C'est parti pour le dernier chapitre de la Partie 2 !
Are you reaaaaaaady ?
Let's go !
Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz.
And I wanna kiss you, make you feel alright
I'm just so tired to share my nights
I wanna cry and I wanna love
But all my tears have been used up
On another love, another love
Another love - Tom Odell
Chapitre 20 : Nouveau départ
27 août 2008
Regina était perdue dans ses pensées. Elle était venue se réfugier dans le jardin, sous le Honeycrisp, comme elle le faisait toujours lorsqu'elle avait besoin de réfléchir. Depuis qu'elle avait revu Emma, près de cinq mois auparavant, elle n'avait plus été capable de penser à autre chose. Savoir où elle vivait, savoir qu'il lui suffirait de retourner près de cette école primaire pour la croiser... Cela ne l'aidait vraiment pas à l'oublier. Et pourtant, elle avait conscience que tout était terminé, qu'elle devait abandonner, qu'elle devait passer à autre chose. Mais cela lui paraissait totalement impossible dans ces conditions. Finalement, elle avait pris la décision qui s'imposait, choisissant de quitter New-York, préférant laisser derrière elle toute la souffrance du passé. Lorsqu'elle avait parlé à Zelena de son intention de déménager à Storybrooke, sa sœur avait aussitôt approuvé, plus que ravie à l'idée de la revoir régulièrement. Elle lui avait proposé de venir chez elle tant qu'elle n'aurait pas trouvé l'endroit parfait dans lequel s'installer, lui promettant qu'elle se plairait à Storybrooke autant qu'elle-même s'y était plu.
Regina avait accepté sans hésiter, voyant en ce projet sa seule chance de reprendre le contrôle de sa vie. Dès le lendemain, elle avait posé sa démission, laissant la direction de l'entreprise à l'un des associés et ami de Léopold, dont elle était persuadée qu'il saurait s'investir dans ce travail bien plus qu'elle-même ne l'aurait jamais fait. De retour dans la maison de son mari, elle avait commencé à rassembler ses affaires, préparant les cartons qu'elle allait ensuite envoyer à sa prochaine adresse. Le plus difficile avait été d'annoncer la nouvelle à Mary-Margaret, bien que celle-ci ait réagi avec enthousiasme, lui assurant qu'elle ne souhaitait que son bonheur et qu'elle comprenait et respectait sa décision. Regina retardait néanmoins le moment de partir, ressassant sa tristesse et ses regrets à longueur de journée, en errant de pièce en pièce à travers l'immense maison de Léopold. Lorsqu'elle ne supportait plus d'être enfermée, elle se contentait d'aller dans le jardin, résistant à la tentation de sortir se promener en ville, consciente que ses pas la mèneraient tout naturellement jusqu'à Emma si elle le faisait.
- A quoi tu penses ?
Regina sursauta, revenant brusquement à la réalité. Elle tourna la tête, croisant le regard de Mary-Margaret, qui avançait dans sa direction, son téléphone à la main. Elle arborait un sourire radieux, visiblement de très bonne humeur.
- Alors ? insista-t-elle, en s'asseyant sur le muret près de sa belle-mère.
Celle-ci haussa les épaules, n'ayant pas envie de s'étaler sur le sujet.
- Je ne pense à rien de particulier, répondit-elle.
- Menteuse ! Je suis sûre que tu réfléchis déjà à tout ce que tu vas faire quand tu seras à Storybrooke ! Je suis même un peu jalouse, pour être honnête.
Regina adressa un regard agacé à Mary-Margaret, résistant à une soudaine envie de l'étrangler. Jalouse ? Non mais franchement !
- C'est vrai, j'y réfléchissais, admit-elle sèchement. Et j'étais justement en train de me dire qu'être débarrassée de toi allait me faire beaucoup de bien.
- Je n'en doute pas ! Hélas, ça ne va pas être aussi facile que tu sembles le croire...
Mary-Margaret leva la main, les doigts serrés autour de son téléphone, et le désigna d'un geste du menton.
- Je viens justement de recevoir un appel de cette femme très gentille, qui travaille pour cette agence immobilière à Storybrooke...
Regina haussa un sourcil.
- Mais de quoi est-ce que tu parles ? s'étonna-t-elle.
- Eh bien, de ma décision de te suivre dans le Maine, bien sûr ! Je me suis trouvé un loft pas très loin du centre-ville de Storybrooke, je pense que j'y serais très bien. Le déménagement est prévu pour le 3 septembre.
- Tu n'es pas sérieuse ?
Mary-Margaret leva les yeux vers la maison de son père, un sourire à la fois triste et doux sur le visage.
- Je ne me sens plus à ma place ici depuis la mort de Papa, avoua-t-elle. Tu es la seule famille qu'il me reste, alors si tu t'en vas, je m'en vais aussi.
Regina écarquilla les yeux, très surprise par cette déclaration.
- Toute ta vie est ici, protesta-t-elle. Je ne veux pas que tu te sentes obligée de...
- Je ne le fais pas parce que je m'y sens obligée, l'interrompit Mary-Margaret. Tu n'es pas la seule à avoir besoin de prendre un nouveau départ.
Regina ouvrit la bouche pour rebondir sur cette affirmation, avant de soudain réaliser qu'elle n'avait pas la moindre objection à formuler. Cette nouvelle lui faisait plaisir, elle ne pouvait pas le nier. Si l'idée d'aller vivre à Storybrooke lui avait traversé l'esprit, c'était d'abord et avant tout car elle désirait se rapprocher de sa sœur, mais savoir que cela signifiait qu'elle allait abandonner Mary-Margaret à New-York lui avait toujours profondément déplu. Elles étaient une famille, après tout.
- Je vois, répondit-elle. On dirait que je vais devoir te supporter, alors...
- On dirait, oui.
Regina esquissa un sourire. Mary-Margaret aurait pu prendre son envol bien plus tôt, si elle n'avait pas tenu à rester auprès de son père malade, et il était bien normal qu'elle puisse elle aussi décider de son avenir maintenant. L'équilibre qui avait été maintenu par la présence de Léopold s'était brisé, laissant un vide que ni l'une ni l'autre n'avait eu le cœur à remplir. Il était temps pour elles de tout reconstruire ailleurs, de poser les bases d'une nouvelle vie. Il était temps pour elles de prendre un nouveau départ.
OoO
3 septembre 2008
L'après-midi touchait à sa fin. Debout au milieu de la pièce baignée de soleil, Mary-Margaret contemplait son loft d'un air satisfait. Certains des meubles qu'elle avait achetés ne lui avaient pas encore été livrés, et ceux qu'elle avait fait venir de New-York étaient pour la plupart réunis dans le fond de la pièce, mais cela ne paraissait pas avoir le pouvoir d'entamer son remarquable optimisme. Elle semblait avoir trouvé sa place et en être tout simplement heureuse, ce que Regina lui enviait secrètement. Elle avait accepté d'être présente pour le déménagement, en profitant pour emmener une partie de ses affaires chez sa sœur, qui avait proposé de l'héberger temporairement. Laisser New-York et la maison de Léopold derrière elle avait été un soulagement, bien qu'il ait malgré tout été accompagné d'une certaine amertume. Se détacher du passé lui semblait parfois si difficile qu'elle doutait d'être véritablement en mesure de le faire un jour. En vérité, seul le souvenir d'Emma telle qu'elle l'avait vue la dernière fois avait le pouvoir de la pousser à le vouloir suffisamment pour en être vraiment capable.
- Alors, sœurette ? s'enquit Zelena. Comment tu vas, en ce moment ?
- Je vais très bien, mentit Regina, par automatisme. Tu es sûre que Belle ne voit pas d'inconvénients à ce que je reste chez vous quelques temps ? ajouta-t-elle, changeant volontairement de sujet.
- Ne t'inquiète pas pour ça. Belle est ravie d'avoir l'opportunité de mieux te connaître. A ce propos, elle m'a envoyé un message ! Elle propose que nous nous retrouvions tous au Granny's pour fêter votre arrivée à toi et à Mary-Margaret. Ça vous tente ?
Mary-Margaret acquiesça en souriant, visiblement enthousiasmée par cette idée, puis elle adressa un regard suppliant à sa belle-mère, l'encourageant silencieusement à accepter.
- D'accord, soupira Regina, résignée.
- Super ! s'exclama Zelena, en descendant du tabouret sur lequel elle était assise. Nous n'aurons qu'à ranger tout ça plus tard.
- Moi, ça me va, approuva Mary-Margaret.
Elle saisit son sac à main posé sur une chaise et partit ouvrir la porte d'entrée, faisant signe à ses visiteuses de sortir de façon à ce qu'elle puisse fermer le loft à clé. Une fois dans la rue, Regina se tint à l'écart, laissant Zelena parler à tort et à travers sans l'interrompre. Elle avança en silence, ressassant des pensées moroses, qu'elle ne parvenait pas à se sortir de la tête. Arrivée devant le Granny's, quelques minutes plus tard, elle prit une grande inspiration, tâchant de se détendre et de se convaincre qu'elle allait passer une excellente soirée. Elle suivit sa sœur à l'intérieur du restaurant et salua aimablement Belle, qui s'était installée seule à une table pour les attendre. Alors qu'elle commençait seulement à se sentir un peu mieux, Regina entendit soudain une voix prononcer son nom, sur un ton choqué et dénué de la moindre chaleur. Elle fit volte-face, croisant le regard de Ruby, qui se tenait debout de l'autre côté du comptoir, un air abasourdi sur le visage.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda la serveuse, semblant se remettre de sa surprise.
Une certaine animosité était perceptible dans sa voix.
- Ce ne sont pas tes affaires, rétorqua sèchement Regina.
Elle n'était pas d'humeur à laisser qui que ce soit lui marcher sur les pieds. Remarquant le regard haineux que sa sœur posait sur Ruby, Zelena se leva, s'excusant auprès de Belle d'un signe de tête.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? s'enquit-elle, en approchant. Vous n'allez tout de même pas vous disputer comme deux adolescentes ? Il est plus que temps, je pense, de repartir sur de bonnes bases.
- Emma était mon amie, déclara froidement Ruby.
Elle se tourna vers Regina, un air accusateur sur le visage.
- Je me souviens très bien de ce que tu lui as fait, poursuivit-elle. Alors désolée si je n'ai pas très envie d'être sympa avec toi.
Zelena éclata d'un rire léger.
- Oh, s'il te plaît, ne me dis pas que tu as gobé toute cette stupide histoire de mariage ! s'exclama-t-elle. On voit bien que tu ne connais pas ma mère. Sinon tu aurais peut-être compris ce qu'il s'était vraiment passé !
Ruby fronça les sourcils, visiblement confuse. Son regard fit la navette entre les deux sœurs, comme si elle cherchait à savoir s'il s'agissait ou non d'une plaisanterie. Regina soupira et envisagea de partir immédiatement, avant de se souvenir qu'elle n'avait nulle part où aller. Elle se laissa donc tomber sur le tabouret le plus proche, jetant un coup d'œil rancunier à son aînée, qui se contenta de hausser les épaules.
- Comment ça ? s'étonna Ruby. Qu'est-ce que tu racontes ? Quel rapport avec ta mère ?
Zelena s'installa au bar à son tour, un air de conspiratrice sur le visage. Comprenant qu'elle s'apprêtait à déballer toute l'histoire, Regina l'interrompit, employant son ton le plus cassant :
- Ce qu'il s'est passé ne la regarde pas, fit-elle remarquer.
- Allons, sœurette ! Tu vas vivre ici, vous allez être amenées à vous croiser tous les jours, alors pourquoi laisser ces vieilles rancœurs vous empêcher de vous comporter comme des personnes civilisées ? Il suffit de lui dire la vérité !
- Je veux savoir, insista Ruby.
- Évidement, marmonna Regina. Tu as toujours voulu tout savoir à propos de tout le monde, alors je ne vois pas pourquoi ça aurait changé...
- On ne va arriver à rien comme ça, soupira Zelena.
A cet instant, elle fut rejointe par Belle, qui s'appuya contre elle, la main serrée autour de son verre de thé glacé.
- Tout va bien ? s'enquit-elle, en fronçant les sourcils avec inquiétude.
- Oui, très bien, la rassura Ruby. Nous étions sur le point d'évoquer de vieux souvenirs du passé, si jamais ça t'intéresse.
Belle acquiesça en souriant poliment et s'installa près de Zelena, qui ignora le regard réprobateur que lui lançait sa sœur et déclara d'un ton joyeux :
- Je me charge de tout raconter !
Regina jeta un coup d'œil circulaire dans la salle, guettant un éventuel soutien de la part de Mary-Margaret, mais celle-ci était plongée dans ce qui semblait être une conversation passionnante, avec un homme qui de toute évidence flirtait avec elle. Il lui souriait d'un air idiot, les mains enfoncées dans les poches de son jean, sous l'étoile de Shérif attachée à sa ceinture.
- On ne peut vraiment compter sur personne, grommela Regina.
Elle se détourna, se retrouvant face à un homme installé à côté d'elle, et qui avait posé la main sur le verre de whisky qu'une serveuse venait de déposer face à lui. Il fronça les sourcils, un sourire hésitant se formant sur son visage.
- Vous voulez la même chose ? proposa-t-il, en désignant son verre. Ne le prenez pas mal, mais vous avez l'air d'en avoir besoin.
Regina haussa les sourcils, légèrement offensée par cette entrée en matière, et observa son interlocuteur d'un œil critique. Il la dévisageait avec un intérêt non dissimulé, le coude posé sur le comptoir, son corps incliné vers elle. Un tatouage en forme de lion était visible sur son avant-bras.
- Robin ! s'exclama Zelena, en s'interposant.
Elle sourit, d'un sourire qui n'augurait rien de bon, et demanda d'un ton courtois :
- Comment va ta femme ?
Le dénommé Robin balbutia quelque chose qui ressemblait à « elle va très bien, merci » avant de s'éloigner, partant terminer son verre un peu plus loin.
- Où est-ce que j'en étais ? interrogea Zelena. Ah oui, je m'en souviens !
Elle reprit sa place, passant une main réconfortante dans le dos de sa sœur au passage, et fit signe à Ruby de s'approcher. Celle-ci, qui avait dû partir prendre une commande, s'empressa de la rejoindre, se penchant d'un air avide par-dessus le comptoir.
- Raconte, ordonna-t-elle. Qu'est-ce qu'il s'est vraiment passé ?
- Ma mère a fait du chantage à Regina pour qu'elle quitte Emma et qu'elle épouse Léopold, résuma Zelena. Ça a toujours été sa façon de fonctionner, à vrai dire.
- Mais... mais c'est horrible ! s'indigna Belle.
- Quoi, comme chantage ? s'enquit Ruby, en fronçant les sourcils.
- Elle a menacé de séparer Emma de sa famille adoptive en contactant les services sociaux, si je me souviens bien, répondit Zelena. C'est bien ça, sœurette ?
- C'est ça, confirma Regina entre ses dents.
Elle fit signe à une serveuse qui passait, lui commandant un verre de whisky. Peut-être qu'elle en avait bel et bien besoin, finalement.
- Comment peut-on être aussi cruel ? murmura Belle, visiblement choquée. Mais alors Regina n'a pas eu le choix ? Elle a été obligée d'obéir ?
- Exactement, répondit Zelena. Ce qui explique les six dernières années pendant lesquelles elle a été mariée à un homme qu'elle n'aimait pas et qui avait l'âge d'être son père.
- Alors... Tout ça, c'était pour Emma ? comprit Ruby.
- Tu devais beaucoup l'aimer, réalisa Belle, en se tournant vers Regina.
Celle-ci prit une longue gorgée du verre qu'on venait de lui servir, puis elle le reposa sur le comptoir d'un geste brusque et se leva.
- Je ne veux plus en entendre parler, déclara-t-elle d'un ton glacial. Plus jamais. C'est compris ?
Sa voix était chargée de tant d'autorité que Zelena acquiesça aussitôt, l'air coupable, comprenant qu'elle avait été trop loin. Ayant obtenu ce qu'elle voulait, Regina se détourna et partit, quittant le Granny's sans un regard en arrière. Dès que la porte se fut refermée derrière elle, Ruby secoua la tête d'un air choqué.
- Il faut qu'on le dise à Emma ! s'exclama-t-elle.
- C'est une de tes amies, c'est bien ça ? demanda Belle.
- Oui, et on était même très proches, même si on s'est un peu perdues de vues ces dernières années... Mais ça ne change rien au fait qu'il faut absolument la prévenir ! Si elle avait été au courant de tout ça, beaucoup de choses auraient été différentes, croyez moi !
- Ce n'est pas à toi de dire la vérité à Emma, s'opposa Zelena. Je viens seulement de retrouver ma sœur, je ne veux pas faire les mêmes erreurs que par le passé. Si elle ne veut plus entendre parler d'Emma, alors je respecte son choix.
- Mais elle l'aime toujours, n'est-ce pas ? devina Belle.
- Oui, mais je crains que ça ne soit plus réciproque depuis longtemps. Regina est allée à New-York pour la voir et elle l'a aperçue de loin, mais elle n'a pas osé aller lui parler parce qu'Emma n'était pas seule. Il y avait un homme et un enfant avec elle.
Ruby se passa une main sur le visage, s'appuyant sur le comptoir comme si ses jambes ne supportaient soudain plus son poids.
- Bien sûr qu'il y avait un enfant, soupira-t-elle. C'est longue histoire, mais aux dernières nouvelles Emma n'avait personne dans sa vie...
- Tu es sûre de toi ? demanda Zelena. Tu as dit que vous vous étiez perdues de vue. Elle se pourrait très bien que ça ait changé depuis. De plus, il est très probable qu'elle en veuille toujours à Regina...
- C'est une possibilité, reconnut Ruby. Mais il doit bien y avoir quelque chose que l'on peut faire !
- Emma l'aime peut-être encore, elle aussi, fit remarquer Belle. Peut-être qu'il suffirait qu'elles aient l'occasion de se revoir, de se parler...
- J'y ai déjà pensé, avoua Zelena.
Elle sortit son téléphone de la poche de sa veste, faisant défiler les numéros de sa liste de contacts.
- Quelqu'un à de quoi noter ? demanda-t-elle.
Ruby lui tendit le carnet de commande, l'observant impatiemment tandis qu'elle écrivait.
- Voilà ! lança Zelena, en lui rendant son bien. C'est le numéro d'Emma. Je l'ai obtenu par Sidney. Tu ne l'avais plus, n'est-ce pas ?
- Non, je ne l'avais plus. Emma n'a pas arrêté de déménager, de changer de numéro de téléphone, de disparaître. J'ai fini par perdre sa trace.
- La vie nous éloigne parfois de nos amis, commenta Belle. Mais rien ne nous oblige à la laisser faire. Regarde, nous nous sommes retrouvées, toutes les deux.
Ruby esquissa un sourire.
- Tu as raison, approuva-t-elle. Je vais recontacter Emma, mais si je ne peux pas lui dire la vérité, alors qu'est-ce que je suis supposée faire ?
- Tu pourrais lui proposer de venir te rendre visite, à l'occasion, suggéra Zelena.
Puis, remarquant l'air triomphant que Ruby arborait, elle ajouta :
- Mais ne tente pas trop le destin, d'accord ? Si Emma ne ressent plus rien pour Regina, ce n'est pas la peine de la faire venir ici. Ma petite sœur a suffisamment souffert comme ça. Inutile de lui en rajouter, alors attends d'être sûre qu'Emma a encore des sentiments pour elle.
Ruby acquiesça vivement. Puis son regard glissa jusqu'à l'autre bout de la pièce, jusqu'à la porte que Regina avait franchi un peu plus tôt. Si seulement Emma avait su tout cela...
OoO
9 septembre 2008
Emma se laissa tomber sur le canapé. Elle alluma la télévision, zappant de chaîne en chaîne sans vraiment y prêter attention, un air boudeur sur le visage. Elle détestait se retrouver seule, sans rien à faire, avec seulement ses pensées démoralisantes pour lui tenir compagnie. Heureusement, il était rare qu'Henry exprime le désir de voir son père, mais il l'avait fait ce soir-là, et elle n'avait tout simplement pas eu le courage de le lui refuser.
- Bon, soupira Emma.
Elle éteignit la télévision, ne trouvant rien qui l'intéressait, avant de se lever avec la vague idée d'aller se préparer à manger, même si elle manquait cruellement de motivation pour cela. Soudain, la sonnette de la porte d'entrée retentit, lui tirant un sursaut de surprise. Une lueur de suspicion apparut dans son regard, tandis qu'elle s'approchait pour déverrouiller le cadenas. Il n'oserait tout de même pas...
- Bonsoir ! s'exclama Killian, en brandissant la bouteille de rhum qu'il avait apporté. Neal m'a fichu à la porte, alors j'ai pensé que tu pourrais peut-être m'offrir l'hospitalité.
Emma s'appuya contre l'embrasure de la porte, les bras croisés sous sa poitrine.
- Qu'est-ce que tu as encore fait ? s'enquit-elle.
- Rien du tout. Mais apparemment, Neal préfère que je ne sois pas dans les parages quand Henry est à la maison. Il prétend que j'ai une mauvaise influence sur les enfants, tu te rends compte ?
- Quelle surprise ! ironisa Emma.
Killian prit un air vexé, qui s'estompa lorsqu'il jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule de son amie, observant l'appartement avec envie.
- Laisse-moi entrer, supplia-t-il. Je dormirai sur le canapé. Aller, tu me dois bien ça, c'est à cause de ton fils que je me retrouve à la rue.
- Tu es pire qu'un enfant de six ans. Neal a gagné au change, mais il me le paiera...
Emma sourit et se décala, laissant son ami pénétrer dans la pièce. Elle prit une boîte de gâteaux apéritifs dans le placard de la cuisine, puis retourna s'asseoir sur le canapé, secrètement ravie d'avoir un peu de compagnie. Killian s'installa à ses côtés et s'empressa d'ouvrir sa bouteille de rhum, en prenant aussitôt une gorgée.
- Alors, commença-t-il. Quoi de neuf dans ta vie, Swan ? Tu as réussi à retrouver ce type que tu poursuivais ?
- Oui, j'ai enfin réussi à lui mettre la main dessus. Je l'ai piégé avec un faux rendez-vous.
- Tu es vraiment douée pour ce travail, tu sais.
Emma sourit à nouveau. Elle était garante de cautions depuis plus de six mois maintenant, et ce métier lui plaisait beaucoup, correspondant à tout ce qu'elle attendait d'un travail pour le moment.
- Rhum ? proposa Killian, la tirant de ses pensées.
Emma acquiesça et tendit la main pour saisir la bouteille qu'il lui tendait, en prenant une gorgée à son tour. Puis elle se laissa peser contre les coussins du canapé, totalement détendue, et songea qu'elle pourrait s'habituer à passer des soirées comme celle-ci. Soudain, une pensée qui n'avait rien à voir avec tout cela traversa son esprit.
- Au fait, lança-t-elle. Je voulais te demander, tu n'as jamais eu de nouvelles de Tink, depuis qu'elle est partie pour Chicago ?
L'air assuré de Killian se troubla un instant, dévoilant une émotion qu'Emma n'était pas certaine de lui avoir déjà vu, puis il se reprit et répondit :
- Non, jamais. Pourquoi ça ?
- Oh, comme ça. J'ai parlé à Ruby, cette semaine. Je ne l'avais pas eue au téléphone depuis une éternité, alors on s'est donné des nouvelles des quelques rares personnes avec lesquelles on est restées en contact. Quand je lui ai dit que je te voyais toujours, elle m'a demandé si tu savais ce que Tink était devenue.
- Je n'en ai aucune idée. Elle n'a jamais reparlé avec Ruby, alors ?
- Ni avec personne d'autre dans le groupe, apparemment, répondit Emma. Je sais que c'était l'une de tes plus proches amies. Pourquoi vous vous êtes perdus de vue, déjà ?
Killian haussa les épaules, puis il tendit la main pour réclamer la bouteille de rhum, la portant immédiatement à ses lèvres.
- Tu sais, commença-t-il. Quand Tink a rejoint le groupe, au tout début, elle était du genre fêtarde et superficielle. Je la voyais seulement comme une autre fille à ajouter à mon tableau de chasse, mais quand j'ai commencé à flirter avec elle... Eh bien j'ai découvert une personnalité vraiment géniale, derrière l'apparence qu'elle se donnait, et j'ai cessé de la voir comme une conquête potentielle. Je voulais la connaître et devenir son ami, et je savais que si jamais on se rapprochait je me comporterai avec elle comme je me comportais avec toutes les autres filles.
Killian eut un sourire las. Il prit une nouvelle gorgée de rhum, laissant passer un silence avant d'ajouter :
- Et c'est exactement ce qui est arrivé.
Emma se contenta de hocher la tête, se passant de commentaires. Elle se souvint d'une conversation qu'elle avait eue avec August quelques mois plus tôt, au sujet des relations amicales et amoureuses, et elle se pinça les lèvres, hésitant à avouer le fond de sa pensée.
- Tu crois que ça aurait pu marcher, entre vous ? demanda-t-elle finalement.
- Je ne pense pas, non. Tink était amoureuse de moi, elle me l'a dit ce soir-là. On avait trop bu, ça a dérapé... Et après ça, il n'était plus question d'être amis. Mais puisque j'étais incapable d'assumer une relation sérieuse, on a tout simplement arrêté de se voir. Tink est seulement passée me dire qu'elle partait vivre chez sa tante à Chicago, le jour même de son départ. Je crois qu'elle voulait que je la retienne... Mais je l'ai laissée partir.
Emma croqua distraitement dans un gâteau apéritif, préoccupée par cette conversation et par les réflexions qu'elle faisait naître dans son esprit.
- Peut-être que ça aurait fonctionné justement parce que vous étiez amis, argumenta-t-elle. Peut-être que c'était ta chance d'avoir quelque chose de plus sérieux.
- Si c'est le cas, alors je l'ai laissée passer, soupira Killian.
Le silence retomba un instant, tandis qu'Emma contemplait silencieusement son ami, des questions plein la tête.
- Tu me dragues constamment, Killian, déclara-t-elle soudain. Qu'est-ce que tu veux vraiment ? Ajouter mon nom à ton tableau de chasse ?
- Non. Justement, cette fois, je veux tout avoir.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
Killian haussa les épaules, souriant d'un air un peu hésitant.
- Je voulais te connaître et devenir ton ami, expliqua-t-il. Et c'est chose faite. Maintenant je veux que tu me laisses une chance, et je ne veux plus me comporter comme je l'ai fait par le passé.
Emma se passa une main dans la nuque, soudain un peu nerveuse. Elle n'était pas certaine de ce qui l'avait poussée à finalement aborder le sujet, elle qui faisait habituellement semblant de ne pas remarquer l'intérêt que lui portait son ami. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle en avait assez des histoires sans lendemain, mais qu'elle ne voulait pas non plus tomber amoureuse. Elle repoussait les avances de Killian depuis tellement longtemps... Peut-être qu'il était temps de lui laisser une chance.
- Pourquoi moi ? demanda-t-elle. Est-ce que c'est seulement parce que je te résiste ?
- Il y a un peu de ça, c'est vrai. Mais je t'apprécie vraiment et tu me plais, je ne te l'ai jamais caché.
Emma hocha la tête. Pourquoi cela ne serait-il pas suffisant ? Quelque part tout au fond d'elle, une voix lui souffla qu'elle avait un jour eu beaucoup mieux que ça, mais elle la fit taire aussitôt. Elle avait renoncé à tomber amoureuse. La compagnie de Killian, le réconfort de ses bras, son amitié... Elle saurait s'en contenter.
- A quoi tu penses, Swan ?
Emma sourit.
- A rien de spécial, répondit-elle. Et si tu me passais cette bouteille ?
Killian acquiesça et se pencha sur son amie, lui tendant ce qu'elle demandait. Puis il s'immobilisa, la regardant avec une intensité nouvelle, cherchant au fond de ses yeux la réponse qu'il attendait. Il sourit à son tour, et Emma comprit qu'il avait trouvé ce qu'il voulait. Elle se figea lorsqu'il se pencha sur elle, appréhendant le contact de ses lèvres. Finalement, ce baiser fut à la hauteur de ses espoirs. Désormais, elle aussi avait ses réponses. Elle n'allait pas tomber amoureuse de Killian. Elle n'allait pas sentir son corps, son cœur, son esprit et son âme s'embraser au moindre de ses contacts. Elle n'allait pas pleurer pour lui. Elle n'aurait pas le cœur brisé.
C'était exactement ce qu'elle voulait.
OoO
19 septembre 2008
- C'est beaucoup trop grand ! protesta Regina.
Zelena leva les yeux au ciel avec exaspération. Puis, reprenant une expression joviale, elle fit quelques pas dans le hall, décrivant les meubles qu'elle imaginait à cet endroit et tentant de convaincre sa sœur qu'elle devait absolument choisir cette maison.
- Tu as vécu dans un manoir quand tu étais à New-York, fit-elle remarquer. Regarde autour de toi ! Tu n'arrives pas à t'imaginer vivre ici ?
- Si, reconnut Regina. Mais ça reste beaucoup trop grand. Je vis toute seule, je te rappelle ! Qu'est-ce que je ferais de toutes ces pièces ?
- Oh, tu trouveras bien ! Allons, fais un effort. Cette maison est la plus belle et la plus spacieuse de toute la ville ! Je sais que Storybrooke n'a pas autant à t'offrir que New-York, mais j'espérais que tu essaierais malgré tout de t'y plaire.
- Tu tiens vraiment à ce que je sois bien ici, n'est-ce pas ?
Zelena haussa les épaules d'un air embarrassé.
- Si tu es bien ici, alors tu ne partiras pas, expliqua-t-elle. Je n'ai pas envie de te perdre, tu sais.
Venant d'elle, il s'agissait d'un immense aveu. Regina l'apprécia à sa juste valeur, même si elle ne le montra pas, consciente que sa sœur n'attendait pas de grandes démonstrations d'affection. Elle se contenta donc de sourire et de saisir Zelena par la taille, la serrant brièvement contre elle. Puis elle se laissa entraîner jusqu'au jardin, savourant la sensation de bonheur qui se diffusait lentement en elle.
- Moi je trouve que Storybrooke a beaucoup à m'offrir, déclara-t-elle doucement.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
Regina se pinça les lèvres, cherchant une façon d'exprimer ce qu'elle avait sur le cœur. Elle fit quelques pas dans le jardin, observant tout cet espace avec émerveillement, réfléchissant déjà inconsciemment à ce qu'elle allait en faire.
- Je sais que cette ville sera mon foyer, expliqua-t-elle finalement. Tout simplement parce que j'y ai ma famille. Et parce que tu y as trouvé ta place, toi aussi, et que ça me donne envie de croire que je le peux à mon tour.
- Bien sûr que tu le peux, affirma Zelena.
Elle rejoignit sa sœur, lui ébouriffant les cheveux d'une main dès qu'elle fut suffisamment proche, et recula en riant pour éviter toutes représailles. Regina se plaignit bruyamment pour la forme, secrètement amusée par l'immaturité dont pouvait faire preuve sa sœur, qui semblait parfois oublier qu'elles avaient toutes deux grandi et connu bien des épreuves. Elles n'étaient plus des enfants, mais il était agréable de retrouver cette insouciance, ne serait-ce que l'espace d'un instant.
- Alors, qu'est-ce que tu en penses ? demanda Zelena.
Regina avança encore un peu dans le jardin, toujours hésitante. Finalement, elle s'immobilisa, le regard rivé sur un pommier, qu'elle avait aussitôt reconnu. Elle s'approcha, effleurant du bout des doigts les feuilles à l'aspect familier. Un Honeycrisp. Un petit morceau du passé, auquel elle permettrait de survivre dans le futur.
- Tu ne dis rien ? s'inquiéta Zelena.
Regina se tourna vers sa sœur, lui souriant avec douceur.
- C'est oui, répondit-elle. Ce sera cette maison.
- J'étais sûre que je finirais par te convaincre ! Tu verras, tu seras très bien ici ! Je vais aller prévenir l'agent immobilier...
Zelena s'éloigna d'une démarche rapide, disparaissant bientôt au coin de la maison. Restée seule, Regina se promena encore un peu dans le jardin, savourant le calme qui y régnait, puis elle rebroussa finalement chemin, retournant auprès de sa sœur. Celle-ci se trouvait debout devant la porte d'entrée, appuyée contre l'un des imposants piliers blancs, en grande conversation avec...
- Kathryn ? s'étonna Regina.
Elle combla la distance qui la séparait de son amie, la saluant avec une politesse teintée de gêne. Elles étaient restées en contact, au cours des dernières années, mais elles ne s'étaient pas revues depuis le jour où elles s'étaient retrouvées à Boston.
- Alors, commença Kathryn. Ta sœur m'a dit que tu allais acheter cette maison ?
- Ça vient de se décider, oui, confirma Regina.
- Dans ce cas, il faut fêter ça ! Je ne repars pas avant demain matin, alors cela nous laisse largement le temps. Il était prévu que j'aille boire un verre avec Ruby ce soir, qu'est-ce que tu dirais de te joindre à nous ?
- Euh... Je ne sais pas si...
Zelena passa un bras autour des épaules de sa cadette, interrompant ses balbutiements maladroits.
- Sors, conseilla-t-elle. Tu as bien besoin de te changer les idées.
- J'imagine que ça ne doit pas être facile, depuis le décès de ton mari, compatit Kathryn. Mais peut-être que ça te ferais du bien, justement, de penser un peu à autre chose.
- D'accord, soupira Regina. Vous avez probablement raison.
Elle leva les yeux vers sa nouvelle demeure. Cette maison était magnifique et elle s'imaginait parfaitement y vivre. Tout ce qu'il lui manquait, c'était une personne avec laquelle partager tout cet espace. Mais peut-être... Oui, peut-être qu'un jour, elle la trouverait. Elle devait le vouloir à nouveau.
Elle devait au moins essayer.
OoOoOoOoO
21 octobre 2011
- Alors ? s'enquit Ingrid. Quand est-ce que je pourrais revoir mon petit-fils ?
Emma tourna la tête en direction du canapé, sur lequel Henry était sagement installé, une bande-dessinée dans les mains. Elle sourit, regrettant que sa mère ne soit pas là, et qu'elle soit obligée de se contenter d'une conversation téléphonique.
- Bientôt, promit-elle. Je sais que tu lui manques aussi.
Ingrid soupira à l'autre bout du fil. Elle sembla sur le point de répondre quelque chose, mais une voix se fit soudain entendre derrière elle, l'interrompant brusquement. Elle l'écouta un instant, puis émit un petit rire et transmit le message :
- Anna dit qu'elle veut revoir le petit, elle aussi.
- Elle le reverra, assura Emma. Vous savez que vous pouvez venir quand vous voulez.
- Nous allons essayer d'organiser ça. Anna et Kristoff sont libres les week-ends, mais entre mes horaires un peu fous à l'hôpital et Elsa qui travaille jour et nuit sur ses dossiers... Je savais qu'elle s'impliquerait à fond dans son métier si elle devenait avocate, mais j'aimerais tout de même qu'elle se garde un peu de temps pour elle...
- On devrait décider d'une date qui arrange tout le monde.
Emma ouvrit le placard le plus proche, jetant un coup d'œil distrait à l'intérieur, se demandant ce qu'elle allait préparer pour le dîner. Puis elle aperçut Henry à la périphérie de son regard, qui approchait avec cet air familier de « je m'apprête à te demander quelque chose et je vais faire une moue vraiment très mignonne pour que tu sois obligée de dire oui ». Réprimant un sourire, elle coinça son téléphone contre son oreille à l'aide de son épaule, avant de jeter un coup d'œil interrogateur à son fils.
- Tu as besoin de quelque chose, mon chéri ?
- Est-ce que je peux aller chez Papa ? réclama Henry.
Il semblait hésitant et timide, comme s'il était conscient que cette requête pouvait blesser sa mère. Celle-ci afficha une expression surprise mais se reprit aussitôt, se mordant l'intérieur de la joue sans s'en apercevoir.
- Ce soir ? demanda-t-elle. Ou tout le week-end ?
Henry sautilla nerveusement d'un pied sur l'autre, visiblement gêné par la question.
- Peut-être... un peu plus longtemps ? suggéra-t-il.
- Excuse-moi un instant, murmura Emma dans le téléphone.
Elle posa son portable sur le comptoir et s'agenouilla devant son fils, saisissant ses mains dans les siennes.
- Tu voudrais passer plus de temps avec ton père ? demanda-t-elle, le regardant droit dans les yeux.
- Oui, avoua Henry. La dernière fois, on a pas pu terminer le jeu vidéo qu'il avait acheté... Alors il a dit que, si on avait plus de temps la prochaine fois, on pourrait faire plein de choses, et même tout ce que je voulais.
Emma sourit avec soulagement. Elle ne savait pas toujours comment réagir quand il s'agissait de Neal et de son rôle de père. Il ne s'impliquait tout simplement pas suffisamment pour que son fils puisse véritablement compter sur lui, et elle craignait qu'un beau jour Henry ne s'en aperçoive et soit déçu. C'était un petit garçon solitaire, toujours plongé dans ses livres et ses bandes-dessinées, et il était très mature pour son âge, ce qui ne l'aidait pas à s'intégrer. Il avait besoin d'être aimé et entouré, et Emma espérait que Neal saurait lui donner ce sentiment comme elle-même tentait de le faire jour après jour. Peut-être que je dois lui en laisser la chance, songea-t-elle.
- Bon, soupira-t-elle. C'est d'accord, mais je dois quand même parler avec ton père. Je t'emmène, va chercher ton manteau. Et prends ton sac, aussi, d'accord ?
Henry acquiesça en souriant à son tour et s'éloigna d'une démarche enthousiaste, disparaissant dans le couloir de l'entrée. Emma reprit son téléphone, le portant à son oreille.
- Maman ? appela-t-elle. Je vais devoir te laisser.
- Ah, répondit Ingrid. Bon, eh bien... N'oublie pas de donner des nouvelles, de temps en temps, d'accord ?
- Bien sûr. Et ne t'inquiètes pas trop pour Elsa, je suis sûre qu'elle va bien. Je l'ai eue au téléphone la semaine dernière et elle n'a rien dit de particulier. Mais je pourrais toujours essayer de savoir si quelque chose ne va pas, si ça peut te rassurer.
- Je veux bien, oui. Je sais qu'à toi elle te parle.
Emma acquiesça, avant de réaliser que sa mère ne pouvait pas la voir.
- Je le ferai, alors, confirma-t-elle. Au revoir, Maman. Prends soin de toi.
- Toi aussi, ma chérie. Fais un bisou à Henry de notre part à tous.
- J'y penserai.
Emma raccrocha, chassant cette conversation de son esprit. Dans l'immédiat, elle devait se concentrer sur Neal. Rejoignant son fils dans l'entrée, elle l'aida à nouer son écharpe préférée, celle avec les rayures rouges et grises, qu'Ingrid lui avait offerte pour son anniversaire. Puis ils descendirent ensemble jusqu'à la rue, se dirigeant vers le métro tout en discutant de tout et de rien. Henry raconta la journée qu'il avait passé à l'école, puis il se mit à parler de ses bandes-dessinées, et la conversation s'attarda autour de ce sujet jusqu'à ce qu'ils arrivent devant la porte de l'appartement de Neal. Celui-ci leur ouvrit et les accueillit avec enthousiasme, malgré le fait qu'il était visiblement surpris de les voir débarquer sans prévenir. Dès qu'Henry se fut éloigné pour jouer, Emma en profita pour s'approcher de Neal, le tirant à l'écart pour lui parler.
- Est-ce que je peux compter sur toi ? demanda-t-elle aussitôt.
- Euh... oui, bien sûr. Pourquoi ça ?
- Henry aimerait rester avec toi quelques jours. Je voudrais savoir si, premièrement, tu en as envie aussi, et si, deuxièmement, tu es capable de t'occuper de lui.
Neal prit un air un peu vexé.
- Tout se passe toujours bien, non ? rétorqua-t-il. Et bien sûr que j'ai envie de passer du temps avec Henry. Mais je ne voudrais pas non plus qu'il... tu sais, qu'il se mette à croire que je serai un jour un père normal, ou qu'on va former une vraie famille ou j'en sais rien.
- Je pense que tu devrais le lui dire, conseilla Emma. Il a besoin de l'entendre, et il a aussi besoin de savoir que tu l'aimes malgré tout.
Neal sembla hésiter un instant, puis il hocha la tête, une expression inhabituellement sérieuse sur le visage.
- Tu peux compter sur moi, assura-t-il. Qu'est-ce que tu dirais qu'il reste toute la semaine ? Je l'emmènerai à l'école.
- Tu as tout ce qu'il faut ? Il a laissé suffisamment de vêtements ici, le frigo n'est pas vide, vous allez faire autre chose que de jouer aux jeux vidéos ?
- Pour les vêtements et la nourriture, ça va le faire. Quant à ce qu'on fait ici, c'est notre problème, non ?
Emma sourit, reconnaissant silencieusement qu'elle l'avait bien cherché. Elle embrassa Neal sur la joue – sa façon de le remercier de ne pas l'avoir déçue – et partit saluer Henry, écourtant les adieux au maximum. Elle ne voulait pas lui montrer à quel point il allait lui manquer, refusant qu'il se sente coupable à cause de ça.
Sur le chemin du retour, Emma se perdit dans ses pensées, tâchant de trouver de quoi s'occuper durant les prochaines heures. Elle envisagea un instant d'appeler Killian, mais l'idée de passer la soirée à boire du rhum avec lui était à ses yeux plus déprimante qu'autre chose. Ils avaient déjà fêté son anniversaire de cette façon l'année précédente, et elle ne se sentait pas vraiment d'humeur à recommencer. Emma se creusait toujours la tête pour trouver une idée lorsqu'elle atteignit son appartement. Elle se laissa tomber sur le canapé, combattant l'angoisse qui montait peu à peu en elle, dérangée par la sensation persistante qu'elle était en train d'étouffer. Tâchant de se concentrer sur autre chose, elle sortit son téléphone, envisageant de contacter Elsa à son travail pour lui parler. Puis elle aperçut un nom familier dans la liste de ses derniers appels et, en une fraction de seconde, sa décision fut prise.
Emma se leva d'un bond. Elle se glissa dans sa chambre et sortit une valise du haut de son placard, la posant sur le lit pour la remplir au hasard d'à peu près tout ce qu'elle trouvait. Elle ne réfléchissait plus, se contentant d'agir pour chasser l'angoisse, hantée par le désir de fuir, ce désir si tenace qui ne l'avait presque jamais quitté. Lorsque la valise fut pleine, elle la referma, puis elle saisit sa veste en cuir rouge sur la patère et quitta l'appartement. Elle n'avait pas revu Ruby depuis des années, mais son amie lui avait assuré à de nombreuses reprises qu'elle pouvait venir quand elle le voulait. Soudain, maintenant semblait être le moment parfait. Sans Henry, et avec ce maudit anniversaire qui approchait à grands pas, Emma ne désirait rien de plus que de se changer les idées. Et s'il fallait pour cela rouler pendant des heures jusqu'à avoir atteint Storybrooke, dans le Maine, alors il n'y avait pas à hésiter. Elle le ferait.
OoO
22 octobre 2011
La matinée touchait à sa fin.
Regina était dans son bureau, plongée dans les papiers qu'elle avait ramenés de la mairie. Elle travaillait souvent le week-end, plus par envie que par réelle nécessité, cherchant inconsciemment à faire passer le temps plus vite. Elle estimait que cela valait mieux que de se plonger encore et encore dans de vaines réflexions sur sa solitude et ses trop nombreux regrets. Elle tentait de saisir chaque occasion de se changer les idées, tâchant de ne pas rester constamment enfermée comme elle en avait eu l'habitude autrefois. A cette pensée, elle se redressa, jetant un coup d'œil à son téléphone, qui dépassait de son sac à main posé sur le bureau. Remarquant l'heure, elle se leva d'un bond, abandonnant aussitôt ce qu'elle était en train de faire. Elle avait pris l'habitude de rejoindre sa sœur chez elle le samedi, pour qu'elles prennent le déjeuner ensemble en se racontant leur semaine, tandis que Belle se contentait de commander quelque chose au Granny's et de le manger directement sur son lieu de travail – à savoir la bibliothèque de Storybrooke.
Cet instant était un moment privilégié entre Regina et sa sœur, si bien qu'elle n'avait pas l'intention de le manquer. Elle délaissa donc ses dossiers et descendit dans le hall, ne s'arrêtant que pour saisir sa veste suspendue dans l'entrée. Puis elle sortit de la maison et rejoignit la rue d'un pas vif, les talons de ses chaussures claquant à intervalle régulier sur le trottoir. Arrivée à sa voiture, elle posa son sac à main sur le siège passager et s'installa derrière le volant, jetant un coup d'œil à sa montre. Un rapide calcul lui fit comprendre qu'elle allait inévitablement être en retard, et elle hésita à passer récupérer deux cafés à emporter chez Granny, comme elle le faisait habituellement. Elle démarra la voiture et s'engagea dans la rue, roulant en direction du centre-ville tout en réfléchissant. Arrivée à quelques mètres de la tour de l'horloge, Regina aperçut l'enseigne du Granny's et décida de s'arrêter, sachant que sa sœur tenait elle aussi à leur petit rituel. Quelques années plus tôt, Zelena avait pris l'habitude de venir acheter un café ici dans le simple but de surveiller Ruby, à une époque où elle s'inquiétait au sujet de l'amitié que celle-ci entretenait avec Belle.
Évidemment, cela n'était plus d'actualité depuis longtemps, mais cette petite routine avait perduré, et Regina s'y pliait sans protester, en profitant pour tenter de conserver une relation cordiale avec Ruby. Toutes deux se croisaient régulièrement, fréquentant les mêmes personnes – qu'il s'agisse de Zelena et de Belle autant que de Mary-Margaret, qui avec le temps était devenue l'une de plus proches amies de Ruby – si bien qu'elles avaient dû faire des efforts pour s'entendre, laissant leurs vieilles querelles dans le passé. Regina prenait donc sur elle pour rester polie, même si elle devait reconnaître que cela lui était devenu de plus en plus facile avec le temps, Ruby étant si gentille qu'il était difficile de la haïr et de la juger. Force lui était de reconnaître qu'il y avait une personne digne d'intérêt derrière son apparence de fille superficielle, et qu'elle méritait qu'on lui laisse une chance de le prouver. A cette pensée, Regina esquissa un sourire triste. Quelqu'un lui avait pourtant dit que Ruby pourrait la surprendre, mais elle ne l'avait pas cru, à ce moment-là...
Sentant que ses réflexions prenaient un chemin dangereux, Regina se concentra sur l'instant présent, se garant face au Granny's. Elle sortit de sa voiture et s'empressa de traverser la rue, remarquant avec un froncement de sourcil une coccinelle jaune qui se trouvait un peu plus loin. Une expression dédaigneuse se dessina sur son visage. Quelle idée de choisir une couleur pareille ! Étonnamment, elle ne se souvenait pas avoir vu cette voiture à Storybrooke auparavant... Chassant cette pensée sans importance, Regina poussa la porte du Granny's, se souvenant qu'elle devait se dépêcher. A cet instant, son portable se mit à vibrer dans son sac à main et elle l'ouvrit d'un geste agacé, essayant de mettre la main sur son téléphone. L'appel provenait certainement de sa soeur, qui n'était pas réputée pour sa patience. Ne trouvant pas ce qu'elle cherchait, Regina abandonna, décidant qu'elle rappellerait Zelena en sortant. Elle releva la tête, se tournant vers Ruby, qui se tenait comme toujours derrière le comptoir, et qui l'accueillit d'un sourire crispé et d'un « bonjour » articulé à mi-voix. Regina se figea, sentant le poids d'un regard peser sur elle, et se tourna dans cette direction avant d'avoir pu s'en empêcher, saisie d'un doute un peu fou. Ses yeux s'écarquillèrent.
Emma Swan.
Emma Swan se tenait face à elle. Ici. Au Granny's. Emma Swan avec ses longs cheveux blonds, sa veste en cuir rouge, et cette expression d'extrême prudence sur son visage. C'était... tout simplement impossible.
Regina fit un pas en avant involontaire, comme si elle ne contrôlait plus son propre corps – et c'était d'ailleurs bien l'impression qu'elle avait. Son regard se perdit dans deux yeux verts familiers, s'y noyant un peu plus à chaque seconde, et un soupir s'échappa de ses lèvres, formant un prénom qu'elle n'avait plus prononcé depuis des années :
- Emma...
Et voilà, la boucle est bouclée ! C'est le moment de relire le Prologue si vous ne l'avez pas déjà fait.
Le prochain chapitre s'annonce plutôt long alors il va me falloir un peu de temps pour l'écrire. J'essaye de revenir d'ici une semaine. A bientôt !
