L'homme et la bête
Bonjour/Bonsoir !
Comme d'habitude, désolée pour le temps de post, vous connaissez la chanson ! Mesd examens approchent, malheureusement, donc la situation ne va pas se décanter tout de suite. Mais je fais toujours de mon mieux pour écrire quand j'ai besoin de me détendre.
Bref, merci pour les survivants qui tiennent bon et qui s'accrochent à cette fic, vous avez du mérite, ainsi que tout mon respect ! X)
Place aux reviews :
Mimichan :
Le buffalo espagnol, huuuuum ! Utskushi ! Tu m'aurais vu sur Google trad, à tenter tous les animaux badass pour choper un nom correct en espagnol pour ce putain de virus ! XD C'était ridicule ! Le drama arrive, ne t'en fais pas. J'y met du mien pour te faire payer mes nerfs brisés (ne fais pas l'innocente, tu sais de quoi je parle !) Bref, merci pour le commentaire, je t'aime ! o3o
DjoDjoCute :
Ah bah avec papa Francis qui veille au grain, c'est le moins qu'on puisse dire ! Les jumeaux et Antonio sont sauvés ! Après, le souci, c'est que c'est Francis qui morfle pour eux (psychologiquement, je l'ai connu sous des jours meilleurs U.U) Merci de ton empathie envers les persos, c'est trop choupinou ! Et merci aussi pour la review, qui m'a fait très plaisir, comme tu t'en doutes ! Kiss, princesse !
Asahi :
Je fais du cliché si je veux, d'abord ! Puis te voir dans tous tes état est absolument délicieux… huuum ! Mais ne t'inquiète pas (lolilol), un jour, ça finira bien par se décanter ! Bon, on l'attend beaucoup, ce fameux jour mais bref ! Alors oui, la mission de Francis n'a fait face à aucun imprévu parce que j'ai jugé qu'il en avait assez bouffé dans la gueule (et il avait si bien préparé son coup que je pouvais au moins lui offrir ça), mais c'est pas fini ! Merci pour le commentaire en tout cas, et désolée de te faire rager ans ton coin (gne te kiss fort !)
Yumeshiro :
Houuuuu, je suis toute gênée, c'est vraiment adorable ce que tu m'as écrit ! Je suis très fière que ça plaise autant, c'est un vrai plaisir pour moi ! Et tu as bien compris ce que j'essaye de faire dans mes fics, enfin… grosso modo mes lignes de conduite, et c'est vraiment inestimable pour moi. Surtout que je ne suis jamais complètement sûre de parvenir à faire passer le message que je veux, à bien retranscrire telle ou telle émotion… Donc merci mille fois ! Et oui, je peux te rassurer, mon affection des fins heureuses affecte aussi celle-là, même si j'y vais un peu fort et que ce n'est pas fini U.U Je t'embrasse fort !
Voilà !
Je remercie également tous ceux qui lisent sans commenter. Si vous êtes encore là au chapitre 21, c'est que je suppose que vous avez trouvé chaussure à votre pied, et c'est tant mieux !
Bonne lecture !
Chapitre XXI :
Après avoir discrètement mis Francis à la porte le matin même, Amélia s'était ruée dans la salle de bain afin de faire sa toilette habituelle, un peu en retard sur ce qu'elle avait prévue de faire de sa journée. Ce serait terrible qu'Arthur rentre pour se retrouver face à un ami dans le pieu de sa femme. Bon, à bien y réfléchir, Amélia était convaincu que ça ne le dérangerait pas, puisqu'ils n'étaient pas sentimentalement mariés. C'était plus pour Francis qu'elle s'inquiétait, car il avait l'air d'estimer profondément le jeune Kirkland. Ce serait horrible de créer une situation gênante du type 'ciel ! mon mari !' comme on en trouverait dans les opérettes d'une certaine époque.
Bref, monsieur l'amant avait accompli sa tâche, serait gracieusement payé pour cela et voilà ! Une bonne journée qui commençait !
L'Américaine termina sa toilette en enfilant un tailleur, mit un peu d'ordre dans sa réserve secrète de bande-dessinées – même Arthur ignorait qu'il y avait une trappe sous le lit – et quitta sa suite, sac en main, pour se diriger vers l'entrée. Elle était extrêmement en retard sur son programme, ce qui pourrait avoir de terribles conséquences sachant quel jour on était. Ce ne serait pas très chic d'être encore à la maison quand…
Ding dong !
« Bullshit ! »
Elle était si à la bourre que ça ? Mais quelle idée de comater au lit avec son amant et de ranger sa collection de Marvel le seul jour où elle s'était promis de bouger son cul ?!
Kiku ajusta son costume avant de se diriger vers la porte d'entrée, suivit de près par Amélia qui ne pouvait de toute façon pas fuir. Trop tard, mademoiselle, subissez.
Et Arthur qui n'est toujours pas là… Il va s'en prendre une, lui !
Elle bouda discrètement avant de reprendre maitrise de son visage. A cet instant la porte s'ouvrit sur quelques regards étonnés. En tête de groupe, la mère d'Arthur, grande, puissante, belle, impérieuse, suivit de son mari, plus élancé et moins expressif, suivi par une fratrie silencieuse. La belle-famille, venue comme prévu et comme d'habitude à la bonne heure et le bon jour pour un conseil de famille. S'étant toujours trouvée de trop et illégitime, Amélia préférait généralement filer au cinéma pendant ce temps-là, histoire de profiter du dernier Batman sorti. Elle se sentait prise au dépourvu, cela faisait longtemps qu'elle ne les avait pas vu, d'autant que sa belle-mère fut encore plus étonnée qu'elle.
« Amélia, mon enfant, cela faisait des lustres que je ne t'ai pas vue !
_ En effet, madame. Je suis heureuse de vous retrouver plus belle que jamais.
_ Oh, pas de ça entre nous, je sais bien que je vieillis ! »
Les frères Kirkland levèrent les yeux au ciel alors que le père esquissa un sourire railleur.
« Tu t'en vas ? interrogea Allistor en s'allumant un cigare.
_ Oui, je voulais vous laisser en famille avec Arthur, mais je me suis réveillée en retard.
_ Mais tu fais partie de la famille, trancha la mère. Arrête d'en douter ».
L'Américaine rougit en se balançant d'un pied à l'autre, les mains dans le dos comme un enfant pris sur le fait, ce qui eut l'air de beaucoup amuser l'aîné de la fratrie.
« Reste donc avec nous, je sens qu'on va se marrer.
_ Gaffe à ton langage, prévint Carwin. On n'est pas là pour jouer.
_ Oh, pitié… sors-moi ce balai que tu t'es fourré dans le cul…
_ Et toi, arrête de fumer.
_ Et toi, pense à…
_ Le prochain qui l'ouvre, il se mange mon poing ».
Madame Kirkland, claire, sèche, concise. On l'aime.
« Je suis un peu embarrassée, avoua Amélia. Arthur n'est pas encore rentré du travail, il a encore dû s'endormir sur son bureau ».
Et Francis en aurait fait de même si je ne l'avais pas imploré de venir me rassurer hier soir…
L'entreprise de Braginsky carburait à toute allure, ces derniers temps. Depuis la déchéance de la Nordic's, les contrats se multipliaient, doublant la charge de travail de tous les employés.
« Eh bien, nous te garderons en otage jusqu'à son retour, ironisa le père. Peut-être que ça le motivera à se dépêcher ».
En effet, que ne ferait pas Arthur pour sa petite protégée ? Le père connaissait les bonnes stratégies à appliquer dans ce couple atypique. Et encore, s'ils savaient que ce mariage était un faux et que les amants s'étaient succédés au milieu de leur duo, ils en feraient de l'urticaire. Amélia avait regardé absolument partout, aimant sans jamais s'attacher, tandis qu'Arthur… oh, elle n'en savait rien en fait, mais elle mettrait sa main à couper qu'il s'était trouvé quelqu'un. Sans doute au travail puisque c'était le seul lieu communautaire où il allait. Leurs parents seraient fous. Surtout la mère d'Amélia, sacro-sainte folle parmi les folles.
Elle invita la famille à entrer, les jumeaux en têtes et Carwyn en dernier, qui regardait le jardin avec curiosité, et les installa dans le salon. Kiku désapprouva silencieusement qu'elle ne le laisse pas faire son travail mais, après tout, c'était la maîtresse de maison.
Allistor reçu quelques critiques comme quoi fumer ses odorants cigares en intérieur ne se faisait pas mais Amélia prit sa défense pendant qu'elle écrivait un SMS d'appel à l'aide à son époux. Le message ressemblait plus à un 'bouge-toi, j'ai peur de lâcher un truc malgré moi' qu'à un 'chéri, belle-maman est là avec tes adorables frères, rejoins-moi vite~'.
Pour éviter d'avoir à parler d'elle et de donner un indice sur la situation où elle se trouvait, la discussion partit sur Carwyn, fierté de la famille depuis qu'il avait obtenu son doctorat en psychiatrie avec un cursus complémentaire – que personne ne comprenait tout en sachant que c'était prestigieux. A chaque fois qu'il avait fallu changer de sujet, Amélia avait utilisé les études de son beau-frère comme pirouette de rattrapage. Et la belle-mère était si heureuse qu'on mette en avant sa progéniture qu'elle sautait sur l'occasion. Et là, c'était gagné.
Carwyn n'aimait pas vraiment parler de son métier avec sa mère mais, comme à chaque fois, il fit l'effort de lui répondre. Le problème ce jour-là, c'était qu'il n'y avait rien de vraiment neuf de son côté, pas assez pour nourrir une conversation le temps qu'Arthur n'arrive et ne se fasse exploser en deux pour sa fugue de la dernière fois. Et ce fut Allistor qui eut le sadisme de lancer un regard railleur à sa belle-sœur en lui demandant comment ça se passait avec son fou furieux de mari. Oh la question piège pour elle… Innocente s'ils eurent été dans une famille normale.
Elle s'embarrassa en perdant ses moyens avant de marmonner qu'elle le voyait peu à cause de leur travail respectif. Vu le sourire de certains, ils durent croire que les rares fois où ils se voyaient, c'était pour s'activer dans le creux d'un lit. Pourvu qu'ils ne conjecturent pas sur une éventuelle grossesse, Amélia n'avait pas envie de justifier la stérilité de son mariage.
« C'est tout de même triste pour un couple de se voir si peu, s'attrista la mère. J'en toucherai deux mots à Arthur, ça ne peut pas durer ! »
Hell no !
« Très mauvaise idée, si je puis me permettre, se permit Amélia. Je ne voudrais pas tomber comme un cheveu sur la soupe dans une situation aussi stressante pour lui. De toute façon, je ne suis pas malheureuse dans ma situation, d'autant que j'ai déjà mes problèmes à régler… »
Carwyn la contemplait silencieusement, le regard intense et mystérieux. Edwyn, qui tapotait un SMS, replongea dans la conversation et esquiva un sourire entendu avec Allistor. Ohoh… ces deux-là mijotaient quelque chose.
« C'est parfait que tu en parles, on ne savait pas comment engager la conversation ! »
Problème en vue. Amélia devait activer son mode 'superhéros' pour venir à bout des attaques ennemies. Elle bomba le torse, sentant le fantôme d'une cape lui couler dans le dos. Lady-America vaincra !
« Qu'est-ce que vous avez préparé… ?
_ Regarde ce qu'on a dégoté la semaine dernière, minauda l'aîné en sortant un journal plié de sa poche intérieure ».
Le gros titre parlait d'un actuel débat politique concernant la place de l'enfant au sein d'un couple divorcé.
L'alarme interne d'Amélia résonnait. Ils savaient ? Non, impossible. Alors quoi ? Quel rapport avec elle ?
« C'est grâce à toi que le débat a été remis sur le tapis, éclaira Edwyn. Ton plaidoyer contre l'injustice a été entendu.
_ Quoi ? M-mais… mais c'était juste pour un magazine féminin, se justifia-t-elle. Comment cela a-t-il pu toucher la classe politique ?
_ Bouche-à-oreille, je suppose. L'un des plus beau mannequin du siècle qui critique intelligemment et ouvertement une faille du système juridique, crois-moi, c'est de la bonne matière à débat. C'est même étonnant que tu n'en ais rien su.
_ Je n'ai pas regardé la télévision ces dernières semaines… »
… puisque je passe mes nuits soit à lire mes BD, soit à rédiger des articles de modes, soit à coucher avec Francis.
Ne rien laisser transparaitre.
« Par contre, je me demande d'où te viens cet engagement, poursuivit Edwyn. Ça va si mal que ça avec Arthur ? Vous avez un gosse caché ? »
Nom de… !
« Mais non ! Qu'est-ce que tu imagines, espèce d'affabulateur commèreux !
_ Ce mot n'existe p…
_ Don't care !
_ Ne mors pas, ma douce, on rigolait ! »
C'était un problème chez Amélia, cette tendance à tout prendre trop à cœur. Des fois, sa propre énergie la fatiguait, et c'était à cause d'elle qu'elle se trahissait. Bien sûr, inutile de préciser à quel point sa belle-famille s'amusait de ça. Le duo Edwyn-Allistor étant particulièrement effrayant lorsqu'il activait son mode 'puputerie'. Quoi que Carwyn pouvait être le plus dangereux par son silence pesant. Pourvu qu'il ne soit pas en train de la psychanalyser !
Comme une libération, Arthur apparut en sortant vraisemblablement du garage, essoufflé. Amélia se retint de chanter un alléluia. S'il y en avait bien un ici capable de manipuler tout le monde sans scrupule, c'était lui. Arthur avait une facette effrayante dans ce côté distant qu'il entretenait avec tout le monde, même les membres de sa famille. Amélia se sentait à part puisqu'elle partageait un mensonge avec lui, mais elle savait pourtant qu'il la maintenait elle aussi à l'écart de certains de ses secrets. Personne au monde n'était proche de lui, elle en était certaine.
Si elle savait.
Sa mère étant la première redressée, il se hâta de l'enlacer. A l'oreille, elle le défendit de s'en aller à l'arrache comme la dernière fois sous peine de voler sur au moins trois mètres (selon la légende, la gifle kirklandienne pouvait dévisser des nuques, mieux valait ne jamais le vérifier), et puisqu'il n'était pas fou, il lui promit de ne pas refaire le coup.
Sa sœur lui fit la bise puis l'enlaça fraternellement en lui frottant le dos, Carwyn lui offrit une double poignée de main et un tapotement sur l'épaule, son père l'étouffa dans ses bras et Allistor lui fit un check avec un sourire de sale gosse. Puis, cela fait, l'arrivant contourna le canapé en ôtant son manteau et bascula en avant pour planter un petit baiser affectueux à la base du cou de sa compagne, juste dans le prolongement parfait de la colonne vertébrale. Elle se laissa faire en souriant légèrement mais eut un doute sur la situation quand elle continua de sentir le souffle de son mari contre sa peau… qui s'attardait.
Qu'attendait-il pour se redresser, ranger ses affaires et revenir s'asseoir ?
Arthur cligna des yeux et reprit un petit sourire détendu, disparaissant bien vite au détour du couloir, sous un regard intrigué collectif. Il revint peu après, une étoffe à la main, qu'il enroula tendrement sous le visage étonné de sa femme.
« Tu avais la chair de poule, justifia-t-il ».
Mensonge, déduisit l'Américaine qui connaissait bien leur code secret. Ce regard vert lui faisaient passer un message implicite : 'ne retire surtout pas l'écharpe'. Pourquoi ? Qu'y avait-il ?
Ne me dites pas que…
Francis lui aurait-il fait une marque ? Ce n'était pas impossible, après tout. Bien que particulièrement prudent, sous les coups de l'orgasme, le jeune homme avait pu se laisser aller en camouflant son cri de plaisir par une légère morsure. Et elle n'avait rien sentie à cause de son propre plaisir. Non mais quel duo de bras-cassés ! Et Arthur qui le lui faisait remarquer ! Bon sang, n'était-ce pas embarrassant ? Au moins, elle eut désormais la certitude qu'Arthur n'en avait bel et bien rien à faire qu'elle se tape quelqu'un dans leur propre maison.
Le jeune patron s'assit à ses côtés avec un petit sourire détendu, justifiant son retard par son travail et un embouteillage exceptionnel sur son chemin. On lui reprocha de travailler trop et de nuire à sa santé mais il balaya les inquiétudes d'un revers de la main. Même si sa famille l'agaçait un peu à trop se mêler de ses affaires, on voyait que passer du temps avec des gens qu'il connaissait lui faisait du bien. Son regard s'était adoucit, ses épaules abaissées et sa parole facilitée. Ils conversaient de tout et de rien comme une vraie famille.
« Alors, que s'est-il passé à la Nordic's, finalement ? demanda Edwyn qui venait de sauter du coq à l'âne. Les journaux en ont fait toute une affaire ».
A bien y réfléchir, Amélia aussi se posait la question. Arthur ne parlait pas de cet évènement, ni au téléphone, ni en face-à-face dans leurs rares entrevues. C'est que ça devait être grave.
« Je crois que ces idiots ont trouvés le moyen de se faire pirater par une taupe, entama négligemment Arthur. Tous leurs dossiers ont été effacés, l'unité centrale a tout lâché. Bref, un vrai bordel. Mais je n'en sais pas beaucoup plus que ce que la télé vous a dit.
_ Tu es sans pitié, se plaint sa mère. Un peu de respect pour cette entreprise qui a tout perdu !
_ Est-ce que c'est mon problème ? ironisa son fils. Ils n'avaient qu'à faire plus attention, voilà tout.
_ Tu n'as vraiment aucune empathie, c'en est terrifiant.
_ Je suis juste réaliste. Leurs finances allaient bien mais ce n'était qu'une bande de brelles en matière de sécurité. La prochaine fois, ils seront plus sur leurs gardes. En tout cas, ce n'est pas mon affaire s'ils se sont retrouvés avec un fou dans leurs rangs. Leurs méthodes de recrutement doivent laisser à désirer.
_ Presque autant que ta capacité à t'occuper ta femme, railla le frère aîné ».
Amélia et Arthur échangèrent un regard étonné avant de fixer le fauteur de trouble d'un air dubitatif.
« Al…, soupira la jeune femme. Je t'ai dit d'arrêter avec ça.
_ Tu es trop permissive avec lui, tu sais ? Il va finir par te délaisser comme il délaissait ses jouets quand il était petit. Je crois que son record, ça a été de tenir deux mois avec la même figurine avant de la jeter sous son lit et de l'oublier. Je te rappelle qu'on ne parle pas de n'importe qui, là, mais d'Arthur Kirkland !
_ Veux-tu bien me faire le plaisir de te taire ? s'agaça le nommé. Amélia n'est pas en sucre, elle sait se débrouiller sans moi. Elle travaille, elle a ses convictions, elle les défend. Je doute qu'elle se languisse de moi avec tout ce qu'elle a à faire ».
Bien dit, pensa-t-elle.
Carwyn continuait de se taire et d'observer, appuyé par le regard sceptique du reste de la famille. Visiblement, le duo se faisait confiance sans vivre totalement en communion. C'était assez perturbant vis-à-vis de leur propre conception de la vie de couple. De toute façon, Arthur n'était pas connu pour être quelqu'un de spécialement normal. Après, qu'il ait entraîné Amélia dans son style de vie particulier, c'était un peu gênant pour une famille qui avait espérer l'inverse.
« Messieurs, dames, avertit Kiku, le déjeuner est presque prêt.
_ Il est déjà treize heures ? s'alarma le père. Bon sang, on ne voit pas le temps passer ici ! »
Les jumeaux partirent déjà s'asseoir à table pour discuter d'une de leurs affaires, tandis que les parents finirent de siroter leur verre sur le canapé. Carwyn passa un rapide appel à un collègue le temps que tout le monde ne se mette enfin à sa place – ce n'était pas gagné avec Allistor qui était repartit fumer à la fenêtre –, et le couple d'hôte s'éclipsa vers la cuisine de manière plus ou moins discrète pour avoir une petite conversation privée.
Kiku surveillait le four mais fut interpelé par le maître de maison.
« Vous pouvez nous laissez deux minutes ? On fera attention à la cuisson, promis.
_ Bien sûr, monsieur ».
Amélia s'accouda au plan de travail en rajustant son étoffe, les joues un peu roses.
« J'ai merdé, n'est-ce pas ?
_ Un peu, oui. J'espère qu'ils n'ont rien vu.
_ Je ne pense pas. Quand ils sont entrés, j'ai marché derrière eux jusqu'à m'asseoir. Personne n'a eu la moindre occasion de voir la marque ».
Parce qu'avoir un suçon alors que le mari n'est pas rentré de la nuit, ça ne laisse aucun doute.
« Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas tous été réunis au même endroit, on a manqué de prudence et ça aurait pu nous coûter cher.
_ Arthur… Je crois qu'on a perdu l'habitude d'imiter un couple. Je me sens moins naturelle qu'avant lorsqu'on doit faire semblant…
_ Tu es pourtant bonne actrice. C'est moi le problème. Je n'arrive pas à… à… »
Il perdit le fil de ses mots. Puis soupira.
« Ecoute, ce n'est pas grave. Tant que l'illusion passe devant ta mère, ça ira. Ma famille n'est qu'une salle de répétition pour appréhender le vrai danger. Eux se ficheront, dans l'absolu, de ce qui arrivera à notre 'couple'. Par contre, ta mère ne laissera rien passer. Il faut qu'on se remette au point avant qu'elle ne nous surprenne.
_ Eh bien, dans ce cas, pourrais-tu faire un effort pour paraitre un peu plus… concerné ? sourit-elle. Parce que tu es devenu aussi distant avec moi qu'avec tout le monde, ce qui ne correspond absolument pas à l'image qu'on a donné le jour de notre mariage ».
Ils s'en souvenaient bien de ce jour. Ça avait été le plus drôle de leur vie entière. Une pièce de théâtre géante avec deux acteurs complices et menteurs. Leur argument « d'amour » pour justifier leur union avait été de compter sur cette fameuse complicité qui les unissait, comme s'ils disaient à tous : 'regardez comme on s'entend bien, c'est l'amour fou !', alors que, dans l'absolu, ils ne se considéraient que comme frère et sœur ou confident et confidente. Rien de plus, rien de moins. Or, ils étaient en train de perdre cette spontanéité sur laquelle reposait la quasi-intégralité de leur mensonge.
« Je vais faire un effort, admit-il.
_ Je crois que tu n'es plus du tout habitué à me toucher.
_ C'est vrai. Je suis désolé…
_ Ce n'est pas grave. Mais essaye de m'enlacer dès que tu me vois pour t'habituer. J'en ferai autant.
_ Pour toi, ce ne sera rien de bien compliqué, tu es naturellement affectueuse.
_ Ohhh, trop mignon ! »
Elle fondit sur lui pour un câlin-surprise. Arthur sourit tendrement avant de se souvenir qu'ils étaient supposés surveiller le four.
Bref, cet étrange dîner eut lieu dans un brouhaha familial énorme mais habituel. Pour faire illusion, Arthur se penchait parfois à l'oreille d'Amélia comme pour lui chuchoter un secret, insistant alors sur leur excellente entente aux yeux du reste de la famille.
« Carwyn, tu ne voudrais pas participer un peu au lieu de toujours rester silencieux ? critiqua sa mère.
_ Laisse, maman, railla Allistor. Ça fait huit ans qu'il a fait vœu de silence.
_ T'es con.
_ Nom d'un chien, il a parlé ! Le Ciel va nous tomber sur la tête.
_ Mais tais-toi… »
Kiku les débarrassa une bonne heure plus tard, assez soulagé de voir enfin de la vie dans cette maison. On ne pouvait pas vraiment dire qu'il se tuait à la tâche, puisqu'Arthur n'était que rarement présent et Amélia préférait s'occuper de ses affaires elle-même.
Alors qu'ils retournaient en direction des canapés pour discuter et finir de boire, Arthur fut retenue par la dernière personne qu'il aurait cru capable de l'interpeller : Carwyn.
« On peut aller à l'écart ? J'ai un truc à te proposer, mais ça implique une discussion sérieuse ».
Intrigué et inquiété, le jeune homme acquiesça avec suspicion et invita son grand frère à le suivre jusqu'à son bureau. La dernière personne à y être entré étant Francis, ça allait lui rappeler de bons souvenirs, tiens. Par contre, il ne savait que penser de ce que pouvait proposer le médecin à quelqu'un comme lui. A cause de son côté paranoïaque, Arthur sentait une gêne monter en lui, comme un étau autour de sa gorge et de ses poumons. L'autre ne laissa rien paraître, par contre, neutre en toutes circonstances, ses cheveux auburn parfaitement coiffés et son costume impeccable.
Ils prirent place l'un en face de l'autre, séparé par le large bureau au bois rigide, porte close pour plus d'intimité.
Puis plus rien.
Une quiétude embarrassante les gagna, et elle dura, dura, dura… Trop longtemps. La patience de Carwyn était à toute épreuve, surtout qu'il ne montrait pas dans quel état d'esprit il était, laissant Arthur dans un questionnement intérieur profond – qui fut vite balayé par de la frustration.
Désormais à point, il finit par toussoter dans son poing.
« Alors ? De quoi voulais-tu parler ? demanda-t-il alors que l'agacement de l'attente le submergeait. Je vais m'impatienter si tu continues de me regarder comme ça, en silence ».
Carwyn ne dit rien, continuant de jouer avec ses nerfs pour quelques obscures raisons. Cherchait-il ses mots ? Non, il n'était visiblement pas en train de réfléchir, il patientait juste. Arthur s'énerva.
« T'es lourd ! Parle ou je vais te foutre à la porte ! »
Cette fois-ci, son frère eut une réaction : il se réajusta dans son fauteuil en croisant les jambes.
« Tu es une grande-gueule, Arthur, un impulsif. Tu t'énerves avec une telle facilité… et ce depuis ton adolescence.
_ Qu'est-ce que tu… ?
_ Tu es quelqu'un d'instable. De profondément mauvais, incapable d'accepter ses erreurs. Tu as toujours fait retomber la faute sur les autres. Tu es intolérant et ne laisse aucune place à l'erreur des autres, tout doit tourner comme ta petite personne le veut. Tu méprise le monde et ceux qui y vivent. Tu es incapable de faire preuve d'empathie pour autrui. Rien ni personne ne trouve grâce à tes yeux… »
Aucun mot ne pouvait décrire l'état dans lequel était Arthur en entendant son frère le plus calme et le plus respectueux le bâcher comme un vieux chacal. Les mots étaient prononcés avec une impartialité effrayante, scientifique, neutre, et pourtant, ils étaient poignants. Pourquoi l'étaient-ils ? Sans doute parce qu'ils étaient vrais. Et la vérité est parfois pire qu'un coup de poignard, surtout lorsqu'elle prononcée des lèvres d'un proche.
« Carwyn…
_ …et tu es également anxieux dans des domaines précis comme ton travail, qui est apparemment la seule chose qui te fait te lever le matin…
_ C'est pas vrai, je… !
_ Tu es sadique et immoral, tu mens comme tu respires avec plaisir. Car tu prends plaisir à maîtriser ce que les autres ignorent. Tu n'as même aucun remord à le faire, parce que tu sais que ton charisme te sortira de toutes les situations. Mais il n'empêche que tu bases l'intégralité de ta vie sur une couche de mensonges. Tu as toi-même fragilisé le socle de ta propre existence, t'entrainant dans un cercle vicieux…
_ Je… je…
_ Tu te sers de ta famille comme un point de rappel de ce que tu es et d'où tu viens. Tu te sers d'Amélia pour te forger une image extérieure passable. Tu te sers et abuses d'absolument tout ceux que tu rencontres…
_ Arrête, je ne suis…
_ En d'autres mots, tu es cliniquement en détresse mentale, Arthur. Tu es un sociopathe ».
Déglutition. Le plus jeune avait l'impression d'avoir perdu tout le sang dans sa tête d'un seul coup. Il avait peur de ce mot, il avait peur de son frère qui savait et il avait désormais peur de lui-même.
Le médecin, de son éternel regard neutre, quitta son siège pour se rapprocher de son petit frère, qu'il ne devait sans doute jamais avoir vu aussi perdu. Quelque part, Carwyn fut soulagé de retrouver dans cette détresse le petit frère froussard de son souvenir. Quand est-ce qu'il était devenu cet être malade ? Qu'avait-il raté dans son développement mental ? Leur famille était heureuse, pourtant. D'où provenait le mal-être de son cadet ? Et surtout, comment avaient-ils pu ne rien voir ?
« Pourquoi… m'as-tu dit ça… ? »
Quel horrible grand frère faisait Carwyn… Provoquer les larmes de son cadet n'était pas vraiment un comportement digne d'un membre de la famille. Normalement, ce genre d'attitude immature était associé à Allistor, qui bataillait souvent contre Arthur pour le pur plaisir d'avoir du répondant. Vis-à-vis de leur relation fraternelle, l'actuelle situation entre Carwyn et Arthur était aussi inédite que malaisante.
« Parce que tu es à la frontière de devenir une nuisance pour la vie d'autrui et je veux te récupérer avant que tu ne dérapes de trop. Te sachant particulièrement intelligent, je pense que tirer la sonnette d'alarme te travaillera suffisamment pour que tu te remettes en question. Certains patients ont besoin d'être aidés quand ils tombent trop bas. Ce n'est pas encore ton cas, mais puisque tu es instable, il vaut mieux prévenir que guérir ».
La situation était dure pour Arthur, son corps était parcouru de soubresauts incontrôlables, comme s'il était au bord des sanglots sans toutefois parvenir à se laisser aller.
« Tu me connais, Arthur. Tu sais que je ne te veux pas de mal. Au contraire. J'ai été dur avec toi mais je sais qu'il n'y a que ce genre de ton qui te fais réagir. Avant qu'il ne soit trop tard, tu dois apprendre à maîtriser tes pulsions, revoir ton mode de vie et apprendre à respecter un peu les autres. Je ne veux pas te voir devenir fou et misanthrope. On parle d'une vraie maladie mentale, ce ne sont pas que des mots. Alors sauves-toi vite avant que je ne le fasse ».
Carwyn le mettait donc en garde. Il n'y avait donc pas de 'proposition' à proprement parlé, comme l'avait laissé entendre le plus vieux, mais plutôt un avertissement. Celui-ci avait au moins le mérite d'être clair.
Comment Arthur avait-il fait pour ne pas se rendre compte de tous ses symptômes ? En tout cas, tout son comportement s'expliquait maintenant.
Mais… il demeurait des failles dans cette analyse.
Naturellement, Carwyn n'avait pas pu prendre en compte l'existence de Francis dans son étude, qui influait beaucoup sur la vie d'Arthur. Parce que, certes, le genre humain avait tendance à le laisser franchement indifférent ou à provoquer son hilarité, mais pouvait-on en dire autant de son rapport avec son amant ? Francis ne provoquait en lui ni indifférence ni hilarité. Au contraire, il l'intéressait sincèrement. Et sa situation l'attristait, Arthur partageait ses souffrances d'être loin de sa progéniture, ses désirs de retrouver le bonheur, ses rares moments de délice. Arthur était empathique.
Mais seulement pour Francis. Parce qu'entre temps, il était devenu la personne la plus importante dans sa vie. Sa béquille. Et cela devenait de plus en plus nécessaire, surtout dès lors qu'il venait de mettre les mots sur son état mental.
Francis étant déjà le pilier de sa vie, voilà qui ne changeait pas beaucoup. Arthur n'avait plus le choix, ne devait plus fuir, il devait changer.
Le problème, c'était qu'il était déjà tombé dans le vice. Ce qui était arrivé à la Nordic's était autant de sa main que de celle de son amant. Carwyn était intervenu quelques semaines trop tard. A peu de choses près, Arthur aurait pu arrêter Francis, l'empêcher de plonger dans cette vengeance affective. Et maintenant, ils devaient se serrer les coudes jusqu'au bout.
Il n'était plus question de faire marche arrière dans leur situation, Arthur protégerait le secret par tous les mensonges du monde, s'il le fallait. Francis avait trop déchu, il ne le laisserait pas tomber plus bas. Il y avait peu de chances qu'ils se retrouvent à nouveau face à cette vieille menace que fut la Nordic's, mais par acquis de conscience, l'Anglais resterait sur ses gardes.
« Par contre, Arthur… tu pourrais éclairer ma lanterne sur ce qu'il se passe avec Amélia ? J'ai peur d'avoir compris mais… »
Carwyn se prit un regard complètement désabusé en pleine face.
Laisse-moi penser à mon amant, idiot…
Coupé dans sa réflexion sentimentale, Arthur se pinça l'arête du nez et lâcha quelque chose comme quoi il n'avait épousé Amélia que pour la sauver de sa mère et qu'ils vivaient donc une sorte de mariage libre consensuel.
« C'est bien ce qui me semblait, conclut le plus âgé.
_ Pose pas la question, alors, crétin ».
Ils eurent un petit sourire moqueur pour eux-mêmes.
« C'est à la fois noble et malsain.
_ Je n'ai rien trouvé de mieux à l'époque. Sa mère est une vraie furie, elle l'aurait tué, peu importe comment.
_ Vous ne comptiez tout de même pas tenir cette situation jusqu'à votre mort ? »
Tout de suite les vraies questions. Carwyn était du genre efficace.
« A vrai dire, on ne sait pas quoi faire. Tant que sa mère sera assez vivace pour lui pourrir la vie, on ne pourra pas faire autrement.
_ Non mais vous déconnez ? Sachant qu'une femme vit en moyenne 85 ans, qu'elle a eu sa fille, en gros, autour de 25 ans… bordel, Arthur ! Vous allez y passer votre vie ! Il va falloir trouver une solution, et vite ! Il n'y a aucune chance que vous soyez heureux dans cette situation !
_ Je sais… mais on fait comme on peut. Laisse-nous gérer, on finira bien par trouver une solution pour forcer l'autre vieille à lâcher sa fille. En attendant, on vit ensemble et on n'est pas malheureux de… »
Enfin, Arthur réalisa.
« Attends… comment t'es au courant pour Amélia et moi ?!
_ J'ai fait mine de passer un coup de fil, tout à l'heure, pour pouvoir vous espionner. Votre comportement m'avait laissé comprendre que quelque chose de grave se tramait. Sachant que j'avais déjà des doutes sur ton état bien avant… On va dire que j'ai mené une enquête scientifique et que j'ai « suivi mon patient ».
_ Mais… mais… ça… ça ne se fait pas !
_ Je sais mais ose me dire que j'ai eu tort quand on en voit le résultat ».
Pas de doutes, ils étaient bel et bien de la même famille.
Par tendresse, Carwyn essuya le reste de larmes de son cadet d'un revers de manche, satisfait qu'ils soient parvenus à se mettre sur la même longueur d'onde. Ils ne partageaient pas qu'un même sang, après tout. Si Allistor avait été assez chiant étant petit, Carwyn avait toujours été un frère correct et plutôt protecteur.
De ce fait, même malgré le comportement assez nonchalant d'Arthur vis-à-vis d'autrui, il ne s'était jamais senti trop éloigné de son grand frère. Cependant, il assumait de ne jamais l'avoir vraiment fait rentrer dans son monde pour autant. Ce devait être ça, son erreur de jeunesse. Il aurait dû s'ouvrir quand l'âge le réclamait au lieu de se centrer sur son nombril et de se laisser faire par tout le monde. Sa vie lui aurait appartenue et il n'aurait pas sombré dans cette névrose s'il eut été plus maître de ses actes étant jeune.
A toujours être le petit protégé, il avait fini par se laisser bercer dans ce qu'on attendait de lui.
On toqua à la porte, interrompant leur petite discussion.
« Les garçons, c'est quoi ces messes-basses ? s'impatienta leur mère. On est venu discuter en famille, ou bien ?
_ On arrive tout de suite, promit l'aîné avant de se tourner vers son cadet avec un regard très sérieux pour l'avertir en ces mots : Je veux des résultats, Arthur, sinon tu sais ce que je pourrais faire ».
M'interner, je suppose, conjectura le jeune patron en acquiesçant franchement de la tête.
« Et si tu as besoin de conseils, appelle-moi.
_ Je le ferai ».
Ils sortirent du bureau en faisant mine de discuter d'autre chose, histoire que leur mère ne se fasse pas inutilement du souci. Arthur avait encore le cœur qui battait vivement mais il avait confiance en son frère pour son honnêteté envers lui. Il avait été dur pour son bien.
Cependant, Arthur avait désormais peur d'être nocif pour Francis. Mettre des mots sur son état venait de lui offrir un aller-simple vers la paranoïa – justifiée, cela-dit, car son amant était déjà mal tombé en s'attachant à lui. Sans le savoir, Arthur pouvait très bien l'avoir d'ores-et-déjà trop affecté pour son bien.
L'accumulation de problèmes avait fait dégénérer le pauvre papa, mais jusqu'à quel point pouvait-on nier l'implication d'Arthur dans le problème ? Il n'avait rien fait pour arranger la situation, au contraire. L'entrainer dans cette relation n'avait fait que mettre de l'huile sur le feu. De base, ça avait été suffisamment la merde dans la vie de Francis sans qu'Arthur n'ait à y rajouter son grain de sel. Maintenant, à cause de lui, l'amant jouait tout ce qui lui restait, ayant perdu famille et amour.
Arthur avait un peu honte de son comportement. Mais pourtant, il ne voulait pas se séparer de Francis pour autant, il l'aimait trop pour ça. Et puis, s'ils se quittaient comme ça, les choses pourraient dégénérer davantage, chose dont le Français se passerait sans doute volontiers dans la situation où il était.
A part tenir le mensonge et continuer leur petit manège, Arthur ne pouvait pas encore débloquer la situation comme il le voudrait.
Tout cela prenait une tournure dramatique.
Et en plus de ça, il devait maintenant trouver une solution pour sa vie de couple qui ne pouvait pas durer, comme l'avait si bien dit Carwyn. Là encore, Arthur tombait des nus. Il ne s'était pas attendu à devoir un jour quitter sa petite protégée. A vrai dire, lors de son mariage, il s'était plus ou moins résolu à passer le restant de ses jours avec elle. Etait-il con, ou bien ? Il ne pouvait l'enchaîner à tout jamais. Ni l'un ni l'autre n'en serait heureux.
Alors quoi ? Fallait-il assassiner la mère d'Amélia ?
Bien sûr que non. Elle ne méritait pas qu'Arthur passe le restant de ses jours en prison. Elle ne méritait rien, en fait. Pour avoir été une mère si mauvaise avec sa fille, elle ne méritait rien du tout. C'était pathétique pour une femme de cet âge et de ce rang d'autant vivre par procuration par le biais de son enfant. Sa vie devait réellement être pitoyable et morne pour qu'elle en arrive là.
Un danger public, cette femme !
Arthur aussi, en quelques sortes.
Bon sang, il devait changer ! S'ouvrir un peu au monde ! Mais le tout en protégeant son amant. Voilà qui allait être particulièrement compliqué. Surtout qu'il ne pouvait pas vraiment intervenir dans cette affaire de divorce pour des raisons évidentes. Il n'était que l'amant.
Changer sans changer. Il en soupirait d'avance. Déjà qu'il n'était pas certain de parvenir à calmer ses désirs de manipulation et à se débarrasser son indifférence – apparemment clinique –, il ignorait comment il allait gérer la suite des événements.
A la suite de son frère, Arthur quitta le bureau, repère de tous ses secrets, pour se laisser guider au salon, où les autres attendaient.
« Vous prépariez un mauvais coup ou quoi ?
_ Non, on discutait entre adultes sensés, pour changer ».
Lisa offrit un splendide coup de coude aux côtes de son frère aîné pendant qu'Amélia envoyait un regard inquisiteur à son mari. Il ne fit que lui rendre un petit sourire confiant pour la rassurer, ce qui la rassura dans son idée qu'ils préparaient un mauvais coup. Eh oui, elle le connaissait trop pour se faire avoir par ce sourire.
Ce n'était pas pour autant qu'elle allait avoir le plaisir de connaitre les tenants et les aboutissements de l'affaire. S'il s'agissait d'un secret familial, Arthur se ferait crever pour le protéger. Cet homme était à la fois fiable et frustrant, cela dépendant de quel côté vous étiez.
En tout cas, on pouvait saluer l'effort du jeune Anglais ! Il avait survécu à ce diner de famille sans partir avant la fin ! On remerciera l'initiative !
Arthur s'échappa du regard inquisiteur de sa femme grâce à un coup de fil qui justifia sa mise à l'écart, bien que sa mère le garda à l'œil, craignant qu'il ne se fasse finalement la malle. Mais quelle image avait-on de lui dans cette famille ? Quoique, si l'appel avait été de Francis, il aurait certainement détalé pour aller le rejoindre, mais le fait est que c'était le nom d'Ivan Brasinsky qui s'afficha sur l'écran du téléphone. Arthur conjectura sur ce qui pouvait amener son boss à lui téléphoner en plein week-end. Ça puait les heures sup', ça.
Arthur s'isola dans le couloir entre le salon et la cuisine pour prendre l'appel.
« Monsieur Brasinsky ?
_ Pardon de vous déranger pendant votre jour de repos, Kirkland, mais un mail vient de m'être envoyé par l'un de nos clients. Vous vous souvenez de la réception de l'année dernière, celle qui avait réunie de nombreuses entreprises du secteur ?
_ Oui. Ne me dites pas qu'ils remettent ça cette année…
_ Finalement, si. Et ils nous ont prévenus au dernier moment, comme d'habitude. Le fait est que, comme vous vous en doutez, notre entreprise doit y être représentée. C'est l'occasion de nouer des relations. Le problème, c'est que je ne vois pas qui y envoyer, sachant que je suis en voyage d'affaire à partir de la semaine prochaine. Je dois recommander des gens compétents et de confiance. Et disponibles, bien sûr. Entre vous et Beilschmidt, vous comprenez que j'ai tout de suite pensé à vous ».
Gilbert et sa réputation…
« Je suis honoré, monsieur. S'il s'agit d'une soirée pour faire bonne figure, je n'y vois aucun inconvénient. J'ai juste besoin que vous me communiquiez la date et l'adresse.
_ Je vous envoie tout ça par message. Merci pour votre dévouement, vous m'ôtez une épine du pied.
_ Aucun problème, ça me sortira un peu. Par contre, est-ce que je pourrais… me faire accompagner ?
_ Par votre femme ? Bien sûr !
_ Non, en fait… je pensais plutôt à un collègue. J'ai peur de ne pas être particulièrement efficace si je m'y rends seul, donc…
_ Je n'y vois pas d'inconvénient. Vous me confirmerez ça. Pourrais-je juste savoir à qui vous pensez ? J'ai besoin d'avoir une idée de qui j'envoie nous représenter.
_ Francis Bonnefoy.
_ Oh. Oui, c'est un excellent membre, très bonne idée. Il est doué en communication, cela nous sera bénéfique. Très bien pensé, Kirkland. J'espère qu'il acceptera ».
J'espère aussi. Il a besoin de voir le monde pour penser à autre chose qu'à ses problèmes.
Une petite soirée ne faisait de mal à personne. Puis voir Francis ailleurs qu'au travail allait être plus qu'appréciable, ça leur ferait oublier pendant une soirée qu'ils n'étaient qu'amants.
Avant que sa mère ne retourne ciel et terre pour le retrouver, Arthur raccrocha et se dirigea vers le salon en pianotant un SMS pour Francis, attentif aux éventuels regards indiscrets.
Tu serais libre un soir pour m'accompagner à une réception professionnelle ?
En espérant que Francis soit d'humeur à sortir de sa misère.
« Ce n'est rien de grave, j'espère, s'inquiéta Madame Kirkland mère en voyant que son fils restait scotché sur son téléphone avec un air grave.
_ Non, ne t'inquiète pas. J'ai juste une soirée qui se prépare pour le compte de mon entreprise et j'essaye de corrompre un de mes collègues pour qu'il m'accompagne ».
Carwyn sembla particulièrement satisfait de cette initiative. Un bon sociopathe qui se respecte ne pensait pas à se faire accompagner par un collègue à une soirée remplie d'individus inconnus et marqués de manières et de faux-semblants. C'était encourageant.
Une soirée professionnelle ? répondit Francis. Je ne sais pas trop… Je ne pense pas être le plus qualifié pour représenter la boîte.
Cela commençait mal.
« Décidemment, tu travailles trop.
_ C'est une soirée, maman. A part picoler, sourire, parler et manger, je ne vais rien faire de particulier.
_ Je connais ce genre de soirée, c'est très oppressant.
_ D'où l'utilité d'y aller avec mon collègue ».
Collègue un peu chiant, d'ailleurs. Francis n'avait pas intérêt à se fermer sur lui-même au moment où Arthur commençait à s'ouvrir ! Oh il allait l'entendre !
S'il-te-plait, je veux te voir.
Personne ne devait lire ce SMS. De toute façon, Arthur l'effaça dès que son destinataire l'eut lu. C'était tout de même un peu la honte de se comporter en petit-ami en manque alors qu'ils n'avaient pas encore ce genre de relation.
Arthur réalisa ses pensées et se mit à tousser nerveusement.
Prend pas tes rêves pour la réalité, tu tomberais bien bas. De toute façon, tu n'as pas besoin de ça et lui non plus.
Tu me prends de court.
A cet instant, Arthur reçut l'adresse et le lieu du rendez-vous.
« Le théâtre de Rossi…, marmonna-t-il.
_ Ah ! C'est le mien ! »
Très fier de lui, Edwyn leva la main avec un grand sourire de bienheureux.
« Attends… la réception a lieu dans ton théâtre ? s'étonna Arthur.
_ Oui, je me disais bien que ton histoire me disait quelque chose. L'une de mes salles des fêtes est particulièrement grande, en plus d'être ouverte sur le jardin Tino Rossi. Du coup, le cadre est très agréable en cette saison ».
Ah… que le monde est petit quand vos frères font partie de la crème de la crème. Vous avez étrangement plus de chance de les croiser que s'ils avaient été fonctionnaire d'entreprise.
Ça nous ferait du bien de nous retrouver un peu dans un cadre moins strict. Ose me dire que sortir ne te serait pas bénéfique ! insista l'Anglais.
« Une fête au théâtre Rossi ! s'exclama Amélia. Ça a l'air génial ! J'ai déjà fait une séance photo au parc Tino-Rossi, c'est un endroit sublime !
_ Tu veux venir ? proposa Edwyn. Je t'y fais rentrer quand tu veux, jolie-sœur.
_ Je risquerais de gêner Arthur dans son travail, admit-elle. Je pense qu'il serait plutôt raisonnable que je reste ici ».
Arthur était d'accord. Avec Francis dans les parages, ce serait malsain de s'y retrouver tous les trois.
« Tu n'auras qu'à l'ignorer et rester avec moi, insista le conservateur qui n'avait aucune idée du problème qu'il risquait de créer ».
Carwyn, cependant, capta au regard alarmé d'Arthur que quelque chose se tramait dans cette histoire.
« Je voudrais bien y aller, interrompit-il au plus grand étonnement de tous.
_ Carwyn ? Toi ? Sortir en semaine ? Par tous les dieux de l'Olympe, jura Allistor, mais que se passe-t-il ici ?
_ T'es con… J'ai toujours eu envie de voir à quoi ressemblait l'acquisition de mon petit frère. Ce sera une bonne occasion pour moi de découvrir comme ça se passe dans ce genre de lieu ».
Allistor, qui avait assez joué au demeuré pour la journée, reprit un air complètement sévère et sérieux pour sonder les yeux de ses camarades. Il y avait de l'urgence dans les yeux d'Arthur – clairement dépassé par les évènements –, de l'innocence dans ceux d'Amélia, une sale curiosité scientifique dans ceux de Carwyn, beaucoup de fierté dans ceux d'Edwyn et une vaste incompréhension dans ceux de leurs parents. Ouais, si avec ça ce n'était pas évident qu'une merde se tramait…
« Je peux m'incruster aussi ?
_ Non mais Al… pas toi aussi, se plaint Arthur.
_ T'inquiète pas, on te laissera faire ton taf. C'est pour Ed que je viens. Je comprends que, dans ton travail, il vaut mieux que tu sois en petit comité avec tes partenaires professionnels. On ne te fichera pas la honte ».
Tout cela partait en délire, Arthur consentit à renoncer à inviter Francis.
Bon, t'as raison, je vais faire un effort pour toi, répondit justement ce dernier au même moment.
C'est une blague, n'est-ce pas ? Je vais pas me taper une soirée avec ma famille, ma femme et mon amant ? Je rêve.
Là, il était mal.
0*O*o*O*0
La dispute était plus violente qu'à l'accoutumée. Lukas et Matthias n'était pas connus pour leur calme olympique lorsqu'ils entraient en désaccord, et là, ils étaient en désaccord.
Tino était assis sur le paillasson, à l'entrée de la maison. Il n'osait pas sonner à la porte, il n'osait pas partir. Cela faisait une heure qu'il était bloqué sur le paillasson, écoutant la dispute qui avait lieu derrière la porte. Matthias semblait hors de lui, plus que jamais. Lukas avait dû faire quelque chose de très grave pour être ainsi bafoué. Les mots étaient crus, durs, et l'étaient d'autant plus qu'ils s'aimaient inconditionnellement. Et pourtant, quelque chose venait de faire tanguer leur couple pourtant solide.
Avec les récents évènements à la Nordic's, ils devaient être sur les nerfs.
Comment une telle chose avait-elle pu avoir lieu ? Qui donc avait bien pu ruiner leur empire ? Pourquoi ? Y avait-il des gens si mauvais dans le monde ?
Tino ne comprenait pas. Tout son univers s'écroulait.
Lukas et Matthias se hurlaient dessus, l'entreprise était en maintenance, la pression grimpait en flèche… alors que tout avait été si idyllique jusqu'alors. Qu'est-ce qui avait changé ? Peut-être qu'on ne lui disait pas tout. Pourtant, il avait une place de choix dans l'entreprise, il méritait légitimement d'être tenu informé des évènements.
Et Emil qui ne se montrait plus…
Tout allait mal.
Berwald, de toute sa hauteur, apparut dans son champ de vision, les bras chargés de courses. Lorsqu'il vit son petit protégé assis au sol, le visage partagé entre une dureté violente et des larmes solitaires, il lâcha les sacs pour se précipiter dans ses bras. La chaleur était agréable, Tino l'accueillit comme un instant de paradis en plein Enfer. Berwald était la dernière chose stable de sa vie. Sans l'amour, il n'était plus rien.
« Tout va s'arranger, tu penses ?
_ J'espère ».
Un cri plus fort se fit entendre, suivit d'un 'boom' sec, sans doute un poing sur une table.
« Sont justes su' les nerfs, t'en fais pas.
_ Je veux que ça s'arrête… »
Berwald baisa ses joues humides avec une infinie douceur. Lui aussi n'était plus complètement le même depuis le début de la crise. Mais il gardait la tête haute par fierté. C'était bien le dernier à croire en l'avenir. S'il baissait les bras, tout se finirait.
Quoique les deux fous derrière la porte étaient assez obtus pour continuer à se battre contre la fatalité qui les affligeait. Ils reconstruiront la Nordic's, c'est évident. Cela prendra plus ou moins de temps mais ils le feront. L'actuel obstacle à cet objectif était leur mésentente. Elle stérilisait tout dialogue entre ces deux génies de la finance. Tino aurait aimé savoir de quoi il était question mais pas besoin d'être particulièrement malin pour deviner qu'il se ferait remettre à sa place vite-fait, bien-fait. Et avec Berwald derrière qui veillait à son moral, cela ne ferait que rajouter des tensions inutiles.
Ils étaient bloqués.
« Va f'lloir qu'ils prennent su' eux.
_ Tu as de bons espoirs.
_ Nan, j'veux dire… vont être obligés.
_ Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
_ Faut qu'on cause à nos clients, peuvent pas y aller avec c'te comport'ment.
_ Oh non… c'était pas le moment d'être convié à une réunion…
_ On est obligé. Mark'ting, bonne figure et tout ».
Tino craignait les réunions avec leurs anciens clients. De caractère assez effacé, il ne conservait son énergie que pour les cas où il était en danger extrême, ce qui lui donnait le reste du temps une allure de petit ange douceâtre. Il espérait que Lukas et Matthias fassent un effort d'ici-là, la suite des évènements dépendaient de leur habilité et de leur diplomatie. Berwald s'exprimait à demi-mot et lui perdait vite ses moyens. Quand à Emil, il était trop jeune et se faisait avoir dans des pièges bêtes – et de toute façon, il n'était pas là quand on avait besoin de lui, en ce moment.
« Peut pas leur faire d'mal d'aller à c'te réunion, reprit le Suédois en épongeant les larmes de son amour. Vont rapprend'e à bosser à deux. Faut qu'ils s'retrouvent, faut qu'on bosse.
_ Tu as raison… ça va marcher, non, ça doit marcher. On ne se reconstruira que lorsqu'ils auront tournés la page ».
Et pour l'instant, ni Lukas ni Matthias ne voulait quitter le passé, ce passé glorieux de ce qui fut leur puissance. Ils se battaient sur les débris de leur entreprise comme deux vautours sur une charogne, cherchant à arracher le plus chair possible à l'autre alors que, pourtant, il y avait tant d'autres bêtes à avaler dans le champ d'à côté. Mais le fait est qu'ils étaient incapables de voir plus loin, leur rage les aveuglait.
Bien sûr que Tino était en colère, lui aussi, mais il savait se tourner vers l'avenir.
Ils avaient le choix : rester tourner vers le passé, chercher le coupable toute une vie pour au final peu de satisfaction, ou bien tourner la page et recommencer en étant meilleur.
Tino avait fait son choix et il irait de l'avant, avec ou sans les autres.
Bon, je n'ai rien à ajouter cette fois-ci XD Pour une fois que je peux me la fermer !
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! Jusque-là, vos conseils m'ont été utiles ! :P
Biz' !
