d'aussi beau. L'amour inconditionnel d'une mère envers son enfant. Le bonheur de Cuddy. Ce même bonheur qu'elle avait failli se refuser. Par peur de l'engagement, de ne pas être à la hauteur. Elle avait essayé de chercher un problème où il n'y en avait aucun, avait cru ne pas être capable de tisser un lien avec ce petit être humain. Mais il savait qu'elle y arriverait, il la connaissait. Dès le moment où elle l'avait vu, serrée dans ses bras, extirpée à ces sans-abris, Rachel était devenue sa fille. Aucun papier ne pourrait changer cela. C'est le genre d'amour qui vous tombe dessus et dont on ne peut pas se débarrasser. Et il ne le savait que trop bien. C'était la même chose qui lui était arrivé le jour où il avait rencontré une certaine Lisa Cuddy.

Il resta là, dix bons mètres derrière eux. Ébahi. Ébloui. Il ne l'avait jamais vu aussi belle, aussi rayonnante. Aussi heureuse, tout simplement. Il sentit une pointe de jalousie à l'idée que lui même n'avait jamais pu la combler à ce point. Il eut cependant envie de prendre part à cette joie. Il regarda Cuddy embrasser son ami, le serrer dans ses bras. Le remerciant de s'être occupé de sa fille. Son équipe suivit, serrant la main de l'oncologue. Il les vit parler, mais ne pouvait entendre ce qu'ils se disaient. Il aperçut le groupe partir et Cuddy venir vers lui.

« Rachel, je te présente Greg. Tu te souviens de lui ? » Demanda doucement la Maman, portant son enfant sur la hanche.

« Oh, un crapaud ! » s'exclama House, avec des grands yeux ronds.

« Non, une petite grenouille. » Répondit avec tendresse la maman, en passant une main sur le crâne de son enfant.

« Une petite grenouille ? C'est pas très mignon ça ? » S'amusa-t-il, quelque peu surpris qu'elle l'incite à appeler sa fille ainsi.

« C'est parce que vous ne l'avez jamais vu dans une baignoire. » Répondit-elle avec un sourire.

« Ils sont partis où ? » demanda-t-il, sans jamais quitter la petite des yeux.

« Chercher les bagages. » Répondit-elle, plus absorbée par la scène qui se déroulait devant elle que par autre chose.

La petite fille regarda le grand barbu avec curiosité, se demandant si elle devait le ranger dans la catégorie des gentils ou des méchants. Il avait un regard doux. Sa mère semblait l'apprécier, lui parlait d'une voix douce et aimante. Il était temps pour elle de faire plus ample connaissance. Elle lui tendit les bras.

House fut d'abord surpris par ce geste. Mais il savait que pour un enfant de cet âge, il n'y avait aucune arrière-pensée possible. Juste de la curiosité. De l'affection. De la confiance. Il prit donc la petite blonde dans ses bras. Elle avait un visage d'ange et de jolis yeux bleus. Il se surprit à ressentir quelque chose pour ce tout petit bout de chair humaine. Cependant, il était bien incapable de décrire ce sentiment. Mais une chose était sûre, elle ne pouvait que se faire aimer. Il approcha son visage du sien, pour mieux l'observer. Rachel porta sa main à sa barbe, puis la retira en crispant le visage.

« Ça pique, hein ? » dit-il d'une voix tendre, dont lui-même ignorait l'existence. Il tendit de nouveau la joue et l'enfant rapprocha sa main. Cette fois-ci, elle rit. Et réitéra l'expérience plusieurs fois. Il se sentait subjugué, envouté. Il se demanda si c'était ce ressenti-là qu'avait recherché désespérément Cuddy. Si c'était ce moment, cet instant de complicité qu'elle appelait créer un lien. Parce que dans ce cas-là, il venait définitivement d'en créer un. Et cette perspective l'effraya soudain.

Elle n'en croyait pas ses yeux. House l'acariâtre tenait sa fille dans ses bras. Et non seulement, il n'avait fait aucune remarque désobligeante, mais en plus, il avait joué avec elle. Il l'avait laissé le toucher. Il l'y avait invité. Ils s'étaient apprivoisés. Elle l'observa, pendant qu'il en faisait autant avec son enfant. Que pouvait-il bien penser ? Que ressentait-il ? Pouvait-il être heureux auprès d'un enfant ? Elle le sentit bouger, lever les yeux vers elle. Et ce qu'elle vit la désarçonna quelque peu. Il paraissait effrayé, apeuré. Mais de quoi ? Craignait-il que Rachel soit un obstacle à leur relation ? Parce que c'était ce qu'elle redoutait le plus. Ça avait l'air plus profond que ça. Qu'avait-il pu voir, ressentir en tenant cette enfant ? Et s'il avait aimé ça ? S'il s'était vu pendant un instant comme un père ? Elle secoua la tête, se disant qu'elle rêvait parfois un peu trop. Elle reprit le bébé, l'embrassant une nouvelle fois au passage.

Il lui fallut quelques instants pour rassembler ses esprits. Il avait besoin de mettre un mot, un nom, un adjectif sur ce sentiment. De la complicité ? De la tendresse ? Du bonheur ? De l'amour ? Il sourit, les femmes de la famille Cuddy n'avaient pas fini de lui en faire voir.

Le trajet se passa relativement rapidement. l'équipe du diagnosticien était partie de son côté, la voiture de Wilson étant trop petite pour les accueillir tous. Lisa et Rachel, à l'arrière, gazouillaient. Wilson, le chauffeur, interrogeait son ami pour obtenir les moindres détails de leur séjour. Chose que, bien sûr, le House n'était pas prêt à concéder.

Arrivés devant chez la doyenne, un léger malaise s'installa. D'un côté, Wilson était persuadé qu'elle avait eu sa dose de House pour la décennie à venir et que jamais, ô grand jamais, elle ne le laisserait pénétrer dans son antre. De l'autre, les deux amants ne savaient quel prétexte évoquer pour passer un peu plus de temps ensemble. L'oncologue, nerveux, descendit de voiture et aida sa supérieure à porter ses bagages. Ce dernier avoua à sa patronne avoir fait quelques courses et lui proposa de diner ensemble, une fois House raccompagné chez lui. À sa plus grande surprise, il la vit retourner vers la voiture et revenir avec le supposé indésirable.

Il se sentait un peu anxieux. Ce serait bien la première fois qu'il entrerait dans la maison de sa patronne en y étant totalement convié. Et pour cela, il savait qu'il devait apparaître sous son meilleur jour. Être sincère et attentionné lui était des choses relativement naturelles quand ils étaient seuls. Mais il savait que la présence d'une tierce personne, et notamment celle de Wilson, pouvait vite le faire déraper. Il savait aussi que, ce soir, il serait son plus grand ennemi.

Lisa cala sa fille sur sa hanche afin d'ouvrir la porte. Elle entra dans son foyer à la fois heureuse et mélancolique. Contente de retrouver sa petite maison, sa petite vie, ses petites habitudes. Mais triste de quitter l'insouciance et la douceur des vacances. Elle fut un peu surprise de trouver son salon parfaitement rangé. Plus de jouets et de livres éparpillés sur la table basse, plus de vestes et de couvertures trainant au pied du canapé. James était définitivement un homme d'intérieur. Elle retira la veste de sa fille, puis la sienne et les jeta sur la chaise la plus proche avant de s'affaler dans le sofa. Son amant l'imita. Pendant ce temps, leur ami pendait soigneusement son veston à la patère sous leurs regards amusés. Quand il revint au salon, ils étaient tous trois avachis, yeux semi-clos, profitant d'un moment de répit. Il leur proposa de s'occuper de la confection du diner, des lasagnes de légumes. Ils acceptèrent avec soulagement et Cuddy partit donner un bain à sa fille.

Il avait trouvé la télécommande, mais ne parvenait pas à faire fonctionner la télévision. Ce n'était que brouillard et points gris, sur toutes les chaines. Il décida donc d'aller trouver qui de droit. Il longea le corridor et s'arrêta devant la salle de bains. Des rires se faisaient entendre. Il ouvrit doucement la porte, ne voulant pas se faire remarquer et jeta un œil. Il ne put s'empêcher de sourire à la scène qui s'offrait à lui. Cuddy, en soutien-gorge et petite culotte, était agenouillée devant la baignoire. Sa fille, dedans, battait des pieds et des mains, projetant de l'eau partout. Toutes deux riaient aux éclats. Il vit, sur le rebord du lavabo, la robe de Lisa, détrempée. Cette petite était une tornade. Il laissa échapper un petit rire, attirant alors leur attention. La jeune femme rougit vivement, attrapant une serviette pour se couvrir. Il sourit à cette pudeur. Dire que quelques heures auparavant, elle était, avec lui, nue dans un lit. Elle attrapa ensuite une cape de bain, l'ouvrit sur ses genoux et s'aventura à extirper sa fille de l'eau. Pleurs, cris, et mots rassurants. Elle enveloppa fermement le bébé, la serra contre sa poitrine et l'amena jusqu'à la chambre.

Il la regarda la sécher. Lui embrasser les pieds, les mains, le ventre. Tous ces gestes semblaient si naturels, si spontanés. Il se demanda si lui-même parviendrait un jour à ce niveau d'amour. Il s'assit dans le rocking-chair et l'observa lui mettre le body. Soudain, elle se retourna vers lui, lui offrant son plus beau sourire. « Dit donc, tu ne crois tout de même pas que tu vas rester là à me regarder faire pendant que je me gèle? »

Il avança d'un pas incertain jusqu'à la table à langer. Elle lui donna un babygrow et s'échappa, ne lui laissant pas le temps de protester.

Il passait son regard de l'habit au bébé, du bébé à l'habit, se demandant comment il allait faire pour le lui mettre. Face à son hésitation, et probablement au froid, la petite fille commença à s'agiter, brassant l'air avec ses petits membres. Son visage se crispa. Les pleurs n'étaient pas loin. Il s'empressa de déboutonner le babygrow et de lui enfiler les jambes. Elle se calma instantanément, le fixant de ses grands yeux clairs. Il lui sourit, rassuré. Son regard doux la mit en confiance. Il lui saisit délicatement un bras et le mit dans la manche. Il allait faire de même pour l'autre côté, mais s'arrêta en chemin, laissant sa main reposer sur son petit ventre dodu. Il se pencha vers elle et lui dit :

« Visiblement, toi et moi, on va devoir cohabiter. Je te propose un partage équitable de ta jolie Maman. Elle est à toi dès sa sortie du travail et un peu avant d'y aller. Par contre, de 20 h à 6 h elle est à moi. Et rien qu'à moi ! Pour... »

« Comment ça je ne suis rien qu'à toi ? » demanda une Cuddy amusée. Elle se tenait sur le pas de la porte, cheveux remontés en arrière, peignoir blanc sur les épaules. Elle arborait un franc sourire. Elle marcha jusqu'à eux de façon séductrice et constata l'avancée des opérations.

« Ah ben tu étais tellement occupé à négocier avec elle que tu en as oublié de finir de l'habiller. » Lui souffla-t-elle. Elle se tenait dans son dos, une main sur la hanche de l'homme, l'autre sur le ventre de sa fille.

« N'importe quoi. C'est juste qu'on prend notre temps. Tu n'as jamais entendu dire que rien ne sert de courir, qu'il faut partir à temps ? Ce genre d'inepties... » Répondit-il, levant un sourcil de façon interrogative.

« Ou que tu ne trouvais pas le moyen de lui enfiler cette petite chose. » S'amusa-t-elle en désignant le babygrow.

Il se sentit troublé. Par son charme, son assurance, sa douceur. Il réussit cependant à enfiler la dernière manche et se retrouva penaud quant au comment boutonner le dos. Lisa devança son interrogation. Mêlant ses mains aux siennes, elle retourna sa fille sur le ventre, la laissant reposer sur les coudes. Il attacha rapidement les pressions et prit le bébé dans ses bras. Il se retourna et la tendit à sa mère. Cette dernière laissa échapper un petit rire, mais ne se saisit pas de l'enfant.

« Ça t'embête de la surveiller pendant que je vais prendre une douche ? » demanda-t-elle en tournant les talons, le laissant seul au milieu de la pièce, le poupon dans les bras.

Il entrebâilla la porte et fut immédiatement saisi par la chaleur et l'humidité qui régnaient dans la pièce. Il entra sans un bruit, se déshabilla à la hâte, jetant ses habits dans le bidet. Il prit une profonde inspiration, tentant de tempérer son excitation. Elle se lavait les jambes. Et quand Lisa Cuddy se lavait les jambes, ça ressemblait de suite à une publicité pour gel douche. Pose sensuelle, courbes alléchantes. Elle avait posé un pied sur la margelle du bac à douche et descendait ses mains le long de son mollet. Il se mordit la lèvre inférieure, subjugué par le spectacle improvisé. Elle se redressa enfin, se plaçant sous le jet d'eau chaude. Il était temps pour lui d'agir. Il fit coulisser la baie et entra dans la chaude atmosphère.

Elle laissa échapper un petit cri de surprise, mais ne se retourna pas. Pas de doutes sur l'identité de l'invité mystère. Il déposa quelques baisers sur son épaule nue puis remonta le long de son cou. Il encercla de ses bras sa taille, l'attirant à lui. Elle se laissa reposer en arrière, contre son buste, offrant par la même occasion un meilleur accès à sa nuque. Finalement, elle tourna la tête et captura ses lèvres. Le baiser était doux, sensuel. Il gagna rapidement en intensité, en passion. Silencieux témoignage de leurs émotions, de leurs sentiments et de leurs attentes face à cette nouvelle relation. Puis ils durent relâcher leur emprise, asphyxiés par tant de désir, et la moiteur ambiante.

La jeune femme se retourna. S'exposant, se dévoilant, s'offrant aux yeux de son amant. Il resta bouche bée, hypnotisé par tant de beauté. Il avait souvent rêvé d'elle sous la douche. Cependant, il n'aurait jamais imaginé une telle réalité. Ça dépassait de loin tous ses fantasmes. Ses longs cheveux mouillés plaqués contre ses épaules, l'eau qui ruisselait le long de son corps. Une petite goutte qui glissa du sillon de son nez jusqu'à son menton puis chuta entre ses seins. C'était parfait. Elle était parfaite.

Il se pencha en avant, et lécha son sternum. La petite goutte avait disparu. Il déposa alors baisers et caresses sur ses attributs féminins, faisant naitre en elle gémissements et soupirs. Il releva un peu la tête, lui demandant d'être discrète. Son esprit ne fit qu'un tour.

« Rachel ? Elle est où ? » La panique commençait à la gagner. Elle sentit ses bras puissants l'enlacer un peu plus, l'empêchant de fuir.