Chapitre 21

Le matin, la petite troupe repartit fouiller la forêt à nouveau mais cette fois-ci, elle avait la pierre et elle savait que le coffret se trouvait dans un cours d'eau. Cependant, lors de leurs recherches précédentes, deux trois rivières ou de simple ruisseaux avaient croisé leur chemin ce qui les obligeait à tous les vérifier. Ils se séparèrent en deux groupes et ratissèrent le bois. Si l'autre groupe qui n'avait pas la pierre en sa possession rencontrait un court d'eau suffisamment profond pour rendre invisible le coffret, il était chargé d'envoyer des étincelles rouges. Bien sûr, Léna avait gardé la pierre avec elle. Tom et Nathanaël l'accompagnaient, pendant que Phil et Andrew parcouraient l'autre côté de la forêt. Quant à Carla, elle était resté à l'hôtel pour se reposer malgré ses protestations.

Cela faisait deux heures qu'ils étaient dans la forêt et le silence les accompagnait depuis que le groupe s'était séparé. Seule une rivière avait attiré leur intention mais la pierre demeurait rouge. Léna commençait à se demander si le coffret se trouvait vraiment dans la forêt. Pourtant, les rumeurs le leur confirmaient. Et si Richard avait déjà mis la main dessus ?

Soudain, Tom Jedusor, qui avait pris la tête du groupe, s'arrêta net. Nathanaël le contourna et Léna fit de même. Un lac s'étendait devant eux. La surface plane de l'eau sombre la rendait encore plus immense. Le coffret aurait pu y être caché aisément, néanmoins la pierre persistait à leur prouver que le collier ne s'y trouvait pas. La jeune femme croisa le regard de son cousin puis celui de Tom Jedusor qui resta impassible. Ensuite, ce dernier tourna les talons lui offrant son dos pour seule vue. Léna soupira et lui emboita le pas.

Les arbres, les buissons, les troncs d'arbres couchés sur le sol, la fougère, l'herbe de la verdure de partout en somme qui donnait l'impression de voir la même chose sans pouvoir distinguer quoi que ce soit au bout d'un moment. Aussi, il était donc difficile de savoir s'ils ne tournaient pas en rond. Le regard de la jeune femme se posa sur le dos du petit chef. Lorsqu'ils s'étaient quitté la nuit dernière, ils étaient resté complices puis le matin, les deux amants ne s'étaient pas adressé un seul mot à part pour parler des directives à prendre pour retrouver le collier. Ce n'était pas comme si la jeune femme aurait aimé ou aurait pensé qu'ils se comportent comme un couple qu'ils ne formaient pas mais elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un pincement au cœur pour la froideur dont faisait preuve le jeune homme encore une fois. Il concurrençait presque avec l'hiver qui leur envoyait des brises glaciales dans la figure. Brusquement, une main la retint par le bras ce qui mit fin à sa rêverie.

- « Concentres-toi » Fit Tom Jedusor en la foudroyant du regard.

Celui-ci s'était arrêté devant une rivière. Par-dessus son épaule, son cousin la regardait. Léna reporta son attention sur la pierre qui avait repris sa couleur d'origine. Le gris anthracite contrastait avec la peau de sa paume qui était blafarde. Comprenant qu'elle devait penser au coffret pour la faire fonctionner, elle grimaça et se reconcentra. Cependant, l'aspect de la pierre ne changea pas. Le silence se fit plus pesant. Léna sentait la colère monter chez Tom Jedusor tandis qu'elle essayait en vain de se concentrer. Elle n'osait pas lever les yeux vers lui tant qu'elle ne réussissait pas. Tout à coup, le silence fut brisé par les gargouillements de son estomac qui était la véritable raison pour laquelle la jeune femme n'arrivait plus à se concentrer sur leur objectif principal. En écho, le même son retentit derrière le jeune homme et le cousin de Léna s'excusa. Le Lord réussit enfin à croiser son regard mais pour lui renvoyer son exaspération.

- « Ne me dis pas que tu ne ressens pas la faim ? S'enquit-elle alors qu'il lui tournait le dos pour s'éloigner et disparaître parmi les arbres. Es-tu un humain ou t'es-tu transformé en statut de glace ? »

Ignorant totalement qu'elle était proche de la vérité, Léna ne reçut pas de réponse. Nathanaël posa sa main sur son épaule et lui tendit un sandwich. Elle le prit puis vint s'asseoir sur un rocher près de la rivière qui coulait joyeusement devant elle. Un mouvement sur sa gauche lui apprit que son cousin avait pris place à côté d'elle. Quelques minutes plus tard, Phil et Andrew les rejoignirent. Pour seule réponse aux regards interrogateurs des deux cousins, le plus vieux leur expliqua qu'ils n'avaient rien trouvé d'intéressant et qu'ils avaient croisé leur maître qui leur avait dit de venir les rejoindre. Puis, le silence reprit ses lois et ils se restaurèrent.

Quelques instants plus tard, Tom Jedusor revint et leur annonça qu'il avait trouvé un lac au bout de la rivière qui pourrait faire l'affaire. Il ajouta que lorsque Léna serait décidé à se concentrer sur l'objet de leur présence dans cette forêt, ils pourraient enfin mettre la main sur le collier qu'il était sûr de trouver dans la rivière en face d'eux ou dans le lac qu'il avait débusqué. La jeune femme accueillit son reproche avec un froncement de sourcil mais elle ne fit pas de remarque, pensant avec maturité qu'il était inutile de lui répondre. Cependant sa patience fut mise à rude épreuve lorsqu'il lui fit un autre reproche à peine voilé sur sa capacité à les retarder dans leur mission. A ce moment-là, Léna mit le papier qui protégeait son sandwich qu'elle avait mangé dans sa poche et se leva en prenant la pierre dans ses mains. Celle-ci resta grise un moment puis se colora en rouge. En fixant toujours la pierre, la jeune femme s'éloigna des garçons qui continuait à manger et longea la rivière jusqu'au lac dont avait parlé le petit prétentieux. Au départ, elle fut déçue de constater que l'objet de M. Izobretatel arborait encore la couleur rouge puis plus elle avançait en direction du nord, c'est-à-dire vers le lac, plus la couleur verte faisait son apparition. Il ne lui fallut pas plus de cinq minutes pour le trouver. Au bout d'un moment, Léna dut s'arrêter net pour ne pas tomber dedans et suivre la rivière dans laquelle elle se déversait. En effet, quelques mètres plus bas, elle voyait l'eau tomber en cascade et former une grande étendue d'eau sombre.

Léna descendit les rochers sur la droite qui formaient un escalier naturel pour accéder au cours d'eau. La joie pétillait comme un mini feu d'artifice dans sa poitrine. Elle glissa la petite pierre dans sa poche et sortit sa baguette tout en s'approchant. C'était magnifique. Devant la jeune femme, le lac donnait l'impression d'avoir était amené ici par l'intervention des humains. Les rochers qui l'entouraient permettaient clairement l'accès et à tout le monde de l'admirer comme une attraction touristique. Sur les rochers, des plantes de toute sorte avec de jolies fleurs descendaient comme la cascade d'eau. Derrière, il y avait une cavité presque cachée par la végétation, où aurait pu s'asseoir une équipe entière de football. Cependant, il n'y avait aucun passage donc si Léna voulait s'y aventurer, elle devait nager jusque-là bas.

Sachant pertinemment que ce sort ne fonctionnerait pas mais par pur Lénaisme (signifiant entêtement dans le langage courant), la jeune femme chuchota le sortilège d'attraction. Rien ne se produisit évidemment. Elle rangea sa baguette tout en gardant les yeux sur la surface de l'eau en quête d'un quelconque signe de vie. Il devait y avoir des moyens mis en place pour protéger le coffret. Une créature magique prête à lui sauter dessus pour l'engloutir ou un sort qui la tuerait sur le champ.

Par petits pas, elle réduisit la distance qui la séparait du lac jusqu'à ce que les bouts de ses chaussures se retrouvent à plusieurs millimètres de l'eau. Tout aussi prudemment, elle s'agenouilla. Seul son visage se reflétait sur la surface tel un miroir. Le fond était impossible à distinguer à cause de l'eau sombre et trouble et la profondeur semble-t-il du cours d'eau. Contre toute attente, l'odeur qui émanait de l'eau n'était pas désagréable. Justement, elle avait une senteur de fleurs – sûrement les fleurs qui tapissaient les rochers.

Sa main attrapa le premier caillou assez gros à côté d'elle puis elle recula de quelques pas pour le lancer. Encore une fois, rien ne se produisit. Face à elle, la cascade continuait à s'écouler faisant mousser l'eau à l'endroit où elle se déversait et par le même temps, brisant la surface tranquille de l'eau.

La jeune femme réfléchit puis son attention fut attirée par un mouvement derrière la cascade dans la cavité creusée. Cependant, rien d'anormal ne l'alerta. Elle resta quelques minutes à observer le lac et ses alentours puis elle décida d'aller chercher l'expert en la matière – celui-là même qui lui avait reproché de ne pas faire avancer leur mission. Alors que Léna repartait vers les rochers, quelque chose entoura sa cheville et la tira en arrière ce qui la fit tomber lourdement sur le sol rocailleux. Le cerveau embrouillé par le choc et le corps douloureux, elle se sentit glisser vers l'eau. Lorsque son pied commença à être immergé, son premier réflexe fut d'attraper sa baguette magique. Toutefois, il lui était difficile de lancer de sort à la chose qui continuait à l'emmener avec elle dans le lac puisqu'elle n'arrivait pas à la voir. Avec désespoir, sa main gauche s'agrippa à un caillou suffisamment enfoncé dans le sol pour la retenir quelques temps encore. Son tibia la lançait à force d'être appuyé et frotté contre le rebord alors que son pied battait l'eau et se cognait contre la créature qui s'approchait de plus en plus. Les mains de cette dernière lui enserrèrent la jambe dans laquelle elle enfonça ses griffes à cause de la peau mouillée de Léna et visqueuse de la créature qui les faisaient glisser dans un bruit de succion.

Au bout de dix sorts, la jeune femme réussit à l'atteindre et à se libérer. Avec toutes les forces qui lui restaient, elle s'éloigna le plus loin possible. A ce moment-là, ses yeux rencontrèrent ceux globuleux et haineux d'une femme ? D'un poisson ? D'un monstre ? Puis son regard fut attiré par les petites dents très fines et aiguisées comme des couteaux qui composaient sa bouche. Ses cheveux qui ressemblaient à des algues à s'y méprendre lui couvraient ses épaules et une grande partie de sa poitrine. Sa peau visqueuse et grise brillait alors que son cri de colère alerta ses consoeurs qui rappliquèrent aussitôt. Des sirènes ! – prêtes à l'attraper et à l'emporter avec elles au fond de l'eau !

La peur lui retourna l'estomac. En désespoir de cause, Léna leur envoya plusieurs sorts d'affilés qui en touchèrent certaines qui disparurent dans l'eau. Cependant, la demi-douzaine restante semblaient réellement déterminée à l'avoir. Soudain, la jeune femme se souvint qu'elle avait une potion qui lui permettrait d'effectuer une retraite stratégique (ou de se carapater au plus vite pour sauver sa peau, cela dépendait du point de vue). Sa main se glissa difficilement dans sa poche pour la retirer et décapsula le bouchon avec ses doigts tremblants. Aussitôt, de la fumée en sortit. Elle se dépêcha de jeter la fiole sur les sirènes qui toussèrent et lancèrent des cris de fureur. Tout à coup, alors qu'elle se relevait, elle sentit une main sur son épaule.

- « Ça va ? »

Phil l'aida à se remettre d'aplomb.

- « Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Demanda Nathanaël qui arrivait.

- J'ai trouvé le collier, répondit Léna qui vit la mine réjouie de Phil. Mais le lac est remplie de sirènes … ».

Le sourire du mari de Carla s'évanouit aussitôt. Nathanaël avait le regard fixé sur le nuage de fumée et les sourcils froncés.

- « Nous ferions mieux de partir » Fit son cousin avec raison.

Le nuage commençait à se dissiper. Ne voyant pas Andrew et le Lord, elle le questionna.

- « Tom est resté avec Andrew qui devait lui dire quelque chose d'important ».

Nathanaël passa un bras sous ses épaules et l'aida à marcher. Sa jambe la faisait souffrir mais elle n'avait pas le temps de soulever sa robe pour voir l'étendue des dégâts. Elle sentait le sang couler ce qui signifiait qu'elle avait des plaies assez profondes. Alors qu'ils montaient sur les premiers rochers, son cousin tourna sa tête en arrière.

- « Phil, qu'est-ce que tu fais ? »

Sa question la surprit car elle pensait que le jeune homme les suivait. Elle suivit le regard de Nathanaël et constata que Phil n'avait pas bougé et fixait en face de lui comme s'il était possédé. Son cousin la fit s'asseoir sur le sol rocailleux et rejoignit le mari de Carla.

Le nuage de fumée s'était en grande partie dissipé et Léna put apercevoir quelques silhouettes. Elle se remit debout, craignant le pire. Soudain, une voix de femme commença à chanter puis d'autres virent s'ajouter à la sienne. La jeune femme n'avait jamais rien entendu d'aussi joli.

- « Nath ! Ne regarde surtout pas les sirènes ! »

Par pur esprit Lénaiste ou de famille, son cousin regarda les êtres de l'eau et adopta la même attitude que Phil. La jeune femme se dépêcha de les rejoindre tandis qu'ils s'étaient mis en marche vers le lac, tels des zombis. Elle tenta de les retenir par leur manche mais, par manque de force, elle ne put que les retarder. Avec réticence, la jeune femme leur lança un sort d'immobilisation ce qui lui permit grâce à un autre sortilège de les éloigner des créatures et de leur lasso ou leur outil qui lui avait attrapé la cheville quelques minutes plus tôt. Une fois sûre qu'ils étaient en sécurité, Léna se retourna pour s'apercevoir que les sirènes n'étaient plus les êtres monstrueux qu'elle avait vu mais de sublimes jeunes femmes. En effet, les visages hideux avaient laissé place à des visages harmonieux et les algues s'étaient transformés en une cascade de jolies cheveux propres et brillants, changeant de couleur en fonction de la sirène. La jeune femme avait lu quelque part que leur apparence séductrice et leur voix mélodieuse et enchanteresse leur permettaient d'attirer leur proie. Cela, elle avait pu faire le constat amer avec les deux jeunes hommes derrière elle. Aussi, elle se souvenait que le livre avait expliqué qu'en réalité que leur apparence monstrueuse se révélait être le parfait reflet de l'être intérieur qu'elles étaient.

Soudain, un bruit de pas se fit entendre et elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Phil et Nathanaël avaient repris possession de leur moyen et se dirigeaient droit vers elle ou plutôt en direction des êtres de l'eau. En désespoir de cause, elle se jeta devant eux pour leur barrer la route en mettant ses bras en croix.

- « Stop ! Arrêtez-vous tous les deux ! Je vous en prie, réveillez-vous ! ».

Pourtant, ils ne firent pas attention à elle, trop obnubilés par les voix et les apparences des sirènes et la bousculèrent sans la voir. Elle ressortit sa baguette magique et réfléchit à un sort qui pourrait lui être utile. Visiblement, le pouvoir des sirènes était puissant ce qui avait permis d'annuler le sortilège d'immobilisation. La jeune femme lança un sort. Des racines sortirent de terre et s'enroulèrent autour des jeunes hommes qui tombèrent à la renverse les ralentissant dans leur progression.

Seulement, c'était sans compter sur les sirènes qui s'était arrêté de chanter pour enrouler à leur tour une sorte de liane version lasso autour des chevilles de Phil et de Nathanaël et les tirer vers elle. Les racines résistèrent un temps puis cédèrent devant les yeux effarés de Léna. Paniquée, elle coupa les lianes avec un sort mais les sirènes en lancèrent d'autres. Déterminées, les créatures aquatiques tiraient de toutes leurs forces. Mais pas autant que Léna qui attrapa les bras des deux garçons et les tira elle aussi de toutes ses forces, en vain. Elle se retrouva le derrière au sol alors que Phil et Nathanaël se mettaient difficilement debout pour rejoindre les sirènes. Ayant abandonné leurs lianes, celles-ci leur tendaient les bras pour les accueillir.

Qu'ils ne croient pas qu'elle allait les laisser avec ces garces ! Malgré la douleur, ses jambes la remirent debout et se mirent à courir vers eux. Arrivée tout proche d'eux, elle se laissa tomber sur les genoux et les gifla pour leur faire reprendre leurs esprits. Mais rien n'y faisait. Ils allaient sombrer dans le lac sans que la jeune femme puisse y faire quelque chose. Elle hurla de rage et de dépit pendant que des larmes se formaient aux coins de ses yeux. Les deux jeunes hommes atteignaient le lac pendant qu'elle les regardait faire impuissante puis ils s'immergeaient doucement dans l'eau. Nathanaël se laissa même embrasser par l'une d'elles.

- « Oh ! Les hommes ! » S'énerva Léna.

Elle réutilisa le même sort que précédemment et les racines prirent de vitesse les sirènes qui relâchèrent leur proie sous le coup de la surprise. La jeune femme les envoya valser plusieurs mètres plus loin en arrière sans se préoccuper de leur état et fit face aux êtres des eaux qui avaient recouvré leur véritable apparence et qui étaient vraiment mais vraiment en colère. Cette fois, ce fut elle qui fut prise pour cible puisque les lianes se lancèrent à sa poursuite et lui attrapèrent ses deux chevilles alors qu'elle avait tenté de fuir. Pour la deuxième fois, elle se retrouva face contre terre et trainée sur le sol rocailleux. En un rien de temps, les sirènes prête à lui faire la peau parvinrent à la faire tomber dans l'eau. Léna sentit des mains lui enserrer le cou tandis qu'une autre lui attrapait les chevilles pour l'emmener au fond du lac dans lequel la jeune femme se noyait petit à petit. Des bulles sortaient de sa bouche alors qu'elle se débattait comme une folle.

- « C'est inutile, petite sotte » Susurra une voix d'une sirène plus du tout mélodieuse.

Au fur et à mesure de leur descente, Léna manquait de plus en plus de force. Elle toussa ce qui aggrava la situation puisque de l'eau entra dans sa gorge. Ses yeux se fermaient petit à petit. Soudain, les créatures levèrent la tête dans un même mouvement et un éclair de couleur rouge toucha l'une d'elle. Léna entendit vaguement quelque chose tomber à côté d'elle ce qui eut pour effet de la libérer des mains des sirènes qui prirent peur et s'éloignèrent aussi vite qu'elles purent non sans pester. D'autres mains lui entourèrent la taille puis la hissèrent vers le haut et la firent sortir de l'eau. La jeune femme sentit le sol sous son dos alors qu'elle reprenait peu à peu conscience et sa respiration par le même temps. Son corps entier la faisait souffrir. La jeune femme rouvrit les yeux et vit le visage de son sauveur qui affichait un air plus qu'en colère. Lorsqu'il se fut assuré qu'elle était saine et sauve, Tom Jedusor se leva et s'éloigna en sortant ainsi de son champ de vision. Elle entendit un grognement.

- « Tu as grand intérêt à te réveiller si tu ne veux pas voir ta vie être écourtée ! Dit-il d'une voix froide. Peux-tu m'expliquer pourquoi je retrouve Léna à moitié morte alors que tu étais censé la protéger ? … »

La remontrance dura un certain temps. Léna avait retrouvé ses esprits et s'était redressée lorsqu'il termina. A moitié groggy, elle releva sa robe pour se faire une idée des dégâts sur sa jambe. Le sang l'empêchait de se rendre compte de l'étendue des plaies alors elle attrapa un désinfectant et des compresses dans sa robe de sorcière. Son tibia s'en tirait avec un hématome et une éraflure. Elle tourna sa jambe puis nettoya les cinq trous où s'étaient plantés les griffes de la créature de l'eau. Sa grimace n'échappa pas à Phil qui s'excusa. Sans le regarder, elle lui répondit que ce n'était rien et continua à se soigner. Alors qu'elle finissait son pansement, des pas se firent entendre à sa gauche et quelqu'un s'accroupit à côté d'elle.

- « Tu as besoin d'aide ? » Demanda Phil dont les yeux exprimait sa culpabilité.

Léna esquissa un petit sourire pour lui signifier qu'elle ne lui en voulait pas.

- « Seulement pour me lever.

- Tu n'utilises pas ta potion qui referme les plaies, demanda la voix de son cousin au loin.

- Je n'en ai plus et de toute façon, les plaies sont trop profondes pour qu'elle soit efficace ».

Elle se tourna vers les deux jeunes hommes.

- « Et vous ? Vous n'êtes pas blessés ? »

L'air coupable de Phil s'intensifia. Il passa une main dans ses cheveux en évitant de croiser son regard.

- « Non, je vais bien.

- Pareil » Dit la voix vexée de Nathanaël.

Léna ne le voyait pas. Elle savait qu'il se trouvait quelques mètres plus loin derrière les buissons grâce à sa voix mais elle n'arrivait pas à le localiser précisément. Elle esquissa un pas dans sa direction.

- « Tu es où ? »

Quelques secondes s'écoulèrent avant que la voix de Nathanaël s'élève un peu plus loin à sa droite. Une touffe de cheveux décoiffés qui dépassait d'un buisson lui indiqua l'endroit exact où il se trouvait. Lorsqu'elle fut à sa hauteur, le jeune homme semblait abattu. Il refusait de croiser son regard et gardait obstinément les yeux fixés sur le sol.

- « J'ai failli. Plus jamais je ne te regarderais dans les yeux ».

Son visage affichait un air de chien battu. On aurait dit un enfant qui boudait. Léna ne put se retenir plus longtemps. Elle éclata de rire ce qui lui valut les regards étonnés des trois autres. Ils la prenaient peut être pour une folle mais cela lui faisait du bien.

- « Tu devrais voir ta tête ! On dirait un gamin ! » fit Léna, hilare.

Elle croisa le regard peiné de son cousin alors qu'elle s'essuyait les yeux.

- « Oooh ! Mais ne te vexe pas enfin ! ».

Nathanaël s'était remis plus rapidement de sa surprise que les autres et ruminait sa colère maintenant. Les joues de Léna étaient rouges tellement elle retenait son souffle pour ne pas éclater de rire une nouvelle fois. Pour changer la donne, elle le serra contre elle et l'embrassa sur la joue.

- « Mais, ne t'inquiète pas ! Je ne t'en veux pas, rit Léna.

- Cen'estpasdrôle » Marmonna son cousin.

Après s'être calmée, la jeune femme libéra Nathanaël qui ne bougea pas. Devant son air encore renfrogné, elle passa sa main dans son dos pour le frotter. Puis, elle tourna la tête vers les deux autres. Trempé de la tête aux pieds, Tom Jedusor observait le lac en leur tournant le dos alors que Phil restait derrière lui en adoptant une attitude craintive. Il avait l'air mal à l'aise. Léna se releva et rejoignit le Lord. Ses yeux scrutèrent la surface calme de l'eau pendant un moment puis elle se tourna vers lui.

- « Où est Andrew ? Demanda-t-elle.

- Je ne sais pas. Il a dû se perdre dans la forêt puisque je ne l'ai pas vu depuis que tu es partie toute seule ».

Encore une fois, elle décida de ne pas répondre à son reproche. La disparition du jeune homme la questionna mais pour le moment ils avaient d'autres chats à fouetter. Il arrivera à retrouver son chemin.

- « Alors maintenant que faisons-nous ?

- Nous ? Non, maintenant c'est à toi de jouer ».

Elle haussa les sourcils.

- « Tu vas devoir te jeter dans l'arène pour pouvoir récupérer le coffret. La seule manière est que tu deviennes l'une des leurs ».