« Ça te dirait qu'on fasse un vérité ou vérité ? »
« Qu'est-ce que tu racontes Drago ? »
Je m'arrête dans ma tâche pour l'observer avec curiosité. Son apparence vaut le détour : t-shirt blanc trop large et tâché, jean troué et un pinceau dans la main, il n'a décidément plus rien à voir avec le Drago d'avant. Alors qu'il replonge son pinceau dans le pot de peinture beige, je ne peux m'empêcher de me dire que ce style lui va bien aussi. Un Drago relâché, naturel, qui n'a absolument plus aucune peur du regard que l'on peut porter sur lui. Il reprend la parole, et je recommence à peindre ma partie de la salle en l'écoutant.
« Bah comme on est censé apprendre à vraiment se connaître, je me disais qu'on pourrait en profiter pour se poser toutes les questions qui nous passent par la tête. Une question chacun son tour, t'en dis quoi ? »
« Je ne vois pas l'intérêt d'en faire un jeu… Et ça va nous faire perdre du temps. »
« Oh mais cesse donc d'être aussi sérieuse ! J'en ai marre de peindre dans le silence. Aller, tu peux même commencer si tu veux. »
Je pousse un soupir exagéré. J'ai l'habitude qu'on me traite de bavarde, mais avec Drago j'ai totalement perdu ce complexe ! C'est sans doute dû au fait qu'il ait eu si peu de monde à qui parler dans les années précédentes, mais il adore discuter avec moi. Et puis même si ça ne fait que depuis 5 jours que nous préparons notre lieu de travail, je sens qu'il en a marre des travaux manuels que nous sommes contraints de faire (c'est sûr que c'est plus simple avec les murs magiques qui peuvent changer de couleur d'un simple sort…)
« Ambre et ses idées bizarres ont dû déteindre sur toi, mais si tu y tiens… Je dois trouver une question pour toi c'est ça ? Euh… Tu as déjà lu des livres moldus ? »
« Non jamais ! En même temps je n'en ai pas trop eu l'occasion, ils n'en proposent ni à Fleury et Bott ni à Poudlard, et ce n'est pas certainement pas chez moi que j'en aurais trouvés. »
« C'est dommage, tu es passé à côté de tellement de classiques ! »
« Peut-être mais tu sais, je suis déjà satisfait par la littérature sorcière. »
« Je n'en doute pas mais quand même ! Je t'en ferai lire et tu m'en diras des nouvelles. »
« Ça me va ! Bon aller à moi maintenant, quel est ton livre préféré ? »
« L'histoire de Poudlard évidemment ! »
« Sérieusement ? Il existe donc des gens qui ont lu ce bouquin en entier et qui, en plus, l'ont apprécié ? »
« Eh bien il y a au moins une personne ! »
« C'est déjà plus que ce que je pensais. »
« Oh ça va, n'exagère pas non plus ! C'est vraiment un livre intéressant et enrichissant. Tu sais, il n'existe pas que les romans dans la vie ! »
« N'empêche qu'il n'y a que toi pour préférer un manuel scolaire à n'importe quel autre livre ! » se moque-t-il gentiment. « Bon aller, c'est à toi de poser une question maintenant. »
« Euh, je ne sais pas moi… Quelle est ta date d'anniversaire ? »
« Le 5 juin. »
« Quoi ? »
Je m'arrête alors brusquement au milieu de mon coup de pinceau et je me tourne une nouvelle fois vers lui, l'air interloquée. Il doit se moquer de moi, ce n'est pas possible. Il lève un œil vers moi et a l'air tout à fait sérieux ; je n'y crois pas…
« Mais c'est dans moins de deux semaines ! » repris-je incrédule.
Il hausse les épaules et me demande sur un ton neutre : « Et toi ? ».
« Le 19 septembre. » lui répondis-je rapidement avant de revenir au sujet qui m'intéresse vraiment. « Tu aurais dû me prévenir ! Il faut absolument qu'on t'organise quelque chose ! »
« Ouh la, non ! Je ne sais pas si tu es au courant, mais je n'ai plus vraiment d'amis depuis que j'ai rompu avec Astoria… Elle s'est débrouillée pour que les rares personnes qui m'appréciaient encore après la guerre me détestent eux aussi, à part Ambre et toi bien sûr. »
Une ombre passe dans son regard. Je me rappelle de la solitude que je ressentais quand j'avais l'impression de ne plus être amie avec Harry et Ginny, et je comprends tout de suite ce dont il a besoin. Comme moi quand je me suis rapprochée de lui et d'Ambre, il a besoin de faire de nouvelles rencontres, il a besoin d'un réel nouveau départ.
« Mais ce n'est pas grave ça… » lui répondis-je doucement. « C'est encore mieux à vrai dire, je n'ai jamais été fan des grandes soirées bruyantes où l'on ne peut pas parler plus de 10 minutes avec chaque invité. On pourrait juste faire un repas avec Ambre, et puis je pourrais inviter Harry et Ginny aussi ! »
Mon idée n'a toutefois pas l'effet escompté sur Drago : au lieu de l'approuver, ce dernier éclate de rire ! Vexée, je replonge mon pinceau dans le pot et je l'entends faire de même.
« On parle toujours de mon anniversaire là ? » finit-il par me demander en rigolant toujours.
« Tout à fait, je suis très sérieuse ! Je leur ai dit que tu avais muri, et puis eux aussi tu sais. Ils aimeraient bien te rencontrer… Ça pourrait être l'occasion ! »
« Je n'aurais jamais cru être désespéré au point de devoir passer mon anniversaire avec le Survivant et la Weaslette… »
« Ne sois pas aussi médisant, tu seras certainement agréablement surpris ! »
« C'est sûr que vu le mauvais à priori que j'ai sur eux, ça risque d'être compliqué d'être déçu… Enfin bon, pourquoi pas. J'imagine que si ce sont tes amis, ils ne doivent pas être aussi terribles que dans mon souvenir. Par contre si ça se passe mal, ce sera de ta faute ! Bon aller on reprend le jeu maintenant, on en était où ? »
« A toi non ? »
« Dans tous les cas tu viens de griller ta question si c'était ton tour, alors oui on va dire que c'est à moi ! Alors Hermione, verité ou vérité ? »
« Drago, viens-en au fait… »
« Oh mais ne t'énerve pour si peu, j'essaye de m'amuser c'est tout ! » me reproche-t-il d'une voix faussement vexée.
Il laisse passer un petit temps avant de me demander tout de suite beaucoup plus sérieusement : « Quand as-tu commencé à me suivre ? »
Je ne peux m'empêcher de lâcher mon pinceau au sol. Eh merde.
« Ah euh… Je… »
Drago se retourne immédiatement pour me le ramasser et nettoyer la tâche au sol par un sort. En me tendant mon pinceau, il me regarde dans les yeux et essaye de me rassurer.
« Tu n'es pas obligée de répondre si ça te rend mal à l'aise. Je ne veux pas te faire culpabiliser, on est reparti à zéro tu te souviens ? C'est de la simple curiosité, je ne veux pas te forcer. »
« Oui je sais, c'est juste que tu m'as surprise… Eh bien, pour répondre à ta question… »
Je reprends mon pinceau et recommence à peindre malgré tout : même si mes doigts tremblent, même si je peux sentir ses yeux d'argent qui pèse sur moi, et même si j'ai du mal à retrouver une respiration stable.
« Ça a commencé un matin où tu es allé dans une boutique qui vend des montres. Je t'avais vu en sortant de Fleury et Bott et je t'ai suivi, sans trop y réfléchir… Oh si tu savais comme je suis désolée pour tout ce que – »
« Je t'arrête tout de suite, je pense que tu t'es suffisamment excusée comme ça la semaine dernière ! A ton tour maintenant. Tu as même le droit de me poser une question gênante pour te venger si tu veux ! »
Sa tentative de vouloir me mettre à l'aise me fait sourire alors je lui pose une question qui m'avait beaucoup tourmentée la première fois que je me l'étais posée.
« Qu'est-ce que tu voulais vendre ? »
« Oh ça ? Une montre que mon père m'a offerte. J'étais déçu de ne pas pouvoir m'en débarrasser, je me sens mal à l'aise dès que je l'utilise… Tu aurais pu trouver pire comme question dis-moi. Bon aller à moi ! Ce jour-là, quand tu m'as vu, comment m'as-tu reconnu ? J'avais ma cape, non ? »
Je prends un temps pour bien tout me remémorer et je me rends compte à quel point tout ça me parait lointain désormais.
« Je ne saurais pas trop t'expliquer pourquoi, mais je l'ai senti… Et puis je faisais des cauchemars récurrents dans lesquels tu apparaissais à l'époque. Penser à toi n'était pas sorti de nulle part… »
« A l'époque ? »
« Ce n'était pas plutôt à moi de poser des questions ? » me moqué-je en souriant. « Mais sinon, oui, à l'époque seulement. Cela fait un certain moment que je ne fais plus de cauchemars, à l'exception du soir où tu as tout découvert. »
« Je vois... » déclare-t-il l'air soulagé. « Moi aussi j'ai arrêté de faire des cauchemars depuis un moment déjà. »
Je me tourne à nouveau vers lui en lui lançant un petit sourire avant de lui ordonner de se remettre au travail !
Trouvant ce jeu très utile pour révéler tous les non-dits qui demeuraient entre nous, nous l'utilisons régulièrement pendant que nous préparons nos locaux, et même en dehors de ces moments. Nous avons pris l'habitude de passer nos après-midis à faire les travaux, alternant entre des techniques moldus et des sorts que nous connaissons. Le matin, je me charge de tout ce qui est administratif.
Le soir, Drago et moi nous baladons dans le Londres moldu, à découvert, et nous adorons ça. Sous prétexte du jeu « vérité ou vérité », nous nous disons tout. A chaque fois que nous marchons dans les rues moldues, nous nous sentons tout de suite plus libres pour nous parler et nous confier. Nous nous racontons nos expériences personnelles sans juger, juste pour savoir, pour comprendre. Cela me fait un bien fou de ne plus rien avoir à cacher, ni rien à chercher : que ce soit nos ressentis sur la guerre, nos histoires de familles, nos amitiés, son histoire avec Astoria ou mon histoire avec Ron (sans trop insister sur les trois derniers mois), tout y passe.
Bien sûr au début, cela me gênait de parler d'expériences intimes avec une autre personne alors que j'avais pris l'habitude de toujours tout garder pour moi mais très vite, cette gêne a disparu pour ne laisser place qu'au soulagement et à la confiance. Je me sens tellement bien maintenant !
Drago continue de se confier à moi comme il le faisait quand nous avons commencé à être amis, et ça me fait toujours aussi plaisir. Je sais aujourd'hui que s'il a eu confiance en moi si vite c'est parce que je suis l'une des seules personnes à pouvoir le comprendre, puisque je connais toutes ses facettes : le crétin pourri gâté des premières années de Poudlard, le Mangemort lâche et perdu, l'ancien ennemi libéré mais rejeté par la société, et l'auteur de critique drôle et intelligent.
Je pense que moi seule suis capable de voir un lien logique entre toutes ces personnalités d'apparence disparates mais qui ne correspondent en fait qu'à des réactions de la part de Drago face à ce que le monde a à lui offrir. En tout cas, je préfère largement que Drago me fasse ses révélations lui-même plutôt que d'avoir à les chercher secrètement.
Une fois nos locaux fin prêts, nous nous occupons du lancement de notre journal. Je me charge de tout ce qui est financier et juridique, parce qu'il faut bien avouer que le statut d'héroïne de guerre est plutôt vendeur, ce qui est pratique lorsqu'on cherche à obtenir des fonds et des droits de publication.
J'ai chargé Drago de la mise en page du journal et nous avons déjà commencé à rédiger nos critiques chacun de notre côté pour notre premier numéro.
Nous nous sommes décidés à ne plus nous restreindre à donner les points positifs des livres que nous avons lus. Notre objectif n'est plus de faire vendre les livres, mais vraiment d'en faire la critique.
Nous avons pour ambition de faire d'Homme et Femme de parchemins une revue littéraire sorcière renommée, tout d'abord dans le Royaume-Uni et ensuite peut-être même dans d'autres pays anglophones… Ambre est à fond derrière nous dans ce projet, même si elle est déçue de ne plus nous voir aussi souvent qu'avant. Il parait que le libraire est déçu de ne plus nous avoir en tant que critiques, mais puisque notre travail pour lui était quasiment bénévole, il ne peut pas vraiment nous en vouloir.
De mon côté, dès que je trouve un peu de temps, je m'éclipse pour mettre en place les derniers préparatifs pour la soirée d'anniversaire de Drago.
Alors que je m'apprête à sortir du ministère un jour avant son anniversaire, je repense à tout ce que j'ai préparé en espérant que ça lui convienne. Bien sûr, ce ne sera pas grand-chose, mais j'aimerais lui faire plaisir. Lui montrer qu'il peut compter sur moi, parce que je suis là pour lui, comme n'importe quelle amie serait là pour lui d'ailleurs. Enfin pas forcément une amie, peut-être un peu plus, enfin pas trop non plus, mais un peu quand même…
A vrai dire je ne sais pas, je suis un peu perdue en ce moment, mais…
« Hermione ? »
« Oui ? »
Je me retourne instinctivement avant de regretter tout de suite ce choix. J'aurais dû ignorer cet appel. J'aurais dû reconnaître cette voix et partir en courant. J'aurais dû faire plus attention en venant au ministère, mais c'est vrai que cela fait une dizaine de jours que j'y vais sans être jamais tombée sur lui…
Lui que je cherche à oublier depuis plusieurs mois.
Lui que j'ai rangé dans un coin de ma tête que j'ignore délibérément à chaque fois que je me sens coupable de mes actions.
Lui que je n'ai jamais revu ou même cherché à revoir depuis que nous nous sommes disputés. Ma dernière honte, mon dernier regret.
Ron.
Enfin le revoilà ! Vous étiez beaucoup à attendre son retour pour que le Dramione puisse avancer plus sereinement, mais je vous laisse encore un petit peu de suspens avant la confrontation Ron/Hermione ;) J'espère que ce chapitre vous a plu, j'ai personnellement beaucoup aimé écrire sur les rapprochements de nos deux héros pendant qu'ils font des travaux ! Je ne savais pas s'il était possible d'utiliser des sorts pour colorer des murs dans le monde moldu, mais j'ai préféré prendre le parti de dire que non parce que je pense qu'un Drago tout sali par la peinture, ça doit être super sexy !
Merci beaucoup pour vos commentaires du dernier chapitre, ça fait plaisir de voir que des gens continuent à lire et à apprécier mon histoire ! Merci aussi aux followers, et aux gens qui ont mis mon histoire dans vos favoris =)
N'hésitez pas à me laisser votre avis sur ce chapitre par review, ça fait toujours très plaisir, et n'oubliez pas ma requête qui était en haut du chapitre ! A bientôt !
