Note de l'auteur : Bon ben Internet a décidé de prendre la poudre d'escampette toute l'après midi, donc j'ai pu finir ce chapitre. Bonne lecture !
- Stefan, pourquoi tiens-tu ton épée comme si tu tenais un vulgaire outil ?
- Parce que j'ai jamais tenu d'épée de ma vie, tiens ! Connard !
Léan roula des yeux et préféra ne pas relever l'insulte. Stefan avait toujours eu un langage de charretier et quelques années en tant que paysan ne l'avaient visiblement pas arrangé. Excalibur râlait d'avoir été relégué au rang de « vulgaire outil ». Il était une épée magique lui ! Un esprit destructeur, la flamme du chaos ! Pft, il aurait mieux fait de rester avec Nolwenn qu'avec ce barbare qui serrait sa garde comme s'il s'apprêtait à couper du bois avec sa lame. Malheureusement, sa rousse n'avait plus de pouvoirs et il était parfaitement inutile entre les mains d'une non mage (sans compter qu'il la tuerait sans le vouloir).
Conclusion : Il allait devoir supporter le barbare paysan roux.
Dure vie que la sienne.
- STEEEEEF !
Le petit roux se retourna et écarquilla les yeux. Il lâcha sans aucune pitié son épée (qui protesta vivement et jura que c'était la dernière fois qu'elle se laissait traiter ainsi) pour courir en la direction du cri.
- CHRIIIIIIIS !
Le brun l'attrapa par les épaules et le plaqua contre lui, lui coupant presque la respiration, le serrant contre lui de toutes ses forces. Nolwenn alla réconforter Excalibur (qui râlait toujours) en s'attendrissant devant la scène. Son grand frère, si prompt à cacher ses émotions, avec un air aussi heureux et soulagé sur le visage était un spectacle plutôt rare.
- Bon dieu, Christian, mais d'où tu sors comme ça ?! Non, attends ! Plus important !
Stefan poussa légèrement son ami, le décollant de lui, et lui mit une retentissante baffe avant de l'attraper à nouveau par les épaules, le secouant.
- BON DIEU CHRISTIAN ! Je te laisse seul quelques jours et tu te retrouves impliqué dans un complot anti-roi, je découvre que j'ai des pouvoirs, une sœur et une épée magique ! En plus je dois me taper la compagnie de l'autre abruti ! Et Elizabeth est la fille d'une sorcière complètement dingue ! Et t'as failli mourir ! Et nous tous aussi ! Plus jamais tu sors de la maison, compris ?! Plus jamais !
- J'ai…Cru comprendre en effet. Tu as aussi un…Espèce de double maléfique, quelque chose comme ça…
- Oui, oui, entre autres, oui. Mais tu sors d'où là ? Tu étais pas avec Matthis ?
- Je l'étais. Et puis…Euh…J'ai merdé et lui ai fait comprendre qu'il ne pouvait plus me manipuler et du coup…Je me suis retrouvé avec Alessandro aux trousses qui voulait ma mort, je suis allé dans la forêt mais il m'a rattrapé et…Euh…J'ai cru qu'il allait me tuer mais en fait non. Il m'a montré la vie de Matthis et je crois qu'il veut que je sauve Matthis, enfin, que je l'empêche de mourir dans le conflit à venir et…(il intercepta le regard méfiant de Quentin qui avait posé sa main sur la garde de son épée et secoua vivement les mains en les plaçant au-dessus de sa tête) Mais je ne compte absolument pas le faire, non, non ! Enfin euh…Je me demandais si, peut-être, par hasard…Vous pensez qu'il est « sauvable » ? Non parce qu'Alessandro a l'air d'y croire dur.
- Non. Et ce n'est surtout pas quelqu'un d'aussi fou d'Alessandro qui pourra le ramener à la raison. Je ne déteste pas mon frère, loin de là, et j'aimerais, oui j'aimerais croire à une guérison de sa folie. J'aimerais pouvoir effacer tout ce qu'il a subi et tout ce qu'il a fait. Malheureusement il n'y a que deux personnes capable de détruire les souvenirs dans ce royaume et je doute fort de leur coopération, ce sont les deux mages noirs. La mort reste la meilleure solution pour lui, il souffre trop pour revenir à une vie normale. Il y a quelques années, je ne dis pas, à présent…Non. Il sera mieux au ciel. Et on va s'en occuper sous peu.
- Sous peu ? Euh…Genre…Vous y allez là ?
- Moui.
- …Et vous avez un plan ? Une stratégie ? Un…
- On rentre et on voit ce qu'il se passe, le coupa Hannah.
Ah. Ca c'était du méga plan. Enfin, il n'était pas forcément un guerrier mais il avait participé aux soulèvements pendant l'an noir. Et la dernière fois qu'ils avaient tenté un « On rentre et on voit ce qu'il se passe » et bien ils avaient vu. Et ça c'était très mal passé. Ils s'étaient retrouvés face à la garde royale armée et surentraînée alors qu'eux n'avaient que des fourches, des outils et leurs bouteilles explosives. La situation ici lui semblait plutôt similaire. Les partisans de Matthis devaient être bien plus forts que ceux de Quentin…
- Je veux vexer personne mais…C'est une stratégie de merde.
- Absolument pas. C'est la seule qu'on puisse avoir, petit paysan, lui assura la grande blonde, Nos ennemis peuvent tout voir, où que nous soyons. Il y a fort à parier que c'est le cas en cet instant. Alors notre plan c'est de ne pas avoir de plan. Si nous ne savons pas ce que nous faisons, ils ne peuvent pas le prévoir. Et ce doit être perturbant pour des gens habitués à tout savoir…De ne pas savoir, justement.
- Ca reste une stratégie de merde parce qu'à mon avis ils savent un truc, c'est qu'ils sont sûrement plus forts que vous !
- Ca reste à voir, on les a déjà plus ou moins battus.
- Plus moins que plus plus ! Vous…
Son interlocutrice disparut soudainement, l'arrêtant immédiatement dans sa phrase. A vrai dire, tous les autres avaient disparus. Ainsi que la forêt. Où était-il ? La réponse lui glaça le sang. A l'intérieur du château. Il était de retour dans le château, dans une pièce quelconque qui lui semblait atrocement vide. Où étaient les autres ? Stefan ? Elizabeth ? Que la grande blonde, qu'il avait compris comme étant la mère de Léan et Nathalie, soit suicidaire la regardait, mais elle n'avait pas à emmener les deux seules personnes qu'il avait avec elle ! Deux de leurs adversaires étaient immortelles, deux autres étaient des mages très puissants. Alessandro lui avait montré qu'il possédait un talent très particulier en combat, Guillaume avait détruit un mur sous ses yeux et il avait cru comprendre qu'Agathe le surpassait. Et Matthis ne devait certainement pas être en reste vis-à-vis de ses lieutenants. Comment battre de tels combattants ?
- Fantastique. Il fallait qu'on soit séparé et il FALLAIT que je termine avec toi.
- Si j'étais à ta place, le nain, je m'inquièterais plutôt de qui nous a séparés et de ses motivations.
- Y'a pas à s'en inquiéter ça, on le sait ! Qui, un des deux mages et pourquoi…Pour nous faire la peau, je suppose. Un truc comme ça.
Stefan souffla bruyamment pour exprimer son mécontentement et avisa prêt de lui « son » épée magique. Il se pencha pour la ramasser. Ne l'avait-il pas jeté au sol en voyant Christian ? Leur adversaire avait une certaine grandeur d'âme pour la lui avoir laissée…Il entendit vaguement Excalibur protester au sujet du traitement qui lui avait été infligé. Où était son meilleure ami et Elizabeth ? Et sa petite sœur ? Et les autres, tiens, par la même occasion ?
Léan se retourna pour coller son dos à celui de l'autre, lui faisant comprendre qu'ils devaient être sur leurs gardes. Il avait en effet remarqué que la pièce dans laquelle ils se trouvaient comportait trois portes. Trois issues possibles par où leurs adversaires pourraient arriver, donc. Et quels adversaires ? Allaient-ils tous leur tomber dessus d'un seul coup, les éliminer puis passer à quelqu'un d'autre ?
- Je dis peut-être des conneries mais…Le mage noir des égouts là, il avait l'air de m'en vouloir pas mal, non ?
- Une question d'orgueil, tu l'as affronté par le passé, sans magie, sans épée magique…Il t'a battu. Mais tu l'as mis dans un sale état. Et puis je reste persuadé que tu lui as dis quelque chose qui ne lui a pas plu.
- Si c'était à propos de ses cheveux, je suis prêt à recommencer, c'est vraiment affreux il devrait se les couper.
- …Tu n'aimes pas les cheveux longs ?
- Ben pas les bruns. Enfin je sais pas, j'aime pas sur lui. Attends mais on s'en fout on est sur le point de mourir je te signale !
- Ce que tu peux être défaitiste. Mais justement, que tu parles de Gaël…Je pense qu'on ne risque pas de se retrouver contre tous nos ennemis à la fois. Gaël veut ta peau personnellement. Et si je suis là, ça doit être parce que Guillaume est toujours à ses chaussures.
- Vous êtes liés ?
- Je suis son cadet. Je ne crois pas qu'il m'aime beaucoup. Ma mère a dû les abandonner, lui et Agathe, alors qu'elle était enceinte de nous. Son époux était…Violent. Et à l'époque, elle n'avait pas la force de se défendre, elle était si jeune…Enfin, je ne pense pas que Guillaume et Agathe nous détestent vraiment, Nathalie et moi. Ils n'ont juste pas vraiment d'affection pour nous et suivent Gaël et Yaëlle. Je ne peux pas leur en vouloir pour ça, je suppose.
Le blond soupira. Il n'avait pas spécialement envie de se battre contre son aîné une fois de plus mais il n'avait pas vraiment le choix. Il ne comptait pas se laisser faire sans rien dire. Surtout que Stefan ne pourrait rien faire à deux contre un. Déjà que son duel avec Gaël s'annonçait…Difficile, autant ne pas en rajouter en l'abandonnant.
- …Dis. Puisqu'on a été visiblement placés ici de manière à se retrouver face à face à Gaël et Guillaume. Il serait logique de penser que Nolwenn est en face de Yaëlle, la sœur de Gaël. Non ?
- …Oui.
- Mais elle n'a plus de magie. Et elle ne peut pas utiliser Excalibur. Elle a juste une épée normale. Face à Yaëlle… ?
- …Tu l'as bien fais, toi.
- Oui mais moi c'est moi et je sais même pas comment j'ai fait à l'époque !
- C'est ton imprévisibilité qui a eu raison de Gaël. Mais…Je dois t'avouer, en toute honnêteté, que ça ne marcherait pas sur Yaëlle, elle est folle.
- Et donc ? Elle va faire comment ? Et Elizabeth, elle serait face à sa mère, hein ? Elle est immortelle sa mère !
- Elizabeth n'est pas sans ressources. Et contrairement à toi, elle est en train de recouvrer la mémoire peu à peu. Et elle détient une information très importante sur sa mère, cachée quelque part dans sa mémoire. Son nom complet. Et il n'y a rien de plus puissant en sorcellerie. En magie, ça ne sert à rien, je précise.
- D'accord, d'accord. Et Christian ? Christian il a rien demandé et il n'a rien à voir avec tout ça donc techniquement, il n'a personne à combattre, hein ?
- Alessandro a l'air de vouloir qu'il sauve Matthis…C'est bon signe. Alessandro a des visions, s'il est parti demander à cet étranger de sauver la vie de son roi c'est qu'on va arriver à un moment où on sera sur le point de tuer Matthis…Donc on va gagner. Ca semble logique.
- Ca je veux bien, mais « On va arriver à un moment », c'est qui on ? Tu crois que le « on » c'est tout le monde ?
- …Je ne sais pas.
Le blond n'en dit pas plus, s'inquiétant également pour sa sœur, sa mère. Ses compagnons. Le monstre roux dans son dos.
- …J'ai envie de dire, personne ne vient, on peut prendre les devants et sortir. Nan ?
- C'est une très bonne idée, nain roux.
Sur un accord commun, ils prirent la première porte et arrivèrent dans une pièce parfaitement identique. Ils se regardèrent un instant avant de passer dans une autre pièce. Encore la même. Ils réitérèrent l'expérience deux fois, puis trois, puis quatre. Le résultat était toujours le même. Cette même pièce, circulaire à vous en donner le tournis, avec trois portes. Et ce qui terrifiait le plus Léan, c'était de savoir qu'ils n'y avaient aucunes pièces de ce genre en une telle quantité dans ce château. Le combat avait déjà commencé et, visiblement, ils avaient déjà perdus.
Stefan : C'est l'histoire de ma vie de me taper la compagnie de ce branquignole ?
Review ? :3
