Chapitre 21 : Amélioration

Je ne peux pas suivre Tony. Il est beaucoup trop rapide pour moi, et je ne peux pas non plus le pister avec mon odorat humain. Mais les portes d'entrées grandes ouvertes me renseignent assez vite sur la direction qu'a prise mon ami. Je crois même voir sa silhouette disparaître entre les arbres de la forêt interdite.

Je regarde à ma droite et à ma gauche, fixant les couloirs qui s'étendent à l'infini. Si un vampire était présent ici, c'était certainement pour une bonne raison. Aucun de ceux qui ne se seraient pas présentés à moi en tout premier lieu, ne serait venu à Poudlard sans avoir un but précis. Mais lequel ?

- Vous sentez quelque chose d'anormal ? Me demande Albus en s'approchant de moi dans mon dos.

Je secoue la tête. Que serais-je capable de sentir de toute manière ? Avec mes sens redevenus humains, je ne peux qu'attendre le retour de Tony pour découvrir la raison de la présence du vampire inconnu en ces murs.

- Doit-on demander aux élèves de retourner dans leurs dortoirs ? S'interroge Minerva à voix haute. Je ne voudrais pas d'incidents fâcheux.

Je me tourne vers elle pour rétorquer qu'il serait sans doute plus sûr pour les élèves de rester dans la Grande Salle sous la surveillance d'adultes, mais je suis stoppée dans mon élan par une effluve. Je fixe le couloir de gauche, tétanisée. Il y avait des années que je n'avais plus senti une telle odeur. Et il faut croire que finalement, le sang de Tony fait bien plus que me garder en vie. Il semble qu'il me rende aussi un peu de mes facultés d'antan.

Sans un mot, je prends la direction du couloir menant aux étages supérieurs. J'entends Minerva et Albus m'emboîter le pas. Ils me suivent dans le dédale de couloirs sans poser de questions, alors que je me laisse guider par l'odeur qui parcourt les couloirs, charriée par le vent glacial. Je remonte la piste jusqu'à une salle abandonnée du troisième étage. La porte est entrebâillée.

Je m'arrête à sa hauteur et pousse le battant de la main. Dans un raie de lumière filtrant entre les lourds rideaux pourpres troués par les mites, apparaît le corps inanimé d'un jeune garçon, étalé au sol. Minerva se précipite aussitôt dans la pièce et s'agenouille près de l'adolescent allongé face contre terre. Albus et moi la suivons dans la pièce. Je jette un œil sur la mare de sang qui entoure la tête du jeune homme. Minerva l'attrape par le torse pour le retourner. Je reconnais alors l'adolescent. C'est un Gryffondor de quatrième année, nommé Jack Sloper. Minerva ne tarit pas d'éloge sur ses talents de gardien dans son équipe de Quidditch.

La vieille femme se trouve vers moi et me lance un regard abasourdi, alors qu'elle allonge le corps du jeune homme sur le dos, posant sa main sur son cou, là où s'écoule encore faiblement son sang.

- Qu'attendez-vous ? S'écrie-t-elle. Vous êtes infirmière oui ou non ?

Je me tourne vers Albus. Son regard abattu confirme mes suppositions : lui aussi a compris, dès l'instant où il a mis un pied dans la pièce, qu'on ne pouvait plus rien pour ce jeune malheureux.

- Je suis désolée, Minerva. Je suis impuissante.

Elle papillonne des yeux.

- Il respire encore, dit-elle. Je sens son pouls.

Soupirant, je la rejoins près du corps et, délicatement, ôte sa main du cou ensanglantée du garçon. Je jette un œil au visage blafard, aux yeux clos et à la bouche entrouverte qui laisse échapper son dernier souffle. Je pince des lèvres et combat vaillamment l'émotion qui remonte. J'ai l'impression de revivre certains de mes cauchemars, souvenirs des événements qui se sont déroulés plusieurs années auparavant.

- Il n'y a rien que je puisse faire. Il est déjà en train de se transformer.

- Il pourrait avoir été attaqué par un faucheur, non par un membre de la Caste, riposte ma collègue avec fougue.

- Si c'était le cas, le faucheur l'aurait vidé de son sang, lui explique-je calmement. Le vampire qui l'a attaqué est parti en le laissant pour mort, pour laisser le venin agir. Dans le meilleur des cas, il est en train de se changer en vampire. Dans le pire . . . eh bien . . . il lui arrivera la même chose qu'à Mondingus Fletcher.

Ébranlée, Minerva vacille un instant. Je l'attrape par le bras pour éviter qu'elle ne tombe et la stabilise. Albus s'approche d'elle pour la remettre debout et l'éloigner du garçon.

- Venez Minerva, sortons d'ici. C'est suffisamment éprouvant comme ça.

Il l'accompagne hors de la pièce, et je reste seule avec le jeune Gryffondor. Je regarde son uniforme débraillée, le sac de cours à ses pieds. Je devine qu'il s'était isolé pour travailler au calme, comme il arrive souvent aux élèves. Il n'y a pas de désordre dans la pièce, le corps du garçon repose au pied d'une table et d'une chaise. Son assaillant l'aura pris par surprise, dans le dos. Comme moi, lorsque mon créateur m'a attaqué. Je sais ce qu'il a ressenti à ce moment-là. Je me souviens de ce que j'avais moi-même éprouvé en sentant cet inconnu m'attraper par derrière et plonger ses canines dans ma chair. Il n'y a pas de peur plus primaire.

Je me relève et constate que je n'ai pas regardé où je mettais les pieds quand j'ai rejoins Minerva. J'ai du sang sur ma robe blanche, au niveau des genoux, ainsi que sur les mains. Je m'essuie rapidement sur les zones de ma robe encore vierge, et me tourne vers la porte quand je sens l'arrivée de Tony.

Le visage de mon ami se décompose lorsqu'il avise le garçon allongé par terre, la vie quittant peu à peu son corps.

- C'était un vampire, m'annonce-t-il. Je n'ai pas réussi à le rattraper, il a disparu subitement une fois hors du domaine de Poudlard.

- Il a transplané, devine-je eu moment où Albus nous rejoint dans la pièce en prenant bien soin de refermer la porte derrière lui. C'était donc un sorcier. Tu as reconnu sa fragrance ? C'est quelqu'un que l'on connaît ?

Tony secoue la tête, le regard rivé sur le Gryffondor.

- Pourquoi attaquer un élève ? Demande-t-il à voix haute.

Je regarde le directeur. Je crois que lui et moi pensons exactement la même chose. Mais pour confirmer notre idée, il faut savoir qui sont les parents de la victime.

- Je pense que les raisons sont les mêmes que la dernière fois, dis-je à mon ami en m'approchant de lui. William avait attaqué les élèves de la même manière, il y a dix-sept ans. Avec le retour de Voldemort, il n'est guère étonnant de voir un vampire pénétrer de nouveau à Poudlard.

- Instaurer la peur chez ses ennemis a toujours été l'une des méthodes préférés de Voldemort, renchérit Albus. Je ne crois pas que Mr Sloper soit issu d'une famille puissante pouvant s'opposer à son ascension, donc je pense qu'il s'est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

Sur ces mots, nous nous tournons tous les trois vers le garçon. Sa poitrine ne se soulève plus. Il ne respire plus. Je me tourne vers Tony et nous échangeons un regard triste. Mon ami devra neutraliser un autre faucheur d'ici quelques heures.

O0o0O

Les professeurs Chourave et Flitwick tentent de ramener un semblant de calme dans la Grande Salle en demandant aux élèves de ne pas s'inquiéter et de continuer à profiter du banquet. Mais la plupart des adolescents se contentent de murmurer fiévreusement entre eux, d'avancer les suppositions les plus folles, sans toucher à leur repas.

- Un . . . un vampire ? Bégaye Ron, le teint crayeux en reposant sa fourchette dans son assiette. Tu . . . tu es sûre ?

Zoé hausse des épaules en donnant une drôle de forme à sa bouche, signe sans doute que non, elle n'est pas sûre de ses suppositions. Mais pour Harry, son idée parait plutôt logique. Pourquoi le professeur Esperanza se serait-il précipité ainsi hors de la Grande Salle, si ce n'était pour poursuivre une créature aussi rapide que lui ?

- Qu'est-ce qu'il ferait là ? Interroge Georges à voix haute, les sourcils froncés. Pourquoi venir à Poudlard ? Si c'était un visiteur pour Tony ou Amandine, l'un ou l'autre l'aurait su, non ?

Harry tourne son regard vers Hermione. Elle-même le regarde déjà. Elle hoche de la tête de manière assez discrète, comme pour confirmer les suppositions de son meilleur ami.

- Vous vous souvenez de ce qui est arrivé à Mondingus Fletcher ? Demande Hermione en se tournant vers les jumeaux.

- Difficile de l'oublier, rétorque Fred.

Autour de leur groupe, les quelques élèves qui entendent leur discussion cessent de parler entre eux et tendent l'oreille. Harry se demande s'ils ne devraient pas avoir cette discussion loin des personnes non concernées, mais Hermione poursuit avant qu'il n'ait le temps de réagir et de l'empêcher d'en dire plus.

- Il y a de fortes chances que ce soit le même vampire qui soit entré ici ce soir. Et sans doute pour les mêmes raisons, quel qu'elles soient.

Harry lâche un petit soupir apaisé. Hermione a donné tellement peu d'informations dans sa phrase que seules les personnes déjà au courant de ce qu'il s'est passé peuvent comprendre de quoi elle parle.

- Brr, fait Ron en secouant les épaules comme si un frisson venait de lui dégringoler le long du dos - ce qui est d'ailleurs fort possible. Poudlard n'est pas censé être l'un des lieux magiques les mieux protégé du pays ? Comment il a fait pour en percer les défenses ?

Hermione hausse des épaules en guise de réponse, puisque c'est essentiellement à elle que la question est posée. Il n'y a que la jeune fille qui ait lu L'histoire de Poudlard.

- Si ce vampire est un sorcier transformé depuis longtemps, intervient Fred, il est peut-être possible que les protections de Poudlard ne soient qu'un jeu d'enfant pour lui. Imagine si il a plus de cinq cents ans. Ou si c'est un Fondateur en personne !

Tout ceux qui écoutaient leur discussion éclatent de rire, amusé par l'absurdité de l'idée de Fred. Cela détend l'atmosphère à la table des Gryffondor. Les professeurs continuent quand même de réclamer le silence et demandent aux élèves de poursuivre leur repas sans crainte, passant entre les tables pour accorder un mot réconfortant à ceux qui semblent vraiment paniqués.

Harry prend alors conscience d'une chose qu'il n'avait pas remarqué jusqu'ici : malgré que Voldemort n'ait rien fait pour confirmer ses dires de juin dernier sur son retour, beaucoup de jeunes sorciers sont sur les nerfs. Sans doute ont-ils crus sa version des faits, sur le décès de Cédric, et non l'excuse du Ministère qui ne cesse de clamer que ce n'était qu'un malheureux accident.

Harry regarde autour de lui, ses camarades de maison assis autour de la table. Aucun d'eux n'ait venu lui demander d'explications, malgré l'été qui s'est déroulé sans anicroches. Aucun n'est venu pour l'accuser d'avoir menti ou d'avoir rêve les événements du cimetière. Pourtant, c'est sans doute ce qu'ils auraient dû faire en ne constatant aucun changements dans leurs vies de tous les jours, en continuant à vivre paisiblement, sans menaces de la part des mangemorts.

Les portes de la Grande Salle s'ouvrent alors, et Amandine remonte l'allée centrale d'un pas pressé. Harry se dit que finalement, si personne ne se préoccupe de savoir s'il a dit vrai ou pas il y a trois mois, c'est peut-être tout simplement parce que la découverte de l'existence des membres de la Caste a effacé des mémoires le retour silencieux de Voldemort.

Zoé suit sa mère du regard, les sourcils froncés. Amandine s'approche du professeur Flitwick qui discute avec une seconde année de Serdaigle. Elle se penche sur le petit homme pour lui murmurer quelques mots à l'oreille.

- J'imagine que ce n'est pas bon signe, fait Hermione à mi-voix.

La jeune fille se tourne vers Zoé qui, tout en ne quittant pas sa mère du regard, acquiesce lentement d'un signe de tête. Amandine se relève et Harry remarque que le professeur Flitwick arbore un visage clairement inquiet. Il pointe sa baguette vers sa gorge et aussitôt, sa voix fluette retentit dans toute la Grande Salle, éteignant les quelques rares bavardages qui s'entendaient encore.

- Chers élèves, nous vous prions de rejoindre vos dortoirs dans le calme. Suivez vos préfets et préfets-en-chef. Ne vous dispersez pas. Bonne nuit à tous.

Hermione et Ron se lèvent aussitôt, bien qu'en grommelant un peu pour le jeune homme, et ils font signe aux élèves plus jeunes les plus proches de se rassembler autour d'eux. Harry, Zoé et les jumeaux font de même et suivent leurs camarades de maison lorsqu'ils prennent la direction de la sortie.

- Qu'est-ce qui est arrivé à ton avis, pour mettre les professeurs dans cet état ? Demande Harry à Zoé, une fois s'être assuré de ne pas être écouté par quelques oreilles indiscrètes.

- Ma mère t'a-t-elle raconté ce qui s'est passé pendant sa septième année ? Les circonstances exacts de sa transformation en vampire ? Le questionne la jeune fille en retour.

Harry fronce des sourcils, peu sûr de bien comprendre où Zoé veut en venir. Amandine lui a raconté avoir été transformé lors d'une retenue pendant laquelle elle avait croisé le chemin d'un vampire fou. C'était peu après cet événement qu'elle avait commencé à côtoyer les maraudeurs et notamment Remus, qui avait senti le changement qui s'était opéré chez elle. Puis les choses s'étaient enchaînées quand elle avait découvert l'existence des Calice, appris que Sirius était le sien et que donc, ils étaient liés pour toujours.

Harry ne voit pas en quoi ce qui se déroulent en ce moment-même dans le château a à voir avec le passé d'Amandine.

- A-t-elle mentionné les meurtres qui ont eu lieux à Poudlard pendant sa septième année ? Précise Zoé en murmurant à l'oreille de Harry.

Le jeune homme cligne des yeux, surpris, et regarde Zoé avec effarement. Le seule meurtre de Poudlard dont il n'ait jamais entendu parler est celui de Mimi Geignarde, le fantôme des toilettes pour filles du troisième étage. Mais le faits remontent à une cinquantaine d'année auparavant.

- Je vois que non, poursuit la jeune fille. Mais j'imagine qu'elle a au moins mentionné William, son créateur ?

- Elle ne l'avait pas nommé, dit Harry, de plus en plus perdu. Ta mère m'avait juste dit qu'elle avait été attaqué lors d'une retenue. Elle le connaissait ?

Zoé secoue la tête alors qu'ils entament l'ascension vers leur tour, toujours mêlés aux autres élèves de leur maison, mais en queue de peloton.

- William se trouvait en Angleterre pour se mettre au service de Voldemort, lui explique-t-elle. Il a attaqué ma mère lors de son arrivée dans ce pays parce qu'elle ressemblait à son Calice, une femme qui était morte peu de temps avant. Quand il a constaté ce qu'il avait fait à ma mère, il n'a pas eu le cœur à la voir devenir un faucheur, et a préféré faire d'elle un membre de la Caste. Mais lorsqu'il s'est mis au service de Voldemort, ce dernier lui a sommé d'attaquer certaines personnes de Poudlard. Il y a eu deux morts cette année-là. Puis Tony, que tu connais déjà, et Lucinda, qui était une amie à maman à l'époque mais qui est devenue aujourd'hui la Reine des vampires, ont réussi à arrêter William. Il a été jugé et exécuté pour ses crimes quelques mois plus tard.

Harry acquiesce lentement de la tête, alors qu'ils pénètrent dans leur maison. La plupart des élèves étant restés groupé dans la salle commune, Harry et Zoé tardent à trouver un coin où ils pourraient poursuivre leur discussion. Ils finissent par se décider pour une zone près d'une fenêtre. Le temps de leur recherche aura au moins permis au jeune homme de mettre à plat toutes les informations que Zoé vient de lui donner. Il n'aurait jamais pu imaginer une telle histoire.

- Tu veux dire que, peut-être, ce qu'il s'est passé il y a dix-sept ans, est en train de se reproduire ?

- Je n'espère pas, répond Zoé. J'aimerais vraiment me tromper, mais je ne vois pas pour quelle autre raison un vampire serait entré ici, si ce n'est pour reprendre le boulot laissé par William.

- Mais pourquoi Voldemort avait envoyé un vampire assassiner des élèves ? Demande Harry. Ta mère l'a su ?

- Oui, les personnes visées étaient des enfants de sorciers puissants qui s'opposaient aux hommes de Voldemort. Ceux qui lui résistaient.

Harry frissonne. Jusqu'ici, il s'était toujours senti en sécurité dans les mur de Poudlard. Même en apprenant l'existence des vampires, et en devinant que certains s'alliaient à son ennemi, il ne s'était pas senti en danger outre mesure. Mais à présent qu'il connaissait l'histoire des attaques qui s'étaient déroulés pendant le septième année de ses parents, il se sentait vulnérable. Qu'est-ce qui empêchait maintenant Voldemort d'envoyer un vampire le saigner proprement, là où lui-même ne pouvait l'atteindre ?

O0o0O

Tony dépose délicatement le corps du jeune sorcier sur le lit de la petite chambre privé, attenante à mon bureau, dans l'infirmerie. Je le regarde depuis le pas de la porte, Minerva et Albus dans mon dos. Ensuite, Tony tire une chaise près de la tête du lit et s'y installe, prêt à veiller sur le corps jusqu'à ce qu'il se relève. Il fera ensuite ce qu'il doit faire.

Je ferme la porte de la chambre et fais face à Minerva et Albus. Le directeur semble abattu. Comme à moi, celui doit lui rappeler les attaques d'il y a dix-sept ans, et l'impuissance qu'il a dû ressentir à ce moment-là, face à des créatures plus fortes que lui ou ses professeurs. Minerva, quant à elle, adopte le visage d'une femme accablée par le chagrin.

- Vous ne pouvez vraiment rien faire pour lui ? Demande-t-elle. L'empêcher de se transformer en faucheur ?

Je secoue la tête. Tous les deux connaissent déjà les règles, puisqu'ils font partie de l'Ordre du Phénix et donc, savent que nous avons dû neutraliser Mondingus Fletcher à son réveil, avant de remettre ce qui restait de son corps à sa famille. Nous avions dû mettre en scène un accident d'incendie dans sa maison, pour expliquer la carbonisation de son corps. Une mise en scène que nous ne pourrons pas répéter ici.

Soupirant, je passe dans mon bureau et m'assois sur ma chaise. Je fais ensuite signe à mes deux collègues de prendre place dans le sofa et, d'un coup de baguette magique, leur incante deux tasses de thé à la verveine. Je pense que Minerva en a bien besoin.

- J'ai peine à croire que l'un de vos homologues ait pu faire une telle chose, dit Albus. Je sais que votre peuple est de nature pacifique, et je ne m'explique pas les agissement de ces vampires.

- Nous non plus Albus, réponds-je. William a expliqué les raisons de ses agissements, mais il était un esprit dérangé, auquel nous pouvions éventuellement trouvé une excuse. Mais cette fois-ci . . .

Je soupire de nouveau et me demande si je ne ferais pas mieux de m'offrir aussi une tasse de thé à la verveine.

- Il va falloir que j'envoie un hibou à Lucinda, dis-je. Je sais que vous ne pourrez pas tenir les autorités éloigné de cette affaire, maintenant que nous nous sommes révélés aux yeux du monde anglais. Il faudra que Lucinda puisse défendre notre peuple face aux accusation qui ne tarderont pas à jaillir dans tous le pays.

- Vous pourrez lui envoyer Fumseck, mon phénix, propose Albus en avalant une gorgée de thé. Il ira plus vite que n'importe quel hibou, et il faut qu'elle puisse se préparer le plus vite possible.

J'acquiesce d'un signe de tête et le remercie d'un sourire. A côté de Albus, Minerva sirote son thé en silence, les yeux brillants.

- Si vous préférez Minerva, je pourrais rencontrer la famille de Mr Sloper, dis-je. Je vais leur envoyer un hibou dès ce soir, pour leur demander de venir de toute urgence.

Minerva hésite, sans doute toujours attachée à son devoir de directrice de maison, mais finit par accepter de me déléguer sa tâche. J'attrape aussitôt plume et parchemins, et rédige un rapide courrier à l'adresse des parents de la malheureuse victime.

- Nous supposons que cette attaque est l'œuvre de Voldemort, dit soudain Minerva en reposant sa calme sur la table, l'air beaucoup plus calme. Mais comment en être sûr ? Comment le prouver au Ministère ?

- Il vaudra mieux n'avancer aucune de nos suppositions devant les Aurors quand ils seront ici, conseille Albus. Cornelius ne supporterait sans doute pas cet énième affront.

- Il préférera accuser mon peuple et risquer de faire tomber à l'eau les négociations, ajoute-je d'un ton aigre. Si seulement . . .

Je ne finis ma phrase qu'en pensée : si seulement j'avais eu toutes mes capacités de vampire. A deux, nous aurions pu le coincer. J'aurais pu l'immobiliser par des sorts, ce que Tony est incapable de faire.

- Amandine, est-ce que je me trompe si je suppose que vous ne semblez pas en possession de vos pleines capacités ? Me demande soudain Albus.

Il pose sur moi un regard inquiet. Je me doutais bien qu'il finirait par le remarquer. Et les événements de ce soir n'ont sans doute pas aidés à cacher mon état de faiblesse.

- C'est vrai, réponds-je alors que j'attaque ma seconde lettre, adressée à Lucinda. J'ai perdu presque la totalité de mes capacités de vampire. Je ne suis guère différente d'un être humain aujourd'hui.

Je sers les dents et combat l'émotion qui monte. Je me sens coupable d'être aussi faible, et de n'avoir pas pu faire mon devoir en pourchassant ce vampire fauteur de trouble. Nous n'aurions pas pu sauver le jeune Gryffondor, mais nous aurions pu arrêter son agresseur et éviter d'autres victimes. Dorénavant, nous ne pouvons qu'attendre la prochaine attaque. Ou compter sur Charles et sa mission d'infiltration dans les rangs ennemis.

- Comment est-ce possible ? Questionne Minerva, inquiète et interrogative à la fois. Êtes-vous malade ?

Je pourrais leur expliquer que c'est la perte de mon Calice qui me rend ainsi, mais ce serait divulguer les secrets de la Caste et, tant que nous n'avons pas signé d'accord définitif avec les sorciers, nous n'en avons pas le droit.

- Je ne peux pas entrer dans les détails, dis-je. Sachez seulement que je suis mourante, mais que Tony prend soin de moi.

Albus et Minerva se redressent, comme électrifiés. La nouvelle a de quoi surprendre, c'est vrai. Et on ne peut pas dire que je leur ai annoncé avec douceur, ni au bon moment.

- Il me reste encore de nombreux mois à vivre, mentis-je pour les rassurer. Soyez assurés que je travaillerais jusqu'à la fin de mon contrat en juin. Et plus, si possible.

Je leur adresse un sourire rassurant, mais Albus et Minerva ne sont pas dupes. J'aurais sans doute mieux fait de me taire.

Je signe ma lettre et glisse le parchemin dans une enveloppe, avant de me lever.

- J'envoie cette lettre de suite à Mr et Mme Sloper.

Puis, j'attrape mon autre missive que je tends à Albus.

- Si vous pouviez envoyer Fumseck à Lucinda dès ce soir, je vous en serais reconnaissante.

Le directeur attrape mon enveloppe en acquiesçant d'un signe de tête et quitte aussitôt mon bureau. Minerva le suit en me souhaitant une bonne nuit, et disparaît à son tour. Je quitte moi aussi la pièce, verrouille derrière moi et fais un crochet par la chambre. Tony est toujours à la même place, aussi immobile qu'une statue veillant sur le jeune homme.

- Je monte à la volière, le prévins-je. Je dois alerter ses parents de sa mort.

- Tu leur a expliqué les détails ? Demande Tony en se tournant légèrement vers moi.

- Non, je le ferais de vive voix. Je sais qu'ils auront du mal à comprendre mais je ferais de mon mieux. J'espère seulement que leur fils ne se réveillera pas avant leur arrivée, qu'ils puissent au moins le voir une dernière fois avant sa transformation.

Tony et moi échangeons un regard. Il est toujours difficile, même pour un vampire, de voir de tels choses se produire. On pourrait presque en venir à se haïr de voir nos congénères agir d'une telle façon, et surtout d'être impuissant. Mais si nous devions changer en vampire tous les malheureux mordus, nous serions surpeuplés. Et ce ne serait une bénédiction pour personne.

- Une fois que j'aurais envoyé le courrier, je reviendrais te tenir compagnie. A tout à l'heure.

Tony hoche de la tête et je referme la porte, avant de prendre la direction de la sortie. Je ne peux m'empêcher d'appréhender le lever du soleil, dans quelques heures. Demain sera une journée interminable.