Auteur : Nat.
Disclaimer : Rien n'est à moi, tout est au vénéré Tolkien.
Warnings : Ce recueil de OS est peut-être un peu déprimant… Un peu.
° 21 °
Elros est assis à la grande table, tournant et retournant entre ses doigts le délicat petit objet de bois et d'argent –un porte-plume. Maglor s'occupe à remplir attentivement deux petits encriers. Elrond, à genoux sur le siège de sa chaise, observe avec circonspection la feuille de parchemin posée devant lui. Il s'est vu traîné là par son frère, le harpiste ignore comment, et scrute à présent ses ustensiles d'écriture comme s'il s'attendait à ce qu'ils lui sautent à la gorge. Remarquant soudain le regard de Maglor sur lui, l'enfant cligne des paupières et son petit visage retrouve son impassibilité habituelle.
Le fils de Fëanor enseigne patiemment aux jumeaux comment tenir et poser la plume sur le parchemin, comment tracer de beaux pleins et d'élégants déliés. Elros s'attelle à l'exercice avec enthousiasme et s'évertue à écrire son nom sur plusieurs lignes. Après un dernier regard méfiant, son double se décide à saisir son propre porte-plume et à tracer quelques lettres sur sa feuille. Se concentrer sur sa tâche semble lui faire oublier la situation dans laquelle il se trouve et qui lui déplaît tant.
« Maglor, couine tout-à-coup Elros en agitant une petite main affolée, Maglor, j'arrive plus. Venez m'aider ! »
La spontanéité et le naturel avec lequel il s'adresse à l'adulte fait sourire ce dernier –et sursauter violemment Elrond. L'elfe chanteur se penche sur le garçonnet et referme ses longs doigts blancs sur ceux du semi-elfe, rectifiant leur position sur le porte-plume. Il en trempe la pointe dans l'encrier avant de l'approcher de la surface parcheminée et de tracer une lettre.
« Voilà, comme ça. Continue ainsi. C'est très bien, Elros. » Murmure-t-il en glissant ses doigts dans les cheveux bruns du petit garçon qui lui sourit.
Puis il se tourne vers Elrond et s'agenouille pour se trouver à son niveau.
« Et toi, Elrond, comment te… ? »
Maglor ne termine pas sa phrase. Il perçoit l'éclat de la lumière se reflétant sur le métal, et une vive douleur à l'œil droit l'aveugle.
Elros crie. Une chaise se renverse. Le reste se perd dans la confusion.
C'est Maedhros qui lui apprend, un peu plus tard, alors que le guérisseur nettoie avec attention son visage ensanglanté, qu'Elrond a tenté de l'éborgner avec la pointe de son porte-plume. Il n'a manqué l'œil que de quelques centimètres, paraît-il, mais fort heureusement la pointe métallique de l'objet a seulement percé la peau et heurté l'os de la pommette. Aucun nerf n'a été atteint. Il n'en gardera aucune séquelle.
Juste une petite cicatrice blanche, à peine plus longue qu'un ongle, qui disparaîtra avec le temps.
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