Chapitre 21 – La victoire par et pour les autres
Le mois d'avril a du mal à accueillir une météo stable. En contraste à un superbe mois de mars, le début du mois d'avril que nous avons vécu à Eternara et dans les environs de la Route Victoire n'a été que le théâtre d'averses et d'orages. Malgré ces intempéries qu'ils bravaient, les dresseurs inscrits au tournoi de la Ligue s'entraînaient et travaillent d'arrache-pied afin de décrocher le précieux trophée qui symbolise la puissance au combat du dresseur dans toute la région d'Hoenn. Cette année, le tournoi a lieu exceptionnellement tôt. S'il s'agit du premier tournoi des Ligues, il a lieu généralement au mois de mai, mais l'inscription anticipée de nombreux dresseurs prétendant aux badges a avancé les événements. Voilà la deuxième fois que je vis ce cérémonial des inscriptions, mais il s'agit de la première où je retrouve au moins une personne rencontrée lors de ma tournée des arènes. Ce garçon, que je ne pensais pas le retrouver ici, m'a dit qu'il participait à la Ligue seulement l'année prochaine. Quand il m'a revu, il m'a bien fait part du même projet, mais qu'il s'était octroyé une pause avant de revenir sur Poivressel avant de rejoindre, je cite, « sa petite aube ». Conway fait son grand retour pour assister au championnat. Il m'a par ailleurs encore plus surpris par son arrivée quelque peu furtive. Shana et moi étions tranquillement en train de déjeuner, ou plutôt, j'étais en train d'engloutir un sandwich et Shana son pain-melon lorsque j'ai vu Conway surgir derrière Shana, qui se trouvait face à moi. La fille n'a pas tout de suite compris à quoi correspondait mon air ahuri c'est à ce moment que j'ai compris qu'elle pouvait être aussi sujette à la surprise : Conway avait bien réussi son coup. Avec toutes nos rencontres, il est normal que je trouve dans un premier temps son retour vraiment suspect, vu la lettre qu'il nous avait laissée et les mots qu'il avait à l'attention de son amie lorsqu'il nous a retrouvés. Il aurait très bien pu la suivre ! Je ne me rappelais pas le nom de « cette fille », ce qui a un peu vexé Conway, qui m'a fait tout de suite comprendre qu'Hikari serait la prochaine Top Coordinatrice de la région d'Hoenn, d'ici deux semaines. Shana et moi avons appris ainsi la date du prochain Grand Festival de Poivressel. De fil en aiguille, Conway en est venu à nous proposer de venir assister à cet événement, ce à quoi je lui réponds que j'y réfléchirai car je ne suis absolument pas certain que Shana ait envie de perdre encore du temps avec les concours. Sauf si son esprit d'admiratrice reprend les dessus, bien évidemment.
Le tournoi est un véritable succès cette année. Plus de 300 dresseurs comptent remporter le titre de vainqueur de la Ligue. Il a fallu donc pour les organisateurs procéder à un premier tri afin de sélectionner les 256 dresseurs pour les premières manches officielles. Afin de savoir quels dresseurs allaient combattre lors des matchs éliminatoires dès aujourd'hui, un tirage au sort a lieu. La chance a voulu que je ne fasse pas partie de ces dresseurs. J'ai donc eu le droit à un jour de répit et surtout, je remporte un joker non négligeable Je peux me permettre d'être dans le top 256. Afin de ne pas trop être envahi par une forme de stress, je décide que cette dernière journée avant les premiers matchs en double serait une journée de repos pour moi et mes Pokémon. Journée somme toute très calme le mauvais temps ne permettrait aucune véritable activité, si ce n'est discuter en restant cloisonné dans le gigantesque Centre qui héberge tous les concurrents. Conway, lui, a préféré passer le plus clair de son temps dans la salle de lecture. Il avait de quoi y survivre pendant plusieurs semaines. Je me suis retrouvé seul avec Shana. Histoire de mettre le planning au point, plutôt avant qu'après la compétition, nous avons discuté de l'organisation du reste du voyage. Sans parler du Grand Festival elle avait oublié. Johto reste, après la Ligue, le seul objectif auquel se tenir. Un bateau part tous les jours vers Bourg Geon, ou du moins, débarque dans un endroit reculé de la région, peu accessible pour arriver directement à Bourg Geon, bien que situé à 15 kilomètres à vol d'oiseau. Mauprévoir, principal passage des dresseurs désireux d'effectuer la navette entre Johto et Kanto, se situe à peine plus à l'est de Bourg Geon. Ce trajet ne poserait donc aucun souci. Je peux estimer, avec une pause d'une journée à Mauprévoir afin de se ravitailler, encore une semaine supplémentaire pour arriver dans la caverne… pour espérer de réussir là où les autres ont échoué. Sans savoir ce qui allait s'y dérouler. Shana, elle, est toujours en-dehors de mon lourd secret. Nous avons fait le point sur ce que nous possédions comme véritables informations. Très peu, si l'on ne compte plus Simon comme source fiable. Je liste l'ouvrage, les inscriptions, les photos, et le médaillon, probable pendentif de Shana, retrouvé. D'après Denji, ce médaillon n'existerait pas. Mais je retrouve un pendentif aux pouvoirs étranges. Qui a donc raison sur le coup ? Denji ou Simon ? Si les prétendues sources du Ranger s'avéraient fiables, Denji s'est uniquement basé sur des « on dit »… Un point d'interrogation est donc posé sur les photos et le médaillon, bien que les événements d'il y a quelques jours constituent un témoignage quasi infaillible. Par contre, sur les inscriptions, ce que nous savons risque d'être faux. Reste l'ouvrage dont le contenu reste à vérifier pour être sûr de la véracité de ce livre, il existe un moyen tout simple de le savoir. Je me rends à la salle de lecture où je rencontre inévitablement Conway, à peine visible derrière une pile incalculable d'ouvrages en tous genres.
« Oh tiens Houtarou, tu as décidé de te cultiver maintenant ?
― Très drôle. Tiens, toi qui est un mordu des bibliothèques, je suppose que tu connais ce livre ?
― A la recherche d'un autre univers. Oui je l'ai lu il n'y a pas très longtemps on en avait parlé très récemment, à cause du décès de son auteur et des affaires dans lesquelles est impliqué son petit-fils. Pourquoi cette question ?
― Que penses-tu de la véracité de ce livre ? Si celui que je possède correspond bien à la version originale et surtout, à des faits avérés ?
― Passe-moi ça. Bon, la couverture me paraît normale. Voyons l'intérieur. Les illustrations correspondent. Un passage t'intéresse où l'intégralité du livre t'intéresse ?
― Attends, j'en ai en particulier.
― Fais voir. Hmm, hmm, d'accord… oui… écoute, Houtarou, rien ne me semble bizarre, tout correspond à ce que j'ai lu dans la version originale. Voilà. J'ai pu t'éclairer ?
― Euh oui, merci. Mais comment arrives-tu à avaler et analyser tant de livres ? Je pensais juste que tu allais m'éclairer vers un rayon pour trouver ce livre.
― Pousser au maximum les données de combat. Même les légendes peuvent être utiles à développer sa propre tactique à ce moment. Tu te fais une idée sur l'origine de certains Pokémon, de la maîtrise de leur technique, et surtout des méthodes utilisées par les personnes pour faire face à des situations qui sont pour la plupart impossibles, mais qui te donnent une idée du niveau à approcher.
― D'accord… euh, merci Conway.
― A ton service. »
Je me suis presque senti mal à la fin de la conversation. Non à cause de ce que m'a dit le dresseur sur les informations exactes du livre, mais dans sa manière de me parler, bien plus déstabilisante que Sylvain, qui au fond, réagissait de façon tout à fait normale par rapport à Conway. Mais la réponse a été trouvée. Le livre n'est pas un mensonge mis en place par Simon. Les Chutes Tohjo restent et resteront toujours un objectif à atteindre. Je n'ose même pas imaginer la catastrophe si les informations s'étaient révélées fausses. L'objectif des Chutes Tohjo se serait envolé et nous, enfin surtout Shana, aurait sans doute perdu des mois en ce monde. Sa réaction serait imprévisible. Il y a de quoi être soulagé ! Mais les mois passent vite, et l'intensité des événements de ces dernières semaines me font très souvent oublier combien notre voyage commun tient sur un fil et que le départ peut aujourd'hui être qualifié d'imminent. Je me rends compte combien j'ai pu réaliser ce que je voulais : allier mon objectif initial et aider le plus possible cette fille. Et comme toute personne qui a passé plusieurs mois dans une frénésie continue, je commence à avoir des regrets. Tout d'abord, celui de ne pas avoir un sens passé plus de temps avec Shana je suis sûr que j'aurais pu l'aider plus efficacement. En y repensant, elle ne serait peut-être déjà plus de ce monde à l'heure actuelle. Une habituelle culpabilité remonte en moi : n'avoir pas su assez efficacement. Beaucoup de soucis se sont dressés sur notre route, alors que je sais obligatoirement que je suis nécessaire à Shana, depuis le début.
« Quelque chose ne va pas ? »
Je me suis encore embourbé dans mes pensées. J'avais oublié que j'étais retourné auprès de Shana et que je lui avais répété ce que m'avait appris Conway. Il ne nous restait plus rien à dire sur le sujet. Et nous avons continué à penser, à bouillonner. La période de l'après Ligue, bien que dénué de tout match d'arène, donc de tous les soucis qui y sont liés, promet d'être bien plus intense. Shana semblait en fait tout autant préoccupée que moi. Mais nous n'avions plus le temps de nous préoccuper longtemps. Le soir tombe, un repas consistant est nécessaire pour être au maximum de ma forme pour le lendemain. Nous nous couchons également de bonne heure. Pendant toute la journée, notre avenir à court terme n'a pas arrêté d'être au centre de mes préoccupations. La conversation avec Conway a réussi à apaiser mon esprit à ce sujet. Le très court terme entre en jeu : mon premier match demain.
La fatigue aidant, la nuit est passée rudement vite, alors que je m'attendais à être rongé par le stress grandissant, entre la journée passée à faire des recherches et à réfléchir sur la suite de notre expédition et la journée qui s'apprête à démarrer, avec le début de la compétition. Celle-ci commence avec une nouveauté, exclusivité de cette édition : des matchs en double, nombre de trois. Au terme de ces derniers, il ne restera que 32 dresseurs en lice. Les 32 meilleurs, desquels je compte bien faire partie, ne serait-ce que par plaisir personnel, évidemment. Mais, malgré les motivations douteuses de Simon en ce qui concerne les écrits qu'il m'a cités, je dois montrer à Shana que le niveau de détermination engagé dans cette compétition a un lien fort avec les événements des Chutes Tohjo. J'ai compris que Shana accordait en moi une importante confiance et il est important, à présent, d'accentuer cette confiance et lui prouver que je peux lui assurer ce voyage jusque Johto et Kanto. Le premier obstacle a cet objectif est un certain Jordan. Toujours est-il que malgré ce nom ridicule pour un humain, je me dois de faire attention à ses deux Pokémon, Electrode et Lippoutou. Face à cette petite diversification de types, je choisis un mélange entre risque et assurance en choisissant Xatu et Coudlangue. Risque car je sais très bien qu'Electrode prendra Xatu pour cible étant donné le type de ce dernier… Mais au final, l'affrontement ne s'est pas révélé très difficile, dans le sens où mon adversaire a dû remporter ses badges soit en achetant les champions, soit en affrontant huit fois de suite Sylvain. En effet, les pouvoirs psychiques de Xatu couplés à la force de Coudlangue ont fait des ravages sans précédent au sein du camp adverse : si Xatu s'est brillamment occupé d'Electrode, Coudlangue a su jeter un froid chez Lippoutou. C'est ainsi que le match a tout au plus duré environ dix à quinze minutes, le temps de bien cibler l'adversaire et ses idées, ce là non plus n'a pas été plus compliqué. Je quitte le terrain avec l'assurance d'être parmi les 128 meilleurs dresseurs du tournoi. Cette conviction que je me formule depuis mon premier match de la Ligue Indigo constitue une motivation très forte qui me permet d'atteindre des sommets. A présent, je me sens encore plus prêt à affronter mon deuxième adversaire. Ce match, se déroulant directement dans l'après-midi, ne me laissant ainsi aucune pause, me voit affronter un certain Esteban, détail qui n'aura aucune importance pour la suite de la compétition, puisque le résultat est obtenu en un temps record, face à un Marcacrin et un Dodrio.
Le match contre Gaëtan risque d'être beaucoup plus intéressant il m'a l'air beaucoup plus stratège et concentré sur la compétition que mes deux précédents adversaires. Son Noctali et son Volcaropod ont l'air d'avoir livré des matchs d'une complexité étonnante, au vu de la concentration dont ils font preuve. Face à une telle équipe, un savant mélange de risques et de stratégie est mis en place, en amenant au combat d'une part Zarbi, d'autre part Corboss. Zarbi, qui n'a pas eu l'occasion de montrer ses talents dernièrement, prend pour cible Volcaropod qui contre-attaque violemment en mettant directement mon Pokémon sur le tapis : Corboss se retrouve rapidement seul contre les deux Pokémon de mon redoutable opposant. Le contrecoup a tout de suite été ressenti : la vitesse de Corboss a permis de rétablir l'équilibre grâce à une attaque Vibroscur bien lancée sur Volcaropod qui se retrouve quasi instantanément hors-de-combat. L'attaque de Corboss a de plus permis des dégâts indirectement chez Noctali, qui prend peur de Vibroscur, ce qui permet à mon Pokémon de prendre l'occasion de lancer une deuxième attaque à la suite de Vibroscur : Cru-Aile. Les dégâts infligés ont été considérables mais pas suffisamment pour que Noctali ne puisse plus attaquer. Mais à partir de là, j'ai l'impression que la panique provoquée d'abord chez Noctali, est son dresseur qui semble pris de nervosité, au point de demander à son Pokémon de lancer un Dernierecours… sauf que nous n'étions pas tellement dans le cas d'un dernier recours. Noctali était certes très affecté par le match, mais il n'avait pas assez usé de ses pouvoirs pour user efficacement de Dernierecours. Surpris par l'attaque qui a été lancée, Corboss n'a pas su l'éviter et se fait toucher légèrement, Dernierecours ayant pratiquement échoué. Occasion plus ou moins rêvée pour Corboss à qui j'ordonne de lancer une attaque Cru-Aile, pour essayer d'en finir avec le Pokémon adverse. Objectif atteint : l'erreur commise par mon opposant n'a au final pas été rattrapable, et Noctali, pris de court par les ailes de Corboss, se retrouve littéralement projeté à terre, sans parvenir à se relever. Le match touche à sa fin.
Trois combats, trois victoires. Un sans-faute. Je suis au moins sûr d'être dans le top 32. Une sensation de confort total me pénètre instantanément. La compétition n'est pas terminée, mais la fierté me gagne, capable de m'imaginer atteindre les plus hauts sommets de la compétition, bien incapable de m'imaginer faire mieux qu'à la Ligue Indigo. Quoi qu'il en soit, un de mes objectifs concernant ce tournoi semble désormais déjà rempli. A la fin du troisième combat, Shana est venue me féliciter de mes performances. Ces félicitations, venant de sa part, me réchauffent le cœur, après des matchs d'arène le plus souvent mouvementés et la laissant généralement dans l'indifférence, voire dans la critique.
Sans le savoir, elle me donne une motivation suffisante pour dépasser les espérances que je me suis données lors de ce championnat. Je me rends compte que notre aventure tient sur le donnant-donnant. Avec cette motivation qu'elle m'apporte, j'espère que l'aide que je lui apporterai avec le pendentif sera à la hauteur de ce que nous recherchons…
Un jour de repos a été accordé aux dresseurs entre les matchs en doubles et la dernière partie du tournoi : l'affrontement total, à partir des 16ème de finale. Combats dont j'assurerai une partie du spectacle. Shana et Conway se sont mis d'accord pour me forcer à m'entraîner durant cette journée ensoleillée, mais je n'ai aucune envie de m'embrouiller l'esprit entre le rude entraînement proposé par Shana et les dizaines de stratégies excessivement complexes de Conway. Je dois avoir l'esprit clair pour la suite et fin de la compétition, ce qui n'est pas de l'avis de mes deux compagnons de tournoi, qui estiment que les matchs passés étaient d'une facilité consternante et que je dois me méfier de mes prochains adversaires. Que Conway ait cet avis, je le comprends. Mais Shana ? A-t-elle une véritable notion de ce qu'est un match Pokémon et du niveau de difficulté qu'il peut avoir ? Je garde toutefois cette réflexion pour moi, sachant qu'elle serait capable de me rappeler le fameux match « amical » que nous avions livré à un moment où elle a été sur le point de me battre. Elle avait en effet atteint des sommets, bien qu'ayant des doutes sur sa capacité à anticiper. Il est évident que ce que recherche Shana avant tout est de me voir me surmener. Les entraînements menés avec mes Pokémon durant notre voyage à Hoenn étaient en effet bien plus intenses que ceux pratiqués auparavant à Kanto ou dans l'archipel Sevii. La difficulté liée à la région Hoenn n'est pas en cause. En réalité, les deux premiers champions que j'ai vaincus, Roxanne et Bastien, m'ont causé bien plus de difficultés que les champions qui ont suivi. Les souvenirs reviennent : je me souviens en effet que, malgré la défaite cuisante du tournoi de Ligue Indigo, j'ai eu du mal à me remettre à un entraînement régulier les jours suivants mon arrivée dans la nouvelle région.
Profitant d'une discussion entre Conway et Shana, je m'éclipse pour louer un vélo et prendre la poudre d'escampette. Ce moyen de transport, que je n'ai que très peu utilisé au cours de mes voyages, est pourtant un de mes préférés, avec le train. Shana, elle, ne semble que très peu apprécier, pour une raison que j'ignore. Il reste pour moi pourtant une formidable manière de se déplacer facilement en tout lieux et d'une manière plus rapide que la marche à pied. Et comme toujours, lorsque je profite pleinement d'une journée coincée au milieu d'autres plus remplies et stressantes, le temps semble filer à une vitesse ahurissante. Je ne sais pas combien de kilomètres j'ai parcouru durant toute mon escapade, toujours est-il que je suis rentré relativement tard : le soleil a fait parvenir ses derniers rayons avant de disparaître à l'horizon. Lorsque je les retrouve, Shana et Conway sont toujours à discuter à l'endroit où je les aperçus avant mon départ. Je me demande bien ce qu'ils ont pu trafiquer durant la journée entière. Toujours est-il que leurs paroles réprobatrices m'ont accueilli. Ou alors, contrairement à ce qu'ils ont voulu, je ne me suis pas livré à l'entraînement quasi-quotidien que je mène depuis mon arrivée ici. Malgré l'ambiance pesante qui en a résulté, je ne peux m'empêcher d'éprouver une certaine sensation de liberté qui dépasse tout l'univers des matchs Pokémon dans lesquels je suis plongé depuis quelques années. Un bonheur impossible à éteindre pour le moment, accentué par mon excitation à me voir gravir progressivement les marches du succès. Une liberté en contraste avec une sensation d'étouffement que j'éprouve depuis le début de la compétition, probablement. Toujours est-il que l'esprit apaisé, les jambes lourdes et le ventre plein, je m'endors dans la tiédeur de ce lit que je ne quitterai que pour faire face au nouvel obstacle qui se dresse entre moi et les seizième de finale, puis les huitièmes, puis les quarts…
Il aura fallu quasiment m'arracher du lit pour que je daigne quitter le sommeil qui me rendait au final si heureux. Shana s'est chargée de me réveiller de la manière la moins accommodante qui soit, constatant mon retard inhabituel. Ce même retard m'oblige à sauter dans mes habits, vérifier une dernière fois le numéro du stade dans lequel a lieu mon match pour m'y diriger immédiatement, sans passer par la case petit-déjeuner. Il a fallu que mon match soit le premier de la liste et débute à huit heures tapantes. Conway nous rejoint en route pour finalement s'en aller avec Shana vers l'entrée des spectateurs. Ce Conway… plus je le connais, moins je me trouve d'affinités avec lui… et plus lui en a avec Shana. Aussi soudainement et aussi effrayant que l'apparition d'un Spectrum, une pensée perçante me vient à l'esprit, celle de l'aventure que nous menons à travers Hoenn, qui se dégage loin de moi pour se retrouver chez ce mystérieux dresseur. Celui-ci, faute d'être avec sa chère amie Hikari, semble se rabattre sur un plan de drague de seconde zone sur Shana. Au fond, qu'il se mette à la draguer ne me gêne pas tant que ça, bien qu'une voix continue à murmurer dans ma tête que ce dresseur ne présage rien de bon. Sa manière d'agir pourrait détourner l'attention de Shana… et me laisser ainsi sur le bas-côté.
Non, impossible. Pas avec son état d'esprit actuel.
Elle n'est pas capable d'être hypocrite.
Ce n'est qu'une impression sans doute…mais je me méfie tout de même. Nous sommes arrivés à un tel parcours que je ne peux plus me permettre d'ignorer n'importe quelle situation, qu'elle paraisse ridicule ou non. De plus, de tels doutes ne doivent pas survenir au moment où je livre un match important, et cette obligation prend une gravité croissante au fur et à mesure des matchs : jamais je me suis senti si déterminé à gagner, non seulement à cause de mers performances mais aussi parce que je dois convaincre ceux qui ont posé leur confiance en moi, ce dont j'aurais dû me rendre compte déjà à la Ligue Indigo, au lieu de me concentrer sur mon petit ego. Et surtout, ce que j'aurais très bien pu faire ici : ne participer à la compétition que pour satisfaire un pâle désir de reconnaissance, sans se préoccuper des personnes qui m'ont accompagné et qui m'ont apporté chacune un minimum de savoir et sans reconnaître le besoin qu'éprouvent ceux que je me suis promis d'aider dans leur propre quête. Mon parcours se divise en plusieurs périodes, dont une voit sa fin arriver avec celle du tournoi. Une nouvelle étape est à franchir. La clé est à portée de doigt.
Elecsprint est le premier Pokémon auquel nous nous retrouvons confrontés. Je me fais à peine une idée de la manière dont je dois affronter le Pokémon le Dynavolt de Sylvain n'avait de loin pas le niveau du Pokémon auquel je fais face. La confrontation tient en équilibre en termes de niveau et les quarante premières minutes du match se déroulent de manière très tendue, moi et mon adversaire ayant perdu chacun deux Pokémon. Le stress présent chez mon adversaire ne s'est pas encore manifesté de mon côté car mon équipe n'est pas handicapée et l'égalité tient à encore quatre Pokémon et non un ou deux. Non, le seul élément qui me tracasse est le regard sans doute pesant qui pèse sur moi, depuis les gradins où sont installés Conway et Shana. Se sont-ils contentés d'observer le match ou en ont-ils profité pour discuter de sujets plus passionnants ? Une discussion peut très bien être banale, mais connaissant Shana, si elle venait à gagner un surplus de confiance grâce à Conway, qui est quelqu'un de très rusé, elle pourrait parler beaucoup et laisser s'échapper trop de paroles… Cette seule pensée est susceptible de me perturber lors du combat, mais je parviens – pour l'instant – à me maîtriser. Terminer le match est une priorité pour l'instant la maîtrise de soi est un facteur important et je suis certain qu'il montre en partie le niveau requis pour que je puisse accomplir la quête que seul le hasard semble m'avoir confié. Le match se poursuit et quelque chose me frappe au fur et à mesure des minutes, bien que la distance ne m'ait pas aidé à m'en apercevoir tout de suite. En effet, l'égalité qui a duré une bonne partie du match laisse place à une finale à un Pokémon contre un, mon adversaire ayant réussi à tromper Xatu avec son Ectoplasma. La victoire tient à un Pokémon pour chaque dresseur. Coudlangue, le seul Pokémon resté valide, se retrouve face à un Pokémon spectre et est donc en désavantage théorique. Toutefois, un autre élément vient me perturber. Son dresseur, que j'ai trouvé très nerveux tout au long de la confrontation, ou plus précisément, lorsque nous avions un équilibre au niveau de notre équipe, affiche un large sourire qui n'a pas lieu d'être en ce moment. Bien entendu, un affrontement dont les dresseurs possèdent encore un Pokémon laisse présager une victoire très proche, mon adversaire a petit à petit arrêté de s'efforcer d'être concentré le voici en train de se réjouir d'une manière très expressive et excessive de sa future victoire.
Je me revois tel que j'étais il y a un an. Déchaîné au possible sur le terrain, n'ayant plus qu'une seule stratégie : foncer dans le tas et abattre le dernier Pokémon de l'équipe adverse sans aucune méthode, afin d'avoir l'esprit tranquille jusqu'au prochain combat et la prochaine victoire. Mais ici, je passe de l'acteur au spectateur. La situation est vécue à travers les yeux de celui qui m'a vu tel que j'étais avant, c'est-à-dire arrogant. La maîtrise du combat repose donc en moi. Ectoplasma, bien qu'en pleine possession de ses moyens, ne dispose plus de la synchronisation qui le lie à son dresseur, ce dernier étant complètement débordé par la situation. Toutefois, je dispose que d'une très étroite palette d'attaques pour combattre le Pokémon spectre, à savoir Roulade et Mégafouet. Et plutôt que de taper fort et prendre le risque de faire revenir mon adversaire à la réalité, il convient plutôt d'entrer par la petite porte.
« Coudlangue, attaque Roulade ! »
Encore une fois, j'avais prévu un sourire narquois voire un rire dans l'expression de mon adversaire, et la prévision se révèle juste. La première attaque Roulade n'étant jamais bien puissante, elle n'occasionne que très peu de dégâts à Ectoplasma. Il en est de même pour la deuxième attaque : Ectoplasma jaillit sur l'occasion pour tenter une attaque Ultimawashi, bien connue pour être souvent apprise par Capsule Technique mais aussi pour être très puissante. L'utilisation de ce coup ne me surprend guère, pas plus que Coudlangue, qui, dans ses roulades à répétition, évite l'Ultimawashi, engage un demi-tour relativement maîtrisé pour un corps aussi massif, et déboule sur le Pokémon spectre qui semble bien plus affecté par le coup qui vient de lui être assené. Les facteurs de déséquilibre s'accumulent et laissent à Coudlangue un champ d'action encore plus grand. L'attaque Roulade ayant eu l'effet escompté, je me permets d'utiliser Mégafouet. Le coup est parti si rapidement que même Ectoplasma, Pokémon à la vitesse remarquablement élevée, n'a rien su faire. Quelques secondes, durant lesquelles le spectre tente tant bien que mal de résister à l'évanouissement, s'écoulent puis s'achèvent dans un bruit sourd : les dernières forces d'Ectoplasma se sont envolées, laissant le Pokémon gésir à terre. Je me rends compte alors que j'ai gagné deux combats dans ce seul affrontement : la victoire contre un dresseur me permettant d'accéder aux huitièmes de finale, mais aussi le combat contre les démons qui m'accompagnent depuis un an toute trace d'égoïsme ou d'impression d'égoïsme a su sortir de mon corps. Mon contentement est d'autant plus grand en voyant le regard assassin du dresseur adverse, bien plus vite ramené à la réalité qu'il ne pouvait le penser. Les yeux dans les yeux, je retrouve Houtarou.
Mais ce Houtarou n'existe plus.
« Houtarou, c'est magnifique ! C'est le premier match de compétition qui joue à ce point sur la maîtrise de soi des dresseurs. La technique n'est certes pas des meilleures, un peu trop offensive, mais qui a visiblement porté ses fruits. Tu es parmi les seuls à accorder plus d'importance au dresseur adverse qu'à ses Pokémon.
― Impressionnant. »
Shana, restée en arrière le temps que Conway me fasse tous ces compliments, prend la parole. Les rôles sont inversés. Au vu du comportement de mes deux compagnons les derniers jours, j'aurais eu tendance à voir une Shana enthousiaste et un Conway en retrait.
« Conway n'a pas arrêté de me commenter tout le match. Je vois de plus en plus les qualités que tu possèdes.
― Ah ? Euh bien merci à vous…
― Mais comment tu as fait pour te sortir d'une situation pareille ? Conway m'a dit que tu jouais beaucoup sur la personnalité du dresseur d'en face.
― Euh oui, c'est exact…
― J'étais toujours persuadée qu'il n'y avait que moi que tu parvenais ou que tu cherchais à comprendre. Mais en réalité, tu parviens à déceler bien plus d'éléments au sein d'un être humain. Je te vois capable de faire de grandes choses. »
Je me suis demandé sur le coup si Shana se sentait bien il lui est déjà arrivé d'être de très bonne humeur, mais jamais à un tel degré en si peu de temps. Il est vrai, en effectuant des retours en arrière au cours de ces derniers mois, que j'ai évolué dans ma personnalité et qu'effectivement, Shana a toujours eu une considération croissante envers moi et pourtant, il a fallu du temps, beaucoup de temps. Je devais d'abord faire face à un caractère très téméraire, solitaire. Je n'ai pas tout le temps été gâté : les sautes d'humeurs de Shana, ses petits caprices quotidiens rendaient le voyage souvent houleux. Mais il est vrai que plus les obstacles se dressaient entre nous, plus nous avons eu creusé l'autre pour comprendre ce qui pourrait transformer nos désaccords en force. Shana et moi avions en réalité déjà bien changé, à partir du moment où nous avons croisé ce loubard près de Lavandia, jusqu'à mon dernier combat il y a quelques instants, en passant par nos diverses rencontres : Stella, Tamaki, Black, Shuu, Caitlyn, et je passe de tous les champions, dresseurs et diverses personnes que j'ai pu rencontrer…
Ce n'est pas la première fois qu'une émotion similaire m'envahit, et ce ne sera certainement pas la dernière fois. Des souvenirs gravés dans ma mémoire et irremplaçables, malgré la séparation inévitable de nos routes. Toutes les personnes que j'ai pu rencontrer, tous ces paysages que j'ai eu l'occasion d'admirer, tous les moments de joie et de tristesse. Et voilà le résultat de plusieurs mois d'aventures. Il s'agit d'une phrase récurrente de nos jours, mais je m'aperçois combien le temps ne nous attend pas, qu'il faut en profiter… Cette pensée m'a accompagnée durant la journée qui a suivi. Il aura fallu attendre le soir pour que je me confie à celle qui m'a toujours tout confié, mais aussi à ce garçon, qui, en dépit des apparences, semble être l'ami de confiance de tous les instants. Chaque minute a été remplie de souvenirs tout au long de cette journée. L'aventure n'est pas terminée, et pourtant je réagis comme si les séparations avaient lieu le lendemain. Je ne devrais pas réagir ainsi.
Tant de moments exaltants sont en attente.
Bien heureusement, le calendrier chargé de la compétition ne me donne guère le temps de m'inquiéter de me concentrer sur ma nostalgie devenue très influente depuis quelques temps. Pas un jour de repos entre mon match de seizième de finale et celui de huitième hormis mon match, la plupart des confrontations en seizième de finale ont été très rapides. L'agenda est bousculé, les matchs sont avancés et la chance veut que le mien se déroule à nouveau à la première heure de la matinée. Même scénario que la veille réveil en retard dû à un sommeil pas assez léger, une Shana toujours si délicate dans sa manière de réveiller les gens, et sprint vers le stade.
En réalité, il s'agit des mêmes débuts de matinée qu'au cours de notre voyage à travers Hoenn. Réveil plus ou moins difficile, Shana qui s'amuse à s'approcher de moi en douce, avec plusieurs variantes : seau d'eau, voix un peu trop forte dans l'oreille, ou chatouillement du nez avec ce charmant ustensile que constitue le katana. Il ne manquait plus que le clairon. Au fond, j'ai vécu une aventure mouvementée tant bien dans l'exceptionnel que dans le quotidien.
Merci beaucoup, Shana.
Le stade est bondé, Conway et Shana toujours à mes arrières.
Je n'attends plus que mon adversaire. 5, 10, 15 minutes après le début officiel du match. Le quart d'heure de retard académique dépassé, tout le monde s'impatiente. Au bout de trente minutes, il faut se rendre compte que ce dresseur, Richie, ne viendra pas au rendez-vous.
Le bourdonnement incessant qui parsème les gradins s'amplifient dans le stade au fur et à mesure des minutes qui s'écoulent. Hormis moi et l'arbitre, personne ne se trouve sur le terrain : rien ne signale une éventuelle venue de mon adversaire, ni une information quelconque sur la situation à venir. Il est déjà arrivé que des matchs, même dans des compétitions aussi importantes que celles de la Ligue, se terminent sur un abandon en cours de match, mais je n'ai jamais vécu un tel événement, et encore moins une absence totale du dresseur qui est censé me faire face. Du regard, je cherche Shana et Conway et m'approche des gradins ils se sont installés au premier rang, sans doute pour ne manquer aucune miette de mes actions ou de mon état d'esprit que pourrait trahir mon faciès. Mais visiblement, Conway, et encore moins Shana, ne semblaient comprendre ou interpréter la situation. Conway a juste pu émettre l'hypothèse d'une victoire si en effet ce Richie ne se présentait pas. Un tel triomphe de ma part serait trop facile à mon goût, mais je suis bien obligé de me plier aux règles –évidentes– du tournoi. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, dit-on. Le quart d'heure qu'a duré ma conversation avec mes deux compagnons n'en laisse plus qu'un autre à mon courageux adversaire pour arriver sur le sol de l'arène. Mais il faut se rendre à l'évidence, Richie ne viendra pas. Le match aurait dû commencer à huit heures précises, il est neuf heures moins une. Et cette dernière minute de suspens écoulée, ce n'est pas le jeune dresseur à casquette dont la photo trône sur le tableau d'affichage qui vient, mais un membre de la CCCC, la Commission de Comportement des Concurrents de la Compétition, visiblement très austère et très à cheval sur les horaires. Une heure d'attente, c'est beaucoup trop, visiblement. Moi-même a du mal à comprendre le laxisme qui a poussé les organisateurs à nous obliger à patienter une heure.
« Bien. Dresseur Houtarou, en raison d'un désistement par absence de la personne du dresseur Richie, l'article 3bis, alinéa IV vous donne vainqueur de cet affrontement par abandon.
― Et est-ce que quelqu'un connaît la raison de ce… désistement ?
― Nous sommes actuellement à la recherche du principal intéressé afin de comprendre ce qui a pu amener à cet acte. En attendant, veuillez accepter nos excuses, et à très vite pour la suite de la compétition. »
Le fonctionnaire me laisse ainsi planté au milieu du stade. N'ayant plus aucune raison d'y rester plus longtemps, je m'éclipse par le biais d'une victoire par abandon. La première victoire de ce genre, mais aussi la première victoire qui ne se termine pas sous un tonnerre d'applaudissements. Aux premiers mots prononcés par l'arbitre, la grande majorité du public vide les gradins dans le brouhaha le plus total. Tout en étant conscient que depuis une heure des milliers de regards sont braqués sur moi, ma victoire ne suscite aucun plaisir, mais au contraire, un sentiment de culpabilité de n'avoir pas pu montrer ma véritable valeur. Jusqu'à ce que cette sensation laisse place à l'indifférence. J'ai tellement été exposé au grand public que le simple fait d'être acteur malgré moi d'un tel événement ressort de quelque chose d'habituel. Les clameurs du public n'ont pas salué ma sortie comme pour quelqu'un ayant livré un dur combat je n'ai pourtant eu que pour seul courage que de me lever, ou plutôt de subir les pires monstruosités d'une Shana sans scrupules lors du réveil. Au bout d'un long couloir menant à l'entrée de la loge des dresseurs, je retrouve le vacarme des conversations des spectateurs qui sortent à présent du stade. Bien que le tumulte ne me fasse comprendre aucun traître mot, je décèle bien dans le ton de certaines personnes qu'elles ont énormément apprécié le courage de mon adversaire. Malgré la foule compacte et le vacarme incessant, je parviens rapidement à me faufiler et à retrouver Shana et Conway, qui ne semblent guère bavards eux aussi semblaient me chercher du regard. Après nous être retrouvés, nous quittons la masse de spectateurs se disséminant petit à petit aux quatre coins d'Eternara et ses environs. Encore plongé dans les pensées de cette victoire hors-norme, je laisse Conway et Shana dans un silence assez conséquent. Ce n'est qu'une fois après être tombé comme une masse sur l'un des lits de notre chambre que j'ai accepté de sortir de ma torpeur pour reprendre une saine conversation avec mes deux amis, toujours avides d'en savoir plus sur ce qui a bien pu se passer. Il m'a bien fallu insister cinq ou six fois sur l'événement pour qu'ils comprennent que je n'en sais pas plus qu'eux, et que dans le pire des cas, nous serions mis au courant ultérieurement. Sur le moment, je n'ai eu plus qu'une seule envie : retourner sous les draps pour profiter encore d'un petit peu de sommeil. Conway, neutre, nous quitte, et Shana, bien qu'ayant du mal accepter ce qu'elle considère comme un grave excès de fainéantise, se contente de bouder. Dix minutes de récupération en moins dans le but de calmer Shana qui, après avoir abandonné sa mauvaise humeur, quitte la pièce pour aller se promener. Je serai rassuré quand elle sera rentrée sans qu'il en se soit rien passé d'étrange. Trop d'incidents surviennent en sa présence. Toutefois, je visualise très mal le lien qui pourrait exister entre sa présence et la disparition de mon adversaire.
Cette pensée me rejoint aussi rapidement qu'elle m'a quitté, après une heure de repos. N'estimant pas avoir plus besoin de dormir, je me lève et fouille dans mon sac et retrouve le trésor que j'ai jusqu'à présent si bien conservé : ce pendentif. J'en viens à me demander pourquoi Shana n'a pas réussi à sentir sa présence jusqu'à présent. Le phénomène de l'île de Do aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Mais depuis, le pendentif n'a plus fait état d'aucun phénomène étrange. A vrai dire, depuis que je l'ai récupéré, l'objet me fait plutôt songer à une pierre creuse et froide, bien lointain de l'image que je me suis produite à partir de la description de Shana.
Je ne comprends toujours pas comment a-t-il pu atterrir dans les cartons du dépôt au fond d'un magasin de Cimetronelle. Et surtout, je ne comprends pas pourquoi le hasard a voulu que je récupère, sans intention véritable, ce pendentif auprès d'un vendeur très enthousiaste. Il voulait après tout se débarrasser des restes qui traînaient dans sa boutique. J'ai voulu lui rendre service, voilà tout. Pourquoi et surtout comment ce pendentif est arrivé là ? Depuis quelques temps, ce concept que d'aucuns appellent le destin commence à prendre sens sur un dresseur sans histoire, qui n'a jamais cru une seule fois à ce même destin… La seule chose que je sais de ce pendentif est qu'il semble dégager une lumière étincelante à chaque événement fort, qui me rapproche inexorablement Shana du retour.
Et si…
Je me reformule la question sous tous les angles durant la matinée et trouve sa réponse à midi, tout comme d'autres interrogations sur ce début de journée mouvementé. Tout d'abord, Richie, le dresseur que j'aurai dû combattre ce matin, a été retrouvé sans connaissance dans l'un des centres réservés aux dresseurs du tournoi et leurs compagnons, aujourd'hui vers 10 heures du matin, au moment où je finissais par ailleurs mon précédent match. Visiblement, les séquelles se révèlent assez importantes pour que Richie ne puisse de toute manière pas continuer la compétition, même au vu des circonstances atténuantes. Il a même terminé son match de la veille brillamment. Si j'ai pris connaissance de cet événement, c'est par Shana qui, prise d'une certaine curiosité malgré sa démotivation vis-à-vis de mon comportement du matin, s'est renseignée auprès du comité d'organisation. Dans le journal local, un feuillet a été glissé au sujet de mon « match ». Un article dédié à l'évanouissement de celui qui aurait dû être mon opposant s'y trouvait. Négligeant les quelques lignes qui énoncent de toute manière des banalités, je jette un coup d'œil distrait sur la rubrique des faits divers, à laquelle je ne prête d'habite aucune attention. Parcourant les lignes et colonnes en diagonale, je manque de m'étouffer avec mon sandwich lorsque mes yeux se pose sur un encadré en coin de page.
ETERNARA – UN JET DE LUMIÈRE SEME LE TROUBLE
Hier dans la matinée, plusieurs témoins affirment avoir vu une lumière jaillir vers le ciel, du Centre des « Acacias » à Eternara. Ce phénomène n'est toutefois pas le premier, des événements similaires étant survenus depuis plusieurs mois au sein de la région Hoenn. L'organisation de la Conférence d'Eternara mène une enquête depuis bien longtemps, la plupart de ces phénomènes survenant à proximité d'une arène. Un numéro vert a été mis en place au 0389565552369 pour tout témoignage ou élément apporté susceptible de faire avancer l'enquête.
« Alors, les nouvelles sont fraîches ? »
Shana ne doit surtout pas voir cet article. Bredouillant un vague « non », mis à part ce qui est arrivé à mon adversaire, il ne s'est rien passé d'important dans les environs. En réalité, si Shana achète le journal, c'est aussi pour être mis au courant de tout évènement inhabituel dans la région, voire même à l'extérieur, particulièrement à Johto et Kanto. Mais je sais pertinemment que si Shana venait à apprendre maintenant ce qu'il se passe, elle se mettrait à paniquer ou à me soupçonner de lui cacher quelque chose, ce qui est malheureusement vrai. Je replie donc le journal, m'efforçant à conserver l'impassibilité la plus totale possible, et le rentre discrètement mais avec précipitation dans mon sac. Conway nous rejoint peu de temps après et manque de peu de me trahir sans le vouloir. Il achète le journal et poussa un cri d'exclamation en lisant l'article sur Richie, ce qui manque de m'étouffer une seconde fois. Jamais nous n'avons accordé autant d'importance à un autre dresseur que nous ne connaissons même pas, pas comme s'il avait réalisé quelque chose d'extraordinaire.
Un jour de repos a suivi les huitièmes de finale journée de repos bien trop vite passée à mon goût, ce qui n'a pas été le cas pour Shana et Conway, bien satisfaits de me tirer de mon lit le matin des quarts-de-finale.
« Mais, il est quelle heure, Shana ? Sept heures ? Mais mon match n'est que cet après-midi !
― Monsieur va rester bien réveillé aujourd'hui pour être en forme cet aprèm. Je te vois bien rester au lit jusqu'à midi. Allez debout ! Ton équipe t'attend déjà à l'extérieur. »
C'est après quelques coups de coussins et une partie inégale à deux contre un que je me résigne à me lever, en montrant ostensiblement ma mauvaise humeur en traînant des pieds et en laissant mes Pokémon pratiquer leur propre entraînement, comme bon leur semble. Même eux ne semblent pas approuver mon inaction. Tension de mise lors du début de mon match j'ai à peine salué mes deux compagnons lorsque je les ai quittés. En arrivant sur le terrain, mon premier coup d'œil n'a pas été sur le comportement de mon adversaire, un certain Julien, mais sur Shana et Conway, que je n'ai repérés qu'au bout d'une bonne minute : ceux-ci ont décidé de se placer en retrait, tout en haut des gradins. Le tumulte s'éteignant progressivement, le match peut commencer. A vrai dire, comme mon précédent match, ou plutôt comme en seizième de finale, l'impression d'un mouvement de balancier organise son grand retour. Avec mon adversaire, nous perdons chacun à son tour un Pokémon, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un à chacun, suite à l'élimination de mon Coudlangue. Mon Xatu se retrouve face à un autre… Xatu, situation inédite mais qui rajoute un intérêt certain à la confrontation, d'autant plus que nous avons tous les deux déjà utilisé le Pokémon psy au cours du combat. Il se trouve que nos attaques les plus fréquemment utilisées sont tout au moins similaires. Ce dernier affrontement au sein du match a donc vu évoluer une stratégie commune des plus loufoques, c'est-à-dire appliquer ce que celui d'en face a mis en place, ce qui a donné un spectacle assez divertissant aux yeux des commentateurs. Une suite d'attaques Psyko a succédé à un joli ballet de téléportations ces derniers ont d'ailleurs provoqué un joli désordre durant une minute, personne ne sachant à qui appartenait quel Xatu. Bien décidé à mettre fin à ce petit jeu désolant, je prends le risque d'utiliser une attaque que j'avais quasiment oubliée, inutilisée depuis longtemps, mais qui s'adapte parfaitement à ce type de situation. Au fond, si le combat réside actuellement dans l'imitation, pourquoi ne pas tenter une attaque Moi d'Abord ?
Le silence a duré 10, 15, 30 secondes… une minute. Chacun de nous deux semble attendre que l'adversaire frappe, lance une attaque. C'est alors que j'ai compris que la guerre de l'imitation a laissé place à une guerre des nerfs. Julien a eu également pour but de lancer également une attaque Moi d'Abord ! Etant déjà dans un état d'instabilité suite à mes humeurs avec Shana et Conway, je décide de craquer bien plus rapidement que ma patience me le permet d'habitude, ordonnant à mon Xatu d'utiliser Psyko. L'attaque Moi d'Abord a bien résonné à mes oreilles, mais pas autant que le Téléport ordonné au mien pour éviter l'attaque adverse.
« Ténèbres !
― Téléport !
― Picpic !
― Psyko !
― Téléport ! »
Une succession d'attaques sans suite logique est intervenue et a provoqué plus de désordre qu'elle n'a remis de l'ordre dans la situation. Elle a d'autant plus provoqué un stress supplémentaire mes capacités mentales sont plus que jamais en jeu.
Une flamme qui brûle d'une intensité impossible à évaluer.
Un décor apparaît, celui d'une ville. Ou plutôt un quartier résidentiel en bordure de ville. Tout est calme, si ce n'est la pluie qui tambourine de toutes parts. Simplement des bruits de pas. Je la vois arriver, la joie se lisant largement sur son visage je parviens largement à la distinguer, bien que je me trouve de l'autre côté de la rue et en dépit des trombes d'eau qui martèlent le sol sans me provoquer un quelconque désagrément. J'ai à peine eu le temps de scruter le reste du décor qu'un grondement sourd attire mon regard et attise des inquiétudes, non seulement de ma part, mais aussi de la part de Shana.
« Réutilise Psyko ! »
La chose apparaît. Tant de monstruosité m'a fait détourner le regard de Shana durant une bonne minute. Lorsque je me suis souvenu qu'elle devait être encore là, elle avait disparu. A sa place se trouve une autre jeune fille, aux cheveux d'un rouge éclatant qui flottaient dans tous les sens, le katana braqué droit face à la masse hideuse qui se trouve face à elle. Le calme de la rue avant cette soudaine apparition ne m'a même pas fait remarquer que le décor est totalement figé. Un silence assourdissant remplace l'averse. Il n'en est pas pour moins inquiétant.
« Evite-le ! Evite-le ! Fais tout ce que tu peux mais évite-le ! »
J'assiste à l'affrontement le plus répugnant et glauque qu'il ne m'ait jamais été permis de voir. Tout n'est que souffrance et douleur, et la fille ne manifeste aucune pitié à l'égard du monstre. Je ne l'ai jamais connu ainsi.
Jamais.
Même le coup final qui allait être apporté ne l'apitoie d'une quelconque manière. Une lumière intense, violacée, jaillit alors de la chose devenue informe et fonce droit sur Shana. Mes yeux remplis de cette lumière, je ne distingue plus rien. Quand tout s'est estompé, ils ont tous disparus. A l'exception du pendentif.
« Non, à gauche, pas à droite ! »
Le pendentif laisse éclater un flash jaillissant sur moi. J'ai cette fois pu m'apercevoir que dans le même temps le médaillon se désintègre.
« Le Xatu de Houtarou est hors-de-combat ! Le Xatu de Julien remporte la manche. La victoire revient donc à Julien de Cinq-Epis ! »
La réalité du match.
Ou plutôt, je suis revenu à la première réalité. La seconde, elle, a pris le dessus sur ma concentration. Elle m'a perdu. Elle prend le dessus sur la première réalité. Après le retour sur le sable de l'arène, les ténèbres s'emparent de MA réalité. En face de moi, bien haut dans le ciel, une lumière noire jaillit de ce qui semble être un bâtiment – celui où moi, Shana et Conway logeons – et file haut dans le ciel.
Il n'y a plus une seconde à perdre.
Bien que des centaines de témoins aient aperçu la scène, je m'efforce de garder le plus grand calme possible en quittant le stade, ne laissant rien paraître.
Impossible.
« HOUTAROU ! HOUTAROU ! »
Ce cri est le dernier son qu'il m'a été permise d'entendre, en-dehors d'un nouveau brouhaha émanant des gradins. A présent, courir, courir, et ne s'arrêter en aucun cas. Retourner au Centre. Shana semble avoir compris, tout comme je viens de comprendre les dix dernières minutes. Le hasard a voulu que je rencontre Shana, sans doute à cause de ma curiosité et ma volonté d'aller au secours de mon prochain. Si le hasard a plutôt bien joué ici, ce n'est pas le cas de ma découverte du pendentif à Cimetronelle. Ce n'est pas un hasard si je fais tous ces rêves, si ce pendentif agit à chacune de mes victoires ou défaites importantes.
Le pendentif se trouvait encore auprès de Shana lorsque celle-ci a atterri à Poivressel. Ce premier éclat que j'ai aperçu lorsque je me trouvais sur le bateau est le pendentif qui tombait à son tour. Quand j'ai sauvé Shana des griffes de Mimigal, j'ai été soi-disant enveloppé d'une autre lumière. La force du pendentif m'avait atteinte. C'est pour cette raison que Shana a été capable d'user de ses ailes à mon contact, c'est pour cette raison que j'ai déjà rêvé de Shana et de ses aventures, de ses pouvoirs. Les livres rédigés par Caitlyn dans mon songe contenaient une part de vérité.
A partir du moment où mon chemin a de nouveau croisé celui du pendentif, tout le pouvoir s'est de nouveau intégré à l'objet, tout en restant lié à moi il se manifeste alors lors d'évènements importants, qu'ils soient positifs ou non. A Eternara, tous les évènements inexpliqués trouvent leur solution dans ce médaillon. Si Richie a été retrouvé inanimé, c'est qu'il devait se trouver non loin de ma chambre et a été « soufflé » par l'élan de lumière provoqué par le pendentif lors de ma victoire en 16ème de finale. Tous ces moments où le pendentif a libéré son pouvoir sont tout à fait logiques.
Le voici de nouveau entre mes mains.
« Houtarou, rend-le moi. Il ne te sera fait aucun mal. »
Malgré son calme, son katana frôle mon nez.
Même dans une situation au plus haut point grave, il m'est venu en tête de tenir un affront à Shana et son katana afin de la déstabiliser plus qu'elle ne doit l'être. Toutefois, les issues présentes ne sont pas nombreuses, et il me faut agir vite. Chaque seconde compte. Mes pensées se concentrent dans un premier temps sur ce qu'il se passe en-dehors de ma confrontation avec Shana, et ma première réflexion se tourne vers Conway, qui a disparu. Il s'est forcément passé quelque chose qui n'aurait pas eu lieu d'être.
« Où est passé Conway ?
― Ah, ce cher Conway ? Oh, il m'a été si facile de lui donner un petit coup, pardon, un gros coup pour lui fausser compagnie. Un garçon intelligent, rusé, prêt à tout pour draguer, mais si étourdi, c'est incroyable ! Mais bon, je me suis arrangé pour qu'il ne vienne pas nous déranger. Une personne de plus ou de moins qui connaît Nietono no Shana, quoi de si différent ? »
Ma deuxième, et à peine plus douloureuse cette fois-ci, pensée s'est tournée vers la compétition d'Eternara, que je venais de quitter par la porte la plus obscure, avec une défaite totalement imprévisible, un événement susceptible de nous apporter de gros ennuis, avec en surcroît des soucis par rapport à ma relation avec Shana. Des soucis peut-être irréparables.
Quel imbécile.
« Tu ne m'impressionnes pas, Sha-na. Si tu crois me faire peur avec ton joli petit jouet, tu te trompes lourdement. Oh, sans doute est-ce une insulte d'en parler ainsi ? Je n'en ai plus rien à faire. Je t'ai enfin découverte. Je sais qui tu es. L'un comme l'autre, nous n'avons plus rien à nous cacher. »
Shana semble comprendre que son katana ne m'impressionnera plus jamais autant que lors de notre première rencontre. Elle n'a donc au final jamais compris que mes sentiments à son égard ont évolué ? Tous les encouragements proférés il y a encore quelques jours n'auraient été que de la poudre aux yeux ? Une des preuves des plus flagrantes a été délivrée aujourd'hui… du moins, je le pense. A être franc, avoir dissimulé cet objet durant tant de temps ne pouvait que provoquer des dégâts si la découverte s'était effectuée à un moment non souhaitable. Comme ici. La réaction de Shana est tout à fait compréhensible.
« Je te déteste, Houtarou. Je te déteste car tu es l'une des rares personnes pour qui j'éprouve autant de sentiments positifs. D'un côté, tu as eu le culot de me dissimuler ce qui était ma raison d'être. Chez n'importe qui, une telle situation serait équivalente à une haute trahison, sanctionnée immédiatement. Mais je le sens. Tu n'as pas voulu agir par appât du gain ou par orgueil. Le bénéfice du doute l'emporte.
― La maîtrise de soi est une preuve de grande sagesse, tu viens de l'apprendre. Maintenant, range ton katana et je te promets de te remettre cette clé. Je te promets que je ne chercherai pas à te le cacher plus longtemps. »
Si la confiance de Shana a à peine été fissurée, sa méfiance n'a d'égal au moment où je rouvre le poing qui s'était refermé sur le pendentif. A contrecœur, la jeune fille me fit en silence un signe d'approbation. J'ai serré si fort mon poing durant la conversation que j'ai été surpris de voir encore le précieux objet entier. Celui-ci ne semble plus manifester le moindre pouvoir. Le feu vert pour partir en sécurité.
Shana est formelle : il s'agit bien de son pendentif, sans erreur possible. Celui-ci ne luit plus, mais il n'en existe pas deux comme celui-ci. La tension à peine retombée, par honnêteté, je raconte à mon acolyte les circonstances de la découverte de l'objet « sacré » et surtout toutes les hypothèses formulées par mes soins au sujet du lien qui nous unit à l'heure actuelle. Après lui avoir promis que je lui expliquerai bien vite ce qu'il en est de ma propre situation, j'ouvre la porte menant au couloir principal… porte qui donne sur le fonctionnaire de la CCCC rencontré lors de l'annulation de mon match contre Richie. Il est accompagné de deux policiers.
« Bien, dresseur Houtarou, nous allons procéder à une fouille de cette chambre, ainsi que vos affaires, dans le cadre d'une enquête sur ces phénomènes qui inquiètent la population de la région Hoenn depuis le mois de novembre. »
Cette perquisition tombe à point. Assez tardive pour permettre de prouver notre apparente innocence. En effet, que verraient-ils dans un simple médaillon ? Que verraient-ils en Shana, bien que j'aie cru qu'elle allait protester sur l'annonce de cette perquisition, mais qui ne montre à présent plus rien d'autre qu'un visage rempli de naïveté ? Rien. Les affaires se trouvant dans mon sac ne contiennent rien de compromettant, si ce n'est…
« Ce journal, qu'est-ce que c'est ? Une personne venue d'un autre monde, cela signifie quoi ?
― Ca ? Mais voyons, ce n'est qu'une simple invention ! Une fanfic, comme on dirait dans le jargon !
― Tiens, intéressant, et vous pourriez nous en parler ?
― Exactement ! Cette histoire raconte l'histoire d'une fille venue d'un autre monde, qui porte le nom de Shana, comme mon amie ici présente. Elle essaie alors de rejoindre son monde avec un dresseur qu'elle a rencontré à Poivressel.
― Le titre ?
― A la recherche de l'autre monde. »
Le plus honnête possible. Il ne me reste plus qu'à prier pour qu'il ne fasse pas le lien avec les événements qui se sont véritablement déroulés en novembre à Poivressel. La panique monte car avec les dates et les coïncidences qui résident vis-à-vis de Shana sont trop voyantes.
« Mademoiselle, votre visa de dresseur, je vous prie. »
Aïe. Non seulement la supercherie serait alors découverte, puisque Shana n'a pas d'existence légale en ce monde, mais cela provoquerait aussi une réaction imprévisible que je ne suis pas sûr de pouvoir canaliser dans la situation actuelle, devenue à présent incalculable, sans anticipation possible. De plus, et je suis étonné qu'ils n'y aient pensé plus tôt, mais il n'y a pas eu de fouille corporelle. Le katana aurait été mis au jour. Participant à la Ligue, il n'y a aucune raison que je sois en situation irrégulière. Quant à Shana… La fuite forcée semble inéluctable si l'on veut échapper à position de plus en plus instable.
« Papa !
― Conway, qu'est-ce que tu fabriques ici ?
― Laisse ces deux personnes tranquilles, elles ne sont pas responsables de tout ce qui arrive !
― Tu les connais ?
― Oui, je les connais ! Ce garçon, Houtarou, tu l'as vu pendant la compétition, n'a présenté rien de suspect à ce que je sache ! Son amie, elle, n'est qu'une simple personne qui demande à voyager et voir du pays bien qu'elle n'ait aucun Pokémon ! Je réponds de leur personne ! Comment peux-tu les suspecter ainsi, alors que tu n'as aucune preuve ni aucun mandat pour perquisitionner ?
― Conway, ce n'est pas à toi de te mêler des affaires de la commission.
― Si je veux ! Ce sont surement ceux qui ont eu le plus d'égards vis-à-vis de moi ! Tu sais très bien que ma personnalité m'a toujours causé de graves ennuis lorsqu'il s'est agi de me rapprocher des autres ! On m'a trop de fois traité d'asocial, de type bizarre, parfois même de pervers ! Combien de périodes sombres ai-je traversé au cours de mon adolescence ? Ce sont les seuls qui ne m'ont jamais vu sous cet angle !
― Bien… tu te portes donc garant de leur innocence ?
― Parfaitement !
― Partons. »
Sans un mot qui nous soit adressé, l'inspecteur de la Ligue et ses deux assistants quittent la pièce, adressant à peine un sourire à un Conway, légèrement tremblant suite à la scène qui s'est déroulée sous ses yeux. Le dresseur dégouline, ce qui montre un empressement soudain à nous rejoindre. Le coup que lui a asséné Shana a été sans doute interprété comme un danger pour moi. A moins que les pratiques de son père ne l'aient fait comprendre que quelque chose ne tourne pas rond chez nous. La calme brutalité de la situation m'a aussi provoqué un choc tout relatif. Shana, elle, semble la moins affectée bien qu'une vague expression d'incrédulité se lit sur son visage lorsqu'elle croise le regard de Conway.
« On s'en fiche que cet homme soit mon père ou non. Ce qui m'importe, c'est que vous ne soyez pas ennuyés. Je ne sais pas exactement de quoi il est question, mais avec ce que vous m'avez apporté, je veux vous le rendre en retour. Laissez-moi vous aider. »
Apprendre que Shana a touché quelques mots à Conway ne me surprend même pas, au fond. Malgré ma défiance à l'égard de ce garçon précoce, je dois admettre lui trouver une droiture sans faille jusqu'à présent. Je me demande même pourquoi j'ai eu cet excès de suspicion à son encontre durant la compétition.
« Nous n'avons pas le temps de réfléchir. Shana, je crois comprendre que tu as raconté quelques bribes de notre aventure à Conway, c'est ça ?
― Euh, oui…
― Bien, on l'emmène, et on s'en va. Tout de suite ! »
Autant des adieux se seraient révélés plus compliqués, autant ce départ précipité est rempli de regrets. L'élimination directe du tournoi ne nécessite aucune paperasse inutile. Quand on perd, on quitte le tournoi, on n'y existe plus, point. Cela a même rappelé à Conway la façon dont il s'en est allé précipitamment du tournoi de la Vallée du Lys à Sinnoh. La quête de Shana se trouve momentanément en suspens, car il nous faut quitter Eternara le plus rapidement possible et s'en éloigner au possible. D'un autre sens, partir revient à se rapprocher de notre but final. Mais où aller d'abord ? Nous ne pouvons pas nous lancer vers Johto de cette manière…
Une folle après-midi est passée, durant laquelle nous avons parcouru près de 150 kilomètres en mer et une petite dizaine en marche rapide. Une nouvelle petite île perdue entre Eternara et la célèbre Zone de Combat nous accueille dès à présent. Par rapport à l'agitation de la Ligue Hoenn, l'endroit en devient effrayant de silence. Même l'infirmière Joëlle au Centre Pokémon est choquée que des dresseurs étrangers à l'île puissent encore arriver en ces lieux. Trouver une chambre pour trois n'a donc pas été compliqué. De cette manière, nous pouvons souffler et nous entretenir sur ce qui va être pour Shana et moi la fin du parcours.
« Bien. Pas de temps à perdre. Quelle sera notre prochaine destination ?
― Les chutes Tohjo, ça me paraît évident au point où nous en sommes !
― J'aimerais justement émettre une proposition, vu l'aide que je vous ai apporté à Eternara, Shana et Houtarou.
― Je croyais qu'il s'agissait d'un retour à l'aide que nous t'avons déjà apporté !
― Conway ?
― Vous vous souvenez sans doute de ce que je vous ai raconté lors de nos retrouvailles à Eternara ?
― Conway, que comptes-tu faire encore à Poivressel ? Nous n'avons pas le temps ! Ou tu nous suis, ou tu y vas seul !
― Dommage, je vous pensais beaucoup plus redevables de ce que vous offrent vos amis.
― Mes amis ? Je n'ai pas d'ami ici, pas dans ce monde.
― Oh, je pense exactement le contraire. A ce que je sache, Houtarou t'aide depuis plusieurs mois, c'est ça ? Il ne t'a pas apporté suffisamment de preuves d'amitié ? Après, que tu me dénigres dans mon dos et devant Houtarou n'est pas un souci, j'ai l'habitude. Mais je devine très bien le caractère des personnes, et je t'assure qu'au fond de toi, tu considères énormément Houtarou et tu me considères tout aussi bien car j'ai compris comme lui ton problème, et j'ai cherché à t'aider, ne serait-ce qu'à une occasion. Ce sont juste tes nerfs qui te font croire que nous sommes qu'une bande de gamins qui croient pouvoir t'aider alors qu'ils ne sont rien.
― Shana, il a raison. Allons à Poivressel. Et pour une autre raison : nous nous sommes rencontrés là-bas. Il faut que je retourne dans ce quartier. Ne me demande pas pourquoi, je ne sais pas encore moi-même. Mais j'ai envie d'y retourner peut-être trouverons-nous quelque chose là-bas. Je ne te garantis rien. Peut-être qu'il ne s'agit que d'un simple élan de nostalgie.
― Je vous déteste tellement. On pourrait croire que vous cherchez tous les deux à me garder à tout prix dans ce monde alors que vous cherchez à m'aider, je le sais très bien…
― Dans combien de temps a lieu le Grand Festival, Conway ?
― Une semaine et demie. Nous sommes… oui, vendredi, la compétition commence donc lundi en huit.
― Départ demain matin, sept heures. »
La discussion a été expéditive à souhait. La journée a été mine de rien très riche et je ne suis au final pas fâché d'avoir quitté la compétition je ne me suis même pas rendu compte que je n'étais, au final, pour rien au monde déçu de ma performance à peine meilleure qu'à Kanto. Et au fond tant mieux, trop de soucis tuent les soucis. Je n'ai jamais autant croulé sous les problèmes et pourtant je n'ai jamais été si heureux dans cette aventure, à la recherche d'un véritable but, gardant la liberté d'aller où je veux, ou presque. Mon but : permettre à Shana de revivre ce bonheur qu'elle compte ravoir chez elle, le même que celui que je vis. La défaite à la Ligue ne me bloque pas du tout au contraire, elle m'a permis de prendre conscience des phénomènes qui nous ont accompagné tout au long de ces derniers mois.
Nostalgie des mois écoulés.
Il m'a fallu deux minutes au réveil pour comprendre que non seulement la journée qui a précédé a été éprouvante. Je me suis écroulé sans prendre le temps de me déshabiller. A mon réveil, je me rends compte qu'il fait encore nuit : il est deux heures du matin. Je ne me suis pas levé sans raison : d'habitude, un tel coup de fatigue m'endort dès le coucher et ce jusqu'à la sonnerie de de mon réveil. Une fois entièrement conscient, je décèle très rapidement la source de ce dérèglement. Ce ne sont bien évidemment pas les lents ronflements de Conway qui ont rompu mon sommeil, mais une lueur. Non pas celle qu'il nous a été permis d'admirer plusieurs fois dernièrement, mais une lumière tamisée. Le pendentif caché en partie par le poing serré de Shana diffusait sa clarté depuis le balcon.
« Shana, qu'est-ce que tu fabriques !?
― Chut ! Moins fort, j'ai déjà réussi à te réveiller, pas la peine d'alarmer aussi Conway…
― Soit. Mais dis-moi ce que tu fiches avec le pendentif, qui se trouvait par ailleurs encore dans mon sac ? Tu continues de fouiller ?
― Je te rappelle que ce pendentif est le mien, un objet sacré. Alors laisse-moi en paix au lieu de me traiter comme une cambrioleuse.
― Si tu veux… je peux le voir tout de même ? »
Même lorsqu'il n'est plus blotti dans les mains de Shana, le pendentif présentait une lumière de très faible intensité. Je connais à peine les phénomènes qu'il provoque et pourtant j'ai le profond sentiment qu'il ne se comporte pas en ce moment même de manière normale. Malgré un éclat qui pour la première fois luit, ce qu'il renferme semble affaibli.
« Shana… il se passe bien quelque chose d'anormal ?
― Oui… la lumière qu'il dégage en temps normal est diminuée, malgré le fait d'avoir retrouvé son propriétaire, si je peux m'exprimer ainsi, légitime…
― Je peux le prendre en main ?
― Pourquoi faire ?
― Vérifier quelque chose… »
Perplexe, Shana me tend le pendentif. J'espère sur l'instant voir le pendentif briller à nouveau de mille feux. Mais il n'en est évidemment rien. Shana a raison : ce pendentif lui est intimement lié. L'objet continue à étinceler du mieux qu'il peut. Un objet peut-il être gravement « malade » ? La liaison qui a uni ce pendentif à moi-même a été si forte dernièrement que j'étais persuadé qu'il se produirait quelque chose.
« Pardonne-moi pour cette question que je t'ai posé de nombreuses fois, mais… il représente quoi pour toi, ce pendentif ?
― Je ne suis pas loin de te dire tout, mais en tout cas il a une importance capitale dans ma raison d'être, du moins depuis que j'ai acquis le statut de Flame Haze. Pour faire très simple, c'est comme si je te volais tes Pokémon ou que je te volais ta liberté : tu perdrais tout sens de ta fonction en ce monde. Tu ne te demandes jamais pourquoi tu existes, pourquoi tu es ici ? Je suis persuadée que chaque être humain, où qu'il vive, a une fonction bien précise. Je sais, ce que je dis est très abstrait. Mais il s'agit du meilleur moyen de résumer ce qui me lie à ce pendentif, où devrais-je dire Alastor, la Flamme Céleste.
― D'accord… »
Un trouble s'installe dans la nuit encore fraîche de ce mois d'avril. Les paroles philosophiques de Shana trottinant encore dans ma tête sont très rapidement remplacées par un élan vers le but principal : l'autre monde et non plus le pendentif.
« Il vaudrait mieux aller dormir.
― Oui, je pense… »
A peine ai-je mis le pied à l'intérieur que Shana me coupe dans mon élan.
« Tu crois… que ça ira mieux demain ?
― Je ne sais pas. Nous verrons demain. Il faut absolument penser à te ramener… chez toi. Et puis, là-bas, ils sauront surement remédier à ce problème, non ?
― Je ne pense pas. Et puis, en imaginant qu'Alastor soit la clé vers l'autre monde… »
Shana a le don de semer le trouble.
« Nous verrons demain, j'ai dit. Bonne nuit Shana. »
Le retour dans la tiédeur du lit m'a fait replonger immédiatement dans un sommeil sans rêve. Seule une dernière pensée s'adresse directement à ce pendentif. A la clé qui nous attend probablement dans les Chutes Tohjo. A la photo que Simon m'avait une fois donnée. L'autel… l'objet… l'inscription.
Ce n'est pas un pendentif qui nous attend là-bas.
Donc, Shana a raison : nous possédons déjà la clé de son retour. En espérant que la clé fonctionne encore.
A moins que quelque chose d'autre vienne à nous, dans les recoins d'une caverne sombre isolée du monde, symbole de jonction entre deux territoires remplis de bien d'autres merveilleuses histoires.
