Ce vendredi marque le jour de notre dernier rendez-vous. Je pars en France dans quarante huit heures. Pour l'occasion, Peter, Rémus et Sirius se sont joints à nous aux Trois Balais. L'ambiance est bon enfant bien qu'un groupe d'ivrognes au fond de la pièce semble commencer à agacer la serveuse d'avantage encline aux avances de mon meilleur ami qu'aux déblatérations d'un poivrot sur la politique actuelle.
Lily Evans observe obstinément le dehors. Elle a insisté pour s'installer près de la fenêtre. C'est comme si elle avait toujours besoin de s'évader dans un autre monde que le sien. C'est comme si elle s'imaginait à la place des passants dehors pour pouvoir mieux accepter sa vie, ou du moins, pour pouvoir la supporter. Elle m'apparaît vulnérable, maintenant. Je comprends pourquoi Sirius l'a prise sous son aile. L'idée même de partir en France et de la laisser commence à me déranger.
J'écoute distraitement la conversation des garçons sans pour autant m'en mêler. Lily Evans a réussi à attirer mon attention. Elle a réussi à faire disparaître l'animosité que je ressentais à son égard pour la transformer en réel intérêt. Et si elle pétait un câble, pendant que j'étais parti ? Et si personne ne pouvait la retenir ? Et si elle se mettait dans une sale situation et qu'on était obligé de l'enfermer à Azkaban ?
Elle est trop jeune, pour ça. Elle a vécu des horreurs, et pourtant, lorsqu'elle ne fait pas attention, elle nous laisse encore entrevoir l'insouciance de sa jeunesse sur les traits fins de son visage. Elle ne mérite pas ça. Elle ne mérite pas d'être enfermée quelque part parce que pendant un bref moment, elle a oublié qu'elle ne devait pas se laisser contrôler par la haine qui la ronge.
« Rends moi service, Lily, je commence à voix basse pour ne pas perturber la discussion des garçons.
_ Hmm ? »
Son visage se tourne lentement vers moi et elle m'interroge du regard. Ses grands yeux verts paraissent si innocents à la lumière tamisée de l'endroit que j'ai du mal à croire que c'est elle qui a séduit et tué un mangemort dans les toilettes d'un bar le jour de notre rencontre.
« Ne t'attire pas d'ennui quand je serai parti. »
L'ombre d'un sourire passe sur son visage, et elle hoche laconiquement la tête, m'autorisant ensuite à focaliser toute mon attention sur mes amis, trinquant bruyamment avec eux. A mon départ. C'est ce moment là que choisi Sirius pour sortir une petite caisse en osier de sous la table et pour la poser devant Lily.
Elle l'observe en fronçant les sourcils, alors qu'il l'encourage du regard, et je me surprends à sourire en la voyant ouvrir la caisse et pousser une exclamation de joie. Une joie profonde. Comme un enfant qui découvre ses cadeaux au pied du sapin le jour de Noël. Ce soir, je suis heureux qu'elle soit heureuse, et je me reconnais à peine.
Elle remercie Sirius qui me lance un regard perçant, comme s'il attendait que je dise à Lily que c'était moi qui avait fait tout le travail. Ce n'est pas le cas. C'est lui qui m'a dit que son chat lui manquait. J'ai juste essayé de le retrouver. J'y suis parvenu par un heureux hasard, mais je n'ai jamais eu envie de lui dire que ce cadeau venait de moi, c'est pour cette raison que j'ai demandé à Sirius de le lui offrir.
Cela aurait été trop bizarre. Je ne sais même pas pourquoi j'ai fait ça. Nous nous sommes vus tous les soirs de la semaine, et je crois que l'idée de partir sans rien lui laisser me semblait déplacée. Ce n'est pas grand chose, c'est juste un chat, et pourtant, un millier de petites lumières s'allument dans ses yeux alors qu'elle serre la boule de poil grise contre elle.
« Je ne peux pas croire que tu sois allé le chercher ! S'exclame t-elle à l'adresse de Sirius.
_ Moi non plus... Commente t-il en me jetant un nouveau coup d'oeil.
_ Je suis désolée mon Shakespeare, tu vas devoir rester dans ta boîte pour le moment, murmure t-elle à son chat avant de le remettre dans la caisse. »
J'ai l'impression qu'elle n'est pas la même personne que celle que j'ai rencontré il y a quelques semaines de cela. Je la vois sous un tout nouveau jour. D'abord, il y a eu Honoré. Elle s'en est occupée comme si cet enfant était le sien. C'était déstabilisant. Rémus me la fait remarquer. Elle connaissait tous les gestes à faire, tous les mots à prononcer... Elle était aimante et attentionnée. Elle n'avait aucun point commun avec la Lily pleine de froideur qui se tient en face de nous la plupart du temps. Et puis il y a eu nos rendez-vous, et maintenant Shakespeare.
Il y a toujours cette demie heure. Ces longues trente minutes pendant lesquelles Lily n'est que l'ombre d'elle-même, un fantôme méprisable et austère. Ce sont les premières minutes que l'on passe avec elle, celles pendant lesquelles elle n'a pas encore baissé sa garde. Elle est imperturbable, à ce moment là. Il est impossible de lire quoi que ce soit sur son visage, et il y a plus.
C'est comme si tous ses gestes étaient étudiés, comme si le moindre froncement de sourcil, le moindre clignement d'oeil, le moindre mot qui sortaient de sa bouche avait été longuement pensé. C'est la raison pour laquelle je l'ai toujours considéré comme un robot. En apparence, elle fait en sorte que tout soit parfait, alors qu'à l'intérieur, nous savons tous que c'est un vrai bordel.
Lily attache toujours impeccablement ses cheveux en une queue de cheval de laquelle ne dépasse aucune mèche. Elle ne se maquille pas, mais ses lèvres ont cette teinte rosée naturelle qui rendent ses sourires éblouissants. Dans sa garde robe, on ne trouve que le nécessaire. Deux ou trois jeans et quelques t-shirts de couleur sombre. Des vêtements sur lesquels le sang ne se remarque pas. Tout était réfléchi dès le départ, et c'est ce qui la rend si terrifiante.
Elle a une démarche conquérante, pendant ces trente minutes. Elle est confiante, sûre d'elle, imperturbable. C'est comme si rien ne pouvait la faire dévier du plan qu'elle s'était formée dans sa tête. Elle est déterminée, et ça se lit dans son regard vert flamboyant. Elle rugit silencieusement, croyant que personne ne peut l'entendre, mais je suis là, et j'ai l'ouïe fine.
Lorsque ces trente minutes sont écoulées et que l'objectif de Lily a un peu dévié de son esprit, on la rencontre pour la première fois. En admettant qu'elle nous apprécie, car sinon, elle reste sur ses gardes. Quand elle lâche prise, sans s'en rendre compte, elle nous laisse entrevoir autre chose. De temps en temps, un sourire qui n'est pas étudié filtre. Quand on a de la chance, son rire nous parvient aux oreilles. De temps à autres, elle nous regarde avec ses grands yeux d'animal blessé qu'on a envie de soigner. A ce moment là, on se rend compte que Lily est vulnérable. A ce moment là, on l'apprécie.
Et à ce moment là, on apprend qu'on part en voyage dans deux jours et que l'on ne pourra pas venir en aide à l'animal blessé. Je ne reviendrai pas sur ma décision. J'irai en France, coûte que coûte, mais j'espère secrètement que Sirius s'occupera bien de Lily. Elle a besoin de quelqu'un pour lui rappeler qu'elle est humaine. Je sais qu'elle l'a oublié, je sais qu'elle a encore ce désir profond de tuer, en elle, je sais qu'elle est toujours aussi dangereuse que lorsque nous l'avons rencontré. Pourtant, maintenant, je sais aussi que rien n'est naturel dans cette rage.
« Tu ne vas pas t'amuser ? Me demande t-elle alors que Sirius, Rémus et Peter ont remarqué une table de plusieurs jeunes femmes fêtant un enterrement de vie de jeune fille à l'entrée du bar.
_ Je suis bien là.
_ Ne te force pas, vas-y. Je sais que ça fait longtemps que tu n'as pas ramené de fille chez toi, pointe t-elle avec un petit sourire moqueur. »
Je manque de m'étouffer avec mon whisky-pur-feu et je la regarde, abasourdi de l'entendre me taquiner sur ma vie privée.
« Et toi, ça fait combien de temps au juste que tu n'as pas ramené un garçon chez toi ? Je lui renvoie au visage, à peine conscient de l'insensibilité dont je fais preuve à ce moment précis. »
Je ne réfléchis pas toujours avant de parler, et j'en ai encore la preuve quand elle me fixe avec une profonde détresse. Son copain est mort. Son copain est mort. Quel abruti. Pourquoi j'ai dit ça ? Je m'apprête à m'excuser lorsqu'elle éclate soudainement de rire sans que je ne comprenne pourquoi. Interloqué, je la fixe alors qu'elle ne semble pas réussir à stopper cette hilarité qui l'a prise sans prévenir.
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
_ Rien. Rien. C'est juste que... Tu ne peux pas comprendre, me répond-elle entre deux rires. »
Cette déclaration me vexe un peu, mais je sais que même si j'insistais, elle ne m'expliquerait rien parce que Lily est comme ça. Elle est secrète, et j'ai compris que je devais juste l'accepter. Je ne percerai jamais entièrement le mystère, même si ça me contrarie.
« Ça fait certainement plus longtemps que toi, en tout cas, reprend-elle en avalant une gorgée de bière-au-beurre.
_ Comment tu peux affirmer une chose pareille ? Tu ne sais pas quand j'ai...
_ Il y a deux semaines très exactement, me coupe t-elle, toujours le même sourire taquin figé sur sa bouche. »
Je déglutis et cherche un instant dans ma mémoire, comptant les jours dans ma tête, réfléchissant silencieusement jusqu'à remonter à cette fameuse dernière nuit où j'ai ramené une certaine Patty... Betty... Ou Mandy dans mon appartement. Merlin. Elle a raison. Deux semaines.
« Deux semaines... Ça ne fait pas très longtemps ! Je lui signale sans rentrer dans son jeu.
_ Pour moi, non. Pour toi, si.
_ C'est presque blessant, Lily. »
Elle lâche un rire. Il n'est pas contrôlé. C'est rafraîchissant. Je ne peux pas faire autrement que de lui sourire, moi aussi. Il y a quelques temps, sa présence m'incommodait, et maintenant j'ai peine à me souvenir que mes amis sont avec nous, quelque part dans ce bar.
« Ça va te paraître un peu intrusif mais... Ça ne te manque pas ?
_ Quoi ? Le sexe ? M'interroge t-elle en sirotant sa bière-au-beurre, levant ses yeux candides sur moi.
_ Oui. Enfin, non. Tout. Avoir quelqu'un. Je veux dire, ça avait l'air sérieux avec ton petit-ami, et... Ça fait un moment que... »
Je m'interromps, songeant qu'encore une fois, je vais mettre les pieds dans le plat, mais Lily a l'indulgence de me faire comprendre par un sourire qu'elle a saisi ce que je veux dire.
« Il me manque tous les jours. Il n'y a pas une minute qui passe pendant laquelle je ne pense pas à lui. Je n'ai jamais songé refaire ma vie avec qui que ce soit. Le simple fait de devoir te l'expliquer me donne la nausée. Je pensais que c'était évident. Notre relation méprisait la platitude. Je ne retrouverai cela avec personne. »
Cette fois, elle ne me regarde plus. Elle se contente de faire tourner sa bière-au-beurre au fond de sa choppe, et je ne comprends pas comment elle peut penser comme elle le fait, comment elle peut aimer comme elle le fait. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi passionné.
« Lily... Tu es jeune. Tu as des certitudes, mais tu ne devrais pas t'interdire quoi que ce soit.
_ Je ne m'interdis rien. Je ne suis intéressée par personne d'autre que par lui, c'est tout, me répond-elle machinalement.
_ Mais il n'est plus là.
_ Ça ne rend pas mes propos moins vrais. »
Je m'apprête à rebondir une nouvelle fois lorsqu'une violente détonation nous interrompt, brisant toutes les fenêtres du pub une par une pendant qu'un vent de chaleur s'y engouffre. Je n'entends plus rien à part un sifflement long, aigu, et persistant. Je ne sais pas combien de temps je mets à relever la tête que j'avais instinctivement protégé de mes bras, mais je sais que j'en mets d'avantage à regagner l'ouïe que la vue.
Autour de moi, des gens sont allongés par terre. Certains rampent vers je-ne-sais-où, et ils n'ont pas l'air de le savoir non plus, pendant que d'autres se contentent de poser la main sur les différentes plaies que l'explosion leur a causée. Je cherche les garçons du regard, je ne distingue que Rémus et Sirius, à quelques mètres de là.
Sirius est allongé, comme s'il avait été assommé. Rémus, lui, est debout, et il a l'air tout aussi sonné que moi. Il balaye la pièce du regard, l'air abattu. C'est là que l'ouïe me revient. J'entends des gens hurler et pleurer, des enfants appeler leurs parents, et puis j'entends des rires et des verres valser comme si l'on donnait des coups de pieds dedans.
Une partie de la charpente du bar s'est effondrée, causant un véritable désordre et un immense nuage de poussière. Je parviens à voir au travers, mais je ne distingue pas la silhouette féminine de Lily. Elle a disparu. Je me lève pour la chercher, et soudain, je suis clouée à la banquette. Un sort de pétrification vient de m'atteindre par la fenêtre brisée.
Peu après, un mangemort rentre dans le pub. A chaque fois qu'il pose le pied par terre, le parquet craque sinistrement. Le frottement de sa cape sur le sol m'indique sa position même si je ne suis pas capable de tourner la tête. J'ai envie de prévenir Rémus qu'il s'approche de lui, mais je ne peux pas parler.
« Diffindo ! »
La voix du mangemort retentit plusieurs fois dans le bar suivit de cri plus perçants les uns que les autres. Je vois du sang glisser lentement sur le parquet près de moi, mais je n'ai pas le temps de m'inquiéter pour qui que ce soit d'autre que pour Rémus qui est maintenant dans mon champ de vision, sans baguette.
« Hé ! Many ! Viens voir ça ! Il y en a un qui n'a rien ! S'exclame le mangemort. »
Presque aussitôt, un deuxième homme capuchonné entre dans le pub. Ils sont tous les deux à quelques mètres de Rémus qui observe la pièce désespérément à la recherche de n'importe quel ustensile qui pourrait lui venir en aide.
« Et si on s'amusait un peu avec lui, Many ? Reprend le mangemort.
_ Le seigneur des Ténèbres nous a juste demandé de faire éclater l'endroit, Lukas, répond placidement l'autre.
_ Il ne sera pas fâché d'apprendre qu'on a torturé quelques uns de ces sangs-mêlés ! »
L'autre mangemort ne répond pas, mais je l'entends s'avancer. Ils entrent tous les deux dans mon champ de vision et j'en vois un des deux lever sa baguette vers Rémus qui ne peut rien faire pour se défendre. Il essaie de les dissuader, mais la poussière l'empêcher de parler correctement, il ne fait que tousser.
Soudain, je me rends compte que Lily est allongée aux pieds des mangemorts, couverte de sang, et j'ai l'impression de recevoir un violent coup dans le thorax. Je ne pensais pas. Je ne pensais pas que ça me ferait cet effet là de voir son corps gisant misérablement dans la poussière et ses vêtements sombres que je devine imbibés de substance pourpre collant à sa peau. Je croyais qu'elle était invincible.
Ça m'est rarement arrivé, mais je crois que je suis en état de choc. Je suis malade de ne pas pouvoir bouger, de ne pas pouvoir me ruer sur elle pour l'aider, pour empêcher son sang de couler, pour vérifier qu'il n'est pas trop tard. Je ne sais même pas comment elle est arrivée là. Est-ce l'explosion qui l'a propulsée ? A peine cinq minutes plus tôt, nous étions en train de plaisanter tous les deux, nous étions en train de passer un bon moment ensemble, j'étais en train de découvrir un peu plus la Lily vulnérable, celle qui n'a rien à voir avec la Lily glaciale.
Maintenant, elle est allongée sur le ventre, vaincue sans même avoir combattu, les mains recouvertes de minuscules blessures probablement causées par l'explosion de la fenêtre, et le visage fermé, éteint, comme lors des trente premières minutes, comme lorsque la haine est tout ce qui la guide.
Les mangemorts sont toujours en train de menacer Rémus, mais j'écoute à peine ce qu'ils disent. Je ne comprends pas pourquoi mon ami ne bouge pas, pourquoi il n'essaie pas de s'échapper. Je sais que Rémus n'est pas un lâche, qu'il ne nous laisserait pas seuls ici, mais il pourrait tenter de sortir du bar pour aller prévenir l'Ordre. Il pourrait, et pourtant, il reste immobile. Je ne comprends pas.
Puis je suis son regard qui me mène directement à la main droite de Lily. Je remarque que son poing est serré sur un gros morceau de verre. Ses cils bougent imperceptiblement, et je me rends compte qu'elle est consciente. Ce n'est que quand le mangemort entame un pas en direction de Rémus que je comprends ce qu'il va lui arriver s'il ne s'enfuit pas immédiatement.
« Endolo... Aaah ! »
Le cri de douleur du mangemort interrompu dans son sortilège distrait son acolyte qui se tourne vers lui. Il a à peine le temps d'apercevoir le morceau de verre que Lily a planté dans jambe de son collègue que Rémus se rue sur lui pour le maîtriser avant qu'il ne puisse reprendre ses esprits.
Je n'en crois pas mes yeux. Lily se dresse devant moi, aussi inexpressive que si elle lisait la gazette du sorcier, tenant du bout de ses doigts ensanglantés ce morceau de verre qu'elle vient de retirer de la jambe du dénommé Lukas qui lui hurle des insultes qui ne lui font ni chaud ni froid. Je crois même apercevoir un demi-sourire sur son visage quand il se penche sur sa jambe et essaye d'arrêter l'hémorragie. Je ne sais pas où elle a visé, mais je sais qu'elle avait une idée précise de l'endroit où il fallait planter le verre pour que le sang se déverse autant. Lily Evans ne fait jamais les choses sans réfléchir.
« Tu vas me le payer sale petite garce ! S'exclame le mangemort en brandissant sa baguette vers elle. »
Elle tâte sa poche à la recherche de la sienne, et je lis pendant une fraction de seconde de la détresse sur son visage quand elle ne la trouve pas. Cependant, elle se rue sur le mangemort sans lui donner l'occasion de se réjouir, et je ne suis pas étonné quand je la vois prendre le dessus sur lui. C'est elle. C'est celle que j'ai rencontré la première fois, c'est le robot qui ne connaît pas la défaite, le robot qui encaisse les coups sans donner l'impression d'avoir mal et qui essuie le sang qui perle au coin de ses lèvres sans la moindre inquiétude. C'est la Lily que je redoute.
« Finite ! Lance Rémus dans ma direction après avoir subtilisé la baguette de Many. »
Je peux enfin bouger. Je me saisis de ma baguette pour envoyer des étincelles dans le ciel mais je constate que la brigade d'aurors arrive déjà. J'ai juste le temps de me retourner pour voir Lily brandir le morceau de verre au dessus du mangemort allongé face contre terre, les deux bras bloqués dans le dos par la jeune femme qui les lui écrase avec son genou.
« Non ! Lily, non ! Je m'écrie en m'avançant rapidement vers elle. »
Ses mains se figent en l'air, mais elle ne lâche pas son arme. Je sais que je pourrais lui faciliter les choses en sortant ma baguette et en l'immobilisant mais je ne veux pas. Je veux qu'elle fasse le bon choix d'elle-même, je veux m'assurer qu'elle a changé même si elle ne l'a pas remarqué.
Soudain, elle abaisse rapidement ses mains et j'inspire sous le coup de la surprise sans avoir le temps de faire un seul geste pour l'empêcher de planter le morceau de verre dans le mangemort, mais ce n'est pas la tête de notre ennemi qu'elle vise, c'est le parquet, juste à côté de son visage.
« C'est ton jour de chance, lui confie-t-elle avant de se relever. »
Elle me jette un regard glacial, comme si je venais de la priver de quelque chose d'important que je ne comprenais pas, et elle passe à côté de moi sans un mot, enjambant sans les voir les corps des femmes qui, un peu plus tôt, fêtaient encore un enterrement de vie de jeunes filles.
