Source : Exonerated By thecouchcarrot

Hallooo,

Un nouveau chapitre qui, concrètement, prouve que la phrase "Lucas est un psychopathe" est un magnifique pléonasme. Je vous laisse à votre lecture !

Enjoyez !

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21h02

A la lisière des bois, dans l'obscurité glaciale, les lampes de poches qui tournoient en vacillant, les lumières rouges et bleues qui ondulent, les fourrés qui s'accrochent aux vêtements en éraflant la peau, et les talkie-walkie qui grésillent, se mêlent à l'odeur des pins et des pierres humides.

Le cadavre n'est plus qu'un minuscule squelette, sans plus aucune chair visible et dont le crâne s'est recouvert de mousse.

Difficile de faire abstraction de la taille du squelette. Il est si petit.

« Rentrez chez vous, » ordonne l'agent Harvelle. « Ceci est une scène de crime. »

« Je suis détective, » répond Dean. « Ma place est sur la scène de crime. »

« Pas aujourd'hui. » Il constate que ce n'est pas le moment de la chercher. Sa carapace d'allure frigide vient d'être fissurée, laissant la chaire complètement à vif en-dessous, laquelle imprègne chacune de ses paroles. « On vous fera parvenir les rapports et les photos. Contentez-vous de rentrer chez vous. »

Il décide donc d'obéir.

[…]

21h36

La chambre à l'étage de la maison de Bobby est pas mal pour une chambre d'amis. C'est pas comme si Dean allait réussir à dormir de toute façon, donc peu importe l'endroit où il se trouve, il sait qu'il n'arrivera pas à fermer l'œil de la nuit, l'estomac encore complètement retourné.

Ce squelette était si minuscule. En état de décomposition encore plus avancé que celui de Gabriella, ce qui signifie une chose – Dean avait raison. Meg a tué bien plus d'une fois. Cette nouvelle victime a probablement été enlevé en octobre, à peu près au même moment où il a emmené Cas au champs de citrouille, que Cas lui a dit qu'ils étaient des substituts, que ce qu'il ressentait n'était pas réel, et que Dean l'a traîné dans un bar pour lui prouver sa sincérité en allant se taper quelqu'un d'autre, qu'il s'est disputé avec Cas, qu'il est parti en laissant Cas au bar, et que Cas est revenu vers une heure du matin pour se faufiler dans la chambre de Dean en lui demandant s'il n'était pas brisé –

Est-ce que tu me fais confiance ?

La question se met à lui ronger les tripes. Oui.

Est-ce que tu t'engages avec moi ?

Dean ferme les yeux en agrippant la couverture. Il crispe le poing et serre les dents. Bien sûr.

C'est tout ce qui importe dans ce monde. Le reste n'est qu'une simple nuance.

Il sent une chaleur brûlante lui ravager le visage et lui dévorer le cou, la honte et le désespoir le submergeant. Ça ne fait qu'un jour que Cas est parti, et il se laisse déjà corrompre par la peur. Il connaît Cas. Il sait que Cas n'est pas un meurtrier. Il en est si farouchement et parfaitement convaincu qu'il n'arrive pas à croire que Daphné ait pu fondre en larmes à la barre des témoins lorsque le procureur lui a demandé si elle était certaine de savoir où Castiel se rendait la nuit. Elle n'aurait pas dû pleurer. Elle aurait dû être folle de rage. Elle n'aurait pas dû laisser le jury douter une seule seconde de la ferveur avec laquelle elle connaissait son mari.

Ceci dit, elle ne connaissait pas le Castiel que Dean connaît. Elle ignorait les souffrances qu'il était capable d'endurer. Elle ignorait la profondeur de sa clémence et la ténacité de sa bonté. Elle ne l'avait jamais vu se faire traîner dans les flammes et se débarrasser, tel un minerai dans un chaudron, de la boue et de la terre jusqu'à qu'il n'en reste plus qu'une étincelante pépite d'or.

Mais Dean l'a vu. Dean le sait. Dean y croit.

[…]

1h17

Dean contemple le plafond en stuc de sa chambre, y dévisageant fixement les ombres et les reliefs, son esprit les associant à des constellations étranges. Ces pointes ont un peu la forme d'un buffle, pense-t-il. Un buffle difforme avec une cinquième patte.

C'est ridicule.

Va dormir, Dean.

Je me demande si Sam dort en ce moment. Je me demande s'il est emmitouflé dans les draps aux côté d'Amélia, en train de dormir à poings fermés parce qu'il se sent en totale sécurité dans son lit. Je me demande s'il est réveillé à fixer le mur, l'épaule d'Amélia se pressant contre ses omoplates tandis qu'elle ronfle paisiblement, lui laissant le loisir d'écouter le son de sa respiration pour les dénombrer l'une après l'autre. Je me demande s'il est assis dans le salon alors qu'elle serait assise dans leur chambre, que la télé serait en marche mais qu'il n'y ferait pas attention, pas vraiment, et qu'elle s'efforcerait d'écouter le bruit de la télé pour l'imaginer seul perdu dans son halo bleuté. Je me demande si l'un d'eux est en train de penser à moi. Je me demande si l'un d'eux est en train de penser à Cas.

Je me demande si Cas est en train de penser à moi.

Je me demande si Cas est en vie.

Oh mon Dieu, et s'il ne l'était pas ?

Et pour la première fois depuis que tout ce calvaire a débuté seize heures plus tôt, dans le sombre silence de la chambre d'ami déserte, Dean s'effondre sous la pression, écrase un oreiller sur son visage

et se met à pleurer.

[…]

27 Décembre

Le lendemain s'annonce long et interminable. Les rapports arrivent en mains propres, remis au domicile de Bobby par des officiers, et confirmant à Dean ce qu'il soupçonnait depuis le départ. La victime est un garçon, d'environ cinq ans, probablement assassiné courant fin octobre. Identifié comme étant Camden Rodebaugh. Contrairement aux autres enfants, tout porte à croire que Camden a été tué directement dans les bois. La cause de la mort est difficile à déterminer, mais les éléments sont là. Des fibres de vêtements ont été retrouvés près de la victime, un mélange de synthétique à la couleur kaki avec un revêtement chimique imperméable ; ils proviennent sans doute d'un survêtement. Reste à déterminer si les fibres sont issus des vêtements de l'enfant ou de ceux du tueur.

Le corps de Kenny Whidbey est exhumé dans la matinée, et l'expert médico-légal passe la journée à en établir un rapport approfondi.

Jody, quant à elle, passe la journée au bureau, à potasser sur une affaire de dealer de drogue. « Meurtre ou pas meurtre, » dit-elle, « j'ai un compté à gérer. » Dean commence à penser qu'elle fait peut-être en sorte de l'éviter.

Sam se rend à l'aéroport pour rencontrer l'ancienne avocate de Castiel, Anna Lawrence. Il préfère qu'elle ne rencontre pas Dean pour le moment. Ce dernier n'est pas sûr d'avoir envie de la revoir. Il y quelques années, elle l'avait interrogé en long et en large à propos de son enquête sur Castiel et il était resté campé sur ses positions, persuadé d'avoir raison. Être aujourd'hui confronté à elle en étant de l'autre côté de la barrière – il n'est pas certain d'être prêt à encaisser la jubilation adverse couplée à sa propre humiliation.

Le journal télévisé lève le voile sur les deux nouveaux meurtres du Lac Madeleine. Un bon nombre de reportages tournent leur accusation vers Castiel, et Harvelle fait une déclaration stipulant qu'il est un "suspect potentiel" mais que le F.B.I. ne néglige aucune piste et que l'hypothèse d'un tueur imitateur n'est pas à exclure. La presse n'a pas encore eu vent de la disparition de Castiel. Cette partie de l'affaire a été étouffé avec succès.

Des numéros inconnus ne cessent de téléphoner à Dean. Il ne répond pas. Il est bien content de ne pas être chez lui.

Bobby lui prépare des sandwiches au fromage grillé et le force à les avaler. « C'est presque contre-nature de te voir perdre l'appétit, » dit-il. « Ça nous rend tous nerveux. Aller mange avant que je te l'enfonce moi-même dans le gosier. »

Dean continue sa lecture.

Lucas parla à la journaliste des crises de Castiel, il lui décrivit la tourmente vicieuse qui en émergeait dès qu'il sombrait dans la catatonie. « On n'avait pas vraiment de nom pour ça, » lui expliqua-t-il. « On se contentait de les surnommer les "transes". Au début, ça arrivait seulement pendant les passages à tabac, et puis il a commencé à décrocher de plus en plus souvent... »

Castiel commença à décrocher dès que Lucas et lui se rendaient en forêt. « Il y avait certaines choses qu'on faisait qui ne lui plaisait pas, » dit Lucas, « jusqu'à ce qu'il soit déconnecté. » Lorsqu'il était en transe, Castiel devenait une personne différente, une personne qui se délectait de la souffrance, qu'il en soit l'instigateur ou le destinataire. Il avait douze ans maintenant, et Lucas, seize. Avant, Castiel tuait uniquement les animaux dont il pouvait se nourrir. Lorsqu'il était en transe, il aimait garder l'animal en vie le plus longtemps possible, les laissant agoniser dans leur propre sang. Il s'enduisait ensuite de leur sang encore chaud et faisait de même sur Lucas. Ils en riaient tous les deux.

« Je faisais toujours en sorte de bien le laver avant qu'il ne sorte de sa transe, » continua Lucas. « Autrement, il se réveillait, voyait tout ce sang et se mettait à pleurer. Il ne se rappelait jamais de ce qu'il avait fait. »

Parfois Castiel ne se déconnectait pas au bon vouloir de Lucas, ce dernier le frappait alors jusqu'à ce qu'il décroche involontairement. « Je n'étais pas aussi doué que mon père. Un jour, un de ses professeurs remarqua le bleu qu'il avait au menton – Castiel lui raconta qu'il s'était fait ça lors d'une bagarre. Elle s'est empressée de téléphoner à notre père. Par chance, celui-ci a cru que Cas essayait de le couvrir, alors j'ai pas eu de problèmes. Mais j'ai été plus prudent après ça. Je n'avais pas envie de me faire pincer. »

« N'étiez-vous pas inquiet pour Castiel ? » demanda la journaliste. « Je croyais que vous l'aimiez. N'aviez-vous pas peur de le blesser ? »

Lucas réfléchit longuement à la question, un air détaché au visage. Il frotta son pouce contre son poignet. « J'imagine que... de mon point de vue, on s'aimait tous les deux, et pour moi, ça signifiait... que j'avais le pouvoir. Si je voulais quelque chose de lui, je pouvais le lui prendre, parce que j'en avais terriblement envie et qu'il le savait. En m'aimant en retour, il se rendait compte de mes besoins et faisait en sorte de les satisfaire. Donc... je voulais que Cas décroche. Je l'ai fait décroché. Il aimait décrocher. Je voyais pas le problème. »

La journaliste sentit un étrange frisson lui remonter la nuque.

Lucas se pencha en avant, les yeux voilés et sombres. Ses menottes cliquetèrent. « Je sais ce que vous pensez, » murmura-t-il, la cadence de sa voix se faisant presque chantante. « Vous vous demandez quand est-ce que nous avons tué notre premier humain. »

La journaliste se figea. « Nous ? »

« Bien sûr. » Un sourire nonchalant et mesuré étira furtivement les traits du visage de Lucas. « Ce n'est pas drôle de jouer tout seul. »

Dean repose le livre en rabattant la couverture. Il écrase sa main dessus et le repousse comme s'il cherchait physiquement à l'immobiliser.

Son téléphone se met à sonner mais il n'y prête pas attention. Moins d'une minute plus tard, un message de Sam apparaît sur l'écran.

Harvelle veut lancer un mandat d'arrêt contre Castiel. Anna insiste pour qu'un avis de recherche en tant que "personne portée disparue" soit établi. Je sais pas trop où ça va nous mener. Essaie de ne pas flipper.

Dean se lève et s'empare de ses clefs.

[...]

Il a neigé un peu cette nuit, juste assez pour que le sol arbore cet aspect craquelé en début d'après-midi. Dean monte sur le perron et appuie sur la sonnette.

« Allez-vous-en, » crie un homme depuis la maison. « Pas de commentaires ! »

« C'est Dean ! » lui annonce-t-il. « Dean Winchester ! »

Environ une minute plus tard, la porte s'ouvre. Chuck se tient juste derrière, affublé d'une vieille robe de chambre miteuse et de pantoufles trouées. « Dean, » lâche-t-il, visiblement soulagé. « Je pensais que c'était encore un journaliste. Qui a-t-il ? »

« Les fédéraux, » lance Dean. « Deux corps ont été retrouvés près du Lac Madeleine, et ils pensent que c'est Cas. »

« Je sais, » soupire Chuck. « Ils sont passés me voir hier soir. »

« Je pense connaître la théorie sur laquelle ils bossent. » Dean déglutit en avalant une goulée d'air froid. « Je suis en train de lire la biographie de Lucas et globalement il prétend que...Cas aurait des troubles de la personnalité. »

Chuck le dévisage, l'épluchant scrupuleusement sur regard.

« Qu'est-ce que vous en pensez ? » demande Dean. « Qu'est-ce que vous leur avez dit ? »

« Dean, je suis médecin, vous savez que je n'ai pas le droit – » Chuck resserre les pans de son peignoir. « Je n'ai pas le droit de vous parler de la santé mentale de Castiel. C'est un sujet confidentiel. »

Dean soupire de frustration en raclant sa chaussure sur le paillasson.

« Qu'est-ce que vous, vous en pensez ? » demande Chuck.

« Je pense que c'est des conneries, » rétorque Dean. « Si Cas avait plus d'une personnalité, je l'aurai remarqué. Je crois que c'est un moyen facile pour Lucas d'escamoter toutes les personnes qui auraient pris le parti de Castiel en attestant que c'est un homme foutrement bon. Je crois qu'on a seulement affaire à un psychopathe qui profite des torchons à scandale pondus par des chacals qui ont trop souvent regardés Fight Club, voilà c'que j'pense ! »

Chuck se mordille la lèvre. « Dans ce cas, pourquoi êtes-vous venu me voir ? »

Dean se gratte le sourcil en essayant de trouver une réponse.

« Je vais vous dire ce que j'ai dit aux agents. » Chuck enroule ses bras autour de lui-même. « Je leur ai dit que, en tant que psychiatre, je ne pouvais rien dévoiler de ce qui se dit entre Castiel et moi, à moins qu'il ne soit un danger pour lui-même ou pour autrui. » Il plonge son regard droit et sincère dans celui de Dean. « D'un point de vue professionnel, Castiel ne représente aucun danger, ni pour lui-même, ni pour les autres. »

Dean met un moment à assimiler l'information.

Il déglutit en hochant brièvement la tête. « Vous êtes un homme bien, Chuck. »

Il s'éloigne ensuite du domicile de Chuck Shirley et retourne à sa voiture avec la ferme intention de rentrer à la maison d'où il s'est exilé et goûter la quiche qui l'attendait patiemment dans le frigo.

[…]

Dean passe une bonne partie de la soirée à trier ses affaires, passant en revue tout ce qui a été embarqué. C'est étrange de voir toutes ses affaires sensiblement décalées d'à peine quelques millimètres sur la droite ou sur la gauche. Il se demande s'ils ont jeté un œil à ses vieux journaux et à ses coupures de presse, s'ils ont dressés son portrait rien qu'en examinant les boîtes de médicaments dans sa pharmacie, s'ils ont répertoriés le contenu de sa table de nuit.

Il se laisse presque tenter par l'idée de tout désinfecter sur le champ.

Il reste planté au bas des escaliers et lève son regard en direction de la chambre de Castiel. Il pose sa main sur la rambarde, mais ne monte pas.

Il mange la quiche, et la trouve plutôt bonne, mais Jody en fait de meilleures.

Il s'assied en silence.

Il esquive les journalistes et part rejoindre sa voiture, en grommelant des pas de commentaire, pas de commentaire pas de commentaire. Il retourne chez Bobby, là où il y a des gens, du bruits et des Sams pour chasser cet escadron de vautours.

[…]

Cette nuit, il commence à pleuvoir. Une pluie diluvienne saisissante, le genre de déluge qui se manifeste généralement par un coup de tonnerre, mais qui, au lieu de ça, a débuté par de grosses gouttes s'écrasant au-dessus des arbres et des buissons avant de serpenter la vitre pour se perdre dans la boue. L'averse gagne en intensité, en densité et en force, si bien que ce sont plus que des trombes d'eau qui dévalent la fenêtre désormais. Dans une harmonie sourde, la pluie bombarde le toit juste au-dessus de Dean, bercé par cet écho sinistre.

Derrière sa fenêtre, une ombre s'agite par intermittence. Dean ne la voit pas. Il s'est enfin endormi, son corps exténué prenant finalement l'ascendant sur son esprit tourmenté.

L'ombre s'agite d'avantage, prenant forme humaine. Une mains se glisse sous le loquet de la vitre pour le crocheter avant d'ouvrir la fenêtre aussi haut que possible. La silhouette se faufile dans la chambre avec une discrétion et une agilité que seule une ombre peut réussir mettre en œuvre ; elle referme la fenêtre de ses doigts détrempés.

La silhouette s'approche du lit, baignée dans l'obscurité, une flaque se formant à ses pieds. Elle se penche vers la forme endormie de Dean. Elle se baisse, et prudemment, silencieusement

abat sa main froide sur la bouche de Dean.

Celui-ci ouvre subitement les yeux.

Des yeux bleus alarmés le dévisage fixement.

« Dean, » lâche Cas, la voix basse et étouffée. « Je peux t'expliquer. »

Le cœur de Dean cesse de battre.

Ses poumons se dégonflent comme un ballon.

Puis subitement, chaque nerfs, muscles, et veines de son corps s'embrasent avec un entrain doublée d'une force sans précédent, un cocktail de pur sensation parce que putain c'est Cas ! Dean bascule vers l'avant en essayant de se lever.

« Attends ! » Cas le force à se rallonger, l'immobilisant de son bras. « Avant que tu ne réveilles les autres – je sais pas ce qu'on t'a dit mais – je peux tout expliquer, pour peu que tu m'en laisses le temps. Je sais que c'est difficile à croire, mais je peux te le prouver... » Cas a les yeux grand ouvert, luisant dans l'obscurité. Ses cheveux sont plaqués contre sa peau claire tandis que des gouttes d'eau continuent de ruisseler le long de son cou. « Dean, je suis innocent. »

Dean se relève et dégage la main de Cas de sa bouche. « Je l'sais bien ça, » claque-t-il. « Maintenant explique-moi pourquoi tu m'as pas appelé bordel ? »

Cas le dévisage fixement.

« Deux jours, et tu sais même plus comment on décroche un foutu téléphone ? » demande Dean. « Envoyer un message ? Bordel, tu pouvais même m'envoyer un putain de télégramme, si t'avais envie – »

« Tu – » La voix de Cas se bloque dans sa gorge, et il prend une brève inspiration. « Tu sais que je suis innocent ? »

Dean plonge à son tour son regard dans le sien, pris au piège par la détresse qu'il y décèle, au-delà de la portée de ses mots. « Évidemment. »

Cas scrute Dean des yeux, puis s'affaisse lentement dans le lit. Il s'assoit sur le bord, aphasique, sa main froide enserrant fortement le bras de Dean.

Puis, sans prévenir, il se jette sur Dean et l'embrasse comme un forcené. Ses lèvres sont glacées et humides, mais Dean resserre plus fortement son étreinte, se cramponnant désespérément à lui en le couvrant de baisers enfiévrés et pantelants à l'instar de leurs corps avides et maladroits, et ce n'est qu'en débarrassant Cas de son manteau imbibé d'eau que Dean se rend compte qu'ils tremblent tous les deux.

« J'ai cru que t'étais mort, » lâche Dean d'une voix rauque, en agrippant le visage de Cas entre ses mains. « J'ai cru qu'on t'avait tué... »

« Je suis désolé, » dit Cas, la voix cassée, une chaleur humide dévalant sa joue pour s'échouer sur le pouce de Dean. « J'ignorais si tu serais – du côté de la police, à me traquer, et je ne voulais pas risquer – je suis venu aussi vite que j'ai pu – il fallait que je t'explique, de vive voix je savais que je pourrais t'expliquer – »

« T'as pas le droit de me faire ça, » gronde Dean, alors même que sa voix se brise et que les larmes lui montent aux yeux. « T'as pas le droit de me faire ça, Cas. » C'est plus une supplication qu'un ordre. « Me fais pas ça... »

« Je sais. » Cas pose son front contre l'épaule de Dean et prend une tremblante inspiration. « Je sais... » Ses mots l'étouffent et il crispe les poings sur le T-shirt de Dean.

Dean l'enlace et le serre fortement contre lui, l'empêchant presque de respirer. Cas se met à trembler silencieusement entre ses bras et enfouit son visage dans son cou. Dean ferme les yeux, laissant les larmes s'en échapper tout en écoutant le bruit de la pluie s'abattant sur le toit.

[…]

A deux pas de la maison de Bobby, une officière de police se dissimule à l'intérieur d'une voiture banalisée. Elle retire ses jumelles pour s'emparer de sa radio.

« Centrale, » dit-elle. « J'ai un visuel sur le suspect. »

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A suivre...