Chapitre Vingt et Un : Faire Face

À maintenant moins d'une semaine avant les examens l'angoisse était palpable et les quelques jours qui séparaient les élèves de leurs tests de fin d'année étaient mis à profit pour peaufiner leurs révisions, pour certains et les commencer pour d'autres.

Harry et Neville ne cachèrent pas leurs contentements face au fameux « Trio d'Or » de Poudlard croulant sous les révisions. Ils avaient tous deux, depuis bien longtemps, commencé et revu le programme un certain nombre de fois déjà. Pour être honnêtes la seule personne susceptible d'être mieux préparée qu'eux chez les Gryffondors était Granger. Mais à quel prix ? Les bienfaits esthétiques de son amitié avec Amy ramené à néant. Les cheveux en bataille, des cernes sous les yeux et un stress plus qu'évident rendaient la jeune fille presque effrayante.

La fin de semaine arriva rapidement et Harry et Neville entamèrent leur week-end l'esprit aussi serein que possible. Ils avaient fait de leur mieux et ils s'octroyaient maintenant un peu de répit histoire de ne pas saturer leurs cerveaux inutilement avant les épreuves de début de semaine.

Harry avait convaincu Neville de rester à l'abri de leur salle commune pour le week-end. Il ne restait que quelques semaines avant la fin des cours et il voulait éviter d'être la victime d'une tentative d'assassinat désespérée de Quirell. Ou du moins il ferait tout pour lui compliquer la tâche.

Le lundi matin Harry se réveilla avec une légère boule au ventre. Il se calma rapidement en se répétant qu'il était préparé au mieux de ses capacités et se calma progressivement. Calme qu'il eut du mal à transmettre à son ami Neville.

-Allez, ne t'inquiètes pas tout va bien se passer, le rassura-t-il.

-On a été consciencieux toute l'année et on révise depuis des semaines, on n'aurait pas pu être mieux préparé, continua Harry.

-Et si ça n'était pas suffisant, souffla Neville angoissé.

-Ça le sera, fais-moi confiance et si on ne réussit pas alors je vois mal qui le pourrait dans notre maison, conclu Harry.

Hermione traversa alors la salle commune comme une furie en marmonnant, les bras pleins de bouquins.

-Sauf Hermione, nuança Neville.

-Sauf Granger, avoua Harry.

Neville devait bien l'avouer, Harry était doué pour le remotiver. Neville repensa alors au garçon qu'il était à son premier jour au château et à celui qu'il était aujourd'hui. Tout au long de cette année il avait noué de très belles amitiés avec des gens exceptionnels et qui avaient toutes les raisons de durer. Il s'était ouvert et avait réussi à sortir de sa coquille, à prendre confiance en lui et à développer un potentiel qu'il ignorait même posséder. Il pouvait même rater ces exams que cette année resterait la plus belle, et de loin, qu'il n'ait jamais vécu.

C'est sûrement pour ça qu'il fit cette proposition à Harry :

-Harry ça te dirais de venir passer quelques jours chez moi cet été, demanda Neville.

Harry était étonné par la question, Neville le prenait au dépourvu. Il n'avait pas envisagé que le jeune homme ou quiconque d'autre puisse lui faire ce genre de proposition, à lui, d'ordinaire si solitaire.

Il est vrai qu'il s'était considérablement rapproché d'un certain nombre de personnes cette année, élargissant le cercle de ses proches autres fois uniquement composé d'Amy. D'ailleurs cette dernière était la raison pour laquelle il ne pouvait pas donner la répondre espérée par Neville.

-Neville, je sais que je ne t'ai jamais parlé de ma vie avant Poudlard mais sache que là où je vis ça n'est pas vraiment ce que l'on pourrait qualifier de lieu idyllique. Je ne peux pas envisager d'y laisser Amy seule, même l'espace de quelques jours, lui répondit-il avec déception.

Neville eut du mal à dissimuler sa surprise face à la réponse d'Harry. Il avait toujours suspecté leur enfance d'avoir était rude mais c'était la premier fois qu'il entendait Harry en parler. Seulement ce dernier se méprenait sur un point.

-Pardon, je me suis mal exprimé, clarifia Neville, je compte inviter Amy et Hermione aussi. J'ai déjà demandé à Hannah mais elle passe ses vacances en Écosse dans sa famille, ajouta-t-il visiblement déçu.

Cette fois-ci se fut Harry qui eut du mal à dissimuler ses sentiments. La joie se lisait sur son visage..

-Heu… et bien propose le à Amy et si elle est d'accord alors tu pourras compter sur nous, ajouta Harry.

Harry était vraiment ravi de cette proposition. Tout ce qui lui permettrait de quitter le 4 Privet Drive était le bienvenu. D'autant plus si c'était pour passer du temps avec un ami. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'Amy soit du même avis que lui, selon il ne doutait pas. Les Dursley n'opposeraient sûrement pas de résistance à les voir s'en aller quelques jours, bien au contraire.

Neville du prendre son courage à deux mains pour oser inviter les filles. Et son effort fut récompensé. Amy lui sauta dans les bras et lui fit un bisou sur la joue ce qui eut pour effet de le faire rougir au-delà du possible. Hermione se montra plus modérée et le remercia, lui disant qu'il lui fallait demander la permission à ses parents avant de lui donner une réponse définitive, mais qu'elle en serait ravi. Le simple fait qu'elle ait relevé la tête de ses livres pour lui répondre était une preuve qu'elle était enchantée de cette proposition.

Après cela, cette première matinée d'examen ne pouvait que bien se passer de l'avis d'Harry, Neville et Amy. Elle fut d'ailleurs consacrée à la métamorphose. Trois heures d'écrit suivit d'une heure de pratique dans laquelle Harry vit, avec une joie non dissimulée, sa sœur briller. Ces métamorphoses étaient d'une précision et d'une minutie impressionnante. Pour ce qu'il en vue, Neville s'en était plutôt bien sortie lui aussi.

L'après-midi arriva bien vite et ce fut le tour de Neville de s'illustrer cette fois pendant l'examen de Botanique. Déjà doté d'un talent naturel pour cette matière, toutes ces heures passées à assister Mme Chourave avaient fait de lui un virtuose en la matière, pour un premier année du moins.

Ce premier jour avait mis Neville en confiance et il se sentait prêt à affronter la journée du lendemain, à savoir l'examen de potion.

L'assiduité et l'intérêt qu'Harry portait à cette matière lui permis de terminer la partie écrite avec une relative facilité, ce qui, aux vues des mines soucieuses qui l'entouraient, n'était sans doute pas le cas de tout le monde.

L'entraînement intensif de son mentor lui permis de boucler la partie pratique en un temps records et cela sans se presser. Les vapeurs des chaudrons environnants laissaient suspecter qu'il en soit tout autre pour la plupart des élèves. Le professeur Rogue avait préparé une épreuve, comme à son habitude, d'une redoutable difficulté.

Draco rejoignit bientôt Harry dans sa contemplation des mixtures de ses camarades. Ils s'adressèrent un discret sourire en coin, signe qu'ils étaient tous deux plutôt content de la tournure des choses.

Harry eut l'agréable surprise de voir que Neville s'en sortait plutôt bien, il mit un certain temps à conclure sa préparation mais à ce que put en juger Harry il s'en sortait avec les honneurs.

L'épreuve de Sortilège se passa bien elle aussi, bien que Granger fit étalage de son talent pendant la pratique, Harry et Neville étaient plutôt fiers d'eux.

Le troisième jour d'épreuves s'annonçait, lui, un peu plus problématique. Faute de cours de qualités ils avaient dû étudier la défense contre les forces du mal de leur côté pour atteindre le niveau attendu en fin de première année. Mais finalement ça se passa plutôt bien, les cours de duels prient avec Draco aidant grandement.

Ils avaient définitivement bien bossé pensa Harry une fois qu'ils furent sortis de l'épreuve d'astronomie. Non seulement le questionnaire c'était bien passé mais il avait aussi réussi à remplir une grande partie de la carte du ciel qui lui avait été demandée.

Cependant Neville et lui allèrent se coucher un peu angoissé. La dernière épreuve restant qui se déroulerait le lendemain était : Histoire de la magie…

Les cours soporifiques du professeur Binns ayant fait de cette matière la plus redoutée des élèves, Neville et Harry ne dérogèrent pas à la règle. Tout comme Harry, Neville avait très tôt pris la décision de bosser cette matière en dehors des cours mais ils se demandaient maintenant si leurs efforts avaient été suffisants.

Après une laborieuse matinée à se triturer les méninges pour se rappeler qui avait été le leader de la révolte gobeline des années 1680, la date du traité d'interdiction de survole de zones moldu à dos de créature magique et autres questions tordues, Harry et Neville sortirent de la grande salle exténués.

Ils avaient enfin officiellement fini leur année de cours. Dans quelques semaines, le temps pour les élèves des années supérieures de passer les examens, BUSE et autre ASPIC, ils quitteraient le château.

Le soir même, au dîner, Harry profita de ce répit pour se gaver de tous les mets succulents que comportait la table. Il lui fallait en profiter le temps que ça dure. Après tout, il n'était pas prêt de retrouver un tel festin chez les Dursley.

De leurs côtés, Hermione et Amy étaient plus inquiètes.

-Amy, regarde la table des professeurs, le professeur Dumbledore, il n'est plus là, lâcha Hermione légèrement paniquée.

-Ça n'est pas son genre d'arriver en retard à un repas, tu crois que l'on devrait s'inquiéter, demanda Amy.

-Rogue est toujours là lui, peut être que le professeur Dumbledore est occupé dans son bureau, tenta de relativiser Hermione.

-Je demanderais au professeur McGonagall à la fin du repas, pour en avoir le cœur net, conclu Amy avant de se reconcentrer sur son repas, bien que l'appétit l'ait soudainement quitté.

Ces talents en métamorphose lui donnaient un statut quasi privilégié avec sa directrice de maison, ce qui lui donna le courage de l'aborder une fois le repas fini.

-Professeur McGonagall, pardon de vous déranger, mais je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que le professeur Dumbledore ne nous avait pas honoré d'un de ses discours. Nos examens se sont mal passés s'enquit-elle l'air faussement inquiet.

-Le professeur Dumbledore est un sorcier très demandé, il a été sollicité par le ministre de la magie. Il sera de retour demain et je suis sûr qu'il est sera très satisfait de la manière dont se sont déroulé les examens cette année. Ne vous inquiétez donc pas et retournez dans votre salle commune et profitez-en pour vous détendre lui répondit elle avec gentillesse.

Amy sourit du mieux qu'elle put et une fois que son professeur eut tourné à l'angle d'un couloir elle se précipita pour prévenir Hermione et Ron.

Elle les trouva tous les deux attablés dans un coin de la salle commune le regard soucieux, ils attendaient son retour avec impatience.

-Dumbledore a été « appelé » par le ministre de la magie, il ne rentrera que demain, commença-t-elle.

-Je suis sûr que c'est un coup de Rogue, vociféra Ron.

-Tu as prévenu le professeur McGonagall de ce qui se tramait, demanda Hermione inquiète.

-Impossible, elle ne m'aurait pas cru, ils pensent sûrement avoir suffisamment bien protégé la pierre et j'aurais dû répondre à nombre de questions embarrassantes si j'avais parlé, s'expliqua Amy.

-Qu'est-ce qu'on va faire, s'apitoya Hermione, tandis que Ron se triturait les méninges.

Mais ce fut Amy qui la première mit au point un plan.

-Je sais, on a qu'à attendre Rogue dans le couloir de l'aile droite du deuxième étages à l'abri de ma cape d'invisibilité, commença Amy avant d'ajouter devant la tête ahuri de Ron :

-Je t'expliquerais.

-Une fois qu'il entre dans la salle du cerbère on donne l'alerte et il se fera prendre la main dans le sac, s'exclama Amy, fière d'elle.

-Excellente idée, s'enjoua Hermione.

-C'est brillant, rajouta Ron.

Amy partit à toute allure chercher la cape dans sa chambre, ne manquant pas d'attirer l'attention d'Harry. Quand celle-ci descendit les marches avec précipitation ce dernier l'attendait au bas du palier.

-Qu'est ce qui te met dans tous tes états, lui demanda Harry suspicieux.

Amy sursauta à l'entente de la voix de son frère, elle s'était trop précipitée et maintenant elle était prise au dépourvu.

-Heu rien… rien, bredouilla-t-elle, je suis juste contente qu'on ait enfin fini les exams ajouta-t-elle tout en forçant un sourire.

Harry connaissait trop bien sa sœur et bien qu'il pressente un mauvais coup il lui laissa le bénéfice du doute.

-Viens avec Neville et moi et raconte-nous un peu comment tu t'en es sorti aujourd'hui, lui demanda gentiment Harry.

Amy savait pertinemment qu'elle n'arriverait pas à convaincre son frère de la laisser mettre son plan à exécution, aussi se contenta-t-elle d'accepter sa proposition, par dépit. Elle lança un regard désolé à Ron et Hermione qui comprirent vite le message.

Hermione la rejoignit tandis que Ron partit retrouver Seamus et Dean. Ils se lancèrent des regards plus ou moins discrets toute la soirée mais Harry ne semblait pas disposé à la laisser partir ou à aller se coucher.

Quand Harry et Neville se décidèrent enfin à aller dormir, la salle commune était quasiment vide. Harry prit soin de laisser sa sœur gravir les marches de son dortoir la première tandis qu'il rejoignait le sien, laissant le trio d'or seul à occuper la salle.

Harry souhaita une bonne nuit à Neville et rejoignit son lit. Il entreprit de retranscrire sa journée dans son journal, tandis que dans la pièce d'à côté, Amy et Hermione s'apprêtaient à retourner dans la salle commune en silence.

Ron renvoya Dean et Seamus. Ils étaient à présent seuls dans la pièce et ils en profitèrent pour se recouvrir de la cape d'invisibilité d'Amy sous les murmures admiratifs de Ron. Ainsi camouflés, ils passèrent tous trois sans mal le portrait de la grosse dame et prirent à la hâte la direction du couloir droit du second étage.

-J'espère qu'il n'est pas trop tard, souffla Amy une fois arrivée.

Ron se retint avec difficulté de maudirent Harry devant Amy.

-Chut, murmura Hermione, vous entendez ?

Amy et Ron tendirent l'oreille en direction de la porte qui menait à Touffu et en effet ils entendirent eux aussi quelque chose. Il s'en échappait une douce mélodie. Ils ne mirent qu'un instant à comprendre.

-Rogue nous a devancé, tempêta Amy.

-Qu'est-ce qu'on fait, demanda Hermione soucieuse.

Amy réfléchit un instant et répondit :

-Si on donne l'alerte maintenant et que Rogue s'est déjà enfuit avec la pierre, on sera les premiers suspects, s'inquiéta-t-elle.

-Il faut s'assurer qu'il est encore là, continua Amy.

Elle se retourna vers ses amis le visage anxieux.

-Moi j'y vais, vous n'êtes pas obligé de me suivre, ça va sûrement être dangereux, commença Amy.

-Je ne te laisserais pas y aller toute seule, répondit immédiatement Ron.

Amy lui sourit en remerciement et lança un regard à son amie, cette dernière semblait en pleine réflexion. Hermione redressa la tête et adressa hocha la tête, elle avait pris sa décision :

-Tu es m'as meilleure amie et je ne compte pas te laisser t'embarquer la dedans sans moi, lâcha-t-elle pleine de conviction.

Amy soupira, soulagée, elle ne pensait déjà pas que leurs chances soient grandes, alors sans Hermione, c'était peine perdue.

Elle déverrouilla la porte et entra aussi discrètement qu'elle put, bientôt rejoint par ses deux amis.

Elle comprit ce qui était à l'origine de la mélodie qu'ils avaient entendu. Une harpe enchantée était disposée dans un coin de la pièce, laissant échapper de douces notes semblant apaiser le cerbère. Ils prirent la direction de la trappe sans plus de cérémonie. Ils enjambèrent la patte de Touffu et réussirent à ouvrir la trappe tant bien que mal. Celle-ci donnait sur … rien, un trou noir, sans échelle ni corde pour descendre. Comme si le seul moyen était de se laisser tomber.

-Vous croyez que c'est un piège ? Demanda Hermione.

Amy réfléchit au problème mais elle fut sortie de sa réflexion par un grognement. Touffu au-dessus d'elle commençait à s'agiter.

Ron la saisit alors brusquement par le bras et pointa son doigt en direction de la harpe, cette dernière avait cessé de jouer.

Amy prise de panique s'écria :

-Je crois qu'on va bientôt être fixé, avant de sauter rapidement suivit d'Hermione et Ron.

Entre l'une des trois gueules de Touffu et la trappe obscure, le choix était vite fait. Une demi-seconde après qu'ils eurent sauté la pâte de Touffu s'abattit violemment sur la trappe preuve que leur choix avait été le plus judicieux.

De son côté Harry fut tiré de son sommeil par une cuisante douleur au niveau de sa cuisse. En effet, sa boule avait chauffé dans la poche de son pyjama et continuait de chauffer tandis qu'Amy se retrouvait aux prises avec la plante qui avait amorti sa chute.

Harry mit quelques secondes avant de comprendre les raisons de sa douleur à la cuisse. Il se mit soudain à paniquer, sa sœur était en danger. Il activa sa montre boussole et se rendit compte que cette dernière avait quitté son dortoir. A en juger par la direction qu'elle indiquait il semblait que ça sœur soit dans la partie droite du château. Il ne mit qu'un instant avant de comprendre : le couloir interdit.

Il enfila à la hâte une robe, récupéra sa dague et sa flûte et partit avec précipitation en direction du second étage. Après quelques minutes de sprint il arriva finalement devant la porte menant à Touffu. Pendant cet intervalle la boule avait cessé de chauffer et Harry avait peur de ce que cela pouvait bien vouloir dire.

Que se passait-il si l'objet de la protection décédait ? Est-ce que la boule restait chaude ou n'ayant plus lieu d'être celle-ci s'arrêtait de fonctionner ?

Harry chassa cette hypothèse de sa tête, préférant penser que c'était parce que sa sœur n'était plus en danger. La boule au creux de son ventre prouvait que cette idée faisait tout de même son bout de chemin dans son esprit.

Il prit quelques instants pour retrouver son souffle. Il allait en avoir besoin.

Il testa la porte pour s'assurer qu'elle ne soit plus verrouillée. Il entendait la respiration puissante ainsi que les grognements de Touffu derrière. Le Cerbère semblait tout ce qu'il y a de plus alerte.

Harry sortit sa flûte de sa poche. Il se concentra pour se calmer, ses mains tremblaient et le moment n'était clairement pas opportun pour ça. Sa sœur avait besoin de lui et il savait ce qu'il avait à faire. Il inspira un grand coup et poussa la porte avec précaution tandis que sa flûte émettait ses premières notes.

Touffu, d'abord sur ses gardes, ne mit que quelques instants avant de s'asseoir et de profiter de la musique apaisante que lui jouait Harry. Ses paupières s'affaissaient à intervalle de plus en plus rapide avant qu'elles ne finissent par ne plus s'ouvrir.

Hagrid avait raison, la musique était miraculeuse pour apaiser le féroce chien à trois têtes.

Harry remercia mentalement Neville pour l'avoir rendu capable de jouer de la sorte. Il lui avait clairement sauvé la vie.

Maintenant que Touffu s'était endormi Harry prit quelques secondes pour analyser la pièce. Il comprit à la vue de la harpe dans un coin que la situation s'annonçait compliquée. Il savait sa sœur douée en métamorphose mais là c'était un tout autre niveau. Quelqu'un était donc soit arrivé avant elle, soit avec elle, ce qui ne présageait rien de bon.

Harry vit une trappe encore ouverte entre deux des pattes de Touffu. Il s'en rapprocha et ne vit que l'obscurité à l'intérieur. Il se demanda si c'était un des pièges visant à empêcher le vol de la pierre.

Si c'était le cas, aux vues de sa montre boussole, sa sœur l'avait empruntée. Il réfléchit un instant, il n'y avait qu'une solution. Il s'arrêta de jouer brusquement et sortit sa baguette avant de sauter. Il exécuta un sort d'Amortisol sous lui et après quelques secondes il atterrir sur quelque chose de mou. Suite à un rapide coup d'œil autour de lui il remarqua que cette chose en question n'était autre qu'une plante et à en juger par l'attitude de ses racines qui commençaient déjà à le ligoter, il n'y avait nul doute sur son espèce : un filet du diable.

Harry essaya de se détendre pour que celle-ci relâche son étreinte mais l'idée de savoir sa sœur en danger l'empêchait de faire le vide dans son esprit :

-Allez, calmes toi Harry, calmes toi, se murmurait-il pour s'encourager.

-Oh et merde ! Je n'ai pas le temps pour ces conneries : Solaris ! Cria-t-il de dépit tandis qu'un flash éblouissant sortait de sa baguette.

La plante s'écarta de lui avec empressement, ce qui eut pour conséquence une rencontre douloureuse avec le sol, un mètre plus bas.

Harry se releva et après un constat rapide, il remarqua qu'il n'avait que quelques contusions. Il remercia à nouveau Neville qui l'avait bien aidé en botanique tout au long de l'année et il reprit sa course effrénée pour rejoindre sa sœur.

Il s'enfonça dans un passage souterrain, dans le style de ceux de Gringotts, pendant quelques minutes avant de finalement distinguer une lueur au loin. Plus il avançait vers elle plus il retrouvait de la visibilité et selon sa montre plus il se rapprochait de sa sœur. Il finit par distinguer des éclats de voix tandis qu'il pénétrait dans une salle très bien éclairée.

Le choc ténèbres lumière passé, il retrouva sa sœur une dizaine de mètres plus loin. Il se permit enfin un soupir de soulagement tandis qu'il comblait les quelques mètres qui les séparaient. Malheureusement pour lui, cette dernière était accompagnée de Weasley et Granger, tous trois les yeux rivés vers le plafond.

-Amy qu'est-ce que tu fais là ? Tu te rends compte des risques que tu prends, l'engueula Harry.

Amy sursauta, apparemment son frère était la dernière personne qu'elle s'attendait à rencontrer ici.

-Heu… Harry, mais comment tu nous as trouvé ? Demanda-t-elle interloquée.

-Peu importe, maintenant tu viens avec moi on retourne au château, lui ordonna-t-il.

-Mais tu ne te rends pas compte, quelqu'un essaye de voler l'Élixir de longue vie ! Se défendit Amy.

Harry comprit soudain ce qui avait poussé sa sœur à prendre de tels risques, mais ça lui était égal.

-Laisse donc Dumbledore s'occuper de ses affaires, lui répondit-il.

-Mais il est parti et on est les seuls à pouvoir empêcher son vol, dit-elle en prenant volontairement soin de ne pas impliquer Rogue.

-Et qu'est-ce que vous comptiez faire quand vous vous seriez retrouvés face à un sorcier adulte expérimenté dites-moi ? Demanda Harry.

La réaction des trois jeunes sorciers lui donna la réponse :

-Ah je vois, vous n'y aviez même pas réfléchi…

Sa sœur qui avait légèrement enfoncé sa tête dans ses épaules de honte se redressa brusquement, signe qu'elle avait une idée :

-Viens avec nous, toi et Hermione êtes les deux élèves les plus doués de Poudlard.

Hermione, juste derrière Amy, rougit en réponse au compliment d'Amy.

-Quand bien même ça serait le cas, nous ne sommes que des premiers années, nuança Harry énervé.

-Harry on a déjà passé deux épreuves sans casse alors pourquoi les autres seraient plus difficiles ? demanda sa sœur ne se laissant pas abattre par les remarques de son frère.

D'après les dires d'Hagrid, la Pierre disposait de sept systèmes de protection et ils venaient selon toute vraisemblance de passer ceux d'Hagrid et de Mme Chourave, autant dire qu'ils n'avaient même pas fait le tiers du chemin.

-Amy c'est trop dangereux, as-tu la moindre idée de ce que des sorciers aguerris comme les professeurs McGonagall et Rogue ont pu préparer ? Sans oublier Dumbledore lui même! S'énerva-t-il.

-Que Weasley et Granger veuillent risquer leurs vies ça les regardent mais toi tu remontes avec moi ! L'avertit Harry tandis qu'il tentait de la saisir par le bras.

Amy le repoussa et se posa devant lui les bras croisés, visiblement elle n'appréciait pas trop que son frère lui crie dessus et lui donne des ordres alors qu'elle estimait faire ce qu'il fallait.

-Non ! Lui répondit-elle sèchement ce qui surprit autant Harry qu'Hermione et Ron.

Certes Harry ne lui donnait pas souvent d'ordres mais les rares fois où il avait trouvé ça nécessaire cette année, Amy si était pliée.

-Ce n'était pas une proposition ! Ajouta Harry passablement énervé.

Il n'était pas énervé à cause de sa sœur mais à cause de la situation. Ils étaient plus d'une centaine de mètres sous terre, sans protection, exposé à Voldemort et les trois autres Gryffondors voulaient jouer les Héros… à croire qu'ils n'avaient aucune notion du danger. « Si du courage à l'inconscience il n'y a qu'un pas alors ils l'ont franchi depuis longtemps », pensa-t-il.

-Et qu'est-ce que tu vas faire ? Utiliser la force sur moi, lui demanda Amy avec malice.

Ce coup-là, il ne l'avait pas vu venir.

-Nous, on continue ! S'exclama-t-elle.

-Maintenant à toi de voir si tu veux nous accompagner et nous aider, ou si tu préfères rebrousser chemin, lui proposa-t-elle sachant pertinemment quel choix il allait faire.

Harry lui lança un regard noir auquel elle répondit par un grand sourire, il avait fait son choix.

Hermione qui s'était montrée discrète jusque-là prit la parole :

-Je pense que ces balais sont là pour nous permettre de récupérer la clé de la porte, là-bas au fond, dit Hermione en montrant tour à tour les balais, les clés qui voletaient vers le plafond et la grande porte en bois.

-Mais il y en a des centaines, se plaignit Ron.

-Je pense qu'il faut se concentrer sur les grosses clés à l'ancienne, probablement en argent, comme la poignée, déclara-t-elle.

Amy fit signe à ses deux amis de se taire, en effet Harry s'était mis à scruter le nuage de clés. On lisait sur son visage la concentration jusqu'à ce que quelques minutes plus tard, alors que Ron et Hermione commençaient à s'impatienter, on puisse y lire un léger rictus, il l'avait trouvée.

-Amy passe-moi un balai s'il te plaît, lui demanda Harry sans lâcher la fameuse clé de vue.

-Comment tu peux être sûr que tu as repéré la bonne, lui demanda Ron sceptique.

-Je le sais ! C'est tout ce que tu as besoin de savoir, répliqua Harry d'un ton sec.

Hermione se plaça derrière lui et regarda dans la même direction, elle eut tôt fait de comprendre ce qui rendait Harry si confiant.

-Regarde Ron, en haut vers le pilier. La clé argentée, elle a une aile tordue, comme si quelqu'un l'avait serrée dans sa main pour l'introduire de force dans la serrure, s'exclama-t-elle toute contente de voir une autre épreuve tendre vers sa fin.

Du moins en théorie.

-Ça ne peut vouloir dire qu'une chose dans ce cas, c'est que Rogue est passé avant nous, commença-t-il avant d'être fusillé du regard par Amy.

En effet, Ron n'était pas au courant de la discussion qui avait eu lieu à la fin du premier match de Quidditch et celle dans la salle commune la semaine auparavant. Il n'était donc pas avertit de l'aversion d'Harry pour leur théorie.

-Quoi ? Vous en êtes encore là soupira-t-il. Vous n'avez donc toujours rien compris, lâcha Harry avec exaspération.

-Compris quoi ? demanda Amy tandis qu'elle tendait le balai à Harry.

-Ça n'a plus d'importance, conclu-t-il en partant en chasse.

-Tu ne nous attends pas, se plaignit Ron tandis qu'Harry s'élevait vers le plafond.

-Restez prêt de la porte et attendez mon signal, lâcha-t-il en se penchant sur son balai.

Ron n'appréciait pas de se retrouver sur le banc de touche et il marmonnait son mécontentement tout en suivant les filles en direction de la porte.

Harry était à la poursuite de la clé qui avait du mal à garder ses distances avec l'attrapeur et ce malgré les faibles capacités de son balai. Elle tenta une montée en chandelle dans l'espoir qu'il heurte le plafond mais ce fut peine perdue Harry redressa à temps et l'attrapa quand elle commença à longer le plafond après sa médiocre feinte.

-Désolé mais tu es bien loin de valoir un vif d'or ma pauvre, lui murmura Harry.

Un vrombissement assourdissant s'éleva derrière lui, en effet les clés s'étaient agitées et battaient des ailes frénétiquement dans sa direction.

Harry partit en piquet et quelques mètres avant le sol il jeta la clé dans les mains de sa sœur tandis qu'il entreprenait un virage serré pour redresser son balai et garder l'avance qu'il avait sur ce troupeau sauvages. Le chasseur était devenu la proie.

-Je refais un tour, soyez synchro ! hurla-t-il alors qu'il longeait à toute vitesse le sol pierreux de la salle.

Amy s'empressa de déverrouiller la porte et la laissa entrouverte pour laisser tout juste l'espace à son frère de s'y engouffrer.

Harry amorça à nouveau un piquet, la horde de clés à ses trousses. Il traversa l'entre bâillement de la porte au maximum des capacités du balai tandis que les trois autres la refermaient le plus rapidement possible derrière lui. On entendit une multitude d'impacts derrière celle ci, signifiant la collision des clés avec la porte. Il l'avait échappé belle.

Harry atterrit et posa le balai sans un mot.

Amy sentait bien que ça n'était pas le moment de féliciter son frère donc elle s'abstient de tout commentaire.

A peine eurent-ils fait quelques pas dans cette nouvelle pièce que la pénombre laissa place à la lumière, faisant apparaître un échiquier géant.

A sa contemplation Ron sourit, ça allait être à lui de faire son show maintenant.

-On ne va quand même pas devoir jouer ? demanda Amy un peu paniquée face à la taille impressionnante des pièces.

Ron s'avança vers la rangée de pions et tenta de passer. Ces derniers mirent leurs lances en opposition, lui signifiant ainsi l'impossibilité de les franchir.

-J'ai bien peur que si, lui répondit Ron en montrant du doigt la porte que gardaient les pièces blanches.

Amy acquiesça en signe de compréhension tandis qu'Harry se plaçait face au Roi noir. Quand il le toucha la pièce s'anima et le Roi tourna sa tête vers lui.

Vu le niveau magique et la technique que nécessitait une telle métamorphose, cela ne pouvait être que McGonagall pensa Harry. Et si c'était elle alors les règles devaient être claires et explicites :

- Sommes-nous tous obligés de participer ? demanda-t-il poliment au Roi.

Celui-ci acquiesça de la tête pour toute réponse. Harry soupira, il avait espéré pouvoir laisser Amy en dehors de la partie, qui selon toute vraisemblance allait être une partie version sorcier.

-Il faut bien réfléchir commença Ron. On va devoir prendre la place de quatre des pièces noirs.

Personne n'émit d'objection à ce que Ron prenne implicitement les rennes de la partie. C'était logique après tout, il était le plus doué d'entre eux aux échecs.

-Bon il va me falloir une reine, un roi, un fou et un cavalier, annonça Ron.

-Je prends la place du cavalier, s'écria Amy en s'élançant vers la pièce.

-Non Amy, prend plutôt… commença à s'écrier Harry mais elle venait de toucher la croupe du cheval qui s'inclina immédiatement pour se défaire de son cavalier et la laisser monter.

-La Reine finit par lâcher faiblement Harry.

Il lâcha un soupir d'exaspération face au sourire d'excuse de sa sœur tandis que Ron prenait la place du Roi et indique à Hermione de remplacer la Reine, laissant le Fou pour Harry. Ce dernier vit bien que l'ironie de la situation réjouissait Weasley.

La partie commença et les blancs ouvrirent en faisant avancer leur cavalier en C3.

-Je vais sacrifier un pion pour voir comment se passe la perte d'une pièce, annonça Ron.

-Pion en B… commença-t-il tandis qu'Harry le coupa :

- 6 s'écria-t-il tandis que le Pion s'avançait d'une case au lieu de deux comme voulut par Ron.

Il se serait retrouvé alors sans défense face au cavalier adverse.

-Tu t'es cru dans le monde de Flibuste ou tout est beau et où tout le monde est gentil ! S'emporta Harry en faisant référence à un célèbre compte pour enfant sorcier dont lui avait parlé Neville.

Ron rougit légèrement et reprit en compte la partie sans ajouter un mot.

Les mouvements suivant donnèrent raison à Harry et la violence avec laquelle la tour adverse prit l'un de leurs pions leur laissa une « légère » appréhension quant à la suite de la partie.

En quelques minutes le nombre de pièces sur l'échiquier s'était considérablement amoindri. Ron se révélait un fin stratège et bien que le nombre et la valeur des pièces soit égale, leur positionnement faisait clairement pencher la balance en leur faveur.

Ron réfléchissait déjà depuis plusieurs secondes quand il lança un regard en biais à Amy puis à la Reine adverse.

Harry se concentra sur la partie et eut tôt fait de comprendre à quoi pensait Weasley.

-Donne cet ordre et tu es mort, lâcha-t-il avec froideur.

Ron tourna les yeux vers Harry et face à son air déterminé il ordonna un autre mouvement ne sacrifiant plus leur cavalier.

-De quoi vous parlez, demanda Amy.

-De rien, répondit Ron penaud, tandis qu'Harry lui jetait des regards assassins.

Ne pas saisirent cette opportunité d'en finir leur coûta cher et Ron du sacrifier une tour sans contrepartie pour épargner Amy. La bataille fut acharnée et les débris de pièce jonchaient l'échiquier. La position de la petite troupe n'était pas glorieuse. Ron faisait de son mieux mais la magie invoquée par le professeur McGonagall faisait preuve d'une ingéniosité redoutable.

Alors que la situation s'apprêtait à prendre une tournure dramatique Ron eut une illumination. Il attira le jeu vers le côté droit de l'échiquier et tandis que les blancs mettaient en place une stratégie pour en finir avec eux il gagna du terrain avec son pion en B. Les pièces blanches restantes étant forcées de rester à proximité de leur Roi pour le protéger, Ron réussi à récupérer un fou à l'aide du pion et à reverser le rapport de force. Ce surnombre lui permit de mettre un terme à une partie qui n'avait que trop duré.

Une fois la couronne au pied d'Hermione, qui avait mis échec et mat le Roi adverse, Amy se jeta dans les bras de Ron pour le féliciter.

Harry ravala la réplique cinglante qui lui brûlait les lèvres pour laisser sa sœur profiter du moment. Au mieux elle aurait compris la nécessité d'un tel acte, au pire ça l'aurait rendu malheureuse de savoir que son « ami » aurait volontairement prit le risque de la sacrifier, donc il préféra ne rien dire.

Harry passa la porte que protégeaient les pièces blanches en pensant à ce qui les attendait. La protection de Quirell, qui n'avait certainement pas du briller pour ne pas éveiller les soupçons, celle de son Mentor qui s'annonçait des plus compliquée et surtout celle de Dumbledore…

Le groupe avançait lentement, Weasley en tête, tandis qu'Harry fermait la marche. Il avait sa baguette dans une main et son autre main dans sa poche, fermement agrippée à sa dague.

Une odeur répugnante ne tarda pas à saturer l'air, les forçant à recouvrir leur visage d'un pan de leur robe. Ils comprirent rapidement ce qui en était la source, à savoir un troll bien plus grand que celui qu'ils avaient affronté à Halloween. Ce dernier était étendu au sol, une plaie sanglante au niveau du front.

-Le sang n'a pas encore coagulé, je ne m'y connais pas vraiment en facteurs coagulant de troll mais je ne pense pas qu'on ait beaucoup de retard sur Ro… sur le voleur, lâcha finalement Hermione.

Harry sourit devant le culot de Quirell. Mettre un troll des montagnes en guise de protection alors qu'il en avait fait entrer un pour faire diversion à Halloween, c'était vraiment faire un pied de nez à Dumbledore, pensa-t-il.

La pièce suivante semblait banale, elle n'était ni spécialement grande ni spécialement haute comme les autres. Elle contenait seulement une table sur laquelle était exposé sept bouteilles de différentes formes. Ils s'avancèrent tous les quatre vers ces dites bouteilles avec curiosité quand la porte se referma violemment. Un mur de flammes violettes s'éleva alors, leur barrant toute retraite. De l'autre côté de la salle un second mur de flammes, noires cette fois, s'était dressé, bloquant la porte. Ils étaient pris au piège.

Avec toutes les recherches qu'il avait effectuées cette année, Harry en connaissait maintenant un rayon sur le feu et des flammes de ces couleurs n'étaient pas bon signe. Les violettes, derrière eux, étaient des flammes dites : comatique, un terme sorcier qualifiant les sorts et autres, pouvant plonger dans le coma. Seule une potion pouvait sortir de ce coma magique. Les noires par contre étaient des flammes magiques résistant aux sorts de gèle flamme ainsi qu'a tous les sort aquatiques et de privations d'oxygène. Autant dire des flammes immuables.

-Regardez ! Dit Hermione tandis qu'elle tenait à la main un rouleau de parchemin. C'est une énigme.

Elle se racla la gorge et se mit à lire à voix haute :

Devant est le danger, le salut est derrière.

Deux sauront parmi nous conduire à la lumière,

L'une d'entre les sept en avant te protège

Et une autre en arrière abolira le piège,

Deux ne pourront t'offrir que simple vin d'ortie

Trois sont mortels poisons, promesse d'agonie,

Choisis, si tu veux fuir un éternel supplice,

Pour t'aider dans ce choix, tu auras quatre indices.

Le premier : si rusée que soit leur perfidie,

Les poisons sont à gauche des deux vins d'ortie.

Le second : différent à chaque extrémité,

Si tu vas de l'avant nulle, n'est ton alliée.

Le troisième : elles sont de tailles inégales,

Ni naine ni géante en son sein n'est fatale.

Quatre enfin : les deuxièmes, à gauche comme à droite,

Sont jumelles de goût mais d'aspect disparates.

-C'est remarquable s'exclama Hermione. Nombre de sorciers très doués et puissants n'ont aucune logique et seraient incapables de résoudre une énigme.

A en juger par le regard que Ron et Amy échangèrent ils faisaient partie de cette catégorie.

Harry dirigea avec discrétion sa baguette dans son dos et murmura un sort. Une puissante détonation se fit entendre et tandis que les trois autres se retournaient hâtivement Harry échangea deux bouteilles de place.

-Bon sang, qu'est-ce que c'était ! s'écria Ron.

-Sûrement un avant-goût de la prochaine étape, déclara Harry.

Hermione lui jeta néanmoins un regard suspect. Ce n'était pas son genre d'émettre des conjectures basées sur rien. Elle se remit à l'étude de l'énigme et après quelques minutes elle affirma avoir trouvé.

-La grande ronde permet de passer les flammes noires et la plus petite là, permet de retourner sur nos pas, dit-elle en montrant successivement les deux bouteilles.

-Il n'y a qu'une personne qui peut retourner sur ses pas, dit Ron en constatant le peu de potion que contenait la bouteille.

-Quelqu'un sait en jouer ? Demanda Harry en sortant sa flûte.

Harry vit dans le regard courroucer de Granger qu'elle savait effectivement en jouer mais qu'elle n'était aucunement disposée à quitter le navire.

-Granger ? Insista Harry.

-Oui je sais mais il est hors de... commença-t-elle tandis qu'Harry la coupa.

-Tu pourrais utiliser un balai sans les mains ? La questionna-t-il, sachant pertinemment la piètre pilote de balai qu'elle était.

-Euh... non répondit elle en rougissant.

-Même si on récupère la pierre, les flammes nous bloqueront toujours. Il faut que quelqu'un aille chercher du renfort. Seulement le seul moyen de repasser la trappe c'est en balai et je pense être le seul à pouvoir passer devant le cerbère en volant et jouant de la musique en même temps déclara Harry.

A l'entente de ces mots Ron sourit, Potter se désistait. Il saisissait l'occasion de s'enfuir, la queue entre les jambes. C'était trop beau et s'il n'avait pas été dans pareille situation il en aurait dansé de jubilation.

Amy et Hermione étaient quant à elles plutôt étonnées de cette proposition. Certes elle était logique, mais c'était étonnant qu'elle vienne de lui.

-Pas d'objection ? demanda Harry. Bon alors à vos potions, dit-il tandis qu'il amenait la petite bouteille à ses lèvres.

Les trois autres firent de même à tour de rôle avec la leur quand Harry reprit la parole :

-Amy, ne m'en veux pas mais la détonation tout à l'heure, c'était moi. J'ai échangé les potions et celle que vous avez bu c'est celle pour revenir sur vos pas, lâcha-t-il avec un regard désolé.

Amy lâcha un soupir exaspéré à l'intention de son frère, comment elle avait pu gober le coût du : « je vais chercher de l'aide »…

Hermione, tout d'abord dépitée d'avoir pensé être la première à avoir résolu l'énigme ne put empêcher un léger sourire d'étirer ses lèvres. Il les avait eu et en beauté. Manipulateur comme toujours.

Cependant tout le monde ne le prit pas de cette manière et Ron, à ses côtés, était visiblement bien remonté.

-C'est vrai que le grand Harry Potter n'a besoin de personne, cracha Ron.

-Et tu crois pouvoir t'en sortir seul face à un sorcier adulte expérimenté ? Demanda Ron en reprenant les termes employés par Harry.

-Probablement pas, répondit calmement Harry.

-Et alors quoi ? Tu veux finir en Martyr ? S'énerva Ron.

-Comment auriez vous déterminé lequel d'entre vous allez prendre ce risque ? Au hasard je suppose? Demanda Harry.

Sentant bien que la question était rhétorique personne ne répondit.

-Vous menez votre vie comme vous l'entendez mais je ne laisserais pas le hasard décider du destin de ma seule famille, conclu Harry.

Ron écumait de rage dans son coin. Il n'arrivait pas à encaisser de s'être fait manipuler de la sorte pour que Potter puisse, une fois encore, jouer au Héros et récolter les lauriers de ce qui avait été une lutte commune.

Hermione se dit qu'une fois encore il avait de bonnes intentions et des méthodes discutables. Sa marque de fabrique.

-Et moi dans tout ça demanda Amy. Qu'est ce que je fais s'il t'arrive malheur ?

-C'est pourquoi j'ai besoin de toi pour prévenir les secours le plus vite possible pendant que je tenterais de gagner du temps, lui répondit-il.

Harry se rapprocha de sa sœur et lui murmura à l'oreille :

-Je ne compte pas jouer les héros, je ne t'abandonnerais pas, ni aujourd'hui ni demain, jamais.

Amy savait que les dés étaient jetés et qu'elle ne pouvait plus rien y faire mais elle ne put empêcher les larmes de couler le long de ses joues.

- Ça n'est pas juste, tu es ici à cause moi. S'il t'arrivait quelque chose je ne me le pardonnerais jamais, sanglota-t-elle.

Harry la serra dans ses bras en continuant de lui murmurer des paroles rassurantes:

-Je suis sur que tu t'inquiètes pour rien. Tu sais ce qu'il y a derrière ces flammes ? La protection de Dumbledore et je suis sur que qui que soit ce fameux voleur, elle aura eu raison de lui. Je suis certain que je ne cours aucun risque, lui dit-il confiant.

La vérité c'est qu'il n'en savait fichtrement rien. Et il craignait que quand bien même il ait raison et que Quirell soit hors jeu, il en soit de même pour lui quand il franchirait les flammes.

Il relâcha finalement son étreinte et ajouta :

-Aller vous devez y aller, on ne sait pas combien de temps vont durer les effets des potions, ajouta-t-il.

-Tu fais attention à toi, lui fit promettre Amy.

Harry tendit sa flûte en direction d'Hermione sans pour autant avancer vers elle, l'enjoignant ainsi à le rejoindre.

Hermione prit place devant Harry et tendit la main pour saisir l'instrument mais Harry se rapprocha pour lui parler à l'oreille.

-S'il venait à m'arriver quelques chose, tu serais la dernière personne qu'il resterait à Amy. Alors quelque soit le ressentiment que tu ais pour moi, je compte sur toi pour prendre soin d'elle, lui dit très sérieusement Harry.

Hermione comprit que l'air confiant qu'il affichait et ses propos rassurant n'étaient qu'une façade. Il avait peur, il sentait bien qu'il allait au devant du danger et malgré ça il avait bu la potion. Un vrai Gryffondor finalement. Sa demande l'étonné aussi, elle avait compris que Potter était un garçon fier et le voir lui demander un service, avec tout leur passif ça la surprenait. Cela dit c'est inutile, elle avait beau le détestait lui, il n'avait jamais été question dans son esprit d'abandonner Amy quoiqu'il puisse arriver. « En tout cas, ça a beau être un con fini il tient vraiment à Amy, ça, ça ne fait aucun doute » pensa-t-elle.

Hermione répondit d'un hochement affirmatif de la tête, prit la flûte et tourna des talons.

Harry passa devant Ron resté stoïque depuis qu'ils avaient terminé leur échange. Ce dernier se contenta de le foudroyer du regard sans qu'Harry n'y accorde la moindre importance.

Maintenant devant les flammes, Harry se retourna pour sourire une dernière fois à sa sœur.

Les flammes s'écartaient légèrement derrière lui, signe que la potion fonctionnait bien.

Harry tourna son regard vers Ron et le voyant toujours immobile il s'adressa à lui :

-Vous devriez y aller, le temps nous est compté. Tu devrais prendre Granger sur ton balai pour qu'elle puisse jouer tandis que vous passez la trappe, lui dit-il.

Ron le fusilla du regard.

-Ah oui, c'est ça que je devrais faire ? demanda t il plein de rage.

-Oui c'est ce que tu devrais faire et le plus vite serait le mieux, répondit sèchement Harry agacé par l'immaturité du Gryffondor.

-Mais quel connard suffisant, vociféra Ron perdant tout retenue alors même qu'Amy était présente.

Sa réponse ne trouva que le dos d'Harry qui s'était retourné face aux flammes en priant Merlin qu'un Avada Kedavra ne l'attende pas de l'autre côté de celles-ci.

Harry entendit alors des bruits de pas précipités derrière lui et tandis qu'il se retrouvait les flammes à quelques centimètres dans son dos, il vit Weasley se jeter sur lui.

Tout était allé très vite dans l'esprit de Ron. Potter lui manquait de respect une fois de trop, lui tournant le dos comme s'il était un moins que rien. Il aurait été incapable d'expliquer ce qui lui était passé par l'esprit mais quoiqu'il en soit il s'était mis à courir vers Harry à toute vitesse. Il avait vécu tout sa vie dans la misère, portant des habits rapiécés et déjà portés deux ou trois fois. Il avait toujours vécu dans l'ombre de ses frères. Moins drôle que les jumeaux, moins intelligent de Percy, moins fort que Charlie et moins beau que Bill. Et face à lui le célèbre Harry Potter, lui qui représentait tout ce qu'il avait toujours voulu avoir : l'argent, la célébrité, la reconnaissance. Lui qui ne cessait de le ridiculiser, de l'insulter et de la traiter comme un minable. Non ! Il n'allait pas s'en tirer comme ça une fois de plus et c'est plein de rage que Ron lui plongea dans les côtes, les faisant basculer tous deux au travers du mur de flammes.

Ces dernières s'écartèrent légèrement sous l'effet de la potion et épargnèrent Harry et le haut du corps de Ron resté collé au torse du jeune Potter. Ces jambes n'eurent pas cette chance et ces quelques secondes dans les flammes laissèrent une addition douloureuse.

La collision avec le sol pour la seconde voit de la soirée fut bien douloureuse pour Harry mais à en juger par le hurlement de Weasley ça n'était rien comparé à ses brûlures.

A une dizaine de mètres de là un homme sursauta et se retourna pour faire face aux deux intrus. Il lança un sort de stupéfiction à Ron avant qu'Harry ait repris ses esprit et n'ai pu esquisser le moindre geste. Les cris cessèrent.

Harry se releva en vitesse et jeta un coup d'œil panoramique à la pièce. Elle n'offrait aucune issue et ne contenait qu'un seul objet, le miroir qui montrait nos désirs, qu'ils avaient trouvé sa sœur et lui.

Il se retrouvait donc seul, avec un miroir, le corps inanimé de Weasley et à une dizaine de mètres de son professeur de DFCM.

-Tiens donc mais qui voilà ? Potter ! S'exclama Quirell d'une voix doucereuse.

Harry le fusilla du regard mais ne dit rien.

Quirell, quant à lui, était étonné de ne lire aucune surprise dans les yeux du jeune Gryffondor. Il y décela même du... soulagement. Étrange.

En effet, Harry était soulagé de ne pas avoir à refaire face à Voldemort ou du moins la sorte d'entité errante qu'il était devenu...

-Vous avez du culot pour venir ici seul Potter, enfin c'est comme si, dit-il en lançant un regard dédaigneux vers le corps de Ron.

Harry ne savait pas vraiment quoi faire, il lui fallait occuper Quirell alors qu'à tout moment il pouvait mettre un terme à ses jours.

A en juger par la présence de Quirell dans les lieux, il semblait claire qu'il n'avait pas encore trouvé ce qu'il recherchait et ce malgré l'avance qu'il avait sur eux.

Quirell leva sa baguette en direction d'Harry sans pourtant n'émettre un seul son.

N'ayant aucune idée du sort qu'il était en train de lui lancer Harry se contenta de se jeter sur le côté en répliquant :

-Solaris.

Son professeur, ne s'attendant pas à une réplique, fut éblouit. Il remua négligemment sa baguette et une bulle bleu opaque l'entoura.

Comprenant bien qu'il venait là d'invoquer un bouclier qu'il lui serait impossible de passer, Harry profita de ce répit pour réfléchir un instant aux sorts qu'il avait en stock.

Il lui fallait trouver un moyen de gagner du temps. Il se rappela alors de la technique employée par Draco contre Weasley et il lança un sort de fumée puis un sort pour rendre le sol glissant. Il se mit ensuite à courir en rond autour du nuage de fumée en conjurant de grandes détonations dans l'espoir de désorienter son adversaire.

Autant la fumée privait de visibilité son adversaire autant elle le privait lui aussi d'une vue sur ses faits et gestes. Dans ces conditions il luit fut impossible d'éviter l'onde de choc qui s'en échappa, l'expulsant plusieurs mètres plus loin. La seconde d'après tous ses sorts avaient disparu laissant apparaître son professeur, essoufflé mais le sourire aux lèvres, en train de l'applaudirent.

-Bravo, c'était remarquable, je vous mets un O à votre examen de fin d'année, lui dit-il en souriant avant de matérialiser des cordes qui le ligotèrent solidement.

-Mais bon, trêve de plaisanterie maintenant, j'ai une pierre à trouver, dit-il en se retournant face au miroir.

Ne pouvant plus agir physiquement, Harry se mit donc à parler à son professeur pour l'empêcher de se concentrer :

-Et dire que vous avez réussi à bluffer tout le monde, c'était une vraie performance d'acteur, le félicita faussement Harry.

Quirell se retourna le sourire aux lèvres.

-N'est-ce pas, qui aurait bien pu soupçonner le p… pauvre et bé… bégayant p… p… professeur Quirell, s'enorgueillit-il.

-A part le professeur Rogue, nuança Harry.

Le sourire de Quirell s'estompa aussi vite qu'il était apparu.

-Rogue ! Lâcha-t-il avec hargne. Lui et son pitoyable petit contre maléfice lors du match de Quidditch. J'allais reprendre le dessus et il a fallu que votre amie la sang de bourbe intervienne, sans eux vous seriez mort à l'heure qu'il est.

-Pourquoi ne pas avoir réessayé, demanda Harry curieux.

-Rogue a tenu à arbitrer le match suivant en personne pour m'empêcher de vous atteindre. C'est encore lui qui m'a devancé dans le couloir du deuxième étage et même là cet imbécile de chien n'a pas réussi à lui arracher une jambe, se plaint-il.

-Voldemort n'a pas dû être content ? demanda Harry tandis que Quirell frissonnait à l'entente de ce nom.

-Comment savez-vous pour le Seigneur des Ténèbres, lui demanda son professeur, ne cachant pas son étonnement.

-Qui d'autre pourrait s'en prendre à une créature aussi majestueuse et inoffensive qu'une Licorne, cracha Harry plein de dégoût.

-Vous êtes trop malin pour votre propre bien jeune homme, lui répondit-il.

-Vous ne m'avez pas répondu, repris Harry.

Il devait faire parler son professeur le plus possible s'il espérait voir arriver du renfort.

-C'est le moins qu'on puisse dire, concéda-t-il. Le Maître ne pardonne pas facilement les erreurs mais ce n'est rien comparé à ce que j'ai déjà fait pour lui et tout ce que je serais encore prêt à faire.

Voyant que Quirell recommençait à s'intéresser au miroir, Harry tenta une approche plus « Draco-nienne » des choses pour gagner encore quelques minutes.

-Vous mangeriez de la bouse de Dragon pour lui ? Demanda Harry en feignant l'intérêt.

Il déstabilisa complètement son professeur qui ne s'attendait sûrement pas à ce genre de question dans un moment aussi sérieux.

-Heu mais c'est quoi cette question, oui…enfin j'imagine… s'il le fallait… mais c'est stupide, bredouilla-t-il mal à l'aise.

Et là, soudain, à l'étonnement le plus total d'Harry, une voix provenant de Quirell s'éleva sans que celui-ci n'ait bougé les lèvres :

- Concentre-toi sur le miroir espèce d'incapable, siffla-t-elle.

-Oui Maître, pardonnez-moi Maître, s'excusa Quirell avant de reprendre sa contemplation.

Maître ? Harry ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer.

Quirell se mit alors à parler seul, bredouillant des paroles presque inaudibles :

-Comment dois-je faire ? Est-ce qu'elle est à l'intérieur ? Marmonnait-il.

-Je me vois en train de vous l'offrir mais rien de plus. Faut-il que je casse le miroir ? Maître aidez-moi demanda-t-il pitoyablement.

Seulement le même étrange phénomène que tout à l'heure se produisit :

-Sers-toi du garçon, lâcha cette voix glaciale.

Cette fois-ci Harry localisa la voix comme venant de… son crane ? C'était définitivement bizarre.

Quirell lança un sort pour désarmer Harry avant de le libérer de ses liens et fut surpris de recevoir une dague d'Auror en plus de sa baguette :

-Joli jouet Potter, lui dit-il en inspectant la dague.

-Au fait, un mouvement brusque et vous le regretteriez amèrement, le prévint-il en se reconcentrant à nouveau sur lui.

Face à la menace que représentait la baguette pointée sur lui, Harry abdiqua et se plaça face au miroir pour contempler son reflet. Selon les dires d'Hagrid, le dernier système de protection était censé être l'œuvre de Dumbledore seulement Harry ne comprenait pas ce qu'il était censé faire. Il était debout seul face à son reflet.

-Alors que voyez-vous, lui demanda impatiemment Quirell.

-Mon reflet, que voulez-vous que je vois dans un miroir, répliqua sarcastiquement Harry.

Ce qui ne fut d'ailleurs pas du goût de Quirell.

-Je n'ai pas de temps à perdre Potter, mais peut-être manquez-vous de motivation, dit-il avec un sourire malsain. Je pense savoir comment vous rendre un peu plus coopératif.

Quirell braqua alors sa baguette vers lui et s'exclama :

-Doloris.

Harry s'écroula au sol à la seconde ou le sort entra en contact avec son torse. Recroquevillé en position fœtal, il hurlait à plein poumons.

La douleur était insoutenable, il n'avait jamais rien connu de tel. C'était comme si on lui plantait des milliers d'aiguilles chauffées au fer rouge dans tout le corps. Sa respiration était bloquée et son cerveau submergé par les messages douloureux. Il se tortillait au sol sujet à une violente crise de spasmes induite par la douleur. Au bout de quelques secondes qui lui semblèrent interminables, la douleur s'arrêta.

-Alors on se sent plus loquace maintenant ? demanda Quirell le sourire aux lèvres.

Il fallut quelques secondes à Harry pour reprendre ses esprits et comprendre ou il se trouvait. Ses muscles continuaient à se crisper sans raisons et son cerveau restait embrumé. Il fit signe à son professeur qu'il avait besoin de quelques instants pour se remettre.

-Ahah, premier Doloris Potter ? Je me sens honoré, se moqua Quirell.

Harry reprit son souffle et profita des ces quelques instants de répit pour réorganiser ses idées. Qu'avait dit la voix avant que Quirell ne le torture ? « Ah oui : sers toi du gamin, ou un truc comme ça » se rappela-t-il. Ce qui sous entendait que Quirell avait besoin de lui pour obtenir la pierre. Vu le temps depuis lequel il essayait seul, en vain, Harry pensa donc être vital à ses yeux. Son risque de mourir diminua nettement ce qui soulagea le jeune homme.

-Peut être que ce premier essai ne vous a pas convaincu, ajouta Quirell en levant sa baguette.

-Si, si ! s'écria Harry.

Le sourire de Quirell s'étira grandement, tandis que du regard il enjoignait Harry à poursuivre.

Harry prit une grande inspiration, la suite des événements n'allait pas être réjouissante, puis il s'exclama avec le plus grand sérieux :

-Je me vois en train de vous botter le cul.

Le sourire de Quirell s'estompa dans la seconde laissant place à la colère, il ne s'amusait plus du tout.

-Doloris ! hurla-t-il à nouveau tandis qu'Harry renouait contact avec le sol glacial.

Cette fois-ci la douleur, aussi intolérable soit-elle, sembla s'estomper plus vite.

-Utilise l'autre garçon, avait murmuré l'autre voix.

Tandis qu'Harry reprenait ses esprits et se redressait tant bien que mal, Quirell se retourna alors en direction de Ron et le menaça de sa baguette.

-Je ne peux peut-être pas vous tuer Potter, mais rien ne m'empêche de tuer votre petit camarade, lui annonça Quirell avec un sourire sadique.

Bien que son esprit soit encore un peu embrouillé à cause de la douleur, le cerveau d'Harry se mit à cogiter à toute vitesse. Il n'avait pas envisagé que Quirell puisse faire pression sur lui de cette manière. S'il avait eu la certitude que la mort de Weasley empêcherait Quirell et donc Voldemort de récupérer la pierre alors Harry aurait sûrement pris la tragique décision de le sacrifier, seulement ce n'était pas le cas. Il faisait le malin face à son professeur mais la vérité c'est qu'il ne tiendrait pas longtemps face à une telle douleur.

Harry se tourna face au miroir, les jambes chancelantes. Il regarda son reflet mais une fois de plus rien ne se passa.

Quirell commençait à s'impatienter.

-C'est la dernière fois que je vous préviens Potter, trouvez un moyen ou le jeune Weasley risque fortement de nous quitter prématurément, le menaça Quirell.

Harry ne comprenait pas ce qu'on attendait de lui. Il la voulait lui aussi la pierre mais il n'avait aucune idée de comment il devait s'y prendre. Il se concentra sur son reflet dans l'espoir que le miroir lui donne un indice.

Quelle ne fut pas sa surprise quand il vit son reflet se mouvoir alors que lui même restait immobile.

Il se vit en train de se faire un clin d'œil, ce qui fut une expérience bizarre et glisser ensuite la pierre dans sa poche. Ce fut d'autant plus étrange qu'au même moment il sentit sa poche s'affaisser légèrement sous le poids d'un objet.

Il n'aurait su expliquer comment c'était possible mais il était certain d'avoir désormais la Pierre Philosophale dans sa poche.

Il envisagea un instant de prendre la fuite, mais il y avait fort à parier que quand bien même il arriverait, par miracle, à se soustraire à la vigilance de Quirell, l'effet de la potion s'était estompé et qu'il ne survivrait pas à un passage dans les flammes. La seule solution pour mettre la pierre hors de portée de son professeur était de la faire traverser le mur de flammes, mais comment détourner son attention ?

La seule réponse qui vint à l'esprit d'Harry risquait d'être lourde de conséquences, seulement le retour au pouvoir de Voldemort le serait encore plus. Harry inspira profondément et mentit :

-Je ne vois toujours rien.

-Dommage pour votre ami, répondit Quirell en se levant sa baguette en direction de Weasley.

Harry mit la main dans sa poche et saisit la pierre, prêt à l'envoyer au travers des flammes pendant que Quirell mettrait un terme à la vie de Weasley.

-Avada … n'eut-il le temps de finir que la voix s'éleva à nouveau.

-Il ment… la pierre ! Hurla-t-elle.

Quirell se retourna alors avec empressement vers Harry alors que celui-ci sortait la pierre de sa poche et amorçait un mouvement en direction du mur de flammes. Cependant Quirell réussit à attraper son bras au vol faisant tomber la pierre juste quelques mètres plus loin. Le contact avec la peau d'Harry provoqua une cuisante douleur à Quirell qui retira immédiatement sa main, révélant un début de calcination. Il n'était pas le seul à souffrir, ce contact avait comme embrassé la cicatrice d'Harry et lui donnait l'impression que sa tête allait exploser.

Quirell, faisant fi de la douleur, s'élança vers la pierre tandis qu'Harry reprenait ses esprits. Il se jeta sur le dos de son professeur pour l'empêcher de l'atteindre, provoquant l'apparition de cloques de brûlures sur toutes les parties du corps de Quirell avec lesquels les mains d'Harry entraient en contact.

Quirell tomba au sol à plat ventre avec Harry sur son dos. Dans la bagarre le turban de Quirell glissa laissant Harry faire face au visage le plus horrible qu'il eut jamais vu.

Un visage à l'arrière du crâne de Quirell, d'un blanc cadavérique avec des yeux injectés de sang, une bouche fine et deux fentes pour toute narine.

Harry hurlait, Quirell aussi, mais la voix de Voldemort réussit à les couvrir toutes deux quelques instants :

-Regarde ce que tu as fait de moi Potter, regarde ! Hurla-il.

-Tu vas mourir ! Meurs, misérable insecte ! S'époumona-t-il.

Devant cette vision d'horreur, ajouté à son mal de crane insupportable causé par sa cicatrise, Harry n'eut d'autre réflexe que d'appliquer ses mains sur ce visage ignoble, provoquant un surcroît de hurlements et de douleurs. Sa souffrance était telle que sa tête commençait à tourner, il allait s'évanouir. Il ferma les yeux pour gagner encore quelques instants de conscience tandis qu'il entrait en contact avec le sol, comme si le corps de Quirell s'était désagrégé sous lui.

La douleur devint si violente, qu'elle emporta Harry dans les méandres de l'inconscience, une nouvelle fois.