Bonsoir, chers lecteurs !
Comme vous l'avez constaté, cette histoire touche à sa fin. J'ai eu du mal à tenir le rythme ces derniers temps, je m'en excuse. Entre mes travaux de fin d'études et mes leçons de conduite, et tout le reste, j'en suis venue à délaisser cette fic (que j'attendais pourtant de pouvoir reprendre avec impatience). Aujourd'hui, je vous livre l'un des derniers chapitres en espérant qu'il subsiste parmi vous un public prêt à poursuivre les aventures de Rose^^
Bonne lecture !
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21. Le dragon noir
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Le temps du retour était-il imminent ? L'anxiété gagna Rose à cette idée, alors qu'elle attendait que Ralston vienne confirmer ou estomper ses doutes quant aux dires d'Ode Shalley. Durant l'espace d'une seconde, elle redouta que la vérité ne précipite son départ et elle manqua de lui imposer le silence avant qu'il ne parle. Toutefois, elle contint ce caprice futile : à quoi bon nourrir une proximité vaine avec Ralston ? La raison de sa venue au 17e siècle était la découverte d'une période de l'histoire. Elle avait nourri ses yeux de nombreux témoignages, et se devait de garder toute implication sentimentale à l'écart de ses observations. « Je dois partir, songea-t-elle en évitant soigneusement le regard de Ralston. Plutôt que de vous approcher de près sans jamais pouvoir vous frôler, je préfère laisser l'espace et le temps dresser une frontière entre nous ».
Sans un mot, Ralston laissa sa main droite errer dans l'une de ses poches. D'emblée, Rose imagina qu'il allait lui présenter un portoloin qui aurait le pouvoir de défier le temps. Son hypothèse de départ concernant la plume sans encre pouvait-elle s'avérer véridique ? Une lumière jaillit finalement de la main entrouverte de Ralston et déversa un spectre coloré sur le visage de Rose : l'objet qu'il lui tendait était un fragment de miroir en forme de losange.
Rose plissa les sourcils en direction de Ralston avec incompréhension, et ce dernier lui expliqua alors :
- Connaissez-vous la théorie des quatre vies ? (Rose secoua négativement la tête) Il s'agit de l'une des théories les plus célèbres de la divination… D'après, Sergegüs Plautin, un voyant du 6e siècle, chacun d'entre nous possède quatre vies : celle que nous vivons, celle que nous rêvons de vivre, celle que nous croyons vivre, et celle que nous ne vivons pas. Un équilibre entre ces vies permet un équilibre parfait entre le corps et l'esprit… Ce voyant théoricien a inventé le miroir des quatre vies : une personne qui le contemple voit normalement apparaitre son reflet à la surface. Si aucun reflet n'apparait, cela signifie que la personne a perdu une ou plusieurs vies.
Ce discours, quelque peu abstrait pour Rose, la fit lever les yeux au ciel. En temps normal, elle aurait été ravie de prendre connaissance d'une anecdote historique, même axée sur la divination, mais dans le contexte actuel, seule la fonction du miroir l'intéressait. L'agacement devait se lire sur son visage, car Ralston poursuivit :
- Ne soyez pas impatiente, j'en viens maintenant à l'essentiel. (Il dressa le miroir devant lui, et son visage se refléta dans le verre) A votre tour. Prenez-le et regardez-vous.
En s'emparant du losange, Rose s'exécuta à contrecœur. Et sa surprise fut de taille lorsque le miroir lui renvoya seulement l'image du mobilier derrière elle, comme si son corps était fantomatique. Le souffle court, Rose laissa l'objet lui glisser des doigts. Elle parvint à marmonner :
- Qu'est-ce que c'est que cette chose ?
- C'est donc vrai ! s'exclama Ralston en ramassant le miroir. Vos vies ont été séparées !
- Parlez normalement, s'il vous plait ! fit Rose, la vue embrouillée par des larmes de rage. Je ne comprends rien !... Etes-vous en train de me parler de corps et d'esprit séparés ? De voyage spirituel ?
En écarquillant le regard sous l'effet de la stupéfaction, Ralston lui confirma qu'il était bel et bien en train de faire allusion au voyage spirituel. Avant qu'il n'entreprenne de plus amples explications concernant la manière dont survenait cet étrange phénomène, Rose lui parla d'Ode Shalley et des révélations que celle-ci lui avait fait. Après quoi, elle demanda à Ralston dans quelles circonstances il avait découvert la théorie des quatre vies.
- Par hasard, répondit-il tandis qu'elle tentait de maitriser ses tremblements de colère. Durant mon temps libre, j'ai effectué quelques recherches qui n'ont rien donné dans les archives du Conseil des sorciers et dans quelques librairies réputées. Ensuite, j'ai décidé de recueillir des témoignages… Autant vous dire que les gens étaient plutôt railleurs quand je leur parlais de voyage dans le temps ! Un soir, au pub des Orties, j'étais en train de discuter avec Amy – vous devez sans doute vous rappeler d'elle – et un homme s'est invité à notre table. Il s'est avéré être un voyant, mais il le cache pour ne pas risquer d'attirer l'attention des moldus. Lorsque j'ai évoqué votre situation, il a immédiatement deviné que vous avez effectué un voyage spirituel et m'a offert le miroir des quatre vies en guise de test. Une personne qui a effectué un voyage spirituel a laissé ses deux premières vies dans le futur : son corps s'est dédoublé, et le miroir rend compte de ce déséquilibre. Pour rentrer chez vous…
- Je sais déjà ce qu'il faut faire pour rentrer chez moi ! l'interrompit Rose, cinglante. Ce qui m'étonne, c'est que des imbécilités pareilles puissent être associées à moi ! Je n'y crois pas ! Je ne veux pas y croire ! Et je ne veux plus vous écouter parler !
« Je m'emporte encore, et je réagis encore avec immaturité, pensa-t-elle, quelque peu frustrée que ses émotions exacerbées ne l'aident pas à être à la hauteur du charisme de Lisbeth Black. Je suis capricieuse, colérique et obstinée, mais peu importe. De toute façon, maintenant, ce Ralston pense de moi n'a plus d'importance ». Alors qu'elle demeurait frémissante après son emportement, Ralston passa une main lasse dans ses cheveux. Ensuite, il s'indigna en la regardant sévèrement :
- Votre orgueil vous empêche d'admettre que ce sont des voyants qui ont résolu votre problème ! Je suis aussi rationnel que vous, Rose. Pourtant, j'ai accepté de vous croire quand vous m'avez raconté votre histoire. Et pour vous aider, j'ai également été ouvert à toutes les propositions ! Mais je me rends compte que j'ai eu tort de me donner tant de mal !
- Oui, vous avez eu tort ! Je ne vous ai jamais demandé d'aller jusque-là !
En abrégeant la conversation, Rose se laissa lourdement tomber sur un fauteuil, le visage volontairement tourné vers la fenêtre embrumée placée devant elle. Les propos de Ralston concordaient avec une réalité qu'elle ne pouvait plus nier, ce qui l'énervait au plus haut point. Ces derniers mois, durant ses rares moments de quiétude, il lui était arrivé de considérer son voyage comme une aventure exceptionnelle. Cependant, maintenant qu'elle avait percé le mystère de ce voyage, elle ressentait une terrible désillusion. Elle avait attendu une explication plus noble, plus logique. Une explication à son image.
Sa déception était telle qu'elle songea qu'il valait mieux qu'elle rentre chez elle sur-le-champ. Elle se souvint qu'il lui fallait un objet du 21e siècle pour déclencher un voyage spirituel. Du reste, elle avait conservé sa robe de Poudlard en attendant la probabilité d'un retour au 21e siècle. En estimant qu'il était préférable d'éviter les adieux, Rose déclara à l'attention de Ralston :
- Je vais y aller. Je n'aurais pas dû m'énerver, veuillez m'excuser… Merci de votre aide.
Elle ignora ses yeux rivés sur elle afin de garder son calme, puis traversa le salon d'un pas précipité et maladroit. Et comme tout à l'heure dans le jardin, Ralston la devança et l'empêcha de partir son air réprobateur indiqua qu'il avait deviné ses intentions. Cette fois-ci, il empoigna ses épaules avec autorité en s'écriant :
- Pouvez-vous réfléchir avant d'agir ? Savez-vous à quel point il est dangereux de faire un voyage spirituel sans être préparé ?
- Ce sera dangereux que je sois préparée ou non ! Laissez-moi passer.
- Certainement pas ! Si je dois vous pendre au mur et vous lancer le maléfice du Saucisson pour vous empêcher de quitter cette pièce, croyez-moi que je n'hésiterai pas !
En ignorant ses remarques, Rose tenta de l'esquiver, mais elle regretta bien vite d'avoir fait l'impasse sur les capacités physiques de Ralston : ce dernier ne mit guère plus de deux secondes à l'immobiliser contre le dossier d'un canapé sans même avoir eu recours à sa baguette magique. Son visage surplombait le sien avec fermeté alors que ses mains se contractaient autour des coudes de Rose.
Troublée par cette posture, Rose relâcha ses défenses. Elle ne put s'empêcher de compter mentalement le nombre minime de centimètres qu'il lui faudrait franchir pour que ses lèvres touchent celles de Ralston. Elle répliqua pour tenter lamentablement de cacher son malaise :
- C'est ça, votre méthode d'attaque ? Vous êtes un sacré dragueur pour un gars du 17e siècle. Que dirait Lisbeth Black si elle vous voyait ?
Les yeux de Ralston s'écarquillèrent sous l'effet du choc. Au même instant, un vacarme surgit derrière la porte d'entrée qui venait de s'ouvrir, comme si la pression d'un coup de pied l'avait obligé à céder. Ce qui ressemblait à une meute de loups se déversa ensuite dans la salle de séjour, puis l'oncle William fit son entrée en émettant un sifflement aux accents tremblants. Promptement, les akita se rassemblèrent en cercle en laissant retomber leurs pattes.
Ralston, qui avait gardé les mains sur les bras de Rose, reçut un regard particulièrement virulent de la part de son oncle. En s'écartant d'elle, il dit précipitamment :
- Ce n'est pas ce que vous croyez, mon oncle.
En guise de réponse, l'oncle William envoya valser sa veste en laine dans l'âtre de la cheminée une partie du vêtement fut piégée par les flammes. Soucieux de clarifier la situation, Ralston ouvrit de nouveau la bouche, mais son oncle le prit au dépourvu en tonnant :
- Dehors, vous deux !
- Mon oncle…
- Qu'attendez-vous ? Le Conseil des sorciers est sens dessus dessous ! La petite Elfrida Clagg a une fois de plus provoqué une infiltration de créatures magiques !
D'un geste alarmé, Ralston rajusta le nœud de sa cape de voyage qu'il s'était apprêté à défaire. Sans comprendre l'objet de sa détresse, Rose l'observa se diriger à grands pas vers la porte d'entrée en grondant :
- Par Merlin ! Pourquoi ne prennent-ils jamais mes avertissements en considération ? Ils abattent les créatures magiques au lieu de faire construire des abris pour les dérober aux regards des moldus ! Dans une situation si grotesque, il est évident que les propriétaires de dragons ou autres cherchent à faire payer au Magenmagot sa négligence en forçant la porte du Conseil des sorciers ! De quoi ces imbéciles se plaignent-ils à présent ?
Il ajouta :
- Rose, suivez-moi. Nous partons à Londres.
...
Depuis le début du séjour de Rose au 17e siècle, les flots de la tempête londonienne ne faisaient que gagner en vigueur. Jamais le cœur de la ville n'avait connu une véritable période de prospérité malheureusement, les décisions peu cohérentes du Conseil des sorciers au sujet de la relation diplomatique entre le monde des sorciers et le monde des moldus avaient seulement contribuées à multiplier les conflits : la loi, par exemple, ne favorisait pas l'abattage des créatures magiques, mais elle pouvait être contournée en cas de danger.
Après que des lutins ont étranglé trois enfants moldus dans leurs berceaux, une exécution massive de créatures magiques avait été ordonnée il y a peu, malgré l'opposition farouche de Ralston et de trois autres membres du Magenmagot. Cette mesure avait donné lieu à des protestations en tout genre de la part des quelques rares propriétaires de créatures magiques qui subsistaient.
A l'approche du bâtiment du Conseil des sorciers, Rose constata qu'un mouvement de panique généralisé l'entourait, ce qui ne lui arracha qu'un simple haussement d'épaules mêlé d'un bref soupir. Dans ce quartier de Londres, les habitants passaient davantage de temps à courir pour s'abriter d'une menace qu'à se pavaner. L'élément inédit de cette soirée se situait dans le ciel : une cinquantaine de créatures ailées se frayaient un chemin jusqu'à la grande porte décadenassée du Conseil des sorciers, et au sol, dans les escaliers, d'autres créatures à quatre pattes suivaient le mouvement. Une brigade tentait de maitriser ce flot discontinu d'une massivité effrayante, mais leurs sortilèges d'expulsion n'avaient d'effet que sur les rats et les furets.
Au pied des escaliers, alors que les gens se bousculaient sauvagement pour s'écarter du troupeau d'animaux, une femme hystérique rampait, le poing dressé en vociférant :
- Sorciers, sorciers ! Allez brûler en enfer !
- Oubliettes ! s'écria Rose en rivant sa baguette sur elle.
D'emblée, un air vague s'empara du visage de la femme et ses gestes grossiers s'interrompirent sur-le-champ. Impatient, Ralston somma à Rose de ne pas perdre de temps avec le sortilège d'amnésie et lui indiqua l'arrière du bâtiment. Une minute plus tard, ils se trouvèrent devant un mur nu serti d'un minuscule grillage, qui en apparence, n'avait que pour seule fonction de recueillir les eaux usées. Ralston lança alors un sortilège de révélation, et le grillage laissa place à une longue porte avec un escalier creusé dans le sol. Ralston et Rose s'élancèrent au pas de course jusqu'à la porte, puis traversèrent un couloir humide et plongé dans l'obscurité.
- Au fait, pourquoi m'avez-vous demandé de venir ? demanda Rose, épuisée par la cadence effrénée de ses jambes.
- Mon oncle est certain qu'Elfrida Clagg a orchestré le désastre de ce soir. Elle est particulièrement attachée à la protection des créatures magiques : il y a peu, elle s'est servie du pouvoir de son père pour faire venir des éleveurs et mettre leurs animaux en sûreté. Cependant, cette fois-ci, les créatures magiques sont trop nombreuses, et certaines proviennent même de forêt lointaines…Il est impossible qu'Elfrida soit à l'origine d'une telle invasion, ce n'est qu'une enfant ! Elle est peut-être même en danger à l'heure qu'il est. J'ai besoin de votre aide pour la trouver et la mettre en sécurité. Moi, je vais m'occuper du reste. Êtes-vous d'accord ?
Sans conviction, Rose acquiesça d'un signe de tête. Elle n'avait jamais été à l'aise avec les animaux elle pouvait tout juste tolérer la présence des chats. La perspective d'affronter une armée de Scroutt à pétard et d'autres créatures au charme tout aussi limité suffisait à lui donner des sueurs froides. En dissimulant son appréhension, elle se sépara de Ralston devant la porte qui donnait sur le hall du rez-de-chaussée. Les crissements sur le bois et les vibrations n'auguraient rien de bon, aussi, par précaution, elle produisit une protection magique autour d'elle avec l'aide de sa baguette.
Lorsqu'elle tira la poignée, un tourbillon d'ailes lui obstrua le champ de vision et elle peina à maintenir sa manœuvre de protection en sentant des furets envahir les pans de sa robe et se faufiler à l'intérieur une créature, qui ressemblait à un énorme furet, effectua même un bond périlleux pour lui sauter au cou et parvint à la mettre à terre. Rose émit un cri de surprise quand il mordit son oreille gauche avec véhémence. Elle leva sa baguette, puis un jet de lumière rouge envoya valser la bête au loin. Mécontent, le furet gronda d'une voix rauque :
- Décampe d'ici, la Gorgone !
« Il parle ! Ce n'est donc pas un furet mais un chartier ! Le livre de soin aux créatures magiques que Scorpius m'avait prêté l'année dernière parlait de ces animaux agressifs et grossiers. Ralston m'a vraiment laissé le sale boulot… Il me le payera quand je sortirai d'ici ! » se dit Rose. Afin d'accomplir sa mission sans encombre et de ne pas se retrouver piégée par la centaine de créatures en suspension dans les airs, elle savait qu'elle n'avait pas d'autre choix que de renoncer aux sortilèges d'attaque. Elle traversa le sol marbré de la salle au galop, pourchassée par deux jeunes dragons aux écailles pourpre. Une massue de Troll la frôla de peu.
- Attendez ! retentit alors une voix fluette. S'il vous plait, aidez-moi !
Rose revint aussitôt sur ses pas en cherchant du regard la source de l'appel à la rescousse, tout en se protégeant le visage des deux bras pour éviter de justesse un hibou qui piquait du nez dans sa direction. Une nouvelle exclamation aiguë en provenance du plafond lui fit lever les yeux : à plusieurs mètres de hauteur, une très jeune sorcière était agrippée au rebord d'un lustre qui se balançait dangereusement au rythme des battements d'ailes des animaux. Il s'agissait probablement d'Elfrida Clagg.
La tension remonta tout au long du bras de Rose tandis qu'elle levait sa baguette pour lancer un sortilège de léviation. Fort heureusement, elle parvint à transporter la fillette en toute sécurité en faisant brusquement dévier la trajectoire lors du passage d'un Troll. Alourdie par sa cape émeraude, cette dernière peina à se relever. Ses petits bras tremblants demeurèrent enroulés autour d'elle : Rose réalisa qu'un bébé dragon était niché entre les pans de sa robe.
Elfrida redressa son petit nez parsemé de taches de rousseur en direction de Rose et déclara en désignant les crapauds qui tapissaient un bureau :
- Maintenant, il faut tous les sauver. Sinon, le dragon noir viendra les assassiner.
- Quel dragon noir ? s'enquit Rose.
- Il n'est pas encore là. Mais il va revenir et fera entrer d'autres animaux. Ensuite, il les tuera.
Pour sûr, le dragon agissait sous les ordres d'un maitre. Toutefois, quel était l'objectif ultime de ce massacre ? En y réfléchissant, Rose sursauta au moment où un lustre vola en éclats. Quelques secondes plus tard, ce fut le plafond voûté qui se fissura pour laisser passer un dragon svelte à la parure flamboyante il était suivi par un cortège de dragons moins intimidant dont les jets brûlants vinrent réduire en poussière les poutres du hall.
- Venez ! fit Rose en prenant Elfrida par les épaules. Sortons vite d'ici !
- Non ! hurla-t-elle en se débattant. Je veux les sauver ! Père m'a défendu de venir ici, mais je ne partirai pas ! Je les sauverai tous !
- Vous ne pouvez pas rester, je regrette…
Contrainte de faire usage d'un sort de stupéfixion pour qu'Elfrida ne lui oppose pas de résistance, Rose parvint à la tirer jusqu'à l'autre bout de la salle et à renfermer la porte derrière eux. Après quoi, exténuée, elle épongea son front en sueur et reprit son souffle. Elle regarda Elfrida et une soudaine pensée lui traversa l'esprit : Elfrida Clagg n'était pas un personnage ordinaire ! Elle avait été chef du Conseil des sorciers de 1640 à 1687 avec une politique centrée sur le lien entre les hommes et les créatures magiques ! Avec tous les ouvrages d'histoire que Rose avait lus, comment avait-elle pu l'oublier ? « Peut-être parce qu'il est difficile d'imaginer que cette petite fille sera un jour à la tête du Conseil des sorciers », pensa Rose.
En frémissant, elle se rappela qu'elle avait oublié de verrouiller la porte et dirigea sa baguette vers le cadenas.
- Rose, attendez !
La silhouette de Ralston venait de se matérialiser dans le corridor. Il s'élança en direction de la porte comme si une catastrophe s'apprêtait à survenir, puis Rose sentit avec surprise sa baguette lui échapper des mains : il venait de la désarmer. Déroutée, elle le contempla dans l'attente d'une explication. Sans prendre le temps d'expliciter son étrange comportement, il lui demanda sur un ton farouche :
- J'ai entendu dire qu'il y avait un dragon noir dans le hall d'entrée. Est-ce vrai ?
- Pourquoi voulez-vous…
En passant outre les bonnes manières, Ralston l'interrompit :
- Est-ce vrai ?
- Oui, répondit sèchement Rose. Mais pourquoi…
A cet instant, des employés du Conseil des sorciers, des éleveurs de créatures magiques, et la brigade affluèrent de part et d'autre du corridor. Le chef du Magenmagot se fraya un chemin parmi eux, et tous s'écartèrent contre le mur à l'exception de Ralston qui avait fortement pâli. Impatient, le chef du Magenmagot le toisa en beuglant :
- Disparaissez, Mr. Potter ! Cette fois, j'entends bien régler cette affaire sans votre intervention !
- Il n'y a pas de danger immédiat tant que les animaux sont enfermés, Milord ! riposta Ralston en se dressant entre le chef et la porte avec impertinence. Vous ne pouvez donc pas faire fi du décret sur la protection des créatures magiques !... Milord !
Le chef du Magenmagot venait de réduire la porte en confettis pour accéder au hall d'entrée. Par la suite, la brigade se mêla au mouvement frénétique des créatures magiques, toujours plus nombreuses, et d'un même mouvement, les sorciers propulsèrent des boules écarlates en l'air (il s'agissait de pièges à animaux). Les boules se démultiplièrent, poursuivirent les créatures, et déployèrent un filet pour s'emparer de leur proie. En l'espace de quelques minutes, tous les animaux avaient été capturés. Seul le dragon noir manquait à l'appel.
- Où est le dragon noir ? balbutia d'ailleurs Ralston, toujours blême.
- Il a été capturé, l'informa un sorcier. Nous l'avons piégé à l'extérieur… Il s'avère que c'était un animagus, et nous l'avons identifié comme étant Lisbeth Black.
- Votre amie prétendument moldue, précisa le chef du Magenmagot d'une voix venimeuse.
Ralston peina à garder son calme il tremblait de manière très perceptible, à tel point que Rose craignit qu'il ne soit désigné comme le complice de Mrs Black. Néanmoins, ce qui l'inquiétait était moins l'anxiété palpable de Ralston que l'anticipation dont il avait fait preuve : dès le départ, il connaissait l'identité du dragon, d'où sa précipitation à l'égard de Rose pour le protéger. Il connaissait les méfaits que Lisbeth Black avait accompli, pourtant, il avait été prêt à mettre sa propre sécurité en danger pour occulter le crime commis par la jeune femme. Un mauvais pressentiment s'empara alors de Rose : « Ralston… ne me dites pas que, depuis le début, vous savez qui est Lisbeth Black ! S'il vous plait, ne me dites pas que vous le saviez ! ».
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Petite précision : vous avez dû remarquer que j'ai tendance à mélanger les personnages fictifs et les personnages créés par J.K Rowling dans cette histoire. Il se trouve qu'Elfrida Clagg est un personnage qui n'est pas de ma création. Elle a vécu au 17e siècle en tant que chef du Conseil des sorciers.
Sinon, comme toujours, je vous remercie chaleureusement pour vos reviews et vos lectures assidues ! Je vous dis à très bientôt pour le dernier chapitre ! (qui sera probablement suivi par un épilogue)
