A/N : Je tiens tout d'abord à remercier tous mes lecteurs, à vos messages et vos commentaires, tous plus attendrissants les uns que les autres. Votre soutien est ma force et je tenterai de vous répondre personnellement dès que possible. Merci pour tout... Pour vous remercier, voici un chapitre un peu spécial, je vous expliquerai en fin de chapitre pourquoi ! Bonne lecture...
Rated T
Disclaimer : I do not own Skins. / Skins ne m'appartient pas.
CHAPITRE 21: Au bout du chemin.
Le regard furieux d'Emily était absolument terrifiant. Si les regards pouvaient tuer… Ses narines étaient gonflées et sa mâchoire se contractait en même temps qu'elle serrait les poings. En un instant, elle chargea vers nous et Sophia se retrouva propulser à l'intérieur de son appartement, et je n'eus même pas le temps d'intervenir : Emily était déjà au-dessus de Sophia, la plaquant contre le sol.
"EMILY ARRÊTE !" hurlai-je en la tirant par le pull.
Elle n'écouta pas et lui colla un poing en pleine figure. Je la retirai alors de toutes mes forces et l'immobilisai contre le sol en utilisant mon poids pour l'empêcher de bouger. Je souffrais plus de voir ma petite amie dans cet état que de voir Sophia, le nez en sang. Quand je vis qu'Emily s'était calmée, je la libérai et accourus chez Sophia en examinant son visage. Elle était complètement sonnée et Emily lui avait probablement pété le nez.
"T'es complètement malade, ou quoi ?!" m'exclamai-je en tournant la tête vers Emily.
"Elle l'a mérité."
J'aidai Sophia à se relever pour pouvoir trouver un moyen de calmer l'hémorragie au niveau de son nez. Lorsqu'on arriva près du lavabo, je me retournai moins d'une seconde pour trouver de quoi limiter les dégâts, mais me retournai instantanément après avoir entendu un autre bruit sourd. Emily venait de frapper Sophia à nouveau en plein visage et elle s'effondra à nouveau sur le sol. Ce fut cette fois mon tour d'agripper Emily par le col et la repousser du plus violemment que je le pus. Elle résista cependant incroyablement bien et continua de la ruer de coups. Je hurlais en la sommant d'arrêter, mais elle n'écoutait pas. Je la tirai de toutes mes forces, mais elle était plus forte que moi.
"Emily, je t'en prie, arrête !" m'exclamai-je en pleurant.
"Pourquoi ?" demanda-t-elle, de manière enfantine.
Il fallait que je trouve une réponse qui la ferait arrêter. Je déroulai de petits scénarios dans ma tête pour trouver la bonne réponse à sa question, puis soudain j'eus une idée.
"Parce que je l'aime, ok ?"
"Quoi ?" demanda-t-elle en lâchant sa prise.
"Sil-te-plaît, Em…" demandai-je. "Je l'aime, ne lui fais pas de mal."
Je savais que c'était horrible de jouer sur les sentiments. Je savais que j'allais blesser Emily en disant ça. Mais quel autre choix avais-je ? Je ne voulais pas que ma petite amie finisse en prison. Je ne voulais pas qu'elle blesse mon amie au point de la voir dans un lit d'hôpital. Il fallait malheureusement que j'emploie la manière forte, quitte à lui briser le coeur.
Ma technique avait apparemment marché. Emily se recula lentement de Sophia, puis fit volte-face, en ne veillant même pas à regarder dans ma direction avant de partir. Elle courut vers la sortie et partit sans dire un mot. Je fondis en larmes presque aussitôt, mais fus tout de même soulagée de voir que Sophia reprenait peu à peu ses esprits.
Pendant l'heure qui suivit, j'aidai Sophia à soigner les blessures qu'elle avait accumulées. Je me sentais coupable de son état et je ne voulais pas la laisser comme ça. Elle était encore trop sonnée pour me poser des questions, et cela me permit de rester dans mes pensées. Je ne pensais qu'à Emily. Je ne voulais que rien ne lui arrive. Je l'aimais toujours autant et le simple fait de lui avoir menti me détruisait de l'intérieur.
Je sortis mon téléphone et ignorai tous mes messages précédents en envoyant un sms à Katie.
Retrouve Emily au plus vite et assure-toi qu'il ne lui arrive rien.
J'eus à peine le temps de poser mon portable sur le sol pour m'occuper à nouveau de Sophia qu'il se mit à sonner de façon incessante. Je décrochai donc au bout de la quatrième sonnerie en portant l'engin à mon oreille.
"QU'EST-CE QUI S'EST PASSÉ ET COMMENT TU VEUX QUE JE SACHE OÙ ELLE EST ?!" hurla-t-elle dans le combiné.
"Katie, calme-toi-"
"QUE JE ME CALME ?!" s'exclama-t-elle encore. "TU AS LU LE MESSAGE QUE TU M'AS ENVOYÉ ?!"
"Je sais Kat-"
"ALORS POURQUOI TU ME DEMANDES DE ME CALMER ?! JE VEUX SAVOIR CE QUI S'EST PASSÉ, ET TU AS PLUTÔT INTÉRÊT À M'EXPLIQUER ÇA CLAIREMENT DANS LA MINUTE QUI SUIT !"
Katie était folle de rage et je ne pouvais pas lui en vouloir. Je lui devais effectivement des explications, mais le temps pressait.
"Quand je me suis cassée du café, j'ai rencontré Sophia et je suis rentrée avec elle. On a fini par coucher ensemble, et Emily l'a su. Aussi immature que ça puisse paraître, Emily avait menti en disant qu'elle avait couché avec Karen pour me tester-"
"QUOI ?!"
"Oui, c'est débile, je sais… Bref, elle a ensuite menacé de tuer de Sophia, alors j'ai couru chez elle, mais Emily nous a surprises en train de nous embrasser-"
"Mais putain qu'est-ce qui va pas chez toi ?!"
"C'est elle qui m'a embrassée !" m'exclamai-je de manière enfantine. "Et Emily lui a sauté dessus et l'a plaquée au sol… Si je n'étais pas intervenue, elle lui aurait probablement fait la peau…"
"Oui, ça m'étonne pas. Elle est devenue hyper agressive depuis… l'incident."
"Il faut que tu la retrouves." dis-je lorsque je vis qu'elle s'était calmée.
"Pourquoi tu ne la cherches pas ?"
"Il faut que je reste avec Sophia." répondis-je. "Elle lui a… refait le portrait…"
"Je vois. Je t'envoie un message dès que je l'ai retrouvée."
"Merci Katie."
Elle raccrocha sans répondre, apparemment toujours énervée par les événements. Mais encore une fois, je ne pouvais pas lui en vouloir.
Trois heures plus tard, j'étais toujours en attente d'un message de Katie. Sophia était encore allongée sur le canapé et semblait se réveiller peu à peu, mais sa joue était salement amochée. Je lui avais préparé quelque chose à manger et avais mis de la glace sur son visage en espérant qu'il n'y aurait pas trop de traces les jours suivants.
"Je suis désolée, Naomi…" murmura-t-elle. "Je voulais pas que tout ça arrive, je te jure-"
"Chhhh…" dis-je. "Rien de tout ça n'est de ta faute, ok ? C'est moi qui a dépassé les bornes hier soir…"
"Ça se voit que tu l'aimes…" ajouta-t-elle. "Et ça se voit qu'elle t'aime aussi. Et si j'avais vu ça plus tôt… j'aurais probablement pas insisté autant… Je veux simplement que tu sois heureuse. Et je crois que… je crois que j'ai été égoïste de croire que toi et moi ça pourrait marcher. Mais quand je vois comment tu la regardes… et quand je vois comment tu me regardes… Je ne me fais pas trop d'illusions… Tu l'aimes, ça crève les yeux."
J'avais les yeux remplis de larmes. D'abord parce que je me rendis compte que j'avais probablement donné de faux espoirs à Sophia, mais surtout parce qu'elle avait raison : j'aimais Emily à un point inimaginable et ce qui s'était passé hier soir avait détruit notre couple, mais aussi le coeur de mon amie.
"Je suis tellement désolée, Sophia…" lui dis-je en essuyant mes larmes.
"Hey…" chuchota-t-elle en posant sa main sur mon bras. "C'est pas grave, je m'en remettrai…"
Au moment où elle finit sa phrase, la sonnerie de mon portable retentit à nouveau, indiquant que j'avais un nouveau message. Alors que j'espérais voir le nom de Katie affiché, ce fut celui d'Effy qui m'indiqua qu'elle m'avait contactée.
On a retrouvé Emily. Elle va bien. Katie est furax, c'est préférable si tu restes chez toi aujourd'hui. Eff x
Super. En plus de m'être énervée avec elle par téléphone, elle l'est encore plus maintenant qu'elle l'a retrouvée et ne veut pas me voir. Je m'excusai rapidement auprès de Sophia, la remerciant encore d'avoir été présente ces deux derniers jours, puis repartis chez moi. Ma mère n'était pas là, et même si j'étais très heureuse qu'elle voit Kieran de manière régulière, j'avais besoin de sa présence auprès de moi. C'était dur de rentrer à la maison et de l'attendre alors que tout allait mal.
Deux jours plus tard, j'étais à nouveau à l'appart et Katie ne m'avait toujours pas re-contactée et ne répondait pas à mes appels. Effy avait essayé de proposer une sortie en ville à Katie, mais celle-ci avait refusé toutes ses demandes, prétextant qu'elle était fatiguée. Elle nous faisait visiblement la gueule, et je présumais qu'Emily avait dû lui raconter sa version de l'histoire.
C'était invraisemblable, quand on y pense. La situation avait pris une tournure presque dramatique en quelques jours. Tout allait pourtant si bien jusqu'à Noël. Jusqu'à ce qu'Emily s'ouvre pleinement à moi. Peut-être était-ce trop tôt ? Je n'étais pas bien sûre de savoir ce que j'avais fait de mal pour réveiller l'ancienne Emily, celle que je ne désirais jamais plus revoir, mais elle était bel et bien là, et elle m'effrayait.
Quand Effy me réveilla le troisième jour pour me rappeler qu'on reprenait les cours, je n'avais absolument pas envie de me lever. Avec toutes les peines du monde, elle réussit cependant à me faire sortir du lit et je trainai les pieds pour arriver jusqu'à mon amphi.
À quelques mètres de moi seulement se tenait Katie. Elle avait les bras croisés sur son torse et le regard froid. Pour la première fois, elle portait des vêtements qui ne semblaient pas avoir été confectionnés par des grands couturiers et son visage n'était presque pas maquillé, laissant alors apparaître ses cernes et son manque de sommeil évident.
Je m'approchai d'elle, cependant, ne voulant surtout pas l'ignorer après tout ce qui s'était passé. Elle leva le regard quand je me retrouvai à seulement trois pas d'elle. Ses yeux qui fixaient d'abord le néant vinrent alors se poser sur moi et son regard glacial me pétrifia. En un éclair, elle projeta sa main droite contre ma joue avec force et rapidité. Je ne protestai pas cependant, elle avait très certainement ses raisons et j'attendais qu'elle m'explique pour pouvoir lui donner ma version des faits.
"T'avais promis, Campbell !" s'exclama-t-elle. "T'avais promis de ne pas la blesser, et tu l'as quand même fait !"
Je m'apprêtai à répondre, mais elle me repoussa par les épaules en laissant échapper quelques larmes. Je stoppai net mes actions, et elle s'arrêta encore une fois devant moi avant de rentrer dans la salle.
"Reste loin d'elle, s'il-te-plaît." dit-elle calmement. "Elle le vit très mal, tu comprends ?"
Je hochai la tête et baissai le regard en soupirant.
"Et je crois que c'est mieux si on prend des distances, toi et moi." ajouta-t-elle. "Il faut que je sois là pour ma soeur. La soutenir, tu comprends ?"
Je hochai à nouveau la tête, me rendant alors compte que je venais de perdre à la fois ma petite amie, mais aussi sa soeur qui était devenue ma meilleure amie. Lorsqu'elle entra dans l'amphithéâtre sans même regarder derrière elle, je compris que je ne serai alors pas la bienvenue pour m'assoir à ses côtés. Je pris alors l'une des dernières places disponibles de la salle, isolée sur le côté, me laissant alors seule dans mes pensées.
Un mois avait maintenant passé et Katie refusait toujours de me parler. Du moins, elle m'ignorait totalement. Je n'essayais cependant pas d'entrer en contact avec elle, jugeant que c'était à elle de choisir si elle voulait qu'on rétablisse un dialogue ou non. Je n'avais pas revu Emily non plus. Elle ne venait plus en cours. JJ m'avait adressé la parole une seule fois depuis nouvel an et ne l'avait pas revue depuis. Personne n'était réellement entré en contact avec elle ces derniers temps et j'étais donc sans nouvelle. J'avais voulu voir s'il y avait des nouvelles d'elle sur Facebook, mais elle semblait avoir désactivé son compte. Cette nouvelle année avait mal commencé, et mon chagrin n'avait pas diminué depuis l'incident. Je me demandais comment j'allais pouvoir aller de l'avant sans elle, car j'avais l'impression que mon monde venait de s'écrouler.
"Dédramatise, Naomikins." me dit calmement Effy, en prenant une grande inspiration de cigarette.
Je détestais sa façon de prendre les choses. Effy avait le chic pour trouver les phrases qui m'énervaient encore plus. Je ne savais pas exactement comment elle s'y prenait, mais chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, j'avais envie de lui enfoncer mon poing en pleine figure. Elle semblait prendre la situation à la légère, comme si rien de grave ne s'était passé.
"Comment tu veux que je dédramatise, Stonem ?" répliquai-je, sur la défensive. "Mon meilleur ami s'est barré à l'étranger et je ne sais absolument pas où, ma mère est furax contre moi et c'est tout juste si on s'adresse encore la parole, ma petite amie et sa soeur refusent de me parler parce que j'ai couché avec quelqu'un d'autre, et comme si les choses n'allaient pas assez mal, ma colloc me demande de dédramatiser comme si la situation n'avait rien de grave ! Alors excuse-moi de m'énerver un peu !"
Je n'avais pas vraiment le droit de m'énerver contre Effy. Elle n'avait rien fait de mal, dans le fond. Je n'aimais juste pas son comportement ces temps-ci. Elle agissait comme s'il ne s'était rien passé alors qu'elle avait assisté à la scène du café. Elle savait aussi ce qui s'était réellement passé. Je lui avais raconté qu'Emily avait menti en disant qu'elle avait couché avec Karen. Je lui avais aussi dit ce qui s'était passé le mois dernier quand Emily avait attaqué Sophia dans son appartement. Mais malgré tout, elle restait de marbre. Peut-être était-ce la réaction à adopter finalement. Je n'avais probablement pas besoin de quelqu'un qui soit entièrement d'accord avec moi à longueur de journée, ou j'aurais peut-être déjà perdu la tête. Car il fallait l'avouer, depuis que je ne voyais plus Emily, j'étais devenue insupportable. J'ignorais totalement Sophia et la seule personne à qui je parlais encore, c'était Effy (et Freddie, quand il passait à l'appart).
Lorsque le jour du quatorze février arriva, j'étais d'une humeur intolérable. Effy l'avait probablement ressenti et m'avait clairement dit qu'elle passerait les deux prochains jours avec Freddie pour me laisser du temps à moi. En d'autres termes, elle voulait simplement éviter mes commentaires sarcastiques sur cette fête débile. Bien sûr, aujourd'hui, Sophia avait déposé une rose et une carte de saint Valentin devant ma porte. L'attention me toucha, et je devais avouer que la remballer encore une fois me faisait mal au coeur, mais elle savait à quoi s'en tenir. Elle me répéta encore une fois dans sa lettre qu'elle ne cherchait pas à m'amadouer en m'envoyant de belles paroles, mais me rappela simplement qu'elle pensait à moi et que ses sentiments pour moi n'avaient pas changé. Je la remerciai donc par texto et lui proposai d'aller boire un verre ensemble le soir-même. Je sais ce que vous pensez : c'est terrible de donner de faux espoirs à cette fille, lui faire croire que je commençais petit-à-petit à développer des sentiments pour elle. Peut-être bien. Mais aussi égoïste que ça puisse paraître, j'avais terriblement besoin de quelqu'un qui me remonte le moral, quelqu'un qui soit à mes côtés ces derniers temps.
Alors oui, je n'avais pas été une sainte avec ma petite amie, et encore moins avec celle avec qui je l'ai trompée, mais j'étais véritablement au bord du gouffre, et Sophia était là. Comme toujours.
Bon d'accord, la saint Valentin ne s'est pas exactement déroulée comme prévu. J'aurais normalement dû voir Sophia pour boire un verre uniquement, mais il se trouve que j'ai fini par boire un peu trop et coucher avec elle. Encore. C'était une mauvaise idée. Une mauvaise décision. Une très mauvaise décision. D'abord parce que je détestais coucher avec quelqu'un simplement pour le sexe, mais surtout parce que depuis, Sophia a décidé de m'accompagner à l'université tous les matins. Comme si j'en avais besoin… Mais puisqu'elle était la seule personne qui me parlait encore, sa présence ne me dérangeait pas. Ce qui me dérangeait le plus cependant, c'était qu'elle agissait comme ma petite amie. Bien sûr, elle avait des raisons de penser que c'était le cas, sans compter le fait que je ne lui avais pas exposé clairement mon point de vue; mais je ne voulais pas être la petite amie de Sophia Moore. Imaginez alors mon étonnement lorsqu'elle me posa la question suivante :
"Naoms… Ça fait quelques temps que j'y pense maintenant… Et je me disais qu'on pourrait peut-être… être un peu plus officielles ? S'afficher ensemble, comme un vrai couple ?"
"Je ne sais pas…" avouai-je et vis instantanément la déception dans son regard. "Je veux dire… J'ai besoin d'un peu de temps pour y réfléchir, tu comprends ?"
"Ouais, bien sûr !" répondit-elle avec un sourire triste.
"Je t'appelle plus tard." lui dis-je en embrassant sa joue.
Je partis alors à l'intérieur du bâtiment, encore bouleversée par sa question. Je ne savais véritablement pas quoi répondre. Je ne pouvais bien évidemment pas lui dire qu'elle ne m'intéressait absolument pas et que notre "couple" n'avait aucun avenir puisque je savais que je n'éprouverai jamais aucun sentiment pour elle. Mais d'un autre côté, ça me faisait de la peine de la laisser dans l'attente d'un changement, dans l'espoir qu'on pourrait évoluer positivement.
En me dirigeant vers le hall principal, je fonçai involontairement et avec force dans quelqu'un. On s'excusa en même temps, puis je vis qu'il s'agissait de JJ, qui écarquilla immédiatement les yeux en me voyant.
"Naomi !" s'exclama-t-il. "Salut !"
"Salut JJ." répondis-je, légèrement amusée par sa réaction. "Toujours pas de nouvelle d'Emily ?"
"Si, elle…" s'interrompit-il en mettant sa main à sa bouche, causant un froncement des sourcils de ma part. "Je veux dire, non, elle… Euh… Elle est-"
"JJ ?" demandai-je, le regard grave, lorsque je vis qu'il buggait en essayant de me mentir.
"Elle m'a demandé de ne rien te dire…" avoua-t-il.
"Très bien." répondis-je froidement en continuant mon chemin.
Je savais qu'il n'y était pour rien et qu'il ne faisait que respecter les ordres d'Emily, mais je ne pouvais m'empêcher d'agir de cette façon. J'étais tellement énervée et le manque total d'information la concernant m'inquiétait.
Quelques mètres plus loin, j'aperçus Mini et Michelle de dos, apparemment engagées dans une discussion avec d'autres personnes. Lorsque j'arrivai à leur niveau, je m'apprêtai à leur parler lorsque je vis qu'elles étaient en réalité en face de Karen et Emily.
Mon coeur fit alors un bond dans ma poitrine, comme si quelqu'un avait introduit sa main à l'intérieur de mon thorax, compressant mon organe vital avec force et rapidité. J'avais du mal à respirer, et je n'étais pas sûre de voir exactement ce qui se passait autour de moi, ne prêtant attention qu'à la figure si parfaite de celle qui était il y a encore quelques temps, ma petite amie. Elle était si belle et si rayonnante que j'en avais presque mal au coeur. Je souffrais de la voir aller si bien alors que je passais des journées abominables depuis des jours et des jours. Je souffrais de la voir sourire alors que ma bouche restait en ligne horizontale. Mon coeur brûlait de douleur lorsque je la vis enrouler son bras autour du corps de la brune. Mes yeux pleuraient des larmes de haine, de dégoût et de souffrance lorsque je les vis sourire l'une à l'autre. Me tenir à seulement quelques pas d'elles me broyait sur place et je ne pouvais pas rester une seconde de plus.
En prenant la direction opposée, j'entendis mon prénom être appelé. Je ne me retournai pas cependant, sachant pertinemment que l'intéressée allait se joindre à moi d'une seconde à l'autre. Et en effet, Effy arriva à mes côtés quelques instants plus tard. Elle posa sa main sur mon épaule, et je compris qu'elle était là pour me réconforter, car elle avait probablement elle aussi vu ce qui s'était passé.
"Hey Naoms, je t'ai vue arriver avec Sophia ce matin !" dit-elle, faussement enthousiaste.
"Comme tous les matins, oui." répondis-je froidement, créant alors un blanc gênant. "Désolée, Eff… J'apprécie le fait que tu essayes de m'aider à passer à autre chose, mais c'est d'une amie dont j'ai besoin… Pas d'une fille qui me balance des phrases inutiles pour faire croire qu'elle en a quelque chose à foutre."
"J'en ai quelque chose à foutre, Naoms." dit-elle sur le qui-vive.
"Ah ouais ?" dis-je en riant faussement et en marchant d'autant plus vite à travers l'amas de monde.
"Ouais. Et si tu arrêtais de te lamenter sur ton sort toute la journée, tu te rendrais compte que je ne suis pas la seule. Ta mère se fait du soucis pour toi, Freddie aussi, et même Katie putain !" affirma-t-elle, énervée.
"Depuis quand tu parles à Katie ?"
"Depuis que j'ai remarqué qu'elle ne vivait pas mieux que toi toute cette situation." répliqua-t-elle. "Ça lui fait mal de voir sa soeur et sa meilleure amie souffrir pour des conneries."
"C'est vrai qu'Emily a l'air de souffrir." dis-je de façon sarcastique.
"C'est le cas." dit la brune. "Elle porte un masque. La Emily que tu as vue ce matin ne montre pas son vrai visage. Elle a beau s'afficher avec Karen comme si de rien était, on voit qu'elle a pleuré. Pourquoi tu crois qu'elle a loupé toutes ces semaines de cours ?"
Effy me regarda en haussant un sourcil et je dus admettre qu'elle avait raison. J'avais beau essayé de me convaincre que je souffrais plus qu'elle, elle ne semblait pas aller aussi bien qu'elle le faisait croire. Ses traits étaient tirés, et on pouvait voir la fatigue et la douleur imprégnées sur son visage malgré le maquillage. Mais je n'arrivais pas à me convaincre d'aller lui adresser la parole. C'était bien trop dur, et j'étais bien trop faible.
Un mois plus tard, les choses n'avaient pas beaucoup changé. Je n'avais toujours pas dénié adresser un mot à Emily (ni même un regard à vrai dire) et mon histoire avec Sophia n'avait pas avancé. Je la voyais beaucoup moins et je commençais à me porter mieux. Je crois que je me remettais petit-à-petit de ce qui s'était passé, et peut-être que j'arriverai un jour à mettre définitivement un trait sur tout ça.
Je n'avais toujours pas de nouvelle de Cook. C'est comme s'il avait disparu de la surface de la Terre. Je n'étais toujours pas exactement certaine de ce qu'il avait fait, mais ça m'était égal. Tout ce qui importait à mes yeux, c'était qu'il aille bien. Mais le fait est que j'avais besoin de lui. Car malgré tous les efforts qu'Effy et ma mère faisaient pour que j'aille mieux, c'était dur d'aller de l'avant sans lui. Je lui avais envoyé des mails, mais ils étaient restés sans réponse. Je lui avais écrit des lettres, mais je n'avais aucune adresse où les envoyées. J'avais essayé de l'appeler, mais c'était toujours sur sa messagerie que j'entendais sa voix.
J'avais besoin de mon meilleur ami, et même si je commençais à aller mieux, il n'était pas là.
Fin Avril, alors que la date de mes exams approchaient, j'avais véritablement l'impression d'aller mieux. Emily et moi ne nous étions toujours pas parlées, mais je n'en avais réellement plus rien à foutre. J'allais définitivement mieux, et peut-être était-ce parce que j'étais plongée dans mon travail du matin au soir pour réussir mes épreuves. Cette surcharge de révisions m'avait aussi permis d'éviter Sophia un maximum. Ce n'était pas très juste pour elle, mais je crois qu'elle avait fini par comprendre qu'on ne pourrait jamais être ensemble, malgré tout le mal qu'elle s'était donnée.
Mais cette impression de presque-bonheur s'évapora lorsque j'ouvris mes mails et vis que Katie Fitch m'avait envoyé un message. J'avais d'abord peur de le lire, pensant qu'elle allait probablement me faire d'autres reproches. En lisant les premières lignes, je vis alors que j'avais tort, car ce n'était en fait qu'une invitation à la fête de fin d'année qu'elle avait organisée. Après avoir lu le message sept fois, je considérai attentivement l'offre, puis secouai la tête, refusant de me rendre à cette soirée.
"Ne pense même pas rester chez toi le douze mai, Campbell !" me dit Effy en s'asseyant sur le canapé.
"Putain c'est pas vrai, comment tu savais que j'étais en train de lire l'invitation de Katie ?!" m'exclamai-je.
"Tu n'étais pas en train de la lire, Naoms." répliqua-t-elle. "Tu la relisais pour la quarante-septième fois en te demandant quelle excuse tu allais bien pouvoir trouver pour ne pas t'y rendre."
"Mais-"
"Ta gueule, Campbell." m'interrompit la brune. "Tu sais que j'ai raison. Et tu sais aussi que tu meurs d'envie d'y aller…"
"Non, j'ai-"
"Mais tu es juste trop lâche pour t'y rendre." ajouta-t-elle. "C'est pour ça qu'on va y aller ensemble."
"Non, tu rêves."
"Si."
"Non !" m'énervai-je. "Je n'ai pas envie de voir Emily, et elle non plus. Je n'ai rien à faire là ce soir-là et je préférerais passer une soirée tranquille plutôt que de voir mon ex aux bras d'une autre."
"Pas plus tard que la semaine dernière, tu m'as dit -et je cite- que tu n'en avais 'plus rien à foutre où' Emily mettait 'sa langue'." dit-elle en utilisant ses doigts pour citer mes paroles.
"C'est le cas." répliquai-je. "J'en ai rien à foutre. Elle fait ce qu'elle veut."
"Très bien, tu viens avec moi le douze dans ce cas !"
Je n'eus alors aucun autre choix que d'accepter la demande d'Effy. Au fond de moi, je savais qu'elle avait raison et que me rendre à cette soirée était important pour moi. J'avais secrètement envie de revoir Emily, et je voulais absolument renouer un lien avec Katie. Et il fallait aussi l'avouer, j'avais sérieusement besoin d'un break dans mes études. Après avoir bossé plus de deux mois dans mes bouquins non-stop en ne m'accordant presque aucune sortie, cette soirée allait me rendre la pêche.
Le rythme de la musique battait à plein régime dans la maison des Fitch's, et j'étais surprise de voir qu'il y avait encore plus de monde que la dernière fois. Mes yeux cherchaient involontairement la tignasse rouge que j'espérais secrètement revoir, mais je ne vis que Katie, qui se tenait devant la table où étaient posées toutes les bouteilles. Effy m'y emmena en me tirant par le bras et Katie nous offrit un large sourire.
"Il y a un max d'étudiants, ce soir." affirma Effy.
"Ouais, c'est de la folie." répondit Katie en regardant aux alentours. "Et j'ai dû gérer ça toute seule, puisque ma connasse de soeur a décidé de foutre le camp je ne sais où en plein milieu d'aprem."
"Pourquoi ?" demandai-je, soudain intriguée par l'évocation d'Emily.
"C'est une véritable peste depuis des semaines…" soupira Katie, et Effy me lança un regard qui voulait dire 'Je te l'avais dit !'. "Elle s'est engueulée avec Karen sans aucune raison, et même si je déteste cette salope, pour une fois elle n'y était pour rien ! Et comme si ça ne suffisait pas, ma mère a surenchéri en demandant pourquoi Naomi ne venait plus à la maison. Résultat, Em a décidé de se défouler sur le piano du salon. Pas la peine de préciser qu'il est complètement foutu."
"Je croyais qu'elle adorait ce piano." dis-je, perplexe.
"C'est le cas." répondit Katie. "Mais… à chaque fois que les choses allaient mal, vraiment très mal, ma mère le mettait sous clef pour ne pas qu'Emily s'enferme dans cet espèce de monde rien qu'à elle… C'est ce qu'elle a fait ce matin avant de partir, pour ne pas qu'Emily retrouve son mutisme pendant qu'ils ne seraient pas là. C'était une mauvaise idée… Ma mère va péter un câble quand elle va voir l'état du truc…"
Je soupirai, encore et toujours déconcertée par la façon dont Emily réagissait face à des situations difficiles. Elle pouvait se montrer très violente, je le savais, et c'était véritablement l'une des seules choses que je détestais chez elle. Tout cette histoire me fit alors penser à Emily. Encore et toujours Emily. Alors que je croyais que j'avais réussi à presque tirer un trait sur notre passé, l'histoire de Katie fut comme un poignard dans l'abdomen. Peut-être étais-je égocentrique, mais j'avais l'impression que j'étais plus ou moins la cause de ses colères. Il fallait que je la vois.
Je m'excusai auprès d'Effy et Katie pour trouver un endroit plus calme où je pourrais penser tranquillement, puis me dirigeai vers la cuisine. Comme d'habitude, il y avait bien trop de monde et je pris donc la porte à côté des toilettes. Je m'étonnai de voir que je n'étais jamais entrée dans cette partie de la maison, et qu'il n'y avait, à ma grande surprise, personne à l'intérieur. C'est en fermant la porte derrière moi que je vis où j'avais mis les pieds. C'était un espèce d'entrepôt, probablement la continuité de la cave des Fitch's, et le piano en ruine se tenait au milieu de la pièce. Il était fendu au milieu, comme si Emily avait violemment frappé le centre de l'instrument avec une batte de baseball. Il manquait quelques touches et la partie arrière semblait aussi avoir subi quelques coups. Ce n'était qu'un instrument, mais je ressentais comme de la compassion pour lui, triste de le voir dans un état pareil. Je m'approchai doucement du piano et en caressai les bords. À ce moment précis, la porte de la pièce s'ouvrit et je me retournai instantanément. Emily se tenait à l'entrée, accoudée contre le mur, me fixant de ses yeux noisettes. Elle ferma ensuite la porte derrière elle et marcha d'un pas lent dans ma direction. Plus elle se rapprochait, plus je pouvais voir que son visage affichait des signes de fatigue, mais aussi des cernes qui n'étaient pas seulement dû au manque de sommeil, puisque ses joues boursoufflées laissaient penser qu'elle avait dû pleurer un long moment.
"Ta soeur se fait du soucis pour toi." dis-je.
"Ma soeur ?" demanda-t-elle en riant et je ne répondis pas. "Et toi ?"
"Moi aussi." avouai-je, puis je me retournai vers le piano. "Pourquoi t'as fait ça ?"
"Je me suis énervée."
"Pourquoi ?"
"Parce que je t'ai laissée partir alors que tu étais la meilleure chose qui me soit arrivée." répondit-elle sincèrement, sans me quitter des yeux.
J'étais incapable de répondre ou même de bouger mes membres. En une phrase seulement, Emily avait réussi à détruire les barrières que je m'étais forgée depuis des semaines pour réussir à lui faire face. J'aurais voulu être plus forte, pouvoir résister à cette envie de la prendre dans mes bras, de la serrer contre moi, de l'embrasser passionnément, mais c'était impossible. L'envie semblait ne pas vouloir disparaître et elle semblait connaître mes faiblesses à la perfection.
Oui, Emily Fitch savait parfaitement comment me rendre vulnérable, et alors que je croyais qu'elle allait utiliser cet atout contre moi, je remarquai que des larmes coulaient déjà le long de ses joues. Alors que j'avais cru avoir perdu la personne que j'aimais il y a longtemps, je m'aperçus qu'elle se tenait en réalité devant moi à ce moment-même. La sincérité de ses propos précédents me toucha alors de plein fouet, et je dus me retenir pour ne pas l'embrasser sur le champ.
"Tu sais que ce n'est pas simplement avec de belles paroles qu'on va pouvoir tirer un trait sur ce qui s'est passé." lui rappelai-je.
"Je sais."
"L'amour est une chose compliquée." ajoutai-je. "Ça demande du temps… pour qu'on puisse chacune réussir à avancer dans la même direction."
"Qu'est-ce que je suis censée comprendre ?" demanda-t-elle, exaspérée.
"Pour l'instant, toi et moi, on est bien trop différentes… On a beau faire croire que tout allait bien, c'était pas le cas. Et pour reprendre ma métaphore précédente : on avance sur des chemins qui sont très proches l'un de l'autre; mais sans jamais se croiser. Et j'ai espoir que nos deux chemins finissent par ne faire plus qu'un au bout du compte. Mais tant que c'est pas le cas, il va y avoir beaucoup de travail à faire."
"Donc en gros, si je te comprends bien, tu veux qu'on prenne des distances l'une de l'autre pour pouvoir faire le point sur notre relation ?"
"Oui." répondis-je en hochant la tête. "Mais pas comme ce qu'on est en train de faire maintenant. Je veux qu'on fasse toutes les deux des efforts pour qu'on puisse reconstruire quelque chose… Tu comprends ?"
Emily hocha simplement la tête tout en prenant une grande inspiration. Elle luttait contre les larmes tout comme j'étais en train de le faire au même instant. C'était incroyablement dur d'avoir cette conversation avec elle, mais c'était aussi nécessaire.
"Si tu es convaincue qu'on est… 'faites l'une pour l'autre'," dis-je en levant les yeux au ciel (quel cliché j'étais devenue…) "on finira par se retrouver au bout du chemin."
Elle essuya une larme et tenta de garder la tête haute, en essayant de ne rien laisser transparaître. Je voyais cependant que j'étais en train de l'abattre plus bas que terre, en lui expliquant que je n'allais pas oublié de si tôt toutes nos erreurs. Et pour une fois, je me félicitai de lui avoir tenu tête. J'étais étrangement heureuse d'avoir réussi à lui dire tout ça. Après tout, même si la voir comme ça me broyait de l'intérieur, cet espèce de "break" ne pouvait que nous être bénéfique. Je ne savais pas encore ce qu'il allait entraîner, mais je savais qu'on finirait par se retrouver, au bout du chemin.
C'est en me retournant encore une fois sur le lit que je me rendis compte que la Naomi que j'étais à l'époque avait encore beaucoup de choses à apprendre sur la vie. Je ris en repensant à ces années de fac, qui me semblaient si loin dans le passé. Tellement loin que je me demandais alors si Emily Fitch se souvenait encore de cette discussion qu'on avait eu, il y a de ça des années.
"Love is taking a few steps backward (maybe even more) to give happiness to the person you love." - Winnie the Pooh.
A/N : Comme le suggère le paragraphe en italique, nous voilà revenus de ce long flashback dans les pensées de Naomi. Ce chapitre conclu donc la première partie de cette histoire, et je vous prévois pas mal de surprises pour cette seconde partie à venir (je dis bien "seconde", car je ne compte pas en faire de troisième !) Je vous promets de faire au mieux pour écrire la suite au plus vite, mais j'ai un nouveau job auquel je tiens énormément, et j'ai peu de temps libre... Comme toujours, laissez-moi votre opinion sur ce chapitre ! À la prochaine !
