Bonjour tout le monde !
Vous savez quoi ? La terminale S c'est super bien, mais ça demande beaucoup de travail donc j'ai un peu de mal à être régulière (mais j'imagine que vous vous en êtes rendus compte ... désolée !). Donc voici un nouveau chapitre tout beau tout neuf, qui j'espère vous plaira !
Merci pour toutes les reviews, les follows favorites etc ! C'est vraiment un soulagement de voir que je suis encore un peu lue malgré mon manque flagrant de publications !
RAR :
PaulinaDragona : Moi aussi je préfère les fins heureuses mais ... elles ne sont parfois pas bonnes ! Tu auras toutes tes réponses dans le prochain chapitre (pas celui-là, l'autre d'après ... oui, j'aime vous faire mariner) ^^.
Ciriel : Quel enthousiasme pour nos deux héros ! Je n'y suis (presque) pour rien dans cette prophétie moi ! C'est Eru (ou à la rigueur les Valar) qui l'a décidé XD tu en sauras plus au prochain épisode ! La suite est là ! Enjoy ;)
Waina : Merci pour la review ! La suite est juste là !
WOW : Toutes ces propositions sont très alléchantes mais je ne te dirai pas si l'une d'elle est vraie. En tout cas je sais déjà comment tout ça va se finir :D J'espère que je continuerai à te plaire et que cette fic comblera tes attentes d'originalité ! A très bientôt ! Et merci pour cette longue review !
Et on finit cette note par un petit mot de Patrick Modiano, prix Nobel de littérature (cocorico !) qui a dit une phrase tellement juste et qui me concerne tout à fait :
"Ce que j'aime dans l'écriture, c'est plutôt la rêverie qui la précède. L'écriture en soi, non, ce n'est pas très agréable. Il faut matérialiser la rêverie sur la page, dont sortir de cette rêverie."
Il a tout à fait raison, et si il suffisait de penser à un morceau d'histoire pour l'écrire, alors cette fic ferait plusieurs milliers de pages, et aurait des centaines de fins différentes et ... Bref, il y a tellement de bonnes idées qui valent mieux de rester des idées parfois ...
Sur ce, bonne lecture ! Enjoy !
Nous avions décidé, d'un commun accord, de ne rien dire aux autres sur ce que nous avions découvert. Et surtout pas à Aragorn qui devait utiliser le Palantí pour mettre en place son plan d'attaque massive sur le Moranon, et ainsi montrer ses pensées à l'Ennemi.
Le retour au palais s'était fait en silence, car nous étions chacun perdu dans nos pensées, bien sombres en ce jour de fête pour les Hommes après leur victoire dans les champs de Pelennor la veille. Je me sentis déplacée dans cette ville pleine d'enfants, dans ces rues grouillant de vie alors que j'allais bientôt perdre la mienne. Tout comme Legolas, et ça je ne pouvais l'accepter…
Dans son cas, la mort n'était pas une fin en soi. Legolas resterait un certain temps dans les cavernes de Mandos, le Vala de la mort, avant de réintégrer les siens dans les Terres Immortelles. Mais même s'il restait dans le même univers, il ne pourrait vivre plus longtemps en Terre du Milieu et profiter de ses beautés avant de mourir, il ne pourrait pas fouler sa terre natale de nouveau en paix. Je voulais tenter de lui donner ce privilège, je voulais me sacrifier pour deux, si les Valar m'y autorisaient.
Juste avant de pénétrer dans la grande salle pour le repas de la mi-journée, Legolas me donna quelques conseils.
-Je sais que ça va être dur, mais essaye de ne pas être trop triste ou pessimiste devant nos amis, il faut qu'ils gardent l'espoir.
Je hochai la tête, comprenant ses paroles, même si je me demandais comment j'allais faire pour ne pas fondre en larme en les voyants. Legolas pris mes mains dans les siennes et me força à le regarder droit dans les yeux. Ainsi je pus me voir, et mon apparence était trop proche de mon état d'esprit. Mes yeux étaient rougis même si je n'avais pas pleuré, mon teint était très pâle même si je n'étais pas malade. Tout en moi inspirait l'apitoiement et le désespoir.
-Nous sommes la clef d'une prophétie qui doit sauver des milliers d'innocents. Soit fière de toi, de nous, et de ce que nous allons accomplir, dit-il avec persuasion dans mon esprit. Si tu ne vas pas bien, n'hésite pas à sortir, je te rejoindrai quand le repas sera terminé. Soit forte ma lune.
Avec ça, il m'embrassa sur le front de longues secondes, me transmettant une onde de réconfort bienvenue, et qui je l'espérais, allait durer assez longtemps pour ne pas que je craque devant nos compagnons.
Il prit ensuite mon bras, et nous avançâmes vers la grande porte que deux gardes ouvrirent pour nous. A l'intérieur, les voix de nos amis résonnaient, plutôt joyeux. Eux aussi pensaient qu'ils allaient mourir bientôt, mais ils ne semblaient pas trop éprouvés par cette perspective d'avenir. J'avais envie de les rassurer, surtout les hobbits, mais je ne le pouvais pas.
Nous nous installâmes autour de la grande table, comme pour le petit déjeuner, et les prochains repas jusqu'à notre départ. La compagnie des autres membres de la Communauté de l'Anneau, ainsi que celle d'Eowyn et son frère me remirent le moral au beau fixe, même si les nuages sombres n'étaient pas loin, contenus par l'Elfe qui surveillait la moindre baisse de moral de ma part.
Après une autre longue réunion dans la journée, il fut décidé que notre départ se ferait une semaine plus tard, et que le trajet jusqu'aux Portes Noires prendrait deux journées entières.
J'occupai cette semaine fatidique en compagnie de mes amis, ne me retrouvant que très peu de temps seule à ruminer mon chagrin. Et quand ma détresse était trop grande, Legolas était toujours là pour m'aider. Ces derniers jours, il m'était nécessaire pour m'endormir, puis il quittait ma chambre quand le sommeil m'avait enfin gagné.
L'avant-veille de notre départ, après que Diane, avec qui je m'étais réconciliée et dont j'acceptais à contrecœur les marques de respect, m'ait changée et aidée à me coucher, je mis du temps à m'endormir. Trop longtemps d'ailleurs, car mes sombres pensées revinrent rapidement à la charge. J'étais seule, et je pouvais laisser libre court à mes larmes que je laissai couler abondamment sur mes joues.
Legolas, qui n'était pas dans sa chambre à ce moment-là mais avec Aragorn dans la cité, sentit évidemment mon chagrin mais ne pouvait pas y faire grand-chose, car il était trop loin de moi. Comme j'étouffais sous mes couvertures, je m'approchai de la fenêtre de ma chambre pour observer l'horizon sud. La noirceur du Mordor rendait la nuit encore plus sombre et cauchemardesque car les étoiles et la lune étaient voilées, et des lueurs rougeâtres s'élevaient parfois dans le ciel, preuves du maléfice qui sévissait dans ces terres désolées et inhospitalières.
Je plaignais Frodon et Sam de tout mon cœur, et je priai pour qu'ils réussissent à jeter à temps l'Anneau Unique dans les flammes de l'Oroduín, pour que mon sacrifice ne soit pas fait en vain. Il m'était devenu clair que je devais être la seule à mourir devant les portes Noires, personne d'autre ne devait y perdre la vie.
Un coup léger frappé à ma porte me sortis de mes songes et la voix de Gandalf résonna dans le couloir.
-Jeune Ithil, permettez-vous que je m'entretienne avec vous quelques instants ? demanda le magicien blanc.
-Entrez, entrez ! l'invitai-je. Je n'ai pas pour habitude de m'enfermer, c'est ouvert.
La porte grinça un peu quand l'Istar l'ouvrit et je me retournai pour l'accueillir. Il avait la mine grave et songeuse. Il me rejoignit, et s'accouda à la fenêtre, fixant à son tour le sud. Il sortit sa pipe et l'alluma magiquement puis posa sur moi un regard inquiet.
-Vous devriez être couchée, jeune fille …murmura-t-il sur un ton paternel.
-Le sommeil tarde de plus en plus à venir chaque nuit, Gandalf, et d'habitude Legolas m'aide à trouver les bras de Morphée mais ce soir il est occupé avec Aragorn, soupirai-je.
-Je pense aussi que vous nous cachez beaucoup de choses qui pèsent sur votre cœur, et même l'elfe n'est pas au courant de tout. Pourquoi tant de mystère ? Ce n'est pas seulement la bataille à venir qui vous angoisse.
Je soupirai, ne sachant pas quoi répondre au perspicace magicien. Nous avions décidé de ne rien dire de la fin de la prophétie aux autres, et je m'étais jurée de n'inquiéter personne sur ma décision. Tout cela réduisait considérablement mes réponses possibles aux questions que Gandalf me posait.
-Je ne m'inquiète pas pour moi, répondis-je dans une demi-vérité. Je ne veux simplement pas que des milliers d'innocents meurent alors que ce n'est pas leur combat, tout cela est trop puissant pour eux. J'ai aussi peu confiance en mes pouvoirs, car je pourrais sauver ces gens si seulement …
-Vos pouvoirs ne sont pas un problème, Annasophiel, ils seront aussi puissants que nécessaire. Vous êtes la clef d'une prophétie qui devra, un jour ou l'autre, s'accomplir. Les Hauts-Elfes n'ont pas pu se tromper. Eru a fait les choses ainsi, alors il sera fait comme cela. Je peux comprendre que vous soyez effrayée par la tâche, mais jusqu'à présent, vous vous en êtes très bien sortie, tout comme Legolas. Et je suis sûr que vous ferez ce qu'il faut quand il le faudra.
-J'espère aussi, chuchotai-je.
-Et si vous voulez, ce soir je peux vous endormir très facilement. Allongez-vous, m'enjoignit-il en indiquant mon lit.
Je m'y installai, et il tendit son bâton blanc au-dessus de mon corps en marmonnant des paroles incompréhensibles. Je n'étais pas sûre de l'efficacité de son sort mais petit à petit, mes muscles se détendirent et je sombrai dans le sommeil, oubliant pour un temps mes soucis.
Je me réveillai en sursaut après un cauchemar horrible. Nous étions tous devant les Portes Noires. La bataille faisait rage autour de moi. Aragorn était aux mains avec un troll géant et Legolas était hors de mon champ de vision. Soudain le troll avait écrasé Aragorn au sol, le tuant de sa lance pointue. J'avais hurlé de douleur et de déception car je n'avais pas réussi à remplir la mission qui m'avait été confiée. Puis tout s'était écroulé, quand Legolas était tombé, son corps déchiré en deux par la gueule du destrier d'un Nazgûl. Je ne ressentais plus rien, seulement un gouffre sans fin dans mon esprit et dans mon corps. La mission que je m'étais confiée était elle aussi un échec, et je ne me sentais plus capable de vivre. Je ne me défendis même pas quand un orque me coupa la gorge.
J'avais hurlé de désespoir dans mon sommeil car je sentis Legolas se lever en trombe et venir dans ma chambre. J'étais en sueur, ce qui ne m'était pas arrivée depuis notre départ de la Loríen, où ma nature elfique avait pris le dessus de mon côté humain. Ma respiration était irrégulière, et je n'arrivais plus à respirer pleinement, seulement par à-coups très faibles.
L'elfe arriva dans ma chambre sans chercher à frapper et plongea presque sur mon lit pour me prendre dans ses bras. Son contact m'apaisa instantanément, comme un baume miracle sur une plaie mortelle. Il murmura de douces paroles en elfique, que je n'essayai même pas de traduire. Ses caresses dans mon dos détendirent mes muscles hiératiques.
-Ce n'était qu'un rêve, ma lune, rien de plus qu'un mauvais rêve, murmura-t-il dans le creux de mon oreille. Nous sommes en vie, tout va bien …
Sa voix n'était pas aussi calme qu'à l'accoutumé, une angoisse presque imperceptible se faisait entendre. Je relevai mon visage vers le sien pour l'observer et ses traits corroboraient l'intonation inhabituelle de sa voix. Ses beaux yeux bleus étaient voilés de tristesse et de peur !
-Tu as toi aussi fait ce rêve, me rendis-je compte. Pourquoi ? Est-ce l'avenir que nous avons vu ? Vas-tu mou…
J'avais maintenant les larmes aux yeux, et ma voix se brisa sur le dernier mot.
-Je ferai tout pour que tu ne meures pas …, tout, tu m'entends ? répondit-il, lui aussi au bord des larmes. Je ne peux pas vivre dans un monde où tu ne vivras pas à mes côtés. Alors tu vivras, même sans moi, mais tu vivras pour nous deux…
Je voulais lui dire exactement la même chose, mais les mots restèrent coincés au fond de ma gorge. Je ne pouvais pas non plus vivre sans lui, c'était parce que je l'avais vu mourir que j'avais abandonné le combat dans mon rêve.
-Je ne veux pas être séparée de toi, c'est impossible, chuchotai-je faute de pouvoir parler plus fort à cause de mes sanglots retenus. Si tu meures, je te suivrai de peu, et nous nous retrouverons peut-être après la mort …
La possibilité de vivre sans cet elfe à mes côtés m'était insupportable, et j'avais encore plus peur que la mort ne nous réunisse pas. Jamais je n'avais ressentis une telle détresse, mêlée de surcroit à celle de l'elfe.
Mes yeux étaient plongés dans les siens. Notre chagrin était incommensurable. Une larme roula sur ma joue, unique.
Legolas se pencha alors vers mon visage pour cueillir cette larme de ses lèvres qu'il laissa contre ma peau un long moment avant de m'allonger sur lui pour m'enlacer. Je posai ma tête sur son torse en savourant la petite pointe de chaleur qui s'était réveillée en moi à cet instant.
Je fixai le Gondor par ma fenêtre, admirant l'un des derniers levers de soleil de ma vie. Les nuages sombres sur le Mordor ne semblaient pas changer entre le jour et la nuit, mais le soleil brillait plus fort sur le royaume des Hommes.
Je me rendis compte alors que notre sacrifice n'était rien en comparaison avec toutes les vies que nous allions sauver, la paix que ces gens allaient retrouver. Notre histoire serait tragique, mais nous mourrions en héros. On chanterait des chansons qui loueraient notre dernière bataille, notre courage etc … Ca n'en atténuait toutefois pas la douleur et la tristesse.
-Et puis c'est au combat que le guerrier meurt avec le plus d'honneur … me rappela Legolas qui suivait le cheminement de mes pensées. C'est ce qu'il faudra se dire pendant les deux jours restants…
-Oui mais je n'ai jamais été élevée en guerrière et je n'ai que 17 ans ! Tu en as presque 3000, tu as eu le temps de vivre !
Je bougeais un peu dans ses bras pour m'extirper de son étreinte, car j'étais énervée par le tour que prenait notre discussion. C'était la dernière chose que je voulais à ce moment-là mais je voulais lui montrer qu'il m'avait blessée.
Je réussis à m'assoir sur le lit, détournant le regard du sien, suppliant.
-Je m'excuse si je t'ai froissée, ce n'était évidemment pas mon but… Mais sache que pour moi 3000 ans c'est très peu, tout comme 17 ans pour un être humain. Si tu étais immortelle tu comprendrais.
-Mais je ne le suis pas justement !
Je craquai de nouveau, et je ne pus faire autrement que de chercher du réconfort dans les bras de Legolas. C'était pitoyable mais efficace car je me calmai de nouveau.
Une main toqua à ma porte, et je soupçonnai Diane de venir me préparer pour le voyage. Legolas bougea un peu sous moi mais je n'attendis pas qu'il se lève pour inviter la jeune femme à entrer.
Elle sembla très surprise de nous voir ainsi blottis l'un contre l'autre dans un même lit. Je me roulai sur le côté et Legolas en profita pour filer souplement, n'oubliant pas de saluer ma servante au passage.
Je ne fis aucun commentaire, ni Diane d'ailleurs. Mon sort et ma vie étaient bien trop différents des siens pour qu'elle comprenne. Elle me lava, m'habilla d'une tenue de voyage neuve composée d'une tunique argentée, d'un pantalon serré noir et de bottes de cuir souple. Une veste sombre et une ceinture portant un fourreau pour mon épée complétait l'ensemble mais je ne les mis pas pour aller petit déjeuner.
-Allez manger, et pendant ce temps je prépare vos effets pour votre voyage, m'indiqua-t-elle en me poussant vers la porte.
Je suivis son ordre et me retrouvai au milieu de la grande salle, en pleine effervescence à quelques heures du départ. Les membres restants de la Communauté étaient attablés devant un copieux petit déjeuner auquel je touchai à peine, l'estomac trop noué.
La tension était montée d'un cran mais les Hobbits ne semblaient pas trop perturbés. Le frère de feu Boromir, Faramir, nous avait rejoints, tout comme Eowyn. Il ressemblait beaucoup à son aîné, mais il semblait plus doux et compréhensif. Il parlait peu mais s'enquit de chacun de nous, distribuant des paroles réconfortantes au besoin.
Juste après le repas, il fut décidé que le départ se ferait dans deux heures. J'en profitai pour filer dans une boutique du quatrième niveau, celui des artisans et achetai sept petits objets en bois ou en métal précieux que je comptais offrir à mes compagnons d'aventure le lendemain, lors de la dernière soirée.
En rentrant au château, je retrouvai Diane qui finissait mes bagages. Je lui avais demandé quelques feuilles et de l'encre que je glissai avec mes présents au fond de mon baluchon. Je n'avais pas grand-chose à prendre finalement, hormis le paquetage obligatoire pour la durée du voyage, il ne me restait plus rien comme effets personnels, une partie étant tombée dans la Moria avec Kili et le reste étant resté en Loríen avec Serindë et Amandil.
Comme j'aurais aimé les revoir une dernière fois, comme Elrond et Arwen qui m'avaient si bien accueillie à Fondcombe, ainsi que la Dame Galadriel et Celeborn. J'acceptais maintenant plus facilement mon sort en me consolant car j'allais sauver ces gens formidables.
Une fois que mes effets furent prêts, je remerciai Diane de ses bons et loyaux services. Malgré nos débuts difficiles, elle avait toujours été très efficace et agréable avec moi, malgré mon sale caractère et mes obsessions bizarres.
-Hannon lle, lui dis-je alors qu'elle passait la porte.
-Qu'est-ce que ça signifie ma Dame ? s'enquit-elle.
-Ca veut dire « Merci », en elfique, et « Namarië » signifie « au revoir » ou « adieu » c'est selon … lui répondis-je avec un sourire.
-Alors, namarïe, Dame Isil, et à bientôt, fit-elle malicieusement, prenant le mot au sens premier.
Elle s'éloigna dans le long couloir en me jetant de brefs coups d'œil intrigués, étonnée de ne pas me voir bouger du seuil de ma chambre. Quand elle arriva au bout, je murmurai « Adieu » et m'engouffrai dans ma chambre, retenant mes larmes. Il me restait encore quelqu'un à saluer pour la dernière fois.
Eowyn était bien plus souffrante que Merry, c'est pourquoi elle restait dans la maison des guérisons jusqu'à son complet rétablissement. Elle semblait passer beaucoup de temps avec Faramir, qui lui aussi était en convalescence. Je leur avais rendu visite quelques jours plus tôt, mais je n'avais pas eu le courage d'y revenir après avoir appris la fin de la prophétie. En effet, ces deux-là ne s'en rendaient peut-être pas compte, mais leur complicité était évidente et plus complexe qu'une simple amitié… Ce bonheur naissant m'aurait retourné les entrailles et j'aurais bien été incapable de leur expliquer pourquoi.
Mais aujourd'hui était notre dernier jour dans la citadelle, et je ne pouvais pas quitter cette Terre du Milieu sans dire adieu à la seule femme qui m'enviait de partir à la guerre, la seule qui avait osé me tenir tête et me remettre à ma place alors que m'effondrais dans mon mélodrame pitoyable après l'épisode du Gouffre de Helm.
Quand j'entrai dans la maison des guérisons, tout était calme et serein, comme si personne ici ne se souciait de la bataille qui allait être menée et qui déciderait du sort de tous. Je ne croisai personne en arpentant les couloirs emplis de soleil.
Je commençais à me demander où je pourrais trouver Eowyn quand j'entendis au loin des voix et des pleurs dans le petit jardin attenant au bâtiment. Eomer y était et consolait sa sœur. Quand je passai sous le péristyle, je vis les héritiers du Rohan assis sur un banc de pierre, la jeune femme pleurant dans les bras de son frère en armure.
Eomer me vit et redressa sa sœur qui se tourna dans ma direction. Je leur offris un maigre sourire d'excuse.
-Je peux repasser dans un moment, je vais vous laisser encore un peu …
-Non, Dame Annasophiel, j'allais partir, je dois encore régler certains points avec le Seigneur Aragorn avant notre départ, m'expliqua Eomer. Eowyn, je reviendrai, comme à chaque fois et nous rentrerons à Edoras en paix, sans plus aucun ennemi. Sois forte, je t'aime petite sœur, murmura-t-il à l'intention d'Eowyn en l'embrassant sur le front.
Il se leva et lui sourit avant de la laisser. Il s'inclina légèrement devant moi puis disparu par là où j'étais venue. Les larmes et le regard implorant d'Eowyn me brisèrent le cœur. Je m'approchai d'elle, et pris mes mains dans les siennes pour la faire s'assoir à mes côtés.
-Je suis moi aussi venue vous faire mes adieux, ma Dame, commençai-je. Je ne peux rien vous promettre mais je ferai tout pour que votre frère revienne sain et sauf. C'est ce pourquoi je suis venue ici. C'est ce pourquoi on m'a donné ces pouvoirs.
-Annasophiel, dites-moi franchement les choses, je vous en conjure. Quelles sont vos chances de victoires ? Y a-t-il de l'espoir pour les Hommes ? Car je n'en vois aucun.
Je soupirai doucement en retenant ma propre peine dont elle n'avait pas besoin. Je la fixai dans les yeux pour lui répondre, lui montrant ainsi que j'étais sincère.
-Il y a toujours de l'espoir, quand il reste des fous pour croire, dit un de mes amis. Tous ceux qui partiront tout à l'heure sont fous mais ils ont foi en l'humanité. C'est ce que l'on peut appeler une mission suicide mais je vous le répète, je tenterai par tous les moyens d'éviter des pertes aux hommes. Legolas et moi sommes nés pour cela.
-J'aimerais tellement pouvoir venir avec vous mais je suis trop faible pour me battre, comme beaucoup de mauvaises langues l'ont dit toute ma vie …
-Vous n'êtes pas trop faible, surtout pour vous battre, mais vous avez rempli votre part du contrat, vous avez joué un rôle très important dans cette guerre. Les gens sauront être reconnaissants pour les exploits que vous avez accomplis. Maintenant c'est à moi de me battre comme il se doit, j'espère avoir votre cran et votre courage, ma Dame.
Je n'osais pas lui dire adieu, de peur qu'elle se méprenne sur la survie de son frère dans la prochaine bataille alors je me levai simplement et la serrai dans mes bras avant de me diriger vers la sortie. Elle me retint simplement par le poignet avec ses maigres forces.
-Vous êtes forte vous aussi, et vous reviendrez, j'en suis sûre. Ce monde a besoin des femmes, même dans la guerre, et vous en êtes un merveilleux exemple. J'espère que vous ne m'aurez pas oubliée quand vous reviendrez.
Je refoulai quelques larmes qui menaçaient de couler pour répondre, d'une voix faible :
-Personne ne peut vous oublier, et je ne le ferai pas … si je reviens.
Sur ce je partis en courant, et l'esprit de Legolas vint m'apporter un peu de réconfort.
-Je n'ai pas réussi à tenir devant Eowyn, lui expliquai-je alors que je cherchais un coin tranquille et éloigné de l'activité de la cité pour me calmer.
-Ce n'est pas grave la lune, où es-tu ?
Je lui montrai dans mon esprit ce que je voyais et je coupai mes pensées des siennes pour arrêter de pleurer. S'il essayait de me consoler, cela ne ferait que raviver la douleur, comme de l'eau bouillante sur une brûlure. Car il était trop impliqué lui aussi pour me soulager, car le simple fait de penser à lui, à ce qui pourrait lui arriver à l'issue de la bataille me paralysait d'angoisse. Ce n'était peut-être pas la meilleure solution mais elle était efficace.
J'étais dans une ruelle déserte, coincée entre deux hauts bâtiments. Je m'étais affalée sur le sol dur et froid. Cet inconfort m'avait aidée à me rafraîchir les idées. Je m'étais jurée de rester forte et stoïque jusqu'au dernier jour, de garder ce secret pour moi, tout comme Legolas le faisait mais je n'étais pas assez forte.
Chez moi, ou dans ce qui était mon monde avant, ma meilleure amie Elise était ma confidente et savait tout de moi, je pouvais tout lui dire, elle ne me jugeait pas. Sauf que là, j'étais seule, même si je m'étais fait des amis, en qui je pouvais placer une confiance aveugle, je ne pouvais pas.
Il était vrai que mon problème était bien plus grave que des angoisses de lycéenne, des histoires de cœurs et d'amourettes absolument pas sérieuses, ou même des questions existentielles sur mon avenir. De toute façon, ici je n'avais plus d'avenir.
Le seul qui aurait pu me comprendre était lui aussi victime. J'en venais à me demander si je n'avais pas eu tant de gens formidables et courageux autour de moi, pendant cette quête, les quitter n'aurait-il pas été plus facile ?
Les mêmes sombres pensées tournaient en boucle dans mon esprit. J'avais eu l'espace d'un instant le fol espoir de trouver une solution mais j'avais dû me rendre à l'évidence : il n'y en avait pas.
Je pris tout de même la décision de profiter des trois derniers jours de ma vie avec mes compagnons, d'essayer de rire une dernière fois au souvenir de pitreries des Hobbits autour du feu de camps, d'entendre une dernière histoire de nains de Gimli, d'apprendre un dernier pan d'histoire de la Terre du Milieu avec Aragorn et Gandalf et de partager les pensées immortelles de mon compagnon le plus cher, Legolas, une ultime seconde.
Le soleil était à son zénith quand je sortis de mes pensées. On allait bientôt me chercher pour que je prenne place dans le long convoi de soldats en route vers la Porte Noire du Mordor. Je soufflai un bon coup et quittai l'ombre de la ruelle pour descendre les niveaux de la cité et rejoindre ainsi mes compagnons.
Je n'avais pas mis un pied dans la rue principale, perpendiculaire à cette ruelle qu'une main me saisit par la taille et me précipita contre le torse de son propriétaire. Legolas m'emprisonna de ses bras d'archer pour m'offrir le réconfort dont j'avais encore besoin avant notre longue chevauchée. Il m'avait retrouvée et attendue, comme toujours.
-Ne t'isole plus ainsi ma lune, murmura-t-il.
-Je n'en aurais plus l'occasion bientôt alors je voulais le faire une dernière fois, et ça m'a fait du bien, le rassurai-je.
-Ce ne sont pas que des dernières fois avant la fin, mais avant autre chose de beaucoup plus grand et beau, tu verras…
-Et comment peux-tu être si sûr de toi ?
-Une intuition … et de l'espoir !
-On nous attend non ? changeai-je de sujet.
Il m'éloigna à regret de son torse mais me regarda dans les yeux quelques secondes, plongeant au plus profond de mon âme avec une telle force que je ne pouvais pas détourner le regard pour l'en empêcher. Cela aussi allait me manquer... Il finit par m'embrasser sur le front et pris ma main pour descendre jusqu'aux grandes portes de Minas Tirith où nous attendaient l'armée des Hommes.
Quand nous arrivâmes au dernier niveau il s'éloigna de moi pour récupérer nos chevaux. Je rejoignis Gimli, assis un peu en retrait sur une pile de cagette, fumant tranquillement sa pipe comme si de rien n'était.
-Vous semblez tourmentée ma petite … remarqua-t-il. Je sais que cette bataille sera plus dure que celles auxquelles nous avons déjà participé mais nous survivrons.
-Vous oui, maître Nain, mais je ne suis pas aussi sûre de mon avenir…
-Lui non plus n'a jamais été sûr de son avenir et pourtant son destin s'accomplit un peu plus chaque jour, me rassura-t-il en désignant Aragorn de sa pipe.
Le Rôdeur avait en effet pris le commandement des opérations, et personne ne s'était interposé, personne ne pouvait s'interposer en fait. Il serait un roi formidable, et sûrement qu'Arwen serait à ses côtés en tant que reine du Gondor… Tout en lui transpirait la royauté, l'autorité mais aussi la bienveillance et l'attention portée à chacun d'entre nous. Personne ne serait mis de côté tant qu'il serait vivant. Et c'est ce pourquoi je devais le maintenir en vie.
-Mais moi c'est contre mon destin et surtout contre celui de Legolas que je me bas, lui avouai-je. Parce que notre destin ne peut être glorieux comme celui d'Aragorn.
-Il l'est déjà jeune fille, depuis votre petit numéro au gouffre de Helm, me contredit-il. Depuis la tour où j'étais, j'ai bien vu votre puissance et vos capacités. Ne vous inquiétez pas trop… Celui qui décide de tout, là-haut, fit-il en pointant le ciel, ne peut pas avoir prévu la fin de votre vie si brusquement. Ou alors c'est un sacré coco ! Il ne briserait pas l'amour de deux jeunes gens aussi formidables que vous.
Je ne cherchai pas à approfondir ses dernières paroles, après tout il parlait bien d'amour-amitié ou d'amour fraternel non ?
Bientôt Legolas revint avec nos chevaux. Je me hissais sur le cheval avec aisance, car même si je n'avais jamais monté dans mon monde, l'équitation était une simple formalité pour mon corps d'elfe. Un autre avantage dont je devais profiter avant la fin…
Cette sombre pensée fit se retourner Legolas, qui me fixa avec détermination.
-Ce n'est pas ta fin, ma lune. Je te le promets.
Je ne sus pas ce qu'il s'était passé chez lui mais son air concentré et serein me changèrent les idées et je pus me reconcentrer en approchant de la tête de colonne. Quelques milliers de soldats étaient alignés par rang de cinq sur la route des champs de Pelennor. J'aurais aimé que ce nombre impressionnant soit suffisant mais il ne l'était pas.
Ils avaient tous fière allure, et n'avaient pas l'air désespérés, tandis que je remontais la colonne jusqu'à Grispoil et Brego. Comme lors de notre venue en Isengard, je pris Merry devant moi, et Gandalf prit Pippin. Legolas montait avec Gimli et Aragorn était seul, tout comme Eomer.
-Mes amis, vous n'êtes pas obligés de venir, déclara Aragorn. Le péril est grand et notre avenir incertain (Je jetai un coup d'œil discret à Gimli qui me le rendit.).
-Sachez mon ami que c'est notre choix, et que nous vous accompagnerons jusqu'à la fin, lui répondit Legolas avec un fin sourire. Et personnellement, je ne raterais pour rien au monde une bataille aux côtés de Gimli. Il est temps qu'il comprenne que les elfes sont les meilleurs !
-Je vous suivrai où que vous alliez, mon Seigneur, dis-je à mon tour. Et je suis d'accord avec Gimli, même si je n'ai toujours pas compris pourquoi les elfes et les nains ne s'apprécient pas !
Ma remarque fit rire tout le monde, et chacun jura « fidelité » au futur roi du Gondor, même Eomer, désormais roi du Rohan après la mort de Théoden sur cette même plaine.
Alors Aragorn sonna le départ et la colonne s'ébranla, les derniers membres de la Communauté de l'Anneau en tête. Chaque galop de nos chevaux nous rapprochait un peu plus de notre destin et de celui de la Terre du Milieu. Les sabots frappant le sol comme le glas qui résonnait dans la cité.
Je jetai un dernier coup d'œil tout en haut de la citadelle, plus précisément vers la maison des guérisons. Eowyn, toute de blanc vêtue, nous regardait partir, dans les bras de Faramir. Si nous ne revenions pas, ce serait à eux de diriger le monde. Si nous ne revenions pas …
Voilà ! J'espère que ça vous a plu et que vous me laisserez une petite review pour me donner votre avis !
Je vous aime tous beaucoup même si vous restez anonymes !
A bientôt,
LK
