Sept vies pour mourir


Auteur : GabrielleTrompeLaMort

Rating : T

Genre : Action/Adventure – Mystery – Romance

Titre : Sept vies pour mourir

Spoilers : Post Tome 6, bien que, depuis la parution du Tome 7, j'aie décidé d'inclure certains éléments du Tome 7 à la fanfic.

Disclaimer : Cette fanfiction n'est pas à but lucratif. Tout appartient à J. K. Rowling et la Warnerbros Company.

Résumé : Certains appellent ça « jouer avec le feu », mais Harry Potter préfère dire qu'il se sert des mêmes armes que son ennemi pour le vaincre. [Voyage dans le temps – Horcruxes]


Note de l'auteur : Coucou !

Surprise ! Je publie le chapitre avec quelques jours d'avance. J'espère qu'il vous plaira :) En tous cas, il a bien plu à mon bêta-lecteur Charlie, que je remercie d'ailleurs pour son travail toujours aussi rapide et efficace. You rock, boy ! :)

Sans cela, petit message pour un forum de RPG Harry Potter, à l'époque des Maraudeurs : venez écrire et jouer avec nous ! Il y a des personnages à prendre, vous pouvez aussi créer le votre, en tant qu'OC. Si vous êtes intéressé, ou simplement curieux, le lien est sur mon profil. ^^

Voilà. Pour une fois, je fais court. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une très bonne lecture, et à vous dire "à la prochaine". :)

Bises,

Gabrielle.


Personnages et situations :

Elèves :

Ralph Brocklehurst : Pseudonyme de notre Harry Potter international au temps des Maraudeurs.

James Potter, Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrow : Les Maraudeurs, en septième année, nul besoin de les présenter.

Lily Evans : En septième année à Gryffondor, amie de Marlene McKinnon, petite-amie récente de James Potter.

Marlene McKinnon : Amie de Lily et Helena, septième année à Gryffondor, homosexuelle.

Franck Longdubat : En septième année à Gryffondor. Meilleur ami de Rose, en pince sérieusement pour une certaine Alice Hornby.

Rose Barjow : Sœur de Rigel Barjow, elle est à Gryffondor en septième année et est très amie avec Franck Longdubat. Ses parents sont les tenanciers de la boutique du même nom au chemin des Embrumes. Depuis peu, elle est devenue réanimatrice pour Voldemort… enfin, c'est ce qu'il semblerait.

Rigel Barjow (MORT) : Frère de Rose Barjow, il est à Serpentard en septième année, et traîne avec sa bande de caïds, à savoir : Severus Rogue ; Rodolphus Lestrange ; Lucy Rosier et Antonin Dolohov.

Severus Rogue : toujours égal à lui-même, et comme nous le connaissons tous. En septième année lors de l'histoire. L'affaire de la cabane hurlante est déjà passée.

Regulus Black : Frère de Sirius Black avec lequel il a de gros problèmes relationnels depuis la fugue de ce dernier, en cinquième année à Serpentard, ami avec Loïs Parkinson, Amycus et Alecto Carrow. Créateur et co-fondateur de la Loge Noire.

Loïs Parkinson : Cinquième année. Ami avec Regulus Black et les jumeaux Carrow. Craint à Poudlard pour ses élans et regards sadiques et malsains...

Amycus et Alecto Carrow : Cinquièmes années. Mangemorts arrêtés, respectivement hommes et femmes, cités dans le tome six. Famille mangemorte citée dans le tome six, qui apparemment aurait cru Voldemort mort. Par choix, j'ai décidé que les deux personnages suscités seraient de cette famille, mais cela n'est pas sûr. Une simple supposition.

William Potter : père de James Potter, il est l'Auror lieutenant en chef du département de la défense magique, et aussi son porte-parole officiel, avec le commandant principal. Il dirige une équipe d'Aurors, surnommée la Main, car ils sont cinq et soudés jusqu'à la mort. Depuis peu, il enseigne la DCFM à Poudlard.

Maugrey Fol Œil : le seul, l'unique, l'inimitable. Membre de la Main.

Faustine Bouvaist : membre de La Main.

Fabian et Gidéon Prewett : frères de Molly Weasley, membres de la Main

Ewan Rosier (MORT) : frère de Lucy Rosier. Mangemort déclaré, jeune, tué par Harry Potter.

Lucy Rosier : élève à Poudlard, petite amie de Regulus et co-fondatrice de la Loge Noire.

Cette liste s'enrichira au fur et à mesure des chapitres, et de l'apparition des personnages.


L'espace entre les étoiles


À l'instant où Dumbledore sortit le médaillon de Serpentard de sa poche, William revint de l'étage.

« Nous n'avons pas fini », lui indiqua le directeur de Poudlard, d'un ton poli mais néanmoins très ferme.

« Je sais », répondit William qui s'interposa entre la cheminée et la table basse. Il n'avait plus l'intention de se laisser faire.

« Gilian et moi sommes tombés d'accord. »

Il fronça les sourcils, comme si une pensée parasite traversait son esprit : « Pour une fois », disait-elle…

« La situation actuelle est trop grave pour que vous continuiez à me tenir écarté, avec la Main, de ces petites conversations privées. Si elles concernent Voldemort, elles me concernent également. Elles concernent le monde entier. »

Dumbledore hocha tranquillement la tête, tandis que Ralph et Rose restaient silencieux, pétrifiés par la colère - justifiée - de cet Auror qu'ils savaient redoutable.

« J'exige des explications. »

« Avec les nouveaux éléments, je ne comptais plus vous tenir à l'écart beaucoup plus longtemps, de toute manière. »

Dumbledore sourit, et Ralph se rendit compte que son mentor possédait deux visages : l'un dans la lumière, et l'autre… dans l'ombre des manipulations. Il ne cacha pas ses motivations :

« Jusque là, vous informer de la situation aurait été inutile. Mais j'ai désormais de grands espoirs, grâce à Rose et à Ralph. »

« C'est à propos des Horcruxes, n'est-ce pas ? » fit William en désignant le médaillon qui brillait sur la table en verre, loin d'être idiot. « Ralph nous en avait parlé lors de son arrestation et… »

« Au fait, comment peux-tu être au courant de tout cela, Ralph ? » demanda soudain Rose en se tournant vers lui.

Rose sentait qu'une partie de la vérité lui échappait, que Ralph en savait beaucoup trop pour un simple élève. En même temps, dès le début, ils avaient tous deviné qu'il cachait un lourd secret. Le mage noir qui avait décimé sa famille… serait-ce le Seigneur des Ténèbres ? Ralph avait-il été l'une des premières victimes de la guerre, qui avait d'abord été silencieuse, tellement discrète que personne n'avait voulu y croire, jusqu'au jour où le sang avait coulé et où l'horreur ne pouvait pas être ignorée plus longtemps ?

« Comme le professeur Dumbledore l'a dit… je suis lié à Voldemort. Quand j'étais enfant, il a tué mes parents. En fait, je ne les ai jamais connus… »

« Oh… »

Rose sentait les larmes lui venir aux yeux. Pourtant, Ralph paraissait détaché, comme habitué à raconter l'histoire, loin de l'impression qu'il donnait juste après son arrestation à Poudlard.

« La nuit où mes parents sont morts, ma mère s'est sacrifiée pour moi. Elle aurait pu vivre, mais elle a choisi de mourir en me protégeant. Elle a si bien fait que le sortilège de mort a rebondi sur moi, et n'a laissé que ceci… »

Ralph souleva la mèche de cheveux qui lui barrait toujours le front, et laissa apparaître une cicatrice en forme d'éclair.

« Tu as survécu à… »

« À un Avada Kedavra, oui. »

« Mais, et le rapport avec les Horcruxes ? »

Ralph soupira, puis regarda Dumbledore. Il ne savait pas s'il pouvait parler librement. Le professeur secoua la tête, il préféra prendre le relai de la conversation :

« Ralph est lié à Voldemort depuis cette nuit. Il y a un peu de lui en Ralph, et un peu de Ralph en Voldemort. C'est… une connexion d'ordre psychique. »

« Parfois, il m'envoie des visions. »

Ralph essaya de trouver un exemple, puis se rappela soudain :

« La nuit où je me tordais de douleur, par exemple, Voldemort perpétrait un massacre et j'ai tout vu par ses yeux. C'était assez horrible… »

« Je commence à comprendre plein de choses. » dit Rose. Derrière ses paupières, le défilé des événements récents s'éclairait d'une lumière nouvelle.

« Pour en revenir à notre conversation », reprit Dumbledore en se tournant vers William, qui avait pris place dans le canapé auprès de lui, « J'ai pris la liberté de me lancer seul dans une chasse aux Horcruxes, celle que Ralph espérait mener lui-même en revenant ici et maintenant. »

« Je vois. »

« Lorsque je suis allé dans la caverne dont Ralph nous avait parlé, avec les Inferis, notre chère Rose était déjà passée par-là. »

« C'est donc vous, R. A. B. ? »

« Oui », répondit-elle pour la deuxième fois en quelques minutes. Elle réexpliqua la manière dont elle s'y était prise, et William ne put s'empêcher d'émettre un sifflement admiratif.

« Je comprends maintenant pourquoi vous avez besoin de moi. Nous partons à la chasse aux Horcruxes tous ensemble ? »

« Maintenant que nous avons une vraie chance de les trouver et que nous savons comment les détruire, oui. Si je ne voulais pas vous en parler, c'était pour ne pas faire courir de risque inutile à quiconque, et surtout pas à vous ou à Ralph, tant que nous n'aurions pas d'indices sur les autres Horcruxes. »

Il marqua une pause, et regarda Rose par-dessus ses lunettes en forme de demi-lune. Ses yeux brillaient fort, comme deux étoiles dans le noir.

« Maintenant que nous avons Rose, tout est possible. »

La jeune fille rougit. Elle balbutia quelque chose qui ressemblait à « si ma mort peut vous être utile… » C'était une forme intéressante de sacrifice à retardement.

« Je pense que nous pourrions commencer par le journal de Jedusor. » intervint Ralph, qui sentait soudain l'excitation le gagner.

Il avait une équipe autour de lui, il n'était plus seul. L'espoir renaissait, le mal qui le rongeait à travers ses propres Horcruxes paraissait refluer.

« La dernière fois que j'en ai entendu parler… » Il faisait référence à Ginny, en deuxième année, qui avait hérité bien malgré elle de l'objet ensorcelé. « Le journal était chez les Malefoy. C'est un très vieux document qui date de la jeunesse de Voldemort, je ne pense pas qu'il l'ait gardé avec lui tout ce temps. Il a dû le confier aux Malefoy depuis longtemps. »

« Je pense que tu as raison. » dit Dumbledore, un sourire malicieux aux lèvres. « William, pensez-vous qu'une petite visite de courtoisie soit possible ? Nuitamment, bien sûr. »

L'Auror acquiesça avec vigueur, ravi de pouvoir prendre sa revanche sur la famille Malefoy qu'il savait impliquée dans la guerre sans jamais pouvoir le prouver.

« Laissez-moi juste le temps de contacter la Main, de me procurer un plan du Manoir, et nous partirons aussitôt. »

« Parfait ! De mon côté, je pense qu'il y a toutes les chances pour que Lord Voldemort ait choisi pour Horcruxes d'autres objets des fondateurs. S'il y a la coupe d'Helga et le médaillon de Salazar, alors je crois qu'il y aura également un objet de Rowena, peut-être de Godric, même si je dois l'avouer, les chances sont moindres. Voldemort n'aurait jamais été digne de sortir l'épée de Gryffondor du Choixpeau, n'est-ce pas Ralph ? »

Il sourit.

« C'est aussi mon avis. » fit le concerné avec un air complice et discret.

« Pour Rowena, je sais exactement où chercher. Sa fille est à Poudlard, il s'agit du fantôme de Serdaigle. » Déclara son mentor.

La chasse aux Horcruxes commençait pour de bon. Après tout ce temps, Ralph avait enfin le sentiment de toucher au but.

Son retour dans le passé n'avait pas été vain, il en était certain désormais.


Augusta Longdubat n'avait pas hésité une seule seconde à engager un sorcier-mercenaire pour aller chercher son fils unique à la gare. Tandis qu'ils marchaient dans le Londres moldu, elle jetait de rapides regards en arrière, par-dessous son grand chapeau de paille, certes moins imposant que ses habituels couvre-chefs, mais pas plus discret que d'habitude. Traînant sa valise, Franck râlait en silence. Il broyait du noir depuis qu'il avait quitté Poudlard et, pour l'instant, il s'inquiétait plus d'être loin d'Alice qu'hors de son école.

Il jeta un coup d'œil peu amène au sorcier-mercenaire qui les accompagnait. Habillé en moldu, avec de petites lunettes noires, il avait tout du garde du corps exemplaire, si l'on exceptait le tatouage sur son crâne rasé, et l'odeur de Firewhisky qui émanait de lui.

« C'est tout ce que j'ai pu trouver », avait commenté sa mère en haussant les épaules.

« La sécurité au rabais, super. En plus, c'est un inconnu, on serait mieux rien que tous les deux. » Avait-il pensé, amer.

Mais, sachant que cela partait d'une bonne intention, il n'avait rien répondu et se contentait d'être vigilant. Il se massa l'épaule ; sa valise pesait un âne mort, il n'avait pas pensé à l'alléger d'un coup de baguette magique, et il était désormais trop tard pour faire cela devant les moldus. Même si le Ministère n'existait plus, le ministre de la Magie étant aux abonnés absents, de même que tout son gouvernement, il ne tenait pas à tenter le diable en jetant un sort devant des moldus.

Enfin, ils prirent congé du sorcier mercenaire. Mme Longdubat le paya puis, une fois qu'il fut parti, héla un taxi. Une fois qu'ils furent montés à l'intérieur, elle indiqua l'adresse au conducteur, enroulant son long châle perlé au bout duquel pendaient des plumes multicolores.

« C'est parti. »

Franck écarquilla les yeux : ce quartier… ce n'était pas là qu'ils habitaient ! D'une tape sur la joue, sa mère lui ordonna de se taire. Franck évita de répliquer, elle avait l'air trop sérieux.

Un quart d'heure plus tard environ, pendant lequel Franck garda la tête résolument tournée vers la vitre derrière laquelle défilait Londres, ils arrivèrent à destination. Il avait un peu mal au cœur, cela faisait longtemps qu'il n'était pas monté dans une voiture et l'habitude des transports moldus se perdait vite.

Sa mère pressa le pas, elle lui dit : « Nous n'allons pas prendre le métro, ce serait trop risqué, mais j'ai déposé un Portoloin au kiosque là-bas. Allons-y. Tu connais le proprio, c'est un cracmol, le vieil ami de ton père. »

Franck ne fit pas de commentaires. L'excès de précautions de sa mère était-il justifié ? Ils étaient en guerre, mais à ce point… Il-savait-qui n'allait pas jusqu'à intervenir en pleine rue, si ?

Aux abords du kiosque, il put voir les gros titres des journaux, dont le Daily London : si, il allait jusque là. Le Lord Noir n'hésitait pas. « Enchaînement de catastrophes ferroviaires » / « Plus de pont qui tienne à Londres » / « Disparitions de journalistes, la police s'interroge, nous aussi ». Rien n'indiquait vraiment que cela fut l'œuvre de Voldemort, néanmoins, Franck lisait entre les lignes.

L'angoisse le prit à la gorge. Sa mère revint près de lui, un journal de la veille à la main, et il se sentit rassuré de la savoir près de lui. Tout pouvait arriver, à tout instant. Il en prenait conscience. Sa mère avait raison.

Ils auraient pu mourir ici et maintenant, sans rien voir venir…

« Rentrons à la maison. »

Ils marchèrent main dans la main et, au coin de rue suivant, ils disparurent. Le portoloin les ramenait chez eux.

Franck ne fut pas surpris de trouver leur maison remplie de cartons. Ils déménageaient bel et bien, sa mère n'avait pas menti.

Mais fallait-il fuir la guerre ? Si tout le monde fuyait, qui resterait-il pour s'opposer à Voldemort ?

« Qui protègera Alice ? » se dit-il.

Il l'aimait d'amour, celle-là, il le savait. Les adieux avaient été déchirants, mais Alice avait compris. Cependant, comment convaincre sa mère que ce n'était pas juste une passade avec elle ?

Mme Longdubat ne savait même pas que son fils était en couple ! Il n'avait pas osé lui en parler.

Franck soupira. Dans quelques mois, il aurait dix-sept ans. D'ici là, tant qu'il n'était pas majeur, il suivrait sa mère.

« Oui. Au lendemain de mon anniversaire, je reviendrai, et je me battrai. Maman ne pourra pas me retenir. Elle n'en aura pas le droit. »

Franck posa sa valise dans l'entrée, entre deux cartons pas encore fermés. À l'intérieur, tout le contenu du placard du hall s'entassait : chaussures, chausse-pieds, pantoufles…

« Où irons-nous, maman ? »

« J'ai pensé aux Etats-Unis. »

Il hoqueta : c'était si loin ! Quand elle parlait de quitter le pays, il s'imaginait simplement traverser la Manche et trouver refuge en France. Pas traverser l'Atlantique entier !

« J'ai acheté des billets d'avion, ça va être une aventure follement intéressante que de voyager comme de parfaits moldus. »

Elle alla continuer à faire ses cartons depuis la cuisine. Franck l'y rejoignit.

« Mais nous ne décollerons pas de Londres, c'est trop risqué. Nous irons en train jusqu'à Paris, puis à Madrid, et de là nous partirons pour New York. »

Elle ajouta, une porcelaine à la main :

« Cela nous évitera d'avoir à apprendre une nouvelle langue. Mais c'est bien le seul avantage, je l'avoue, en plus d'avoir la vie sauve bien sûr. Une fois là-bas, il faudra tout recommencer de zéro. Nous n'aurons même pas un toit sur la tête. »

« Nous serons des immigrés. »

« Oui. »

« Mais nous nous en sortirons. Ne t'inquiète pas maman. »

Franck prit la main de sa mère dans la sienne.

Tout d'un coup, il ne se sentait plus le cœur de l'abandonner au profit d'Alice.

Il ne savait pas quoi faire.


Cette nuit, les membres de la Main bravaient le froid et la pluie de ce milieu de printemps. Cette nuit, ils cambriolaient le manoir des Malefoy. Ainsi que l'avait dit Maugrey, qui avait su faire jouer ses relations pour obtenir un plan des lieux et une description des systèmes de sécurité : « Entrer dans le manoir, ce sera facile. En sortir, en revanche… »

Les voleurs ayant tenté de pénétrer les lieux n'en étaient jamais ressortis. Qu'étaient-ils devenus ? Qu'est-ce qui les avait retenus à l'intérieur ? Nul ne savait.

William, Faustine, Gidéon, Fabian et Maugrey, baguette en main, sortilège sur le bout des lèvres, allaient bientôt le découvrir.

Jusqu'à lors, ils étaient restés sous le couvert des arbres, à l'abri de la pluie diluvienne qui s'abattait sur le sud de l'Angleterre. Ils s'observèrent une courte seconde, pour ne pas avoir à regretter de ne pas l'avoir fait si l'un ou plusieurs d'entre eux ne revenait pas. Le bruit des gouttes sur la voûte végétale au dessus d'eux résonnait comme un tambour de guerre, qui ne s'arrêtait ni ne décroissait jamais. Soudain, William lança l'ordre :

« Allons-y. »

Pour entrer, au moins, ils savaient exactement ce qu'ils avaient à faire.

Animagus déclaré de longue date, William se transforma en loup des steppes, dont la finesse des pattes n'était qu'une illusion : il s'agissait de la maigreur d'un prédateur en forme… Il était le loup bleu des légendes mongoles, il était pareil à Gengis-Khan : taillé pour la bataille, le sang et les voyages sans fin.

Le loup bleu se mit à courir, sauta par-dessus une pierre, puis disparut dans le talus. Il en ressortit : tout paraissait normal, rien ne l'avait retenu. Il revint vers ses amis et reprit forme humaine dès qu'il fut auprès d'eux dans les bois.

« Rien d'anormal, s'il y a un piège, il n'est pas là. »

« Ok, allons-y alors. »

Grâce à un sortilège de désillusion, les sorciers devinrent invisibles. Seul le bruit léger de leurs chaussures dans les flaques d'eau et la trace de leurs pas dans la boue trahissaient leur passage. Gidéon s'occupait de cela. Il passait derrière ses amis, baguette en main, pour tout effacer.

Ils progressèrent ainsi sur cinq cents bons mètres avant de se trouver confrontés au premier obstacle : il s'agissait d'un filet, invisible et sans efficacité pour quiconque ne pratiquait pas la magie au moment même où il le franchissait. Pour les Aurors, qui étaient sous l'influence d'un sortilège de désillusion, cela eut l'effet de les ralentir considérablement sur deux mètres, pendant lesquels ils se rendirent compte que leur propre sort les rendait prisonniers de la toile magique. C'était comme s'ils cherchaient à progresser dans une mélasse d'une épaisseur incroyable. Ils reculèrent, longèrent la barrière magique, puis essayèrent de repasser ailleurs au cas où elle aurait été moins puissante. L'effet fut identique.

« Que faisons-nous ? » demanda Faustine à voix basse, même s'il ne semblait y avoir personne dans les environs. « Et si nous avons déclenché une alarme ? »

« Ces sorts de protections sont classiques, et trop consistants pour qu'ils aient un double emploi. S'il y a une alarme, elle est ailleurs… » Affirma Fabian, qui était un spécialiste dans les systèmes de sécurité sorciers. Avec les moldus, il avait encore du mal, mais il suivait une formation pour cela. Enfin, quand la guerre le lui permettait et que ses missions ne lui prenaient pas trop de temps…

« Cela n'empêche : que faisons-nous ? Si nous devons fuir et nous battre, et que nous sommes figés au milieu d'un sort à cause de cette barrière, nous… »

« Chut ! »

Il y eut un craquement de branche. Les Aurors dirigèrent leurs baguettes vers la source du bruit, tendus au point d'éprouver du mal à respirer. Les yeux d'un chat parfaitement noir - qui pouvait voir à travers les sortilèges de révélision, comme tous ceux de son espèce et de sa couleur - brillèrent de terreur avant de disparaître dans les ténèbres. Les buissons bruissèrent sur son passage, puis plus rien.

« Con de chat », maugréa Maugrey.

À voix basse, ils discutèrent un instant de la conduite à tenir en cas de fuite éperdue pour franchir le mur : s'ils étaient poursuivis, ils ne chercheraient pas à combattre afin de ne pas avoir à se retrouver au pied du mur - au pied de la lettre !

D'un commun accord, afin de passer l'étrange barrière de protection, ils annulèrent leur sort de désillusion pour enfin la traverser sans encombre. Chacun avait conscience du fait que, si cette barrière était trop épaisse, et si quelqu'un regardait par une fenêtre à cet instant-là, ils étaient faits. Ils misèrent sur la chance, et marchèrent en faisant le moins de bruit possible, mais le plus vite qu'ils purent aussi. Durant ces longues secondes où Gidéon ne put pas effacer leurs traces, ils retinrent leur souffle. Après avoir parcouru quelques mètres, guère plus, ils purent redevenir invisibles…

« Sacrément malin, de la part des Malfoy », commenta William en pensée. Ils étaient désormais bien trop près de l'immense manoir pour se permettre une remarque. C'était comme, de l'autre côté de la barrière magique, la vision de la distance avait été tronquée : il aurait juré que le manoir était plus loin que cela.

Mais les murs n'étaient en fait qu'à dix pas de la barrière. La silhouette grise de la demeure dévorait tout l'horizon, son ombre gigantesque était écrasante. William vit qu'ils étaient proches de la porte d'entrée principale, fermée, mais non gardée apparemment.

« De toute manière, il est trop tard pour reculer. »

Il espérait juste que sa source ne s'était pas trompée, quand elle avait affirmé que les Malfoy seraient absents jusqu'à une heure avancée de la nuit ce soir-là.

Ils s'approchèrent de la porte, en bois brun rehaussé de fer forgé. Pour l'ouvrir, William se dit que la formule qui lui venait à l'esprit était bien trop simple, néanmoins il l'essayait toujours avant de tenter des sortilèges plus invasifs, pour ne pas dire destructeurs…

« Alohomora. »

Il avait à peine murmuré les mots.

La porte s'ouvrit, sans même grincer. William ne poussa pas sa chance personnelle plus loin, et laissa Fabian et Gidéon investir la maison les premiers. Fabian s'occuperait de la détection et de l'arrêt d'une éventuelle alarme, quand Gidéon devait se charger de réduire au silence les elfes de maison. Il avait une arme infaillible pour cela, un secret bien gardé de tous : il les appâtait avec du miel de lavande… les elfes en raffolaient, ils étaient prêt à tout les sacrifices pour une cuillère ! Il se dirigea vers les cuisines, où se trouvaient souvent les elfes à l'heure où leurs patrons n'étaient pas là.

Comme convenu, les autres attendaient à l'extérieur, le temps que ces deux précautions soient prises. Dix minutes plus tard, Fabian avait vérifié la maison complète - même s'il n'avait pas bougé, un simple sort de « visite fantôme guidée » avait suffi - et Gidéon revenait, les poches vides et un grand sourire aux lèvres. Tous les membres de la Main se retrouvèrent dans le vestibule, un grand carré de sans meuble, un gaspillage incroyable d'espace dont la froideur était censé rappeler la froidure, et le magimarbre pourpre au sol la pureté du sang des propriétaires… Fabian ne se gêna pas pour s'essuyer les pieds dessus avant, bien sûr, d'effacer d'un sort toute trace de boue sous ses chaussures ou sur le sol. Il fallait rester discret, tout de même…

« Ils ne diront rien, ils m'ont même rencardé. Ils vendraient leur propre mère pour un pot de miel. Alors deux… avant de se cogner avec un fer à repasser tout s'en s'empiffrant, un certain Dobby a parlé d'un coffre suspect à la cave. »

« Parfait, allons-y. Il ne nous aidera pas, tant qu'il y est ? » interrogea Maugrey.

« Penses-tu, j'ai demandé, il préfère s'empiffrer, et je n'ai que deux poches, donc, que deux pots. »

« Dommage. »

« J'espère qu'il ne se punira pas trop fort, il a été très gentil de trahir ses maîtres pour nous… »

« Oh, Gidéon, l'ami des elfes de maison en détresse. »

« Ta gueule, Faustine. »

C'était amical, de bonne guerre si l'on pouvait oser employer cette expression.

« Je n'ai pas vu d'escalier qui descende... » Intervint Fabian, qui avait fait le tour des pièces du rez-de-chaussée, y compris la cuisine. « L'entrée de la cave doit être cachée, ça ne m'étonnerait pas, vu la nature et l'importance de ce que nous recherchons... »

William hocha la tête, songeur. Si ce manoir avait été le sien, où aurait-il caché un passage ? Dans la cheminée ? Non, trop évident pour un sorcier. Derrière une bibliothèque ? Trop moldu pour un Malfoy. Derrière un tableau ? Il n'y en avait aucun, les murs étaient vierges de décoration, nus et austères. « Et si cette entrée n'était pas dans un mur, mais au sol ? Sous un tapis ? Ou si elle n'était pas cachée sous quelque chose, mais par un sortilège ? Le temps que nous le trouvions, il sera trop tard. »

« Gidéon », commença-t-il à voix haute, tout en continuant d'y réfléchir même si mener une recherche par eux-mêmes lui semblait vain, « Va chercher ce Dobby, j'aimerais lui parler. »

« Ok patron. »

Gidéon parti, les Aurors ne bougèrent pas jusqu'à son retour, une minute plus tard à peine. L'elfe de maison qui l'accompagnait était d'un vert courgette pas très vif, ses grands yeux exorbités observaient les Aurors avec la plus grande déférence. Il se prosterna si bas qu'il se cogna, mais William constata avec surprise que c'était aussi une manière de se punir. Le dos de la créature craqua lorsqu'il se releva. Malgré ses airs pathétiques, au lieu de lui inspirer de la pitié, Dobby lui donnait envie de compatir. L'elfe avait dans le regard cette lueur de bonté que l'on remarquait chez les êtres innocents, mais sans être naïfs car ils savaient distinguer le bien du mal.

« Bonjour, tu es donc Dobby ? »

« Oui monsieur. »

William ne jugea pas utile de se présenter. Mieux valait pour l'elfe qu'il en sache le moins possible.

« Si tu nous aide, nous t'enverrons un gros pot de miel chaque semaine pendant deux mois. »

Dobby écarquilla davantage ses yeux si c'était possible. Ils se remplirent de larmes d'espoir qui coulèrent sur ses joues, puis glissèrent sur ses lèvres, qu'il lécha tant l'idée du miel lui donnait l'eau à la bouche.

« Avec cela, Dobby sera heureux, même si Dobby sera méchamment puni d'avoir accueilli les étrangers... »

« Si cela peut acheter le silence de tes compagnons serviteurs, nous pouvons aussi leur en envoyer. »

« Cela serait bien, monsieur, mais Dobby se punira lui-même si ses maîtres ne le font pas. »

William haussa un sourcil. Les elfes de maison ne changeraient jamais. Il décida de ne pas épiloguer, le temps allait bientôt commencer à leur manquer de toute manière. Il regarda l'heure à sa montre. Déjà une heure du matin, il fallait maintenant se dépêcher.

« Mène-nous à la cave. »

« Il faudra que je vous y amène un par un, ou deux par deux maximum. »

« Comment cela ? Il n'y a pas de porte ? »

« Non monsieur. Il faut y transplaner. »

« Astucieux », songea William. « Seul les gens qui savent où se situe la cave peuvent s'y rendre. Si nous essayions de le faire par nous-même, nous pourrions atterrir dans un mur et ne jamais en revenir... »

Il frémit à l'idée de finir emmuré vivant, d'une si horrible manière, jusqu'à fondre ses atomes dans la pierre...

« Allons-y alors. Nous allons nous diviser. Vous deux ! »

Il désigna Faustine et Gidéon, ne désirant pas donner leur nom devant l'elfe.

« Vous allez rester ici en cas de pépin. Nous autres, nous suivons Dobby. Dobby, tu resteras auprès de nous tout au long de la mission. D'accord ? »

« Oui monsieur. »

« Fais-nous transplaner maintenant. »

L'elfe prit la main des Aurors et, en deux voyages, les amena à la cave.

« Lumos ! » s'écria William dès qu'ils y furent tous descendus, et sa voix se répercuta en un écho long de plusieurs secondes. La lumière peinait à éclairer toute la cave, aussi répéta-t-il : « Lumos maxima. »

Un nouvel écho plus tard, il découvrit des murs d'un gris terreux, où coulaient des gouttes d'humidité. Il s'agissait d'un sous-sol glacial, presque une grotte, qui devait être à des dizaines de mètres sous le manoir. William se félicita de ne pas avoir essayé d'y transplaner, l'un d'eux aurait définitivement fini emmuré vivant. Jamais il n'aurait pensé à descendre à plus de deux mètres sous terre !

« Tu as parlé d'un coffre », fit William en s'adressant à Dobby. « Où est-il ? »

« Tout au bout de la grotte de ce côté-ci » répondit l'elfe en désignant l'extrémité gauche de la cave, d'un doigt fin et tremblant – de froid ou bien de la bêtise qu'il était en train de commettre ?

« Allons-y. »

Ils marchèrent un moment, la lumière les suivit et les lieux de leur arrivée furent engloutis par l'ombre. William fut surpris par la manière dont la grotte se déployait : peu large, très longue, elle s'étendait sur plusieurs centaines de mètres. Le sol était inégal, il marchait avec prudence sans cesser de regarder où il mettait les pieds.

Soudain, ils aperçurent le mur.

William et le reste de la Main stoppèrent tout net leur avancée.

« Alors ça... »

En fait d'un coffre, il s'agissait d'une représentation de coffre, sculptée directement dans la pierre, qui devait mesurer quatre mètres de long pour deux de large, et autant en hauteur.

« C'est le coffre-fort de mon maître », expliqua Dobby, même si tous les Aurors présents l'avaient bien deviné.

« Il doit être enchanté », prévint Gidéon. « Ne vous en approchez pas de trop près, je vais m'occuper de désamorcer les sécurités. »

Il jeta un regard désolé à William, puis ajouta : « Cela risque de prendre un peu de temps. »

« Combien ? »

« Une heure, peut-être ? »

« Il faudra que ce soit fini dans une demi-heure, sans ça, on décampe. »

Une heure bientôt qu'ils avaient quitté la forêt environnant le manoir des Malfoy. C'était une heure de trop déjà !

Fabian fit le tour du coffre avec soin, l'observant de plus près - pas trop, cependant, il suivait son propre conseil. Sur la pierre, de drôles de signes se mêlaient aux runes habituelles. Fabian prit le temps de les observer, puis déclara d'un ton qui ne souffrait aucune réplique :

« J'avais vu juste, c'est du lourd. Ces signes, ici, ce sont de vieilles runes de protection, qui datent de l'époque de l'ancienne religion druidique. »

« Des territoires celtes ? »

« Oui, la magie des Pendragons. »

Il marqua une pause, comme s'il cherchait à se rappeler de quelque chose.

« Cependant, s'il s'agit d'Oghams, je ne suis pas un spécialiste, c'est tellement rare… je sais seulement les reconnaître. »

Il pencha la tête sur le côté.

« Il me semble que ce signe est celui de la protection physique. »

Il désigna une espèce de peigne à deux branches.

« Et celui-là de la protection spirituelle. »

Il désigna un genre de peigne à trois branches.

« Logiquement, il s'agit respectivement des signes du sorbier et du saule. C'est un alphabet. »

« Ce serait le système de protection ? »

« Oui, je pense que pour ouvrir ce coffre, il faut maîtriser la magie druidique. »

« Comment fait-on ? »

« Je l'ignore… »

William avait déjà rencontré un druide. Ils étaient rares, très décriés car ils n'utilisaient pas leur magie mais celle des forces naturelles. Les sorciers disaient souvent d'eux qu'ils étaient trop dangereux, puisque ces pouvoirs qui n'étaient pas les leurs ne possédaient presque aucune limite…

« Je vais déjà m'occuper des runes classiques », dit Fabian. Pour les Oghams, il nous faut Faustine. Elle avait pris cette option à la formation Auror, je pense qu'elle en saura plus que moi. »

« Dobby… »

« Faustine, il s'agit de la jeune femme ? »

William grimaça. Il aurait préféré que l'elfe ignorât le prénom de chacun d'entre eux.

« Oui. Emmène-lui avec toi, et laisse-le là-haut. »

Ce disant, William désignait Maugrey. En cas de problèmes, il valait mieux que Gidéon ne soit pas seul pour les accueillir…

« J'y cours, monsieur. »

L'elfe disparut en silence. Le temps qu'il revienne, Fabian se mit à réciter une longue incantation. Les inscriptions qui n'étaient pas des Oghams se mirent à briller, d'une douce lueur dorée qui gagna en intensité pour devenir aveuglante. William ferma les yeux, cela dura une dizaine de minutes, pendant lesquelles l'elfe et Faustine se tinrent à l'écart. Alors qu'ils frissonnaient quelques minutes auparavant, la chaleur devient peu à peu insoutenable. Une sueur abondante ruisselait dans le dos de Fabian, sous sa cape d'Auror.

Soudain, il y eut un souffle de vent, et la lumière disparut. Fabian rouvrit les yeux.

Sourit.

Il avait réussi.

« Tu peux venir, Faustine. »

Il se releva. Ses genoux protestèrent par des craquements. S'éloignant, il laissa son amie et collègue prendre sa place. Elle s'approcha à petits pas prudents du coffre, sifflant d'admiration.

« Eh bien, le père Malfoy serait un apprenti druide, on aura tout vu. »

« Tu peux annuler ses protections ? »

« Peut-être. J'ai pas fait ça depuis l'école des Aurors, ça va faire six ans maintenant. J'ai combien de temps ? »

« Dix minutes. »

« Ouais… trop facile. »

Elle avait l'air peu convaincue de sa réussite. Elle s'y employa tout de même, commençant par faire le tour du coffre de pierre. Un par un, elle déchiffra les Oghams, et en vint à la conclusion que cela ne ressemblait à aucun assemblage qu'elle connaissait. Le front plissé d'inquiétude, ses fins sourcils épilés au millimètre près rassemblés en une seule ligne, elle réfléchissait à voix haute, sans cesser de marcher autour du coffre :

« Les oghams sont comme les runes, c'est un alphabet : une rune est égale à une lettre. Un ogham est égal à une syllabe. Ici, la suite n'a aucun sens. »

Elle tourna la tête sur le côté, comme si ce simple changement de perspective pouvait l'aider à trouver la clé du coffre.

« La solution est donc ailleurs. De cela, au moins, je suis sûre. Mais où ? Y a-t-il une corrélation entre les runes et les oghams ? Fabian, tu as fait quoi en fait, pour les runes ? »

« J'ai désamorcé leur pouvoir, rune par rune. Mais il n'y avait pas de sortilège général. Tu crois que tu peux le faire pour les oghams aussi ? »

« Oui. »

Elle pencha la tête de l'autre côté, et sa longue chevelure auburn et bouclée coula de son épaule à son dos.

« Mais ça ne nous donnera pas la clé du coffre. Cela éliminera les sorts de protection qui se mettent en place uniquement si l'on force la serrure. Il doit y avoir un sens à tout ça, une signification… »

Elle remit sa tête droite, et sa chevelure balaya ses reins. Elle tournait le dos à son groupe, seule face au coffre et à l'énigme de son ouverture.

« Mais oui ! » s'écria-t-elle soudain, comme l'une de ses pensées venait de lui souffler un indice capital. « Il s'agit d'une énigme ! C'est une charade à déchiffrer ! »

Sa voix devint tremblante d'émotion contenue. Elle y était presque, elle allait y parvenir. Après tout, Malfoy devait pouvoir ouvrir rapidement ce coffre en cas d'attaque du manoir, alors il ne devait pas y avoir trente-six sorts à jeter pour le décadenasser… c'était évident ! Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ?

« C'est un texte à trou. Il y a un rythme. On dirait que les runes sont prises trois par trois dans l'ordre de l'alphabet runique, et deux par deux toutes les deux runes. Et les oghams… cinq par cinq une fois sur deux. L'autre fois, c'est celle qui est directement après la précédente. Au fond, c'est tout bête, il faut reconstituer la suite. »

« Je n'y comprends plus rien. » avoua William, perplexe. Il n'avait jamais eu l'esprit mathématique, il ne parvenait pas à suivre le rythme des pensées de la jeune femme. Pour Fabian, en revanche, cela paraissait plus clair. Il prit place aux côtés de l'Auror qui avait percé à jour la logique de l'enchaînement, puis lui serra l'épaule et manqua sauter comme un gamin surexcité à l'idée d'aller en cours de récré :

« Mais oui ! C'est comme les suites de chiffres. Trouve le rythme, et tu as ta réponse. Donc… »

« Il nous faut trouver l'ogham qui suit le dernier gravé, là-bas, sur la droite. Et la rune, aussi. »

« C'est ça. Je penche pour la foudre. C'est la réussite dans la difficulté, et ça correspond à l'enchaînement, regarde : eadha, straif, saile… »

« Et pour les runes… oui, je l'ai aussi. Tu traces la tienne, je trace la mienne ? »

« Allons-y. »

Faustine se tourna vers William et l'elfe de maison. Dans un sourire désolé, elle leur conseilla de fermer les yeux pour éviter d'être aveuglés - d'autant plus que, dans la grotte, malgré la lumière dispensée par le Lumos maxima, ils n'y voyaient presque goutte.

Elle se retourna vers le coffre, puis dit d'un air décidé, sachant que l'exercice risquait tous deux de les vider de leur énergie si jamais il y avait un sortilège caché de reconnaissance vocale : « Allons-y. »

Elle s'agenouilla, Fabian à ses côtés.

Tout en sachant qu'il faisait la même chose de son côté pour sa rune, elle se lança. Elle murmura :

« Oir ! »

Dans les airs, de sa main gauche, elle traça le signe de la foudre, un rectangle traversé d'une ligne droite et verticale.

La chaleur grimpa à nouveau, puis disparut aussi vite qu'elle était venue. Faustine soupira : il n'y avait pas de sort caché, ils avaient réussi ! Elle se leva, pour constater que le dessus du coffre s'était volatilisé.

William s'avança afin de s'emparer du contenu qui l'intéressait. A l'intérieur, une multitude d'objets hétéroclites s'y trouvait, parmi lesquels un carnet aux pages blanches qu'il glissa sous sa robe d'Auror, dans la poche qui se trouvait contre son cœur.

« Mission presque accomplie », fit-il en pensée. Il ne voulait pas crier victoire trop vite. Ils n'étaient pas encore sortis du manoir ! Fabian et Faustine n'eurent pas à refermer le coffre, puisque la pierre se re-matérialisa quelques secondes plus tard.

« Partons, maintenant, nous sommes restés bien plus longtemps que prévu… »

Dobby les ramena à la surface. Sur le qui-vive, Maugrey et Gidéon sursautèrent au moment où William, Dobby et Faustine refaisaient surface. L'elfe repartit chercher Fabian puis, dès que la Main fut au complet, précisa qu'il allait maintenant les laisser. Il s'inclina face à eux et chuchota :

« Dobby vous aurait aidé même sans le miel. Dobby n'aime pas ses maîtres. »

Il se gifla deux fois pour avoir dit cela, puis ajouta, avant que sa main ne le frappe une troisième fois :

« Dobby voudrait se battre pour un monde plus juste ! »

« C'est chose faite. »

William s'agenouilla pour être à son niveau et lui serrer la main.

« Nous n'oublierons pas ce que tu as fait pour nous. J'espère te revoir bientôt. »

« Moi aussi, monsieur… »

Ébahi par tant de bonté, l'elfe s'en retourna à ses fourneaux, fixant sa main avec de grands yeux étonnés. Un humain qui le traitait d'égal à égal, il n'avait jamais vu ça ! La sensation d'être enfin considéré comme un être à part entière et non un simple objet semblait lui plaire…

« On y va, nous n'avons que trop traîné. »

Le groupe rebroussa chemin, effaçant les traces de son passage, comme à l'aller. Ils jetaient des regards anxieux à l'horizon, et tout particulièrement au chemin qui menait du manoir au grand portail de la propriété. Si le fiacre des Malfoy apparaissait avant qu'ils aient franchi le mur de protection, ils étaient faits…

Faustine s'y engagea la première, sans rencontrer de problème vu qu'elle n'utilisait pas la magie pour se dissimuler. Le reste du groupe la suivit. D'un bon pas, William s'avança mais il rencontra un mur, littéralement. Il manqua s'assommer contre le vide apparent.

« Oh non… » Souffla Fabian, de l'autre côté avec ses amis de la Main. « Je commence à comprendre. »

Il sourit maladroitement à William : aucun d'entre eux n'aurait pu le prévoir, de toute manière.

« Je comprends pourquoi les voleurs ne ressortent pas du Manoir : le mur les empêche de le quitter. Essaie de poser le carnet, pour voir ? »

William s'étrangla, rouge de colère et de confusion :

« Quoi ? Mais tu rigoles, on ne peut pas le laisser ici, pas après tout ça ! »

« On ne te laissera pas toi ici ! » cracha Faustine, virulente mais morte d'angoisse. « Fais ce que te dis Fabian. Essaye pour voir ! »

A contre-cœur, William posa le carnet par terre. Méfiant, il fit un nouveau pas vers l'avant, et ne rencontra aucune résistance. Il soupira, puis :

« Non, non, non, non… il doit y avoir un moyen. »

Il essaya de transplaner, avec et sans le carnet, ce qui n'eut aucun effet : la barrière ne le laissait pas traverser.

« Il faut le détruire ici et maintenant, c'est tout. » martela Maugrey, l'œil magique rivé vers l'entrée de la propriété des Malfoy. « Et vite », ajouta-t-il. « Je vois le fiacre arriver. Il sera sur nous d'ici quelques minutes. Moins de cinq, ça, c'est sûr. »

« On n'a plus de temps. »

William n'avait pas l'esprit mathématique mais, cette fois-ci, c'était de la stratégie, et cette logique-ci ne lui échappait pas. Le calcul était vite fait :

« Je ne peux pas laisser le Horcruxe aux mains des Malfoys. Je reste. »

Il fit en sorte de maîtriser sa voix. Faustine blanchissait à vue d'œil. Bientôt, toute couleur eut quitté son visage.

« Non… Will… Pitié… »

Elle savait qu'il avait plus de chances d'en sortir mort que vivant - s'il en sortait, bien sûr.

« Je vais me cacher, ils ne me trouveront pas avant un moment. Je compte sur vous pour me transmettre une arme qui me permettra de détruire le Horcruxe. »

Il déglutit.

« Et au plus vite. Je ne pourrais pas être discret très longtemps. »

« Si tu te fais prendre… »

« Je ne me ferai pas prendre. Partez. »

Il répéta plus fort, comme le son d'un cheval au galop commençait à se faire entendre :

« PARTEZ ! »

La Main, amputée d'un de ses doigts, repartit vers la forêt sous le couvert d'un sort de désillusion. William se dissimula lui aussi, puis fit le tour du manoir, espérant trouver un endroit à peu près sûr où se cacher…

« Si seulement nous avions eu plus de temps… »


Couché dans l'herbe du parc, les bras croisés sous sa tête, Regulus profitait des derniers rayons du soleil auprès de Lucy.

Depuis leur baiser, sans savoir exactement pourquoi, il ne parvenait plus à entretenir une proximité physique sincère entre lui et la jeune Serpentard. Était-ce du remord, pour l'avoir trompée en étant allé aux cuisines par la suite ? S'agissait-il d'autre chose ? Il n'arrivait pas à le déterminer. Dans tous les cas, même s'il avait osé le premier pas, c'était désormais Lucy qui se chargeait de tous les autres sans pour autant le harceler.

Ah, ce « premier pas »… Regulus ne savait pas bien s'il avait agi par pur besoin d'entretenir les apparences, ou s'il avait véritablement éprouvé du désir pour la jeune fille. Il essaya de revivre le moment, ferma les yeux et se concentra sur ce qu'il avait éprouvé. Du désir, oui, mais même un aveugle aurait été émoustillé à l'idée d'embrasser la Lucy Rosier. Alors de le faire… Il sursauta. Oui ! Il avait également eu l'envie de la posséder, de lui montrer que c'était lui qui décidait. Il fronça les sourcils, guère sûr de la pureté d'un tel sentiment. Était-ce ce de la possessivité ? Il n'en était pas certain. Il n'avait jamais été en couple.

« Enfin, si… » grimaça-t-il mentalement en se rappelant le désastre de sa troisième année, où il était sorti avec une première année tellement obsédée à l'idée d'épouser un « sang pur », qu'elle avait aujourd'hui fini par coucher avec la moitié d'entre eux. Un vrai désastre, cette fille. Lui-même ne se souvenait plus de son prénom, juste de cet énorme bouton d'acné qu'elle avait sur le nez, et qu'il avait eu peur de lui faire exploser lors de leur tentative échouée de baiser, un smack dégoûtant… pendant la semaine de leur « relation », il avait tenté de lui échapper par tous les moyens, et surtout ne l'avait pas embrassée une seule fois.

« Non mais quelle courge j'étais, tout de même. » Une petite voix perfide ajouta que cela n'avait pas changé, et Regulus lui répondit que, si cela avait été le cas, il ne serait pas à la tête de la maison des Serpentards auprès de Lucy.

« À quoi penses-tu ? » lui demanda celle-ci, alors qu'ils étaient restés silencieux pendant de longues minutes, presque une demi-heure en fait.

Il rouvrit les yeux. La nuit avait recouvert le monde de son linceul noir. La petite boule de feu conjuré qui flottait entre les deux amis leur épargnait la fraîcheur tendre de ces soirs de printemps.

« À ma première petite copine », ne put-il s'empêcher de répondre. « J'allais vous comparer mais ce n'est même pas la peine, le match est perdu d'avance pour elle. »

Lucy hoqueta, une moue vexée sur son visage d'ange déchu :

« Nous comparer ? Regulus ! C'est très malpoli de comparer sa petite amie avec les anciennes. »

« Une ancienne. »

« C'est du pareil au même. »

« Bah… »

Regulus fit une tentative discrète pour détourner la conversation :

« Et toi, à quoi pensais-tu ? »

« Aux étoiles. Elles apparaissent. Regarde, on voit très bien celle de ton frère, Sirius : Alpha Canis Major. »

« Si tu le dis… je suis nul en astronomie. »

« C'est pourtant une grande science. Incertaine, mais qui regorge de possibilités pour qui sait la manier tout en sachant repérer ses pièges et s'en méfier. »

Regulus soupira. En fait, il y avait une bonne raison à ce qu'il n'aime pas l'astronomie. Ni les étoiles, du reste.

« Je suis nul en astronomie parce que je déteste ça. C'est tout. Je sais bien que c'est une matière importante. »

« Pourquoi ? »

Il soupira : elle ne comprendrait jamais. Il essaya de trouver les bons mots, et ceux-ci mirent une bonne minute à lui venir. La jeune fille posa ses yeux brillants d'intérêt sur lui, à l'écoute. Elle était un confident exemplaire, comme un meilleur ami, en plus sexy.

Il finit par déclarer :

« Les étoiles m'indiffèrent : ça brille et ça meurt. C'est passager, superficiel, clinquant. Tout le monde les aime, rien que ça suffit à me les faire détester. Mes parents les aiment, alors... Moi, je préfèrerais que quelqu'un me dise ce qui se cache, là, dans le noir entre les étoiles. »

Pendant quelques longues secondes, Lucy ne trouva rien à répondre à cela. Puis elle souffla, et dit :

« C'est poétique. Tu viens de confirmer ce que je pensais depuis un moment : tu le caches bien ces derniers temps, mais tu es un grand sensible. »

Elle lui fit un grand sourire, très tendre et compréhensif. Regulus le lui rendit, plutôt flatté par ce qu'elle venait de dire. Certains garçons de son âge se seraient récriés que ce n'était pas le cas du tout, vexé dans leur virilité, mais lui cela ne le dérangeait pas, bien au contraire.

« Et si nous rentrions ? » proposa-t-il.

« Le noir te fait peur ? » se moqua Lucy en rapprochant son visage du sien. « Ou ce sont mes compliments ? »

Regulus agrandit son sourire, qui passa d'attendri à moqueur. Il allait répliquer quand son ventre répondit pour lui, en un long et profond gargouillis. Il grimaça alors :

« J'ai faim... »

« Ventre sur pattes ! »

« Ventre saint gris ! »

Leur échange n'avait ni queue ni tête. Ils pouffèrent, puis Regulus se releva, avant d'aider sa compagne. Le feu s'éteignit et, main dans la main, ils se dirigèrent vers la silhouette de Poudlard qui semblait flotter dans la lumière grise qui précédait la tombée de la nuit.

« Nous sommes entre chien et loups », songea Regulus.

Il n'avait pas idée de l'exactitude de cette expression, qui résumait aussi très bien la situation dans laquelle ils se trouvaient, lui et Lucy, sans le savoir pour l'instant…

Le couple pénétra dans le grand hall, provoquant un courant d'air qui fit vaciller la flamme des chandeliers installés le long des murs. Regulus proposa d'aller manger sans aller déposer leur cape dans leur dortoir, ce que Lucy approuva. Ils se dirigèrent vers la grande salle, appréciant la chaleur qui y régnait. Les jeunes gens retirèrent leur cape avant de s'asseoir à la table des Serpentards, parfaitement à l'aise. Il était déjà huit heures trente passé, et les membres de la Loge Noire n'avaient certainement pas eu la patience de les attendre pour dîner.

Lucy et Regulus prirent leur temps pour dîner en tête à tête, savourant le silence. Placé face au reste de la grande salle, comme la table des Serpentards se trouvait sur la gauche, à l'opposée de celle des Gryffondors, le jeune homme pouvait observer à loisir les rares élèves qui s'y trouvaient encore.

La table des Serpentards, malgré l'heure tardive, était la plus peuplée. La désertion des maisons s'était accentuée avec le retour des beaux jours, mais semblait épargner les élèves de la maison de Salazar. Regulus savait qu'il ne fallait pas émettre de jugement trop rapide : tous les Serpentards n'appréciaient pas le Seigneur des Ténèbres. Certains avaient même déclaré être prêts à le combattre. Ils avaient été dans les premiers à quitter Poudlard. Où étaient-ils, désormais ? Étaient-ils au moins toujours en vie ? L'inverse paraissait davantage vraisemblable.

Tout en décortiquant son aile de poulet mariné, Regulus laissa glisser son regard sur les élèves de la grande salle. Dans une optique identique : combien, parmi eux, soutenaient le Lord Noir ? En tous cas, pas un seul ne s'était ouvertement déclaré en sa faveur, pas même auprès des Serpentards. Il faut dire que le professeur Dumbledore, figure de proue de la résistance, décourageait ce genre de prise de position.

« Et c'est tant mieux, même si je n'aime pas ne pas savoir… j'aimerais pouvoir mettre plus facilement un nom et un visage sous le masque des futurs Mangemorts. »

Tout en pensant cela, Regulus croisa le regard de Sirius, qui dînait avec son groupe d'ami, réduit à peau de chagrin depuis la mort de Rose - son cœur se serra -, la disparition de Ralph, et le départ tout récent de Franck.

Regulus et Sirius restèrent quelques instants les yeux dans les yeux, puis coupèrent le lien d'un même mouvement de tête. Regulus soupira. Il espérait que, un jour, lui et son frère pourraient à nouveau avoir une relation normale.

Le repas se déroula dans un silence complet. Regulus attendit que Lucy termine son dessert, puis il se leva et elle en fit autant. Les deux maîtres de la Loge noire rejoignirent leur salle commune, où effectivement ils trouvèrent leurs « amis » affairés autour du feu. Ils discutaient avec animation, à voix basse pour ne pas être entendus des rares élèves présents dans la salle. Bien qu'intrigué, Regulus fit mine de rien et s'assit dans le canapé le plus proche du feu, qui se libéra dès qu'Alecto le vit. Lucy prit place sur le large accoudoir, jambes croisées, et demanda :

« Pourquoi cette agitation ? »

Les membres de la Loge, désormais une dizaine, étaient fébriles. Certains regards se trouvaient même fiévreux. Le visage de Lestrange, en particulier, reflétait une impatience à peine contenue, qui déformait ses traits dans un faciès monstrueux.

« On a reçu ça via hibou, en revenant du dîner », dit-il, et il exhiba fièrement une lettre scellée d'une cire noire. Regulus la fit léviter vers lui, sans utiliser sa baguette, ce qui lui valut un regard admiratif de la part de Lucy et des autres. Il s'entraînait très dur pour parvenir à réussir ces petites démonstrations de puissance…

Il n'y avait aucune mention concernant l'expéditeur. Une seule inscription se trouvait sur l'enveloppe : « La Loge Noire, Maison Serpentard, Poudlard. »

Quelqu'un, dehors, avait eu vent de leur initiative.

Quelqu'un, dehors, s'intéressait à eux.

Quelqu'un, dehors, avait décidé de les contacter.

Regulus ouvrit la missive, Lucy lisant par-dessus son épaule :

« Regulus Black,

En créant la Loge Noire, tu t'es signalé à moi.

Confirme ton allégeance, rejoins mes rangs.

Quitte ton école.

Que ta Loge te suive jusqu'à Pré-au-Lard.

Je me charge du reste. »

Ce n'était pas signé, mais Regulus n'avait pas besoin d'une signature pour deviner l'identité de l'expéditeur.

Ce qu'il espérait en même temps qu'il le redoutait venait de se produire.

Le Seigneur des Ténèbres s'intéressait à eux.

S'ils ne quittaient pas Poudlard, il en serait fini de lui.

S'il quittait Poudlard, il deviendrait un Mangemort.

Ils le deviendraient tous.

Regulus avait pâli. Il respira calmement et transforma son expression de surprise en un air de profonde satisfaction. Il espérait que les tremblements de sa voix seraient interprétés comme un signe de son impatience, et non de terreur.

« Mes amis », commença-t-il, et il regrettait déjà les mots qu'il allait prononcer même s'il y était obligé. « Demain, nous rejoindrons Ses rangs. »

Il déglutit.

Il se leva.

« Faites vos bagages ! »

Et se précipita vers son dortoir.

Il devait absolument laisser une lettre à Sirius. C'était une question de vie ou de mort.


Pour éviter de compter les heures sans rien faire, Ralph jouait au Trivial Poursuit Sorcier avec Rose. Il trouvait l'occupation d'un ennui désespérant, même s'il appréciait de passer du temps avec son amie enfin retrouvée.

« Histoire et sortilèges », souffla-t-il, en essayant de paraître intéressé.

Rose trouvait beaucoup de plaisir à ce jeu. Il faut dire que trois mois passés auprès des Mangemorts, cela avait de quoi donner envie de vous essayer à des choses plus futiles et moins dangereuses que l'assassinat ou les résurrections sauvages.

« Quel est l'inventeur du sortilège d'allégresse ? » demanda-t-elle, carte en main, les sourcils soulevés comme s'il s'agissait d'une question d'une importance capitale et qui requerrait une concentration maximale.

« Félix Felicis ? » hasarda Ralph.

« Non. »

Ses sourcils s'abaissèrent, et son visage se couvrit d'un voile de déception.

« Felix Summerbee. Le Felicis, c'est le nom de la potion dérivée. Ralph ! Tu pourrais au moins faire semblant de t'amuser. »

« C'est ce que je fais. J'y concentre tous mes efforts, tu sais… »

Il lui sourit, l'air désolé. Rose se laissa retomber contre le dossier de son fauteuil, et ne put se résoudre à lui faire la tête plus d'une vingtaine de secondes. Sa moue boudeuse se transforma en un sourire en demi-teintes. Elle quitta le dossier, pour balancer son buste vers l'avant et poser ses coudes sur ses genoux.

« Ils nous ont dit de rester ici... »

Ce n'était pas la première fois qu'ils en parlaient. Rose savait déjà où la conversation allait les mener. Elle devina parfaitement la réponse de Ralph, avant même qu'il l'ait formulée :

« Oui, je sais ! Mais ça ne change rien, je n'en peux plus d'attendre. Je ne peux pas rester inactif ! »

Tout son corps se raidit à cette idée, et il se leva soudain comme s'il allait sortir, quitter Godric's Hollow, et aller retrouver Dumbledore – même s'il ne savait pas où il se trouvait exactement en ce moment.

« J'aimerais être avec lui... a-t-il trouvé l'objet de Rowena Serdaigle ? Où est-il en ce moment ? »

Et surtout, la question qui l'obsédait : « Quand reviendra-t-il ? »

Cela faisait près d'une semaine que lui et Rose attendaient son retour, une semaine de confinement, afin d'être surveillés – protégés, avait dit Dumbledore, mais Ralph savait qu'il n'en était rien. Dumbledore n'était pas dupe, Ralph non plus : tous deux savait que, la nuit du parc, lors de l'attaque des Mangemorts, Ralph avait essayé de fuir aussi bien l'un que l'autre des groupes présents.

« Où serais-je, en ce moment ? »

« Ralph ? » l'appela Rose. Il sursauta. Il ne s'en était pas rendu compte, mais il était resté un très long moment sans parler, retombé dans ses pensées, ses doutes, ses certitudes teintées de fatalisme...

« Quoi ? »

Elle fronça les sourcils, l'air sincèrement inquiet, avant de dire, hésitante :

« Il y a autre chose. Quelque chose que tu ne me dis pas. »

« Quelque chose que tu n'as dit à personne. » ajouta-t-elle pour elle-même. La soudaine absence de son ami venait de confirmer ce qu'elle pensait depuis un moment : il avait l'esprit ailleurs. Très souvent, il quittait le fil de la conversation, pour entamer un long monologue intérieur dont l'intensité et la gravité se lisaient sur son visage qui se fermait de seconde en seconde. Cela étant, c'était la toute première fois que cela arrivait au cours de cette conversation, celle où elle finissait immanquablement par lui rappeler qu'il n'était qu'un élève, et qu'il répondait « je sais » d'un air dédaigneux, laissant supposer qu'il n'en pensait pas un traître mot.

« William », dit Ralph, et Rose sut qu'il lui mentait. Elle était devenue douée à ce petit jeu et, même si Ralph se débrouillait bien, elle le connaissait suffisamment désormais pour décrypter ses émotions.

Ralph poursuivit :

« Il n'est pas revenu avec le reste de la Main, l'autre jour. Les autres ne disent rien mais... je crois qu'il lui est arrivé quelque chose. Ils ne veulent pas me le dire, mais... »

Rose hocha la tête : elle s'en doutait aussi. Les membres de la Main non plus n'étaient pas d'excellents menteurs – à ses yeux du moins.

« S'il était mort ou mourant, ils nous l'auraient dit », le rassura-t-elle, en tentant aussi de s'en convaincre. William avait été très gentil avec elle malgré la marque des Ténèbres sur son bras. Faustine, Fabian et les autres la regardaient d'un air torve, soupçonneux, mais William avait tout de suite décidé de lui faire confiance.

« Il me fait confiance parce que Ralph a choisi de le faire. Sans cela... »

Son regard glissa vers le feu de bois dans la cheminée.

Elle frissonna. Toute réanimatrice qu'elle était, grands pouvoirs ou non, elle n'aurait pas aimé affronter seule le regard de William Potter, l'Auror en chef, le maître de la Main. À cette heure-ci, elle aurait pu croupir dans un cachot, et être interrogée de force. Sans Ralph, peut-être ne lui aurait-il jamais accordé le bénéfice du doute, surtout connaissant son nom, Barjow, et son ascendance...

« J'espère que tu parles vrai. » répondit son ami, qui était retombé dans ses pensées en même temps qu'elle. Elle hocha la tête.

« Toi aussi, quelque chose te travaille », ajouta-t-il, dans une invitation à se confier à lui. Intérieurement, elle soupira : il trouvait toujours le moyen de ne surtout pas parler de lui. Cette culture absolue du secret commençait à peser sur leur amitié vacillante.

Il semblait heureux de la retrouver, mais il ne lui disait plus rien, encore moins qu'avant, lui qui pourtant était déjà introverti par moments !

« Mon ascendance », dit-elle sans se sentir le cœur lui mentir. « Dumbledore a dit que... »

« Oui, j'étais juste à côté. »

Les yeux bleu-gris de la jeune fille se perdirent dans les yeux émeraude de son ami. Elle cilla.

« Quand je pense que ma mère savait dès le départ que... et qu'elle l'a dit à ma famille, qu'ils savaient tout, tout le temps, et qu'il a fallu que je l'apprenne de la bouche du Seigneur des Ténèbres pour comprendre pourquoi je leur étais si précieuse ! Si indispensable ! »

Elle hoqueta, ramenant ses bras contre ses flancs. Sa famille ne l'avait jamais aimée pour qui elle était, mais bel et bien pour ce qu'elle était.

« Tu as entendu quoi ? » finit-elle par demander.

Elle n'avait pas l'envie de mettre elle-même des mots sur son Destin, de tout raconter de bout en bout...

« Eh bien, que ton aïeule était nécromancienne, et que tu es sa descendante directe de mère en fille. »

« Oui, et en tant que septième petite-fille, je suis l'une des plus puissantes. »

« Ah, ça, je ne savais pas » concéda Ralph.

Rose prit son thé au jasmin, en but une gorgée tiède, puis le reposa sur la table. Le bol lui glissa des mains.

« Bouse ! »

Le thé inonda le plateau de jeu. D'un coup de baguette magique, Ralph nettoya le carnage et la boisson s'évapora. Rose manqua fondre en larmes : dire qu'elle n'était même plus capable de jeter un simple evanesco !

« Ah, par contre, je relève très bien les morts, moi, ma bonne dame ! »

Morte. Elle l'avait été. Elle aurait préféré le rester.

Ralph avait perçu son désarroi. Il vint s'asseoir auprès d'elle, et l'entoura de ses bras puissants. Rose se laissa aller contre lui, ferma les yeux, et quelques larmes coulèrent sur ses joues. Il la laissa pleurer en silence, sans violence, pour évacuer son désespoir. Quelque minutes passèrent ainsi, puis Ralph se dégagea, essuya lui-même les joues de Rose, avant de l'embrasser sur le front.

Elle soupira.

Décidément, malgré tous ces secrets entre eux, il lui avait manqué. De rares instants, comme celui-ci, elle retrouvait le Ralph qu'elle avait connu dans les premiers mois après leur rencontre.

Ils s'étaient séparés juste à temps ; quelqu'un pénétra dans la pièce sans prévenir.

Ralph se leva, électrisé : « Professeur ! »

Le directeur de Poudlard avait les traits tirés, le teint gris, et cette absence de lueur dans le regard qui témoignait d'une fatigue intense. Il avait passé des robes propres mais son visage ne trompait pas.

Il se laissa tomber dans le canapé le plus proche du feu.

« Du thé ? » proposa Rose. Ralph, pour sa part, était déjà pendu aux lèvres de son mentor même si celui-ci n'avait pas encore ouvert la bouche.

« Oui, volontiers », répondit-il pour le thé, puis il ne fit pas davantage languir son autre élève : « J'ai trouvé la tiare. »

Ralph se tendit, comme un chien à l'arrêt.

« Et je l'ai détruite. Cela fait un Horcruxe de moins pour Voldemort et une victoire de plus pour nous. »

La tension quitta son visage et, bien que Ralph connaisse déjà la réponse à sa prochaine question, il se sentit obligé de demander :

« Pourquoi m'avoir tenu à l'écart ? »

« Pour ta propre sécurité et celle de Rose », dit Dumbledore.

« Mais... »

« Harry, ne nous disputons pas à propos de cela. J'ai plus grave à t'annoncer. »

Il marqua une pause. Ralph se figea de nouveau, attentif.

« Par contre, Rose, j'aimerais que tu nous laisses seuls. »

« Oui, bien sûr. »

La jeune fille serra la main de Ralph et, à regret, quitta la pièce sur la pointe des pieds. Dès que la porte fut refermée, Dumbledore créa une bulle magique autour de lui et de son protégé, afin que le secret soit préservé. Même la curiosité innocente de son amie pouvait se transformer en arme, si elle venait à savoir que…

Dumbledore dit enfin :

« Je t'avais promis de me renseigner davantage sur la relique qui t'a permis de revenir dans le passé. La petite bille noire. »

« Et ? »

La lèvre inférieure de Ralph tremblait.

Le professeur savait qu'il n'y avait pas de manière douce pour le dire. Il énonça, calme mais ferme :

« Ce n'est pas ce que l'on pourrait appeler une machine à voyager dans le temps. »

Puis termina :

« Ce serait plutôt une machine à voyager dans les mondes. »


Prochain chapitre : « La théorie des cordes ».