21.

Du regard, à défaut de pouvoir la souffleter ou lui faire subir d'autres sévices de reproches, Guelmond Tarkensaff fusilla Chérole.

- Quoi encore ?

- De nombreux policiers sont là, ils ont une commission rogatoire. Je ne peux en rien les faire arrêter.

- Hum, une fois de plus. J'ai souvent été soupçonné, en dépit de mon statut, mais aucune perquisition, de surface n'a jamais permis de m'incriminer ! Cette fois ne fera pas exception à la règle ! Laissez dévaler ces policiers ignares, ils ne trouveront jamais rien, comme depuis quarante ans ! Tylle, elle est là ?

- Oui. Mais si vous la faites appeler, Monsieur…

- Je suis en droit de demander des comptes à cette Inspectrice. Qu'on me l'amène !

- A vos ordres, Monsieur.

Tylle salua l'infirme qui faisait rouler son fauteuil jusqu'à une terrasse donnant sur un jardin souterrain où toutes les conditions naturelles étaient recréées.

- Je n'ai pas pu m'y opposer. Cette Thrée, et ceux d'Heiligenstadt avaient toutes les autorisations. La vieille Barandir, ce débris de colonel de la République Indépendante… Mais je ne peux rien contre eux, je suis désolée.

- La capitaine Barandir est une brillante retraitée de la Flotte, le colonel Zéro est un indécrottable militaire reprenant du service encore et encore… Ils sont aussi redoutables que tous les autres de la lignée Waldenheim ! Si j'avais eu plus de temps, j'aurais pu me faire tous les balafrés ! Mais je n'ai pas encore perdu. Surveille leur perquisition !

- J'ai déjà mobilisé mes commandos, en civil, en ce sens.

- Merci.

La jeune femme sourit.

- Je ferais tout pour toi, papa !

Salmanille hésita un instant entre souffleter son mari ou le serrer dans ses bras. Elle opta, sans surprise, pour la seconde option.

- Mon amour, tu as été d'une folie pire que tout que…

- J'avais une balise sur moi, la seule chose localisable ! Ainsi les policiers ont été directement aux cellules où Mady, Mul, et moi nous étions ! Thrée a magistralement réussi en allant témoigner et obliger les jumelles à venir ici !

- Mais, cette Tylle ? tiqua Warius.

- En tant que mécène, Tarkensaff est le « père » de nombreux pupilles de l'Etat. Et les jumelles sont deux de ces enfants. Seule l'aînée des jumelles a cherché et percé ce secret, pour se mettre au service de ce taré ! expliqua Albator.

- Tu savais donc tout ? tressaillit son ami de longue date.

- Disons que j'avais deviné bien des choses. D'où mon pseudo accident, et mon enlèvement dans la foulée ! Madaryne est sauve, quel bonheur !

- Oui, c'est inespéré, firent Salmanille et Warius alors que le grand brun balafré retournait auprès de sa belle-fille, tremblante et affolée, se retenant encore machinalement au bras de Mulgastyr.

- Madaryne…

- Oh, Albator, j'ai cru que je serais une poupée jusqu'à la fin de mes jours… gémit la jeune femme.

En robe scintillante, azur, Madaryne semblait complètement perdue, les boucles blondes pleines de paillettes, maquillée comme une voiture volée.

- On t'a transformé en poupée…

- Oui. Tarkensaff voulait une marionnette trop maquillée, je ne ressemble à rien… Tout ce que j'ai subi, ce qui m'est arrivé. Est-ce qu'Algie a vraiment que je pouvais l'avoir abandonné, avec nos enfants ? !

- Jamais. Alguérande t'aime comme au premier jour !

- C'est possible, en dépit de toutes les apparences de ce complot ?

- Je te l'assure, Mady !

- Merci, Albator ! s'effondra presque Madaryne, soulagée, épuisée.

Le grand brun balafré eut un regard inquisiteur vers Mulgastyr.

- Et vous, Mulgastyr, il faudra m'expliquer comment vous vous êtes retrouvé mêlé à tout ça !

- Aucune idée. Mon dernier souvenir est d'avoir pris l'ascenseur après les répétitions pour regagner mon appartement, ensuite je me suis réveillé ici. Et Mady a été amenée peu après… Mais maintenant que j'ai vu cette Tylle Ortak, elle était dans cette cabine, avec un autre gars !

Mais ignorant soudain Mulgastyr, Albator se concentra sur Madaryne réfugiée dans ses bras, à toute extrémité psychologique, rassurée et épuisée.

- Je te ramène à la maison, Mady.

- Merci, Albator !

Et bien qu'elle étreigne de toutes ses forces son beau-père, Madaryne avait le regard dirigé vers le ciel et la mer d'étoiles où Alguérande se trouvait, complètement désemparé.

FIN