Hello ! Merci encore pour vos review ! Un grand merci aux anonymes aussi x3

Peneloo, merci infiniment !


Where you gonna run ?


Je me redresse. À mes côté, Victor dort paisiblement. Égaré, j'observe sa poitrine se soulever subtilement au gré de son souffle lent et léger. Il fait encore nuit et mon portable ne cesse de vibrer. Il sait que je ne dors pas. Le plus silencieusement possible, je quitte ma couche, veillant à ne pas toucher mon colocataire endormi. Une fois hors des couvertures, je laisse ma main glisser dans les cheveux du garçon assoupi avant de m'emparer du téléphone. « Rentre, s'il te plaît.-MH » « Maman est très attristée par ton départ, tu veux bien rentrer ? -MH » « Sherlock..-MH » Et ainsi de suite. Les sms ne cessent d'affluer, quémandant une attention qu'ils n'auront pas. Mes yeux se portent sur le ciel à la fenêtre. Je dois bouger. Mon cerveau, je ne peux plus le retenir. J'ai besoin d'apprendre encore et toujours plus. Un soupir franchit mes lèvres comme je vais m'attabler afin de me préparer quelques lignes de bonheur. Mon nez est en feu. Je me sens si bien.

Mon regard s'humidifie pourtant avec grossièreté, rentrant en contradiction avec ce bonheur factice. Parce que la joie ne m'appartient pas. Car au fond, il n'y a rien. Une dépendance, un mal lancinant et le silence. Le matin me trouvera ainsi attablé. Attendant un je ne sais quoi qui ne viendra pas.

_Coucou Sherlock ! Déjà réveillé ? Salut joyeusement Victor, se frottant les yeux.

Jamais endormi.

_Bonjour, répondis-je pauvrement.

_Tu veux une tasse de thé ? Sourit-il.

_Oui.

_D'accord !

J'observe le garçon comme il s'agite. Faisant chauffer l'eau, préparant des tartines.

_Tu devrais aller prendre ta douche maintenant. Sinon tu vas être en retard, il est déjà sept heures et demi ! Indique le brun, réajustant son seul vêtement, un boxer gris.

Je ne dis rien mais me lève avec des gestes empruntés. Les douches ne me débectent plus. Elles m'indiffèrent totalement. Cela signifie probablement que j'ai progressé. Ou gagné en froideur. Les deux perspectives semblent aussi attrayantes qu'insignifiantes. Une fois vêtu, les dents brossées, bien que mes cheveux soient encore humides, je reviens dans la cuisine, fatigué, les traits tirés.

_Au fait ! John a appelé quand t'étais à la salle de bain. Euh… c'était pour quoi déjà ?

_Je ne peux pas le savoir, Victor. Je t'ai donné un calepin pour ce genre de choses. Est-ce que tu as pris note de son message ?

Le brun affiche un mine désolée en secouant négativement la tête. Je devrais le tuer.

_Tu es un idiot fini, je déclare sombrement.

_Désolé ! Sourit-il.

Je consulte négligemment la montre, sept heures cinquante. Je vais être en retard. Même en ne dormant pas, j'arrive à être à la bourre. C'est incroyable. J'étais tout à mon constat affligeant quand Victor me tend une tasse de thé tiède. La tête ailleurs, j'en bois une unique gorgée.

_J'ai fait des tartines, propose gentiment le garçon.

_Je dois y aller, dis-je, mon sac déjà en main. Essaie de ne pas te faire coffrer par le FBI pendant mon absence.

_Tu veux dire : bonne journée !

Je lève les yeux au ciel pour la forme et claque la porte derrière moi. Le long du chemin, mon portable vibre encore. Les secousses de l'appareil sont presque devenues une habitude. Les badauds se hâtent le long des rues refroidies par la neige et je resserre les pans de mon trench. C'est donc à cela que se résume ma vie ? Faire la même chose que tout le monde, au même moment avec cette inconscience stupide qui relève du citadin lambda. Il faut croire que oui. Avec mécanisme, je plonge ma main dans ma poche à la recherche de mon paquet de Camel noir. Une belle édition spéciale qui est aussi spéciale qu'un paquet ordinaire. J'allais allumer mon bâton de plaisir quand mon nom se fait entendre. Mon corps pivote sur son orbite et je tombe sur John. C'est étrange de le voir après ce qui s'est passé hier.

_Salut, sourit-il, un brin embarrassé. Tu n'as pas reçu mon message ?

_Ne laisse plus de message à Victor, il a la mémoire d'un poisson rouge handicapé.

Le blond rit nerveusement et je sais ce qu'il attend. On a tous besoin d'une confirmation aussi étrange qu'inutile. Semblable à cette attente des nouveaux parents. Tant que leur mioche n'a pas dit « papa » ou « maman », ils restent plongés dans cette douce angoisse, ce sentiment imbécile de n'être parent qu'à moitié. Dès l'instant où le bambin décérébré prononce les mots tant attendus, ils se sentent touchés par la grâce. Il sont « papa » et « maman ». Fort de cette certitude, je me penche sur les lèvres du blond, les embrassant avec douceur. Signifiant ainsi que rien n'a changé depuis hier, la nuit n'a pas effacé mes sentiments à son égard et assurément, toutes les nuits du siècle à venir n'altéreront pas mon amour.

_Que voulais-tu me dire ? Je demande lorsque je me redresse.

Les joues de Watson sont encore roses quand il répond :

_Rien d'intelligent. On y va ?

Je lui emboîte le pas sans un mot. Le vent se lève sèchement, courant sur mon cou découvert, sa morsure dure, violente, électrisant ma peau sensible.

_C'est bientôt Noël ! Relance le blond.

On a déjà eu cette conversation. Les gens font toujours la même chose. Ces erreurs exemplaires que l'humanité s'entête à répéter en écho. Toutes nos paroles ont été dites un jour par une tiers personne, nos actes sont le reflet de ceux d'un autre. Vive l'originalité, vive la vie.

_On devrait faire quelque chose, tu ne penses pas ? Continue le co-capitaine.

_Oui, je le pense, je mens.

Le fait est que je m'en contrefiche. À quoi bon fêter la naissance d'un mensonge sur pattes ? L'histoire a si mal pris que cet imbécile a fini sur une croix, au milieu d'une foule d'idiots.

_Tu t'en fiches hein ?

_Totalement, je confirme.

_Bien. Alors on ne fera rien.

Mes yeux se posent sur Watson. Il n'est pas affecté par mon refus. Sa bonne humeur n'a pas chuté d'un pouce et lorsque son regard revient sur moi, il sourit simplement. Je ne saurais décrire ne serait-ce que vaguement le sentiment qui me secoue à présent. J'aurais pu refuser de fêter son propre anniversaire que cela ne l'aurait pas dérangé. Pourquoi ? Parce qu'il m'aime ? Et donc ? L'amour ne justifie pas tout... Je ne sais pas.

_On va le faire, je déclare.

_Quoi ?

_On va fêter Noël.

Le blond rit, tranquille :

_Tu n'es pas obligé.

_Je sais, je veux le faire.

Le fils Watson acquiesce, étincelant de joie. Oui. L'amour ne justifie pas tout, cependant, il vaut quelques efforts. Je serre brièvement sa main avant de plonger dans le corridor principal. L'agitation des élèves me donnerait presque la nausée. Les boules de neige qui n'ont sérieusement rien à faire à l'intérieur fusent de partout. Je vais en recevoir une en pleine tête. Je reçois toujours ces saloperies en pleine tête.

_Sherlock !

Ce n'est pas le moment. Il est temps d'opérer une stratégie de fuite en plein milieu d'un champ de bataille. Je lance un au revoir fugace au blond comme j'opte pour de grandes foulées entrecoupées de glissades sur le sol humide et plein de boue.

_Sherlock ! Appelle encore Mycroft.

Je manque de me recevoir une boule tachetées de Dieu sait quoi mais continue d'avancer avec fluidité entre les adolescents riant et criant à untel de lancer ceci à celui-là (malchanceux).

_Monsieur Holmes ! Ma classe n'est pas… un ! Un !

_Manque de répartie ? Je siffle.

_À votre place ! Immédiatement ! S'écrie le vieil homme.

_Faut pas vous mettre dans des états pareils, vous allez finir par me claquer entre les bras, je conseille, platement.

_Je ne veux plus vous entendre !

_Eh bien, enlevez votre sonotone, je continue, prenant place avec nonchalance.

_HOLMES !


XXX


POV JOHN

Je manque bien d'éclater de rire à la vue de Sherlock glissant entre les élèves, avec agilité et grâce. Il doit avoir fait du skateboard ou un truc dans le genre parce qu'il maîtrise vraiment bien ses dérapages. Aujourd'hui, on n'a pas cours dans la même classe, c'est dommage mais au moins, je ne le verrai pas rendre la moitié des professeur dépressifs.

_John ?

_Oh Mycroft ! Salut, ça va ?

_Plus au moins. J'ai à vous parler.

Le visage du roux m'a l'air plus pâle qu'à l'accoutumée mais je n'en suis pas certain étant donné que je ne le vois que très rarement.

_J'aurais bien voulu mais là j'ai cours, je déplore, sincèrement.

_Ne vous inquiétez pas de cela. Votre absence ne sera pas reportée par la direction.

_Euh… okay alors, j'accepte, quelque peu surpris.

Peut-être que je ne devrais pas le suivre. Enfin, je ne pense pas qu'il me veuille du mal ou quoi que ce soit. Néanmoins, connaissant Sherlock, je ne dois m'attendre qu'à quelque chose de surprenant venant de son grand-frère. Nous quittons le bâtiment scolaire à pas mesurés, en silence. Je ne m'attendais pas à ce qu'il me fasse la conversation mais disons que cela commence à devenir embarrassant.

_C'est bientôt Noël ! Dis-je pour la deuxième fois de la journée avec la sensation poignante d'être un vieillard qui radote.

_Oui.

D'accord. L'échange (on ne peut même pas l'appeler comme ça, si ?) s'arrête de cette manière. C'est un échec, je suis encore plus embarrassé qu'avant. Nous prenons place dans une BMW noire et je me retrouve seul, face au roux. Le vent ne hurle plus. Dans cette voiture, l'unique bruit perturbant encore mon malaise est ma respiration que j'essaie d'ailleurs de rendre moins bruyante. Facile à dire.

_Vous sortez avec Sherlock, commence Mycroft.

_Euh… quoi ? Je bégaie, espérant du plus profond de mon cœur avoir mal entendu ou au moins loupé un truc.

_Ce n'était pas une question, continue-t-il, imperturbable.

_Oui mais... Humm pourquoi vous me demandez euh, dites ça ?

Voilà que je me mets à le vouvoyer.

_Parce que maintenant que vous êtes proche de lui, vous allez pouvoir vous rendre utile.

Il vient d'insinuer qu'en temps normal je suis inutile ?

_Me rendre utile ? Comment ça ? Et nous ne sortons pas ensemble, enfin… je n'en suis pas sûr.

_Sherlock a quitté la maison familiale, déclare le roux, me donnant l'impression d'avoir ignoré ma remarque. Sans l'assentiment de ma mère et sans le mien.

Je me gratte la nuque, définitivement très gêné. Je veux dire, sur l'échelle de Richter du mal-être j'en suis à : Les femmes et les enfants d'abord !

_Je ne crois pas que ça me concerne… Enfin, je ne pense pas que... Vous savez, c'est un problème de famille, ça se règle en famille, vous ne pensez pas ? Je tente, mes yeux revenant sans relâche sur la poignée de porte.

J'ai envie de prendre mes jambes à mon cou. Le roux suit mon regard et, pris sur le fait, je lui offre un sourire maladroit.

_N'allez pas croire que cela me plaît d'étaler nos problèmes familiaux de la sorte. Sherlock ne me laisse pas le choix, siffle-t-il, froid.

_Oui mais je ne vois pas ce que je peux faire. Il va avoir dix-sept ans en janvier, il est grand et c'est sa vie, il fait ce qu'il veut avec, Dis-je, reprenant un peu d'aplomb.

_Bien évidemment. Toutefois, il fait un peu trop ce qui lui chante avec sa vie. Savez-vous pourquoi il a quitté la maison ?

Là c'est le tournant de la conversation. Le moment où je dois chanter comme Harriet, en me bouchant les oreilles : « Ça ne me regarde paaaas ! Je n'écoute plus rieeeen ! Na na na ! » Mais bien sûr, je ne vais pas le faire. Déjà parce que je ne suis plus un enfant et deuxièmement parce que le roux risquerait de m'assommer sans aucune hésitation.

_Ça ne me regarde pas, Mycroft, j'assène, le plus sèchement possible.

Autant dire que ça n'a pas volé bien haut. Le regard du roux me donne envie d'aller me suicider ou au moins de faire une vaine tentative.

_Bien, déclare finalement celui-ci après des minutes de silence qui m'ont semblé éternelles. Tout ce que je vous demanderai alors, c'est de lui parler. Pour moi, pour ma mère. Il faut qu'il rentre à la maison. Il a besoin de nous. On est sa famille.

_Je… Oui. Je vais lui parler, consentis-je, honnête et réellement déterminé à le faire.

_Merci.

_De rien, c'est normal (enfin, je crois).

Le roux ouvre la portière, me serre la main et me laisse sortir sans autres recommandations. Lorsque la voiture s'éloigne, je m'interroge encore sur la raison pour laquelle Sherlock a quitté sa maison. Ils ont l'air de l'aimer là-bas. Alors, oui, il ne faut pas se fier aux apparences, cependant, Mycroft ne lui veut que du bien, c'est sûr. C'est un bon frère. Un frère qui m'a foutu la trouille de ma vie. J'ai un rire nerveux avant de reprendre le chemin du lycée.


Et voilà ! Un peu mou ce chap mais bon, ça va bouger un peu plus après ! Allé ! merci et laissez moi un petit mot ;)

Bisous

A.