Courrier des lecteurs : aujourd'hui, c'est à Matsuyama que je réponds.

« C'était comment la prison ? T'y es resté combien de temps, cette fois ? »

Ce qui est ennuyeux avec la récidive, c'est qu'on prend plus que la fois précédente. Je sors de six mois, tel que tu me vois.

Quant à savoir comment c'était… Disons que le problème de finir derrière les barreaux, c'est que souvent tu finis avec un barreau dans le derrière.

Chapitre 2 : L'avertissement de Daubé.

Sur le lit, se tenait, debout, une créature effroyable.

Quatre-vingt centimètres de haut, la peau grisâtre comme un cadavre ayant séjourné trop longtemps dans l'eau. Des oreilles de chauves-souris, avec du gros poil noir qui sort du conduit. Des yeux globuleux, limite freaky. Et puis une coupe de cheveux à la Golum.

Et puis l'odeur ! Quelle odeur épouvantable !

Henri s'y connaît en trucs qui schlinguent. Souvenez-vous dans le premier tome : il a eu son lot d'odeurs désagréables.

Ben là rebelote.

La créature présentait la particularité étonnante de puer des pieds mais de tout le corps.

Vous savez cette odeur de vieilles chaussettes qui fouettent des pieds ? Ben manifestement, en ce qui concernait la chose en question, cette odeur émanait de partout, de chaque centimètre carré de sa peau, de chaque parcelle de son corps.

Et il avait déjà embaumé toute la chambre, le saligaud.

« Mais c'est quoi ça ?! s'écria Henri.
– Daubé l'elfe de maison est content de rencontrer le grand Henri Potier ! s'exclama la créature avec entrain. »

Ah oui : Daubé porte, comme unique vêtement, une vieille taie d'oreiller dégueu. Il a fait deux trous dans le fond pour laisser passer les jambes, et a fait un nœud sur le haut pour sa la caler sur une épaule.

La taie, auparavant blanche, est d'une teinte gris-beige et présente des taches de diverses couleurs. Vraisemblablement qu'elle a reçu dans sa vie une grande quantité de sueur et de bave, mais aussi d'urine, de matières fécales et de sperme.

Peu importe. Vous voyez le tableau : un truc sordide.

« Daubé ? demanda Henri, incrédule.
– Oh ! siffla la chose avec en grand sourire. Monsieur Henri Potier a déjà retenu le nom de Daubé ! »

Ça avait l'air pour lui à la fois irréaliste et réjouissant.

« Henri Potier est si bon. Les maîtres de Daubé ne se souviennent toujours pas de son nom après tant d'année.
– Ah oui ?
– Ses maîtres appellent Daubé « hep toi là-bas ».
– C'est pas sympa.
– C'est vrai mais… »

Il s'arrêta au milieu de sa phrase, puis se jeta contre le mur et y assena de violents coups de tête.

Henri eut peur qu'il s'assomme, mais le truc (quoi que sonné) allait toujours bien après quinze coups.

« Daubé ne peut pas penser du mal de ses maîtres, même en leur absence » commenta-t-il.

Visiblement, ça tournait pas rond.

« Bon. Qui êtes-vous et que me voulez-vous ? » demanda Henri.

Daubé descendit du lit, et s'approcha de Henri. Ses affreux yeux globuleux, semblables à ceux d'un poisson crevé, n'étaient plus qu'à quelque centimètre de Henri, qui réprima un frisson.

« Daubé est venu vous prévenir » dit-il en écarquillant un peu plus ses yeux de dément (on l'aurait pas cru possible de prime abord, mais manifestement il y a toujours pire dans l'horreur).

Il pointait son doigt en direction du cœur de Henri. Il fit une pause, qui parut durer des heures.

« Me prévenir de quoi ? Faut finir votre phrase, là…
– Daubé doit prévenir monsieur Henri Potier.
– Mais de quoi ?
– Il ne faut pas que Henri Potier retourne à Poudlard cette année.
– Pourquoi ? »

Là, la créature recula. Elle avait l'air de plonger chaque seconde un peu plus dans la folie.

Il y en a qui regardent Kaamelott ici ? Vous voyez quand la reine Guenièvre tente de jouer la folie de Cassandre ? Avec les cheveux en vrac et en gesticulant bizarrement ?

Ben Daubé fait un peu cet effet-là, en fait.

« De terribles événements vont avoir lieu cette année ! dit-il d'une voix rauque et avec un jeu de lumière menaçant sur son visage.
– Quel genre ? demanda Henri, vaguement inquiet mais surtout très curieux.
– Terribles ! beugla Daubé. »

Oui, de toute évidence, la conversation est difficile avec Daubé…

« Mais euh… C'est vos maîtres qui vous envoient me prévenir ? C'est qui. »

Daubé frissona.

« Oh non… Mes maîtres ne savent pas que Daubé est venu ici. Daubé va devoir se punir pour cela… »

Alors il attrapa la lampe de chevet et commença à se cogner sur lui-même avec.

« Eh oh ! » s'écria Henri.

Il lui arracha la lampe des mains.

« Vous allez l'abîmer ! J'y tiens. Prenez ça plutôt. »

Il tendit à Daubé un vieux mégazord, et la chose se cogna le crâne avec jusqu'à faire voler en éclat des bouts de plastique.

« Daubé devait venir, dit-il après s'être calmé. Mais ses maîtres n'auraient jamais voulu que Daubé préviennent Henri Potier de ce qui se trame.
– Qui sont-ils à la fin ?
– Daubé ne peut rien dire ! Ni qui ils sont ni leur lien avec les terribles événements qui vont se produire ! Ce serait les trahir, et Daubé ne peut trahir ses maîtres ! »

L'idée même semblait horrifier la créature.

« Daubé doit se punir. »

Alors il sorti une clope et un briquet, l'alluma et, après avoir tiré une taffe, il s'infligea des brûlures sur les avant-bras.

« Daubé est un vilain elfe de maison ! Il ne mérite pas de vivre ! »

Lorsqu'il eut finit (après dix minutes au moins, du coup Henri avait commencé une bédé en attendant), l'elfe reprit la parole.

« Henri Potier doit jurer à Daubé qu'il ne retournera pas à Poudlard cette année.
– Euh… Ben non. »

Daubé eu l'air choqué. Ou du moins interloqué. Il pencha la tête sur le côté, croyant avoir mal compris. La réponse lui paraissait tellement improbable.

« Quoi ? croassa-t-il.
– Ben que dalle : je retourne à Poudlard. »

La chose se jeta alors sur lui, s'agrippant à sa jambe comme un pit-bull à celle d'un facteur. Mais en moins douloureux puisque Daubé utilise ses bras et pas ses mâchoires.

Henri tenta de faire lâcher prise à la créature.

« Mais enfin, lâchez-moi !
– Non monsieur. Vous devez promettre à Daubé de ne pas y aller. De terribles événements ! »

Il se mit à chouiner.

« Il en va de la vie de Henri Potier. Il doit promettre !
– Rien du tout, oui ! s'écria Henri en commençant à frapper la pauvre bête sur le crâne.
– De terribles événements !
– Mais quel genre de terribles événements, bordel à queue de putain de merde ?! »

Bon, évidemment un enfant de douze ans (c'est son anniversaire aujourd'hui, rappelez-vous) ne parle pas comme ça. Je le dis avec mes mots à moi. Vous voyez l'idée, en tout cas.

Daubé lâcha d'un coup la jambe et s'écroula sur le plancher.

« Daubé ne peut rien dire, mais Daubé peut assurer à Henri Potier que sa vie est en danger s'il va à Poudlard cette année. Daubé vous en conjure, monsieur. »

Il pleurait, maintenant. Ajoutant encore un peu au pathétique de la scène.

Déjà qu'au début il suscitait le dégoût, alors maintenant c'est pas croyable. Imaginez l'horreur décrite plus haut en train de chialer, avec de la morve au nez et tout.

Ah ! répugnant.

Mais revenons à notre sujet.

« Non, je ne peux pas, Daubé : je retournerai à Poudlard, un point c'est tout. »

Daubé redressa la tête.

« Alors Henri Potier ne laisse pas le choix à Daubé… »

Ça aussi, ça fout les jetons.

« Qu'allez-vous faire ? » demanda Henri, inquiet cette fois.

Dans sa cage, la chouette de Henri hulula.

Cette coupure n'a pas d'autre intérêt que de vous rappeler que Henri possède une chouette.

« Daubé va devoir agir… »

Daubé claqua des doigts.

Et il ne se passa strictement rien.

« Que… Qu'est-ce que vous avez fait, là ? demanda Henri (qui vouvoie Daubé sans trop que je sache pourquoi donc j'arrête à partir de maintenant).
– Daubé fait de la magie, expliqua-t-il.
– Ouais mais là il s'est rien passé : t'as fait quoi ?
– Rien. »

Henri fronça les sourcils. Ça devenait chelou.

Alors la créature ouvrit la porte et sorti de la chambre.

« Bonté divine ! s'écria Henri (reprenant une expression de son ami Momo, vous savez ce que c'est : le mimétisme social des enfants). Il ne faut surtout pas que mes parents ou leurs invités le voient ! »

Alors il lui courut après. Daubé était déjà en train de descendre les escaliers.

« Daubé, revient ! chuchota fort Henri.
– Non monsieur. Vous n'avez pas laissé le choix à Daubé. Il doit tout faire pour vous empêcher de retourner à Poudlard. »

Henri suivait donc Daubé en lui demandant de revenir.

« Daubé, revient. Ne vas pas par-là, il y a mes parents ! »

Mais ils étaient déjà dans la cuisine. Le bruit des conversations (chiantes) des adultes résonnaient depuis la salle à manger contiguë.

Henri, comprenant qu'il ne pourrait pas faire entendre raison à cette chose manifestement dérangée mentalement, s'apprêtait à lui sauter dessus pour lui casser la gueule et le ramener de force dans sa chambre.

Mais Daubé ouvrit la porte du frigo, et en sorti le gâteau destiné à la petite fête de Henri.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Henri.

Sans un mot, Daubé poussa la porte mal fermée qui menait à la salle à manger.

À table, les Durafour et leurs invités mangeaient gaîment, discutant boulot et gros chèques.

Lorsque la porte fut ouverte en grand, Daubé jeta le gâteau en l'air, et dans un même mouvement s'enfuit en courant et disparu dans le couloir.

Il ne resta que Henri, devant la porte. Le temps semblait s'être arrêté devant lui. Le gâteau tombait au ralenti, avec en arrière-plan les convives attablés.

Sprotch.

D'un même mouvement, les quatre adultes fixèrent l'origine du bruit. En l'occurrence un gâteau d'anniversaire écrasé sur le tapis, juste devant leurs pieds.

Puis ils regardèrent Henri, trois mètres plus loin. Puis à nouveau le gâteau. Puis encore Henri.

« Putain mais Henri t'as craqué ton slip ou quoi ? lâcha son père. »

Là encore, je le dis avec mes mots à moi, hein.

« Je peux tout vous expliquer ! s'exclama-t-il. »

Avant de se rendre compte que la véritable explication était encore plus dangereuse pour lui que n'importe quel mensonge.

« C'est moi qui ai lancé le gâteau ! annonça-t-il précipitamment. »

C'était mieux que de parler d'une créature magique à ses parents, qui n'aiment pas ça du tout.

« Je vois bien ça ! grogna son père, très irrité. »

À cet instant précis, une chouette explosa la fenêtre du salon et débaroula dans la pièce. Jean-Jacques et la cagole hurlèrent un « hiiiii » strident.

Pas le moins du monde dérangée dans sa course, la chouette largua simultanément une enveloppe sur la tête du patron et une énorme fiente sur celle de sa femme.

« Qu'est-ce que c'est que ça, encore ?! gueula Robert. »

Il attrapa l'enveloppe pendant que la femme du patron tentait d'essuyer tant bien que mal la fiente.

« Attends, je vais t'aider, annonça le patron. J'ai l'habitude. »

Sauf que d'habitude, c'est pas de la fiente.

« Mon garçon, qu'est-ce que c'est ? » fulmina Robert en brandissant sous le nez de Henri l'enveloppe, de toute évidence issue du monde des thaumaturges. Et adressée à Henri Potier.

Henri bredouilla un vague « j'en sais rien », un peu dépassé par les événements de la soirée.

« Alors ouvrons-là ensemble, tu veux bien ? » demanda son père avec un regard noir.

Il décacheta l'enveloppe, en déplia la feuille contenue dedans.

En titre : « Enlarge your penis », avec des photos avant/après de pénis en érection.

Henri et son père restèrent bloqués un moment, incapable d'esquisser le moindre geste.

« Hum… »

Robert froissa le tout en une boule et balança ça dans la corbeille la plus proche d'un habile jet en cloche.

« Peu importe : file dans ta chambre ! Tu seras privé d'anniversaire. Après ce que tu viens de faire, n'espère plus rien ce soir. »

Alors Henri remonta dans sa chambre pendant que ses parents tentaient de recoller les morceaux avec le patron et sa femme.

Il était onze heures du soir. Henri se mit au lit, convaincu que le lendemain il se réveillerait à nouveau à la même date, mais pour de vrai cette fois, parce que là ça n'allait pas du tout.

Mais le sommeil ne venait pas. Daubé lui avait un peu foutu les chocottes. Pas tant à cause de ses élucubrations : ces « terribles événements » paraissaient peu probables. Par contre, la créature en elle-même semblait dangereuse. Mortellement dangereuse.

Henri se retourna dans son lit, cherchant le sommeil. Il regarda par la fenêtre.

Quelqu'un l'observait à travers les barreaux. Un type basané avec des cheveux crépus.

Deuxième chapitre, deuxième cliffhanger ! Quel suspense dans ce livre, mes amis !