Heyo ! Pour ce thème, retour aux sources avec un ship que j'aime tout particulièrement, et sans spoilers pour une fois. x3 J'ai bien aimé l'écrire, celui-ci, même si j'aurais aimé le faire plus long - mais vu comme je m'y prends tard y'avait pas moyen T_T J'espère que vous aimerez !

Personnages/Pairings : Hitoshi/Izuku


Thème 27 : Road trip

La visière de son casque abaissée pour protéger ses yeux, Hitoshi fit rugir le moteur de sa moto et accéléra, le temps de doubler l'une des rares voitures que l'on pouvait croiser sur ces routes de campagne. Alors, comme en conséquence directe, il sentit les bras d'Izuku se resserrer autour de sa taille, son corps se presser plus encore contre son dos – et il peina à retenir un sourire mi-satisfait, mi-amusé.

« Tu sais que tu ne risques rien, hein ? » demanda-t-il, taquin, dans le micro qui lui permettrait de se faire entendre de l'autre garçon. Il avait acheté ce kit d'oreillettes sans fil sans trop y croire, juste avant qu'ils ne partent, mais au final, ça se révélait plutôt efficace ; avec ça, au moins, ils pouvaient se parler sans être gênés par le bruit du véhicule et de la route et du vent entre les plis de leurs vêtements. « Enfin, normalement… Remarque, je peux nous envoyer dans le fossé, si c'est ça que tu veux. »

Il entendit Izuku rire dans son écouteur.

« Mais non, s'exclama-t-il, le ton joyeux. J'ai confiance en toi ! »

… Évidemment, ne put s'empêcher de songer Hitoshi. Évidemment.
Cela faisait cinq ans qu'ils se connaissaient, quatre qu'ils étaient en couple, deux qu'ils avaient emménagé ensemble, et ce type se bornait encore à lui sourire – parce qu'il souriait, même sans le voir son compagnon savait qu'il souriait – et à croire qu'il ne lui ferait jamais aucun mal, même par inadvertance. Comme s'il n'avait aucune idée de ce dont Hitoshi était capable. Comme s'il ne se rendait pas compte que sa vie était entre ses mains, là, aussi ; qu'une erreur de manœuvre ou un instant de déconcentration ou une lenteur de réflexe pourrait le tuer, les tuer tous les deux, ou au moins les blesser gravement-

Enfin.
Il ne changerait jamais, hein ?
… Cinq ans qu'ils se connaissaient, quatre qu'ils étaient en couple, deux qu'ils avaient emménagé ensemble, et le cœur d'Hitoshi se mettait encore à battre la chamade, ses joues encore à chauffer lorsqu'il y pensait. Izuku avait confiance en lui.
Aucun d'eux ne changerait jamais. Quel duo d'abrutis.

Retenant un soupir aussi bien que le petit il-ne-savait-quoi qui rendait son cœur léger et menaçait d'étirer la courbe de ses lèvres, le jeune homme accéléra pour s'engager sur la nationale, puis osa un coup d'œil au ciel à l'horizon. L'après-midi toucherait bientôt à sa fin, et pourtant il faisait toujours clair, le soleil brillait toujours haut dans le ciel – en d'autres termes, c'était l'été. Le vent qui claquait contre son torse et ses bras rafraîchissait sa peau sous sa lourde veste au dos et aux épaules renforcés. Il n'était pas habitué aux paysages qui défilaient devant ses yeux, et la sensation de la vitesse, couplée à celle des bras d'Izuku qui l'enlaçaient, était de celles qu'il appréciait le plus au monde-

Un road trip à moto ? avait-il répété, un sourcil haussé, lorsqu'Izuku lui en avait parlé quelques mois plus tôt. Jamais fait. Mais je serais pas contre, j'imagine.

Un jour, il faudrait que quelqu'un lui explique comment son petit ami faisait pour systématiquement trouver des idées qui lui plairaient, alors qu'Hitoshi lui-même ignorait que c'était son genre. Ils étaient bien partis faire quelques promenades, depuis qu'il avait obtenu son permis, l'affaire d'une journée dans une autre ville, mais jamais auparavant il ne s'était senti aussi…
Aussi libre que maintenant, alors que cela faisait deux jours qu'ils avaient quitté leur appartement et qu'ils ne savaient pas encore où ils se trouveraient demain à la même heure. Ils n'avaient pas d'itinéraire, après tout, pas de but précis. Une carte dans le coffre, peut-être, coincée dans la poche du sac à dos qu'avait emporté son petit ami, mais c'était tout. Ils allaient en direction du nord ; et lorsqu'ils seraient arrivés à la moitié de la semaine, ils penseraient à prendre le chemin du retour, peut-être, mais pas avant.

C'était… vivifiant. De ne rien faire d'autre que de rouler, toute la journée, Izuku contre lui. De s'arrêter dans des restaurants au hasard ou sur des aires d'autoroute à midi, de s'amuser à choisir chacun le plat que mangerait l'autre. De ne pas savoir bien exactement où ils passeraient la nuit le soir venu, mais d'être certains que ce serait dans les bras l'un de l'autre, même à la belle étoile.

Il souhaitait seulement qu'Izuku ressente la même chose. Après tout, lui-même aimait conduire ; mais son petit ami ne faisait que se laisser porter, alors…
Secrètement, il espérait qu'il le lui dirait, s'il commençait à s'ennuyer, s'il voulait rentrer – et raisonnablement, il savait qu'il ne lui en parlerait jamais. Qu'il devinerait que ça lui plaisait, à lui, et qu'il prendrait sur lui pour ne pas faire de peine à son compagnon. Ce qui était… touchant, oui, certes, mais aussi un peu agaçant sur les bords. Comment pourrait-il vraiment profiter de ses vacances si l'homme qu'il aimait ne s'amusait pas, après tout ?

Il se recentra sur la route, résigné. Il redoublerait d'attention pour identifier le moindre signe d'inconfort de sa part, voilà tout, et s'il avait des doutes il lui poserait la question ; mais il n'y avait bien qu'Izuku pour l'amener à se soucier autant de quelqu'un d'autre.


Quelques dizaines de minutes de route, encore, et ils décidèrent qu'il était temps qu'ils fassent une pause, ne serait-ce que pour se dégourdir les jambes ; alors Hitoshi prit le chemin de la première ville par laquelle ils passèrent et tâcha d'y trouver une station service. Ce n'était pas l'endroit le plus glamour et romantique du monde, mais ça avait son charme, il supposait…
Enfin, surtout quand Izuku glissait sa main dans la sienne comme si de rien n'était, à peine leurs casques retirés, et entrait avec lui dans la petite supérette ouverte à toute heure du jour de la nuit.

Cela dit, quand bien même la sensation de leurs doigts entrelacés était la même, douce et tiède et agréable, son cœur battant juste un peu plus vite lorsque son petit ami lui jetait un regard en coin, Hitoshi n'était pas dupe – et il ne tarda pas à constater que quelque chose n'allait pas. Que quelque chose, il ne savait pas quoi, dérangeait son compagnon ; c'était dans la façon dont il se tenait, dont il mordillait sa lèvre inférieure pendant qu'ils se choisissaient un cornet de glace, dont ses doigts serraient parfois les siens un peu plus fort…
Hitoshi paya leurs consommations, et sitôt qu'ils furent dehors il n'hésita pas une seconde à passer un bras autour de la taille de l'autre garçon.

« Hi-Hitoshi ? »

Rapidement, il le conduisit jusqu'à l'endroit où il avait garé le véhicule, un peu à l'écart et à l'ombre du bâtiment, et il plongea son regard dans le sien, l'air sérieux. Hors de question qu'il laisse cette mascarade se poursuivre indéfiniment.

« Izuku, commença-t-il. Tu pensais vraiment que je ne m'en rendrais pas compte ? »

… Et ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'Izuku ne tâcha pas de nier, les paumes levées et l'air mal à l'aise, mais rougit brusquement et tourna la tête, les poings serrés le long de son corps.

« A-Alors en fait… Tu vois… C'est que… »

Hitoshi cligna des yeux. C'était quoi, cette réaction ?
... Pas celle de quelqu'un qui n'osait pas lui dire qu'il s'emmerdait grave en sa présence, en tout cas. Il lui semblait.

« Aaah ! s'exclama alors son petit ami, avant de dissimuler son visage derrière ses deux bras, en ce geste à la fois mignon et exagéré qui le prenait souvent. Bon, d'accord, je t'explique, mais... Te moque pas de moi… » Puis, après une courte pause, le temps qu'il inspire à fond à se redresse un peu, tourne la tête en s'efforçant de ne pas poser les yeux sur lui : « C'est- C'est que… Partir comme ça, tous les deux, sans savoir où on va… Je trouve ça super romantique… »

… Oh.
Oh.
C'était tellement adorable qu'Hitoshi sentit ses joues s'empourprer, lui aussi, et dut reculer d'un pas pour dissimuler le bas de son visage d'une main.
Et puis, Izuku continua.

« Et- Et- Et je dois dire que tu es… Comme ça, avec cette veste si près du corps, heu… J'ai- J'ai l'impression d'avoir tellement de chance… ! »

Avant de terminer, d'une toute petite voix, les mains jointes devant son visage cramoisi comme en une prière :

« Et j'ai vraiment envie de… ahem… »

Le sang d'Hitoshi ne fit qu'un tour. À vrai dire, d'un seul coup, il se mit à bouillonner dans ses veines ; et à l'instant d'après, ne répondant plus de rien, il avait posé les mains sur les hanches de son petit ami, à qui il avait arraché un petit cri de surprise en le soulevant pour-
L'asseoir sur la selle de la moto, se presser contre lui, sentir ses jambes se serrer autour de sa taille, l'embrasser, vite. Passer la langue sur ses lèvres tandis que ses bras se glissaient autour de son cou, une main dans ses cheveux et l'autre dans sa nuque, et sentir leurs dents s'entrechoquer comme leurs bouches se rencontraient encore et encore et encore – jusqu'à ce que l'une des mains d'Hitoshi ne se faufile sous le t-shirt de l'homme qu'il aimait pour caresser ses muscles abdominaux du bout des doigts et qu'il n'échappe à Izuku un gémissement, un soupir, un frisson.

Alors, seulement, ils s'éloignèrent un tant soit peu, et leurs fronts se reposèrent l'un contre l'autre tandis que leurs regards se cherchaient avec autant de timidité que de désir.

« On- On est devant tout le monde… murmura Izuku, l'air mortifié, les joues rouges lorsqu'il réalisa ce qu'ils venaient de faire.
– À des kilomètres de chez nous, le coupa toutefois Hitoshi ; et il acheva de le faire taire d'un nouveau baiser, bien plus chaste cette fois-ci, déposé sur ses lèvres rapidement mais lourd de promesses. Je vais… Je vais nous trouver un hôtel. »

Son petit ami écarquilla les yeux.

« Maintenant ? Mais c'est à peine- »

Il ne termina pas sa phrase ; le regard de l'autre homme, dans lequel devait transparaître la moindre de ses intentions, suffit à l'en dissuader.

Ainsi ils reprirent la route, Hitoshi à nouveau les mains gantées sur les poignées du véhicule (quoi que bien moins calme qu'auparavant), Izuku à nouveau pressé contre lui et les bras autour de ses taille (quoi que les doigts s'aventurant bien plus bas qu'auparavant, le fourbe) ; et le conducteur inspirait à fond pour s'efforcer de se calmer lorsqu'il entendit la voix de son compagnon dans son oreillette.

« Hé, Hitoshi… »

Il avait parlé doucement, le ton affectueux, aussi l'intéressé ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.

« Hm ? »

La réponse se fit attendre – une seconde, puis deux.

« C'est pas grand-chose, je voulais juste te dire que… » Ses bras se serrèrent un peu autour de sa taille, et lorsqu'il reprit, son petit ami entendit dans sa voix qu'il souriait, les joues rouges et l'air un peu embarrassé. « Je suis… tellement heureux. Je t'aime. »

Et Hitoshi se retint de justesse de planter les freins et de les envoyer voler dans le pare-chocs arrière de la voiture devant eux.

« … On va avoir un accident, maugréa-t-il, le visage en feu, et ce sera de ta faute.
– Ah ! Je- Je suis désolé ! »