POV Tom

La lune éclaire ma chambre, déposant des tâches de lumière sur sa joue diaphane. Son souffle régulier vient effleurer mon cou, et dans un frisson, je réaffirme ma prise sur son corps frêle. Il dort depuis quelques heures déjà, mais je n'ai pût baisser les paupières, repassant inlassablement dans mon esprit, les images de la soirée écoulée. Les paroles murmurées me reviennent, et j'entends inlassablement les quelques mots qui ont sût semer une nouvelle fois, le trouble dans ma vie. Ces quelques syllabes traîtresses qui déjà l'éloigne de moi, le faisant passer dans un futur proche ou je n'ai pas ma place, où je n'ai plus ma place. Cette constatation pourrait me faire verser quelques larmes ou me laisser échapper quelques sanglots supplémentaires, mais cela ne sera pas le cas.

Sa souffrance est suffisante, je l'ai vu dans son regard perdu, lorsque nos lèvres se sont séparées quelques instants avant de se retrouver dans une nouvelle étreinte lasse. Nos peaux se touchaient, se frottaient lascivement l'une contre l'autre, mais même si nos corps étaient encore proches, nous savions tout les deux, qu'une limite déjà, se formait dans nos esprits. Une limite à laquelle nous allons devoir nous accrocher, pour ne pas finir brisés lorsque viendra l'heure de la séparation. Alors je tenterais de refouler ma tristesse, pour ne pas déposer un autre fardeau sur son dos déjà trop courbé. Même si au fond, il sait déjà la douleur qui s'inscrit dans ma chair à chaque seconde qui passe, à chaque seconde qui nous rapproche un peu plus de la fin.

Qui aurait pût prédire que tout cela allait finir de cette manière, une année ou presque qui s'achève sur des joues baignés de larmes, et sur un sentiment d'abandon qui déjà, se reflète dans mes pupilles marron. Il ne l'a pas voulu, et j'aurais tout fait pour éviter son départ. Cette angoisse sourde que je nourrissais depuis plusieurs mois, est venue s'implanter dans ma réalité, balayant notre bonheur fragile, et ne nous laissant aucune chance de construire ce futur tant attendu. J'en viens à regretter de ne pas avoir franchit ce pas plus tôt, ce qui nous aurait laissé quelques mois d'insouciance, même si tôt ou tard la Vie nous aurait rattraper, venant mettre un terme à ce cette bulle fragile qui nous entoure, pour quelques semaines encore. Et je voudrais retenir cette nuit, que le soleil reste à jamais dans l'ombre, nous préservant ainsi de cette cruelle luminosité qui nous rappellera une nouvelle fois, notre situation.

Car si je peux encore serrer son corps dans mes bras, ce geste ne fait que raviver la flamme amère qui ne me quitte plus, et qui me fait prendre conscience que bientôt, je ne le pourrais plus. Je redessine son visage du bout des doigts, tentant de graver cette image sereine, cet instant volé, où la tristesse avait quitté ses traits, lui laissant enfin un peu de repos. Où il ressemble encore à celui qui m'a montré un chemin nouveau, dans lequel hésitations je me suis engagé après quelques hésitations, rassuré par sa voix et par ses gestes. L'Amour m'aura fait vivre quelques uns des plus beaux instants que je pouvais prétendre vivre, et même si de savoir ce sentiment partagé ne m'aura apporté qu'un bonheur en demi-teinte, je ne regrette rien. J'attends simplement le moment où, en posant un pied sur le tarmac de l'aéroport, il signera le fermeture définitive du théâtre de mes sentiments, laissant mon cœur dans le noir. Tout me semble déjà si noir.

POV Bill

Le soleil s'est finalement levé et est venu réchauffer mes bras glacées et engourdis. J'ai ouvert les yeux sur la vision de sa peau, avant de refermer brutalement les paupières. Me confronter à notre proximité m'a fait prendre conscience que les quelques heures écoulées, n'étaient pas ce rêve éclaboussé de noir que j'au crû vivre pendant mon demi sommeil, mais ma propre vie. Mes tempes sont douloureuses et en faisant face à ses yeux rougis par le manque de sommeil et par les pleurs, je comprends que si nous n'étions pas préparé à faire face à cette séparation, nous ne le sommes pas plus maintenant.

Naïvement, j'avais crû que lui avouer mes sentiments, pourrait le rassurer, lui montrer que je ne comptais pas le laisser derrière moi. Et que même si physiquement, je n'étais plus à ses côtés, j'avais l'espoir de ne pas quitter son esprit. Mais je n'ai fait que nous plonger un peu plus dans la difficulté, même si je ne pense pas qu'il le regrette. En tout cas je l'espère car moi, je ne regrette rien, il est tout ce que j'ai toujours voulu. Mes derniers doutes s'envolent alors qu'il caresse tendrement ma joue, avant de déposer un baiser au coin de mes lèvres. Rassuré, je laisse échappé un soupir avant de laisser la chaleur de son corps m'envelopper, plongeant la tête dans son cou brûlant. Nous laissant ainsi quelques instants de calme, avant de devoir faire face à toutes les questions que soulèvent mon prochain départ.

Des murmures étouffés me parviennent, et en ouvrant difficilement les yeux, je m'aperçois que je suis seul sur ce grand lit froid. Tom est en train de parler avec Chloé, dans l'embrasure de la porte. Ses dreadlocks sont détachés, et Chloé lui serre l'épaule avant de l'enlacer. Je comprends alors que tout le monde est au courant : dans un mois je ferais mes derniers pas dans cet appartement, avant de m'envoler pour Dublin. Ces deux années dans le cadre d'un échange Erasmus, je n'ai pas pût y échappé, et je n'ai pas le droit de refuser, une tel occasion ne se représentera plus jamais.

Les larmes me montent aux yeux devant la cruauté de notre situation, mais je les essuie rapidement, ce n'est pas le moment de nous apitoyer sur notre sort, mais plutôt de trouver une solution. Car bien sûr, il y aurait bien une solution, mais je ne sais pas si… Je sais que je n'ai pas le droit de lui demander cela, ce ne serait qu'un geste égoïste de plus, et pourtant. Une simple proposition qui pourrait peut être, nous éviter le pire. Car je connais trop bien Tom pour savoir que cette situation le déchire, et qu'il sera tenté d'y mettre un terme lors de mon départ, se plongeant une nouvelle fois dans sa solitude. Cette belle solitude qui le protège des autres et des déceptions trop nombreuses, une solitude que j'ai mit trop de temps à briser, pour ensuite l'y replonger malgré moi.

Les pensées vagabondes, je n'ai pas vu Tom s'asseoir à coté de moi. Il garde la tête baissée et ne bouge presque pas. J'avance alors une main tremblante vers ses cheveux, effleurant son front, avant de rebaisser la main, n'obtenant aucune réaction. Je ressens sa peine comme je sais qu'il ressent ma culpabilité. Il mordille ses son pouce, avant de murmurer qu'il ne veut pas que nous soyons séparés. Ses lèvres balbutient qu'il ressent déjà ce manque, et qu'il sait que cela le bouffera tôt ou tard. Il souffre, et je ne peux que lui laisser mon épaule pour épancher sa peine, tentant de retenir mes sanglots, en le serrant fort dans mes bras, m'agrippant à son T-shirt comme je voudrais m'accrocher à cette vie.

Nous avons passé le week-end les yeux rougies, blottis l'un contre l'autre dans le canapé ou dans ma chambre. Profitant de ces quelques moments de calme, même si dans nos esprits, le décompte avait déjà commencé. Je m'appropriais la douceur de ses doigts et la tendresse de ses lèvres. Ne voulant le laisser déjà s'éloigner, et tentant de toujours plus nous rapprocher. Je voudrais l'incruster dans ma peau pour ne jamais avoir à m'en séparer, fusionner nos cœurs pour que toujours ils battent en parfaite synchronisation. Il me donne son Amour, me le prouve à chaque minute qui passe, et je m'empreigne de ses sentiments, tentant d'en garder quelques morceaux épars, pour les jours plus sombres qui viendront.

Mais il est à présent temps de faire un choix. Et en descendant de ma voiture pour aller à l'université, je prends conscience qu'il ne nous reste qu'une seule possibilité pour être ensemble, et que c'est à lui de prendre cette ultime décision. Une décision qui lui demandera de nombreux sacrifices, auxquels je ne suis pas sûr qu'il soit prêt. Je vais lui demander de faire le choix que je n'ai pas eu le courage de faire, et cette vérité me laisse un goût amère. Je ne suis pas sûr de mériter tout ce qu'il me donne, et je ne peux qu'envisager un refus de sa part. Car malheureusement nous n'avons plus l'âge des premiers baisers, nous ne pouvons plus prétendre tout plaquer par amour. Cette époque est révolue, et pour la première fois, j'en viens à regretter cette belle insouciance.

Quelques instants plus tard, je sors du secrétariat avec un nouveau dossier Erasmus. Pour lui. Pour Tom.