J'aime autant vous prévenir... à partir de maintenant, on attaque les chapitres les plus durs x) Merci de continuer à me lire, cela me fait chaud au coeur et me donne une bonne raison de continuer de me battre pour vous offrir la publication tous les jours ! :)

RaR des anonymes - Schtroumpfette : Bonjour et merci pour ta review. Malgré le fait que tu n'as pas l'air d'apprécier, tu continues à lire et je t'en remercie. Pour te répondre, comme je l'ai déjà dit, il ne faut pas chercher trop loin dans ce texte. C'est un divertissement léger et rapide à travers les époques en attendant Noël. J'ai écrit ça en un mois, et mes bêtas peuvent témoigner à quel point j'en ai pleuré des larmes de sang. Alors oui, je peux comprendre que tu trouves qu'il y en ait trop ou pas assez, car je reconnais sans peine que c'est loin d'être aussi travaillé que d'habitude. Mais ça a été écrit ainsi, dans ce but...

Pour les grains de beauté, on appelle ça une fausse piste sinon x) Et concernant le fait qu'ils ne réfléchissent pas à la situation... Ben bien sûr qu'ils ont envie de comprendre. Mais ils en ont rarement le temps. Et puis faut se mettre à la place, d'un coup, à dix, vingt, trente, quarante, cinquante ans, leurs vies entières sont bouleversées par l'existence de l'autre. ça remet en cause toute ton existence jusque là, et en plus tu récupères des dizaines, des centaines d'années de mémoire en bonus, ça perturbe ! La seule chose tangible dans ce bazar, c'est la présence de l'autre, alors oui, ils s'y raccrochent. Et pour une bonne raison, la malédiction les poussent physiquement l'un vers l'autre. Et puis toi je sais pas, mais dans une nouvelle relation, fraîche et neuve, bah l'aspect physique des choses est important et fréquent, surtout quand on est jeune et en forme... Sherlock et John, ils revivent des premières fois et des premiers baisers et des débuts de relation de manière perpétuelle, alors oui, ils se sautent dessus ^^

Ceci étant dit, je ne te force pas à lire, ni à reviewer, si tu n'aimes pas (même si tu aimes, d'ailleurs, je force jamais personne à reviewer en fait), tu es libre d'arrêter ta lecture si tu n'aimes pas, quitte à revenir seulement pour le dénouement final...

Bonne lecture ! :) (Chapitre non corrigé, juste relu par mes soins, désolée pour les coquilles!)


20 Décembre – Sarajevo – 28 juin 1914

C'était un silence assourdissant, comme Sherlock n'en avait jamais connu dans sa vie. Pourtant, il y avait du bruit partout, des hurlements, des cris, de l'agitation. Mais dans les oreilles de Sherlock, c'était le calme plat. Son cerveau n'était capable de synthétiser qu'une seule chose, et le son n'entrait pas en ligne de compte, alors il n'entendait plus rien. Il se contentait de rester là, les bras ballants, à voir le monde partir en fumée, et se dire qu'il n'avait absolument rien fait pour l'en empêcher.

Cela faisait des semaines, désormais, que sur l'ordre de son gouvernement, il avait infiltré Jeune Bosnie, un groupuscule de nationalistes hétéroclites, principalement serbes, mais également croates. Cela avait sans doute été une erreur de confier à Sherlock cette mission, mais il était le seul à parler suffisamment bien les langues slaves pour ne pas qu'on puisse deviner qu'il n'était pas serbe d'origine. Sherlock avait donc parfaitement conscience qu'un attentat se préparait. Il en avait averti ses supérieurs hiérarchiques, qui en avait averti les autorités compétentes et les personnes concernées.

Il avait naïvement pensé que cela suffirait à enrayer les évènements, mais manifestement, quelqu'un à un certain stade de la chaîne de commandement avait dû décider que l'information (ou celui qui l'avait fourni, à savoir Sherlock) n'était pas fiable, et que cela ne risquait rien. Cela n'arrangeait pas l'opinion que Sherlock avait de ses pairs.

Il espérait sincèrement que ce n'était pas François-Ferdinand lui-même qui avait décidé qu'il ne risquait rien, parce que si c'était le cas, c'était un parfait crétin et il ne méritait pas de diriger un pays, Sherlock ferait un bien meilleur boulot... Au demeurant, il le payait de sa vie, et c'était bien fait pour lui.

Le problème étant que ce décès, qui ne saurait tarder, allait entraîner bien des choses négatives. Sherlock était désintéressé de la géopolitique, ce qui faisait de lui un excellent agent sur le terrain. Il exécutait les missions et pouvait s'infiltrer partout sans jamais ressentir d'empathie avec les causes embrassées par ses nouveaux amis. Ainsi, au moment où il devait les trahir, voire les assassiner, les mettre hors d'état de nuire, ou les livrer à des gens qui feraient ça à sa place, Sherlock n'avait pas le moindre état d'âme. Il savait que ses employeurs l'appréciaient pour cela. Il savait aussi que cela leur faisait peur, d'une certaine manière. Parce qu'ils n'avaient aucunement la certitude que Sherlock leur serait fidèle. Il n'avait pas une once de patriotisme en lui.

Mais si Sherlock se moquait de la géopolitique, des conséquences de ses actions et des actions qu'il empêchait, intéressé uniquement par la stimulation intellectuelle du jeu de se couler dans un rôle permanent, il les comprenait pour autant parfaitement bien.

Ainsi, il savait très bien les tensions qui agitaient les pays slaves, l'empire austro-hongrois, et la Serbie était de plus en plus sur le fil du rasoir. Envoyer l'héritier du trône, archiduc d'Autriche et Prince Royal de Hongrie et de Bohême en Bosnie-Herzégovine, c'était déjà de la folie. Choisir la date du 28 juin, c'était encore pire. Ne pas tenir compte des rapports de Sherlock, c'était la cerise sur le gâteau. Mais maintenant que c'était fait, et que François-Ferdinand et son épouse morganatique étaient morts, Sherlock pouvait voir se dessiner dans son esprit toutes les conséquences que cela aurait.

Le monde n'attendait plus qu'une bonne raison pour sombrer, et une poignée de crétins que Sherlock connaissait personnellement pour les avoir fréquentés, infiltré parmi eux, venait de mettre le feu aux poudres.

– Le monde va entrer en guerre, déclama-t-il.

Au milieu de la foule qui venait d'assister à l'attentat, personne ne l'écouta. Lui-même, trop perdu au fond de son esprit à voir se dessiner l'avenir (peu glorieux) du monde tel que Sherlock le pressentait, n'entendit pas sa propre voix.


Il fallait qu'il parte d'ici, il le savait. François-Ferdinand venait de mourir, et il y avait une grande agitation pour essayer de mener son épouse, Duchesse de Hohenberg, à l'hôpital. Gavrilo Princip avait été arrêté, ou le serait bientôt. Tous les membres de Jeune Bosnie le seraient. Ils seraient jugés, condamnés. Il était important que Sherlock soit effacé des radars à ce moment-là. Ses employeurs étaient efficaces pour cela. Et être discret, Sherlock savait faire. Mais pour se mettre à l'abri, il fallait prévenir son supérieur, et il devait bouger. Mais il n'y arrivait pas. Quelque chose en lui le poussait à rester planté là, sur le bord d'un trottoir, dans l'ombre d'une devanture, sans parvenir à bouger.

On le heurta soudain violemment, et il fut brusquement sorti de sa transe, chancelant. La personne qui l'avait bousculé, se rendant compte de son déséquilibre, le retint par le coude, et le redressa sur ses deux pieds.

– Pardon ! Je ne voulais pas vous faire de mal ! C'est jour de fête !

La voix, de par son accent, était serbe ou bosniaque, Sherlock pouvait le jurer. Il ne l'avait jamais entendue de sa vie. Pourtant, il la connaissait et la reconnaissait, avant de redresser la tête et de tomber dans la pureté des orbes bleues que désormais, il connaissait par cœur.

– John... murmura-t-il.

– Sherlock, lui répondit l'autre.

Il le tenait toujours par le coude, et il sentit la main de John trembler compulsivement et se refermer plus fermement sur son bras, au point de lui faire mal. Mais Sherlock n'en avait cure. Cela l'ancrait dans la réalité, de savoir que John était réellement là.

– Oh mon dieu, Sherlock... souffla John.

Leurs yeux étaient rivés l'un dans l'autre. Le bleu nuit rencontrait le bleu glace. Le compte à rebours a commencé. Dans tous ses souvenirs qui défilaient, mais qu'ils n'avaient pas besoin de voir pour savoir et ressentir ce qu'ils étaient l'un pour l'autre, Sherlock avait toujours été incapable de prédire quand leur fin arriverait. Mais cette fois, il avait une vraie conviction.

– Je vais mourir, dit-il calmement.

John, instinctivement rapproché de lui, le tenant toujours, ouvrit de grands yeux.

– Comment tu sais ça ? Tu le perçois ? Tu...

– Non. Je sais que je vais mourir, donc techniquement, c'est toi qui perçois quelque chose, pas vrai ?

John baissa les yeux, rompit le contact, lâcha Sherlock. Il ne s'éloigna pas, toujours trop proche du jeune génie, dans son périmètre d'intimité et probablement de manière louche pour tous les gens qui auraient pu les regarder. Pourtant Sherlock se sentit glacé, simplement parce que son amant ne le touchait plus. Une partie de son cerveau nota le fait qu'ils se touchaient au moment de leur rencontre et récupération de souvenirs, et malgré un mal de crâne certain, ce n'était pas insoutenable au point de s'évanouir, comme cela leur était arrivé plus d'une fois.

– Oui, marmonna John. Je perçois quelque chose... Mais toi, comment tu peux... savoir ?

Sherlock haussa les épaules, laissant son masque se fissurer et se teinter d'arrogance, parce qu'avec John, il était lui-même, et John l'aimait à travers le temps et les lieux, tout connard arrogant qu'il était, avait été, serait.

– Parce que j'ai participé à tout ça, l'attentat, et je sens que mes employeurs ne vont pas laisser passer ça de ma part. Même mon frère ne pourra pas me sauver, là. Je pense même qu'il donnera l'ordre de m'éliminer lui-même.

Le ton badin ne pouvait pas tromper quiconque le connaissait bien, mais John ne se focalisa pas là-dessus. Quelque chose l'intéressait beaucoup plus :

– Tu y as participé ! Oh Sherlock, c'est fantastique, je suis tellement fier ! C'est merveilleux ! Il fallait le faire ! Je...

Ce fut à ce moment-là que Sherlock comprit que dans cette existence, ils n'allaient pas être d'accord. John dut parvenir à la même constatation, car il s'interrompit en plein milieu de sa phrase.

– Faut qu'on parle, commenta Sherlock.

– Ça me paraît nécessaire, oui.


En fait de discussion, il allait suivi John chez lui, dans un petit appartement où ils pouvaient être tranquille, et ils avaient eu une dispute comme rarement. Dispute qui avait fini au lit, à froisser les draps sous l'effet de sentiment d'amour et de colère beaucoup trop dévastateurs. Ils avaient ensuite recommencé à se disputer, et à faire l'amour, encore et encore.

John était serbe, comme Sherlock l'avait deviné, et il était très attaché à l'indépendance et à la puissance de son pays. Ses parents, très nationalistes, l'avaient éduqué dans un fort climat de panslavisme et de pangermanisme. Pour lui, François-Ferdinand était l'ennemi. Qu'il ose se pavaner ici était une provocation, et l'interne en médecine qu'il était ne l'aurait jamais tué de lui-même, mais il ne regrettait pas l'action du groupuscule qui avait osé.

Apprendre que Sherlock était d'une nationalité différente, ennemie, à la solde d'un gouvernement différent, et infiltré l'avait rendu absolument furieux.

Cela avait été leur première insulte :

– Espèce de connard de génie capable de te faire passer pour n'importe qui pour mieux le trahir par la suite !

Suivie de leur premier baiser, dans un chaos de dents et de lèvres, John s'était jeté sur Sherlock pour l'embrasser et exsuder sa colère.

Sherlock avait ensuite tenté d'expliquer à John tous les enjeux politiques et économiques que cela impliquait, mais son amant avait été globalement très fermé sur la question.

– C'est absurde, Sherlock ! Se débarrasser d'un tyran ne va pas déclencher un conflit mondial comme tu le dis ! Et pourquoi pas imaginer une guerre de plusieurs années et un rationnement ? On a dépassé le stade des guerres de religions ou de la guerre de cent ans ! On est bien placés pour le savoir, toi et moi ! Tu te souviens ?

Sherlock se souvenait. De comment cela avait fini, bien sûr, mais aussi de la passion de leurs corps pressés l'un contre l'autre, brûlant de désir au milieu d'une nuit sanglante. Il avait repris John dans ses bras, avait pressé leurs lèvres, avait possédé de sa langue la bouche de son amant qui cédait aussitôt contre son assaut.

Puis ils s'étaient de nouveau disputés sur leur avenir. Sherlock voulait repartir d'ici, logiquement, et rentrer chez lui. John souhaitait rejoindre ses parents et ses frère et sœur. Leurs projets étaient incompatibles, mais ils étaient aussi conscients qu'ils ne pouvaient pas se séparer de l'autre. Ils en souffriraient beaucoup trop.

– C'est totalement absurde... On va se perdre bientôt, pourquoi on discute d'un truc aussi lointain et futile ? avait marmonné John en massant ses tempes, épuisé.

Sherlock était, sur ce point, entièrement d'accord avec lui. Alors il l'avait ramené au creux des draps, embrassant délicatement ses tempes, inspirant son parfum, son odeur, se gorgeant de sa présence. Pour le temps que cela durerait.


– Les choses changent, non ? demanda John, plusieurs heures plus tard.

Il faisait nuit à Sarajevo, et ils n'avaient pas quitté l'appartement de John depuis qu'ils y avaient pénétré. Sherlock n'avait contacté personne, ni Jeune Bosnie ni ses patrons. John n'avait pas cherché à contacter ses parents, sa famille, ses amis.

– À quel propos ? demanda prudemment Sherlock.

Il avait eu sa dose de discussion à propos de l'avenir de l'Europe qui, en effet, changeait.

– Nous. Ça. La malédiction. La bénédiction. Comment on appelle ça ?

Sherlock se mordit la lèvre en haussant les épaules.

John était couché sur le dos et fixait le plafond, les draps couvrant à peine le bas de son corps. Redressé sur un coude, Sherlock le regardait.

– En quoi les choses changent ? demanda-t-il.

– On ne se serait jamais engueulé, y'a des siècles. Cette phrase est étrange. Mais tu vois ce que je veux dire.

– Je vois.

– Tu crois qu'on s'aime moins ?

– Tu m'aimes moins ?

John sursauta et se redressa brusquement, vrillant ses yeux dans ceux de Sherlock. Le bleu nuit étincelait et quelques larmes perlaient.

– Je ne peux pas t'aimer moins ! Je crois que t'aimer, ça me fait souffrir, ça nous tue, littéralement, mais je suis incapable d'imaginer ma vie sans toi, sans ça, sans nous, sans cette rencontre, sans notre mémoire !

Sherlock n'était pas très doué pour exprimer pour sentiments, alors il se contenta de hocher la tête et se blottir contre son âme sœur pour ne pas répondre verbalement, mais donner son assentiment quand même.

– Pourtant, j'ai l'impression que les choses changent. Même si la fin est la même. On se perd tout pareil à la fin.

Là encore, Sherlock ne pouvait qu'agréer, la poitrine brûlant d'un profond sentiment d'injustice.

Un tambourinement à la porte retentit soudain, les faisant sursauter. À cette heure de la nuit, c'était surprenant. Sherlock y vit une mauvaise nouvelle. John voulait croire en une évolution positive pour son pays, et il alla ouvrir, à peine rhabillé, l'espoir en bandoulière.

De la chambre, Sherlock entendit des cris, une lutte, son nom.

– SHERLOCK !

Il oublia sa nudité, se précipita dans le couloir. Et découvrit son frère. Une arme de poing tendue droit devant lui.

– Rien de personnel, mon frère, décréta Mycroft.

La balle fusa sans une hésitation. Et atteignit Sherlock en plein cœur.


Prochain chapitre : Petrograd - Avril 1917

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