Bonjour/ bonsoir!
encore une histoire terriblement remplie de quotidien formidablement ordinaire. Bonne lecture si vous l'envisagez toujours!
Disclaimer : tout à Masami Kurumada et à la Toeï
Titre : Déséquilibre
Personnages : Mû, Kiki.
Dans quelques temps, Mû aurait seize ans.
Mais à présent, il se pensait mourir.
Depuis trois jours et trois nuits, il sentait ses forces fondre comme neige au soleil. Enterré dans son lit, le jeune homme, quasiment incapable de subvenir à ses propres besoins, dédiait le peu d'énergie qui lui restait à s'occuper d'un enfant de quatre ans à peine, priant pour que ce dernier ne tombe pas malade à son tour. Sa solitude ne lui avait jamais autant paru dangereuse.
Le soleil se levait. Mû avait peu dormi, par tranches irrégulières de dix minutes, constamment maintenu dans un état d'éveil douloureux par des accès de fièvre, une toux incessante et des difficultés accrues à respirer, couplées à présent avec des nausées et des palpitations.
Kiki ne tarderait pas à se montrer... À peine cette pensée lui fut-elle venue qu'il entendit des pas dans le couloir et la porte qui le claustrait dans sa chambre grincer sur ses gonds. Il sentit ensuite une petite masse prendre place contre son dos.
Mû garda le silence et les yeux fermés encore un instant. Après avoir étouffé une forte quinte de toux qui lui fit monter les larmes aux yeux, il se fit une raison : il allait de voir se lever.
« - Va devant moi à la cuisine Kiki, j'arrive tout de suite pour te faire ton petit déjeuner, dit-il avec une voix rendue méconnaissable.
- Ouiiii ! », fit le petit rouquin en détalant.
Mû aurait dû lui dire de ne pas courir, surtout dans les escaliers, mais il n'eut pas la force de faire la remarque. Il se laissa basculer sur le dos, un bras pendant à moitié dans le vide. La tête lourde, il ferma à nouveau les yeux. Il se sentit soudain affreusement mal et ouvrit grand les yeux d'un seul coup.
« - Mû ! Mû ! Qu'est-ce que tu fais ? Tu avais dit que tu venais pour le petit déjeuner ! »
Kiki lui secouait vivement l'épaule, mouvement de va-et-vient terrible qui s'était répercuté partout dans son corps, sa tête enfiévrée y compris. Il avait dû se rendormir. Pendant un bref moment, il avait pu oublier son malaise, mais le retour à l'éveil n'en était que plus difficile.
« - Oui, j'arrive, j'arrive. »
La naïveté des enfants pouvait être si cruelle parfois.
Cette fois-ci, Mû se leva. Puis retomba rapidement assis sur son lit. Trop brusque. Il laissa les petites étoiles blanches se dissiper et renouvela son geste, plus lentement, puis se laissa entraîner par Kiki qui tirait sur son bras pour le forcer à avancer.
Le petit garçon s'agitait impatiemment sur sa chaise en babillant joyeusement pendant que Mû s'affairait à préparer de quoi manger avec des gestes mous et une coordination précaire. Il ne sut comment il réussit à servir le thé au beurre et les ngamo palep sans rien renverser par terre, mais le plus important était fait. Ainsi s'accorda-t-il le luxe de s'asseoir, laissant reposer son front contre sa paume. Ses cheveux, ternes et sales suite à sa nuit tumultueuse, glissèrent sans grâce de part et d'autre de son cou. Il ferma encore les yeux et toussota en se raclant la gorge. Il n'avait pas la moindre envie de manger, encore moins de boire un po cha dont la simple odeur crémeuse le dégoûtait. Il se contenterait d'un thé à l'indienne : juste des feuilles et de l'eau.
Il fini par se relever et s'apprêtait à remplir une casserole d'eau lorsqu'une nouvelle quinte le prit, le forçant à lâcher l'ustensile qui atterrit au sol avec un bruit terrible de métal. Les minutes passaient, ses côtes lui faisaient mal et Mû atteignait le point où il n'arrivait plus à reprendre sa respiration tant chaque bouffée d'air lui irritait la gorge, provoquant à chaque fois une toux plus violente qui résonnait douloureusement dans sa tête pesante. Secoué, étouffant, le jeune atlante fini par être pris de spasmes, et dans un haut le corps, vomit de la bile acide qui lui brûla la gorge.
Ainsi commença le quatrième jour.
« - Hum... Une petite fièvre, rien de bien méchant. Mais tu vas rester au lit, pas d'entraînement pour toi aujourd'hui. »
Kiki geignit pendant que Mû soulevait ses mèches hirsutes pour lui poser un linge humide sur le front.
« - Ce n'est pas très agréable, mais il faut prendre son mal en patience, parla doctement le Bélier.
- J'aime pas être malade, répliqua le garçon, mais je préfère encore quand c'est moi que quand c'est vous.
- Tu peux me tutoyer à nouveau, va, j'ai suspendu ton entraînement, murmura presque l'aîné.
- Chouette, se réjouit Kiki qui appréciait de retrouver la relation qu'il avait développé avec Mû avant que celui-ci ne devienne son maître.
- Et puis, je ne suis pas souvent malade, reprit ce dernier, un ou deux rhumes de temps en temps, et encore.
- Et tes maux de tête ?
- Ça non plus, ça n'arrive pas souvent.
- Heureusement... »
Mû sourit tendrement à son petit.
« - ...parce que t'es chiant quand t'as la migraine.
- Hé, ho, je t'ai peut-être autorisé à me tutoyer à nouveau, mais tacitement tu reste mon disciple, et moi ton maître.
- Pardon », se rétracta honteusement Kiki, conscient d'avoir été un peu loin dans la familiarité. Il reprit cependant : « Une fois, je me souviens, tu avais été très malade. J'étais tout petit, mais je m'en souviens. »
Mû, accroupit à côté du lit, leva les yeux au ciel pour réfléchir.
« - Mais si, même que tu avais vomi dans l'évier de la cuisine. Ça m'avait traumatisé.
- Ha oui ! Oh, c'était affreux. Je crois que je n'ai jamais été aussi malade. Après ça, j'avais fini par appeler le vieux maître pour qu'il vienne m'aider. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans lui, j'étais à bout de force et incapable de me téléporter. Tout juste si j'avais pu le faire traverser les murs de la tour. Mais tu avais quoi, trois, quatre ans ? Tu t'en souviens ?
- Bien sûr ! Ça avait été un choc de te voir comme ça. Je crois que c'est à ce moment que je me suis rendu compte que toi aussi tu pouvais tomber malade. »
Mû eut un petit rire et tendit la main pour retourner le linge. Kiki resta ensuite silencieux pendant plusieurs minutes, allant jusqu'à fermer les paupières. Malgré les apparences, la fièvre le fatiguait. Mû allait se relever pour le laisser dormir lorsque le garçon rouvrit finalement les yeux.
« - Dit, tu me raconte une histoire ?
- Bien sûr. Quelle histoire veux-tu ?
- Une de Drougpa Kounley... »
L'aîné s'assit confortablement en tailleur à même le sol, posa ses coudes sur le bord du lit et commença à parler :
« Pendant leur jeunesse, Drougpa Kounley et son frère décidèrent d'aller se retirer dans une grotte isolée, perdue dans l'azure du ciel, et creusée dans le cœur du Pays des Neiges... »
Bonjour! Ce texte a été écrit presque d'une traite lors d'un voyage en train. Ma voisine de compartiment était malade, il ne m'en a pas fallu plus pour tourmenter mon personnage de prédilection.
Quelques éléments de vocabulaire/ de références? :
ngamo palep : petits pains sucrés tibétain.
po cha : le fameux thé au beurre tibétain
Drougpa Kounley : c'est un personnage récurrent dans les contes tibétains, qui sont souvent en rapport avec le bouddhisme (différentes orthographes existent pour son nom, en fonction des traductions). Iconoclaste, il se moque souvent des rites liturgiques qu'il tourne en dérision pour mieux en montrer les absurdités et amener vers une plus grande sagesse. Certains des contes dans lesquels il apparaît n'hésitent pas à mettre en scène des passages sur la sexualité un peu directes, Mû a sans doute dû faire une petite sélection dans les histoires qu'il a raconté à Kiki! (aussi bien par pudeur que pour retarder les questions difficiles qui ne manqueront pas de fuser).
J'espère qu'il fait beau chez vous et que vous pouvez profiter du soleil! (je le vois par ma fenêtre et je pleure des larmes de sang car je ne peux pas sortir. Que fais-je de ma jeunesse?)
A bientôt!
