CHAPITRE 21 : VINGT-SEPT ANS DEJA
Oh ! Génial, nous revoilà à cet évènement de l'année… pensai-je en apercevant la note sur le tableau devant l'entrée de la Grande Salle après le petit-déjeuner.
Le 2 mai 2025, tous les cours s'arrêteront à midi afin que les élèves puissent se rendre au Mémorial de la Guerre à Pré-au-Lard. Les élèves de la liste suivante seront dispensés des cours pour toute la journée afin de passer du temps avec leurs familles.
Je parcours la liste en question et trouvai sans surprise mon nom parmi les nombreux Weasley et Potter qui étudiaient encore à l'école. C'était devenu une tradition : chaque année le 2 mai depuis le début de mes études à Poudlard, j'avais la permission d'aller voir ma famille le temps de cette journée. Je trouvais cela personnellement stupide car à peu près tout le monde avait perdu au moins un proche durant la guerre et, s'ils n'étaient pas aussi célèbres que nous, ça n'était aucunement raison pour qu'eux aussi n'aient pas le droit à leur journée entière.
''Coucou,'' dit Scorpius derrière mois et je sentais ses mains serrer ma taille quand il m'enlaça de dos.
''Coucou,'' dis-je en me retournant pour l'embrasser doucereusement sur la joue. ''Prêt pour le recueillement à Pré-au-Lard ?'' dis-je, le pouce pointé sur la liste du tableau.
''Comme toujours,'' ironisa Scorpius. ''J'adore toujours entendre comment mon père et mon grand-père ont participé au meurtre d'au moins un membre de la famille de toute l'assemblée entière, peu importe qu'ils en soient indirectement responsables.''
''Rappelle-toi que tu n'as rien à voir avec tout cela,'' dis-je avec un léger rire. ''Tu n'es pas comme eux, Scorpius.''
''Je le sais,'' ricana Scorpius. ''C'est juste que je n'aime pas la façon dont le vieux monsieur me regarde quand je m'assois près de mes parents.''
''Dans ce cas, tu n'as qu'à venir t'asseoir avec moi et ma famille, je suis sûr qu'ils seront d'accord,'' dis-je, mes doigts entrelacés dans les siens alors que nous franchissions les grandes portes d'entrée en chêne. ''Et même s'ils ne le sont pas, ils n'auront pas le choix car il va leur falloir s'habituer à ta présence.''
''Ça serait super. Merci infiniment, Rosie,'' dit Scorpius. ''Même si mon père ne sera pas enchanté je pense. Il est beaucoup trop orgueilleux pour accepter de partager, ce con.''
''Je soutiens ce commentaire,'' dis-je en grognant de rire. ''Je suis moi-même étonnée que mon père parvient à conserver l'honneur de la famille vu comment il est imbu de lui-même.''
''Ah, la famille…'' dit Scorpius, les yeux brillants à l'éclat du chaud soleil d'été qui frappait nos visages.
Il faisait une chaleur inhabituelle pour un mois d'avril mais personne ne s'en plaignait. Personne n'aimait beaucoup les hivers rudes anglais et on ne pouvait imaginer meilleure façon de passer un samedi que de se promener sous un soleil rayonnant.
''Dites-moi, Miss Weasley, seriez-vous d'accord pour venir vous promener avec moi jusqu'au lac ?'' dit Scorpius en me tendant une main à la manière d'un noble.
''J'en serais enchantée, mon brave,'' dis-je en lui faisant une révérence malgré mon pantalon un peu trop serré pour cela et je lui pris la main.
C'était tellement agréable de pouvoir à nouveau nous montrer tous les deux en public. Tous les murmures sur nous s'étaient estompés relativement vite, ce qui n'empêchait pas certains regards quand nous marchâmes main dans la main à travers le parc jusqu'au lac.
''J'ai du mal à croire que dans un mois, nous quitterons Poudlard à tout jamais,'' dit Scorpius alors que nous balancions nos mains en avant et en arrière.
''Oh ! Je ne sais pas,'' dis-je avec un sourire. ''Je pense revenir ici pour enseigner.''
''Vraiment ?'' dit Scorpius qui ne s'y attendait pas.
''Oui. Pourquoi, c'est si étonnant ?'' dis-je, amusée.
''Disons que le fait que tu aies passée sept années dans cet endroit et que tu veuilles y revenir comme professeur…'' dit Scorpius avec un haussement d'épaules et je lui donnai un coup sur le bras.
''Tu ne l'as peut-être jamais remarqué mais tous les professeurs de Poudlard y ont fait leurs études,'' dis-je tandis que Scorpius frottait son bras là où je l'avais frappée. ''De plus, cet endroit est comme une troisième maison pour moi et j'ai du mal à imaginer que je n'y reviendrais plus jamais, tu comprends ?''
''A vrai dire non,'' dit Scorpius en lâchant ma main et, après avoir enlevé ses chaussures, il s'étala au bord d'une des rives et balança ses pieds dans l'eau, érodant le sable au passage.
''Peu importe,'' dis-je et j'allai m'asseoir à ses côtés et le laissai mettre son bras autour de moi.
Nous restâmes assis là un moment en silence, laissant tranquillement le soleil nous envahir de sa douce chaleur. Nous avions rarement l'occasion de passer ainsi du temps entre nous en étant sûrs de ne pas être dérangés. En fait, je n'avais pas eu moment aussi paisible depuis très longtemps. Difficile en effet avec tous mes cousins qui ne manquaient jamais une occasion de se faire remarquer.
Je sentis la main de Scorpius se lever et un doigt tournoyant dans mes cheveux qu'il caressait.
''Tu sais quoi ? Quand je croyais que tes cheveux enflammeraient quiconque les toucherait, je ne pensais qu'en effet ils étaient aussi doux,'' taquina Scorpius et je lui donnai une tapette pour rire.
''Tu es incorrigible,'' dis-je.
''Non, je suis une éponge incroyablement charmante,'' dit fièrement Scorpius.
''Tu es d'une telle assurance, on te l'a déjà dit ?'' demandai-je en me blottissant de nouveau contre lui et il me recaressa les cheveux.
''C'est ce que j'essaie de me dire tous les jours,'' dit Scorpius et avec un petit rire, je tournai la nuque pour le regarder. Avec un grand sourire, il m'embrassa.
''Comment est-ce possible que l'on soit tombé amoureux ?'' dis-je l'air songeur alors qu'il se dégageait de son étreinte. ''Pendant sept ans, on ne pouvait pas se supporter et nos familles ne sont pas tout à fait en bons termes.''
''Je n'en sais strictement rien. Un matin, je me suis réveillé et j'ai eu une drôle d'impression, elle voulait dire, ''merde, je suis amoureux de Rose, que vais-je faire maintenant, putain ?'''
Sa phrase me fit rire légèrement et il poursuivit.
''Et toi, c'était comment ?''
''Je ne suis pas sûre,'' dis-je d'une voix un peu faible, les sourcils froncés. ''Je sais qu'au tout début de cette année encore, je te haïssais… oh ! arrête ça, veux-tu !'' dis-je en voyant que Scorpius, la main sur le cœur, faisait mine d'être blessé. Face à son large sourire, je secouai la tête et continuai. ''Donc oui, je te haïssais vraiment au début de l'année et ensuite tu m'as demandé de te donner des cours et que j'ai commencé à changer d'avis sur toi, et ce malgré que tu étais la personne la plus énervante de la planète. Et quand j'ai découvert que ton attitude n'était pas naturelle, j'ai commencé à éprouver de la pitié pour toi et c'est là que mes sentiments de haine pour toi se sont changés en amour.''
''Si cela peut te rassurer, je te haïssais moi aussi au début de l'année,'' dit Scorpius.
Il me donna un coup de coude à l'estomac, me faisant éclater de rire et me poussant brusquement à m'écarter de lui.
''Adorable, Scorpius. Je suis vraiment ravie de le savoir,'' dis-je.
''Bien sûr,'' dit-il en s'allongeant et en s'étirant sous l'ombre d'un arbuste qui reposait sur la rive. ''As-tu déjà pensé à l'avenir ?'' demanda-t-il en mettant les mains sous sa tête comme un oreiller tandis que je m'allongeais à côté de lui.
''J'aime vivre à l'instant présent,'' dis-je. ''Mais oui, j'ai pensé à l'avenir. Brièvement.''
''Qu'est-ce que tu voudrais faire, en dehors de devenir professeur à Poudlard bien sûr ?'' demanda-t-il avec curiosité.
''Et bien, tout d'abord recevoir mon diplôme,'' répondis-je. ''Ensuite, je pense que j'emménagerai dans un appartement avec Ella et je me trouverai un boulot au Département de Régulations et Contrôles des Créatures Magiques. Je ferai cela pendant trois ans et ensuite je me marierai. Après quatre ans de mariage, j'aurai mon premier enfant, puis un second deux années après et un troisième l'année suivante. Et quand le petit dernier aura un an, je retournerai à Poudlard pour enseigner la Métamorphose. McGonagall n'est pas éternelle.''
''Wow, je vois que tu as tout prévu dans les moindres détails,'' dit Scorpius en me regardant avec un sourire craintif. ''Tu as du énormément faire de projets depuis toute petite.''
''Pourquoi ? Pas toi ?'' demandai-je.
''J'imagine oui que tous les enfants pensent à l'avenir,'' dit Scorpius. ''Mais je ne l'ai pas imaginé aussi clairement que toi. Je pense que je me suis arrêté à l'idée d'un mariage et des enfants quand j'aurai dans la vingtaine d'âge.''
''Tu supposais donc que tu aurais rencontré la femme de ta vie d'ici là ?'' demandai-je alors qu'il me caressait la joue.
''Oui, et je crois que c'est chose faite,'' dit-il.
Tandis qu'il m'embrassait à nouveau langoureusement, j'eus le sentiment que moi aussi, j'avais rencontrée l'homme de ma vie.
''On se voit à midi, Rose,'' dit Rio le matin du 2 mai alors que l'on prenait des chemins dans le Hall d'Entrée.
''A tout à l'heure,'' dis-je et elle et Mae se dirigèrent vers la classe d'Arithmancie et Jade et Ella vers celle d'Etudes des Moldus.
Après un petit salut de la main, j'allai rejoindre tous mes cousins qui étaient tous regroupés devant la porte.
''Alors, on y va ?'' dis-je au groupe des cinq qui étaient encore élèves à l'école (tous les autres nous attendraient dans le parc)
''Bonne idée,'' dit Albus sans enthousiasme. ''Autant y aller tout de suite ma foi.''
Pour être honnête avec vous, aucun de nous n'aimait vraiment le 2 mai. Ce n'était qu'un rassemblement déprimant où tout le monde rendaient hommages à des personnes que nous, la nouvelle génération de sorciers, n'avions jamais connues. Nous restions sombres et personne ne faisait de blagues par respect pour tous ceux qui voulaient se recueillir pour leurs proches disparus.
Quand j'étais petite et que maman et papa nous emmenait aux commémorations à Pré-au-Lard, je ne comprenais pas du tout pourquoi tout le monde était aussi triste. Mais en grandissant, mes parents m'avaient raconté d'avantage sur la guerre. J'avais alors progressivement cessée de voir les commémorations comme une perte de temps et grondais les plus jeunes qui ignoraient tout comme cela avait été autrefois le cas pour moi.
Une autre raison qui faisait que je détestais le jour du 2 mai, c'était le fait qu'il s'agissait aussi de l'anniversaire de Victoire. Et je vous mentirais si je vous disais qu'elle en était enchantée. Au contraire, son anniversaire n'avait jamais été une fête. Tout le monde était toujours trop triste ou trop préoccupé par d'autre choses pour se souvenir que ce jour n'était pas seulement celui où l'oncle Fred et tant d'autres innocents avaient perdus la vie le dernier soir de la guerre, mais aussi celui où Victoire était née. En grandissant, Vic avait décidée de ne plus s'en faire. Elle avait compris que certes, c'était le jour de son anniversaire mais avant tout un jour de deuil et non de célébration.
Bien sûr, cela ne nous empêchait pas de lui offrir chaque année quelques jolis cadeaux, histoire de lui montrer que nous ne l'oublions pas.
''Salut, Rosie,'' dit Molly, treize ans, d'une voix d'outre-tombe en allant me rejoindre. ''Prête pour de nouvelles commémorations ?''
''Comme toujours, et toi ?'' dis-je.
''Non. Je ne veux pas voir Lucy,'' dit Molly.
''Pourquoi ?'' m'étonnai-je.
Habituellement, Molly éprouvait une vive admiration pour sa sœur aînée même si, pour être honnête, je n'avais pas non plus envie de la voir.
''Parce qu'elle n'a répondu à aucune de mes lettres et j'ai peur qu'elle soit en colère contre moi.''
''Elle n'est pas en colère contre toi,'' dit Lily en arrivant derrière Molly et en lui tapotant l'épaule. ''Ce n'est qu'une garce.''
''Hé ! Je ne te permettrai pas d'insulter ma sœur !'' s'indigna Molly.
''C'est la vérité,'' dit Lily en haussant les épaules. ''Tu sais ce qu'elle a fait à Hugo.''
''Ce n'était pas de sa faute !'' rétorqua Molly. ''Il a trébuché et il est tombé. Elle l'a seulement poussé parce qu'elle était furieuse.''
''Oh ! Molly, il y a bien des choses que tu ignores sur ma chère cousine,'' se moqua Lily.
''Au contraire ! Maintenant que tu en parles, elle m'a avoué que…'' commença-t-elle mais Lily l'interrompit avec un autre rire moqueur.
''Pourquoi écoutes-tu toujours ce qu'elle te dit ?'' demanda Lily. ''Ce n'est qu'une sale menteuse et une garce de première.''
''Je te déteste,'' lança Molly, les yeux pleins de larmes, en jetant un regard furieux à Lily.
''Arrêtez tout de suite,'' dis-je alors qu'Albus, Louis et Hugo s'apprêtaient à intervenir. ''Nous sommes censés être en famille.''
''Comment peux-tu soutenir Molly ?'' dit Lily en me regardant comme si elle ne pouvait pas le croire. ''Tu détestes Lucy autant que nous !''
''Je ne soutiens personne,'' dis-je. ''Je dis juste que l'on devrait rester une famille soudée, que l'on soit d'accord sur certaines choses ou non.''
''Pourquoi ne pouvez-vous pas lui pardonner vous tous ?'' s'irrita Molly. ''Je pensais que vous aviez passés l'éponge depuis longtemps mais apparemment, je me suis trompée. Vous ne cessez pas de dire à Rose qu'elle devrait lui pardonner et oublier toute cette histoire alors que vous-mêmes n'en êtes pas capable.''
''Tu as entendu ce qu'elle a dit à Hugo,'' dit Lily d'un ton menaçant. ''Comment peux-tu lui pardonner de tels propos ?''
''Parce que c'est ma sœur et ta cousine !'' s'énerva Molly qui explosait littéralement. ''Tu n'as pas le droit de la traiter de cette manière ! Elle est déjà assez déprimée comme ça !''
''Lucy est déprimée ?'' s'étonna Louis en jetant un regard interrogateur à Lily et moi. ''Depuis quand ?''
''Vous voyez !'' dit Molly. ''Vous êtes tous tellement aveuglés par votre haine contre elle que vous ne vous êtes même pas rendus compte qu'elle allait très mal ! Vous n'avez même pas vu qu'elle a commencé à se tailler les veines et qu'elle est devenue anorexique. Et de toutes manières, même si vous le saviez, je suis certaine que vous n'en auriez rien à foutre.''
''Molly…'' commençai-je alors qu'elle courait vers l'entrée de Pré-au-Lard.
''Etre une famille soudée, hein ? Mais dans une famille soudée, on est toujours là pour les autres quand ils en ont besoin ! Dans une famille soudée, on apprends à pardonner et à passer l'éponge. Parce que oui, c'est ça une vraie famille, on se pardonne !''
Elle avait hurlée les derniers mots puis s'était empressée de s'éloigner de nous.
''Peut-être que l'on devrait parler à Lucy,'' dit Albus. ''Je crois que l'on a été trop dur avec elle. Tu es d'accord, Hugh ?''
''Oui,'' dit Hugo. ''Je ne l'aime pas du tout mais Molly a raison : si on ne sait pas se pardonner, on n'est pas une vraie famille.''
''Suis-je bien coiffée, Rose ?'' me demanda maman quelques heures plus tard dans les coulisses alors qu'elle parcourait la feuille de parchemin où elle avait écrit son discours.
Traditionnellement, maman, papa et l'oncle Harry tenaient un discours chaque année tour à tour et là, c'était le sien.
''Oui, maman, ta coiffure est parfaite. Cesse de stresser pour ça,'' répondis-je pour la huitième fois.
Maman me regarda avec des yeux ronds.
''Vous les jeunes, vous êtes tous les mêmes,'' dit-elle en secouant la tête de manière sceptique et elle alla chercher un deuxième avis.
J'avais beau la complimenter ou l'assurer qu'elle était très bien, elle ne me croyait jamais.
J'allai chercher Victoire pour aller lui offrir le cadeau que j'avais été achetée pour elle durant la dernière visite à Pré-au-Lard mais me retrouvai en passant nez à nez avec nulles autres que Lucy et Hugo.
''Rose, j'aimerais pouvoir parler en privé avec toi et Hugo,'' dit Lucy en m'affichant un bien faible sourire.
Mes yeux se posèrent aussitôt sur ses bras. Les cicatrices qui les bordaient confirmaient les dires de Molly sur sa sœur qui se taillait les veines. Je lançai ensuite un bref regard à Hugo qui hocha une fois la tête.
''Très bien, mais faisons vite,'' dis-je clairement.
Et sur ce, elle sortit du couloir où se trouvait le mémorial et se dirigea vers le monument à la guerre qui avait été érigée au beau milieu du parc vingt-six années plus tôt.
''Qu'y a-t-il, Lucy ?'' demandai-je quand Hugo et moi l'avions rejointe.
''Je voudrais juste dire que je suis désolée,'' dit Lucy. ''Je n'avais pas le droit d'insulter Hugo pour ses choix et je ne voulais aucunement lui faire du mal.''
Je lui jetai un regard interrogateur. Ce n'était pas la première fois qu'elle nous présentait ses excuses mais jusqu'ici, elles n'avaient eu pour effet que d'aggraver les griefs que nous avions contre elle. Pourquoi pensait-elle que ce serait différent cette fois ?
''Je sais que je me suis excusée plein de fois mais je me suis récemment découverte et je tenais à ce que vous le sachiez.''
Hugo et moi nous nous regardâmes sans dire un mot. Lucy respira un grand coup et poursuivit.
''Ce que j'essaie de dire, c'est que je n'avais aucun droit de dire ce que j'ai dit à Hugo alors que je n'étais pas sûre de ce que j'étais moi-même.''
Ce fut là que je saisis ce qu'elle essayait de dire.
''Tu veux dire…'' commençai-je en la regardant avec une expression lui montrant que j'avais compris.
''Oui,'' dit simplement Lucy.
''Tu es une lesbienne ?'' achevai-je, en regardant Lucy avec étonnement.
Lucy hocha doucement la tête, les joues écarlates. Je pliai les bras, impressionnée. Je n'imaginais pas comment cela avait du être difficile pour elle de faire son coming-out alors que depuis un an, tout le monde la considérait comme une homophobe endurcie.
''Ecoute, Hugo, je suis vraiment désolée pour l'année dernière,'' lui dit-elle. ''Je ne trouve même pas les mots pour dire à quel point je regrette toutes les choses que je t'ai dites. J'étais idiote, stupide et aveugle et je suis vraiment, vraiment désolée.''
A ma totale surprise, Hugo se jeta sur elle et l'enlaça.
''Tu es pardonnée,'' dit-il. ''Totalement pardonnée.''
J'étais choquée, et le mot était faible. Je ne m'attendais pas du tout à cela. A en juger par sa tête, Lucy non plus.
''C'est toujours comme ça que ça marche, n'est-ce pas ?'' dit Hugo en relâchant son étreinte et en souriant à Lucy. ''La personne qui doute d'elle-même refoule son homosexualité en se moquant de ceux qui l'affichent au grand public… et avant que tu n'ajoutes quoi que ce soit, Lucy, sois certaine que tu es pardonnée, ne l'oublie pas, d'accord ?''
''D'a… d'accord,'' balbutia Lucy.
Je me forçai moi-même à lui sourire et mon cœur se réchauffa aussitôt pour elle. Semblait-il, puisqu'Hugo venait sincèrement de lui pardonner, je commençais doucement à faire de même.
''Alors, est-ce que tu t'es trouvée une compagne ?'' dis-je.
''Oui,'' dit Lucy, haletante. ''Elle s'appelle Ambre et elle devrait arriver d'un instant à l'autre,'' dit-elle en consultant sa montre.
''Je suis heureuse pour toi, Lucy,'' dis-je avec un sourire que Lucy me rendit avant d'ouvrir la bouche pour dire quelque chose.
''Je su…'' commença-t-elle mais je levai une main pour l'interrompre.
''Je sais que tu es désolée et je te pardonne parce que tu as su te trouver, comprendre le mal de tes actes et eus le courage de nous présenter tes excuses en face et de ton plein gré.''
''Merci,'' murmura Lucy avec reconnaissance tandis qu'une fille grande et mince et portant un haut bleu s'arrêtant au ventre, un pantalon en cuir et des chaussures de combat apparaissait à ses côtés.
''Salut, Lucy-Lou,'' dit la fille en allant déposer un baiser sur la joue de Lucy. ''Qui sont ces rouquins ?''
Je fus un peu surprise. Personne ne m'avait appelée rouquin depuis une éternité. Habituellement, c'était juste « Weasley.''
''Heu je te présente Rose et Hugo, ce sont mes cousins,'' dit-elle à la fille. ''Rose, Hugo, voici Ambre, ma copine.''
''Enchantée de te connaître, je m'appelle Rose,'' dis-je poliment en lui tendant une main qu'Ambre serra avec incertitude.
''Ambre,'' dit-elle avec un faible sourire.
''Jolies chaussures,'' dit Hugo en allant à son tour offrir une main.
''Merci,'' dit Ambre en la serrant. ''Je ne savais pas quoi mettre alors j'ai décidée de me vêtir avec des habits de tous les jours.''
Je n'en crus pas mes yeux ni mes oreilles. Sérieusement ? Des habits de tous les jours pour Ambre, ça ? Je ne porterais jamais un tel accoutrement, même si c'était le dernier jour de l'existence de l'univers.
''Alors, où sont vos parents ?'' demanda Ambre en prenant la main de Lucy.
''Par là,'' dit Lucy et elle mena Ambre vers le couloir où les premiers élèves commençaient à se rassembler.
En les regardant partir, mon cerveau se mit à enregistrer tout ce qui venait de se produire. Lucy était lesbienne et avait une copine, Hugo et moi qui lui pardonnions pour de bon. A coup sûr, cette longue journée n'aurait rien d'ordinaire…
''On devrait aller s'asseoir, les commémorations vont bientôt commencer,'' dit Hugo en allant rejoindre à son tour le couloir.
J'approuvai d'un signe de tête et le suivis, tout en me demandant si je comprendrais un jour comment j'avais pu faire pour pardonner aussi facilement à Lucy.
Quelques heures plus tard, le petit sorcier qui présidait toujours les mariages, les funérailles ou les commémorations acheva son discours introductif et commença à annoncer la suite du programme.
''Je vais maintenant donner la parole à Mrs. Hermione Weasley,'' dit-il.
Tous les regards se tournèrent vers ma mère tandis qu'elle traversait toute la salle pour aller rejoindre l'estrade. Je me rappelais vaguement de son dernier discours qui remontait à ma Quatrième Année. Il avait été amèrement similaire à ceux que tenaient habituellement papa et l'oncle Harry. Cette année cependant, j'avais un léger sentiment dans mon ventre que la donne serait différente.
''Bonjour tout le monde. Je suis sûre que vous me connaissez à peu près tous mais pour ceux qui ne me connaissent pas, mon nom est Hermione Weasley et je fais un discours pour les commémorations chaque année en alternance avec mon meilleur ami Harry Potter et mon mari Ron Weasley. Mais assez parlée de moi.''
Elle fit une courte pause, le temps de réarranger ses notes.
''Nous sommes tous rassemblés ici aujourd'hui en ce jour qui marque le vingt-septième anniversaire de la Bataille de Poudlard. Il y a vingt-sept ans aujourd'hui, des gens ont combattu les Mangemorts. Il y a vingt-sept ans aujourd'hui, des gens ont perdu leurs proches. Il y a vingt-sept ans aujourd'hui, le monde entier des sorciers s'est uni pour anéantir à tout jamais le plus terrible Mage Noir de tous les temps. Mais je ne suis pas ici pour parler de ça. Je suis ici… nous sommes ici pour rendre hommage et pleurer ceux qui sont morts pour nous, afin que l'on puisse continuer à vivre sans jamais les oublier. Il y a vingt-sept ans aujourd'hui, des mères ont perdu leurs fils, des frères ont perdu leurs frères, des sœurs ont perdu leurs sœurs, des fils ont perdu leurs pères, des sœurs ont perdu leurs frères et des mères ont perdu leurs filles. La plupart d'entre nous ici présents ont encore en eux les cicatrices causées par les souffrances subies vingt-sept années auparavant. Nous ne sommes pas plus proches de la guérison qu'à l'époque et c'est une bonne chose parce qu'oublier le passé, c'est être condamné à le répéter et je pense que vous serez tous d'accord avec moi quand je vous dis que je ne veux plus jamais que les évènements d'il y a vingt-sept ans se reproduisent un jour.
''Se souvenir du passé est une chose très importante. C'est ce qui fait ce que vous êtes et surtout ce qui permet d'avoir conscience que vous êtes vivants. Le passé doit rester en mémoire afin de pouvoir changer l'avenir. Autrement, nous resterons coincés dans un cycle sans fin qui verrait se répéter infiniment les mêmes choses. C'est pour cela que sont morts toutes ces personnes il y a bien longtemps maintenant, pour l'avenir. Ils sont morts afin que leurs frères, leurs sœurs ou leurs enfants puissent vivre dans un monde libre de toute discrimination. Alors s'il vous plaît, la prochaine fois que vous jugez quelqu'un sur son apparence, son groupe sanguin, sa maison ou même son orientation sexuelle, veuillez s'il vous plaît vous rappeler que tout le monde mérite d'être traité également, peu importe sa famille, sa race ou son origine ethnique. Nous sommes tous unis parce que nous partageons une part de l'histoire, une part qui ne sera jamais oubliée.''
Elle retourna la page de ses notes et repositionna le microphone.
''J'aimerais pour conclure vous citer un poème que j'ai entendu quand j'étais petite. Il dit ceci : « Ils ne vieilliront pas, comme nous vieillirons nous. L'âge ne les emportera pas, ni même les années. Au coucher et au levée du soleil, nous nous souviendrons d'eux, bien plus que nous ne les oublierons.''
Tout le monde connaissait la tradition à présent. Les quelques trois cent personnes se levèrent et baissèrent la tête en respect à tous les défunts. Maman avait raison : le 2 mai était une date que personne n'oublierait jamais.
''Ma chère Eleanor, puis-je savoir où tu étais hier soir ?'' demandai-je le lendemain matin en voyant Ella arriver dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner une demi-heure après nous.
''Nulle part,'' répondit rapidement Ella en s'asseyant à côté de Jade de l'autre côté de la table et en se servant du toast.
''Menteuse,'' dis-je avec un sourire moqueur en me penchant vers elle sur la table. ''Sérieusement, où étais-tu ?''
''Je te l'ai dit, nulle part,'' insista Ella mais son visage devenu aussitôt écarlate la trahissait.
''Tu mens très mal, Ella. Allez, dis-moi où tu étais,'' dis-je en lui donnant un coup sur la main alors qu'elle s'apprêtait à prendre un morceau de pain.
Elle regarda le sol et marmonna quelque chose d'inaudible.
''Désolée, ai pas compris ce que tu as dit,'' dis-je et Ella me regarde, le visage de la même couleur que la sauce tomate répandue sur les œufs de Jade.
''J'ai dit que j'étais avec Albus.''
''Quoi ? Toute la nuit ?'' dis-je, perplexe.
''Exactement oui,'' dit Ella en fourrant son toast dans la bouche à haute vitesse.
Je jetai un œil à Ella et en voyant qu'elle regardait Ella avec stupéfaction et horreur, je compris enfin.
''Oh ! Mon Dieu, non, dis-moi que tu plaisantes,'' dis-je en regardant Ella bouche-bée et comme elle ne répondait rien, j'ajoutai en élevant la voix : ''Oh ! Merde, tu n'as pas fait ça ?''
Ella hocha doucement la tête.
''Je vais écorcher Albus vif,'' m'exclamai-je en tapant violemment du poing sur la table.
''La violence n'est jamais une réponse, Rose,'' dit Rio alors qu'un hibou déposait une lettre devant elle.
''Ça l'est dans le cas où mon cousin décide de déflorer ma meilleure amie,'' rétorquai-je.
''Déflorer ? Sérieusement, Rose ? Est-ce là le terme que tu utilises ? Je dirais plutôt, 'Mon cousin a décidé de bai…'''
''C'est bon, arrêtez,'' dit Mae en posant une main sur la bouche de Jade alors qu'elle s'apprêtait à sortir un de ses commentaires sarcastiques et pleins de sens signifiant Quand-Elle-Dit-Cela-Je-Meurs-D'Envie-De-L'Etrangler.
''Est-ce qu'il t'a forcé ? Parce que si c'est le cas, je te jure que je vais lui faire payer de sa vie…'' dis-je.
''Rose…''
''Je ne plaisante pas, Ella. Si tu ne voulais pas, c'est un viol pur et simple.''
''S'il te plaît, Rose…''
''Oh ! Mon Dieu, je n'arrive pas à croire que tu ais couchée avec mon cousin…''
''Rose, je ne souhaite vraiment pas…''
''J'espère que tu as pensé à la protection parce que sinon, c'est vous deux que j'étrangle.''
''Ferme-la donc, Rose !'' s'exclama Ella. ''Tu veux que je te raconte tout en détails ? Alors très bien, je vais tout te dire !''
''Non, s'il te plaît, non. Je n'ai vraiment pas besoin d'avoir une telle image en tête. Mais merci quand même.''
''Pour répondre à ta questions, non il ne m'a pas forcé. Je le voulais comme lui et bien évidemment, espèce d'idiote, que l'on a pensé à la protection ! Tu me prends pour quoi, une prostituée ?''
''Parfait,'' dis-je en sirotant un peu de jus de citrouille. ''Pour autant, je vais faire la peau à Albus… alors, c'est quoi, Rio ?'' dis-je, changeant de sujet en voyant que Rio regardait la lettre qu'elle venait de recevoir avec stupeur.
''Je… je suis admise,'' dit Rio, qui était clairement encore sous le choc. ''J'ai réussi l'examen de guérisseuse et ils ont dit qu'ils seraient heureux de me prendre comme stagiaire après la fin des études !''
''Oh ! Mon Dieu, Rio, c'est génial !'' dit Ella qui était soulagée de ne plus être au centre de l'attention. ''Tu vois, je te l'avais dit que tu réussirais !''
''Je n'arrive pas à le croire. J'étais pourtant sûre d'avoir tout ratée et je suis bel et bien admise !''
''Bien joué, Ree,'' dis-je avec joie en lui tapotant le doigt. ''Si quelqu'un le mérite, c'est bien toi.''
Tandis que tout le monde était occupé à féliciter Rio, deux choses me traversèrent l'esprit. La première était la meilleure manière de tuer Albus, et l'autre était que tous mes amis savaient définitivement ce qu'ils feraient après Poudlard. Je le savais moi aussi, mais le vouloir et le mettre en pratique étaient deux choses différentes. Toutes mes amies étaient déjà assurées d'être prises alors que je n'avais toujours pas fait de demande. Si je ne m'y mettais pas rapidement, je finirais très certainement chômeuse et tout le monde savait que le chômage ne menait absolument nulle part.
