La porte de la chambre de panique s'ouvrit avec un doux sifflement hydraulique, mettant Rossi et Morgan nez à nez.

Ébouriffé, clairement sur l'adrénaline, Derek chancela de côté, permettant à ses sauveurs d'accéder à la pièce. Voyant Hotch étendu et parfaitement immobile, sa tête bercée dans les bras de Prentiss, le cœur de Rossi se serra. Il fit presque un arrêt lorsque Prentiss leva son visage en larmes sur lui, les yeux épuisés et douloureux. Elle dit d'une voix éteinte :

- Il a abandonné. Hotch a abandonné.

- Attends. Laisse-moi voir.

Dave s'agenouilla et libéra Emily en transférant doucement les épaules sans résistance de Hotch sur ses propres genoux. La main tremblante, il fit courir ses doigts sur le cou de l'homme, à la recherche d'un pouls… qu'il trouva. Mais si faible, si fragile. Pourtant…il y avait quelque chose.

Les sirènes cessèrent. L'ambulance doit être ici. Dieu merci.

- Il n'a pas abandonné, Emily. Il a simplement temporairement baissé les bras.

Il s'installa plus confortablement pour soutenir son ami.

- Prends soin de toi, dit-il à Prentiss. Toi aussi, Morgan. Reid…

Rossi leva les yeux vers le seul agent valide de l'équipe.

- Assures-toi que les secours viennent directement ici. Je ne pense pas que notre ami le portier travaille bien sous la pression.

- C'est comme si c'était fait.

Reid avait mentalement numérisé la pièce. Il hésita avant de partir.

- Rossi ?

L'agent ainé leva les yeux.

- Il y a un appareil photo ici, aussi.

Spencer leva le menton et indiqua le linteau de la porte.

Dave secoua la tête, retournant son attention à l'homme inconscient qui gisait dans ses bras.

- Je n'en ai rien à foutre si cette salope nous regarde ou non.

- Je suis d'accord.

Reid décolla comme une fusée et se dirigea vers l'ascenseur.

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Le penthouse se targuait de trois salles de bain complètes mais Prentiss et Morgan étaient bien au-delà du point de modestie et maintenant que le soulagement était à leur portée, ils ne voulaient pas parcourir plus que nécessaire les quelques mètres supplémentaires. Ils se prévalurent de la source la plus proche d'eau courante et des facilités de toilette.

Vessie vidée et soif étanchée mais l'œil fatigué, ils se regardèrent enfin pour savourer leur survie à cette épreuve.

Ils étaient pourtant conscients que le travail était inachevé et qu'il y avait trop de questions en suspens.

Prentiss était assise sur le bord de la baignoire qui semblait la descendante directe d'une piscine de taille olympique. Morgan s'appuya contre le mur en face d'elle.

- Je vais la retrouver. Je le dois. Et si Hotch ne passe pas à travers, je vais la tuer. Et même s'il s'en sort, je vais le faire de toute façon. Pour le plaisir.

- Ne dis pas ça, Emily, soupira Morgan en s'affaissant. Elle ne vaut pas la peine d'aller en prison.

Prentiss secoua la tête.

- Laisse-moi donc en juger.

La tête des deux agents pivota lorsqu'un contingent de techniciens ambulanciers débarqua sur les lieux, avec Reid en tête.

Morgan glissa le long du mur, trop fatigué pour de déplacer vers un siège plus confortable que le sol.

- Tu crois qu'elle mentait à propos de Hotch ? Quand elle disait qu'il pouvait nous entendre ? Qu'il savait ce qui se passait autour de lui ?

- Je ne sais pas.

Prentiss ferma les yeux, posa les coudes sur ses genoux et laissa prendre la tête en avant.

- Je ne sais pas. Nous devrons lui demander. Si nous le pouvons.

L'activité régnante dans la pièce adjacente et les voix basses qui discutaient des signes vitaux de Hotch filtraient à travers la salle de panique.

- Ouais. Si nous pouvons.

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Pour satisfaire les règlements du Bureau, Morgan et Prentiss étaient tenus de se soumettre à une évaluation médicale, en dépit de leur assurance répétée qu'il n'y avait rien de mal qui ne puisse être remédié avec simplement un peu de repos et de nourriture.

Ils étaient impatients de poursuivre la chasse après Megan. Au moins à présent, ils pouvaient mettre un nom sur la suspecte, fournissant à Garcia des informations précieuses qui pourraient les aider à dénicher ses cachettes alternatives puisque le penthouse était bouclé. Le personnel du CSI cherchait des preuves, soit pour les aider à trouver la coupable ou pour la mettre hors circuit dans l'attente des poursuites judiciaires.

Jeff-le-portier s'évanouit rapidement dans l'ombre. Personne ne pensait qu'il était suffisamment intelligent pour être un vrai complice, mais Rossi était encore en train de jongler avec l'idée de lancer une alerte sur l'homme afin de le trainer au poste de police et l'interroger.

Pour le moment cependant, l'agent principal avait autre chose en tête.

Les nouvelles informations tourbillonnaient hors de sa portée puisque sa principale préoccupation était Hotch.

Rossi avait laissé les autres poursuivre leur mission comme ils le souhaitaient. Il était à présent à l'hôpital, assis dans la chambre du chef de l'unité, observant son visage pâle et impassible, souhaitant qu'il montre quelque signe de vie. Quelques soient les médicaments que la suspecte avait administré à Hotch, ils avaient déjà été métabolisés par son système. Les médecins avaient informé Rossi que le cortex moteur primaire - la section du cerveau responsable de contrôler les mouvements volontaires des muscles du corps - avait été affecté. Ils gardaient espoir que les effets secondaires se dissiperaient avec le temps, mais tout ce qu'ils pouvaient faire pour le moment était de remplacer les liquides perdus et attendre que leur patient reprenne conscience avant qu'une évaluation satisfaisante ne soit faite.

Ainsi, avec le spectre des lésions cérébrales qui menaçait Hotch, Rossi voulait rester quelques heures à son chevet, afin de veiller son ami en solitaire, avant de rejoindre les autres pour chasser Megan Kane.

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Deux heures après avoir placé un appel au poste de police de Dallas et envoyé une ambulance à son penthouse au moyen d'un cellulaire jetable qu'elle avait ensuite écrasé sous le talon délicat de ses sandales Louboutin, Megan émergea de l'assoupissement dans lequel l'alcool l'avait plongée.

Elle se frotta les yeux, regarda sa montre sertie de diamants et décida qu'il était temps de se lever et de briller. Même s'il était tard.

Megan pensait d'elle-même qu'elle était une sombre étoile. Ou peut-être un trou noir. Elle avait toujours préféré la puissance irrésistible des paillettes ostentatoires. Laissez les autres scintiller et briller. Elle allait ensuite les envelopper, les absorber et les effacer si elle pouvait suffisamment s'en approcher.

Laisser des cadavres était bien plus mémorable que laisser des clients satisfaits. Mais Megan ne voulait pas tuer tous ses clients. Seulement ceux qui le méritaient.

Elle croyait que ses motivations évoluaient sur un plateau plus élevé. Si certains hommes méritaient la mort, elle méritait pour sa part un peu de plaisir afin d'équilibrer la balance. Et elle avait gagné. Aussi sûrement que si elle avait gagné ses maisons et ses bijoux et vêtements et l'anonymat. Megan estimait qu'elle méritait du plaisir à l'état pur.

Peu de temps après, elle prit une douche, essuya sa luxuriante crinière blonde et sentit monter en elle un sourire félin. Elle avait choisi le service d'ambulance avec soin et prévoyance. Elle connaissait l'hôpital de la société favorisée. Il serait facile de vérifier si Aaron y avait été admis.

Elle se dirigea vers son placard, ouvrit les larges portes et fit l'inventaire de son contenu. Elle plissa les yeux. Elle devait faire attention. Mais pas autant que l'on pourrait le penser. Elle connaissait les hommes. Ils remarquaient tout d'abord la silhouette. Ce qui signifiait qu'ils pouvaient se laisser duper simplement par un corps rembourré.

Mais cette femme… Emily… ne se laisserait pas facilement induire en erreur.

Inclinant la tête de côté, Megan exhala un soupir. Elle choisit un jean et un chemisier en soie.

Elle avait des courses à faire avant d'aller voir Aaron.

Mais regardez bien ce qu'elle ferait.